Le magistrat. Voir la note 2 de la page
3. Sa république. Ne vaudrait-il pas mieux écrire la république ? On dirait sa patrie, ses concitoyens ; on dirait son royaume , son empire, en parlant d’un roi ; mais ici l’emploi du pronom
possessif ne paraît pas assez justifié.
4. Memes. Dans plusieurs éditions l’on écrit même; ici mêmes est bien pour eux-mêmes, que l’on emploierait plutôt maintenant, et que Voltaire écrit rarement.
5. Unique fruit. Ellipse hardie; car ces mots ne se rapportent à aucun nom exprimé.
LIVRI<: TROISIÈME.
Tandis qu’il donnait un roi à la Pologne soumise, que le Danemark n’osait le troubler, que le roi de Prusse ^ recherchait son amitié, et que le roi Auguste se retirait dans ses États héréditaires, le czai* devenait de jour en jour redoutable. Il avait faiblement secouru Auguste en Pologne, mais il avait fait de puissantes diversions en Ingrie.
Pour lui, non-seulement il commençait à être grand homme de guerre, mais meme à montrer Tart^ h ses Moscovites: la discipline s’établissait dans ses troupes; il avait de bons ingénieurs, une artillerie bien servie, beaucoup de bons ofliciers; il savait le grand art de faire subsister des armées. Quelques-uns de ses généraux avaient appris et à bien combattre, et, selon le besoin, à ne combattre pas; bien plus, il avait formé une marine capable de faire tête ^ aux Suédois dans la mer Baltique.
Fort de tous ces avantages dus à son seul génie, et de l’absence du roi de Suède, il prit Narva d’assaut^, le 21 août de l’année 1704, après un siège régulier et après avoir empêché qu’elle ne fût secourue par mer et par terre. Les soldats, maîtres de la ville, coururent au pillage; ils s’abandonnèrent aux barbaries les plus énormes. Le czar couraitde tous côtés pour arrêter le désordre et le massacre; il arracha lui-même des femmes des mains des soldats, qui les allaient égorger après les avoir violées. Il fut même obligé de tuer de sa main quelques Moscovites qui n’écoutaient point ses ordi es. On montre encore à Narva, dans l’hotel de ville, la table sur laquelle il posa son épée en entrant ; et
1. Le roi de Prusse. Voltaire n’a pas encore nommé le roi de Prusse, dont le rôle cependant n’était pas alors insignifiant dans l’histoire du Nord. Le grand-électeur de Brandebourg, Frédéric III, duc de Prusse, se fit reconnaître roi de Prusse par l’empereur Léopold, qui a\ait besoin de ses secours contre Louis XIV, et fut couronné à Kœnigsbcrg,lc 18 janvier 1701. C’était une
fiuissancc rivale de l’Autriche, qui s’éevait alors dans l’Allemagne du Nord ; aussi le prince Eugène, prévoyant l’avenir, disait que l’Empereur aurait du faire pendre l’auJcur d’un pareil conseil.
L’art, c’est-à-dire l’art de la
guerre ; ce mot est répété un peu plus bas; c’est encore une de ces négligences légères que l’on peut remarquer assez souvent dans X'oltaire.