‹ Histoire de Chartres, 1789-1900Chapitre 3 sur 11 · FINANCES, TRAVAUX, INSTRUCTION, ARTS · texte numérisé non relu

FINANCES, TRAVAUX, INSTRUCTION, ARTS

Politique, mairie, blé, pain, disette, eaux, pompiers, bienfaisance, écoles, collège, fêtes, théâtre.

Avant d'arriver à Tannée 1800, pour commencer la relation des faits se rapportant à la commune de Chartres, tels que nous les avons trouvés dans les délibérations et les documents émanant des divers corps qui se sont succédé pendant cent ans dans l'administration de la ville et de son territoire, nous indiquerons sommairement les événements qui ont eu lieu pendant les quelques années qui précèdent.

La charte municipale de Chartres, octroyée moyennant 12,000 livres tournois aux bourgeois de la Ville, par Charles de Valois, comte de Chartres, date de 1296.

Le lieutenant-général du Bailliage était maire perpétuel ; il présidait le conseil des échevins qui comprit d'abord dix membres, puis douze.

En 1589, les échevins obtinrent de la Ligue la nomination d'un maire ayant juridiction politique ; le sieur du Ru fut nommé maire de Chartres cette même année.

Les marchands de Chartres, en 1690, obtinrent, moyennant 35,000 livres, la création d'une charge de conseiller du Roi, maire de la Ville de Chartres, dont le premier titulaire fut Gilles Camiaille, marchand, nommé en 1693.

Il fut créé en 1708, à côté du maire perpétuel, une charge de maire alternatif qui prit fin en 1724.

•2 AVANT L*ANNË£ 1789

De Tannée 1310 à l'année 1676, pendant une période de 366 ans, trente-deux lieutenants-généraux du Bailliage, ou maires perpétuels, se succédèrent, dont deux, Jehan le bourrelier (1412-1421 et 1430) et Jehan de Montescot (1432-1458 et 1461-1462) furent nommés deux fois.

Ceux qui occupèrent le plus longtemps ces fonctions furent les sieurs : Robert Fournigault, 26 ans (1329-1355) ; Denis Prévosteau, 16 ans (1364-1380) ; Jehan de Montescot, 26 ans (1432.1/i58) ; Jehan Baudry, 30 ans (1471-1501) ; Christophe de Herouard, 41 ans (1524-1565) ; Claude Suireau, maire pour la Ligue, 25 ans (1590-1615).

M. le lieutenant-général Nicole du Plessis, déjà maire en titre d'office, rentra, par le seul privilège de sa charge judiciaire, en possession de la mairie perpétuelle, d'après l'édit royal du mois de juillet 1717.

Il fut installé l'année suivante malgré les clameurs et les pétitions de la communauté des marchands, qui voulaient un maire électif. Les échevins furent élus suivant l'ancien usage, sauf approbation du duc d'Orléans.

De grandes réjouissances eurent lieu à Chartres à l'occasion du sacre du Roi (25 octobre 1722) ; mais la sécheresse qui désola les campagnes de la Beauce l'année suivante et l'incendie qui détruisit la ville de Châteaudun produisirent une désolation générale dans le pays.

Le cardinal Dubois, premier ministre de Louis XV, avait rétabli les charges municipales en titre d'oflice. M. Etienne Michel-Noel, seigneur de Chenonville et de Bayeux, devint acquéreur des deux offices de maire alternatif et de maire perpétuel en 1723.

Après le décès de M. Noël, en 1726, M. Bouvart, lieutenant de maire, reçut la présidence de la chambre de ville.

En 1725, à la naissance du fils du duc d'Orléans, seigneur du pays Chartrain, il y eut de grandes réjouissances dans la ville. Nouvelles fêtes au mois de septembre de la même année à l'occasion du mariage du roi Louis XV avec la princesse Marie-Leczinska, fille de Stanislas, ex-roi de Pologne, et en 1729, lors de la naissance du Dauphin. Dans

AVANT l'année 1789 3

cette dernière circonstance, un superbe feu d'artifice, le premier qui fut tiré dans la ville, fit la joie des Chartrains.

L'introduction des frères de la Doctrine chrétienne en 1725, amena de la part de la ville une opposition fort vive et cette résistance fut approuvée par une lettre du duc d'Orléans. On finit cependant par céder.

La Reine Marie-Leczinska vint en pèlerinage à Chartres le 27 mai 1732 ; on la reçut magnifiquement ; à la porte Drouaise, M. Bouvart la harangua à genoux ; la Reine laissa 7,200 livres pour les pauvres.

En 1736, le Conseil du duc d'Orléans ayant changé le règlement pour l'organisation de l'échevinage et des élections, M. Jean-Robert Bouvart, qui présidait le corps de ville depuis onze ans, fut installé maire pour trois ans ; MM. Brochand, Sochon fils et Barre continuèrent leurs fonctions d'échevins, le sieur Foisy celle de greffier, et le sieur Valmale resta receveur des deniers communs.

Aux élections de janvier 1739, M. Bouvart ayant obtenu le plus grand nombre de voix, conserva, pour trois ans encore, les fonctions de maire.

Puis disette pendant deux années ; les rigueurs de l'hiver ajoutèrent à la misère du peuple. On alloua à chaque invalide une livre de pain par jour et à chaque enfant une demi-livre. 11 fallait la somme de 1,050 livres par semaine pour faire vivre les malheureux.

M. Michel Duvignon, premier président du Présidial, nommé une première fois maire en 1742, resta dans sa charge en 1745.

On célébra par un Te Deum^ le 30 mai de cette année, la grande victoire de Fontenoy, et Tannée suivante il arriva à Chartres 2,700 prisonniers de guerre faits à Bruxelles.

Le nouveau maire, M. Claude Davignon, ancien procureur du roi de TElection, installé en 1749, conserva ses fonctions jusqu'au mois de mai 1758.

M. Bouvart avait, en 1740, organisé une compagnie de pompiers ; une pompe à incendie fut construite à Paris, une autre à Rouen ; une escouade de seize ouvriers devait

4 AVANT l'annéb 1789

les manœuvrer. Le salaire des pompiers fut fixé à 30 sols par jour de travail et par tète.

« Le collège de Pocquet, œuvre de la bourgeoisie chartraine, était parvenu à un haut degré de prospérité ; en 1743, la classe de rhétorique possédait 92 élèves. Mais en douze ans, la décadence vint, et après ce temps il en restait à peine 15 à 16 par classe. Les bonnes études ne reparurent qu'en 1760, avec M. Berthinot, principal plein de zèle qui forma d'excellents sujets.

» En 1763, pour cause d'agrandissement, malgré une vive opposition, le collège fut transporté de la maison de Chinche dans celle des Filles de la Providence , rue Muret. »

» Cette même année, le chapitre de la cathédrale commença les décorations du chœur de son église. L'ancien jubé, du style gothique, bâti vers 1100 et couvert d'une multitude de figures, fut démoli. On commença par le sanctuaire et le beau groupe de l'Assomption fut sculpté par Bridan, qui l'acheva seulement dix ans plus tard.

» Cette œuvre, en marbre blanc de Carrare, est d'une exécution savante et hardie; elle représente, en figures colossales, l'Assomption de la Vierge, soutenue sur des nuages par trois anges, accompagnés de plusieurs chérubins ; elle fut complètement achevée en 1773. »

En 1758, un incendie détruisit soixante maisons du quartier de Nicochet, à l'extrémité du Grand-Faubourg, quelques jours après la nomination comme maire de M. Garnier de Marigny, procureur du roi au bailliage.

Ce maire, qui remplissait sa charge à l'entière satisfaction de ses administrés, resta en fonctions jusqu'en 1766, après plusieurs réélections.

A cette époque, les assemblées du Corps de Ville avaient lieu les mercredis, toutes les quinzaines.

Voici quelques prix et salaires du temps. Le syndic receveur avait droit à 4 deniers pour livre de la recette des octrois, biens matrimoniaux et dons gratuits, plus 30 livres

pour la reddition de ses comptes. Le secrétaire greffier touchait 600 livres par an.

Le concierge de Thôtel commun était payé à raison de 300 livres par an, à la charge par lui de faire fonction de commis greffier. Six serviteurs portiers, gardiens des portes de la ville, recevaient chacun 100 livres et tous les ans un habit et une veste de drap écarlate, une culotte en drap, une autre en peau, une bandoulière, et un chapeau bordé d'or ; les caserniers de la caserne d'infanterie chacun 120 livres.

En juillet 1767, il est alloué au sieur Gallas, architecte, 4.000 livres pour les dessins, plans, devis et voyages relatifs au pont de la Courtille et, par adjudication, le travail revient à Claude Prouteau, entrepreneur à Maintenon, moyennant le prix de 51.750 livres, à la condition de fournir sous huitaine bonne et suffisante caution. Demontigny est payé 1.500 livres pour exercer les fonctions d'inspecteur des ouvrages de ce même pont.

L'année suivante, M. Janvier reçoit 150 livres pour payer les ouvriers qui ont fait sous ses yeux le modèle d'un moulin à vent à six meules.

M. de Ligneris, gentilhomme, devint alors maire, à la suite d'une modification dans l'organisation municipale.

L'hiver de 1768 fut dur aux pauvres gens; le 5 janvier, on craignit une émeute rendue probable par la cherté du pain et il fallut faire de grands sacrifices pour soulager les malheureux.

M. Jacques Parent, premier président du Présidial, fut élu et installé maire au mois de juin 1770; maisunédit, l'année suivante, créa, moyennant finance, une nouvelle série d'officiers désignés sous les noms de maire, lieutenants de maire, assesseurs, échevins, et ces charges furent réunies, à prix débattu, au corps municipal.

« Le 15 juillet 1773, dans la grande salle de l'hôtel commun, eut lieu la première assemblée du Corps Municipal, tenue par M. Asselin, conseiller du roi, et de Monseigneur le duc d'Orléans, premier prince du sang, de Valois,

de Chartres, de Nemours et de Montpensier, comte de Vermandois et de Soissons ; lieutenant général, juge, magistrat en la ville, duché et bailliage et siège présidial de Chartres.

» Il installa comme maire, M. Parent; nomma M.Jacques Foreau, avocat, lieutenant du maire ; choisit pour échevins M. Jean Billard ; Bourgeois ; Eloy Levassor, ancien marchand drapier et ancien juge-consul ; Messire Nicolas-Louis de Bouët, chevalier, seigneur de la Chesnaye et autres lieux ; Jérôme Pétion le jeune, avocat, lieutenant particulier de la mairie de Loëns.

» Les assesseurs désignés furent MM. Louis Letellier, notaire; Jean Hiichedé, avocat; Charles Chancerel, conseiller du roi ; Pierre Clavier, avocat.

» Les députés de Téglise cathédrale étaient MM. Claude d'Archambault, licencié en droit, Louis Mitouflet, chanoine ; celui des gentilshommes et des officiers militaires, Messire René-Cézar de Courtauvel, chevalier; celui des médecins et chirurgiens, Pierre David Bardel, doyen des médecins en chirurgie ; celui des notaires, Jacques Foulas ; ceux des marchands, Jacques Laine, mercier ; Jérôme Hoveau, drapier, et François Petey de la Charmoîs, drapier.

» Puis viennent les députés des paroisses au nombre de onze. En tout 27 conseillers. »

Le procureur de la commune désigné fut M. Charles Philippe du Temple, écuyer.

Il y eut une protestation des députés de la noblesse, à la réunion du 13 août 1773, M. Foreau ayant présidé en Tabsence du maire; son droit comme lieutenant fut cependant reconnu.

On décida cette année que le chemin de la butte des Charbonniers, venant de Saint-Maurice, serait continué jusqu'à la porte Châtelet, puis jusqu'à celle des Épars, en passant dans le fossé de la grande butte. C'est le premier acte d'embellissement de la ville dont bientôt le corps municipal devait s'occuper.

A l'occasion de la naissance du duc de Valois, fils du duc

de Chartres (octobre 1773) un Te deum fut chanté dans la cathédrale; après, eut lieu une distribution de cent pistoles de pain aux pauvres des onze paroisses de la ville et des faubourgs.

Dans l'après-midi, à 5 heures, quatre décharges de l'artillerie de la ville et le soir, Tillumination générale montrèrent la joie des habitants.

Le corps municipal s'opposa, le 30 octobre 1773, à l'augmentation de six deniers par livre de la viande débitée par les bouchers, et maintint le prix taxé l'année précédente à six sols six deniers par livre.

Au commencement de l'année 1774, les frères des Ecoles chrétiennes présentent au corps municipal une requête exposant que le nombre de leurs écoliers augmente à proportion de la cherté des vivres, que leur revenu est considérablement diminué depuis deux ans, ce qui les met hors d'état de pouvoir subsister sans un secours proportionné à leurs besoins et à l'augmentation des denrées.

Il leur est accordé 500 livres pour l'année qui a commencé le premier octobre dernier, et ce, sans tirer à conséquence, par forme d'aumône ; on leur avait déjà alloué 250 livres en 1767.

Malgré cette précaution, toutes les années suivantes, pareil secours fut voté en faveur des frères.

» On s'occupe aussi du bureau des pauvres ; sera-t-il possible de se charger des enfants légitimes abandonnés par leurs pères et mères.

» Déjà l'Institut du bureau gouverne et entretient 26 vieillards, 25 vieilles femmes, tous les orphelins et orphelines de la ville, faubourgs et banlieue ; de plus il fait apprendre des métiers aux orphelins des (leux sexes.

» Le chanoine Lebeau, en 1729, afin d'assurer un asile aux enfants légitimes abandonnés, a bien fait une donation dont le revenu est aujourd'hui de 1.800 livres ; mais on n'avait pas prévu que des pères et mères, déterminés par ce secours, abandonneraient des enfants qu'ils auraient conservés s'ils n'avaient pas eu cette ressource. Il y a eu abus;

8 AVANT L*ANNBE 1789

le nombre des enfants recueillis, qui était de 30 en 1770, s'est élevé à 58 en 1773.

» Le bureau est obéré; on ne prendra plus d'enfants jusqu'à ce que le nombre soit réduit à 20. Il est dû pour 12.000 livres de pain, et le déficit annuel dépasse la somme de 4.000 livres. »

Il fut question à cette époque de créer une filature de coton pour utiliser le travail des orphelins, mais le projet n'a pas été mis à exécution.

Le 10 mai 1774, survint la mort de Louis XV ; le sacre de Louis XVI n'eut lieu que l'année suivante, le 11 juin.

Il parait que le zèle des membres du corps municipal avait besoin d'être réveillé, car il fut question de mettre à l'amende ceux qui n'assistaient pas aux séances; cette proposition n'eut pas de suite.

Un nouvel inventaire des titres et des papiers du trésor de la ville allait être fait ; mais des événements graves, provenant de la misère, se préparaient ; la disette en était la cause.

(( Le 16 mai 1775, le maire annonce que par ordre de la Cour, il est arrivé le second escadron des carabiniers de Monsieur, composé d'environ cent hommes pour veiller à la sécurité des habitants, afin qu'il ne survienne aucune rumeur dans le marché au blé, vu la cherté qui gagne ; que même ces carabiniers se transportent par détachements sur les grands chemins et dans les marchés des villes et des bourgs voisins, pour mettre en sûreté les laboureurs qui y auraient du blé et empêcher les vagabonds de le piller.

» Il est donné une gratification de 450 livres aux carabiniers pour le bon et exact service qu'ils font; les carabiniers avaient épuisé la provision de bois de la ville par suite d'une consommation énorme dans les corps de garde. »

Le 1" juin, installation de M. Martin Bruant Huchedé, marchand à magasin, ancien juge consul, comme lieutenant de maire.

Il prête le serment de bien et fidèlement s'acquitter de

AVANT l'annê& 1789 9

ses fonctions, d'être fidèle au roi, à S. A. S. M"^ le duc d'Orléans, et de garder le secret de la* chambre.

» Le lendemain, élection dans le corps communal, de six sujets à présenter pour occuper deux places d'échevins.

» Il y a 32 votants ; chacun met à son rang son billet de nomination clos et cacheté dans la boîte qui lui est présentée par le serviteur portier, de service. Mêlés et confondus ensemble, puis décachetés et ouverts l'un après l'autre, lecture est faite de chacun des dits billets et l'échelle ayant été tirée par le secrétaire greffier, on a trouvé les résultats pour la présentation des candidats à la nomination de M. le duc d'Orléans.

» Après quoi, les billets ont été brûlés en présence de tous ceux qui composent l'assemblée. »

On voit de quelles précautions minutieuses le vote était alors entouré.

« A l'occasion du sacre de Louis XVI, un Te deum est chanté le 25 juin 1775, en l'église cathédrale, à l'issue des vêpres, et à cause de la misère des temps, il est distribué aux pauvres une somme de 1.200 livres convertie en pain; des boîtes sont tirées suivant l'usage ; on illumine la façade de l'Hôtel de Ville aux moindres frais, et un feu de bois simple est allumé, en signe de joie, dans la place des halles. »

Il avait été décidé en 1774 que l'on ferait graver deux coins de jetons ronds pour la ville de Chartres, représentant, d'un côté le portrait du Roi avec la légende ordinaire et, de l'autre, les armes de . la Ville entourées d'une couronne de chêne, avec l'inscription. « servand cwein querca corona datur ». Le sieur Duvivier, graveur général des monnaies de France et des médailles du Roi, s'engage à faire les coins trempés et polis; il livrera 1.200 jetons pour la somme de 400 livres. — Sa proposition est acceptée.

Voici que l'on signale que les externes du collège, ces incorrigibles de tout temps, n'assistaient pas tous les jours à la messe parce qu'il ne s'en dit pas immédiatement avant les classes ; une enquête est prescrite à ce sujet. Le princi-

10 AVANT l'année 1789

paL reçoit bien 75 livres par an pour cela, mais cette messe n'est pas dite depuis plusieurs années et le crédit est retiré.

Le 19 janvier 1776, une lettre de M. l'Intendant de Lypierre vient jeter le désarroi parmi les membres du corps municipal.

« 11 a accordé, dit-il, un visa sur les mandements relatifs » aux ouvrages faits aux abords de la ville; on a fait des » projets ruineux pour la ville et désagréables aux ci- » toyens.

» La disposition où je vous ai vus d'abandonner ces pro- » jets, m'avait engagé, écrit-il, à fermer les yeux sur le » vice général de la gestion antérieure des affaires com- » munes pour ne m'occuper que de faire rétablir Tordre et » la règle à l'avenir, mais j'apprends que les troubles et la » division renaissent. La ville est obérée de dettes ; les en- » gagements les plus solennels n'ont pas été respectés ; les » remboursements promis n'ont pas été effectués avant de » s'occuper de dépenses nouvelles.

» Je ne peux ni ne dois souffrir plus longtemps de pareils » abus. Je vous défends, Messieurs, d'entreprendre aucun » ouvrage, ni d'ordonner aucune dépense extraordinaire » non autorisée, sans m'en avoir auparavant prévenu pour » en déférer moi-même l'objet à M. le contrôleur général » et vous faire passer ses ordres. »

Le 3 juin, installation d'un nouveau maire, M. Louis François, marquis de Ligneris, seigneur de Méréglise.

Des accidents se produisent à la porte des Epars ; un enfant a été écrasé, a eu les deux jambes cassées par les roues d'une charrette ; on décide d'acheter deux maisons et de faire une seconde ouverture à l'entrée de la basse-cour de la porte.

En séance, s'élève une discussion à propos de la dette de la Ville ; le trésorier établit par son rapport qu'elle se chiffre à 70.630 livres produisant rente au denier vingt. Le maire propose d'emprunter au denier vingt-cinq pour amortir la dite somme, si mieux n'aiment les créanciers réduire ladite rente au denier vingt-cinq.

AVANT l'année 1789 li

Maïs c'est une conversion cela, et les finances de la ville ne sont pas en aussi piteux état que le disait M. rintendant.

Pendant la semaine sainte, au mois d'avril 1777, les travaux ont été repris au chemin le long des buttes. Voici quelques prix : la toise cube de démolition est payée 6 et quelquefois 7 livres ; la terrasse 2 livres 10 sols la toise ; le conducteur des travaux, Caille, gagne 14 livres par semaine. Il y a eu 593 journées; pour chaque ouvrier, Tun portant l'autre, de 14 à 15 sols par jour; les plus forts ont gagné 21 sols, les plus faibles 10 à 12 sols. Ces derniers sont des femmes et des enfants.

Par suite d'une gelée survenue à la vigne le 5 mai, une multitude de vignerons afflue aux ateliers de travaux ; on est contraint de renvoyer les ouvriers de la campagne éloignés de plus de deux lieues ; pour les autres, les plus pauvres sont seuls admis.

Les prix sont, à cette époque, un peu plus élevés, les jours étant plus longs ; les plus robustes gagnent 25 sols par jour; le courant 20, 21, 22; les femmes et enfants 12, 14, 15.

« Le chanoine Petey, grand pénitencier, avait été assassiné le 16 avril, dans sa maison, avec sa servante. Les recherches de la police restèrent infructueuses ; les rôdeurs de nuit enhardis par l'impunité en devinrent plus redoutables. On dut organiser une patrouille de nuit forte de 28 hommes, commandée par un sergent-major ; elle paraissait assez nombreuse pour se défendre. Le prince de Montbarrey, ministre de la guerre, envoya alors à Chartres, sur la demande du maire, un détachement de 40 hommes pour rassurer les habitants et remplacer la patrouille provisoire trop dispendieuse pour la ville.

» De plus, dans la séance du 3 juin, pour assurer la tranquillité publique, on proposa de refondre le corps de pompiers, de Tassujétir avec discipline, de placer à sa tête quelqu'invalide en état de le commander. La dépense pour cet objet sera annuellement de 1,000 livres.

i^ AVANT l'année 1789

» La crainte des incendies domine les esprits ; les seaux des pompiers sont visités, les pompes mises en manœuvre. Il est décidé que Ton achètera deux petites pompes à cheminée, très portatives.

» L'ancienne pompe, bien que raccommodée par le sieur Potier, horloger, est toujours défectueuse par la genouillère et par un des pistons ; elle perd beaucoup d'eau ; les boyaux n'ont été raccommodés dans leurs coutures qu'en partie. On envoie le matériel à Paris pour être réparé. »

Le 18 août 1777, les aubergistes demandent la suppression des octrois qui frappent d'un droit de un dixième et un tiers en sus les vins, cidres, bières et autres menus breuvages vendus au détail, tant en foire que hors foire ; mais les habitants veulent la continuation de ces droits, comme le moyen le plus simple et le plus praticable pour subvenir aux dépenses et charges journalières et remplir leurs engagements envers des créanciers légitimes, qui n'ont d'autre sûreté des sommes qu'ils ont avancées que ces mômes octrois.

Au mois de novembre, il est ouvert un atelier de charité pour les vignerons malheureux ; on plante des arbres sur l'esplanade en face de la porte Châtelet ; en décembre, vote de 6,000 livres pour les ateliers.

Le 15 janvier 1778, il est accordé un secours de 500 livres aux frères des Ecoles chrétiennes qui le demandent à cause de la disette du vin, dont le prix est excessif; ils renonceront à toute rétribution des enfants des pauvres du bureau en compensation de cette faveur.

« La police n'avait pas beaucoup d'autorité, n'était guère écoutée. Aussi, pour empêcher le passage des voitures et éviter des accidents, il est établi des chaînes qui seront tendues les jours de marché à chaque extrémité de la rue aux Bœufs.

« La ville tend à s'agrandir ; la population ne veut plus rester étouffée dans les rues étroites et tortueuses du vieux Chartres fortifié. Des habitants demandent des concessions pour bâtir sur les terrains des fossés de la porte des Epars;

AVANT l'année 1789 13

avant de les accorder, il est décidé qu'il sera établi un plan général ». Excellente mesure; mais qui ne fut guère appliquée.

Il est question d'agrandir la place des Barricades pour la foire créée par Henri III. Ce souverain avait été obligé de quitter Paris devant le trouble des barricades et s'était retiré à Chartres ; c'est en souvenir de cet événement que fut donné le nom de foire des Barricades. La place aura une forme agréable et régulière ; les communications entre la ville et le grand faubourg furent établies aux applaudissements de tous les habitants.

Une partie de la place est pavée, ce qui amène la suppression des abîmes et fondrières ouverts en face du bureau des carrosses, diligences et messageries. L'accès des voitures est ainsi rendu facile.

Les travaux de la Butte des Charbonniers s'avancent ; il s'est produit pendant quelques années un certain effort pour l'amélioration de la ville.

En 1778, un inconnu remit à Tévéque une somme de 9,800 livres pour être utilisée à amener à Chartres l'eau d'une fontaine extérieure. Une commission communale est nommée pour étudier la question; M. du Temple de Rougemont en fait partie.

« Dans le rapport, il est rappelé que, en 1520, les échevins firent venir Josse Cornillat, maître fontainier , à Rouen.

» Cet artiste, accompagné de Jehan de Beausse, maître des œuvres de l'Eglise de Chartres, et de plusieurs horlogers, visita la fontaine Saint-André, celle de la Porte Drouaise, la fontaine du Vivier, assise près de Luisant et une autre au même lieu. Il a été reconnu que le cours des susdites fontaines ne pouvait venir ni monter au haut de la ville.

» Par le secours de l'art, la chose devait paraître absolument impraticable en 1520, puisqu'à cette époque l'hydraulique était encore dans son enfance. Dans le siècle suivant,

14 AVANT l'annbk 1789

les découvertes de Pascal et de Mariette firent la lumière sur cette science utile, et de nos jours, nous avons dans le traité de Bélidor un corps complet de doctrine qui comprend toutes les théories de Tarchitecture hydraulique appliquées à la pratique.

» Les eflbrts infructueux de nos ancêtres ne doivent pas nous décourager. Il y va de l'intérêt général (c'est le plus grand) des citoyens qu'on établisse des fontaines dans une ville où l'on boit de l'eau de mauvaise qualité, où les bâtisses de la plupart des maisons sont en bois, où les rues sont étroites et serrées, d'où destruction prompte et inévitable en cas d'incendie.

» On doit acheter l'eau ; la multitude ne peut s'y soustraire. Les porteurs d'eau à qui cette branche d'industrie sera ôtée, n'auront-ils pas la faculté d'employer autrement leurs bras ? Finalement l'intérêt de quelques particuliers peut-il militer contre l'universalité des citoyens qui trouveront, dans l'exécution de ce projet, la santé et la sûreté ?

» On devra faire analyser les eaux, et choisir la meilleure ; un mécanicien habile dans la science hydraulique sera consulté; on calculera la quantité de muids d'eau que les sources fournissent par jour et, connaissant la consommation quotidienne des habitants, on verra si le produit des sources est suflisant.

» Par des combinaisons arithmétiques, on constatera ensuite la dépense qui doit en résulter ; ce sera là sans doute le moment le plus intéressant ».

Un don a été reçu par la ville ; une souscription bien entendue pourra être faite pour compléter la somme nécessaire aux travaux. »

La commission demande que l'assemblée autorise :

c( 1® à faire venir un chimiste de l'Académie des Sciences pour analyser les eaux ;

2° à écrire à M. Loriot, mécanicien, jouissant d'une réputation méritée, de se joindre au chimiste pour étudier si l'on peut conduire à Chartres celle des sources qui sera adoptée ;

AVANT l'année 1789 15

» 3"* à inviter nos fontainiers à nous communiquer leurs connaissances sur les dites sources. »

« Le 12 mai 1778, on envoie à MM. Macquet et Beaumé 12 bouteilles d'eau de chaque fontaine, y compris Teau minérale des Petits-Prés. On y joint de l'eau de la rivière l'Eure, sur la représentation de M. Maillard, étant intéressant pour l'art de la teinture de connaître sa composition. »

Le sieur Fouquereau, avec sa voiture à deux chevaux, conduira et ramènera les susdites bouteilles.

« Quelque temps après, le rapport d'analyse des chimistes dit que les eaux de la rivière et celles de la fontaine du Vivier, à Luisant, sont les plus légères et les plus pures, les plus potables. Il faudrait cependant retirer à Teau de l'Eure un goût de croupi ; cette saveur peut lui être ôtée en l'exposant et Tagitant au grand air.

» L'eau du Vivier est la meilleure de toutes.

» L'eau minérale est très faible ; on peut la considérer comme de l'eau ordinaire fort impure que l'on doit abandonner sans regret comme eau potable ; elle pourrait être réservée pour l'état de maladie. »

« M. Loriot vient à Chartres, établit les plans, modèles, devis. L'eau de Luisant sera amenée au pont de la Courtille, puis élevée dans la haute ville ; cette fontaine pousse plus d'eau qu'il n'en faut, croit-on, pour la consommation des habitants.

» Pour faire mouvoir la machine, il faut une chute assez puissante, on demandera celle du moulin de Saint-Père. »

Le plan de distribution est établi par M. Morin, architectev

Après quatre années, en 1782, on renonce à l'eau de Luisant ; la dépense serait trop forte. Une machine élèverait l'eau sur la montagne en face de la ville ; une partie de l'eau de la fontaine ou bien celle de Barjouville serait utilisée comme chute.

M. Loriot dit que tout cela est impossible. Pour amener l'eau par une pente dans le jardin de l'hôpital, cela coûte-

lerait 40 à 50.000 livres ; l'ensemble des dépenses est effrayant, le projet est alors abandonné. .

L'eau sera prise à la rivière et conduite au-dessus de la terrasse attenant à la porte Saint-Michel.

« Un réservoir contenant 34.770 pieds cubes, recevra l'eau après son passage dans un canal de filtration de 10 toises et son épuration à travers le sable. Dans une conduite en fer de 7 pouces de diamètre, l'eau sera refoulée par une machine, établie au pont de la Courtille, composée de deux corps de pompe en cuivre.

» Le devis de Loriot porte que les bois et fers pour la pompe coûteront 4.000 livres ; que le total de la dépense sera de 24.375 fr. auquel il faut ajouter ^ ou 2.400 livres pour son bénéfice et ses peines. »

Mais il y eut encore de nouveaux retards, le modèle de Loriot n'était pas fini; peu après il mourut et son projet fut comme l'autre mis de côté.

En 1779, Sergent fils, graveur, animé par l'amour de la patrie, jaloux de se rendre utile à ses concitoyens, veut graver un plan géométral bien exact de la ville, l'orner de tableaux historiques, de médaillons représentant les antiquités et choses remarquables ; il demande une somme de 50 louis pour le travail. Il lui est accordé 800 livres, le bénéfice de la vente de son plan lui était réservé.

On avait rhabillé de neuf les portiers des portes des remparts ; voilà que Drouard et Prévost, concierges de casernes royales, demandent le renouvellement de leurs uniformes datant de 22 ans. L'habit, la veste et la culotte sont en étoffe bleue, avec boutons de cuivre jaune ; le chapeau est bordé d'argent ; la bandoulière porte les armes de la ville.

La demande des caserniers est agréée ; Thabillement, dont la bandoulière est supprimée, sera renouvelé tous les 15 ans ; et en même temps un costume est donné aussi aux tambours de ville à condition de ne le mettre que quand ils marcheront par ordre, ou pour le feu de la Saini-Jean.

Un arrêt du conseil d'Etat du Roi modifie en 17801acom-

position du corps municipal , les fonctions de maire et des ofBciers municipaux restent les mêmes; on ne pourra élire pour notables et officiers de ville que les citoyens âgés de 30 ans au moins, domiciliés depuis 10 ans, à moins qu^ils ne soient nés dans la ville et revenus depuis un an. Les élus seront des gens vivant et ayant toujours vécu noblement* Le père et le fils, le beau-père et le gendre, le frère et le beau-frère, ne pourront exercer ensemble.

Le duc d'Orléans avait choisi en 1779 pour maire, M. de Paris, conseiller d'honneur du bailliage, lequel n'accepta pas la fonction. Le marquis de Ligneris fut continué comme maire et reçut le 8 août 1780, à la tète du corps de ville, Mk*" de Lubersac, ancien évéque de Tréguier, successeur de M. de Fleury, décédé, dans la chaire épiscopale de Chartres. M. de Fleury était mort subitement au château des Tuileries. Mais le maire mourut ; M. Bellier-Duchesnay fut installé le 22 décembre à sa place ; M. Boileau devint lieutenant de maire^

Voici la balance du budget de la ville de Chartres, en cette même année 1780 :

Recettes . . . 56.494 1. 4 s. 2 d.

Dépenses . . 45.378 11 2

Excédent . . . 11.115 1. 13 s.

Déjà il se manifestait dans le corps social des mouvements précurseurs d'événements plus graves ; la charge de maire était lourde ; M. Bellier-Duchesnay pendant quatre années l'occupa dignement.

A la naissance du premier dauphin, le 22 octobre 1781, Te Deum solennel, illuminations, feux de fagots sur la place des Halles. Un feu d'artifice, empêché par la pluie, sera tiré plus tard ; un crédit de 3.000 livres avait été voté pour les réjouissances.

Le mercredi 3 octobre 1781, paraît le premier numéro des Annonces^ Affiches et Avis diversdu pays Chartraiiiy imprimé chez Le Tellier, rue de la Vieille-Poulaillerie. Le journal a

18 AVAST l'aX5É£ 178î)

un numéro par semaine; son prix est de 6 livres par an pour Chartres et de 7 livres 10 sols pour la province, franc de port.

n II indique une vente de 12 setiers de terre en labour et une mine en noue, dans la paroisse de Logron, Bailliage de Janville, moyennant 2.096 livres ; 7 minots de terre à Moriers sont vendus 394 livres; à Logron, 22 boisseaux et demi de terre reviennent à 524 livres. »

« Le 5uimedi 29 septembre, le blé d'élite valait à Chartres 16 livres 15 sols le setier ^^98 kilog.) ; le blé marchand 15 livres 10 sols ; le champart 14 livres 5 sols; le méteil 12 livres ; l'orge 8 livres 10 sols ; Tavoine 1 livre 9 sols.

Le pain jaunet de 9 livres est taxé 15 sols 6 deniers ; le pain de soy ou bis, 13 sols 6 deniers, la miche etbizette, un sol 6 deniers la livre.

On trouve les avis divers suivants dans ce même numéro :

« Le sieur Haran, apothicaire à Chartres, rue des Changes, près rilôtel de Ville, donne avis qu'il possède une eau de sa composition, pour la destruction des punaises, qu'il a employée plusieurs fois avec succès. Cette eau n'a aucune odeur et n'est point nuisible à la santé ; elle n'altère point les couleurs de la soie, de la laine, ni les toiles peintes en huile et se conserve toujours. Il en faut une bouteille pour chaque lit. Le prix de la bouteille est de trente sols. »

« Le sieur Barry, maître à danser, élève de Saint-Malter, danseur de l'opéra, ci-devant à Tyron pour les élèves du roi, et actuellement à Chartres, rue au Lin, près les Halles, donne avis qu'il enseigne la danse par principes, donne les grâces à marcher et à saluer; enseigne toutes danses de caractères, comme Anglaise, Sabotière, Polichinelle et autres danses très nouvelles ; menuet de la reine, menuet carré, et le carré de Mahony; Danse à quatre et autres; et a enrichi le menuet d'un pas nouveau, appelé pas anglais, du pas grave, du temps et de l'effacement, avec toutes les grâces imaginables. Il montre aussi à jouer du violon et de la vielle par musique. »

Un nrgociant, arrivé depuis peu de la Nouvelle-Orléans, a

AVANT L*ANNËE 1789 19

apporté avec lui de la véritable graisse d'ours pure et naturelle, préparée sans feu par les sauvages. Cette graisse prévient la chute des cheveux et guérit les rhumatismes. Le prix des bouteilles est de 3 livres, 2 livres et 1 livre 4 sols. On en trouvera chez le sieur Paillard, marchand épicier, place des Halles ».

Les numéros sortis de la roue de fortune, à la loterie royale de France, par le tirage d'octobre sont: 20, 23, 42,68 et 67.

Voici une requête des cabaretiers exposant leurs doléances relativement aux mesures employées pour les liquides.

« Le 5 mai 1671, disent-ils, la forme des poinçons fut déterminée pour une contenance de 205 pintes seulement. En prenant la jauge de Paris pour règle, Tarrét commettait une erreur. Le muid de Paris est fixé à 288 pintes, vin net, clair et sans lie ; la jauge de Chartres est basée sur le vin acheté, non soutiré. Mais le muid de Paris (288 pintes) est de 300 pintes sur lie ; il y a donc 12 pintes sur lesquelles les droits ne doivent pas être perçus.

» La jauge de Chartres devrait donc être de 220 pintes; personne ne se souvient d'en avoir vu de moindre contenance avant Tannée 1770.

» Le bourgeois, seul, qui a des vignes, fera des poinçons de 205 pintes; les aubergistes et habitants achetant les vins, jamais. Le premier donne moins et reçoit autant que s'il donnait plus.

» Ils demandent donc à rétablir la jauge de 220 pintes.

Les suppliants, signataires de cette requête, ne cesseront de faire des vœux au ciel pour la conservation de vos jours et l'accomplissement de vos projets.

Toussaint Barbier, Charles Greibée, Nicolas Beaumart. »

« Mais des actes de brigandage se commettaient contre les personnes et les propriétés ; les Commissions n'ont apporté aucun remède aux maux dont on se plaint, des excès graves ont été commis par des mauvais sujets et Talarme s'est répandue parmi les citoyens.

» On organise, pour reconnaître ou intimider les perturbateurs, une patrouille de cinq hommes, tous anciens soldats,

20 AVANT l'année 1789

commandés par un fourrier, qui marcherait à des jours indéterminés, à des heures indécises. Elle servira d'épouvantail propre à eflfrayer les malfaiteurs et autres vagabonds qui rôdent la nuit.

« Ces cinq hommes seront armés de fusils et de bayonnettes ; le commandant aura un fort couteau de chasse et deux pistolets.

» La patrouille ne se servira jamais des armes oflfensives que pour repousser la violence.

» La patrouille ne rentrera au corps de garde que pour se réchauffer, et seulement lorsque le froid et la pluie l'y contraindra.

La question de sûreté contre les incendies revient encore dans ce temps un peu troublé. <c Au feu, il y a du tumulte, du désordre, de la confusion. On apportera le plus grand soin à l'entretien, à la réparation des pompes, des seaux ; il faut que les bras soient assujettis à un ordre bien réglé, que la manœuvre s'exécute avec célérité et précision, qu'une discipline sage et sévère maintienne chacun des travailleurs dans le poste qui lui est assigné. Il faut aussi que les hommes employés à ce travail périlleux y soient attirés par Tappàt d'une solde assortie à la fatigue et aux dangers ; que des peines pécuniaires ou corporelles punissent leur inactivité ou leur négligence.

» Le nouveau règlement porte qu'il y aura 40 hommes partagés en trois brigades, ayant chacune leur chef.

» La première brigade comprendra les fusiliers ; elle est destinée à veiller au bon ordre et à la sûreté publique, à la formation des files pour les seaux, au dépôt des effets sauvés de l'incendie et à la garde des pompes, pics, haches, échelles, civières, cordages, scies, etc. Elle sera composée de dix hommes armés de fusils.

» 14 pompiers formeront la deuxième brigade, dont 8 attachés au service de la grande pompe et six à celui de la petite. Ils porteront des bricoles de cuir pour traîner les pompes.

» Dans la troisième brigade, seront enrôlés les travailleurs au nombre de seize, pris parmi les menuisiers, char-

AVANT l'année 1789 21

pentiers, maçons, couvreurs. Quatre prendront les échelles., trois chacun un pic et une hache, et les neuf autres des crochets, des seaux et autre attirail nécessaire.

» Si rincendie arrive de nuit, il sera délivré trois flambeaux à la première brigade, deux à la seconde et deux à la troisième.

» Tout pompier arrivé à l'Hôtel de Ville au bruit du tocsin, soit de jour, soit de nuit, dans le quart-d'heure à compter du premier coup, aura droit à dix sols de solde et chaque chef à quinze sols, quand même on n'irait pas au feu.

» Chaque pompier sera payé à raison de cinq sols par heure de nuit, depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, et quatre sols depuis Pâques jusqu'à la Toussaint.

» Pour une journée, en été, le pompier touchera 25 sols, en hiver 20 sols; les chefs de brigade auront droit à un sol de plus que les autres par heure de nuit et cinq sols de plus par chaque journée.

Nous signalerons ici quelques faits et avis afin de rappeler les usages, les coutumes et prix de cette époque.

« Un sieur Mathurin Morin, journalier à Bonville-autemple, dans la banlieue de Chartres, avisait vers ce temps ses concitoyens qu'il venait de perdre, par un incendie, une grange où étaient renfermés sa paille et son fourrage.

» C'est une perte de 400 livres, objet très conséquent, vu le peu de fortune du particulier ; il est le père de Jacques Morin, qui s'est distingué par les lauriers qu'il a remportés dans la classe de rhétorique.

» Cet accident met ce malheureux père hors d'état de pourvoir à l'entretien d'un fils qui lui fait tant d'honneur. Si quelques personnes charitables contribuaient à lui rendre moins sensible la perte qu'il a essuyée, il bénirait la main d'où viendraient ces secours. »

« Un jeune homme de 18 à 20 ans, au courant de la Pratique, est demandé pour entrer chez un huissier et procureur dans un bourg de la Beauce. Il aura des appointements et un cheval pour aller en campagne. »

22 AVANT l'année 1789

» Une place d'instituteur à Courville devient vacante ; elle va être donnée au concours. Outre le logement, il y a 300 livres de fixe.

» On désire un sujet parlant purement la langue française, de mœurs douces, polies et honnêtes, capable d'enseigner méthodiquement aux enfants à bien lire et bien écrire, l'arithmétique et si faire se peut, les premiers principes de la latinité. Les pauvres seront enseignés gratis. »

« La femme de Jean Robillard, garde-chasse à Coltainville, guérit radicalement et en peu de jours, la maladie de la rage, jusqu'au troisième accès, avec un remède des plus simples. »

<c Mademoiselle Bouvier, dentiste expert, consommée dans son art, tire les dents, sur-dents, sous-dents moUaires, chicots, racines couvertes de chair, sans les déchausser, avec une habileté qui a peu d'exemples.

» Elle nettoyé la bouche, sépare, égalise les dents et en replace d'artificielles ; elle en fait supérieurement la transplantation. Elle a une essence pour apaiser la douleur [des dents, des opiats pour les blanchir et un élixir pour raffermir les gencives. »

« La veuve Pitara, demeurant à Paris, rue Quincampoix, la seconde porte cochère à gauche, en entrant par la rue aux Ours, distribue son topique qui guérit les vapeurs de toutes espèces. Il conserve aussi le fruit des femmes sujettes aux fausses couches et est très souverain pour leur temps critique.

» Ce topique est de la grandeur d'un petit écu, s'applique sur le nombril, s'y tient collé, sans secours de bandage ni autre. Il ne cause aucune douleur et ne fait pas la plus petite marque à la peau. Le prix est de 6 livres. »

« Quant aux médecins, ils prenaient à Chartres quinze sols par visite au commencement du siècle, vers 1700; maintenant, la visite est cotée vingt sols. Le prix de toutes choses a augmenté à un tel point que l'on ne peut s'empêcher de rendre justice à leur modération. »

« Le sieur Montéage, marchand épicier, à Chartres, rue de la Pie, tient le bureau de l'entrepôt de tabac en poudre

AVANT l'année 1789 23

et autres; le tarif est pour la livre pesant, 3 livres 12 sols. Il vend aussi du très bon tabac d'Espagne et d'Arles. »

« Le Moine, suisse de la cathédrale, vend aussi du tabac, il en fait râper pour ses clients. »

« La demoiselle Marion, actuellement dans la ville de Chartres, enseigne à danser par principes et dans le dernier goût. Elle fait saluer et marcher avec grâce, réforme les défauts de la taille, montre le menuet avec tous les agréments, pas français pour les contre-danses, la nouvelle allemande en pas variés et danses de caractères. Elle redresse les jambes jarretées, pourvu que Ton soit encore en âge de croître. »

« Elève du sieur Lené, coiffeur de la reine, Thourel vient se fixer à Chartres, lloflfre ses services aux dames; il coiflPe dans le plus nouveau goût, pose les chignons, plumes et fleurs. »

« On désire trouver un laquais qui sache bien écrire et raser ; les gages sont très avantageux. »

« Les habitants, en 1782, se plaignaient du pain ; le pays chartrain fournit les meilleures et les plus belles farines à Versailles et à Paris ; à Chartres, on ne mange pas du pain aussi beau que dans ces deux villes, parce que le taux des boulangers ne leur permet pas de faire du pain pareil sans se ruiner.

» Le pain bis appelé pain de soy vaut 12 sols, le pain jaunet 14 sols ; il faudrait du pain blanc comme à Versailles et à Paris, qui vaudrait 16 sols 6 deniers pour neuf livres.

» Chaque personne, Tune dans l'autre, mange au plus neuf livres de pain par semaine, ce qui fait 2 sols 6 deniers d'augmentation. »

Le blé d'élite valait en février 1782, 15 livres le setier, le méteil 10 livres 15 sols, l'orge 7 livres 15 sols, le minot d'avoine était coté 1 livre 10 sols.

En octobre 1783, les prix étaient de 19 livres pour le blé d'élite, 8 livres pour l'orge. Le pain jaunet de 9 livres était taxé 17 sols, le pain de soy 14 sols 6 deniers Au mois de

juillet 1784, les prix du setier sont, pour le blé d'élite

22 livres 10 sols, pour leméteil 16 livres; le minot d'avoine

vaut 2 livres 16 sols.

La taxe est pour le pain jaunet de 20 sols 6 deniers,

pour le pain de soy de 18 sols 6 deniers ; Tannée suivante,

les prix baissèrent de 3 livres et restèrent au même taux

en 1786.

» La mouture économique donnait en 1783, le rendement

suivant sur le travail d'un setier de blé, mesure de Paris,

du poids de 240 livres.

» Farine blanche.

Première dite de blé 92 J

Deuxième dite 1" de gruau 46 \ 160 liv.

Troisième dite 2« de gruau 22 )

» Farine bise.

Quatrième dite 3* de gruau 12 ) ^^

Cinquième dite 4* — 8

» Issues.

Remoulage 13

Recoupes 15 [ 54

Sons 26

Déchet des moutures 6

Poids égal à celui du setier de blé. 240 liv.

On attachait une grande importance à l'amélioration de la farine et par suite du pain ; un cours de meunerie et de boulangerie fut créé à Chartres. Le 17 mai 1784, eut lieu l'ouverture de ce cours dans une des salles de l'Hôtel de Ville, par M. Cadet de Vaux. Les machines de moulins se perfectionnaient un peu ; le sieur Fabrecques, maître menuisier, rue Muret, fait des tarares qui nettoient avec perfection les blés.

Les droits d'entrée sur les vins du pays chartrain étaient de 8 livres 12 sols par poinçon, — le poinçon de Chartres contenait 29 veltes et demie, de huit pintes. Ce droit était invariable.

Suivant la déclaration faite par l'acheteur, un droit de

15 sols par chaque pistole était perçu en plus, en sorte qu^un poinçon de vin, acheté 40 livres au Coudray, payeàla porte Saint-Michel 11 livres 12 sols pour tous droits, tandis qu'un poinçon, acheté 30 livres à Mainvilliers, ne paiera que 10 livres 17 sols à la porte Châtelet. C'était un droit ad valorem.

Le vin de Tonnerre était vendu en gros et en détail au prix de 13 sols le rouge et 18 sols le blanc en bouteille.

« M. Mahon, médecin, vis à vis la Visitation, annonce en 1786 qu'il vend en bouteilles du vin de 1783 de son cru de la Roussière, à 12 sols la bouteille, en rendant les flacons.»

A rinstallation d'un nouveau maire, l'usage était de lui présenter après la cérémonie douze bouteilles de vin.

« En février 1786, le sieur Malin, adjudicataire de la boucherie de carême, tiendra sa boutique dans la rue au Beurre et vendra la viande de bœuf, veau et mouton huit sols la livre. »

En 1782, grande lutte entre deux pâtissiers, Lemoine et Philippe. Lemoine, élève de Philippe, devenu son rival, l'attaque dans une longue pièce de vers :

(( J'estime tes pâtés; mais noQ ceux au verjus; Peut-on les comparer à mes pâtés au jus ?

» Ne dévorez-vous pas mes saucisses de veau ? Gourmands! votre estomac est soudain leur tombeau... * Et mon gros boudin blanc ! biscotins, tartelettes !

Philippe de répondre :

Mais on prétere encor, malgré tout mes défauts, Mes petits pâtés froids à tes pâtés tout chauds.

Lemoine de répliquer :

» Tu fais des vers bien chauds ; mais tes pâtés sont froids. »

« Â la fin d'août 1782, Philippe, chargé de fournir le gibier pour le roi, donnera tout apprêtés à ses clients des perdreaux de bonne qualité au prix de 4, 5 et 6 sols pièce.

» On trouvera aussi chez lui des poulardes du Mans et de la Flèche, du chevreuil, poules, chapons, etc., ainsi que des pilets et mothons, oiseaux qu'on peut manger les jours maigres. »

26 AVANT l'année 1789

Un marchand d'arbres de Vitry-sur-Seine, près Paris, fournissait à Chartres des arbres en hautes tiges ou pleinvent à 20 sols pièce, les arbres demi-tiges à 15 sols, les arbres en basses tiges à 8 sols. Le petit plant de la hauteur de 3 à 4 pieds, 12 livres le millier et plus haut 15 livres.

« En 1785, pendant l'hiver, le sieur Anctin, marchand à Courville, vend de très bon bois d'éclat à 28 livres 10 sols la corde, pris. à Courville, et à 37 livres, rendu à Chartres, sans comprendre l'entrée. »

Le jeudi 22 janvier 1784, les comédiens de Chartres donnent une représentation de La Veuve du Malabar^ tragédie en cinq actes de Le Mière, ornée de tout son spectacle, suivie de La Veuve de Cancale, parodie de la même tragédie.

Le dimanche 25, une première représentation du Séducteur^ comédie qui vient d'être jouée au Théâtre Français, avec le plus grand succès. Le même jour, les comédiens ouvriront les Bals parés et masqués.

Le dimanche 11 février, première représentation de VEcole des Bourgeois^ comédie par l'abbé Soulatd'AUainval, né à Chartres, mort en 1753.

M. Guillard, de Chartres, qui a donné sur la scène lyrique chartraîne VIphigénie en Tauride et l'Electre^ vient d'obtenir un grand succès *avec l'opéra de Chimène, Le jeune poète honore sa patrie par ses talents. Œdipe à Colonne est représenté à Paris en 1787, Gluck et Sachini sont les compositeurs de ces opéras.

Un peu plus tard est jouée la tragédie de Vencestas^ par Rotrou, né à Dreux en 1609, mort en 1650.

En 1786, l'Inconstant^ comédie en cinq actes et en vers de Collin-Harleville, est joué au Théâtre français de la capitale. Grand succès pour M. Collin, originaire de Maintenon.

L'Inconstant est joué trois fois à Chartres en 1787 ; on s'est porté en foule à la salle des spectacles.

« Un sieur Bri^neteau, artificier, donne au Yidame,aubas de la grande butte, un grand feu d'artifice, composé de ce

que toute la pyrotechnie offre de plus curieux, notamment des feux chinois.

» Le prix des premières places est à 24 sols, celui des secondes à 12 sols.

» Le succès pour ces choses nouvelles fut tel qu'il recommença huit jours après et fit encore une excellente recette. »

Une révolution importante a éclaté à Beauvais à cause du pain ; il faut prendre des mesures préservatrices.

Peu après les réclamations Mes boulangers et des meuniers furent produites, et après un rapport fort étendu, il fut répondu que Ton procéderait à de nouveaux essais de panification si cela était reconnu nécessaire.

« Nos pères, est-il dit, ont fait des essais en 1679, 1693 et 1701 ; depuis 80 ans, on conserve ce dernier comme règle, nonobstant les vices des manipulations alors usitées ; cet essai doit être réformé.

» 11 avait bien été décidé que l'on en ferait un chaque année ; en 1740, il fut manqué et l'on en resta là.

» En 1753, les clameurs des boulangers recommencèrent et chaque pain de 9 livres fut alors augmenté d'un sol.

» Dans l'essai de 1701, le blé froment marchand avait été acheté 8 livres 15 sols le setier, dont le poids net était de 193 livres 13 onces.

)> La farine produite, déduction faite de un dizième pour la mouture, fut de 125 livres 4 onces ; en pâte on obtint 183 livres. 11 y eut 43 livres de son.

» La production en pain mollet, déduction faite du déchet du four, atteignit 144 livres 10 onces ; et le prix était de un sol par pain réduit à 14 onces.

» Comme signe du temps, l'achat de trois setiers sur le marché pour faire l'essai, dut être remis à huitaine parce que les laboureurs n'en avaient pas amené assez. Aujourd'hui on emploie le blé champart pour pain jaunet qui coûte 8 li^es 2 sols 6 deniers, du poids net de 192 livres le setier, donnant en farine 125 livres 1 once, en son 39 livres 14, onces et en pâte 183 livres 6.

» Déduction faite de la cuisson et du profit (une livre), du boulanger, le pain de 9 livres vaut 9 sols 3 deniers.

» Les boulangers disent que les vingts sols accordés pour main-d'œuvre et profit par setier de blé sont loin de les indemniser du renchérissement des salaires des domestiques, des loyers, etc.

» Les cinq javelles de bois, estimées cinq sols en 1701 valent aujourd'hui vingt sols ; les dix sols en plus qu'on leur octroya vers 1720 ne leur suffisent pas encore. ,

» Nos boulangers, dit le rapporteur, vendent aujourd'hui le pain mollet un prix arbitraire, ils s'arrogent un gain illicite.

» La levure est fort chère, le pain devient de fantaisie et ne doit pas être soumis à la taxe, à ce qu'ils disent. »

Mais le pain ordinaire est d'une qualité plus qu'inférieure; l'essai de 1701 est tombé en désuétude. La miche ou bizette que l'on taxe est un vrai pain jaunet, dont le prix varie peu ; on préfère le pain mollet, supérieur de qualité, dont le prix est subordonné à la volonté despotique des boulangers. »

A Amiens, à Péronne, au Mans, la livre du pain mollet coûte 2 sols, à Auxerre 2 sols 10 deniers, à Paris le pain blanc bourgeois vaut 2 sols 4 deniers, etVaufermé dit avoir vendu la livre de son pain jaunet 1 sol 10 deniers. La comparaison n'est pas juste en somme.

La supplique des boulangers est rejetée.

On cherchait à améliorer ; un besoin de nouveau se faisait sentir en tout : il faut ranimer l'industrie, établir des écoles de filature, une manufacture; proscrire la mendicité; tout le monde doit travailler.

Le projet d'établir une magnanerie dans le pays, présenté par le sieur Bouvet le jeune, marchand de soie, fut adopté; il ne put être mis à exécution.

L'évéque s'occupa de la police des cimetières que Ton voulait supprimer, et y interdit toutes les inhumations dans le délai de six mois.

AVANT l'année 1789 29

Nous arrivons à la réforme du collège royal de Chartres. M. Billard, officiai du collège, propose le 4 juin 1784 de le remettre entre les mains des religieux bénédictins. Une lutte très vive s'engagea entre le corps de ville et le conseil d'administration.

L'historique de ce collège mérite d'être fait; le voici :

» Les échevins commettaient dès 1500, pour l'exercice des écoles publiques, un principal régent. M. Jean Leloup fut reçu en remplacement de M. Jean Hervé. Il devait avoir avec lui deux régents, les payer et stipendier, instruire les enfants moyennant cent livres tournois par an; il avait aussi la charge d'entretenir de couvertures les maisons et classes, qui étaient situées près l'église Saint-Hilaii*e.

» Charles IX, en 1560, voulut, à la suite des remontrances des Etats assemblés à Orléans, par une ordonnance que, dans chaque église cathédrale, une prébende ou son revenu, servît à l'entretien d'un précepteur qui instruirait les jeunes gens de la ville gratuitement.

» A la donation de Jean Pocquet et de Michelle Haligre, sa femme, du 3 janvier 1571, la ville fut redevable de la fondation d'un collège.

» Henri III, en 1587, accorda au collège de Chartres les mêmes privilèges qu'à ceux de l'Université de Paris.

» Faute de fonds suffisants, l'instruction ne put continuer à être gratuite ; en 1663, on donna pour les appointements des régents le revenu du prieuré de Saint-Michel, en plus de l'honoraire qu'ils recevaient de leurs écoliers.

» M"® Noël, par son testament, en 1714, légua 12.000 livres pour fonder des bourses en faveur de pauvres clercs et augmenter les honoraires des régents de quatrième, troisième et seconde.

» Par un édit du Roi, en 1763, le bureau d'administration fut constitué, mais on ne put rétablir la gratuité ; la rétribution payée par les écoliers fut continuée jusqu'à nouvel ordre. »

Dans un mémoire présenté au nom du bureau, au ministre de la feuille, il est dit : » La rétribution payée par les éco-

30 AVANT L*AKNBE 1789

liers aux professeurs, d'ailleurs souvent insuffisante, ôte le pain aux pauvres étudiants, écarte les écoliers, fait languir les études, met dans une dépendance humiliante les professeurs qu'elle décourage.

» Ces honoraires s'élèvent à 5.000 livres par an ; seize écoliers n'ont pu acquitter leur quote-part à cause de leur extrême pauvreté.

» Le nombre des écoliers de chaque classe règle donc le traitement des professeurs ; le sort de ces derniers, dont la comparaison respective est souvent affligeante, subordonné aux vicissitudes du hasard, devient tout à fait précaire. »

« C'est un abus de voir les régents demeurer hors du collège, dans des quartiers différents ; le principal ne peut veiller sur eux, étudier leur caractère, leurs mœurs, leur conduite. On propose la vie commune ; une requête faite en 1755, à TEvêque, est déposée chez M« Champion, notaire.

» Cette requête porte la signature des consuls : Le Roux le jeune, président en charge ; Belesme, Le Febvre, Vintant, Vabois fils, conseillers; Touraille, Juteau, Duhan, Huchedé, Rousseau, Le Vassor, Gougis, anciens présidents.

» Elle se plaint de la diminution sensible du nombre des étudiants, de la désertion du pensionnat autrefois nombreux, du défaut d'ordre et d'instruction, de l'arbitraire des jours de congés, de la décadence des études, de la dissipation, de la polissonnerie et du libertinage des écoliers, du découragement des professeurs.

» On peut rendre l'instruction gratuite, les revenus étant de 6.815 livres et les charges de 5.807 livres seulement.

» Il y a de plus dépérissement des bâtiments actuels ; en 1762, les bâtiments des filles de la Providence ont été achetés afin d'y transférer le collège de Pocquet ; mais on ne peut y toucher sans qu'ils croulent. Ce sont de petites maisons réunies, en ruines, qui n'étaient habitées que par des gens de néant.

» Le collège actuel n'est qu'un assemblage informe et incohérent de bâtiments d'étages inégaux, construits en

AVANT l'année 1789 31

bois, qui tombent de vétusté ; les escaliers sont impraticables et dangereux, la chapelle mal disposée, les classes trop étroites, malsaines, humides, d'une excessive chaleur en été, d'un froid glacial en hiver.

» Les pensionnaires, en petit nombre, entassés dans la journée dans une petite chambre où ils étudient, couchent dans des galetas servant de dortoirs.

» Nulle salle pour soutenir des thèses, ou faire des expériences ; aucun logement pour les professeurs; pas même un réduit pour recevoir le cabinet de physique expérimentale que Ton s'applique à former depuis quelques années.

» Pour un établissement public de ce genre, bien complet, il faudrait consacrer au moins 150.000 livres ; on ne peut faire cette dépense.

» Ce mal qui fait gémir tous les citoyens, est-il donc sans remède ? Non, sans doute. Imitez Tours, Moulins, Laon, qui ont procuré l'instruction gratuite, en s'affranchissant des dépenses onéreuses de constructions et d'entretien d'un collège, en le remettant avec tous ses revenus à une congrégation régulière, en état de répondre, sous tous les rapports, à leurs vues patriotiques.

» L'Evèque de Chartres avait été supplié, en 1605, de demander l'installation des Jésuites dans le collège ; le roi Henri IV donna le brevet désiré, la dépense fut évaluée à 9.000 livres. Mais deux ans plus tard, quand tout allait être consommé, l'ordre vint de ne rien faire.

» L'étude des mathématiques, de l'histoire naturelle, de la physique expérimentale devait être encouragée ; on demandait qu'il fût admis dans le nouveau pensionnat 50 élèves de l'école royale militaire.

» En effet, suivant ordonnance du roi, du 28 mars 1776, l'intention de Sa Majesté, dans la dispersion des élèves de Tancienne école militaire dans divers collèges ou pensionnats, était de leur procurer, en les mêlant avec les enfants des autres classes de citoyens, le plus précieux avantage de l'éducation publique, celui de plier les caractères, d'étouffer l'orgueil que la jeune noblesse est trop aisément dispo-

AVANT l'annéb 1789

sée à confondre avec rélévation, et d'apprendre à considérer sous un point de vue juste tous les ordres de la société.

» Rien de tout cela ne fut exécuté ; on resta comme devant.

» Les honoraires des professeurs étaient, pour ceux de logique et de rhétorique, de 300 livres à chacun ; ceux de 2, 3% 4% 5% et 6", touchaient chacun 200 livres. Tous, à la fin de Tannée, recevaient une gratification de 100 livres; de plus leurs élèves les payaient.

Le 16 août 1773, le bureau accorda à M. Daneau, régent de quatrième, depuis 28 ans, une pension de 150 livres ; quelques années après, M. Lebouc, professeur de rhétorique pendant 25 ans, reçut une pension de 300 livres.

Le secrétaire receveur avait pour appointements, un sou par livre de la recette ; les faisances des fermiers étaient pour lui ; le tout pouvait faire par an 350 livres.

» Nous donnons ci-dessous l'état des honoraires payés par les écoliers aux professeurs pour le premier semestre de 1784.

Noms des classes

Pauvres écoliers

hors d'état de

payer

Écoliers payants

ToUl d. la

rétribution par

profesaeur

Physique . .

Logique. . .

Rhétorique .

Seconde. . .

Troisième. .

Quatrième. .

Cinquième .

Sixième. . .

Totaux. . . 230 2.496 1. 10 s.

» On voulait transmettre le collège aux bénédictins ; mais les troubles et la division qui régnent dans la congrégation de Saint-Maur ne permettent pas de leur confier, quant à présent, Téducation de la jeunesse et la décision est ajournée. »

Au mois de décembre 1784, M. Triballet du Gord est

AVANT L^AXNÉE 1789 33

élu maire par vingt voix sur vingt-deux ; les notables sont : le chanoine Mitoufïlet, MM. Montéage-Guy, Joliet, Lefèvre, de Milleville de Boutonvillers, Le Boucq, prêtre, Jean Hercule de Rey, écuyer, Pierre de Borville, Florent Bouvet, marchand drapier, Petey de la Charmois, ancien marchand drapier, Monléage-Levassor, marchand épicier, etc.

Le 10 avril 1785, Te deum chanté pour la naissance du duc de Normandie, second fils du roi, et en novembre, service aux Cordeliers pour le duc d'Orléans, mort le 18.

Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, son fils, entra en jouissance, comme prince apanage, des duchés d'Orléans et de Chartres, qu'il posséda jusqu'à la Révolution. On connaît la vie débordée et la fin déplorable de ce prince.

L'adjudication des droits d'octroi avait été faite en 1780, au sieur Pipereau, marchand cordonnier, moyennant la redevance de 36.250 livres, plus le sou pour livre. Pipereau se plaint en 1786 d'avoir perdu plus de 40.000 livres en six ans. Le revenu de la ville ne consistant que dans cette perception, on devra interrompre toute espèce de travaux, l'adjudication prochaine étant menacée d'un déficit de 10.000 livres par année.

En 1787, un lot de terre labourable de 24 setiers en plusieurs pièces, sis à Bois-Saint-Martin, paroisse de Boncé, est vendu moyennant la somme de 5.600 livres ce qui met le setier à 233 livres.

Un setier de terre planté en bois, situé au terroir de Saint-Piat, est vendu, sur saisie, moyennant 860 livres. .

Une assemblée des notables fut réunie à Paris le 22 février 1787 ; elle comprenait 144 membres, dont 27 pour le Tiers- Etat. Le compte des recettes et des dépenses présenté par le ministre étant inextricable, l'assemblée refusa de voter les subsides. Elle provoqua la création des assemblées provinciales, faite sous le ministère de Galonné, qui avait présenté au roi Louis XVI un plan où se mêlaient les idées de Turgot et celles de Necker. Soumettre les privilégiés à l'impôt et à une subvention territoriale, diminuer la taille,

décréter la liberté du commerce des grains, etc. ; tels étaient les projets du ministre.

L'assemblée provinciale de l'Orléanais reçut, comme députés, nommés par le roi: pour le clergé, M*^ de Lubersac; pour la noblesse, M. Barillon de Morangis et pour le Tiers- État MM. Grandet de la Villette et de la Mustière.

Purent ensuite élus par l'assemblée elle-même: MM. l'abbé de Thorigné, sous-doyen du chapitre, le marquis de Fains, Triballet du Gord, maire, et Bouvet, négociant.

Entrèrent ensuite dans l'assemblée du département pour l'élection de Chartres, les abbés Sieyès et Thierry, MM. Asselin, le comte de Blainville et Lelong, fermier à Bailleau.

Mais l'agitation s'étendait partout; la misère était générale. Le 31 mars 1788, le duc d'Orléans accorde 6.000 livres par an pour fonder une société philantropique à Chartres, s'occupant du soulagement des nécessiteux ; avec les contributions des habitants, on pourra donner aux malheureux les secours' dont ils ont besoin.

La ville a un hospice ruiné, dans un état de délabrement complet ; toute la population y tient à cause des donations des ancêtres, des parents qui ont contribué à sa fondation; elle supplie le duc d'Orléans de lui accorder cette somme de 6.000 livres pour les réparations de son hospice.

Les droits de péage mécontentent aussi tout le monde, la perception excite les murmures de tous; on veut les racheter. Le duc d'Orléans fait savoir qu'il écoutera volontiers les propositions à ce sujet.

» Voilà que le 13 juillet, un dimanche, à 7 h. 1/2 du matin, un orage de grêle dont il n'y a jamais eu d'exemple, vient de ravager le pays au moment de la moisson. Des églises sont renversées, des fermes presque complètement détruites, des hommes périssent victimes de ce cruel fléau; le relevé des pertes fut de 6 à 7 millions de livres.

» Déjà, expose le rapport au corps municipal, 64 paroisses sur 200 dont l'élection est composée, sont venues nous faire part des ravages de cet orage et de leur pertes : tout y est pillé et dévasté ; il n'y a pas le moindre espoir de récolte ;

AVANT l'année 1789 35

les laboureurs sont saùs ressources ; ils remettent leurs baux, abandonnent leurs exploitations.

» La province a besoin des secours les plus pressants et » les plus abondants ; nous comptons, Messieurs, sur votre » bienveillance pour prévenir tant de calamité. »

Le duc d'Orléans promet une somme de 12.000 livres, pour secourir les habitants des campagnes, dans cette pénible circonstance. Le prix du blé, en une semaine, monte de 16 1. 15 sols à 19 1. 5 sols le setîer. A titre de documents, nous signalerons quelques prix des péages indiqués dans une requête présentée pour le Prince, relativement à une sentence du 24 février 1787, s'inspirant de la pancarte de 1642.

Voici ces prix :

« 1® les laboureurs, charretiers, rouliers et autres venants, traversants ou sortants chargés, de la ville de Chartres, doivent pour chacun, au premier janvier en principal, trois sols, excepté ceux qui demeurent dans la ville, les faubourgs et la banlieue.

» 2** De tout charretier de bois à brûler, entrant et sortant, est dû :

D'une charretée de bûches : une bûche,

— fagots : un demi-fagot,

— javelle : une demi-javelle,

— balais : un demi-balai.

)) Quant aux gros fagots de Rambouillet ou autres semblables, est dû par les forains la moitié d'un fagot ou six deniers.

» Chaque bœuf entrant paiera un sol ; une vache un sol, deux moutons un sol, deux pores un sol.

» Il est à remarquer qu'en 1642, un bœuf payait deux deniers ; une vache un denier ; deux moutons un denier.

» Pour une charretée de poterie, verrerie, porcelaine, fayence, le péage est de six pièces des marchandises ; en outre il était imposé trois sols de grosse coutume, une fois payée par an.

» Il est perçu deux sols pour une charretée de veaux, poulaillerie, coqueterie, poissonnerie et autres ; un sol

pour une somme (2 hectolitres) de pommes, poires, oignons, noix, marrons, cerises, guignes et autres fruits ; pour un baril de morues, de harengs, de salins, 4 deniers ; pour un poinçon de vin ou de cidre, deux deniers.

» Cent livres de plomb, fer, acier, suif, beurre, graisse, filasse, laine, toile, sont imposées de 4 deniers, et un cheval de somme chargé d'épicerie, mercerie, draps, toile, un denier et une obole. »

Au mois de décembre 1787, le blé d'élite valait à Chartres 15 1. le setier de 200 livres; à Rambouillet, 19 1. 10 sous le setier de 230 livres; à Nogent-le-Roi, 22 1. le setier de 270 livres; le blé champart était coté 12 1. à Chartres, 18 1. à Rambouillet, 29 1. à Nogent-le-Roi.

 Chartres, le pain blanc est taxé 2 sols 3 deniers la livre, le jaunet 2 sols, et le pain bis 11 sols les 8 livres.

En 1788, le blé, par suite de la mauvaise année, monte en décembre au prix de 27 1. 10 sols le setier à Chartres ; de 29 1. 10 sols à Rambouillet, de 38 1. 10 sols à Nogentle-Roi.

Le pain blanc est taxé à 3 sols 9 deniers la livre, le jaunet à 3 sols 3 deniers et le bis à 18 sols trois deniers les huit livres.

Politique, état économiqae. — La situation empirait, le mécontentement prenait le peuple tout entier, dans les campagnes comme dans la ville.

Comme nous l'avons expliqué dans l'Histoire du blé en Beauce, les terres du pays chartrain passaient à cette époque pour être excellentes ; elles produisaient de bons blés.

Mais il y avait beaucoup de biens de main morte, grevés de dîmes et de champarts, qui étaient mal cultivés, par le déplaisir qu'avaient les fermiers d'abandonner une partie des fruits à celui qui n'a en rien contribué à la production.

Les biens de main morte occupaient d'ordinaire une très grande superficie, et les fermiers, certains de ne pas recommencer de nouveaux baux, laissaient les terres en mauvais état.

Les abbés commandataires, les commandeurs, enfin tous les gros bénéficiers n'avaient d'autres vues que de tirer le plus d'argent possible, qu'ils dépensaient ailleurs ; ils n'entretenaient pas les bâtiments, n'avait aucun souci de la culture de leurs terres qu'ils ne pouvaient transmettre, n'ayant pas d'héritiers ; de plus, les baux se trouvaient résiliés à chaque mutation du titulaire et les corvées, l'imposition arbitraire de la taille étaient autant d'obstacles à une bonne culture.

Malgré cela, le progrès se manifestait par l'emploi de machines nouvelles : les charrues, les semoirs furent per-

fectionnés, mais les appareils étaient compliqués , d'un emploi trop difficile. Les résultats ne répondirent pas aux espérances des laboureurs.

La pomme de terre apparut comme le sauveur du peuple ; on voulut en faire du pain. Ce pain fut très à la mode un moment ; il fit les délices des bonnes tables, mais il n'en fut pas longtemps la base et la victoire resta au pain de froment.

« Il y eut cependant un progrès réel, en agriculture. Mais plusieurs fermes étaient louées à un seul fermier, à bas prix ; cette exploitation trop grande ne recevait ni les soins, ni les engrais nécessaires : de là, les terres ne produisaient que la moitié du grain dont elles sont susceptibles ; il n'y avait plus assez de bestiaux.

» Il se trouva plus de deux cents métairies de main morte, en Beauce, dont il ne restait plus que des ruines, et le grenier de Paris, comme la contrée était appelée, perdait sa vieille et honorable réputation. »

Aussi, dans cet hiver de 1788, les craintes pour la vie étaient-elles grandes : on allait manquer de pain. Le 20 décembre, M. Boilleau, lieutenant de police, dans un rapport au corps municipal dit :

« Il n'existe ce jour chez les boulangers que 412 sacs de farine ; il en faut plus de 30 par jour pour la fourniture des cuissons ; l'approvisionnement ne dépasse guère dix jours ; on craint que les moulins des environs ne puissent moudre et fournir, attendu que les glaces couvrent la rivière presqu'à fond. »

« L'achat de 150 sacs de farine est alors ordonné ; on fournira les boulangers au fur et à mesure, et la même quantité restera toujours en dépôt.

» Messieurs du corps de ville sonl autorisés à retirer du coffre, où elle est déposée depuis le 12 avril 1778, la somme de 980 livres ; cet argent servira à acheter des farines ; on le rétablira dans le coffre municipal quand la calamité présente aura cessé. »

La commission nommée pour cet objet se fît assister du

ÉTATS GÉNËRAUX 30

sieur Prevoteau, ancien marchand farinier, et du nommé Henry, inspecteur général des travaux de la ville.

Il fut aussi donné, pour Noël, un secours extraordinaire de 1,200 livres aux malheureux.

Dans une requête présentée le deux décembre aux officiers municipaux, les commerçants de la ville, justement alarmés de l'accroissement des charges dont ils sont écrasés, expliquent qu'ils vont encore supporter une nouvelle imposition dont la base sera la capitation roturière, déjà si accablante.

Ils les supplient de faire parvenir au Conseil de Sa Majesté leurs justes plaintes sur l'inégalité de répartition des impositions dont la ville est la victime.

<c Jamais sujet plus important, ajoutent-ils, n'a réclamé votre sollicitude ; vous êtes les protecteurs, les défenseurs de nos droits... »

Le même jour, eut lieu une assemblée générale des corps constitués des commerçants, à l'hôtel consulaire.

Y assistaient : MM. Bouvet-Jourdan, grand juge consul ; Coubré Julien, lieutenant; Montéage-Petit, Juteau, Courtois, Supersac, consuls ; Juteau l'aîné, Chartier, Chenard, Levassort l'aîné, Bouvet, Duchesnay, Petit d'Ossonville, Montéage-Levassort, tous anciens grands juges.

Toutes les professions y étaient représentées.

Les épiciers par Jouvet, syndic, Boniteau, Joliet-Montéage ;

Les drapiers-merciers par Dufresnay syndic, Levassort- Montéage, DouUay, Levacher, Roullier, Huchedé, Semen, Petey de la Charmoye, Remond ;

Les pelletiers-fourreurs, bonnetiers, chapeliers par Chabin, syndic, Boutroue, Garnier, Parfait, Parageau, Pichon, Duboc, Meunier ;

Les horlogers-orfèvres par Duverger, syndic, Pottier, adjoint. Loves, Belhomme ;

Les apothicaires par Havau, syndic, Charles, adjoint, Bigueur ;

Les tanneurs par Tabourier, Daguet, Doullay;

Les libraires imprimeurs par Labaite, syndic, Letellier, Jouanne ;

Les teinturiers par Badolier, Prévoteau Eugène ;

Puis, Fourré, marchand de blé ; Charles, marchand de bois ; Levasseur, marchand chaudronnier, etc.

» Nous gémissons depuis longtemps, disent-ils dans leur requête, écrasés sous le fardeau de deux impositions que cette ville paye dans une proportion très illégitime : les vingtièmes d'industrie et la capitation roturière.

» Le vingtième d'industrie est de 61,979 livres pour toute la province ; Chartres en supporte un dixième ; c'est trop pour cette ville, aussi dépeuplée, dont le commerce est si faible, qui a perdu toutes ses manufactures. Dourdan et autres petites villes sont aussi trop fortement imposées.

)) Orléans, dont la population est considérable, dont le commerce est dix fois plus étendu que le nôtre, dont les affaires dépassent l'ensemble de toutes les autres villes de la Généralité, devrait payer plus que la totalité.

» Dans d'autres provinces, Rouen paye 6,032 livres, le Berry tout entier 5,654 et la petite ville de Chartres 6,054 1.

» L'inégalité des charges parait évidente.

» La capitation a été imposée au commencement du siècle ; la base était de 1/100 du revenu. Cet impôt, par suite des besoins de l'Etat, a subi des accroissements accablants pour la ville de Chartres, qui est cependant une des quatre villes franches de la Généralité, comme Orléans, Blois et Montargis. Cette expression semblerait annoncer une faveur, mais on paie comme dans toutes les villes taillables et, en outre, les droits d'entrée sont doubles de ceux des autres villes.

» La capitation non taillable de ces villes, non compris celle des nobles, des privilégiés, officiers de justice et employés aux fermes est de 86,504 1. pour Orléans, 32,779 1. pour Chartres, 14,430 1. pour Blois et 7,295 1. pour Montargis; en totalité 141,008 livres.

» La population de Chartres est de 13,000 âmes, celle

d'Orléans de 40,000, de Blois 13,000, de Montargis 7,000 : en tout 73,000.

» L'impôt de capitation devrait donc être d'un peu plus de 38 sols ; or, à Orléahs, il est de 48 sols, à Chartres de 50, à Blois de 22 et à Montargis de 20.

» La répartion est absolument injuste.

» Jouissons-nous comme à Orléans, ajoutent-ils, d'un commerce immense, qui depuis 200 ans a enrichi une grande quantité de familles : c'est l'entrepôt des marchandises du Nord au Midi ; la rivière est navigable et permet d'atteindre . aux provinces les plus éloignées.

» Ici, nos familles ne peuvent sortir de l'état de médiocrité ; il ne peut y avoir une bourgeoisie opulente. Il y a peu d'aisance, beaucoup de médiocrité et un grand nombre de pauvres.

» Montargis est plus pauvre que nous.

» Blois fait le commerce des vins et eaux-de-vie ; la navigation de la Loire augmente ses débouchés. Pourquoi cette ville est-elle si favorablement traitée. Chartres n'a que l'avantage de la vente de ses blés.

» L'imposition de Chartres est trop forte de 12,000 livres. Son ancienne population était de 18 à 20,000 âmes et c'est là-dessus que l'on a établi la capitation. Il y avait d'immenses manufactures, plus de 400 métiers. Le commerce des blés ne produit rien à la ville; les meuniers et les fermiers n'y habitent point et n'y paient aucun impôt. Ce commerce n'intéresse que 200 familles de portefaix qui ne peuvent contribuer pour plus de 600 livres.

» Cette imposition accablante doit son origine à l'état florissant de la ville dans le xvii« siècle ; mais Taccroissement de la capitale, qui a englouti la population des villes voisines, la chute absolue de nos manufactures, ont renversé tout, excepté l'opinion publique. »

D'autres revendications étaient communes à Chartres et à Dourdan ; dans leurs assemblées, ces villes réclamaient à l'unanimité :

« Que la prestation, la corvée, intolérables, fussent supprimées ;

» Que les frais d'entretien de route fussent supportés par ceux qui s'en servent ;

» Elles ajoutent qu'il est de toute justice que les charges actuelles soient supportées par les trois ordres. »

Depuis un an, on parlait de la nécessité d'assembler les Etats-Généraux : le trésor était presque vide ; il était trop tard pour remédier aux embarras financiers, et Necker, rentré au ministère, put seul ramener la confiance. Par édit enregistré au Parlement le 27 septembre 1788, la convocation des Etats-Généraux fut faite pour le 5 mai 1789.

A Chartres, comme ailleurs, on s'occupa du mode de représentation du Tiers dans les Etats. Voici le placet du corps municipal, en date du 4 décembre 1788, pour le nombre des députés aux Etats.

» Jamais les citoyens ne se sont réunis pour un objet plus intéressant ; nous connaissons tous l'état d'affaissement où les finances du royaume sont réduites et le projet magnanime, conçu par Sa Majesté, d'assembler ses sujets pour concerter avec eux un nouvel ordre d'administration, qui redonne à la monarchie la splendeur qu'elle était sur le point de perdre et rétablisse la nation dans la plénitude de ses droits.

« Ce sera l'assemblée d'une grande famille, ayant pour chef le père commun ; les privilèges de chaque ordre y seront réglés. Le Tiers-Etat, qui gémit depuis si longtemps sous le fardeau des impôts, pourra réclamer contre cette oppression et faire établir entre le clergé, la noblesse et lui, le juste équilibre dans la répartition, qui n'aurait jamais dii être troublé.

» Aux Etats-Généraux précédents, en 1614, le Tiers-Etat, peu éclairé alors, a été immolé par ceux (les privilégiés) à qui il avait confié sa défense.

» Il n'en est plus de même aujourd'hui ; il doit avoir des représentants tirés de son ordre qui apporteront aux Etats- Généraux des lumières et une énergie, qui contribueront certainement à affermir les bases immuables sur lesquelles doivent reposer par la suite l'État et la stabilité du trône, la constitution de la monarchie et la félicité publique.

ÉTATS GÉNËRAUX 43

» Il faut que les représentants du Tiers-Etat soient en nombre suffisant pour pouvoir réclamer efficacement ses droits ; ils doivent être égaux en nombre à ceux des deux premiers ordres de l'Etat.

» Nous pensons qu'il faut céder à ce cri universel de la nation et imiter ces provinces dont l'exemple éclatant devient en quelque sorte une autorité. La noblesse et le clergé de ces provinces ont demandé que le Tiers-état eut un nombre de représentants égal aux siens.

» Il en sera de même ici.

» Triballet du Gord, maire, Parent, lieutenant de maire, Letellier, Petey de la Charmois, de Milleville, de Boutonvilliers, Grandet de la Villette, Langlois, du Temple, Vallet de Lubriat, Pierre de Borville, Pétion de la Bâte, Delacroix, Asselin, lieutenant-général, et Foisy, greffier. »

M. Du Plessis du Colombier, les curés DouUay et Maillard refusèrent de signer le placet.

Les avocats dirent dans leur placet :

« La composition des Etats Généraux de 1614 ne doit pas servir de règle ; il serait ridicule de vouloir faire conduire par d'anciens usages un peuple tout nouveau, d'invoquer des préjugés, au lieu de parler à la raison.

» Si tous les Français étaient citoyens, si tous étaient égaux aux yeux de la société, comme ils le sont aux yeux de la nature, il n'y aurait pas d'opposition.

» Il est temps que le Tiers-Etat reprenne les droits dont on l'a injustement dépouillé ; il n'est pas question de régler le nombre des représentants sur la population, soit de dix-neuf sur vingt ; on demande seulement pour lui un nombre égal à celui des deux autres ensemble.

» Des mesures convenables seront prises pour faire parvenir aux pieds du trône ce vœu qui bientôt va devenir général.

» Janvier de Flainville, Pétion, Marchand, Hue de Borville, Le Tellier, Horeau, P. de Borville, François Frappier de Jérusalem, avocat et substitut du procureur du roi. Hue Bachelot, Pétion de la Bâte, Doublet de Boisthibault, Pétion de Villeneuve. »

44 ÉTATS GÉHÉBAUX

« La requête des notaires appuie celle des avocats ; elle est signée par MM. Lyon, syndic, et Peluche, greflSer.

Puis dans le même esprit, les procureurs : CoUin, syndic, Cottel, greffier ;

Les médecins : Bouvart, Mahon, Judel, Lesage;

Les chirurgiens : Fougère, Compain, Philippe, Bisson, Bourgeois, Deschamps.

Les marchands s'exprimèrent ainsi :

« Craignons que le Tiers- Etat ne soit représenté que suivant l'ancienne forme adoptée dans des siècles où, par une barbarie ridicule, il était condamné à une inégalité désavouée par la raison et la justice.

» Respectons et vénérons les deux premiers ordres ; nous sommes bien éloignés de vouloir détruire cette distinction, que méritent sous tous les rapports ces familles anciennes qui ont pris naissance avec la monarchie...

« Bouvet-Jourdan, juge de la juridiction populaire; Supersac, Juteau, Montcage-Petit, consuls; Levacher, Huchedé, Chauvin, Belhomme, Chabin, Semen-Sauton, Rouillier, J.-B. DouUay, Joliet-Montéage, Louis-Clovis Potier, le Beaulieu et C'*, G. Bonniteau, Boutroue, Parfait, Prevôteau, Parageau, Pichon, E. Levassor, doyen des anciens juges consuls... » en tout 70 signatures.

Le lendemain, arrivèrent les adhésions aux placets, requêtes et délibérations du 4 décembre.

Nous citerons celles de : Dom Regnard, prieur de Tabbaye de Josaphat ; Etienne Lefebvre, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine d'infanterie.

Gabriel Daguet, conseiller du roi, receveur général des consignations du duché de Chartres.

Claude Beaulieu de Chavannes, président au grenier au sel de cette ville comme citoyen. Jérôme Guillard, secrétaire de TEvêché.

Philippes, commensal de la maison du roi.

Nicolas Baron, doyen des perruquiers, Guillaume Métras.

Les doyens et syndics des compagnies des perruquiers, tapissiers, selliers-bourreliers, charrons ;

£TATS GBNÉnAUX 45

Michel Desgorces, syndic, Flamand, adjoint pour les maréchaux, serruriers et taillandiers ;

Antoine Loiseau, député des bouchers et charcutiers ;

Julien Levasseur, syndic, Thomas Dubois, adjoint pour les aubergistes et cafetiers ;

Noël Lenoble, syndic des menuisiers, boisseliers, tonneliers, tourneurs ;

André Prévost, adjoint des charpentiers ;

Pierre Sadorge, syndic, Gosson, adjoint pour les rôtisseurs, traiteurs, pâtissiers.

Une adhésion qui produisit un grand effet fut celle de Monseigneur TEvêque qui, le 3 janvier 1789, donna son entière approbation aux demandes formulées par les corps, corporations et compagnies de Chartres.

« Un homme d'Etat, sage, profond, intègre (Necker), est rappelé au ministère, dit-il ; c'est une allégresse universelle après un choix si précieux. »

Les Etats Provinciaux avaient été rétablis dans plusieurs provinces; on en réclame pour laBeauce. Lesrefusera-t-on, parce que l'on ne peut prouver qu'elle en ait eu dans les siècles reculés. Les intérêts de la Beauce sont étrangers à ceux de l'Orléanais ; la lutte entre les deux villes datait de loin ; cette séparation était ardemment désirée par les Chartrains. Elle ne fut point accordée, malgré les démarches faites.

Une seconde assemblée de notables se réunit à Versailles : il y est émis un vote contraire au doublement du Tiers-Etat. Cependant le roi suivit la minorité, et décida que le nombre total des députés serait de mille au moins, et que le nombre particulier du Tiers serait égal à celui des deux premiers ordres réunis.

Cette déclaration, attribuée à l'influence de Necker, fut reçue avec enthousiasme ; les élections se firent peu après, du 16 au 21 mars 1789.

La réunion des électeurs eut lieu dans l'église des Cordeliers, sous la présidence de M. le duc de Doudeauville, grand bailli, et en présence de MM. Louis Asselin, lieute-

44 ÉTATS CÉKÉmACX

nant'général, et Charles du Temple, avocat du roi; M* Clavier, greffier en chef du bailliage, tenant la plume.

Furent élus : dans Tordre du Clergé, M^ de Lubersac, et, pour la suppléance, M. Jumentier, curé de Saint-Hilaire ; dans celui de la noblesse, M. Simon de Montboissier-Beaufort-(^]anillac, baron de Montboissier, et, pour la suppléance, M. Talion, marquis du BouUay-Thierry ; et dans celui du Tiers-Etat, MM. Jérôme Petion de Villeneuve, avocat, et Nicolas Bouvet, marchand et grand juge consul, et, pour la suppléance, MM. Horeau, avocat, et Letellier, avocat, échevin.

Nous citerons dans les plaintes et remontrances du Tiers- Etat^ les chapitres suivants :

tf Chapitre 1. Organisation des Etats Généraux : Vote par tête et non par ordre ; représentation du Tiers-Etat, double en nombre de celle des deux autres ordres.

» Chapitre III. Administration : Etats provinciaux dans chaque province et, en particulier, en Beauce, chargés de TaHsiette et de la perception des impôts, de Tentretien des routes, etc.

yt Chapitre IV. Impôts : Rôle unique pour la taille et la capitation ; cadastre de chaque province ; paiement des impôts par tous les citoyens, sans distinction d'ordre ; abolition des loteries.

» Chapitre V. Travaux publics : Répartition entre les citoyens de tous les ordres de prestations en argent, représentatives de la corvée ; direction des postes, messageries, étapes et logements de gens de guerre, attribuée aux Etats provinciaux; abolition du privilège exclusif des messageries ; augmentation de la maréchaussée ; nouveau régime pour les haras.

» Chapitre VI. Agriculture : Réduction des exploitations à deux charrues de labour, les grandes exploitations diminuant la population, augmentant la classe indigente, produisant la disette de bestiaux et le manque d'engrais ; défense de détruire les bâtiments ruraux, et modération d'iniposilion on faveur des propriétaires de corps de ferme.

» Chapitre VII. Charges nuisibles à ragriciilture : Conversion des droits fonciers et seigneuriaux en rentes foncières, essentiellement rachetables ; milice au sort supprimée comme un des fléaux de la campagne ; y substituer les soldats paroissiaux fournis par les arrondissements, etc.

» Chapitre VIII. Commerce : Liberté du commerce, abolition des privilèges et des jurandes ; uniformité des poids et mesures ; suppression des droits de barrage, barrière, havage, vingtième d'industrie ; du poids-le-roi, des droits sur les cuirs, des marques sur les métaux autres que Tor et l'argent, des droits d'aides et entrées, ou répartition plus équitable entre les villes du royaume ; établissement de voies de communication, tant par eau que par terre ; jonction du Loir à l'Eure et navigation de Chartres à Pont-der Arche.

» Chapitre X. Clergé : Provisions papales supprimées; bulles délivrées aux Evèques par le métropolitain et au métropolitain par les évoques assemblés ; revenus des curés portés à 1,200 livres dans les campagnes, à 1,500 livres dans les bourgs, et à 2,000 dans les villes de troisième ordre ; suppression des maisons religieuses peu nombreuses.

» Chapitre XI. Noblesse : Plus de noblesse à prix d'argent; la noblesse pourra exercer toutes les professions sans déroger.

» Chapitre XII. Tiers-Etat : Toutes les places ecclésiastiques, militaires et civiles seront accessibles au Tiers-Etat.

» Chapitre XIII. Législation civile : Abrogation des coutumes, établissement d'un Code national ; plus de droit d'ainesse et de masculinité ; plus de retraits lignager et féodal.

» Chapitre XIV. Procédure civile: Application du code prussien à la procédure française ; diminution des frais ; la justice rendue gratuitement.

» Chapitre XV. Législation criminelle : Etablissement d'un code pénal ; la peine de mort ne sera prononcée que contre les assassins, les incendiaires et les empoisonneurs.

BTATS GbNbnAUX

> Chapitre XVI. Procédure criminelle: Suppression des droits de commiuintas ; prévôtés royales ayant un arrondissement de 4 ou 5 lieues et jugeant souverainement jusqu'à la concurrence de 20 livres; il n'y aura plus que deux degrés de juridiction ; présidiaux, jugeant souverainement jusqu'à 6,000 livres ; nos députés demanderont le ressort direct des cinq baronnies du Perche-Gouet au bailliage de Chartres et celui du bailliage de Dreux au Présidial ; une cour souveraine dans le ressort de chaque Etat provincial.

• Chapitre XVII. Juridiction consulaire : Consuls jugeant jusqu'à 6,000 livres ; connaissance des faillites renvoyée aux juges-consuls ; que tous tes effets de commerce et lettres de change aient une échéance uniforme dans le royaume; les souscripteurs et endosseurs devront joindre à leurs signatures la désignation de leurs domiciles ; billets et effets de commerce, de marchand à marchand ou autrement, exempts du contrôle.

» Chapitre XVIIl. OITiciers de justice : Nombre des officiers de justice réduit; vénalité des offices supprimée ; les juges appointés parle gouvernement; procureurs de Chartres réduits à seize au lieu de trente-deux ; suppression des notaires apostoliques, tabellions seigneuriaux, experts-jurés, huissiers-priseurs.

» Chapitre XIX. Commissaires à terrier: Modération des droits attribués à ces commissaires.

» Chapitre XX. Finances: Examen par les députés des revenus annuels de l'Etat, des frais de perception, des dépenses annuelles, ordinaires et extraordinaires, des dettes ; consolidation de la dette nationale ; fixation des dépenses de chaque ministère ; apanages des Princes déterminés par les Etats provinciaux; etc. »

Les réformes sollicitées par les Chartrains ne furent pas

toutes ratiffées ; cependant beaucoup d'articles du cahier

des plaintes et remontrances de la Beauce figurèrent plus

dans les diverses constitutions qui se succédèrent en

i 9 mai, le duc d'Orléans choisit comme maire, M. Tri-

éTATS GBNBftAUX 49

ballet du Gord, sortant d'exercice, ayant le plus grand nombre de voix des trois candidats qui lui sont proposés. La durée des fonctions de maire sera dorénavant de quatre années.

Les événements qui se sont accomplis depuis le 5 mai 1789, date de l'ouverture des Etats-Généraux, sont appréciés de la façon suivante dans une séance du corps municipal du 18 juillet, par M. Parent, lieutenant du maire.

» Plusieurs villes du royaume ont envoyé, les unes des députés, les autres des adresses à l'Assemblée nationale pour la complimenter sur la prudence et la sagesse des délibérations qui avaient précédé, accompagné et suivi sa constitution.

» On allait en faire autant, quand les derniers troubles désastreux de la capitale (prise de la Bastille] se sont annoncés ; la France est instruite de la manière noble et héroïque dont l'Assemblée nationale s'est comportée pour prévenir le comble des malheurs horribles dont Paris et les provinces étaient menacées, de la fermeté généreuse avec laquelle elle a annoncé à Sa Majesté les grandes vérités qui intéressaient sa personne et la Nation ; de la confiance que le souverain lui a accordée, du calme heureux que l'assemblée a ramené, de la reconnaissance que la capitale lui a témoignée. »

« On est ému et attendri, ajoute M. Parent, de la manière patriotique et magnanime avec laquelle la ville et les électeurs de Paris se sont conduits dans l'occurence sanglante et terrible, dans laquelle ils viennent de se rencontrer, et que tous les Français doivent, à leur résistance la plus politique et la mieux combinée, la conservation de ses habitants et le salut de la patrie entière. »

Le Corps municipal arrête qu'une députation sera faite à l'Assemblée nationale, à la ville et aux électeurs de Paris pour les complimenter; les délégués partiront le lundi suivant.

Sont nommés : MM. Parent, lieutenant de maire, Le Tellier, premier échevin, Grandet de laVillette, écuyer ot assesseur. Maillard, curé de Saint-Saturnin.

Dans la nuit du 4 août, TAssemblée nationale procéda à rabolition des privilèges ; il s'établit une rivalité de sacrifice entre les privilégiés. L'évéque de Chartres proposa la suppression du droit exclusif de chasse ; le vicomte de Virieux celle des colombiers.

L'entrainement alla jusqu'aux corporations, aux villes, aux provinces : les maitrises et les jurandes furent abolies ; partout Tégalité était établie.

Le 25 août, le corps de ville s'assembla pour être présent au serment prêté par les officiers et dragons du régiment Colonel général. Le détachement était commandé par le marquis de la Moussaye. Tous jurèrent d'être fidèles à la Nation, au Roi et à la Loi et de ne jamais abandonner leurs drapeaux.

Dans la cathédrale eut lieu, le 17 septembre, la bénédiction de deux drapeaux et la prestation de serment des officiers, bas-officiers et soldats de la Garde nationale ; les cinq compagnies défilèrent sous les ordres de leur colonel du Gord, chevalier de Saint-Louis, commissaire ordonnateur des guerres honoraire.

Le drapeau du premier bataillon était en taffetas blanc ; celui du second, en tafi*etas blanc et rouge sur lequel, d'un côté, on avait brodé ces mots: « Vive le Roi » de l'autre: « Vive la Nation. »

L'Assemblée nationale poursuivit son œuvre, abattant d'une main, édifiant de l'autre. L'industrie et le commerce devinrent libres. L'égalité devant la loi, l'admissibilité de tous aux emplois et aux grades militaires furent déclarés.

Les provinces sont détruites et remplacées par 83 départements à peu près égaux ; chaque département est divisé en districts, chaque district, en cantons. Le 15 janvier 1790, Chartres devint le chef-lieu du département d'Eure-et- Loir.

En reconnaissance de ce bienfait et en raison des besoins de la Patrie, le comité, sur la proposition d'un de ses membres, M. Denis, vigneron au Petit-Beaulieu, adopta à l'unanimité un décret portant que les habitants de Chartres offri-

ÉTATS GEM^nAUX 01

raient à l'Assemblée nationale un don patriotique, enfariné^ pour conserver le numéraire dans le pays.

Mais le 2 novembre, avait été faite avec la plus grande solennité, la publication de la loi martiale contre les attroupements Cette mesure n'était pas inutile, car des troubles étaient sans cesse à craindre.

Une contribution patriotique avait été ordonnée le 6 octobre. Les dons sont volontaires, mais ordonnés ; on s'en rapporte aux sentiments d'honneur de chacun pour la proportion ; passé un certain délai, la notification d'office devait avoir lieu.

Le 29 novembre, les ci-devant privilégiés étaient imposés pour les six derniers mois de 1789 et par la suite, en raison de leurs biens, dans le lieu où ces biens sont situés ; ils paieront les droits d'octroi comme tout le monde.

Une municipalité devra être élue dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne, suivant le décret du 12 novembre 1790 ; tous les citoyens actifs, c'està-dire ceux qui paient une redevance égale à trois journées de travail, sont électeurs.

Grains, farines, pain, troubles. — A cette époque, il y eut des symptômes d'agitation dans la Beauce; le ô avril 1789, un,e aumône volontaire qui devait être employée à des ateliers de charité, fut demandée aux personne3 bien intentionnées des onze paroisses de la ville, y compris les ecclésiastiques, les nobles, les privilégiés. Les personnes imposées de 6 à 20 livres de capitation furent inscrites pour 12 sous par mois ; celles au-dessus de 20 livres, pour 24 sous.

Cette quête produisit pour les onze paroisses, dans le premier mois, la somme de 1,649 livres 1 sol 6 deniers.

Le même jour, le lieutenant de police générale décida que personne ne pourrait vendre du blé ailleurs que sur le carreau des halles ; que la vente de l'orge n'aurait plus lieu avant celle du blé et que, de onze heures à midi, l'entrée du marché du blé-méteil et de l'orge, nourriture des pauvres, serait interdite aux meuniers et aux marchands.

^^ ÉTATS GCHÊKAUX

La lutte pour la vie devient plus difficile; émeute au marché, le 23 : le lendemain, le receveur des gabelles est prié d'avancer à l'Hôtel de Ville la somme de 24,000 livres, nécessaire pour tirer la Ville et les habitants de l'embarras extrême où ils se trouvent, relativement aux subsistances et éviter de plus grands malheurs.

Le 21 juillet, le pain de 9 livres coûtait 31 sols, 6 deniers; le jaunet, 25 sols.

Puis le 21 j le pain jaunet est taxé à 20 sols, le bis à 15 sols.

Les boulangers se sont bien montrés en cette circonstance, ils seront traités avec faveur. Le prix de la farine blanche pour pain jaunet était de 87 à 88 livres le sac, celui de la farine pour pain bis de 78 livres.

Comme on a baissé le prix du pain à cause de Témeute, il est dû une indemnité aux boulangers. Le boulanger tiendra compte à la ville qui lui fournit la farine, de 20 sols le pain. Un sac de farine doit rendre 420 livres de pâte qui produisent 47 à 48 pains environ ; il paiera donc 48 livres et on lui rendra le prix de sa fabrication, soit 8 livres.

Les craintes augmentent et, le 29 juillet, le corps municipal arrête que les moissonneurs ne se réuniront pas dans le clottre Notre-Dame à la loue des laboureurs, mais bien à la place des barricades ; ils entreront par la porte des Epars et la Porte-Guillaume seulement, de huit heures du matin à six heures du soir. A ce moment, la retraite sera battue. En entrant en ville, il ne leur sera pas permis d'avoir armes et bâtons qu'ils devront laisser en dehors des portes.

Il est fait défense aux aubergistes et aux cabaretiers de donner retraite aux moissonneurs passé six heures du soir, à peine de vingt livres d'amende.

Le chapitre accorde 600 livres pour payer les journées des hommes de la milice bourgeoise qui, toujours en service, perdent du temps. On fera contribuer les communautés religieuses et différentes classes de citoyens au même objet.

Des dépenses extraordinaires ont été faites ; cette dette doit être sacrée, car ces dépenses s'imposaient pour la con- Hervation de la vie et des propriétés des habitants.

BTATS «eNERAUX 53

La dame V" Marais donne 3,000 livres ; le séminaire Saint- Charles 1,200; l'Abbaye de Saint-Père donnera ce que l'on croira devoir lui imposer ; les autres corps ou communautés religieuses ne se sont pas encore expliqués.

A cause de la misère du peuple, les ateliers de charité seront continués.

Pour les services rendus, les dragons auront une haute paye, de deux sols par jour; chaque mois sera payable d'avance à l'avenir ; il est dû 300 livres pour le mois qui est échu le 27 juillet.

Au premier août, le sac de farine a baissé de 40 livres, mais les événements se précipitaient; les passions de la multitude ne pouvaient être endiguées.

Une violente émeute éclata, à propos de la rareté et de la cherté des grains; la maison de M. Cugnot, directeur des Aides, cloître Saint-Martin, fut saccagée par la populace, qui brûla ensuite sur la place des Epars les registres des commis.

La garde nationale dut user de la force, pour rétablir l'ordre et pour empêcher de plus grands désastres.

Pour comble de malheur, la récolte manqua presque partout; le blé enchérit et, pour éviter la disette jusqu'à la récolte suivante, il fut décrété, le 5 octobre 1789, que chaque citoyen conserverait dans ses greniers, jusqu'à la Saint-Barthëlemy, un muid de blé au moins.

Le commerce serait libre, chaque marchand devant aussi conserver un ou deux muids de blé dans ses greniers de la Ville, pour les vendre lorsqu'il en serait requis par l'autorité.

Le setier de blé, au mois d'août, avait atteint le prix de 39 livres 15 sols, par suite de la mauvaise récolte, et la livre de pain jaunet bis, celui de 4 sols 6 deniers ; la fabrication du pain blanc est alors interdite.

On parle d'accapareurs; la population est agitée, troublée.

Les mesures prises par le corps municipal ramènent le prix du blé à 24 ou 25 livres, et celui du pain jaunet à 25 sols 9 deniers.

Page 1