LIVRE SECOND
de douze mille, est celui de Lithuanie ^ Les deux grandsgénéraux sont indépcndanls l’un de l’autre : quoique nommés par le roi, ils ne rendent jamais compte de leurs opérations qu’à la république, et ont une autorité suprême sur leurs troupes. Les colonels sont les maîtres absolus de leurs régiments; c’est à eux à les faire sul)sister comme ils peuvent, et à leur payer leur solde. Mais étant rarement payés eux-mêmes, ils désolent le pays et ruinent les laboureurs pour satisfaire leur avidité et celle de leurs soldats. Les seigneurs polonais paraissent dans ces armées avec plus de magnificence que dans les villes ; leurs tentes sont plus belles que leurs maisons. La cavalerie, qui fait les deux tiers de l’armée, est presque toute composée de gentilshommes : elle est remarquable par la beauté des chevaux, et parla richesse des habillements et des harnais.
Les gendarmes ^ surtout, que l’on distingue en houssards ^ et pancernes % ne marchent qu’accompagnés de plusieurs valets, qui leur tiennent des chevaux de main, ornés de brides à plaques et clous d’argent, de selles brodées, d’arçons, d’étriers dorés et quelquefois d’argent massif, avec de grandes housses traînantes, à la manière des Turcs, dont les Polonais imitent autant qu’ils peuvent la magnificence.
Autant cette cnvalerie est parée et superbe, autant l’infanterie était alors délabrée, mal vêtue, mal armée, sans habits d’ordonnance ni rien d’uniforme ; c’est ainsi du moins qu’elle fut jusque vers 1710. Ces fantassins, qui ressemblent à des Tartares vagabonds, supportent avec une étonnante fermeté la faim, le froid, la fatigue et tout le poids de la guerre ^
On voit encore dans les soldats polonais le caractère des
1. Voir à la page 67, note 1, les raisons historiques qui amenèrent la formation de ces deux armées, l’une pour la Pologne, l’autre pour la Lilhuame.
2. Les gendarmes, c’est-à-dire les gens d’armes, les hommes d’armes.