‹ Histoire de Chartres, 1789-1900Chapitre 4 sur 11 · IIL — ANNÉES 179(H)1. ASSEMBLÉE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

IIL — ANNÉES 179(H)1. ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

Mairie, boreaii municipal. — Des élections municipales eurent lieu le 3 février 1790 et jours suivants. M. AsseJin fut élu maire, par 5^)8 voix sur 1,057 votants ; M. Janvier de Flainville, avocat, obtint 180 voix; M. Nicole, secrétaire du roi, 58; M. Guérin, notaire, 49; etc.

On nomme alors trois de Messieurs pour, avec M. le Maire, composer le bureau municipal qui doit être formé du tiers des officiers; MM. le vicomte de Cambis, Doyen et Tabourier sont élus.

Le bureau tiendra ses séances tous les jours, et le corps tous les premiers lundis de chaque mois.

La municipalité fut donc composée comme suit:

« Maire, M. Aseelin, lieutenant-général du bailliage;

» Officiers municipaux, MM. Janvier de Flainville, avocat; Jacques Montéage, ancien juge consul; Jumentier, curé de Saint-llilaire ; Aillet, greffier de la Maréchaussée ; Boisseau, notaire; Sochon de Laubespine, écuyer; Doyen, géographe; Montéage-Levassor, négociant ; Tabourier, curé de Saint- Martin ; Coubré de Saint-Loup, secrétaire du roi ; vicomte de (Cambis, major des vaisseaux.

Notables: MM. Badollier, aubergiste ; Fourré, bourgeois ; Bra/on, cordonnier; Chevard, notaire; Chasles, menuisier; Beaumont, bourgeois; Delacroix aîné, procureur ; Jouvet, épicier; (^hartier, marchand; Doublet, vigneron; Denis-

Bonvallet, vigneron; Le Roux, messager d'Orléans ; Semen, ferblantier; Le Clerc Dumontier, vigneron ; NicoUe Chambrette, sculpteur,; Bouin, tanneur; de Milleville de Boutonvilliers, chevalier de Saint-Louis; Bajat, menuisier; Aubert, perruquier; Levassort-Paly, ancien juge consul, procureur de la commune ; Courtier de la Barrerie, avocat, substitut; Lesage, procureur. »

Le 7 mai 1790, prestation du serment civique par les fonctionnaires du collège. M. François Chauveau, professeur de philosophie, jure de maintenir de tout son pouvoir la constitution du royaume, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de bien remplir ses fonctions.

Le même serment est prêté par MM. Vergouin, supérieur du séminaire Saint-Charles ; Bonnabé, directeur du séminaire ; Joseph Delort et Roziers, prêtres, maîtres des conférences au séminaire.

Peu après, M. Asselin, appelé à la Présidence du département est remplacé comme maire par M. Janvier de Flainville, élu à la pluralité relative par 206 voix contre M. Foreau qui en obtient 153.

M. Janvier de Flainville étant mort, des élections ont lieu le 11 septembre ; elles ne donnent pas de résultat.

Au troisième scrutin, M. Sochon de TAubépine est élu par 107 voix contre M. Foreau Tainé, qui en obtient 70; M. Sochon n'accepte pas.

Le 14 novembre, M. Foreau est élu ; le nombre des votants était de 83 seulement.

Puis des élections ont lieu pour le renouvellement de la municipalité; on vote très peu.

Sont élus officiers municipaux: MM. Jacques Montéage, marchand; Boisseau, notaire; Sochon, bourgeois; Doyen, géographe ; Montéage-Levassor, marchand ; Chevard, notaire ; Barré, ancien notaire ; Aillet, greffier de la Maréchaussée ; Denis, bourgeois; Letellier, avocat; Bouin, procureur; Barreau, procureur de la commune; Horeau, substitut.

Notables: MM. Brazon, cordonnier; Bomert, bourgeois; Bonvallet, vigneron ; Semen, marchand ; Guillard, procureur ;

était de mauvaise vie et d'une ineonduite habituelle ; elle a exposé la garde nationale à être insultée par un dragon qui avait voulu la sauver de ses mains.

Le bureau lui fait très expresse défense de mener une mauvaise conduite et lui inflige 24 heures de prison.

Chaque jour amenait une chose nouvelle. La communauté des marchands proteste contre le colportage. Il est fait défense aux colporteurs de vendre dans la ville des marchandises, dont le commerce est exclusivement accordé aux communautés de marchands de Chartres.

Le poteau de justice est planté sur la place des halles, sans que la tranquillité soit troublée.

24 heures de prison pour Yvon, qui, quand il est ivre, maltraite sa femme et ses enfants.

Pantaléon Gougis, de Saint-Jean, vigneron et garde national, sur les huit heures du soir, interrompant le repos public, comme un furieux, menaçait tout'le monde de son fusil ; il a été détenu au corps de garde des pompiers sur Tordre du sergent Morin.

Le bureau municipal arrête que Gougis est et demeure chassé de la garde nationale ; son fusil à un coup, son pistolet d'arçon seront déposés au greffe.

En ce temps, Paillard, distillateur, compose quatre nouvelles liqueurs dont les noms se rapportent à la Révolution: Teau martiale de M. de La Fayette, Teau d'union nationale, l'huile patriotique et l'huile citoyenne.

Une sentinelle est établie la nuit près de la boite aux lettres ; dans beaucoup de villes des paquets ont été soustraits : il y a une grande circulation d'assignats par la poste; cette mesure de sécurité s'impose. La sentinelle réclame quelques jours après, de la braise pour se chauffer, la braise est accordée.

Le sieur Desperré recevra un chapeau de 8 à9 livres, pour avoir montré aux tambours à battre en mesure.

Les musiciens touchent 13 livres 4 sols pour la cérémonie de l'Assomption.

La distribution des prix a coûté la somme de 27 livres.

9fl ABSENBLÊB LHGIBLATIVE

Voilà que Bocquet, tambour, qui avait la permissioD de battre les marionnettes pour annoncer un spectacle sur ta foire des Barricades, s'est mis à battre la marche militaire et même le rappel, ce qui a elTrayé les habitants.

Bocquet gardera la salle de discipline pendant 24 heures; mais, comme il n'est pas juste que sa femme et ses enfants soient privés de pain, s'il était empêché de travailler, le coupable tambour, après avoir amené le samedi au soir la compagnie au corps de garde, se rendra à la salle de discipline pour y rester jusqu'au lendemain, 8 heures du soir.

Le service des tambours de la garde nationale, qui revenait à 100 ou 130 livres par mois, était très recherché. Joseph et Mathieu Levasseur, cousins germains, demandent à être reçus tambours; il n'y a qu'une place vacante : on [)altre la caisse devant le corps municipal assemblé; te est égal ; dans l'indécision, on les accepte tous pour faire alternativement le service, esure est prise aussi à propos des habits des tamdes musiciens. Ces habits sont neufs; ils reStemés à l'Hôtel de Ville; il sera ainsi impossible de rter pour faire danser aux noces et aux assem-

: nettoyage des pompes à incendie, le plus ancien touchait .'tu livres par année ; dorénavant, cette ■era répartie également par moitié entre les deux

)is d'avril 1790, le prix du tabac avait été fixé à a livre.

ir Valleron est nommé portefaix ; il fait le serment emplir fidèlement ses fonctions de |iortefaix, d'exé-

ordonnances et règlements de police et de porter et respect à ses anciens.

unal de police correctionnelle municipale avait été ié d'après la loi du 21 juillet 1790; M. Foreau, t élu président; le grellier élu est M. Delaniotte,

procureur.

Le 9 juin 1790, était le jour fixé pour la fédération des gardes nationales des villes voisines, réunies à Chartres. Cette fédération avait pour but de défendre et de maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée Nationale et acceptée par le roi ; tous les bons citoyens, armés, du royaume se réunissent dans ce but.

A neuf heures du matin, le corps municipal, les membres du département et du district se rendent à la place des Barricades, où l'armée est rassemblée ; les troupes défilent le long de la butte du cours Philippe, au bruit de l'artillerie de la Ville, de plus de 80 tambours et d'une brillante musique militaire.

Un accident, survenu au moment du départ, amena un retard d'une heure. Le cheval de M. Petey, conseiller de l'élection, major de la Garde nationale, s'étant abattu sous lui, en tournant le coin d'une rue, lui cassa la jambe.

Aux Grands-Prés se trouve le camp de l'armée ; un autel y est dressé ; la municipalité est placée en face. Un coup de canon annonce la messe ; malheureusement, le canon crève et blesse grièvement Rousseau, de Barjouville, qui mourut le lendemain, et quatre canonniers.

On n'a pas tiré les autres canons.

A la fin de la messe, survient une forte pluie, ce qui empêche de chanter le Te Deum.

Puis le serment est prêté individuellement :

« Nous, citoyens, réunis au camp de la fédération, sous les murs de Chartres, au nombre de 1904, jurons sur l'honneur du nom français, sur nos armes et sur les sentiments patriotiques qui nous animent tous, d'être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi, etc. »

L'armée fédérative, défilant alors devant l'autel de la Patrie, a prêté le même serment, avec des cris redoublés de « Vive la Nation. »

Les troupes ont ensuite formé les faisceaux, et le mélange des soldats citoyens de tous les corps, formait le spectacle le plus attendrissant de l'union fraternelle qui les animait.

Sur les midi, le rappel fait reprendre les rangs; l'armée

fédérale partie du camp, s'est rendue sur la place des Barricades, où il a été fait une seconde décharge de Tartillerie de la Ville.

Le lendemain, 10 juin, après la procession de Toctave de la Fête-Dieu, le Te Deum^ empêché la veille par la pluie, fut chanté dans la cathédrale ; Téglise retentit des cris multiples de : Vive la Nation. Puis il y eut bénédiction des drapeaux.

On décida de faire frapper une médaille comme souvenir.

75 municipalités des villes et départements voisins avaient répondu à Tappel de la garde nationale de Chartres ; elles envoyèrent 1,293 délégués, représentant 37,202 soldatscitoyens ; la garde de Chartres était représentée par 611 membres.

Un détachement de 54 hommes fut envoyé à la fédération de Rouen ; un autre, de 13 hommes, assista à celle du Mans.

11 y eut comédie et bal pendant plusieurs jours.

Le 14 juillet suivant, nouvelle cérémonie de la fédération.

Pour la première, de beaucoup la plus importante, les tambours touchèrent 56 livres 14 sols ; les musiciens, 60 livres: la poudre à canon fut payée, pour les deux, 232 livres 8 sols, à Paillard. Les hommes, blessés au camp des Grands- Prés, reçurent 30 sols par jour pendant leur maladie ; comme indemnités. Allègre et Heurtault, canonniers, touchèrent chacun 30 livres; Caluet, pompier, 43 livres 10 sols.

Le détachement qui revenait de la fédération de Paris, où Louis XVI avait été proclamé premier Roi des Français, rapportait la bannière du département ; les corps constitués l'attendent.

Rentrée solennelle, décharge d'artillerie à la butte des Charbonniers, deux autres aux Cordeliers, puis discours dans la salle des assemblées du département, et enfin Te Deum à la cathédrale, où toute la garde nationale se rend, bannière en tête, portée par M. Delacroix, Taîné.

Le 16 décembre 1790, MM. Lesage, Levassor et Frappîer

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forment une assemblée sous le nom de Société littéraire des Amis de la Constitution. Cette société doit défendre la Constitution, faire les pétitions, prévenir les gens de la campagne faciles à séduire, contre les libelles répandus contre la Constitution; elle est amie de la Révolution.

La société adresse, le 5 janvier 1791, une lettre aux signataires de la liste, portant engagement de partir pour les frontières aux premiers bruits de guerre :

« Braves et chers frères d'armes,

« La Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, a appris avec transport le zèle patriotique que vous avez déployé en apprenant que nos frontières étaient menacées d'invasions hostiles.

» L'amour sacré de la Patrie vous inspira ce généreux dévouement ; la Patrie, rassurée par cet acte sublime, aime à l'annoncer à tous ses défenseurs, comme un exemple à suivre

» Nous sommes, avec la plus intime cordialité, vos frères et amis. A.-C. Bellier, président,

P.-J. Marie et Guillard, secrétaires. »

Dans le même temps, les jeunes gens de vingt et un ans et au-dessus sont invités à se trouver aux assemblées primaires pour prêter le serment de fidélité à la Constitution, aux lois de l'Etat et au Roi ; ils seront ensuite inscrits sur le tableau des citoyens actifs, pour exercer leurs droits dès qu'ils auront leur vingt-cinquième année.

Après le traité de Mantoue, en mai 1791, le roi avait quitté Paris, le 20 juin, pour se rendre à Montmèdy ; à Varenne, il fut reconnu, puis ramené à Paris par trois membres de l'Assemblée Nationale ; Pétion était l'un de ces membres.

L'Assemblée saisit le pouvoir; elle décréta que 300,000 gardes nationaux seraient levés par toute la France pour défendre le territoire.

Dès le 22 juin, deux exemplaires des décrets de l'Assemblée Nationale, relatifs à l'enlèvement du Roi et de la famille royale, sont transmis, par le département, au Corps municipal.

M. Aillel, officier municipal, décoré de l'écharpe, fera, à son de trompette, lire et publier les décrets dans toute la ville. La garde nationale aura ordre d'arrêter toutes personnes quelconques sortant du royaume, d'empêcher toute sortie d'effets, armes, munitions ou espèces d'or et d'argent, chevaux, voitures. Trois commissaires passeront la nuit en l'Hôtel commun, pour entendre les particuliers qui pourraient être arrêtés comme suspects.

Le garde-magasin Paillard fera venir quatre barils de poudre à giboyer, de cent livres chacun, 150 livres de balles de calibre ordinaire, avec 150 livres de chevrotines.

Le 24 juin, à dix heures du matin, le Corps municipal est assemblé extraordinairement sur la nouvelle effrayante, apportée par des paysans, que des troupes ravageaient les moissons et massacraient les habitants.

Des envoyés des municipalités de Berchères-la-Maingot, Oizème, Nogent-le-Roi, Maintenon, Saint-Germain-la-Gâtine, Challet, demandent des secours.

La garde nationale est rassemblée et on envoie cent dragons à Berchères, Oizème, Challet et autres villages circonvoisins, afin d'empêcher le pillage et repousser la force par la force. Un piquet de garde nationale accompagne les dragons ; le commandant de la maréchaussée emploiera ses troupes aux mêmes fins.

On conservera, dans la ville, six compagnies de garde nationale et, la troupe de ligne restant, marchera au premier ordre.

L'alarme était dans toutes les communes, mais on n'avait encore aperçu aucun des brigands ; la frayeur semblait avoir eu plus de part dans cette alerte que le danger véritable : en effet, vers les minuit, quelques détachements rentrèrent à Chartres rapportant qu'ils n'avaient rien aperçu.

Des citoyens à cheval, qui étaient en campagne, revenus vers les une heure du matiti, annoncèrent la fausseté de la nouvelle.

Au milieu du trouble et de la confusion, il avait été distribué beaucoup plus de cartouches qu'il n'était nécessaire;

chez les armuriers, quelques fusils ont été pris par des citoyens animés du noble désir de secourir leurs frères alarmés. Ces armes devront être réintégrées chez leurs propriétaires.

Par prudence, 12,000 cartouches préparées et conservées dans l'armoire de la salle de garde, sont transportées dans la tour servant d'arsenal, près la porte Saint-Michel.

Un dragon, le 14 juillet, au camp de la fédération, est menacé à cause du plumet rouge et noir qu'il porte à son chapeau ; le commandant se plaint que ses hommes sont journellement insultés à raison de leurs plumets.

Les ofliciers municipaux, rendant hommage au patriotisme méconnu du régiment de dragons, désirant prévenir les suites des insultes, déclarent que les officiers et dragons du 4** régiment sont tenus de porter des plumets rouges et noirs d'après les décrets de l'Assemblée nationale ; le public doit donc les respecter.

La date du 14 juillet, anniversaire du jour où l'empire Français a conquis la liberté, est célébrée par une fête patriotique à laquelle on donne toute la solennité possible.

Mais au mois d'août, la municipalité s'alarme de l'absence d'une partie des officiers du 4® régiment de dragons. Le commandant dit que cela ne regarde pas les corps administratifs ; « d'ailleurs, ajoute-t-il, les dragons ont toujours observé une exacte discipline, même depuis l'absence d'un certain nombre d'officiers. »

Peu à peu, la mésintelligence qui divisait les citoyens et les dragons s'apaisa.

Le 15 septembre 1791, proclamation de la lettre du roi portant acceptation de la constitution. Réjouissances publiques; sonnerie de toutes les cloches en signe d'allégresse ; feu de joie sur la place des barricades puis feu d'artifice.

M. de Reverseaux ayant consenti à donner à la municipalité de Bonneval deux des quatre canons qui lui appartiennent, Bonneval les cède à Chartres pour sa défense. On va les chercher en voiture.

Il faut augmenter Tartillerie de la ville ; on commande des canons à Périer, fondeur à Paris.

Il lui sera envoyé comme vieux bronze à refondre :

3 tombes de l'église des Jacobins 4,091 livres

46 plaques tombales d'autres églises . . . 631 —

Vieux canons et morceaux 559 —

4 boëtes . 1,608 —

En toUlité ........ 6,889 livres

Le sieur Huillery, voiturier, les conduira à Paris, moyennant 35 sols du cent pesant.

Le marché passé avec Perier comprend des canons et affûts du calibre de 4 livres. La municipalité fournit la matière, accorde 4 p. 0/0 de déchet et paie la façon 17 sols du poids du canon foré. La matière neuve sera payée 16 sous la livre.

Un canon foré de 4 livres pesant, coûtera 990 livres ; la commande est de six, ce qui conduit à une dépense de 5,940 livres.

Les affûts seront payés 1,500 livres.

En y ajoutant des menus frais, un canon monté reviendra à 2,540 livres; les six, à 15,240 livres.

Mais vu Texiguïté des ressources de la commune, la commande de canons montés fut réduite à quatre.

Un conflit s'élève entre les villes de Chartres et de Châteaudun ; des députés de Châteaudun ont demandé au ministre de la guerre que l'état-major du 4» régiment de dragons, ci-devant Conti, dont un escadron est actuellement dans cette ville, y restât à demeure.

La municipalité de Chartres prétend de son côté que l'étatmajor du régiment doit résider au chef-lieu, près du corps administratif, spécialement chargé de l'employer pour le bien général et la conservation des biens naJ;ionaux qui sont dans une perpétuelle dévastation.

Les délégués de Chartres l'emportent auprès de M. Duportail, ministre de la guerre, et l'état-major du 4*" dragons sera installé le 10 juin 1791 à Chartres, avec un deuxième esca-

dron de 160 hommes. Avec celui déjà établi dans la ville, la force militaire comprendra 320 hommes.

Le Conseil d'administration du premier régiment d'infanterie fait savoir aux héritiers des hommes morts^ ou aux hommes eux-mêmes congédiés, qui étaient embarqués sur les vaisseaux du roi : le César, le duc de Bourgogne, le Jason, la Gentille^ la Concorde^ la Railleuse et P Inconstance ^ qu'il leur appartient des parts de prises faites par ces vaisseaux dans les années 1780 à 1783, lesquelles parts de prises sont déposées à la caisse du régiment.

Agitation, troubles. — Au commencement de mars 1790, un dimanche, à Tachainville, quinze ou seize particuliers de Dammarie ou autres endroits, armés, accompagnés d'un grand nombre d'autres portant des bâtons, se sont attroupés ; il a été tiré des coups de fusil dans le parc de M. de Bernard, seigneur de Tachainville.

Ce premier attroupement s'est dissipé de lui-même, mais pour le lendemain, on prévoit des troubles dans les villages de Tachainville, Spoir, Chenon-ville et autres.

Il est décidé que la maréchaussée et les dragons se transporteront dans les paroisses de Thivars, Fontenay-sur- Eure, Dammarie, Saint-Loup et hameaux. La garde nationale se tiendra prête à marcher au premier avis.

Petion et Bouvet, députés aux Etats-Généraux, vont faire passer une lettre dans les campagnes; mais les craintes se dissipent et la publication de cette lettre est ajournée.

Un mois plus tard, une vive fermentation se manifesta dans le district de Saint-Jean ; cela n'eut pas de suite, le calme se rétablit subitement dans la population.

Le 13 mars, le bureau municipal est avisé que le jour même, un particulier doit vendre dans la halle du faux tabac, qu'il doit l'exposer publiquement, ce qui pourrait causer quelque rumeur et troubler la tranquillité des citoyens.

Des détachements de dragons et de gardes nationaux se tiendront prêts à partir au premier signal. Les mesures prises assurèrent le calme du marché.

Un peu plus tard, l'administration signale au public qu'il se fait un commerce frauduleux de tabac en corde et en poudre, dont la qualité peut nuire à la santé des citoyens; cette paternelle administration attend du patriotisme de tous les citoyens, de leur respect pour les décrets de TAssemblée Nationale, sanctionnés par le Roi, qu'ils ne favoriseront, en aucune manière, un commerce dangereux et aussi criminel.

Pendant la foire de mai, pour éviter les troubles, le marchés aux blés ne sera pas déplacé ; il se tiendra place des Halles comme pendant le reste de Tannée.

Mais voici qu'un sieur Michel Proust, marchand mégissier, refuse, à la porte des Epars, d'acquitter les droits de boisson. Il s'est répandu en invectives contre le factionnaire, est allé à la porte Saint-Michel, où il a dit qu'il n'avait pas de congé et n'entendait payer aucun droit. Il a tenu aux percepteurs plusieurs propos indécents, et a passé malgré eux.

La garde nationale l'a arrêté ; il s'est alors jeté sur le fusil d'un garde qu'il a essayé de désarmer en jurant et en grinçant des dents.

Le Bureau municipal condamne Proust à faire ses excuses au commandant de la garde nationale et à huit jours de prison. Le présent décret sera affiché à la porte de Proust et au corps de garde, à ses frais.

Un portefaix, nommé Buisson, dit Mabou, a voulu empêcher, à la porte des Epars, de payer le droit sur une voiture de bois ou seulement la moitié; il est amené au Bureau municipal. Sur sa promesse de ne plus recommencer, il n'est condamné qu'à une détention de deux heures dans le corps de garde des pompiers.

Les citoyens avaient été invités à éclairer les rues pendant la nuit, en allumant des réverbères, ou en mettant des chandelles et lampions aux croisées, pour éclairer la garde nationale dans ses patrouilles.

Un peu avant la foire de la Saint-André 1790, l'inquiétude reprend la municipalité ; il est urgent d'allumer les réverbères des particuliers, mais aux frais de la commune ; il;

est, au préalable, nécessaire d'examiner les cordes, de remplacer celles qui sont usées.

L'éclairage, au moyen de réverbères, avait été établi par des avances faites par des particuliers ; ces avances vont être remboursées ; le service reviendra à la ville.

De fréquentes patrouilles seront faites, le jour de la Saint- André, par les dragons et la maréchaussée ; la porte dés Epars, la seule qui devra rester ouverte, sera gardée par la garde nationale.

Toutes les précautions ayant été bien prises, il ne se produisit pas de désordre. Le prix du setier (98 kilogrammes) du blé d'élite était alors de 19 livres ; ce prix s'était maintenu à peu près pendant toute l'année ; le pain blanc bourgeois valait 7 sols 6 deniers les trois livres; le pain jaunet de neuf livres, 17 sols 6 deniers ; le pain bis de neuf livres, 13 sols 6 deniers. A la fin de Tannée, le prix du setier de blé tomba à 16 livres.

A la fin d'avril 1791, nouvelle réclamation de la garde nationale, à propos des réverbères ; à cause de la fermen-* tation qui règne dans la ville, la garde nationale fait des patrouilles presques continuelles ; il peut être à "craindre que la haine que les dragons ont manifestée depuis quelque temps contre la garde nationale, ne lui fasse courir quelques risques pendant la nuit.

Les réverbères que Ton démontait à Pâques sont donc replacés le 27 avril, et allumés le soir même. ' Ce jour même, une pétition demande le départ, sous 24 heures, du régiment du 5® dragons, en garnison à Chartres.

Plusieurs dragons se sont portés à des excès repréhenôibles contre des citoyens; des scènes de désordre, des rixes violentes se renouvellent à chaque instant malgré les chefs ; les habitants sont dans de perpétuelles alarmes.

Dès le soir, trois délégués sont envoyés au ministre de la Guerre pour obtenir le déplacement du régiment; le commandant consignera les dragons dans leurs quartiers, et les pourvoyeurs devront aller aux provisions sans armes.

Le lendemain, il faut envoyer dix gardes nationaux au Palais de Justice, pour maintenir Tordre pendant l'interrogatoire de deux dragons poursuivis.

Les trois délégués reviennent de Paris le 29, le Roi a accordé le déplacement du régiment de dragons : le colonel du Gord, de la garde nationale, envoie, pour la nuit, 144 hommes à THôtel commun ; des patrouilles sont faites toute la nuit.

A onze heures du soir, les officiers de dragons sont convoqués; le bruit a couru, leur dit-on, que le régiment ne partira pas sans emmener ses deux dragons qui sont en prison*

« On aurait bien dû se dispenser de me déranger, dit le major de Cambon. Le régiment du colonel-général, ajoutet-il, a juré fidélité aux décrets sanctionnés ; il sera fidèle à son serment ; je vous réponds de tous les événements. »

La moitié de la garde nationale est commandée pour veiller la nuit jusqu'au départ du régiment. Le département, le district et le Corps municipal instituent un comité qui restera en permanence, la nuit, à THôtel commun.

Les barrières d'octroi devaient être enlevées le lendemain l**" mai 1790; tout concourrait pour rendre la situation fort grave : une bataille allait-elle avoir lieu dans la ville ; tout le monde la redoutait.

Craignant que le peuple, dans sa joie, ne détruisit les barrières et ne se portât à quelqu'excès, par prudence, elles sont enlevées la veille au soir.

Grâce aux sages mesures de précautions prises, la tranquillité ne fut pas troublée.

A la foire de mai, la garde nationale ne peut plus suffire au service ; beaucoup de gardes ont besoin chez eux pour leurs affaires particulières. On demande un détachement de troupes de ligne à cheval ou, au moins, quelques brigades de maréchaussée. Le détachement va arriver, le régiment suivra de près ; cela remène la confiance dans la ville.

Voilà qu'au mois de juillet la question des barrières renaît ; dans la séance du 13, le procureur de la commune s'exprime ainsi :

ASSEMBLÉE LéCISLATIVE 69

c( Dans une proclamation manuscrite, on a osé comparer la destruction de la Bastille, acte de patriotisme et de vertu, dont les vainqueurs ont été couronnés par TÂssemblée Nationale, à la rupture des barrières.

» Quatre députés ont, au contraire, déclaré coupable toute opposition à la perception des îçipositions, ont ordonné formellement leur recouvrement.

» L'administration, ajoute-t-il, veillera aux moyens d'assurer les recouvrements des droits que tous les citoyens sont tenus d'acquitter, et le' Roi sera supplié de donner des ordres pour le rétablissement des barrières, pour la réinstallation des employés chargés de la perception des octrois qui continueront d'être perçus comme avant. »

Pétion et Bouvet, députés, sont prévenus que des placards ont été af&chés, invitant le peuple à détruire les barrières ; on les instruit des précautions prises à ce sujet. Le désordre a pu être évité.

L'administration municipale était constamment sur le qui-vive ; chaque jour amenait un incident nouveau ; son temps se passait à calmer les esprits.

Finances, biens nationaux, terres. — L'émeute du 23 juillet 1789 avait coûté fort cher à la ville ; elle avait occasionné une dépense extraordinaire de 40,000 livres et, le 7 janvier 1790, on veut bien lui faire remise de la moitié de la somme de 24,000 livres qu'elle a été obligée de prendre dans la caisse du receveur des gabelles.

La caisse municipale est épuisée ; la suppression des octrois au 1*"^ mai l'anéantit ; la ville réclame de tous côtés les sommes dues pour les dépenses occasionnées par les troubles de 1789 ; 600 livres aux bénédictins de Saînt-Martin-au-Val ; 1073 livres restant de celles de 3,000, aux dames religieuses de la Visitation ; 200 livres au séminaire de Beaulieu ; 48 livres au prieuré de la Madeleine. Mais tous ces dons volontaires, obtenus un peu par pression cependant, ne suffisent pas à relever les finances de la ville.

Au milieu des embarras financiers du royaume, Necker

avait proposé, comme unique moyen, une contribution extraordinaire du quart du revenu.

Mirabeau le soutint avec son irrésistible éloquence, et la contribution patriotique fut votée d'acclamation. Chaque citoyen devait la fixer lui-même, en employant cette formule de serment : « je déclare avec vérité. »

Ce n'était qu'une ressource passagère ; un autre moyen restait. Déclarer nationales toutes les propriétés ecclésiastiques, et les vendre au profit de l'Etat ; en revanche, le gouvernement se chargerait des frais du culte et de l'entretien des prêtres.

M. Meslier, trésorier de la municipalité, a reçu, pour la contribution patriotique, la somme de 58,549 1. 1 s. 3 d. ; afin d'établir une répartition juste de la capitation, les citoyens durent se transporter au greffe de la municipalité où était déposé le rôle fixant par approximation et présomption la fortune de chacun des contribuables.

Le tableau d'estimation des domaines nationaux indique le total de 1,798,291 1. 6 s. 2 d. ; on sollicite, à l'Assemblée Nationale, un décret d'aliénation ; la municipalité veut acheter des biens estimés à 1,291,017 1. 11 s. 5 d., d'après le rapport de M. Chevard.

Voici quelques prix des biens pour lesquels la municipalité de Saint-Lazare, de Lèves, se fait subroger aux lieu et place de Chartres :

Un arpent de pré, dans la prairie de Longsault. 880 1.

Le moulin de Longsault et ses dépendances . . 30,195 Neuf arpents de vigne en clos ou en champtier. 6,336 Trois arpents de prés, bordant le jardin de

Josaphat 2,805

La maison abbatiale de Josaphat et ses dépendances 6,512

Le moulin de Lèves, prés et dépendances. . 24,304 Le bois de Lèves; 28 arpents, 60 perches. . . 5,016 Une maison de campagne : la Ravaudière. . . . 2,848 La prêtrise et la métairie de Barjouville furent adjugées 36,600 1. ; 4 arpents de prés, 8,300 liv.

Le moulin des Graviers, de Chartres, fut tendu 18,600 1.

A la suite d'une adjudication faite pour l'élargissement du chemin de la Croix-Thibault, il fut alloué au sieur Rougeoreille, vigneron, une somme de 500 1. pour un quartier de vigne en très bon état; d'autres furent estimés 16 et 201. la perche.

Les prés des religieux de Saint-Cheron sont vendus 8,1501. ; ceux de Bonne-Nouvelle, 46,400 liv.

A Gasville, 70 ou 72 setiers de terres furent adjugés 26,000 liv-

La situation financière de l'Etat était fort obérée ; la dette exigible atteignait la somme de 1,900 millions ; M. Bouvet, député à l'Assemblée Nationale, écrit que l'on veut créer une somme égale d'assignats, monnaie/orcée, sans intérêts, ou bien, ajoute-t-il, on donnera aux créanciers de l'Etat des quittances de finances susceptibles d'être divisées en coupons, à la volonté des créanciers, et portant intérêt.

« Les citoyens actifs sont assemblés ; lecture du discours de Mirabeau en faveur des assignats-monnaie est faite, puis des observations de Necker contre l'émission.

» L'Assemblée, sage et prudente, considérant que cette question se compose d'une trop grande multitude d'éléments et d'intérêts divers pour qu'elle puisse en saisir sufiisamment l'ensemble, déclare qu'il n'y a pas lieu de donner un avis. »

Au commencement de janvier 1791, une caisse patriotique est instituée pour changer en argent les assignats-monnaie, donnés aux ouvriers des ateliers de charité ; cet établissement est fondé par la Société des Amis de la Constitution.

Sur le rapport de M. Denis, un bureau d'échange pour le fonctionnement de cette caisse fut ouvert le samedi 13 août ; on y fait l'échange des assignats de cent livres et au-dessous contre des billets de confiance de la municipalité de 6 1., 3 1., 30 et 20 sous. Ce bureau est établi en faveur des citoyens et des ouvriers, pour leur éviter des pertes sur l'échange des assignats ; il sera ouvert tous les samedis, de 9 heures à midi, à l'Hôtel commun.

Cette caisse prit rapidement une grande importance ; ses opérations devinrent considérables ; le besoin de petite monnaie était extrême et, dès le 22 août, la distribution pour le district de Chartres s'éleva à 38,000 livres assignats.

Plus tard, au mois d'octobre, M. Mitouflet, de Janville, qui travaille la laine, fait des bas, aide à vivre plus de quinze cents familles, demande pour chaque semaine, mille livres de billets de confiance pour payer ses ouvriers.

La caisse, ne pouvant émettre par semaine plus de 15 à 20,000 livres, cette somme suffisant à peine au besoin des citoyens, est obligée de refuser.

D'après la loi du 12 juin 1791 relative à l'agriculture, les propriétaires sont libres de varier à leur gré la culture et l'exploitation de leurs terres, de conserver à leur gré leurs récoltes, de disposer de toutes les productions de leurs propriétés dans l'intérieur du royaume et au dehors, sans préjudicier aux droits d'autrui et en se conformant aux lois. Le corps municipal déclare à son tour qu'il est libre à tout propriétaire de vigne de faire vendanger quand bon lui semblera. Il est fait défense à tous grappeurs, grappeuses, herbiers d'entrer dans les vignes avant le 15 octobre, et aux chasseurs avant le jour de la Saint-Martin, époque où finit la garde des messiers.

En exécution de la loi du 17 mars qui porte suppression de tous les droits d'aides, de toutes les maîtrises et jurandes et établit les patentes, un registre à souche, déposé à la mairie, recevra les déclarations des particuliers qui, voulant faire quelque négoce, exercer quelque profession, doivent se pourvoir d'une patente.

De leur côté, les notaires demandent la suppression du droit de contrôle de leurs actes ; il serait remplacé par un droit de timbre extraordinaire sur les dits actes. La demande est portée devant l'Assemblée nationale ; on exigera un enregistrement sans lequel ces actes ne pourraient avoir de date certaine*

En 1790, un conflit menaçait de s'élever à propos de la

procession de la Fête-Dieu ; l'ordre de préséance des troupes fut alors réglé comme suit: la garde nationale se tiendra à la droite qui est la place d'honneur, la troupe de ligne à gauche ; la cavalerie cède aussi le pas à la garde nationale.

La dépense occasionnée par la construction de cinq reposoirs le jour de Toctave fut de 175 livres ; les musiciens de la procession générale touchèrent 9 livres 4 deniers.

La dame prieure des Filles-Dieu avertit le maire, le 11 juin, qu'elle a dans sa maison une religieuse de chœur du couvent de Patey, nommée M"® Percheron, pensionnaire en vertu d'une lettre de cachet en date du ^8 septembre 1781. On ira la voir et, suivant les déclarations qui seront faites, il sera dressé un procès-verbal pour ensuite demander sa mise en liberté.

Des commissaires sont nommés le 27 juin pour faire les inventaires des couvents de femmes et des corps ecclésiastiques ; ce sont MM. Aillet et Boisseau pour les Carmélites, Montéage et Jumentier pour les Filles-Dieu, Montéage et Tabourier pour la Visitation, Coubré Saint-Loup et Sochon pour le Chapitre Saint- André.

Voici que le 7 juillet, M. Malot, prêtre-chanoine régulier de la Congrégation de Sainte-Geneviève, prieur curé de Saint-Cheron, entre dans la salle de la municipalité. « Il vient, dit-il, avec douleur, rendre compte des divisions de sa maison, des discussions qui la troublent : il dénonce Navier, chanoine régulier, comme l'auteur des divisions.

» Navier s'est emparé des clefs et dispose de tout ; toutes mes fonctions, ajoute le pauvre chanoine, m'ont été enlevées. »

MM. Boisseau et Coubré Saint -Loup seront envoyés comme commissaires pour remettre la maison en bon ordre.

Les frères de la doctrine chrétienne ont contracté beaucoup de dettes ; ils ne peuvent les acquitter ; ils sont sans ressources pour vivre, depuis que les riches bénéficiers qui les aidaient ont retiré leurs charités.

Il sont au nombre de sept ; une somme de 3.500 1. serait suffisante pour les faire vivre d'une manière honnête. N'étant

74 ASSEMBLÉE LÉGISLATITE

pas religieux, ils ne peuvent prétendre à aucun traitement; la ville doit les payer pour Tinstruction qu'ils donnent au peuple.

« Mais le revenu de la ville diminue tous les jours par la fraude et ne suffit pas pour les charges indispensables ; la caisse municipale est en ce moment fort au-dessous de zéro ; il sera fait une quête pour subvenir aux besoins des frères.

Puis les dames religieuses du prieuré de Saint-Jean, aux Filles-Dieu, viennent dire qu'elles ne peuvent plus vivre; elles ont 28,000 1. de dettes ; le boucher refuse de leur fournir de la viande, il n'y en aura pas pour le dimanche suivant. On leur accorde des secours et deux commissaires sont nommés. Un conseil de quatre dames gouvernera et administrera avec la dame prieure.

Les Capucins, rapporte-t-on, coupent le bois de leur enclos à un pied de terre et le font enlever aussitôt.

« Des commissaires sont nommés pour vérifier le fait ; ils ont trouvé trois cordes de troncs de charme, un très bel orme arraché ; ils ont vu des souches fraîchement coupées ; on a même enlevé des arbres fruitiers. »

Les mêmes dégradations sont faites par les chanoines de Saint-Cheron.

(( L'évaluation des dégâts est de 723 1. 14 sous pour les premiers, de 154 1. pour les seconds. Ces sommes seront retenues sur les appointements des capucins et des chanoines. »

L'autorisation est accordée aux frères de la Croix d'enlever du souterrain de Saint-Aignan où ils s'assemblent pour prier Dieu, les ornements et effets leur appartenant.

MM. Chevard et Aillet se transportent comme commissaires aux maisons conventuelles des Carmélites et de la Visitation, pour dresser l'état des religieuses qui s'y trouvent, recevoir leur déclaration pour rester ou sortir de la maison, et faire procéder à l'élection d'une supérieure et d'un économe.

Le sieur Delarne, ci-devant doyen de l'église de Chartres,

âgé de 74 ans, est autorisé à rester dans sa maison, sa vie durant ; il abandonne les dépenses faites par lui, s'élevant à la somme de 3,1071. ; son loyer annuel de 600 liv. à la ville ne sera pas changé.

Les dames, sœurs de la Providence, font Téducation de la classe indigente ; elles manifestent des principes inconstitutionnels et contraires à la Révolution. L'Assemblée nationale allant incessamment statuer sur réducation publique, menace est faite de leur retirer les enfants.

Elle refusent de prêter le serment; Téducation des orphelines leur sera retirée. Devenues inutiles à Chartres, ces filles n'étant liées par aucun vœu, seront renvoyées dans leurs familles pour y vivre comme séculières, sauf à leur faire une pension, s'il y a lieu de leur en accorder.

Le 13 octobre 1790, les ci-devant chanoines de la cathédrale reçoivent signification des arrêtés, leur ordonnant de quitte Taumusse et les autres marques distinctives des chanoines; ils ne doivent plus s'assembler capitulairement. Néanmoins ils continuent à porter Taumusse et à s'assembler.

Deux commissaires, MM. Jacques Montéage et Chevard sont nommés ; ils sont chargés de faire poser les scellés sur les portes des salles où les ci-devant chanoines se réunissent ; il leur sera représenté avec modération qu'ils ne peuvent entrer avec l'aumusse ; s'ils persistent, on les laissera passer et un rapport sera fait à la municipalité.

« Les chanoines protestent contre la sommation qui leur est faite ; ils déclarent que les fonctions attachées à leurs dignités ou canonicats leur ayant été conférées par l'Eglise, ils ne peuvent en être privés ni dispensés que par un jugement canonique de l'Eglise.

« Ont signé la protestation :

De Brassac, chanoine, chantre, président;

Pour mandement, Haverdin, secrétaire. »

Le 24 octobre, les scellés sont apposés sur la chambre appelée l'Ecritoire, en la maison d'Haverdin. Les commissaires et le procureur trouvent dans un carton plusieurs

protestations contre les décrets de l'Assemblée nationale ; ils se transportent chez le ci-devant chanoine Doullay, dépositaire des pièces et correspondances, que Ton enlève, comme suite de Tinvenlaire commencé.

A chaque porte, dans la cathédrale, il est placé un piquet de garde nationale, ayant pour consigne de ne laisser entrer aucun des ci-devant chanoines portant Taumusse.

A l'heure de l'office, le lundi 25 octobre, les ci-devant chanoines se présentèrent avec les peaux sur le bras ; mais la consigne fut ponctuellement observée ; aucun n'entra dans l'église qu^après avoir quitté l'hermine.

Le sieur l'Ecuyer, ci-devant de la Papotière, apostrophe un garde en faction, le saisit par le bras et le fait descendre précipitamment trois à quatre marches ; le garde se retourne vers l'agresseur et lui présente la bayonnette en lui disant : « F..., Monsieur, vous n'entrerez pas. »

Le chanoine reporte alors son aumusse chez lui et pénètre ensuite, sans aucun obstacle dans la cathédrale.

Il n'y eut pas la plus petite fermentation dans la ville.

Vingt-huit membres du Chapitre, présidés par l'abbé de Cambis, avaient signé une protestation contre certains décrets de l'Assemblée nationale ; cette protestation fut repoussée par les curés des cantons de Bonneval et de Voves, qui donnent leur complète adhésion à tout ce qui a été décidé par l'Assemblée.

Peu après, les paroisses furent supprimées et réunies à l'Eglise cathédrale.

Le nombre des églises paroissiales, dont plusieurs étaient en même temps collégiales, était de onze ; dans la ville et la banlieue, deux abbayes de Bénédictins et deux de Génovéfins ; quatre couvents de religieux Jacobins, Cordeliers, Minimes et Capucins ; cinq communautés de religieuses des ordres de la Visitation, des Carmélites, de la Providence, de l'Union et des Bernardines appelées Filles-Dieu ; une maison de sœurs hospitalières, dite de Saint-Maurice, pour l'instruction des jeunes filles et pour le service des hôpitaux, spécialement ceux des colonies ; deux séminaires.

Tun hors ville, Tautre dans rintérieilr; un collège et une maison de frères Scholars.

M. de Lubersac, évèque de Chartres, n'avait pas voulu prêter le serment prescrit par la Constitution civile du clergé : il fut considéré comme démissionnaire.

A la place du prélat réfractaire, les électeurs nommèrent M. Bonnet, docteur en théologie, curé de la paroisse Saint- Michel. Ce respectable ecclésiastique avait donné, pendant quarante-deux ans, l'exemple de toutes les vertus chrétiennes ; il n'accepta le siège épiscopal qu'à la condition de le rendre à celui qui l'avait abandonné, lorsqu'il jugerait à propos de venir le reprendre.

Le 15 février 1791, à l'occasion de l'épiscopat de M. Bonnet, il fut célébré une messe d'action de grâces ; à l'issue de la messe, un Te Deum fut chanté en faux-bourdon. Le 3 avril, installation de l'évèque.

Le 6 avril, sur l'invitation des Amis de la Constitution, eut lieu le service solennel de Mirabeau, décédé.

Les curés élus ayant prêté le serment, il fut procédé à leur installation, à laquelle assistèrent les officiers municipaux.

MM. Foreau, maire. Barré, Aillet et Denis, officiers municipaux du bureau, restèrent à l'Hôtel commun pour y donner des ordres dans le cas où la tranquillité publique serait en danger.

On craignait un mouvement populaire; certaines précautions sont prises ; à six heures du matin, deux cents gardes nationaux se réunissent à l'Hôtel commun ; un piquet de trente dragons se tient prêt à marcher au premier signal.

Il ne se produisit aucun trouble.

L'hôpital avait été créé le 15 mars 1555 pour détruire la mendicité devenue considérable ; les habitants se réunirent pour faire un règlement de police concernant les pauvres mendiants, valides et invalides. Il est fait défense de mendier par la ville, dans les églises, et aux habitants de faire aucune aumône à leurs portes ou dans les églises.

L'administration du bureau d'aumônes fut confiée à douze

78 ASSËMBLÊB LKGISLAJ'IVE

personnes notables élues pour deux ans : trois ecclésiastiques, deux de la justice, un élu, deux échevins et quatre bourgeois.

En 1556, une lettre-patente du Roi ordonna un rôle d'impositions sur les habitants pour subvenir aux besoins de ce bureau.

Aujourd'hui, l'établissement sert de retraite à la vieillesse indigente, de berceau à l'enfance orpheline, et la nomination des nouveaux administrateurs aura lieu le mardi de la semaine sainte.

A l'installation de l'évèque, M. Bonnet, la sœur Rose, supérieure du bureau des pauvres, les sœurs Marie, Madeleine, Catherine, Victoire et Marguerite, gouvernantes des bonshommes, vieilles femmes, orphelins et orphelines de l'hôpital, n'accompagnèrent pas les individus de l'hôpital ; elles dirent que cela était contre leur façon de penser ; que si M. de Lubersac y eût été, elles s'y seraient trouvées, ne reconnaissant que lui pour évéque et ne voulant pas entrer dans le schisme.

La municipalité est d'avis de les renvoyer aussitôt qu'il aura été pourvu à leur remplacement et qu'elles auront rendu leurs comptes.

Les sieurs Roussin et Landry, prêtres de l'Hôtel-Dieu , en exhortant, confessant et administrant les malades, ne vou- • lant pas prêter le serment décrété pour les fonctionnaires publics, sont dénoncés au Directoire du département.

Arts, musique, théâtre. — Le directeur de la troupe de comédie, nommé Dufresny, demande la permission de jouer le 25 mars 1790, jour de l'Annonciation. 11 expose la misère de sa troupe, les recettes ont été faibles ; on lui a déjà accordé, pour ces motifs, de jouer le jour de la Conception.

Le corps municipal arrête à l'unanimité qu'il serait irréligieux d'accorder celte demande, et qu'aucune considération ne pouvait engager à permettre le spectacle au jour de Vierge. L'autorisation n'est pas accordée.

Un chartrain, M. Guillard, obtient pour la troisième fois le prix du concours à Paris, pour son ouvrage « Elfridà. »

<c II est précieux au public, écrit un de ses amis, par son talent comique, facile sans négligence, décent sans fadeur, fin sans prétention et riche sans luxe. Guillard a su fixer, par des succès constants, les goûts éphémères de notre inconstante capitale. »

La permission est accordée au sieur d'Entremont, directeur de la Comédie, de donner une représentation au profit des pauvres, le dimanche 27 février 1791 ; le maire choisira les pièces sur le répertoire des comédiens.

Au mois de septembre précédent, pendant la foire, une représentation, au spectacle des marionnettes, a produit 17 1. 7 sous ; la quête de la messe du Saint-Esprit, 109 1. 10 sous. Tous ces deniers recueillis seront distribués ensemble aux pauvres.

Le service de la Garde nationale à l'intérieur du théâtre est supprimé; la garde n'y pénétrera que si la sûreté publique est compromise, et sur la réquisition expresse de l'officier civil ; la garde extérieure est maintenue.

Tous le^ gardes entraient sans payer, ce qui n'était pas du goût du directeur.

L'abonnement pour les hommes était de 9 liv. ; de 6 liv. pour les dames ; il donnait droit à douze représentations. On jouait seize fois par mois; l'abonnement était suspendu le dimanche.

En Tannée 1791, fut joué : V Optimiste ou V Homme content de tout, en cinq actes et en vers, de M. Colin, citoyen de Chartres ; le même jour, le Pessimiste ou V Homme mécontent de tout.

Pour compléter la musique du corps municipal, le sieur Creuzas fils, maître de musique de la ville, propose d'acheter plusieurs instruments et de changer les clarinettes qui ne sont pas au ton.

L'autorisation lui est donnée pour deux clarinettes en ut, non garnies, de la somme de 30 liv. ; deux clarinettes en si et corps en la, de 42 liv. ; un basson avec son bocal, sans corps de rechange, 36 liv. ; deux cors, avec leurs corps de rechange, 48 liv.

80 ASS£MBLÉB LÉGISLATIVE

Pour assurer la propriété des instruments, sur chacun d'eux on gravera : « Hôtel de ville de Chartres. »

Quelques mois plus tard, une brouille éclate entre le chef et ses musiciens, les instruments n'étaient plus d'ac-^ cord ; le chef ne convenait plus. Les musiciens ne sont jamais à leur service.

Mais, fâchés de la conduite qu'ils ont tenue, les musiciens font bientôt leur soumission et reconnaissent Creuzas fils comme leur chef : l'harmonie rentre dans la compagnie.

Politique. — La Constitution était terminée : le Roi l'accepta , TAssemblée Nationale se sépara et, en août 1791, des élections pour l'Assemblée Législative eurent lieu : MM. Amy de Janville ; Bellier-Duchesnay, de Chartres ; Boucher, de Bonneval ; Claye, de Bu ; Delacroix, d'Anet ; Giroux et Lefebvre, de Nogent-le-Rotrou ; de Stabenrath, de La Ferté- Vidame ; Tillionbois de Valleuil, de BrezoUes, sont élus.

La publication de l'Acte constitutionnel, accepté par le Roi, est faite le dimanche 25 décembre 1791.

A six heures du matin, deux volées de grande sonnerie et carillon entre deux; à une heure de l'après-midi. Te Deum dans l'église cathédrale ; à quatre heures, spectacle gratuit à la Comédie, par la troupe de M"* Montensier, pour laquelle il sera distribué seulement cinq cents billets gratis, vu la petitesse de la salle.

Le soir, les présidents du Directoire, du district, et le maire, allument avec des flambeaux le feu de joie préparé sur la place des Barricades.

Nouvelle publication, puis feu d'artifice; illumination avec des réverbères, des lanternes, des lampions.

Au fond de l'allée de la butte, un obélisque décoré de peinture est illuminé ; il porte la statue de Louis XVI et le génie de la France tenant la Constitution dans un transparent. Sur les côtés, deux trophées, l'un d'Agriculture, et

au-dessus, Hercule terrassant Thydre de Lerne ; l'autre des Arts, avec Tinscription sur un transparent : « La force et la vertu font fleurir les arts ». Au-dessus du trophée de l'Agriculture, la Justice, la balance en la main gauche et le glaive dans la droite, avec cette inscription : « La Justice protège TAgriculture. »

L'obélisque était surmonté du Soleil aux armes de la France, au milieu duquel était écrit : La Nation, la Loiy le Roy.

Les musiciens, installés sur quatre amphitéàtres , ont fait danser, toute la nuit, le public sur la butte.

La bourgeoisie, dont la Constitution était l'œuvre l'accueillit donc avec enthousiasme ; l'allégresse régnait dans toute la classe moyenne.

La Constituante déclara le 29 septembre, devant lepeuple, que sa mission était achevée ; elle interdit la réélection de ses membres. Mais son œuvre ne dura pas même un an ; elle périt sous les coups des factions.

La Révolution politique était faite, restait à accomplir la Révolution sociale. L'Assemblée législative ne fut guère qu'une transition entre la Royauté constitutionnelle et la République.

Le 2 octobre, à Paris, jour de la clôture de la première session, au moment où les députés entrés inviolables à l'Assemblée, en sortaient simples citoyens, une foule innombrable payait à chacun le fruit de ses travaux. On poursuivait de huées et de sifflets MM. Lameth, Barnave, Goupil, etc. ; les Prieur, les Buzot, les Grégoire, et tous ceux qui n'ont jamais varié, étaient couverts d'applaudissements et de bénédictions.

» Lorsque les deux Catons de la législature, dit un auteur du temps, c'est-à-dire Petion et Robespierre parurent, on les couronna de chêne civique, au bruit d'applaudissements unanimes, et aux accords d'une musique militaire.

» Recevez, leur disait-on, le prix de votre civisme et de votre incorruptibilité; « en vous couronnant, nous donnons le signal à la postérité. »

Pendant qu'ils s'en allaient, les bravos, les cris de « Vivent les braves législateurs, les députés sans tache » les accompagnaient. Pour échapper au peuple qui accourait de toutes parts avec la musique, les deux héros de la fête improvisée s'empressent de monter en fiacre ; aussitôt les chevaux sont dételés et les citoyens traînent eux-mêmes la voiture.

Le peuple, ajoute l'auteur, a ainsi payé trois années de courage et d'incorruptibilité.

Petion fut alors élu maire de Paris par 6,778 voix sur

10,632 votants ; M. La Fayette obtient 3,123 suffrages et M. Dandré 77.

Le député sans tache, ami tendre du peuple, son défenseur intrépide, l'homme le plus vertueux, tels sont les termes qu'emploie à son égard, Maras fils, président de la Société des Amis de la Constitution. Le buste de Petion a été acquis par la Société, il est arrivé ; placé dans la salle des séances, l'inauguration a lieu le 19 décembre 1791.

M. Petion père est invité à venir à la séance suivante partager les plaisirs de la société ; il y amène son petit-fils et lui fait prêter, sur le buste de son père, le serment de vivre libre ou de mourir.

Le maire de Paris répond aux félicitations de Maras fils par la lettre suivante :

« Frères et Amis,

» L'expression me manque pour vous témoigner ma sensibilité et ma reconnaissance. Vous attachez de nouveaux liens à ceux qui m'attachent déjà si puissamment au lieu de ma naissance.

» En portant sans cesse mes regards sur mon berceau, je me dirai: là, j'ai des amis; là, j'ai des frères. J'y trouverai au milieu d'eux un asile assuré et heureux contre les tempêtes de la vie.

» Vous me faites contracter de grandes obligations et je ne sais comment je pourrai les remplir. Je suis sûr de ne pas manquer de zèle pour la chose publique, d'amour pour mes devoirs. Mais les forces humaines ne secondent pas toujours la volonté; vos sentiments pour moi seront le

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véhicule le plus puissant et me soutiendront dans ma carrière.

» Ce que vous avez fait pour mon père, ce que vous avez fait pour mon fils, me touche jusqu^aux larmes. J'irai aussi prêter un serment entre vos mains, celui de vous aimer jusqu'à la mort.

» Votre concitoyen,

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