‹ Histoire de Chartres, 1789-1900Chapitre 2 sur 11 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Cher Monsieur Béihouart ,

Je vous remercie de m'avoir fait lire en bonnes feuilles la première partie de votre livre sur La Ville de Chartres de 1789 à 1900. // appartenait à un ancien Maire y qui a géré avec honneur les affaires de la cité^ d'en fouiller les archives et d'apporter à son histoire une contribution précieuse: c'est une manière encore de la bien servir,

Taine n'aurait pas manqué d'utiliser vos notes pour la période révolutionnaire ; et les futurs historiens de la France au dix-neuvième siècle consulteront avec fruit cet abondant répertoire de faits.

Dans la science historique nouvelle^ telle que l'a faite ce grand dix-neuvième siècle^ la vie populaire et la vie provinciale prendront nécessairement une place de plus en plus importante. Le drame qui se joue au centre ne se comprend bien que si l'on embrasse du regard la nation entière. Et cela est plus vrai encore des époques de démocratie et de suffrage universel que des temps monarchiques. Il faut donc que y sur tous les points du territoire, chacun peu à peu amasse sa gerbe.

En Eure-et-Loir y les travaux de nos savants archivistes , MM. Lucien et René Merlet^ ceux de la Société archéologique et de la Société Dunoise, THistoire de Chartres de M. de Lépinois, les ouvrages de notre regretté Gouverneur sur le Perche, le livre récent de M. FélLr Chapiseau^ le Folk-lore de la Beaiice et du Perche, oh le jeune écrivain, faisant pour son pays natal ce que d'autres avaient fait déjà pour la Picardie, la Franche - Comté , la Gascogne, etc., a recueilli avec un soin pieux les vieilles traditions, les légendes, les rites de

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la vie familière y — tous ces travaux ont précisé les traits distinctifSy In physionomie propre de notre histoire locale ^ qui désormais se détache en lumière sur le fond commun de l'histoire générale.

Votre livre complète heureusement ce grand effort d'érudition. Vous avez y en bon moissonneur ^ apporté ^ vous aussi, vos épis pleins à la grange.

Vous dites modestement : « Ceci n'est qu'une compilation ». — Peut-être. Mais vous êtes, comme tout vrai Beauceron^ amoureux de la terre., et il semble que^ de ces papiers jaunis par le temps ^ monte une saine odeur de blé, le parfum de la noble céréale en laquelle fleurissent la vie et la liberté de notre race. On sent, à vous lire, une Juste fierté de terroir; on est eniu en entendant un ancien Maire de Chartres rendre hommage à ses prédécesseurs les Maires, les Officiers municipau.v de la Révolution, harcelés, harassés, souvent menacés, qui donnaient à la commune toutes leurs forces, toute leur âme, pour assurer en ces heures troublées la vie de la cité et la subsistance du peuple; on est heureux de retrouver avec vous dans les profondeurs du sol Beauceron les lointaines origines des hommes qui ont conquis aujourd'hui dans notre département la première place par leur dévouement, leur intelligence et un labeur héréditaire.

Aussi votre œuvre sera-t-elle hautement appréciée de tous ceux qui aiment d'une tendresse infinie, en leurs diverses beautés et en leur contraste piquant, la Beauce aux vastes et frémissantes moissons, aux longues vagues de blé, la Beauce, grande ouvrière d'indépendance nationale et de dignité humaine, et le séduisant pays Percheron, patrie du bon cheval partout admiré et recherché, le Perche aux douces collines, aux prés verts, aux avenantes closeries.

Pall DESCHANEL.

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