‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 63 sur 285 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

les anciens Sarmales, dont ils sont descendus^, et quelquefois meme au milieu de Tivresse, vice que les Sarmatcs ignoraient Chaque gentilhomme député à ces états généraux jouit du droit qu’avait à Rome les tribuns du peuple, de s’opposer aux lois du sénat. Un seul gentilhomme, qui dit Je proteste^ arrête par ce mot seul les résolutions unanimes de tout le reste ; et s’il part de l’endroit où se tient la diète, il faut alors qu’elle se sépare 2.

On apporte aux désordres qui naissent de cette loi un remède plus dangereux encore. La Pologne est rarement sans deux factions. L’unanimité dans les diètes étant alors impossible, chaque parti forme des confédérations, dans lesquelles on décide à la pluralité des voix, sans avoir égard aux protestations du plus petit nombre. Ces assemblées, illégitimes selon les lois, mais autorisées par l’usage, se font au nom du roi, quoique souvent contre son consentement et contre ses intérêts ; à peu près comme la Ligue ^ se servait en France du nom de Henri III pour Faccabler ; et comme en Angleterre le Parlement, qui fit mourir Charles sur un échafaud^, commença par mettre le nom de ce prince à la tête de toutes les résolutions qu’il prenait pour le perdre. Lorsque les troubles sont finis, alors c’est aux diètes générales à confirmer ou à casser les actes de ces confédérations. Une diète même peut changer tout ce qu’a fait la précédente, par la même raison que dans les Etats monarchiques un roi peut abolir les lois de son prédécesseur, et les siennes propres.

1. Les Polonais appartiennent à la race des Slaves, qui occupaient le pays compris sous le nom assez vague de Sarmatie ; les Sarmates véritables paraissent une horde mongole ou tartare mêlée avec les Scythes. Au reste les anciens (iermains délibéraient aussi tout armés ; « considwit annati; nihil neque publicæ neque privatæ rei nisi armati agunt. » (Tacite, iV/œurs des Germains.)

2. C’est ce qu’on appelait le liberum veto. Depuis 1652, cette funeste institution fut l’une des grandes causes des malheurs de la Pologne ; au xvni® siècle, la Russie devait faire tous ses efforts pour empêcher son abolition; elle en fut détruite que par la constitution

du 3 mai 1791, lorsque la ruine complète de la Pologne ne pouvait plus être conjurée.

3. La ligue, ou association des catholiques français, avait pour but la défense de la religion; mais dirigée par les Guises ambitieux, elle menaça la rovauté d’Henri III, et ne fut vaincue que par Henri IV (1576-1598).

4. Le long Parlement, en Angleterre, commença la Révolution contre Charles I®*", en attaquant ses ministres et surtout Strafford ; puis il soutint la guerre civile contre le roi lui-même, le vainquit, et le fit monter sur l’échafaud (1040-1649). La ressemblance indiquée par Voltaire nous semble un peu forcée.

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La noblesse, qui fait les lois de la république, en fait aussi la force. Elle monte à cheval dans les grandes occasions, et peut composer un corps de plus de cent mille hommes. Cette grande armée, nommé pospolite, se meut difficilement, et se gouverne mal : la difficulté des vivres et des fourrages la met dans l’impuissance de subsister longtemps assemblée. La discipline, la subordination, l’expérience, lui manquent; mais l’amour de la liberté qui l’anime la rend toujours formidable.

On peut la vaincre ou la dissiper, ou la tenir meme pour un temps dans l’esclavage; mais elle secoue bientôt le joug : ils se comparent eux-mêmes aux roseaux que la tempête couche par terre, et qui se relèvent dès que le vent ne souffle plus. C’est pour cette raison qu’ils n’ont point de places de guerre; ils veulent être les seuls remparts de leur république; ils ne souffrent jamais que leur roi bâtisse des forteresses, de peur qu’il ne s’en serve moins pour les défendre que pour les opprimer. Leur pays est tout ouvert, à la réserve de deux ou trois places frontières Que si dans leurs guerres, ou civiles ou étrangères, ils s’obstinent à soutenir chez eux quelque siège, il faut faire à la hâte des fortifications de terre, réparer de vielles murailles à demi ruinées, élargir des fossés presque comblés, et la ville est prise avant que les retranchements soient achevés.

La pospolite ^ n’est pas toujours à cheval pour garder le pays; elle n"y monte que par l’ordre des diètes, ou même quelquefois sur le simple ordre du roi, dans les dangers extrêmes.

La garde ordinaire de la Pologne est une armée qui doit toujours subsister aux dépens de la république. Elle est composée dedeux corps sousdeux grands-généraux différents. Le premier corps est celui de la Pologne, et doit être de trente-six mille hommes : le second, au nombre

1. Ces places de guerre étaient surtout : Dantzig au nord, Kaminieck, en Podolie, vers le sud, sur les frontières de la Turquie, Sandomir, sur la Vistule, Zamoce, dans la province de Lublin, etc.

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