‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 88 sur 285 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Ar.GLMENT. — Stanislas Leczinski élu roi de Pologne. Mort du cardinal-primat. Belle retraite du général Scliulenbourg. Exploits du czar. Fondation de Pétersbourg. Bataille de Frauenstadt. Charles entre en Saxe. Paix d’Alt-Rantsdadt. Auguste abdique 'a couronne^ et la cède à Stanislas. Le général PatkuC plénipotentiaire du czar, est roué et écartelé. Ghaides reçoit en Saxe des ambassadeurs de tous les princes ; il va seul à Dresde voir Auguste avant de partir.

Le jeune Stanislas Leczinski ^ était alors député à l’assemblée de Varsovie pour aller rendre compte au roi de Suède de plusieurs différends survenus dans le temps de l’enlèvement du prince Jacques Stanislas avait une physionomie heureuse, pleine de hardiesse et de douceur, avec un air de probité et de franchise, qui de tous les avantages extérieurs est le plus grand, et qui donne plus de poids aux paroles que l’éloquence même. La sagesse avec laquelle il parla du roi Auguste, de l’assemblée, du cardinal-primat, et des intérêts différents qui divisaient la Pologne, frappa Charles. Leroi Stanislas m’a fait l’honneur de me raconter qu’il dit en latin au roi de Suède : (( Gomment pourrons-nous faire une élection, si les deux )) princes Jacques et Constantin Sobieski sont captifs? » et que Charles lui répondit : « Comment délivrera-t-on la » république, si on ne fait pas une élection? » Cette coii-

1. Stanislas Leczinski, né à Léopold ; semblée de Varsovie, pour demander (Galicie), en 1682, d’une famille illus- vengeance de Fenlèvement de ses frètre, était palatin de Posnanie, comme j res. On choisit Stanislas, nommé amson père, et grand échanson de la cou- | bassadeur de la république, pour aller ronne, quand il fut élu roi de Pologne, négocier avec le roi de Suède. Dans

2. La phrase a quelque obscurité ; ! plusieurs éditions on lit : député de Alexandre Sobieski s’élait adresse à l’as- [ l’assemblée.

HISTOIRE DE CHARLES XH

versalion fut Eunique brigue qui mit Stanislas sur le trône. Charles prolongea exprès la conférence, pour mieux sonder le génie ^ du jeune député. Après Taudience, il dit tout haut qu’il n’avait jamais vu d’homme si propre à concilier tous les partis. Il ne tarda pas à s’informer du caractère du palatin Leczinski. Il sut qu’il était plein de bravoure, endurci à la fatigue; qu’il couchait toujours sur une espèce de paillasse, n’exigeant aucun service de ses domestiques auprès de sa personne; qu’il était d’une tempérance peu commune dans ce climat, économe, adoré de ses vassaux, et le seul seigneur peut-être en Pologne qui eût quelques amis, dans un temps où l’on ne connaissait de liaisons que celles de l’intérêt et de la faction. Ce caractère, qui avait en quelques choses du rapport avec le sien, le détermina entièrement. Il dit tout haut après la conférence : «Voilà un homme qui sera toujours mon » ami ; » et on s’aperçut bientôt que ces mots signifiaient : « Voilà un homme ^ui sera roi. )>

Quand le primat de Pologne sut que Charles XII avait nommé le palatin Leczinski, à peu près comme Alexandre avait nommé Abdolonyme il courut auprès du roi de Suède, pour tâcher de faire changer cette résolution ; il voulait faire tomber la couronne à un Lubomirski^: «Mais » qu’avez-vous à alléguer contre Stanislas Leczinski ? dit )) le conquérant. — Sire, dit le primat, il est trop jeune. » Le roi répliqua sèchement : « Il est à peu près de mon âge )) tourna le dos au prélat, et aussitôt envoya le comte de Horn signifier à l’assemblée de Varsovie qu’il lallait élire un roi dans cinq jours, et qu’il fallait élire Stanislas Leczinski. Le comte de Horn arriva le 7 juillet; il fixa le jour de l’élection au 12, comme il aurait ordonné le décampement d’un bataillon. Le cardinal-primat, frustré du fruit de tant d’intrigues, retourna à l’assemblée,

1. génie. Ici, c’est le caractère. I 3. Il serait plus exact de dire sur la

2. On sait qu’Abdolonyme ou Abda- | tête de. — L’argent avait gagné beau-

lonyme (nom d’origine phénicienne, qui I coup de voix en faveur du prince de signifie « esclave de Dieu, » et est syno- I Conti ; mais Charles ne voulait point nyme de l’arabe Abd-Allah), fut placé | d’un Français, quoiqu’il évitât de manipar Alexandre sur le trône de Sidon, ou fester ses répugnances. .

de Tvr, eu considération de ses vertus. 1 4. Ils étaient nés tous deux en 16^t

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