‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 9 sur 285 · Saint-Pierre de Rome · texte numérisé non relu

Saint-Pierre de Rome

4. Pour les Italiens , les ultramontains sont ceux qui habitent en dehors de l’Italie, au delà des Alpes; en France, le mot ultramontains a généralement un autre sens et signifie les Italiens ; quand il s’agit de questions religieuses, il est souvent mis en opposition au moi gallicans»

5. Fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon; Clément VII ne voulut pas prononcer le divorce ; de là le schisme anglican.

PHAELES XII.

INTRODUCTION

comment d^ailleurs aurait-elle eu besoin de Rome pour être légitimée, puisque jamais Rome n’avait ni dû ni voulu casser le mariage de sa mère?

Je lis l’article Charles-Quint : j’ÿ vois que, a dès avant l’an 151G, Charles-Quint avait toujours devant les yeux son nec plus ultra : » mais alors il avait quinze ans; et cette devise ne fut faite que longtemps après.

Dirons-nous pour cela que Puffendorf est un archi-menteur ? non ; nous dirons que, dans un ouvrage d’une si grande étendue, il lui est pardonnable d’avoir erré ; et que nous vous prierons, Monsieur, d’être plus exact que lui, mieux instruit que vous n’êtes du style des Turcs, plus poli avec les Français, et enfin plus équitable et plus éclairé dans le choix des pièces que vous rapportez.

C’est un malheur inséparable du bien qu’a produit l’imprimerie, que cette foule de pièces scandaleuses, publiées à la honte de l’esprit et des mœurs. Partout où il y a une foule d’écrivains, il y a une foule de libelles : ces misérables ouvrages, nés souvent en France, passent dans le Nord, ainsi que nos mauvais vins y sont vendus pour du Bourgogne et du Champagne. On boit les uns, et on lit les autres, souvent avec aussi peu de goût ; mais les hommes qui ont une vraie connaissance savent rejeter ce que la France rebute.

Vous citez. Monsieur, des pièces bien indignes d’être connues du chapelain de Charles XII. Votre traducteur, M. Walmoth i, a eu l’équité d’avertir dans ses notes que ce sont de ces mauvaises et ténébreuses satires qu’il n’est pas permis à un honnête homme de citer.

Un historien a bien des devoirs. Permettez-moi de vous en rappeler ici deux qui sont de quelque considération : celui de ne point calomnier, et celui de ne point ennuyer. Je puis vous pardonner le premier, parce que votre ouvrage sera peu lu ; mais je ne puis vous pardonner le second, parce que j’ai été obligé de vous lire. Je suis d’ailleurs, autant que je peux, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »

Plus tard, dans la préface de son édition de 1748, au moment où la traduction française était achevée à la Haye, Voltaire ajoutait ces jugements critiques sur l’ouvrage de Nordberg :

c( J’ai même fait usage de l’histoire écrite par Nordberg, chapelain et confesseur de Charles XII. Il est vrai que c’est un ouvrage bien mal digéré et mal écrit, dans lequel on trouve trop de petits faits étrangers à son sujet, et où les grands événements deviennent petits tant ils sont mal rapportés. C’est un tissu de rescrits, de déclarations, de publications, qui se font d’ordinaire au nom des rois quand ils sont en guerre. Elles ne servent jamais à faire connaître le fond des événements ; elles sont inutiles au militaire et au politique, et

!• Le traducteur de l’ouvrage s’appelait >Varraholti.

EXACTITUDE DE VOITAIHE.

XXITI

sont ennuyeuses pour le lecteur : un écrivain peut seulement les consulter quelquefois dans le besoin, pour en tirer quelque lumière, ainsi qu’un architecte emploie des décombres dans un édifice.

Parmi les pièces publiques dont Nordberg a surchargé sa malheureuse histoire, il s’en trouve même de fausses et d’absurdes, comme la lettre à'Achmet, empereur des Turcs, que cet historien appelle sultan bassa par la grâce de Dieu.

Ce même Nordberg fait dire au roi de Suède ce que ce monarque n’a jamais dit ni pu dire au sujet du roi Stanislas. Il prétend que Charles XII, en répondant aux objections du primat, lui dit que Stanislas avait acquis beaucoup d’amis dans son voyage d’Italie. Cependant il est très-certain que jamais Stanislas n’a été en Italie, ainsi que ce monarque me l’a confirmé lui-même. Qu’importe, après tout, qu’un Polonais, dans le dix-huitième siècle, ait voyagé ou non en Italie pour son plaisir ? Que de faits inutiles il faut retrancher de l'histoire I et que je me sais bon gré d’avoir resserré celle de Charles XII.

Nordberg n’avait ni lumières, ni esprit, ni connaissances des affaires du monde ; et c’est peut-être ce qui détermina Charles XII à le choisir pour son confesseur : je ne sais s’il a fait de ce prince un bon chrétien ; mais assurément il n’en a pas fait un héros ; et Charles XII serait ignoré, s’il n’était connu que par Nordberg. »

Enfin, en 1752, faisant allusion au post-scriptum de sa lettre à Schullembourg, il écrivait cette courte note, qui résumait cette polémique : a La palette n’a pu servir. On sait que l’histoire de Charles XII, par Nordberg, n’est, jusqu’en 1709, qu’un amas indigeste de faits mal rapportés, et, depuis 1709, qu’une copie de l’histoire composée par M. de Voltaire. »

Or, la postérité a confirmé le jugement de Voltaire ; Charles XII serait en effet presque ignoré, assurément moins populaire, s’il n’était connu que par l’ouvrage de l’historien suédois ; et le livre de Nordberg, quoiqu’il renferme quelques détails assez curieux, mérite de dormir dans la poussière des grandes bibliothèques.

Voltaire ne fut pas seulement accusé de légèreté et d’ignorance; on lui reprocha ses plagiats, à lui qui fut impudemment pillé, même par Nordberg. L’une des plus grossières accusations, accrédkées cependant par l’envie et la haine, fut celle qui lui reprochait d’avoir copié le P. Barre, auteur d’une histoire d’Allemagne. Or, ce livre ne parut qu’en 1748, dix-sept ans après la publication de VHistoire de Charles Xll, et cependant Voltaire crut devoir publier l’avis suivant, qui pouvait être plus méchant.

a Le P. Barre, de Sainte-Geneviève, auteur d’une Histoire d*Allemagne, a mis dans différents endroits de son ouvrage plus de deux cents pages qui se trouvent dans VHistoire de Charles X//par M. de Voltaire. Quelques critiques n’ont pas manqué d’en conclure que M. de Voltaire était un plagiaire. Il est sûr que l’un des deux l’est; mais les critiques devaient savoir que M. de Voltaire a écrit plus de

INTRODUCTION

quinze ans avant le P. Barre. D’ailleurs la différence du style dans tout ce que le P. Barre n’a pas copié est encore une preuve assez sensible. Les éditeurs ont cru devoir indiquer au moins quelques endroits que le P. Barre a copiés L »

Enfin Voltaire, qui plusieurs fois dans son livre avait invoqué le témoignage de l’ancien roi de Pologne, Stanislas, fut heureux de pouvoir opposer à ses détracteurs l’autorité irrécusable de ce prince. « On se croit obligé, écrit-il dans sa préface historique et critique à VHistoire de liussie, par respect pour le public et pour la vérité, de mettre au jour un témoignage irrécusable, qui apprendra quelle foi on doit ajouter à VHistoire de Charles Xll. »

« Il n’y a pas longtemps que le roi de Pologne, duc de Lorraine, se faisait lire cet ouvrage à Commercy : il fut si frappé de la vérité de tant de faits dont il avait été le témoin, et si indigné de la hardiesse avec laquelle on les a combattus dans quelques libelles et dans quelques journaux, qu’il voulut fortifier, par le sceau de son témoignage, la croyance que mérite l’historien ; et que, ne pouvant écrire lui-même, il ordonna à un de ses grands officiers de dresser l’acte suivant. »

Voici cet acte, que Voltaire fit imprimer également au-devant de VHistowe de Charles XII, en supprimant seulement quelques termes trop honorables, qu’il reconnaissait ne devoir qu’à l’indulgence et à la bonté :

« Nous, lieutenant-général des armées du roi, grand maréchal des logis de Sa Majesté polonaise, et commandant en Toulois, les deux Barrois, etc., certifions que Sa Majesté polonaise, après avoir entendu la lecture de VHistowe de Charles XII, écrite par M. de Voltaire (dernière édition de Genève), après avoir loué le style... de cette histoire,, et avoir admiré ces traits... qui caractérisent tous les ouvrages de cet illustre auteur, nous a fait l’honneur de nous dire qu’il était prêt à donner un certificat à M. de Voltaire, pour constater l’exacte vérité des faits contenus dans cette histoire. Ce prince a ajouté que M. de Voltaire n’a oublié ni déplacé aucun fait, aucune circonstance intéressante; que tout est vrai, que tout est en son ordre dans cette liistoire ; qu’il a parlé sur la Pologne et sur tous les événements qui y sont arrivés, etc., comme s’il en eût été témoin oculaire. Certifions de plus que ce prince nous a ordonné d’écrire sur-le-champ à M. de Voltaire, pour lui rendre compte de ce que nous venions d’entendre, et l’assurer de son estime et de son amitié.

« Le vif intérêt que nous prenons à la gloire de M. de Voltaire, et celui que tout honnête homme peut avoir pour ce qui constate la vérité des faits dans les histoires contemporaines, nous a pressé de demander au roi de Pologne la permission d’envoyer à M. de

!• Voir aussi à ce sujet ; Honnèlelés UUéi aires, xix® honnêteté.

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