‹ Histoire de Chartres, 1789-1900Chapitre 5 sur 11 · PÉTION · texte numérisé non relu

PÉTION

Dans les premiers jours de mars 1792, des émeutes

éclatent dans les villes voisines ; un comité de surveillance est établi pour veiller au maintien du bon ordre dans Chartres ; on demande les noms et les demeures des postillons qui entrent la nuit par les portes : de minutieuses mesures de précautions sont prises.

Les canons, placés dans le bûcher de Thôtel commun, sont exposés à être enlevés par des particuliers ; un retranchement spécial est construit dans le bûcher pour éviter toute surprise.

Pour le service de la garde nationale par piquet de 24 hommes, 4 ou 5 citoyens seulement se présentent personnellement. Le service par escouades est proposé, afin d'engager les citoyens à monter personnellement, ce qui est conforme à la loi.

Des chasseurs et des herbières font des dégâts dans les vignes ; de toutes parts le désordre, la confusion.

A Paris, le maire Petion ne peut maîtriser les passions ; il règne une extrême fermentation dans le peuple. La guerre vient d'être déclarée à l'Autriche ; on fait de grands préparatifs militaires ; une souscription est ouverte pour subvenir aux frais.

L'agitation populaire augmente par la publication d'un libelle intitulé : Quel parti prendre ? répandu dans Chartres et dans les campagnes.

Il est dénoncé au corps municipal par le procureur de la commune, en ces termes :

« Je viens vous dénoncer. Messieurs, un ouvrage scandaleux qu'on débite avec profusion dans la ville, ouvrage

que l'aristocratie peut employer avec succès pour égarer le peuple parce qu'il est à sa portée, parce que, sous un style simple, il contient des principes et des faits faux contre lesquels la raison d'un homme peu éclairé peut être en défaut.

» Ce chef-d'œuvre de scélératesse ne tend à rien moins qu'à renverser la Constitution, provoquer la force du peuple contre l'Assemblée, avilir les autorités constituées, empêcher le paiement des impôts, en un mot établir dans l'opinion publique que le nouveau régime est la seule cause des maux de l'empire français.

» L'auteur dit : Qu'ont fait vos députés ? Us ont d'abord méprisé vos cahiers, ensuite mis le Roi de côté, anéanti la noblesse, dépouillé le clergé. Ils vous ontdéclarés libres, égaux, quand ils vous faisaient esclaves. Ils ont fait disparaître tout l'argent qu'ils ont remplacé par une nuée de papiers, enfin détruit et bouleversé la France...

» 11 termine ainsi : Rendons à ce Roi son autorité et chassons ces députés, ces clubistes infâmes, ces soi-disant patriotes qui ont jeté dans nos places publiques le cyprès de la guerre au lieu d'y faire fleurir l'olivier de la paix. »

« La liberté de la presse, ajoute le procureur, ne peut autoriser de pareilles manœuvres ; ceux qui parlent ou écrivent sont responsables des abus que leur conduite entraîne. L'Assemblée nationale vient de nous donner un grand exemple en décrétant d'accusation, et le Roy et les Marat qui, par des voies différentes, tendent au même but, celui de renverser nos lois.

» Cet ouvrage est sorti d'une des presses des imprimeurs libraires de Chartres ; des commissaires vont faire des perquisitions. »

Le lendemain, 5 mai 1792, les perquisitions sont faites; on ne trouve rien ; mais chez Deshayes, imprimeur, on saisit une quantité d'écrits anti-constitutionnels dont il faisait lui-même la distribution.

« Ces écrits sont imprimés et distribués par lui, de son aveu. Ils sont remplis de maximes contraires à la Révolu-

^ AfrSEMBLÉe IL4;iSUAT1TE

tîoo« leodent à provoquer la désobéissance à U loi, à avilir 1 ^uUjtiUî des pouvoirs constitués.

* Ob trouble la tranquillité publique, arme les citoyens contre le» rttovens, sème la zizanie dans les familles et produit un désordre affreux.

» Le fait est dénoncé au tribunal du district qui avif^rz, »

Le 14 juin, la garde nationale fait planter TArbre de la lil>ertéy dans la place des Éparsoudes Barricades, qui dorénavant sera nommée place de la Liberté. Toutes les autorité», y compris Tévêque constitutionnel et ses vicaires, ainsi qu'une foule immense de citoyens, ont assisté à cette fête civique.

« Voilà que le 20 juin, une émeute formidable éclate à Paris ; l'Assemblée proclame « La Patrie en danger ». Les fédérés des départements se rendent en foule à Paris pour la fête du 14 juillet; la garde nationale a bien Tordre d'arrêter sur les routes toutes les personnes armées, allant à Paris; elle doit même repousser par la force les gens armés. Ces ordres restèrent sans effet. »

Les nommés Fiacre Jouin et Brière, demeurant place des Halles, se répandent en propos injurieux et menaçants contre la plupart de leurs voisins sur le fait de la Révolution: ils traitent de gueuse l'Assemblée législative que, par dérision, ils appellent une bande d'oies. Ils menacent journellement leurs voisins, même leurs voisines, de la hache.

La maison parait suspecte ; on croit qu'elle contient un dépôt d'armes : une perquisition est faite ; on ne trouve rien.

M. (^hevard, maire, est suspendu de ses fonctions le 10 juillcl, ainsi que le procureur ; M. Barré, l®"* officier municipal, n'accepte la présidence de l'assemblée que par obéisflan<'0 pour la loi et par amour pour le bien public.

(^)uinze jours après, l'Assemblée nationale leva la suspension.

« Le 27 juillet, le secrétaire de la mairie, accompagné d'offMÛers municipaux, précédé de tambours et de la musique,

assisté d'un détachement de la garde nationale, à deux heures de relevée, proclame dans les carrefours de la ville rinvitation aux citoyens de voler aux frontières. La proclamation avait été faite le 16.

a Le duc deBrunswick, à la tète de 140,000 hommes, s'avançait ; il comptait marcher sur Paris. En partant de Coblenz, il publia un manifeste au nom de l'Empereur et du Roi de Prusse.

)» Un cri d'indignation retentit par toute la France ; le peuple accepta le défi que lui portait l'étranger ; une émotion extraordinairement puissante souleva le pays tout entier. »

Le 10 août 1792, attaque des Tuileries par le peuple de Paris ; le roi Louis XVI et sa famille se réfugient à l'Assemblée.

La lutte fut courte, mais sanglante ; il y eut 2,000 morts.

La commune nouvelle reconnue par l'Assemblée, prend pour devise ces trois mots: « Liberté, Egalité, Fraternité ». Le Roi est suspendu, l'ouverture de la Convention nationale fixée au 23 septembre.

Après cette journée, où commence la Révolution populaire, dont le but apparent était le salut public, on fut quelque peu terrifié et une attitude expectante s'imposa, sur la recommandation de Petion.

Dès le 11, dans une séance du soir, le Corps municipal de Chartres, après la publication des actes du Corps législatif, fait aux citoyens l'invitation suivante :

« Citoyens,

« Vous avez appris avec douleur les événements qui viennent de se passer dans la capitale ; les crimes de l'aristocratie viennent enfin de forcer les citoyens de Paris à déployer toute la majesté, la force et la verfu d'un peuple libre.

» Citoyens, voulez-vous triompher sûrement de vos ennemis : restez calmes, mais soyez debout au sein de Forage ; que cette dififérence d'opinions qui vous a déchirés jusqu'à ce jour disparaisse, pour nevous occuper que du salut public.

L'Assemblée nationale vient de prendre des mesures sages pour faire régner la liberté et l'égalité ; secondez-la de tout votre pouvoir par votre respect pour ses décrets ; soyez confiants dans les autorités constituées : elles ont juré de maintenir vos droits; elles vous seront fidèles ou elles périront à leurs postes. »

Le 13, le Corps municipal est transféré au département ; on craint un soulèvement ; plusieurs citoyens, conversant sur les affaires du temps, semblent vouloir faire main basse sur ceux que le peuple regarde comme anti-révolutionnaires.

Chacun des membres de l'Assemblée, s'il aperçoit une réunion de citoyens ayant le dessein de se livrer à quelqu'excès, fera tous ses efforts pour les dissuader et les rappeler à l'exécution des lois.

Le corps municipal se tient en permanence.

M. Delacroix, député d'Eure-et-Loir, est nommé président de l'Assemblée législative.

Les députés à la Convention, élus le 2 septembre, étaient MM. Chasles, Lesage, Brissot de Warville et Petion de Villeneuve pour Chartres ; les autres députés d'Eure-et-Loir furent MM. Bourgeois, Delacroix, Fromenger, Giroust et Loiseau.

Puis, massacres de septembre, pendant lesquels le maire de Paris, Petion, avait été suspendu, afin de les faciliter ; il y eut 966 morts. L'Assemblée, impuissante depuis le 10 août, s'épuisa en vaines protestations. La Terreur commençait.

Brunswick s'avançait lentement derrière la Meuse,

l'agitation était extrême; mais le 20 septembre, Kellermann à Valmy l'arrête, puis Dumouriez refoule les Prussiens jusqu'au delà de la frontière; la France était sauvée.

Le 21 septembre 1792, le lendemain de la victoire de Valmy, la Convention s'assemble et proclame la République.

Un bataillon de six cents volontaires d'Eure-et-Loir est en formation à Chartres le l^^ novembre 1791 ; il doit partir pour la frontière au premier appel. Le chevaleresque Marceau, chargé d'abord de former le bataillon, doit ensuite

le commander. L'odyssée, si brillante, si rapide, du héros chartrain allait commencer.

Mairie, corps municipal, prisons. — Des élections municipales eurent lieu le 13 novembre 1791. La Société des Amis de la Constitution, dont l'importance grandissait, avait désigné en séance publique, au scrutin, les candidats qui lui paraissaient les plus dignes. Cette désignation souleva les clameurs de l'aristocratie.

Sur 278 votants, M. Chevard obtient 103 voix, M. Bouvet, ancien député, 84. Au second tour, M. Chevard est proclamé maire par 139 voix. Les membres du bureau sont MM. Levassort-Paly, Chenard et Delacroix.

Sont élus officiers municipaux: MM. Chasles, marchand de bois, Levassort-Paly, Périer, Delacroix, Chenard fils, bourgeois. Peluche ; Judel médecin et Lion notaire, ayant refusé.

Notables élus: MM. Dufresnay, marchand, Maraspère, filassier, Lesage, juge, Duval, charpentier, le capitaine Beaulieu, Belléme, ancien tanneur, Garnier-Levassort, marchand de laine. Collet, avoué, Godard, marchand de blé, Chauveau, professeur. Malin père, Duit, avoué, Maupoint, parfumeur, Beaulieu-Chavanne, Girouard, avoué, Courtois- Seresville, Boutroue, marchand de bas.

Divers changements sont produits dans . la composition du corps municipal au mois de février 1792. M. Chevard reste maire; Chambrette, Lion, Maras père, deviennent notables ; Maras fils, procureur de la commune et Horeau, substitut.

Au commencement de l'année 1792, le maire, M. Chevard, améliore le régime des prisons ; chacun des prisonniers reçoit une livre et demie de pain par jour : il en aura deux livres. La citerne, faute de curage, rend une odeur infecte, on va la nettoyer; au plus fort de l'hiver, il n'y a aucun endroit pour se chauffer, un poêle va être établi dans une pièce qui servira de chauffoir.

Les prisons peuvent renfermer et coucher 75 hommes ;

il y a 4 cachots. Le cachot d'Âlençon mesure dix pieds sur six, il reçoit cinq hommes; le cachot boisé, dix pieds sur sept, neuf hommes; celui d'en bas, treize pieds sur neuf, quatorze hommes ; celui d'en haut, vingt et un pieds sur dix, vingt-quatre hommes.

Une autre pièce, appelée « misère h de vingt-trois pieds sur vingt et un, où se rassemblent dans le jour les prisonniers, sert d'infirmerie ; elle renferme en ce moment seize malades de la dyssenterie.

Les pièces nommées le Grand et le Petit civil sont peu sûres ; on n'y peut mettre de gens prévenus de grands crimes. Les femmes sont logées dans quatre petites chambres, dites les Magdelonnettes. Ces prisons ne sont pas assez vastes ; il faut en outre beaucoup de surveillance.

Quelques jours après la visite du maire, une tentative d'évasion eut lieu, un barreau de fer ayant été scié au moyen d'un couteau ébréché ; elle n'aboutit pas et des mesures rigoureuses en empêchèrent le retour.

Les lettres de la poste étaient jusqu'alors portées par des factrices dans une boîte où chacun venait choisir ce qui était pour lui; on les fera dorénavant remettre jusqu'aux dernières maisons des faubourgs pour épargner du chemin aux habitants.

A partir du premier juin 1792, par suite du manque de

blé dit de monée pour les habitants peu aisés de la campagne, il sera pris dans les greniers un mélange de blé, d'orge et de méteil ; on en portera vingt setiers au marché ; si le besoin l'exige, on continuera à garnir le marché. Ce mélange sera vendu au cours et, s'il y a un bénéfice, il sera réparti entre les malheureux.

Les balances des bouchers sont vérifiées; le prix de la viande de bœuf, veau, mouton, est fixé à huit sous six deniers la livre ; celui de la vache; taureau et bique à sept sous six deniers.

Il est fait défense de rien acheter avant l'heure des marchés, aux revendeurs, revendresses, fruitiers, poulailliers, cuisiniers, rôtisseurs, etc. Les objets d'alimentation doi-

vent être exposés dans les marchés, sous peine de confiscation ; cela permettra aux habitants d'acheter les vivres nécessaires à la vie.

Le blé qui valait 16 1. le setier (98 kilog.) au commencement de Tannée, obtient le cours de 20 1. 10 sols à la fin de décembre*

Religion, prêtres assermentés, émigrés. — L'évéque et les vicaires de Téglise Cathédrale sont invités à donner à M. Lacombe, citoyen directeur des affiches, communication de leurs registres des baptêmes, mariages et sépultures.

L'église Saint-Barthélémy va être vendue ; on conservera un peu de terrain pour élargir la route. Les cloches des églises des paroisses supprimées vont être descendues ; la descente est donnée à l'adjudication.

Un médecin du nom d'Alexandre Lesage demande à enlever les corps déposés dans les caveaux de l'église Saint- André. Ces corps sont dans un état parfait de sécheresse ; on les connaît sous le nom de momies. Il veut disséquer ces corps curieux et rares, espérant trouver à cela quelque chose d'utile pour la scienfce.

Les médecins, chirurgiens et apothicaires sont consultés à cet effet ; suivant leur rapport la conservation des corps desséchés de Saint-André ne peut avoir pour but que la simple curiosité ; elle ne peut être d'aucune utilité pour les sciences.

Ces corps seront donc transportés, avec tous ceux des caveaux des églises, dans le cimetière commun de la ville.

Un vieux médecin, le sieur Mahon, vient réclamer, dans une pétition faite en expressions peu décentes et peu mesurées, un prétendu abonnement de 24 1. par an, pour soins donnés aux religieux Jacobins de Chartres et cela depuis 45 années. Sa demande est repoussée.

« Le droit à vendre de la viande pendant le carême, appartenant à l'hôpital, était adjugé chaque année ; mais le 27 janvier 1792, l'an quatrième de la Liberté, comme le portent depuis quelques jours les délibérations, il est dit

L'abbé Mitouflet, ci-devant chanoine, fort comme deux portefaix (il avait un jour monté sur son dos, ensemble, deux sacs de blé dans son grenier), très aimé dans la ville, demande à conserver sa maison jusqu'à son décès. Il a dépensé une somme de 5,156 1. en objets ne pouvant s'enlever ; il offre un loyer de 355 1. Sa demande est agréée.

Conformément à la loi du 17 décembre 1791, tout

créancier de l'Etat, pour toucher sa créance quelle qu'en soit la cause, doit représenter au payeur un certificat prouvant qu'il habite l'empire français, et y a demeuré sans interruption pendant les six mois précédents.

D'après la loi du 8 avril 1792 sur les biens des émigrés, la municipalité est tenue d'envoyer au Directoire du district l'état des biens appartenant à des personnes qu'elle ne connaîtra pas pour être domiciliées actuellement dans le département, ainsi que des rentes, prestations et autres redevances qui leur sont dues.

Sur un registre, on inscrira le domicile des disparus en 1789, ayant abandonné leur domicile depuis la Révolution.

Un garde national de l'Aisne, de passage dans la ville, n'a pu être logé chez M. Reviers absent ; le sieur Reviers n'a pas d'autre habitation dans le royaume ; il est donc notoire qu'il est émigré et il est taxé à 3 1. pour sa contribution dans le logement de la garde nationale..

Le sieur Brouilhet, dit la Carrière, demande à être rayé de la liste des émigrés ; il a produit à Metz un certificat d'un médecin de Mayence ; il n'est sorti du royaume que pour cause de maladie.

La demande n'est pas admise ; M. Brouilhet aurait, avant son départ, exhibé les ordonnances de médecins de Chartres lui prescrivant les eaux sulfureuses de Weilbach ; d^ailleurs la loi ne porte pas d'exception en faveur des personnes malades. Il habitait Chartres ; toute sa famille a comme lui quitté le royaume dans le même temps ; il sera donc regardé comme émigré, et les oppositions faites par la municipalité entre les mains de ses fermiers doivent, subsister et ses biens être séquestrés, «

6,350 liv.

diable les aristocrates. Il se tenait debout sur la croix sans le secours de ses mains, se couchait par le travers de cette croix et se suspendait par les pieds, la tête en bas.

» Malgré cet exploit de l'intrépide charpentier, son nom n*est pas resté pour l'avenir. »

Finances, travaux. — L'Assemblée nationale avait donné à la Commune la somme de 6,350 1. pour être employée à des travaux de charité ; les travaux furent distribués de la manière suivante :

Achèvement du chemin de la Croix-Thi- \

bault. 1,200 1.

Nivellement du chemin de la Courtille à

la place des Epars 1,200

Repavage du faubourg Saint-Jean. . . 600 Rechargement du nouveau chemin de

Maînvilliers. 150

Rechargement du chemin de Chartres

à Saint-Prest 300

Accotements de l'entrée du chemin de

Bonneval 500

Confection des chemins de communication de Nicochet au faubourg Saint-

Brice 2,400

Comme innovation, toutes les maisons de Chartres viennent d'être numérotées.

« De faux billets de confiance de la caisse patriotique ont été mis en circulation ; ils sont de 20 sols, 30 sols, les uns jaunes, les autres verts. 11 en a été très peu tiré, explique M. le conseiller Denis; de plus, la source de ces billets faux a été trouvée ; la plupart ont été saisis et rapportés.

« Au commencement de Tannée 1792, M. Meslier, trésorier de la commune, se plaint qu'on lui présente, pour le paiement des impositions, des billets de caisses patriotiques, de tous pays et surtout de Paris, et que le trésorier du district les refuse.

« On décide de les recevoir quand même, parce qu'il n'y

98 ASSLMULEE LBCISLiLTIVE

a pour ainsi dire pas d'autre monnaie en circulation, bien qu'il ait été émis le 9 janvier des billets municipaux de la caisse patriotique, pour 402,000 liv. en billets rouges de 6 iiv., bleus de 3 liv., verts de 1 liv. 10 sols, jaunes, 1 liv.

« C'était le l" février; seconde séance, le soir même; la fermentation est générale dans la ville ; les billets patriotiques des caisses Vitalis, Buquet, des filles Saint- Thomas et autres perdent depuis quelques jours la confiance du peuple. Comme il n'y a pas de monnaie, le commerce s'arrête ; les percepteurs sont dans la dure nécessité d'abandonner leurs recouvrements.

Des députés iront porter les plaintes de la ville à l'Assemblée. »

« Il avait été dressé le 17 décembre 1791, l'état suivant de la caisse de la commune :

)< Revenu ordinaire:

Recette depuis le 22 février 1790. . . . 83,1741. 3s4d 1/16 des biens nationaux 136,223 7 4

219,397 8 » Dépenses;

Par la municipalité. . 123,9001.1s 5dl

Sur le compte des biens l 146,141 9 4

nationaux 22,241 7 11 1

» Reste en caisse 73,2561. Is4d

« Le 30 avril, le trésorier Meslier présente l'état sommaire de la caisse municipale et on arrive à classer les dettes passives, les créances actives et les ressources de toutes espèces,

M Le produit annuel des biens fonds, rentes et redevances,

s'élève à la somme de 1,335 liv. 7 s. 7 d. : l'hâtel commun

fort ancien, en mauvais état, ne rapporte aucune location.

Les droits d'octroi sur les vins, boissons, objets de com-

■ce, s'élevaient à 43,262 Hv. 10 s. ; ils n'existent plus depuis

" mai 1791.

Il est dû à divers la somme de 30,1 18 liv., rapportant les irages de 602 1. 7 s, 3 d. Parmi ces dettes passives, nous

ASSEMBLÉE LEGISLAtlVE 97

citerons celle en faveur du sieur Boutru et dont la demoiselle Daidé est usufruitière de 2,500 liv., suivant contrat devant Bouvart le 19 avril 1639, rapportant 50 liv. Tannée, soit 2 0/0; celle de 700 liv. à la succession Gérard Goault, suivant acte devant Cornu le 14 décembre 1743, rapportant 14 liv. Le nombre des créances est de treize.

« Puis les emprunts pour remboursements de dettes anciennes, liquidées par l'arrêt du conseil du 14 janvier 1666, se montant à 26.280 liv. pour un revenu annuel de 525 liv. 12 sols ; en outre, 6,000 1. rapportant 120 1., dus aux chanoines de la Sainte-Chapelle de Paris, suivant contrat passé devant Langlois, notaire à Paris, le 29 août 1714.

« Le 26 juillet 1718, il avait été délibéré que des emprunts seraient faits au denier 24, pour rembourser des rentes anciennes; le total est de 33,3001iv. rapportant 6661. à Tannée.

« Ensuite des emprunts au denier 50, pour remboursement de rentes anciennes, créées à un taux plus onéreux, 44,500 liv. pour un produit annuel de 890 liv.

« 42,300 1. d'emprunts au denier 25, rapportant 1692 liv. pour remboursement de dettes anciennes créées au denier

« Un emprunt de 1,000 liv. pour paiement de francs fiefs; des emprunts pour paiements d'offices municipaux en 1709, 1733 et 1771, s'élevant à 21,000 1., d'un revenu de 858 1. ;

« A partir de l'emprunt de 6,000 1. du 6 mars 1736, le revenu est de 5 0/0.

» Pour l'acquisition des casernes, on emprunte 8,000 liv. d'un revenu de 355 1. ; pour le pont de la Courtille, 8,050 1. rapportant 358 liv.

» 11 est dû pour travaux depuis le 17 mars 1782, 4,000 1. rapportant 5 0/0 au sieur Desvreux.

» La municipalité paie annuellement, en quinze parties diflFérentes, 27 1. 2 s. 8 d. de cens et rentes ci-devant foncières.

» Toutes les rentes créées avant 1720 ont été réduites au denier 50.

)> Les dépenses annuelles à la charge de la commune

s'élèvent à 65,550 1. ; les ressources consistent dans le produit de ses propriétés qui est de 1,335 1. 7 s. 7 d. ; les deux sols pour livre sur les droits de patente, évalués à 1,2001. ; en tout 2,535 liv. 7 s. 7 d.

» Vient ensuite le seizième de la revente des biens nationaux ; l'Assemblée nationale a aliéné à la municipalité des domaines nationaux pour la somme de 9,635,726 1. 4 s. 9 d.; les reventes effectuées jusqu'au l»"^ avril 1792, à la requête de la municipalité, ont produit 14,889,580 1. 13 s. 3d. dont le seizième, payable en douze années, estde 930,5481. 15 s. 9 d. sur lequel il a déjà été touché 134,836 1. 4 s. 6 d.

» 11 existe une autre ressource dans les sols additionnels aux contributions ; on ne les proposera pas, le commerce ayant toujours été surchargé d'impôts. »

L'état présenté par le trésorier Meslier est approuvé par le conseil général.

Le revenu de l'octroi avait progressivement baissé. En 1789, le droit a produit 28,470 L 12 s. ; il n'a donné que 20,642 1. 18 sols en 1790.

» Les troubles, dit un conseiller, qui ont occasionné des » dépenses considérables et notamment l'indemnité accordée » aux boulangers, lors de la taxe du pain au-dessous du » prix du blé, ont réduit la caisse municipale à plus de » 40,0001. au-dessous de zéro. »

Prix divers, arts. — Un mandat de 6 1. 10 sous est fait au nom de la V^® Lefroy, concierge des prisons, pour pain et vin distribués aux prisonniers lors des réjouissances.

Le machiniste Fleury touche 4 1. 7 sols pour avoir servi le théâtre le jour de la représentation gratis.

Un abonnement d'un an est pris au Mercure Universel^ moyennant 54 1. 9 s. ; on quitte le Journal de Paris.

Les appointements de Henry, inspecteur des travaux de la ville, sont fixés à 500 liv. par an, comme ceux de l'archiviste.

Durand, imprimeur, pour impression de billets de confiance jusqu'à concurence de 300,000 liv., reçoit 603 liv.

AUabre, dominotier, pour avoir mis en couleur jaune, verte, bleue, et rouge, seize rames de papier patriotique, est réglé à 100. liv.

Bouley, portier, a gardé la caisse patriotique pendant 41 nuits, qui lui sont payées à raison de 12 sous Tune.

Merlin, trompette et aflicheur, reçoit 130 1. pour son année.

Il revient 42 1. au sonneur Vallois, pour sonnerie le jour de la bénédiction des drapeaux.

Le plombier Petey a fourni 1,674 livres de plomb converti en balles, à Tusage des canons ; il reçoit 8 sous 6 deniers la livre pesant.

La paille pour la caserne de cavalerie est payée 26 1. 10 sous le cent au sieur Salle ; Boulay, portier, pour avoir ouvert et fermé la porte de Saint-Jean pendant six mois^ reçoit 18 liv.

Il est accordé aux comédiens Tautorisation de donner des bals parés et masqués pendant les jours gras ; les jeudi, dimanche et mardi.

Aucun citoyen ne pourrra courir les rues, masqué ni déguisé, si ce n'est pour se rendre au bal et seulement après dix heures du soir, sous peine d'amende.

Il est donné au bénéfice des pauvres, une représentation de Semiramis, tragédie en cinq actes, suivie de Mélanie ou le Bon curé^ drame en trois actes.

Politique, Mairie, Terreur. -~ Des élections municipales ont lieu le 3 décembre 1792.

M. Afasson-Foreau obtient 195 voix sur 325 votants, comme maire; il refuse; le lendemain, le citoyen Jolly est élu par 157 votants sur 241.

Courtois Seresville devient procureur de la commune ; Pellerin fils, substitut.

Sont élus olliciers municipaux, les citoyens : Lion, Périer, notaires; Vallet-Boisseau, Pierre Borviile, Malin père, charcutier Denis, Saintot architecte, Coubré juge, DouUay épicier, Dufresnay marchand, Pillault homme de loi ;

Puis, vingt-quatre notables : Vitalis, Brazon, Boisseau notaire, Semen l'atné, Joliet, Chambrelte, Doullay-Chabin, Supersac, Philippe, Bonnié orfèvre, Duval Félix, Maras père, Coubré Saint-Loup, Martin épicier, le capitaine Fourré, Jacques Montéage, Prévoteau, Maugars avoué, Boutroue juge de paix, Breton-Jourdan, Robinet, Cheddé prêtre, Poulain juge, Peluche notaire.

Hoyau, secrétaire en chef; Lesage, secrétaire adjoint.

événements se précipitaient depuis quelques

tembre 1792, dès son entrée en session, laCon- 5 discussion, proclama l'abolition de la Royauté, a République existait depuis le 10 août. Puis

Louis XVI était jugé par la Convention et exécuté le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution, où l'échafaud se dressait près des débris de la statue de Louis XV.

La guerre avait été déclarée à l'Angleterre et à la Hollande, le 8 février; toute l'Europe était contre nous, seuls les petits États avaient conservé la neutralité. 11 n'y avait plus qu'une ennemie, la Révolution!

Les armées françaises, successivement refoulées à notre frontière, la consternation devint générale. Une taxe de guerre fut mise sur les riches, proportionnellement aux fortunes, et une levée de 300,000 hommes décrétée ; les citoyens Chasles et GeflFroy, députés à la Convention, arrivèrent à Chartres le 24 mars 1793 pour accélérer le recrutement pour l'armée.

Le tribunal révolutionnaire fut établi pour juger les conspirateurs, et le comité de salut public s'empara de la dictature.

Chacun s'empresse d'aider à l'équipement des volontaires ; le procureur Chevard donne un habit d'uniforme complet et deux paires de bas tricotés par sa femme et par sa fille; Sainsot oflFre un habit, une veste et un sabre ; Hoyau, secrétaire du conseil général, son sabre; Dreux, tailleur, la façon de quatre chemises, etc.

On supprime la musique de la garde nationale qui comprenait huit instrumentistes ; la dépense est considérable, elle n'est pas indispensable.

Un hôpital militaire de 400 lits est créé dans le bâtiment de Saint-Père; en faisant réparer un pavillon, il pourra contenir 100 lits de plus.

Une compagnie de gardes nationaux payés est formée dans chaque département ; un registre recevra les noms des citoyens connus pour leur civisme, qui voudraient y entrer.

La lutte entre la Gironde et la Montagne divisait la France en deux partis; plus de cinquante départements où l'agitation girondine s'était propagée, étaient soulevés contre Paris.

Les Nantais envoient une adresse à tous les départe-

102 lEPUILIQUE

méats ; la muDÏcipalité de Chartres répond par une lettre d'approbation.

11 n'est pas délibéré sur l'adresse des Bordelais, qui n'a pas UD «caractère assez authentique.

A rinsurrection du 2 juin, la Convention, entourée par 80,000 hommes poussés contre elle par la Commune de Paris, décrète, sur la motion de Marat (la Montagne seule vote), l'arrestation de deux ministres et de trente députés girondins.

La Gironde, suspendue et captive comme Louis XVI, n'avait plus qu'à attendre sa condamnation.

« Courtois, procureur de la commune de Chartres, demande qu'il soit fait une adresse à la Convention pour que les députés girondins arrêtés soient rendus à leurs fonctions ; il insiste pour dire que l'on ne recevra pas la Constitution si les députés ne sont pas jugés légalement; s'ils sont dépouillés du droit de concourir à sa confection.

«L'Assemblée repoussa ce projet, la loi défendant les pétitions par corporation. » C'était prudent, on risquait sa tête.

La Révolution cependant paraissait désespérée. Paris, avec quelques départements, luttait contre l'étranger et les trois quarts de la France; mais il avait l'unité et l'énergie; ses adversaires étaient divisés, incertains : Paris triompha sur tous les points. La répression fut terrible, les moyens odieux, mais l'unité française resta inébranlable.

Un exécuteur est installé dans le département, près des tribunaux criminels. Les juges devront opiner à haute voix et en public; les motifs de leurs jugements seront ainsi compris de tous.

Il y avait beaucoup de prisonniers de la guerre de la

Vendée, dont les échos retentirent jusqu'aux portes de

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