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C.hiirires. Le chirurgien Compain désigne deux des prison

les plus propres, afin de porter les remèdes et les

Ions.

. citoyens Bernard et Ganivet seuls, et non leurs garauront l'entrée de la prison pour raser les prisonniers; èteront le serment.

Le concierge Frain^ pourra fournir aux prisonniers ce dont ils auront besoin ; il sera obligé de se contenter d'un modique bénéfice pour ses peines et ses courses.

Toute personne attachée au service de la prison qui sera trouvée ivre, sera renvoyée sur le champ, sans retour, et remplacée.

Frain avait servi la patrie dans les armées pendant 27 ans ; il avait 4 enfants, il était sans ressources. Par un brevet du 31 juillet 1771, il avait le droit de porter comme marque distinctive les deux épées en sautoir, en médaillon placé à la boutonnière. Ayant obtenu son congé le 25 août 1792, il fut nommé peu après gardien des prisons.

Les prisonniers étaient bien traités et convenablement nourris.

C'est alors que furent suspendus de leurs fonctions les citoyens Bachelot, commissaire national. Lion et Denis, officiers municipaux, Deneuilly administrateur, Chevard pro- <3ureur syndic, Lesage secrétaire du district.

Un comité révolutionnaire est établi pour examiner la conduite des autres citoyens dénoncés, et Bachelot est arrêté par Crochard, notaire public.

Le 14 juillet 1793, Tacte constitutionnel, accepté par les citoyens de la commune, est proclamé à la porte de chacune des sections et sur la place de la Liberté. La société populaire des sans-culottes, invitée, assiste à la proclamation ; un grand nombre de citoyennes suivent le cortège. Cette Constitution avait été faite en huit jours.

Les marques de la royauté et de la féodalité doivent être détruites, suivant la loi. On enlèvera donc celles d'un basrelief du chœur de la cathédrale, qui représente le vœu de Louis XIII à la Vierge ; des précautions seront prises pour ne pas endommager la beauté de ce bas-relief.

A l'ouverture de la séance du corps municipal du 21 août, à onze heures du matin, il est donné lecture d'une dénonciation, faite au directoire du département par RuUier et Drouelle, membres députés de la société révolutionnaire, portant que, malgré les trois pétitions faites à la municipalité

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pour qu'il Boit fixé des heures de marchés, il n'a rien été fait. On demande la destitution de la municipalité.

Mais aucun membre du corps municipal n'a eu connaissance de ces trois pétitions ; elles n'ont pas été présentées; il n'existe que celle d'aujourd'hui, demandant d'établir dans les marchés des heures distinctes entre les revendeurs et les particuliers.

» Nous avons rempli notre devoir, s'écrie le citoyen JoUy, maire, notre conduite ne mérite par une dénonciation et une dénonciation aussi véhémente que celle qui vous a été adressée.

M Nous le voyons avec douleur, malgré tout notre zèle, malgré tout notre patriotisme, on essaie journellement de nous faire perdre la confiance publique et peut-être malheureusement y a-t-on déjà réussi, du moins vis à vis d'une partie de nos concitoyens. En vain, ferions-nous tout ce qui est en notre pouvoir pour opérer le bien, le peuple, prévenu par de fausses insinuations, persévérera dans les sentiments de défiance qui lui ont été suggérés.

)> C'est pourquoi, citoyens administrateurs, nous pensons que l'avantage du peuple exige, dans les circonstances actuelles, qu'il soit procédé à une rénovation totale de la municipalité.

a La destitution est une peine et nous ne l'avons pas méritée; mais demander notre rénovation est juste et convenable, car le peuple, maître de sa confiance, doit être dirigé et conduit par des magistrats qui la possèdent. »

Mais les dangers les plus grands menacent la République, à l'extérieur et en Vendée ; des proclamations sont adressées au peuple de Chartres par la commune :

» Citoyens,

u La Patrie appelle à son secours tous ceux de ses enfants qui peuvent la défendre par la force des armes.

u Levons-nous donc, levons-nous tous! »

convention venait de décréter la levée en masse du i français contre les ennemis de la République, compagnie de canonniers soldés est organisée; il

est formé un rôle de tous les habitants de la commune qui, âgés de seize ans jusqu^à soixante, sont en état de porter les armes. Des piques sont fabriquées sup un modèle venu de Paris. Le citoyen Compain, chirurgien, constatera Tétat des habitants de la commune, qui, faibles, infirmes ou difformes, ne peuvent servir utilement la République dans ses armées.

Les Girondins ou modérés avaient été anéantis, les rebelles de l'Eure et du Calvados détruits ; les villes de Lyon et de Toulon enlevées.

A Chartres, les biens de Lesage, de Pétion et de Hérisson sont confisqués ; des honneurs sont rendus à Marat, assassiné pour la cause de la liberté.

Le 10 septembre, le représentant Thirion remplace les magistrats qui ont perdu la confiance du peuple ; cet acte de rigueur donne une municipalité qui pourra réunir la confiance universelle.

L'appel des nouveaux membres élus constate la présence des citoyens : Delacroix, Boisseau, Rallier et Robinet, officiers municipaux ; Compain chirurgien, Jacob teinturier, Villette perruquier, Léotard tondeur, Thaboust et Sévin notables.

» Citoyens, dit le maire JoUy, la confiance publique vous appelle à des fonctions importantes ; je me flatte que vous les remplirez avec zèle et exactitude ; quant à moi, je vous demande aide et assistance, et surtout votre amitié. »

L'écusson du dessus de la porte principale de la maison commune sera transformé en un faisceau d'armes, jsurmonté du bonnet de la liberté. On abattra les deux rotules qui gâtent la lisse et les pilastres seront continués ; au-dessous, des tables en marbre porteront les inscriptions suivantes :

« République française, publicité, maison commune, responsabilité, unité, indivisibilité. »

Dans la cour, au-dessus de trois portes où étaient trois bustes détruits, il en sera posé trois autres en plâtre bronzé. Au milieu, celui de Brutus ; les autres, ceux de Dampierre et Pelletier Saint-Fargeau, député qui avait voté la mort du

Roi et qui fut tué dans un café du Palais-Royal par un ancien garde du corps, Tavant-veilie de l'exécution.

La société populaire demande le remplacement, par des femmes patriotes, des sœurs de THôtel-Dieu dont la conduite prouve évidemment les principes anti-civiques. Accordé.

Elle rappelle aussi que Ton doit observer le nouveau calendrier de Tère républicaine. L'an I*^ a commencé le 22 septembre 1792.

Aujourd'hui, le <lernier jour de la troisième décade du premier mois de Tan II, il y a fête ; les bureaux des administrations seront fermés et les citoyens sont aussi invités à fermer leurs boutiques.

Un courrier annonce que les rebelles de la Vendée ont été détruits par les troupes de la République ; des applaudissements et des cris de : Vive la République ! font rententir la salle.

Deux pièces de canon de la commune ont été perdues dans la guerre de Vendée ; une autre est partie et il n'en reste qu'une ; il en est demandé deux autres pour contenir les prisonniers de guerre qui, presque tous parlant le français, sont occupés aux travaux à une ou deux lieues de Chartres, ne rentrent pas au dépôt tous les jours et pourraient fomenter des troubles.

Il y en a douze cents ; 3 à 400 vont arriver peut-être ; il sera impossible de les loger ; on voudrait bien les envoyer ailleurs. Peu après 700 partirent pour le département de Seine-et-Oise, et l'arrivée de 10,000 hommes de l'armée du Nord fut annoncée.

Mais les rebelles qui avaient pris le Mans, ayant été repoussés par le général Westerman, les troupes du nord, qui venaient pour couvrir Chartres, devinrent inutiles.

Le 29 frimaire an II, une lettre du général Marceau, commandant en chef les armées de l'Ouest et de Brest, annonce que les rebelles ont subi au Mans un échec irréparable. Le département lui doit son salut ; mention honorable du courage et du zèle du républicain Marceau sera faite au procès-

verbal du conseil général ; une lettre lui est écrite pour le féliciter.

Une levée de six chevaux à fournir par canton pour Tarmée, avec les harnais, est ordonnée ; les chevaux seront amenés place de la Liberté pour être examinés ; un peu plus tard, une autre levée extraordinaire fut faite, avec menace en cas de retard, de destitution des municipalités.

Un atelier pour fabriquer les carabines devait être ouvert; il n'a pu l'être, faute d'ouvriers spéciaux; les citoyens qui ont des sabres de 32 pouces les déposent à la mairie pour le service des armées.

L'atelier de salpêtre établi par Delacroix, pharmacien, est en pleine activité ; il est déclaré atelier de la commune. Le citoyen Sellèque, agent du district, demande la réquisition des cendres des citoyens pour la fabrication du salpêtre ; sa proposition est rejetée ; on lui accorde seulement les eaux de lessives.

L'effort militaire avait été violent, l'ennemi était vaincu ; la Terreur commençait. La Reine Marie-Antoinette périt sur l'échafaud le 16 octobre; puis les Girondins furent menés au supplice le 31. Le duc d'Orléans, profondément dégoûté des hommes et des choses, alla à l'échafaud le 6 novembre, avec la plus complète indifférence.

Chartres ne vit pas une seule exécution ; les mauvais jours de la Terreur n'y furent pas souillés par le sang.

Plusieurs clubs s'étaient formés à Chartres ; les scellés sont posés sur la Chambre des Quatre-Vingt, située cloître Saint- Martin ; sur les autres sociétés aussi : chambres de la Pie, du Court-Bâton, etc. Un décret interdit les clubs et sociétés populaires de femmes.

Une invitation est faite aux citoyens de ne plus se servir d'hommes pour domestiques, à cause de l'égalité et de la dignité humaine.

Dans chaque paroisse, il ne doit plus y avoir qu'une cloche ; les autres seront descendues, entières ou par morceaux, pour faire des canons. La Vendée est détruite, la superstition anéantie ; il n'y aura plus de guerres de reli-

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gion. Il faut abattre les signes extérieurs du culte dominant, qui se trouvent sur les routes. Plus de croix ni de calvaires ; les arbres de la liberté resteront la seule indication pour les voyageurs.

Il est fait défense aux cartiers de vendre et débiter des cartes sur lesquelles se trouvent des signes de la royauté et de la féodalité.

A cause des guerres et de ragitation intérieure, à l'approche de l'hiver, les savoyards n'ont pas envoyé des ramoneurs comme d'habitude ; comme il pourrait se produire des incendies, les couvreurs sont réquisitionnés pour faire le ramonage.

Le 14 frimaire, an II (5 décembre 1793), le représentant Thirion nomme maire le citoyen Judel, président du département, à la place de Joly qui donne sa démission à cause de sa mauvaise santé. Les séances auront lieu les 4 et 9 de chaque décade, la permanence n'étant pas continuée.

Le Comité de Salut Public avait créé, auprès de chaque municipalité, la charge d'agent national qui remplaça le procureur. Nommé par le pouvoir central, il n'était pas ordinairement de la commune où il exerçait ses fonctions.

La Société populaire tyrannisait de plus en plus la municipalité qui n'osait guère résister ; elle dénonce un prêtre, pris comme commis à gages par le comité des subsistances, tandis qu'il y a tant de pères de famille qui ont besoin de vivre. Le cumul de deux traitements étant interdit, on retire la place au prêtre commis.

Les notables, en séance ou en commission, doivent porter en échappe un ruban tricolore ; les citoyens et citoyennes sont tenus de porter la cocarde nationale aux trois couleurs ; plusieurs habitants des campagnes viennent en ville aana *»n M,re décorés à leurs chapeaux, ou fa mettent dans ; ; la garde nationale les surveillera.

Bemier a été mise en prison, pour avoir attaché net une cocarde blanche ; elle l'a portée dans la ui a été considéré comme un signe de rébellion, connu qu'elle était atteinte de faiblesse et de folie

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religionnaire ; aujourd'hui, elle a recouvré sa raison et son bon sens ; elle est mise en liberté.

Le conventionnel Bentabol nomme notables, le 4 pluviôse an II (24 janvier 1794), Bouquin tonnelier, Aubert perruquier, Hache cafetier, Tiberius Horeau, ci-devant secrétaire de la municipalité.

Les bustes de Brutus, de Pelletier Saint-Fargeau et de Marat viennent d'arriver de Paris ; ils vont être placés dans la salle des séances publiques.

Le premier prairial an II, la Société populaire et révolutionnaire dénonce la Société dramatique qui, établie depuis trois mois, donne des représentations au profit des indigents.

On avait institué des concerts; mais, devenus froids, des scènes dramatiques furent inaugurées. La Société dramatique remplit le double but d'instruire le peuple et de soulager l'humanité ; elle est accusée de conserver des aristocrates parmi ses membres.

Le spectacle, ci-devant français, donne tous les derniers décadis un spectacle, de par et pour le peuple (gratis) ; les artistes dramatiques donneront, tous les décadis, des représentations uniquement pour le peuple.

Le citoyen Barré compose l'Opéra-comique : Arlequin afficheur ; dans l'interprétation, la citoyenne Meaucé, dans le rôle de Golombine, les citoyens Pellerin (Arlequin), Quevannes (Gilles), Petey (Cassandre), ont été excellents.

Dans le Tableau parlant^ la citoyenne Charles a rendu avec supériorité le rôle d'Isabelle, la citoyenne Dutillet, celui de Golombine, avec une finesse incroyable, le citoyen Montainville a joué le Pierrot dans la perfection. Un orchestre d'amateurs a exécuté des airs analogues et patriotiques.

La Société des arts comprend 28 hommes : Petey, Montfort, Quevannes, Masson, Guillard, Delacroix, Gastelet, exprétre, mais marié, Montainville, Pottier, etc.

18 femmes : les citoyennes Meaucé, Golin, Foissy, Sellèque, Reverdy, etc.

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10 musiciens : Dupont, Cantin, Compain, Sellèque, Doineau, etc.

« Pourquoi, s'écrie le procureur, les sans-culottes n'ont-ils pas dénoncé les gens suspects de la Société des arts ; trois membres du comité révolutionnaire, Loiseau, Pottier,Villette, en font partie. Sont-ils donc aussi des aristocrates ?

» On a même jeté de la défaveur sur les mœurs de la Société ; on en veut à deux ou trois fonctionnaires publics. »

Les représentations ont été suspendues provisoirement ; la Société populaire veut épurer la Société des arts. Le conseil général a sous sa surveillance les acteurs et les pièces : c'est à lui de prononcer.

La Société réorganisée, après quelques exclusions, resta sous la surveillance du conseil général ; elle a le triple but d'amuser, d'instruire et de soulager ; les membres sont invités à se tutoyer entre eux.

Les institutrices des enfants de la Nation sont tenues de mener une portion des enfants à la salle de spectacle, les jours où l'on jouera de par et pour le peuple.

La foire des barricades étant prochaine, le prix des boutiques, qui n'a pas varié depuis cinq ans, tandis que les journées et les matériaux ont augmenté, doit être revisé. Les boutiques sont portées de 32 à 40 sols le pied pour l'allée horzaine ; celles de l'allée pavée et de l'allée Chartraine, de 31 à 36 sols.

En prévision de la foire, il est mis en réquisition 1,500 minots d'avoine.

A la fin de ventôse, une adresse est envoyée à la

Convention sur le bonheur qu'elle a eu de déjouer la conjuration tramée contre le peuple français, en la personne de ses représentants.

Hébert et ses partisans, signalés par leurs atrocités, sont arrêtés et exécutés le 24 mars 1794 ; le 5 avril, les modérés du Comité, Danton, Desmoulins, etc., subissent le même sort.

Robespierre est vainqueur; personne ne peut résister; c'est la dictature de la Terreur qui écrase tous les partis.

RBPUBLIQUB ili

Le Comité a fait cesser l'anarchie par sa vigilance et sa vigueur ; Robespierre, Couthon, Saint-Just, deviennent de véritables triumvirs ; le pouvoir leur appartient sans conteste.

En remplacement de trois officiers municipaux empri-* sonnés, les trois notables Semen Falné, Chambrette et DouUay-Ghabin prennent provisoirement leurs places; Coubré fera fonction de substitut.

Sont passibles de la peine de mort les geôliers et gardiens convaincus d'avoir favorisé l'évasion de prisonniers ; il vient de s'évader plusieurs détenus de la prison des Carmélites ; les gardiens, Heurtault et Cantro, sont arrêtés, ainsi que seize autres qui étaient de garde la nuit de l'évasion.

On fait clore les lieux de dépôt des canons, boucher les issues ; on craint que les déserteurs prussiens ne les enlèvent.

Frain, concierge des prisons, demande un supplément pour un détenu qui est un très fort mangeur et un grand preneur de tabac. Accordé.

Le conseil donne à la citoyenne Marceau l'autorisation d'échanger son prénom en celui d'Emira.

Des événements graves se préparaient. Robespierre, Couthon et Saint-Just voulaient marquer un but à la Révolution; le gouvernement révolutionnaire devait prendre fin, et la religion universelle de la nature fut créée. La Convention vota des fêtes à la liberté, à la justice, au genre humain ; elle proclama de nouveau la liberté des cultes, et décréta que le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme.

Dans une fête de l'Etre Suprême, le 20 prairial (8 juin 1794), Robespierre, président de la Convention, joua avec orgueil et exaltation le rôle de Grand prêtre. Ses ennemis, voyant poindre la dictature, jurèrent sa perte.

On avait déjà, lors de l'inauguration des bustes des

hommes célèbres, placés par la Société populaire dans la salle de ses séances, donné une fête au Temple de la Raison

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(cathédrale) ; les violons furent fournis par le conseil général et des danses s^organisërent dans le Temple.

Le citoyen Girouard, chirurgien, obtient de lire, un jour de décadi, un discours au Temple de la Raison ; sa proposition avait été acceptée avec plaisir, après examen toutefois du discours.

Une gratification est accordée aux citoyens couvreurs qui ont descendu les croix des clochers, à cause du risque qu'ils ont couru.

Les fêtes du 14 juillet 1789, du 10 août 1792, du 21 janvier et du 31 mai 1793, seront célébrées tous les ans ; on doit se livrer à la joie et au plaisir, ne faire aucun travail ; le corps municipal ira au Temple rendre grâce à TEternel du bonheur qui a été la suite de ces journées.

Mais on élevait la Montagne, symbole de la liberté; la Convention avait refusé la somme de 40,000 1. demandée pour cet objet, et la Ville obérée, ne pouvait achever les travaux pour la fête de TEternel. Il est fait appel aux citoyens ; la dépense sera réduite ; la Société populaire est consultée. Le mariage des filles à la fête sera seulement conditionnel, c'est-à-dire qu'on les dotera, s'il y a du surplus, sur les fonds provenant de la générosité des citoyens.

Il n'a pas été fait de devis, les mémoires des ouvriers sont exagérés ; de plus, un arc de triomphe a été monté sur la place d'Armes, l'argent manque ; il y a lieu d'aviser.

La population, remplie d'enthousiasme, se met à la besogne ; la montagne a 63 pieds d'élévation, 240 de circonférence ; elle est revêtue de gazon et couverte d'arbustes verdoyants. La plaie-forme a 61 pieds de longueur, 40 de largeur et 25 de hauteur; la colonne, 28 pieds; le gradin, 7; le vase antique, 9 pieds.

On compte 192 toises cubes de terrasse, 30 toises cubes de maçonnerie.

Cet ouvrage de six mois fut terminé sous l'inspection des citoyens : Sainsot, Nancy, Quevannes et Villain, par les habitants de tout sexe, de toute condition, en seize jours et une nuit.

La fête de TEtre Suprême attira une foule immense.

Le citoyen Dhuit envoie deux pièces de vers intitulées : Ode et Hymnes^ pour être lues à la fête de l'Etre Suprême. Mais après la lecture de TOrfe, en séance, on ne se soucie guère d'entendre V Hymne ; aussi, au quart de la pièce, fatigué du peu d'harmonie qui y règne, les membres du conseil font suspendre la lecture; il fut seulement fait mention du zèle du citoyen Dhuit.

Une pierre des décombres de la Bastille est offerte à la municipalité ; on élèvera dessus une colonne sur laquelle on écrira les noms des braves défenseurs de la Patrie, nés dans la commune, morts pour elle. Le projet tut ajourné, puis abandonné.

Robespierre, après un échec subi à la Convention,

se retira du Comité et resta pendant quarante jours totalement étranger aux actes du Gouvernement ; ce fut l'époque de la grande Terreur. On traduisait devant le tribunal révolutionnaire de Paris 50 à 60 personnes par jour ; toutes étaient condamnées et exécutées le jour même.

Le nombre des condamnés, du 10 mars 1793 au 10 juin 1794, avait été de 1,269; du 10 juin au 27 juillet 1794 (9 thermidor), il s'éleva à 1,400 ; ce qui porte à 2,669 le total des victimes du tribunal révolutionnaire.

Le 9 thermidor, an II, Robespierre, Couthon, Saint-Just, montent à leur tour à l'échaufaud ainsi qu'un grand nombre de leurs partisans ; les prisons de Paris sont ouvertes ; 10,000 détenus sont mis en liberté. Cette révolution mettait fin à la Terreur et à la dictature.

Finances, prix, arts. — Le relevé de la dette de la ville la porte à la somme de 224,548 1., produisant à différents taux 6,286 1. 19 sols 3 deniers de rentes annuelles.

En messidor, an II, la caisse municipale ne contient plus

que 1,242 1. ; le trésorier Merlier présente le tableau des

recettes et dépenses des dernières années :

En 1789 :

Recettes . 145,215. 9. 5.) ,.^. . ,

Dépenses. 143,192. 7. i.| d^ff^^^ence active . 2,022. 2.4.

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lité dans les circonstances difliciles ; sa détention n'a d'autre cause que son refus de prêter serment; il n'y a jamais eu contre lui le moindre reproche en matière politique ; le local des Jacobins pouvant d'ailleurs à peine suflîre à contenir les prêtres qui y sont enfermés, Mitoufllet est autorisé à rester chez lui prisonnier sur parole. »

Il est alloué à Bouvier, meunier des Graviers, la somme de 76 liv. pour la mouture de 19 sacs de farine pesant chacun 320 livres, à raison de 4 liv. le sac. Des sommes considérables sont dépensées pour les canons, les armes, les munitions ; les citoyens Hezard et Baret, après adjudication, ont la fourniture de 50 piques à raison de 6 liv. 15 sols l'une.

Sully, grand maître de l'artillerie sous Henri IV, avait fait installer six canons dans une cour du château de Villebon ; la marquise de l'Aubespine, sa descendante, habitant le château à la Révolution, avait jugé prudent de les offrir à la municipalité de Chartres, qui envoya à la citoyenne Laubespine un reçu du don en bonne et due forme.

« La troupe de comédie jouait très souvent. Le 20 décembre 1792, les comédiens de la nation donnent la première représentation de Caius Gracchus^ tragédie nouvelle, analogue aux circonstances, du citoyen Chenier.

On s'amusait bien aussi ; les musiciens donnèrent au carnaval trois bals parés ; il était défendu de se masquer.

Guillard, auteur d'un opéra en. deux actes, intitulé : Miltiade à Marathon^ en fait hommage au conseil général qui l'accepte.

Un concert au prcrfît des pauvres était donné tous les mois; il n'a pu avoir lieu en frimaire parce que les commissaires avaient cru apercevoir Coblenz en voyant la réunion des artistes amateurs ; il est reporté au mois suivant.

Les jours des ci-devant fêtes et dimanches, un grand nombre de citoyens se rassemblent pour danser au grand jardin : les jours de décade, au contraire, on affecte de ne pas danser. Les maîtres de danse sont invités à ne pas jouer aux anciens jours.

1lt> BKPOBLIQUE

Religion, pension des prêtres. Culte de la Raison, Etre sq-

préme. — Il fut conservé un seul cimetière pour toute la population ; il devra être agrandi. Le nombre de décès est de 423 par an en moyenne ; chaque corps exige une toise, et comme, au dire des médecins, la consommation des corps demande cinq années, la superficie doit être cinq fois plus grande.

Gaillard chantre, Macé basse-contre et musicien. Caillot musicien, occupés à la cathédrale depuis quinze ou vingt ans, demandent le règlement de leurs pensions, suivant la loi du 1"' juillet 1792. Un avis favorable est donné.

11 en est de même pour Louise Bruneau, âgée de 72 ans, qui a été tourière des carmélites pendant 47 ans ; de plus, elle est aveugle.

Prota, âgé de 80 ans, organiste de la cathédrale depuis "'' , aura une retraite de t,0ti3 1. égale à son traitement

lusique de la cathédrale avait été supprimée ; on la ça par six chantres à 700 1. chacun par an, quatre !s pour les inhumations à75 1., deux serpents à 3001. . Le porte croix recevra 200 1., quatre enfants de

chacun 150 1., un organiste 600 1.

uisse est payé 600 1. ; il sera habillé tous les deux : qui correspond à 100 1. par an. Trois bedeaux porte '.y chacun 300 I., un maître sonneur à 600 1. couchera her; etc.

laison des Jacobins est alors désignée pour recevoir lésiastiques vieux et infirmes, exempts de la dépor-

en même temps, un décret du 27 juin avait déclaré

traitement des ecclésiastiques fait partie de la dette

le.

te, ex-desservant de Chartainvilliers, Esnault, prêtre,

avaux, ex-doyen de Nogent, Lepage, ex-chanoine de

'iat, etc., reçoivent des pensions alimentaires insaisis-

de 400 1.

el Lalande, maître de musique, déclarant avoir un

de :t(M) 1. obtient 100 1. de pension.

RÉPUBLIQUE il7

Le 19 brumaire an II, la statue de la Vierge au pilier est enlevée de la cathédrale.

La détresse de la commune se montre à l'approche de rhiver ; dès le mois de septembre, on propose pour la combattre de vendre les diamants et pierres précieuses entassées autour d\m reliquaire de la cathédrale.

» La sainteté de ce reliquaire, doit consister bien moins, » dit le procureur, dans l'éclat mondain qui l'environne que » dans les dépouilles sacrées qu'il renferme.

» Avant d'avoir du luxe, il faut payer ses dettes ; avant » de se montrer brillant et somptlieux, il faut être au-des- » sus de ses affaires. L'entretien de la cathédrale est fort » coûteux, les ressources sont insuffisantes, la Convention a » fait enlever pour le muséum national tous les objets » dignes d'y entrer; le reste doit servira nos besoins pres- » sants. »

La vente sera faite à Paris, où il y a plus de chance de trouver des amateurs pour ces objets.

Quelque temps après, dans une autre séance :

« Déjà, dit le procureur de la commune, la philosophie a fait un tel progrès dans les esprits que l'évéque de Paris, Godel, et onze de ses grands vicaires, ont fait à la Convention abjuration des dogmes de la religion; ils ont fait serment de ne prêcher à l'avenir que la morale universelle, la liberté et l'égalité. »

On ne laissera pas subsister des noms de saints ni d'autres qui rappellent l'ancienne féodalité, pour indiquer les noms des rues.

Un registre est ouvert, où tous les prêtres de quelque culte que ce soit, qui voudraient renoncer à leur métier de charlatan, seront invités à venir inscrire leur abjuration.

Les vieillards de l'hôpital, pour être reconnus, portent une croix ; cette croix est supprimée ; sur leurs vêtements sera apparente une inscription ainsi conçue « La République française honore le malheur. »

Dans un discours prononcé le 25 brumaire, an II, le procureur de la commune s'exprime ainsi :

118 nEPunLiQUB

« Citoyens, H La Révolution a fait depuis quelque temps des progrès dont la rapidité semble inconcevable, et la raison publique a franchi en un moment un intervalle immense. Tel est l'efTet de l'instruction et de la liberté, des vérités que la philosophie hésitait encoreâproclamer, dans la crainte quela croûte des préjugés ne fut pas encore suifisamment dissipée pour tous.

» Les yeux ont tout à coup vu le jour et leur effet a été aussi prompt que la foudre; le voile a été complètement décliiré et ropinion publique a défînitivement prononcé.

» Déjà un grand nombre de prêtres du culte catholique, secouant un reste de respect humain qui seul les faisait encore un peu balancer, se rendent à votre invitation, vous ont apporté leur abjuration solennelle des fonctions abusives qu'ils avaient jusqu'alors occupées,

» Bientôt, il n'en restera plus, sinon quelques Imbéciles qu'il faut plaindre ou quelques fanatiques qu'il faut réprimer.

» Il est temps de faire du Temple magnifique que nous idons le temple de la Raison et des vertus républis.

e propose que tous les objets servant au culte romain, lusses, reliques et autres objets précieux soient voitu- Paris et déposés dans le sein de la Convention natioet que les débris de la Vierge, des saints d'argent, des nents y soient pareillement portés.

)ue cet édifice si beau soit conservé pour y célébrer âtes publiques, surtout les jours de repos, hie les figures colossales de l'Egalité, de la Liberté, Raison soient placées sous les voûtes.

)ue les musiciensychantent chaque décade deshymnes iberté. »

Tgue étant l'instrument le plus propre à contribuer à t d'une fête dans un édifice aussivasle, il est conservé, i citoyens Prola et Martin, articles en ce genre, seront 'S à toucher de cet instrument tous les décadis.

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Le 4 nivôse, le conventionnel Sergent, propose de conserver ce monument, de ne rien détruire des morceaux d'architecture qu'il importe de conserver à la postérité.

Il ajoute : « Quant à la figure de T Assomption (vieux style) » il faut appeler le sculpteur qui Ta formée pour y faire les » changements nécessaires, et n'en confier le soin, à son >j refus, qu'à un habile homme. Ce morceau doit être res- » pecté par tous les hommes médiocres qui voudraient, » disons mieux, qui oseraient y toucher.

» Songez qu'il appartient à la République, qu'elle a inté- » rêt qu'il reste sans tache et qu'un ignorant lui pterait son » prix. »

Le personnel du temple de la Raison, sera conservé ; le suisse, non. Les citoyens n'Ant pas besoin d'être surveillés ; leurs mœurs, leur conduite et l'intention qu'ils ont en allant au temple de la Raison les met au-dessus de toute surveillance.

II est défendu à l'avenir de traverser le temple dédié à l'Eternel avec des charges de paille ; on n'y fera plus l'exercice ni aucune autre œuvre qui ne ressente pas la majesté d'un lieu aussi respectable.

L'évéque assermenté, M. Bonnet mourut le 11 novembre 1793, avant d'avoir vu la destination nouvelle de la cathédrale.

L'inauguration du temple de la Raison eut lieu le 15 novembre, par une cérémonie civique. Une montagne symbolique de 27 pieds s'élevait au milieu du sanctuaire ; au sommet apparaissait la statue de la Raison appuyée contre un chêne ; sur la plus haute branche de ce chêne perchait un coq, tenant dans son bec un ruban tricolore.

Un drame mêlé de musique, intitulé Za Raison victorieuse du Fanatisme^ fut joué et un discours du conventionnel Thirion termina la séance.

Les paroisses et oratoires seront fermés ; dans une fête qui sera célébrée le décadi 30 brumaire, en l'honneur de la Raison et de la Liberté, un discours moral et patriotique sera prononcé ; des chants républicains, mêlés au son de

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la musique, en composeront l'enBemble. Une fête aura lieu tous les décadis à 10 heures du matin.

On allait abattre l'église Sainte-Poy, lorsque le citoyen Malin, oflicier municipal, propose de la conserver pour y établir la salle de spectacle. Ce projet fut accepté.

Les prêtres qui n'ont pas fait le serment de liberté et d'égalité sont assimilés, par une loi, aux prêtres déportés; on dresse en même temps l'état du bien des émigrés et des prêtres déportés et celui de Brissot, de la V^° Lefebvre et de Boisguîllon, condamnés à la peine de mort par le tribunal révolutionnaire.

Le 19 brumaire de l'an II, le citoyen Bouteillier prononce un grand discours au club révolutionnaire des sans-culottes de Chartres. « L'institution nuisible au genre humain, ditil, qui mérite aujourd'hui d'être anéantie, est sans contredit celle des religions.

» Il ne doit rester que le sentiment d'admiration et d'adoration pour l'Être suprême, éternel et inconcevable auteur et souverain de la nature, ou la nature elle-même de qui nous tenons l'existence. Être infiniment grand dont la puissance de la majesté sont inscrites aux voûtes du firmament; Être essentiellement bon qui, s'il créa les êtres, ne les fit point pour leur malheur et leurs tourments.

n Citoyens, s'écrie-t-il, les papiers publics nous ont appris ce matin que l'évëque de Paris et tout son état-major, les évéques de Rennes, d'Evreux,etc., ont déclaré, en présence des représentants du peuple, qu'ils renonçaient au métier de prêtre. Je voudrais que dans le département d'Eure-et- Loir, l'évëque et tous ses vicaires fussent les premiers à imiter cette démarche commandée impérieusement par la philosophie et la raison.

» Je déclare, citoyens, en présence de tout le peuple qui m'entend, que je renonce aussi au métier de prêtre... »

La fête du décadi 30 vendémaire, se ressentit des évéits ; le citoyen Marie la raconte en ces termes : peine sortis de la longue stupeur où nous avait plongés ession du vizir Robespierre, les oreilles encore pleines

des mots horribles^ suspects, arrestation, terreur et guillo" tincy nos cœurs avaient besoin de s'ouvrir aux doux sentiments de la fraternité, de Tunion chérie.

» Cette fête avait à nous dédommager de trois longs mois d'alarmes et de compression...

» Le palladium de la liberté, le levier de la Révolution, les suppléants de la magistrature, les dépositaires de Topinion publique, en un mot les membres de la société populaire, bientôt régénérée, marchent sur Tétendard qui a remplacé celui dont la date rappelait une alliance monstrueuse du vice et de la vertu, de l'antropophagie et de la philantropie.

» La marche est fermée par la masse toujours pure, toujours incorruptible du peuple. »

La société des arts qui avait été proscrite, reprit ses représentations ; en moins de quinze jours, plus de dix pièces furent montées, apprises, répétées et jouées avec succès.

Grains, vivres, maximum. Conmierce. — Le 3 octobre 1792, il est fait un recensement des grains chez les marchands de blé et tous autres citoyens : les commissaires nommés à cet effet sont MM. Chenard, Peluche, Lion, Malin, Aillet, Chasles, Marie, Pichot-Duval, Garnier, Brazon, Levassor.

Mais des troubles sérieux se manifestaient dans les marchés ; on voulait taxer le grain et les autres denrées ; ces troubles effrayants déjà dans les contrées deTouest, devinrent inquiétants dans divers cantons du département.

Les municipalités étaient forcées de taxer le pain ; l'insurrection environnait Chartres presque de toutes parts. A Brou, Chàteauneuf, Courville le grain et le pain furent taxés par force.

Le 29 novembre, à Courville, des brigands arrivent de tous côtés ; par leurs menaces et la crainte du pillage, ils forcent les meilleurs citoyens du canton de se transporter sous les murs de Chartres avec des fusils, des sabres, des épées, des bâtons, des fourches et autres instruments.

C'est la seconde fois que le rassemblement, devenu for-

Les frais de mouture étant payés au moins par les gruaux, la dépense d'un jour, au prix du sac de 51 1. onze sols, est de 3,093 1. ; celle d'un mois de 92,790 1., quantité qu'il est nécessaire d'avoir à l'avance.

Comment trouver les fonds ? les frais d'intérêt et de magasin seront de 5,940 1. à l'année ; la manipulation du boulanger revient à 6 1. Le sac de farine produira 49 pains de 9 1. ; chaque pain jaunet de 9 livres devra donc être vendu 23 sous 7 deniers, ou 2 sols 6 deniers la livre.

Les boulangers devront payer la farine au comptant, ou remettre un cautionnement. Pour se procurer les fonds, il sera fait une souscription, et en même temps un emprunt de cent mille livres, remboursable en dix années.

La misère était grande, la question des grains, des denrées, devenait redoutable; le blé valait 32 1. le setier; une loi de juillet 1793 ordonnait bien aux citoyens de déclarer leurs grains ; un petit nombre seulement l'avait fait.

En exécution de cette loi, le département d'Eure-et- Loir, par un arrêté, fixe le maximum du prix du blé à 13 1., du blé méteil à 101. 10 sous le quintal de cent livres ; le prix du sac de farine, du poids de 325 livres (sac compris), est fixé à 52 1. Par suite, le Conseil général de la commune taxe le pain jaunet à une livre quatre sols les neuf livres pesant. Ce qui remet la livre de pain à 2 sols 8 deniers.

Un décret est pris contre les accapareurs le 28 juillet : il est aussitôt publié à son de tambour dans tous les carrefours de la commune ; les déclarations contre eux seront reçues par Duquesnay.

Pour la sûreté des magasins à blé de l'armée, il est fait de fréquentes patrouilles.

Sur la demande du club révolutionnaire, il est défendu aux boulangers de la ville de vendre du pain aux habitants des campagnes. A ce moment, au mois d'août, la récolte est terminée et les paysans peuvent faire moudre leurs grains.

Une voiture de grains est arrêtée par le peuple dans le Grand- Faubourg ; on demande la confiscation et le partage

de ce blé passé en fraude. L'effervescence est telle que le voiturier est obligé de se cacher.

La voiture est amenée dans la cour de la maison commune ; ce blé a été acheté à Dammarie pour l'approvisionnement de Mortagne ; il ne sera pas confisqué, mais conservé pour Chartres en le payant sur le prix maximum fixé par la loi.

Une autre voiture de blé a été également arrêtée à Saint- Cheron; le peuple veut partager le grain. Mais l'acquit a été délivré par Aubert, maire de Sours, à Guérin laboureur ; la voiture contient douze setiers de blé froment, mesure de Gallardon ; ce blé est vendu pour l'approvisionnement de Paris.

L'arrestation faite par le peuple est illégale ; la population de Paris est immense, elle ne récolte rien ; le blé sera envoyé à destination.

Le maximum fut fixé pour les marchandises au prix de 1,790, auquel on ajoutait un tiers. L'assignat s'était un peu relevé, mais pas assez et, bien que la Beauce eut recueilli des grains en abondance, les marchés n'en recevaient pas à cause du maximum et Chartres se trouvait dans la plus grande disette.

Les marchands durent déclarer l'état de leurs magasins, s'approvisionner, vendre ; quiconque abandonnait son commerce était déclaré suspect; l'accaparement était puni de mort.

Le 23 août 1793, les citoyens Bataille, Jacob, et la citoyenne Leguay, au nom de la Société révolutionnaire, demandent qu'on poursuive les accapareurs ; la citoyenne Leguay veut qu'il soit fait des visites domiciliaires chez eux.

On répond qu'ils doivent être dénoncés d'abord ; qu'ils seront ensuite poursuivis par les tribunaux.

« Le corps municipal, dit le maire, ne néglige l'exécu- » tion d'aucune loi ; elle les met en activité, en ce qui le » concerne, sitôt qu'elles lui parviennent officiellement. »

La députation est invitée aux honneurs de la séance.

Le battage des grains est activé afin de les faire passer

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sur les derrières des armées ; des mesures sont prises pour éviter le pillage des blés à destination de Paris.

Plusieurs moulins étant réquisitionnés pour Paris, la municipalité est dans un grand embarras pour ses moutures de grains. Elle achète un moulin à bras ; les citoyens Malin, Vitalis et Prevoteau l'examinent; il ne peut* fonctionner utilement.

Le maximum s'applique au blé d'élite ; il faut empêcher les laboureurs de porter à ce prix des blés inférieurs ; on déterminera donc le maximum de chaque espèce de blé.

La viande aussi est hors de prix. La liberté du commerce n'est pas faite pour que les bouchers s'enrichissent aux dépens du peuple, en portant à un prix excessif et beaucoup au delà de sa vraie valeur, la viande de boucherie.

Des vaches, des veaux, des moutons, sont achetés et abattus ; on fait des essais ; le bénéfice est exorbitant ; il faut réprimer la cupidité des bouchers : la viande de vache est taxée à dix sous la livre, le veau à treize sous, le mouton à sept sols ; le bœuf avait été oublié, on le taxe à douze sols.

Mais dès le lendemain, les bouchers réclament ; ils le font en termes peu mesurés ; ils menacent de fermer boutique. Ils ont vendu à l'année, disent-ils, les peaux et les suifs ; ce qui a été vendu seize sols en vaut vingt-deux, ils demandent que le département résilie les marchés.

La conduite des bouchers est vivement improuvée ; l'inspecteur de police veillera à ce que l'on ne substitue pas de la viande de vache à celle de bœuf.

Les cordonniers aussi font des gains illicites ; ils vendent les souliers 18 et 20 livres ; il va être fait des essais.

Il faut aussi que la distribution du sel du grenier soit mieux réglée, car, depuis la liberté, des citoyens le vendent à la livre ; on en demande par semaine plus de 20 milliers, ce qui amènera la disparition de cette denrée de première nécessité après le grain.

Les prix maximum des avoines, orges, bois de chauffage, charbon, tourbe, houille, etc., sont fixés; pour les bois et

charbons, on ajoute un vingtième, en déduisant les ci-devant droits d'octroi, entrées ou autres ; le district établira le maximum ; la commune n'aura pas à s'en occuper pour les denrées de première nécessité.

Pour les salaires, gages, journées, on fixe le prix de 1790 et la moitié en sus. Il existe une différence entre les prix des hommes à la journée ; les hommes, en effet, sont égaux entre eux aux yeux de la loi, mais ne peuvent l'être en talent, ni en force, ni en activité. 11 y a aussi une différence de travail entre l'hiver et l'été pour l'extérieur. On suivra donc l'esprit, non la lettre du décret ; il a pour but de réprimer la cupidité des hommes qui, se fondant sur l'excessive cherté des denrées, demandent un prix exorbitant pour l'emploi de leur temps.

Les charpentiers en 1790 gagnaient 22 à 28 sols par jour ; ils auront 37 sous 6 deniers ; les charrons sont portés de 24 à 30 sols à 40 s. 6 d. ; les maçons, de 18 à 24 sous à 31 sols 6 deniers ; les jardiniers, de 25 sols à 37 s. 6 d. ; les menuisiers à 42 sols ; les journaliers et les manœuvres, de 12 à 16 sols à 21 s. Plus tard, le 22 brumaire an II, un arrêté définitif fut pris pour les maximum des journées, suivant les saisons d'été et d'hiver.

En été, les charpentiers gagneront 45 sols et en hiver 36 sous ; les maçons 42 et 35 s. 6 d. ; les menuisiers et les serruriers, 45 sols en toute saison ; les manœuvres 24 et 21 sols ; les charrons, par mois, 21 1. et 18.

Voilà que le savon manque ; on dresse un état de ce qui existe dans les magasins. C'est une denrée de première nécessité ; elle est d'une cherté excessive : le maximum est établi; à l'hôpital, il n'y pas quatre livres de savon ; le linge de la maison est sale ; 200 livres de savon lui sont attribuées ; il en faut aussi pour les établissements de charité.

Le citoyen Delacroix propose de fabriquer du savon à Chartres ; son offre est acceptée. Cependant quelques jours après il n'y a plus de savon ; plus de cent particuliers en réclament à grands cris; il n'en reste pas une livre.

Au nom de la fraternité, la ville de Marseille est invitée

à en envoyer 150 caisses ; en même temps, elle est aussi priée d'envoyer 30 pipes d'eau-de-vie qui est sur le point de manquer.

Il existe chez Levassor, épicier, 4,000 livres de sucre ; la municipalité le requiert et le fera distribuer pour les seules personnes malades. Les apothicaires ont été oubliés, ils protestent; on leur cède à chacun 50 livres de cassonnade.

Le suif ne pourra être vendu par les bouchers qu'aux fondeurs de la ville ; la pénurie s'en fait sentir ; on craint de ne plus trouver de chandelles pour les besoins indispensables ; il faut économiser celles qui ne servent que pour le plaisir et l'agrément. Défense est donc faite aux billardiers de donner à jouer à la lumière, ni à boire après huit heures du soir, sous peine d'amende.

Pour l'équipement des défenseurs de la patrie, la laine est réquisitionnée. 11 en est de même pour les cuirs, que l'on distribue aux cordonniers qui font des souliers pour l'armée. 150 cuirs forts sont achetés à Dreux au prix de 42 sols 6 deniers ; les détaillants auront droit à 10 7© de bénéfice. Le cuir devenant encore plus rare, les citoyens sont invités à se servir de sabots ; les cordonniers obtiennent une augmentation de prix ; les ouvriers sabotiers sont toujours prêts à s'en aller, à abandonner leurs patrons, ils demandent un salaire exorbitant ; on leur donne le maxi'^ mum, c'est-à-dire le salaire de 1790 avec moitié en plus.

Des commissaires sont envoyés à Saumur, Angers et Nantes pour acheter de la soie, du suif, de l'huile d'olive, de l'eau-de-vie, du sucre, de la cassonnade, etc., dont Chartres a un urgent besoin ; d'autres iront à Arras, Saint- Omer, Lille, pour acheter de l'huile de rabatte, de la filasse, des fils, des toiles, de l'huile blanche et de l'amidon.

Les suifs achetés à Saumur reviennent à vingt sols la livre ; la différence du suif fondu avec la chandelle fabriquée est de six sols la livre; afin de venir en aide aux consommateurs, le prix de la chandelle sera porté à 25 sols seulement la livre.

L'huile sera vendue 22 sols la livre.

Il cxÏHte chez les frères Jouin, déteous comme suspects, une grande quantitt'; de dindes; comme elle coûteraient fort t:\}v,r à nourrir, on les fait vendre aux enchères ; il faut HUpprimer les bouches inutiles.

La loi pour l'approvisionnement de Paris n'était pas ' ut^^e rigoureusement ; le ministre de l'intérieur rappelle aboureurs qu'ils doivent loumïr pour Paris des grains, Aon de douze quintaux (de 100 livres) par charrue. On ■ce de faire marcher partie de l'armée révolutionnaire l'exécution de la loi.

aac de farine de 320 livres est payé 58 I. 10 sols aux liers pour la fabrication du pain d'égalité, ci-devant ;t. Le pain doit être le même pour tous ; les boutandevront mélanger un sac de farine de qualité supérieure, e qualité inférieure et un autre de troisième qualité, faire le pain d'égalité. Une grande surveillance sera ;ée pour assurer l'exécution de cette mesure. Igré la disette, certains boulangers vendent encore letits pains d'une ou deux livres ; il leur est rappelé i ne doivent fabriquer que des pains de 9 livres et de [■es 1/2. Nouvelle défense leur est faite de vendre du aux étrangers de la commune, sous peine d'être déclauspects, traités comme tels et privés de l'usage de fours, isieurs furent condamnés à l'amende et à la prison.

Société populaire interdit la sortie de la commune une pâtisserie pour Paris ou ailleurs ; la chose est dis- I au conseil général. On se plaint à Paris que des com- ;s cm]>êchent le transport de beurre, œufs, gibier. Iles pour son approvisionnement ; la mesure sur la série sera peut-être mal interprétée par nos frères de . l'n membre propose d'écrire au maire de Paris à ce ; la responsabilité restera à la Société populaire. 179.'t, lettre du maire.

jB citoyen Judet, maire de Chartres au citoyen Pache, ire de Paris.

RÊFCBLIQUE it$

» La Société populaire des sans-culottes de Chartres, récla- » me contre Tenvoi des pâtés de cette ville à Paris pour » trois raisons.

» 1* les pâtés ne sont qu'à Tusage des riches.

» 2* ils enlèvent aux habitants de Chartres la meilleure fari- » ne et en assez grrande quantité.

» 3** les malveillants peuvent se servir de ce moyen pour correspondre entre eux, ou faire parvenir de l'argent où ils veulent.

« On croit que les pâtés ont servi à ce double usage. »

Le conseil général de la commune de Paris délibérant est d'avis « qu'il ne faudrait pas priver Paris de la ressource de ces pâtés, mais demander qu'il soient faits de farine ordinaire, conformément à la loi. »

Petit et Carouge, pain d'épiciers, obtiennent qu'il leur soit délivré au marché une mine de seigle ou blé méteil à chacun d'eux, par décade, pour leur profession.

Les pâtissiers ont consommé 27 sacs de farine en un mois, il ne leur en sera plus délivré que 15 sacs par mois ; on économise avec sévérité les approvisionnements de la commune. Plus tard, même, il fallut garder toute la farine blanche ; elle est nécessaire pour faire de la bouillie aux enfants, ou des remèdes aux malades. On la distribuera livre par livre aux citoyens qui en auront besoin.

Les meuniers ne rendent pas la farine comme ils devraient ; pour contenir leur avidité ou leur mauvaise volonté, les farines qui ne seront pas de la qualité requise seront confisquées. Les bluteaux doivent donner une farine d'égalité suivant la loi ; on met les scellés sur les anciens bluteaux qui ne doivent pas servir ; leur usage est interdit. La farine qui contiendra du son sera confisquée et le meunier poursuivi.

Les aubergistes et marchands de chevaux demandent une distribution plus équitable de l'avoine.

La culture sera requise de garnir les marchés; personne n'y vient par crainte du maximum. 11 ne sera plus délivré de blé de monée aux habitants qui devront se fournir de pain chez les boulangers.

Frain, concierge de la maison de justice, ne peut plus au prix où est la paille, la fournir à 18 deniers la botte aux détenus ; il lui est accordé de percevoir 6 deniers de plus par botte.

Un boucher, Touraille, veut quitter son commerce ; il prévient la municipalité trois mois à l'avance ; il devra être remplacé dans son étal par un autre citoyen ; fermer boutique, serait affamer le peuple. Plus tard, il obtint de quitter son métier, parce qu'il allait faire valoir des terres et qu'ainsi il contribuait encore à l'alimentation du peuple.

En ventôse an 11 (février 1794), on ne peut avoir de viande de boucherie ; elle est envoyée par les bouchers dans les grandes maisons ; il est question d'établir une boucherie patriotique.

A la Convention, il va être proposé un carême civique pour toute la République, vu la cherté de la viande ; l'établissement de la boucherie est ajourné.

La Société populaire voudrait qu'il fut interdit aux charcutier de fabriquer aucune viande hachée pour en faire des cervelats et des saucissons ; personne ne pourrait ainsi faire de provisions cachées ; le maximum est demandé sur ces produits.

En prairial (mai), l'état des grains de la commune indique qu'il reste 1,900 quintaux de blé et 474 sacs de farine. Il n'y en a que pour 18 à 20 jours, et encore on attend un passage de troupes. 11 faut prendre des mesures et réquisitionner dans les communes non affectées à la subsistance de Chartres ; un nouveau recensement des grains va être fait.

La Société populaire demande que les marchés soient

rendus libres; que les denrées des magasins soient vendues sur le champ. Une commission examinera le parti le plus convenable, le plus avantageux au public.

Les marchés furent libres le 1*"" fructidor an II (18 août 1794).

On veut relever l'industrie et le commerce, qui vont mal.

Il y a à Chartres 24 tanneurs, qui emploient journellement 80 ouvriers ; quand ils pouvaient plus facilement se procurer

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des marchandises en vert, ils en occupaient 150 et plus. La municipalité va faire venir des peaux en vert de bœufs, vaches, chevaux et veaux, et aussi de Thuile de poisson, du degras, de Talun.

L'industrie des bas et bonnetterie en laine, emploie beaucoup de femmes et d'enfants qui font à l'aiguille des bas, des gants, des chaussons, des mitaines et des renlures pour tous les âges ; il se fait aussi des bonnets de toutes grandeurs. Dans la commune et les environs, cette industrie occupe au moins 4.000 personnes.

11 reste très peu de laine. *

Paillard fabrique des siamoises et toiles, fil et coton ; il occupe 110 ouvriers, tant vieillards que femmes, enfants et estropiés. Le coton, la laine et des fils manquent, sinon il pourrait employer 300 ouvriers.

On propose le 19 floréal an II, l'établissement d'une fabrication d'étamines, propres au pavillon national. L'expér rience sera faite en fabriquant trois pièces dans le genre des échantillons proposés, après quoi un rapport sera déposé au district.

Le tribunal de commerce tenait ses audiences à la maison située près le cloître Saint-Martin ; il vient d'être installé, au premier étage, dans la grande cour des prisons de la république, place de la loyauté, à l'endroit où la ci-devant élection de Chartres siégeait.

Le commerce des bestiaux, considérable autrefois,

était bien diminué même avant la révolution ; il est encore singulièrement tombé depuis.

Pendant l'année 1793 (vieux style), iW été vendu dans les marchés et foires de Chartres : 1.600 chevaux, 3.500 bêtes à cornes, 190.000 moutons, 5.500 à 6.000 porcs.

A la foire de mai, qui a duré huit jours francs, la vente a été de 600 chevaux, 1.500 bêtes à cornes, 60.000 moutons, 1.000 porcs. A la Saint-Barthélémy, trois jours francs, 300 chevaux, 300 bêtes, 20.000 moutons ; à la Saint-André, un jour : 300 chevaux, 1.500 moutons, 500 porcs.

Il y a un marché considérable de moutons tous les jeudis

13â REPUBLIQUE

de juillet (vieux style) connus sous le nom de landis; il s'en est vendu 95,000.

Dans les autres marchés de Tannée, 400 chevaux, 1,700 bêtes et 4,500 porcs ont été vendus.

Le 1®' messidor an II (20 juin 1794) la municipalité

fixe les prix pour la moisson ; mesure d'une importance extrême cette année.

Les ouvriers seront payés pour la récolte à tant le setier ; en 1790, il y avait trois prix : le blé scié le plus bas, 7 liv. le setier, la moyenne hauteur 6, la hauteur ordinaire, cent sols ; le tout sans nourrir ; la faucherie 25 sols le setier.

La voiture était payée 6 sols le nombre, c'est-à-dire les douze gerbes, soit 6 liv. pour l'enlèvement de la récolte d'un setier qui comportait 20 nombres ; le loyer de la journée d'un cheval s'élevait à 25 sols.

Les bergers gagnaient en 1790 pour Tannée entière et nourris 150 livres ; ils auront ce salaire et moitié en plus, soit 225 livres

Les charretiers de labour, pour quatre mois de la Saint- Jean à la Toussaint, passent de 90 livres à 135 livres ; les servantes, pour quatre mois, de 12 écus à 54 livres ; les calvaniers et brocheteurs, de la première à la dernière gerbe, (environ six semaines) de 36 à 54 livres ; un tireur de gerbes, de 18 livres à 29.

Pour le fauchage, le fannage et le bottelage des foins ; le fauchage se fait à Tarpent de renommée, c'est-à-dire qu'un pré reconnu pour six arpents coûtait à faucher en 1790 trois livres Tarpent y compris le pourboire ; il est fixé à 4 I. 10 sous ; les fanneurs, de 10 à 12 sous par jour passent à 16 sous 6 deniers ; les botteleurs, de 9 à 10 sous passent à 15 sols ; le charroi de 20 sols du cent à une livre 10 sols.

Les prix des instruments sont augmentés dans la même proportion. De 5 1. en 1790 le corps de collier, les attelés seront de 7 1. 10 sols ; la selle de limon de 6 1. à 9 ; Tavaloire de 18 à 27 ; la souventrière de 3 1. à 4 ; la dossière de 121. à 18; la housse de 5 1. à 7 1. 10 sous ; les liens, traits et cordeaux de 14 sous à 21 sous la livre ; la faux de 3 1. à 41.

10 sous; la faucille de 25 sols à 37 sols 6 deniers; lejavellier de 40 à 50 sous passe à 3 1. 7 sols 6 deniers ; le fauchet de 5 sols à 6.

En année commune, il se vendait à Chartres 900 faux ; cette année, il en a été vendu seulement 70 ; il n'en reste pas. La moyenne pour les faucilles était de 2 à 3,000; avec ce qui reste et la vente de l'année courante, on ne dépasse pas 700.

Le 11 messidor, il est ordonné aux citoyens intra-muros de verser dans les vingt-quatre heures aux magasins de la commune, tous leurs grains et farines ; les citoyens cultivateurs extra-muros verseront l'excédent de leurs grains, n'en pouvant réserver au-delà de 40 1. par individu.

La population de Chartres est de 14,571 individus; le déficit est de 284,981 1. de blé : c'est cette quantité que l'on doit verser aux magasins pour assurer la subsistance de tous les habitants.

Politique, mairie, décadence des clubs. — L'agitation était fort vive à Chartres depuis quelque temps et une violente discussion s^engagea le 9 thermidor' au Conseil général, à propos d'une lettre par laquelle le citoyen Guillard demandait un certificat de bonne conduite depuis le commencement de la Révolution ; Hoyau, agent national, dit qu'il le lui accorde pour le temps où il était procureur de la commune ; le maire, Judel, fait la même affirmation.

Mais Supersac demande ce que Guillard allait faire à Paris. On ne sait rien de plus que ce que Hache a dit en rentrant de voyage.

Il lui est répondu que Guillard, dépêché à Paris, par le district, ne dépend pas de la municipalité.

Ghasles raconte qu'il a rencontrée Paris Guillard, Levassor, Hache et Marceau ; il a causé avec eux et divers représentants du peuple. Un soir à Paris, Guillard a voulu entraîner Loiseau et Hache au comité de la sûreté générale ; ils oot répondu que ce n'était pas leur mission.

Après des démentis fort énergiques de part et d'autre, Delacroix parle en ces termes : « Citoyens, dit-il, la Ter- » reur est à l'ordre du jour dans notre commune ; les » patriotes sincères sont anéantis si vous ne prenez un parti » décisif.

» Il est enfin temps que les corps constitués jouissent de

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» la plénitude de leurs pouvoirs. Une poignée d'hommes » immoraux se sont emparés de la confiance de la partie la » plus pure de la société populaire.

» Ne voyant que le salut de votre patrie, sachant suppor- » ter toutes les privations qu'une révolution entraine avec » elle, sans esprit de parti, vous voulez le bien général.

» Leurs orateurs du jour, sous une apparence trompeuse de patriotisme ayant su capter votre confiance, préparent au milieu de l'ivresse et de Tabondancé le renversement des fonctionnaires publics pour se substituer à eux.

» Une faction liberticide parait exister au milieu de nous, cherche à désorganiser les corps constitués.

» Je demande que, pour mettre fin à cette crise, vous priiez, dans une adresse, la Convention d'envoyer un représentant qui saura distinguer les intrigants d'avec les patriotes sincères. »

Le citoyen Delacroix est chargée de rédiger l'adresse qui est votée.

La discussion reprend sur la lettre de Guillard.

« Sevin dit qu'à plusieurs reprises, Guillard s'est présenté dans son administration dans un état où il n'aurait pas dû paraître ; il mangeait souvent chez des aristocrates. »

» Une fois, en effet, raconte Doullay, Guillard a paru au Conseil paraissant pris de vin ; mais la manière dont il s'est exprimé a fait l'admiration de l'assemblée ; il n'a jamais mieux parlé que dans cette occasion. »

» L'agent national prétend que Guillard ne pouvait manger avec les aristocrates, attendu qu'ils étaient tous incarcérés aux carmélites ou devaient Têtre. »

Le vote a lieu.

Les citoyens Judel maire. Malin, Coubré, Doullay, Delacroix, Brazon, Semen l'aîné, Chambrette, Doullay-Chabin, Blonier, Prévoteau, Montéage, Boutroue, Peluche, Compain, Legrand et Hoyau, agent national votent pour que le certificat soit accordé.

Supersac, Fourré, Léotard veulent attendre des renseignements sur les faits.

Parfait, Leclairc, Halgrain, Aubert, Hache déclarent que, n'ayant pas été à la commune du temps de Guillard, ils ne peuvent certifier.

Sevin déclare nettement qu'il ne veut pas certifier.

Le lendemain 10 thermidor, nouvelle discussion. Delacroix dit qu'il a fait un discours énergique, seulement parce qu'il voyait que l'on voulait perdre plusieurs fonctionnaires publics.

Sevin attaque, le maire riposte et l'agent national reprend : « Je ne vois pas pourquoi, dit-il, le discours qui a été lu hier excite une rumeur semblable à celle qu'il cause ; je veux dévoiler les causes de ces tracasseries à mes concitoyens.

» Cela vient à propos d'une lettre de Sevin, dénonçant un comité révolutionnaire tenu chez le citoyen Rattier.

» Je rends hommage à Sevin, bon patriote, n'étant d'aucun parti. Mais ne pourrai-je dénoncer les citoyens Broquet, Soyer et Pottier comme immoraux ». Broquet et Pottier, présents à la séance veulent se disculper ; ils n'obtiennent pas la parole. .

Pottier est alors monté sur l'estrade à droite du président et s'est écrié avec violence « J'en appelle au peuple ». Braquet en fait autant et tous deux par d'autres propos, tendent à soulever le peuple qui assiste à la séance.

La séance est extraordinairement agitée.

Mais la fête de Barra et d'Agricole Viala va commencer; le peuple est là qui attend; la séance est levée.

Le 11 thermidor, séance extraordinaire; on apprend par les journaux l'importance des affaires qui se passent à Paris.

Maximilien Robespierre a été mis en état d'arrestation ; aussi Robespierre le jeune, Saint-Just, Couthon, Lebas, Dumas président du tribunal révolutionnaire, Henriot chef de la garde nationale et d'autres. Ils sont exécutés le lendemain.

Barras représentant du peuple, est nommé commandant général de la force armée de Paris.

L'Assemblée se tiendra en permanence ; on doublera les mesures de sûreté ; les papiers de tous les courriers de poste seront surveillés ; les aubergistes feront viser les papiers des voyageurs.

Par arrêté en date du 21 fructidor an II (septembre 1794). le comité de sûreté générale de la Convention nationale met en liberté les dix-neuf citoyens de Chartres, incarcérés sous prétexte de fédéralisme et dont quatre membres du Conseil général sont rappelés à leurs fonctions.

Cet arrêté est ainsi conçu :

« Vu par le comité de sûreté générale les attestations, réclamations des représentants du peuple, Maras, Thirion, Fremanger et Sergent et celles du comité révolutionnaire de la commune de Chartres, et attendu qu'il n'a jamais été fait aucun acte fédéraliste dans la dite commune.

» Arrête que les citoyens : Durand l'alné, ex-accusateur public, Durand imprimeur, Durand marchand, Joliet Montéage marchand, Alexandre Joliet marchand, Chevard notaire. Lion notaire, PouUain ex-président du tribunal du district, Vitalis ex-officier municipal, Pierre Borville, Chéddé, Breton huissier, Perier notaire, Sainsot architecte, Demilly avoué. Courtois avoué, Pellerin marchand, Guyard huissier, et Bachelot ex-commissaire national, tous domiciliés dans la commune de Chartres, seront mis sur le champ en liberté et que les scellés seront levés chez eux. »

La lecture de l'arrêté est suivie d'applaudissements nombreux ; les citoyens Perrier, Pierre, Sainsot et Pellerin entrent et reprennent leurs places ; battements de mains prolongés.

Le citoyen Chauveau, homme de loi, avait écrit pour annoncer sa mise en liberté: « Tu sais sans doute, mon cher compatriote, que je suis libre, à présent. On a recherché les motifs d^ ma détention ; rien n'a été trouvé sur les registres des comités, de la police, à la section.

« Dans les papiers du tribunal, on a trouvé une lettre de l'infâme Payan ainsi conçue: Je viens de faire arrêter Chauveau ; je vous l'envoie ; il est temps que le défenseur d'Antoinette porte sa tête sur le même échafaud.

Sainsot, dans un discours très énergique, appuie la proposition de remplacement de Maupoint. « C'était, dit-il, un homme à faire le rôle de chevalier du poignard à Paris ; il n'a cessé de marquer dans diverses occasions son humeur farouche et sanguinaire. »

Bouquin dit quMl n'a jamais vu dans Maupoint qu'un patriote ; qu'il fallait bien qu'il usât de ruse pour découvrir les coupables; que l'on voit tous les jours dans les tribunaux, faire semblable chose : les cris du public l'interrompent.

Peluche demande la parole. « Si l'ignorance crasse de Bouquin, dit-il, inspire quelque pitié au conseil, je demande pour qu'il n'achève pas de se couvrir d'opprobre et de honte, que vous lui retiriez la parole. »

« L'agent national fait connaître à Bouquin que ses principes sont abominables et qu'on ne s'en servait pas même dans l'ancien régime, quand les magistrats étaient forcés de faire disloquer des infortunés pour obtenir l'aveu de leur culpabilité. »

La mise aux voix est réclamée de toutes parts ; Maupoint est privé de sa place; on lui retire en outre le certificat de civisme et Bouquin obtient sur sa demande un congé d'un mois.

Quelques jours après, Maupoint publie un libelle di£Pamatoire ; il commence sa diatribe par dénoncer à la Convention l'état pénible des patriotes de Chartres; il annonce que la contre révolution est aux portes de la ville.

L'agent national, dans la séance du 4 vendémiaire (26 septembre 1794), dit :

« Citoyens, vous avez déjà applaudi au jugement de la société populaire qui a rayé de son sein Maupoint, reconnu pour ambitieux, intrigant et immoral. Sa radiation a été prononcée à la grande majorité des sociétaires et aux applaudissements d'une masse de citoyens présents à la séance. Hier encore, après avoir entendu ce vil calomniateur, la société a déclaré qu'il n'avait pas atténué les faits avancés contre lui.

« II calomnie dans son pamphlet la commune, en annonçant que la contre révolution est à ses portes, quand on peut dire à la gloire de la commune de Chartres qu'aucune autre n'a donné plus de preuves d'amour de la liberté, d'énergie révolutionnaire et de dévouement à la Convention.

» Le libelle est distribué dans la Convention nationale; il faut nous hâter de l'instruire que la plus parfaite tranquillité règne dans la commune; que la chute du tyran a fait succéder la liberté de penser à l'oppression, la gaitéàla morne stupeur ; que les décrets du sénat français y sont respectés et reçus avec enthousiasme ; que le vœu des citoyens est fortement prononcé en faveur de la représentation nationale, centre unique du gouvernement républicain ; que les aristocrates sont consternés, les fripons dévoilés, les intrigants poursuivis et démasqués et qu'enfin la contre révolution n'est dans le cœur que de ceux qui la voient aux portes de la commune. »

Il est décidé que ce discours sera envoyé à la Convention.

Un mémoire de Maugars à Maupoint est lu ; il prouve la fausseté des faits annoncés par ce dernier, qui se trouve démasqué et reconnu comme calomniateur. Le conseil atteste la sincérité des faits énoncés au mémoire de Maugars.

Gilles Maupoint continue à écrire ; il fait colporter par Bouquin, administrateur du district, une adresse ayant pour titre : « Les sans-culottes de Chartres à la Convention nationale». Cette adresse est à peu près dans le même sens que la lettre infâme adressée par le même à la société populaire.

Maupoint a déjà été rayé du tableau de la société populaire ; cet arrêt a reçu la sanction de 5 à 6,000 habitants qui remplissaient les tribunes, et au milieu des cris de Vive la Convention et la République.

Maupoint a été destitué de son grade de deuxième commandant en chef d'un bataillon de la garde nationale; il a été désarmé.

La réponse du citoyen Maugars contre lui, relativement

CONVENTION Hl

à la société dramatique qui existait dans la commune, a été attestée par le conseil.

Il va être pris contre Maupoint les mesures que la loi prescrit.

Le 4 brumaire an III, le citoyen Semen est nommé maire à la place du citoyen Judel ; mais il donne sa démission le 18 — Perrier fait alqrs fonction de maire jusqu'au 14 frimaire, puis Sainsot ; le 14 frimaire JoUy Deshayes est nommé maire par décret de la Convention ; mais JoUy refuse à cause de sa santé.

Dans la prison des carmélites, dans deux chambres occupées par des prisonniers de la Vendée, on trouva des triques et des planches sous |a paille qui leur sert de lits ; les détenus avec ces engins, pourraient bien faire des échelles pour s'évader. Des précautions de sûreté sont prises aussi pour les déserteurs étrangers. Jacques Mauger, agent national de Berchères-la-Maingot a été arrêté entre Jouy et Berchères par trois brigands qui l'ont volé.

La brigade de gendarmerie et le détachement de dragons parcourent les communes pour activer le battage et la circulation des grains ; une forte patrouille de garde nationale ira battre les bois de Jouy et de Chartainvilliers, à la poursuite des brigands; douze vétérans nationaux lui sont adjoints , le détachement reçoit 180 cartouches et les communes de Jouy et de Chartainvilliers lui fourniront le pain, la viande et la boisson.

Le sieur Petion père est réduit à une triste situation ; par défaut de moyens, il est dans l'impossibilité de loger les troupes ; l'exemption de logement lui est accordée. Une adresse de félicitation est adressée à . la Convention sur la rentrée de 71 députés.

« C'est un grand acte de justice, dit l'adresse ; une faction homicide les avait proscrits par la plus aveugle des cruautés; on veut faire cesser toute espèce de persécution. »

Des certificats de civisme sont délivrés à un grand nombre d'ex-prêtres; on le refuse à Bouquin.

Le 2 pluviôse an III (21 janvier 1795), célébration de l'an-

Uj CONVENTION

niversaire de la mort du dernier tyran roi ; les artistes dramatiques donnent des spectacles. A onze heures du matin, le conseil général de la commune se rend au lieu de la fête dans le temple dédié à l'Ltre suprême, ainsi que tous les corps constitués. La mort du dernier roi est célébrée par des discours et des chants. Ensuite morceaux de musique et bat dans le lieu des séances de la Société populaire.

Le club des Jacobins venait d'être fermé ; on crut le retour de la Terreur impossible ; des mesures furent prises contre les chefs des révolutionnaires chartrains.

Lesquinio, représentant du peuple, est invité par Sainsot, suppléant du maire, à remplacer trois membres du conseil généra], qui ont perdu la confiance de leur concitoyens et par conséquent de leurs collègues, lesquels ne siègent avec eux qu'en répugnant.

Ces membres sont les citoyens Jacob, Bouquin et Léotard ; personne ne doute de leur immoralité ; ils ne cessent de soulever des discussions déplacées en plein conseil.

Le conventionnel Bemier arrive à Chartres et te 17 ventôse an III (mars 1795) nomme maire le citoyen Masson ; ofliciers municipaux: Vallet, ancien juge, Barré, ancien notaire, Dufresnay, ancien marchand, Baudouin, notaire. Bouvet, marchand de soie, Doullay, receveur, Pillaut, ancien juge, Breton, homme de loi, Levassort-Montéage, épicier, Huard-Lamarre, cultivateur, et Semen, ferblantier; Barreau, agent national, Durand, imprimeur, substitut.

Le représentant Dernier a désigné des magistrats; il a invité tous les citoyens à lui faire passer leurs observations sur son choix ; les noms ont été afticht-s et publiés avec solennité dans la ville. Aucune réclamation n'a été faîte et le choix s'est trouvé ainsi confirmé par le vœu unanime Quple.

Dt nommés notables : Brazon cordonnier; Coubré anjuge ; Chambrette sculpteur; Blonnié orfèvre ; Duval )entier; Prévoteau ancien meunier; Jacques Montéage sn marchand ; Boutroue juge de paix ; Peluche notaire ; pain chirurgien; Legrand huissier; Delacroix apothi-

caire ; Dumoulin horloger ; Barré-André officier public ; Chevalier épicier; Doullay épicier; Courtois perruquier; Joliet épicier; Marié médecin ; Chevard notaire; Brisson, payeur de la guerre ; Lion notaire ; Bourgeois ex avoué ; Paillart épicier.

Masson, maire ; Bouvet, Pillant, officiers municipaux, déclarent qu'ils n'acceptent que contraints et forcés, et pour obéir au citoyen représentant. Tous prêtent le serment.

Les 54 municipalités du district de Chartres sont destituées et renouvelées.

Bernier destitue de leurs fonctions : Rousseau administrateur du département et Legendre directeur de la poste aux lettres.

Les charges locales étaient lourdes, la situation financière obérée ; il faut imposer des sols additionnels ; il n'y a pas d'autre moyen de parer aux dépenses. On ne peut plus émettre de billets de confiance; il en reste qui n'ont pu être remboursés. Heureusement qu'en germinal un prêt à la commune de Chartres fut consenti par le payeur de la guerre pour l'aider à payer ses nombreux mémoires.

r Les auteurs et fauteurs de la tyrannie, qui a couvert

de deuil et de sang la surface de la République avant le 9 thermidor, vont être désarmés ; ce sont : Farault, salpêtrier ; Bouteiller, ex-prêtre; Aubert perruquier; Blanchard, dit beau mollet, Bourdoise, Dubourg, Rochette, Paillart du timbre; Cosnard, concierge du club; Leotard, rue delà Foulerie ; Jacob teinturier ; Soyer, Soulié ex-bénédiclin ; Contrepoids, Bataille, Dupuis record; Cochon-Robuste, Marin, Bouquin du distrit ; Bouquin imprimeur ; Leguay, ex-accusateur public; Pathie, Dolléans, Violette, Remond cidevant cavalier ; Baillif.

Tronson à Luisant, Lion à Sours, Larmurier dit le Pèlerin et Bourgault à Lèves, GaignoUe ancien boulanger à Saint- Prest.

Pour les autres communes, les juges de paix s'informeront.

Une association formidable de malfaiteurs existait sur les confins de la Beauce ; on les désignait sous le nom de chauffeurs ou brigands d'Orgères. Cette bande avait été en partie détruite. Renard, principal chef de la troupe, se porte aux plus grands excès de cruauté et subit à Dourdan, avec une partie de ses complices, la peine due à ses forfaits.

Robillard son successeur fut emprisonné à Montargis, en 1783 avec 70 des siens ; ils furent punis de leurs crimes par le supplice de la roue, du gibet ou des galères.

La bande se reforma sous la direction de Fleur d'épine, qui périt dans les prisons de Versailles lors des massacres; et enfin le Beau François en fut le dernier chef. Il commandait à 4 ou 500 brigands.

Dans la nuit du 17 au 18 fioréal an III (mai 1794) le citoyen Horeau, ancien magistrat fut assasiné avec sa femme, dans sa maison à Lèves par le Beau François et quatre autres scélérats, de complicité avec le jardinier Pelletier et sa femme.

Les coupables ne sont pas arrêtés ; la population est inquiète, les prisonniers de guerre ne sortiront plus de la ville ; on fera Tappel trois fois tous les jours, 11 y a 2,000 prisonniers, on demande à Paris que le nombre en soit réduit. Les revendeurs seront sévèrement surveillés.

Après l'insurrection du l»*" prairial, (20 mai 1795) des mesures répressives furent prises contre les factieux du faubourg Antoine ; les partisans du système de sang et de terreur sont parvenus à opprimer pendant quelques heures la Convention nationale et ont tenté de la dissoudre. La conjuration était connue dans les départements des hommes dévoués au terrorisme; à Chartres des individus ont signalé leur joie et leurs espérances, en apprenant les attentats commis contre la Convention nationale ; ils se réunissent et tiennent des conciliabules secrets; il est à craindre qu'ils ne s'efforcent de troubler la tranquillité publique.

On va désarmer et arrêter les agents de la terreur, les membres des anciens comités révolutionnaires, les plus

dévoués partisans de cet affreux système ; la presque totalité a été désarmée et mise en surveillance.

Par mesure de sûreté sont arrêtés les citoyens Belhomme, horloger, Sévin fils, marchand de laine. Bouquin, ex-administrateur, Pottier fils, horloger, Besselle le jeune, quincaillier, Bouteiller, ex-prêtre, Dubourg-Larochette, Broquet, Charles fils, Maupoint, Baillif, Soulier, ex-prêtre, et la femme Legendre.

Sont mis sous la surveillance de la municipalité, où ils devront se présenter tous les jours, les citoyens ; Marin, Supersac ancien marchand de blés, le Laguadec, Duquesnay huissier, Farault, Bourdoise, Paillard le jeune, receveur de l'enregistrement, Léotard, Jacob teinturier. Bouquin tonnellier. Bouquin garçon imprimeur, Leguay, DoUéans, Thabou employé au département, Périnet peintre, Supersac tailleur, Cochon Robusse ; d'autres encore seront désarmés.

Une adresse est envoyée à la Convention, la félicitant de l'énergie qu'elle a montrée dans les journées des 1, 2, 3 et 4 prairial contre les factieux, et l'invite à sévir rigoureusement contre des hommes qui se sont trop longtemps abreuvés du sang de l'innocence.

Le représentant Bernier établit un bureau de citoyens chargés de recueillir les plaintes, les réclamations, les dénonciations. 11 ne faut pas transiger avec les oppresseurs de la patrie et de l'humanité.

Peu après, les gens arrêtés le 5 prairial sont remis en liberté.

En floréal, les prisonniers avaient été consignés; mais ils sont tranquilles, ont du pain, paraissent contents ; ils pourront à l'avenir sortir sans toutefois dépasser les murs de la ville.

Une femme détenue dans la maison de Justice, commet des indécences sans nombre, ce qui scandalise les autres détenus; elle est transférée dans la maison de détention de police correctionnelle, où elle est enfermée seule dans une chambre.

Dans la nuit du 5 germinal Tarbre de la liberté a été

scié ; le lendemain, à trois heures, un autre est planté en grande cérémonie.

« Citoyens, dit le maire, Tarbre de la fraternité que nous venons de planter devient pour nous le gage précieux d'une union inaltérable et éternelle.

» La patrie et l'humanité sont les sources uniques dans lesquelles nous devons dorénavant puiser, pour en arroser les racines et en faire fructifier les branches.

» Si par quelque fatalité, la malveillance parvenait à y attacher la pomme de la discorde ; qu^elle tombe aussitôt à la vue des bons citoyens à qui nous en confions la garde, et que ces serpents venimeux qui viendraient pour en piquer les racines soient écrasés pour toujours.

» Qu'ils songent que le règne de la justice et de la vertu ne peut plus tolérer de pareils monstres, et qu'il est temps qu'ils rentrent dans leurs repaires affreux pour n'en plus sortir.

» Oui, citoyens, c'est ainsi que cet arbre précieux bravera tous les orages, et que le temps même respectera sa vieillesse, lorsqu'il en verra tous les germes exister dans vos cœurs et passer d'âge en âge dans ceux de vos enfants.

» Soyons unis, citoyens ; oui, nous sommes frères ; que cette union sacrée, en assurant notre bonheur particulier, cimente pour toujours celui de notre patrie et ramène enfin la paix et la tranquillité dans toute la république. »

Ce discours a été écouté avec le plus vif intérêt et applaudi de tous les citoyens.

Fôtes, arts. — A la fête du 10 août 1794 (21 thermidor), on ne peut donner toute la solennité habituelle ; l'artillerie est supprimée à cause de la rareté de la poudre ; on ne portera pas de branches de chêne, afin d'empêcher la dégradation des bois.

Mais, le cinquième jour des sans-culottides, a lieu une fête magnifique pour célébrer les victoires de la République et resserrer les doux nœuds de la fraternité.

« La musique traversera dès le matin les divers quartiers

en jouant des airs guerriers. La fête sera tout à la lois simple et touchante.

» A neuf heures du matin, tous les citoyens qui ne forment qu'une famille de frères, se réuniront sur la place d'armes autour de Tare de triomphe. La société populaire s'y rendra en masse ; au milieu d'elle seront les généreux soldats blessés en défendant leur pays. Elle sera précédée du faisceau, symbole de l'union des vrais patriotes et du buste de l'ami du peuple, Marat, dont les cendres doivent être portées au Panthéon.

« Les jeunes élèves militaires ouvriront la marche.

» C'est en présentant le spectacle d'un peuple de frères que les citoyens se rendront au temple de l'Être Suprême (temple décadaire), où un orateur rappellera le souvenir des événements glorieux de notre sainte révolution et peindra les charmes touchants de la fraternité.

La musique jouera avec dignité l'air toujours cher aux français : Allons enfants de la patrie ! »

» En sortant du temple, on ira sur la montagne remercier l'Être Suprême des succès sans nombre qu'il accorde aux enfants de la liberté, sur les satellites de la tyrannie.

» Sur la colonne érigée au milieu de la place de la Liberté, on lira ces inscriptions : « Toutes les armées de la république ont bien mérité de la patrie ; tous les Français sont frères. »

» La lin du jour sera consacrée aux danses et aux jeux civiques. »

Les écoliers réclamaient des vacances pendant le temps des vendanges; la Convention ne s'étant pas encore prononcée, ils demandent la même faveur que par le passé. Il leur est accordé deux décades de vacances.

En attendant que le mode d'émulation par des prix soit appliqué, il sera fait des félicitations publiques aux écoliers qui se seront distingués par leurs travaux.

Les écoliers du citoyen Richard, instituteur, veulent changer les croix qu'on leur donne pour récompense, en des bonnets de la liberté.

Il existe cinq compagnies de jeunes élèves de la légion révolutionnaire ; on fait constater le nombre des élèves qui assistent journellement aux leçons ; ils sont peu nombreux.

Les citoyens Masson, Hoyau, Brivazac et Jouvancourt, artistes dramatiques, veulent donner tous les primidis de chaque décade un bal public, de 5 heures à minuit, dans la salle des spectacles; Tautorisation est accordée, attendu que, suivant la déclaration des droits de Thomme, les citoyens ont droit de se réunir paisiblement sans armes. 11 y aura de fréquentes patrouilles dans les lieux voisins de la salle des bals, où elles ne pénétreront que sur réquisition expresse.

La société dramatique est invitée en brumaire à reprendre le plus tôt possible ses représentations. Plusieurs jeunes citoyens et citoyennes veulent former une société pour l'étude du théâtre ; le projet mérite des éloges et de l'encouragement; les membres de la société dramatique les aideront à développer leurs talents.

Les citoyennes doivent porter la cocarde tricolore ; les membres de la société populaire se plaignent que la loi n'est pas suivie ; on le rappelle par publication à son de trompette dans la commune.

L'architecte, Morin, dresse les plans et devis pour la construction d'une salle de spectacle dans la ci-devant église Sainte-Foy, et en nivôse (janvier 1795) la Société des arts offre 600 livres, produit de quelques représentations, pour les indigents.

Le temple, appelé autrefois l'église cathédrale, étant découvert presqu'en entier, les pluies y causent un dommage notable. Cet édifice mérite d'être conservé comme un superbe monument d'ancienne architecture.

Le plomb de la couverture a été employé au service des armées ; on avisera à recouvrir le monument. Des citoyens généreux se chargeront à leurs frais de presque toute la besogne.

Le 4 germinal an III (25 mars 1795), des habitants du faubourg Brice demandent l'usage de l'église des ci-devant

capucins, afin qu'ils puissent plus facilement trouver un prêtre qui dise la messe. L'autorisation est accordée.

Grains, farines, pain, denrées. — Les cultivateurs à la fin de thermidor (vers le 15 août 1794), sont tenus de venir faire à la municipalité la déclaration de leurs récoltes. Us doivent indiquer Tespèce, la qualité et la quantité de leurs grains.

Mais il faut faire activer le battage, Tarrivage et le moulage des blés ; il y a manque d'eau dans les moulins et les meuniers ne peuvent moudre. Il arrive alors qu'à Chartres, malgré que la récolte soit achevée, qu'il y ait des grains en quantité, chaque jour on est sur le point de manquer de pain. Aussi on n'autorise pas la vente du pain aux vendangeurs, qui devront s'en fournir dans les communes où sont situées les vignes.

Beaucoup de communes sont en retard pour livrer les grains ; le citoyen Supersac est envoyé dans les communes pour les presser et faire conduire les grains aux greniers de Chartres.

Au mois d'octobre 1794 (fin de vendémiaire an III) les approvisionnements de grains sont considérables ; des blés déposés dans le Temple (cathédrale), à un endroit découvert, se détériorent par la pluie ; des avoines sont entassées dans les greniers de l'hôpital civil ; il y a danger pour le bâtiment; il faut en retirer une partie.

Il reste des grains à battre ; 60 batteurs sont mis en réquisition pour cet objet.

Le bruit a couru que les porcs allaient être frappés d'une nouvelle réquisition ; des citoyens anéantissent l'espèce de ces animaux, n'en voulant plus élever. Le corps municipal s'empresse de désabuser ses concitoyens; ces bruits sont faux ; il est défendu de tuer les porcs sans prévenir la municipalité.

L'état des bestiaux de la commune est relevé ; on demande de la poudre à canon pour le pansement des bestiaux ; il y a urgence, une épidémie règne sur les animaux ; la poudre est accordée, non sans peine.

ISO CONVENTION

Les 80,000 livres d'huile de colza et d'œillettes, achetées pour la commune, sont arrêtées à Lille pour mesures répressives contre l'agiotage. Les citoyens Nicolas Montéage et Jacques Durand sont envoyés à Lille pour les réclamer au nom de la commune, qui en a le plus grand besoin. Ils lèvent l'obstacle opposé à l'expédition.

Au milieu de brumaire, il faut envoyer les vétérans dans les communes — 80 pères de famille indigents feront le ervice que les vétérans — chez les cultivateurs en pour les presser ; outre cet arriéré de grains, la st en petite quantité, et l'on doit suspendre la foure huit sacs de farine qui se distribuaient chaque X pâtissiers. Un mois après il fut possible de leur er de nouveau; la quantité fut réglée à 7 sacs par Qnt un pour Lemoine.

if manque, on en fait venir 8.000 livres du Hâvreils sont fournis par les magasins de la République. 3S la loi du 19 brumaire, on veut fixer un nouveau m du prix des grains, à cause du retard de diverses les ; la commune est débitrice de 3.000 quintaux de ital de 100 livres); elle les a vendus 141. le quintal, es rachèterait plus cher, au prix du nouveau maxîu profit du cultivateur insouciant qui a négligé ter sa dette.

l mettre une garnison chez les cultivateurs pour ttre le grain. Le 16 frimaire, il reste 557 sacs, ce suffisant jusqu'au 19.

ix de la farine, maximum, pour les boulangers est ) 1. 5 s. le sac de 320 livres ; en y ajoutant le transsous, la manipulation, le bois et le bénéfice 7 1. : [e 72 l, 15 sous, le prix du pain de neuf livres ressous, sachant qu'il y en a 48 et demi dans un sac e,

3 boulangers, Charpentier, Denis, Fresneau, Gau- Mathoré, Rocton, etc., n'ont en totalité que 40 sacs e d'avance, .180 quintaux 77 livres de blé, il n'a été livré que

2,032 q^ 65 livres, les communes sont donc en retard de 7,148 qx 12 ; on va prendre les mesures indiquées par les lois pour les forcer à livrer.

Mais si, sous huit jours, on verse dans les magasins pour 120,000 1. de blés, comment les payer ; les fonds manquent. On les demande aux citoyens aisés, et chacun de verser ; les membres du corps municipal donnent l'exemple.

Le blé afflue dans les magasins et il est alors possible de rendre plusieurs centaines de quintaux empruntés.

Malgré la loi du 4 nivôse (25 décembre 1794) accordant la circulation libre des grains, les marchés ne sont pas approvisionnés ; il n'a encore été apporté en un mois que 4 ou 5 setiers de blé. Ou pourra obliger les cultivateurs, marchands ou propriétaires de grains ou farines d'en apporter la quantité nécessaire à la consommation.

Le l^^ pluviôse an III (20 janvier 1795), on constate un arriéré de 1,871 q^ 89 livres de blé par les communes de Champfol, Clévilliers, Berchères-les-Pierres, Georges-sur- Eure, Loup-en- Vallée, Aubin-des-Bois, Bailieau-les-Bois et Boncé.

L'arriéré des communes d'Amilly, Fresnaye-le-Gilmert, Challet, Luperce, Meslay-le-Grenet, Luplanté, Fresnay-les- Cailloux, Francourville et Cernay est de 1.347 quintaux (de 100 livres.)

On prend des mesures et le blé arrive pendant quelques jours ; mais il fait un grand froid depuis six semaines, la gelée empêche les meuniers de tourner; au lieu de 800 sacs de farine, qui étaient en magasin au commencement de la gelée, il n'en reste que pour un ou deux jours.

On est obligé de faire moudre pendant quelque temps, des moulins situés à l'extérieur et requis pour la ville de Paris, qui les abandonne à la ville de Chartres.

« Voilà que les leveuses de cul de poche employées à lever les blés et les avoines et à raccommoder les sacs, payées 20 sols par jour, demandent une augmentation de salaire, basée sur le renchérissement de tout.

» Il n'y a point de loi pour cela, aucune autorité ne peut

contraindre un citoyen qui en emploie un autre à lui payer plutôt tel prix que tel autre ; les leveuses reçoivent 9 deniers par .quintal des laboureurs, pour faire peser et livrer les grains dans les magasins de Paris et de la République ; elles ne se plaignent pas. Le Corps municipal dit qu^il n'y a pas lieu à délibérer. »

Deux cultivateurs, les citoyens Guerrier de Sours, et Jumantier du Bois de Lèves sont nommés de la commission d'agriculture et arts ; on arrête que les meuniers, seuls chargés de moudre du blé pour le commerce, seront les suivants : Mauzaize au moulin Lecomte, par jour 8 sacs ; Menu de Morancez 6 ; Baroche du moulin Leblanc, 6 ; Tricault, Durand et Servoin, chacun 6 ; dans la ville et les faubourgs, Baroche, Charpentier, Bauffre, Bouvier, Gaucheron, Clouet, V^® Védie, Durand, Mauzaize. — Vendange, Bernard Beaufre, chacun 2 sacs. — La production totale pouvait atteindre 57 sacs de farine par jour.

Les meuniers recevront pour tout salaire les deux tiers des sons de la mouture ; l'autre tiers reviendra à la commune qui le vendra ; il en sera délivré 1/2 minot à la fois. Le minot sera vendu 4 liv.

Le 14 pluviôse, le sac de farine est vendu aux boulangers 76 liv. 10 sous, le pain est taxé à 35 sols les 9 livres ; le 24, le sac de farine vaut 86 liv., le pain de 9 livres, 2 liv. Un prêt de 200,000 liv. est demandé à la Convention pour l'approvisionnement de la commune; ce prêt est consenti quelques jours après.

11 y a 24 boulangers desservant 13,970 habitants, et la distribution journalière s'élève à 45 sacs.

On ne délivrera au même chef de ménage qu'une livre de farine en même temps, et au prix de 5 sols 6 deniers; cette farine est destinée à la nourriture d'enfants en bas âge ; il vient tant de monde en demander, qu'il s'en débiterait des sacs entiers par jour, si on n'y mettait ordre.

Les portefaix percevront un sol par minot ou setier de blé, chargé ou déchargé, et 4 sols par sac de farine.

Il ne vient plus de grains à la commune, parce que les

magasins de Paris, établis aux ci-devant greniers de Loëns, paient le blé 21 1. 15 sols le quintal, et au-delà de deux lieues, 5 sols par lieue et par quintal de plus; la commune de Chartres est obligée de payer ce même prix.

On a besoin de fonds, et les boulangers devront payer à la commune la farine, au fur et à mesure de la livraison, le lendemain au plus tard.

11 a fallu envoyer des commissaires du grain en mission; il leur est alloué 6U par jour; on leur rembourse aussi leurs frais de voyage, qui sont de 3 1. 10 sous à 4 1. par jour.

Un particulier ne peut changer son boulanger ; des listes de sûreté sont faites ; elles ne peuvent être modifiées que du 20 au 25 de chaque mois.

Le 9 ventôse an 111 (20 février 1795), le sac de farine de 320 livres est fixé à 97 liv. ; le prix de chaque pain de 9 livres à 46 sous ; il est fait défense aux boulangers de le vendre à plus haut prix. La livre de farine pour les enfants vaut 6 sols 4 deniers ; on en délivrera à chaque citoyen deux livres une once et demie, ce qui vaut 15 sols ; on évitera ainsi l'embarras du défaut de monnaie.

11 reste des vivres pour sept jours ; la consommation journalière est de 50 sacs ; il faut assurer l'approvisionnement de la commune. Un nouveau recensement est fait à la campagne pour les blés, battus ou engrangés ; on recevra la déclaration des laboureurs sur la quantité de terre ensemencée en chaque espèce de grains ; le citoyen Supersac est envoyé pour activer le battage dans les communes. Les cultivateurs pourront acheter 1/2 minot de son à 5 1. le minot, dans la proportion d'un setier ou deux quintaux de blé.

Le prix du sac de farine atteint le 17 ventôse (9 mars 1795) 112 liv. 10 sous ; le pain de 9 livres 2 liv. 12 sols ; la farine pour les enfants 7 sols 6 deniers la livre. Le son sera vendu 5 liv. le minot raclé, 2 liv. 10 sols le boisseau aussi raclé ; ceux qui n'auront que des volailles pourront acheter un boisseau, ceux qui auront des volailles et des bestiaux, un minot; on ne vendra pas plus d'un minot à chaque particu-

lier. A la fin du mois, le prix de la réquisition forcée pour Paris et les armées est de 40 liv. le quintal (100 livres) de froment de première qualité ; ce prix descendra sucessivement jusqu^à 25 liv, y compris les frais de voitures et de prime.

Le 20 floréal, par un décret de la Convention nationale, les districts de Chartres et de Janville seront tenus de fournir, dans le délai d^un mois, la quantité de 60.000 quintaux (de 100 livres) de grains, blés, seigles et orges, sur ceux mis en préemption pour l'approvisionnement général de la République. La commune de Chartres recevra pour son approvisionnement particulier, le sixième de l'effectif de la présente réquisition, au prix courant des grains pendant le mois de la rentrée ; la garde nationale prêtera main forte, si besoin est, pour Texécution.

Aucun particulier ne pourra, pendant le mois affecté à la livraison des grains, sous le prétexte de la liberté, acheter ou enlever les grains des districts, sous peine de confiscation

Quelques jours après, on arrêtait une petite voiture renfermant différentes marchandises de bonneterie, et avec icelles, trois sacs renfermant au total 10 minots de blés. Cette petite voiture est amenée à la municipalité, escortée d'un grand nombre de citoyens : elle appartient à Touzeau, marchand bonnetier à Neauphle-le-Château qui dit n'avoir ni grain, ni farine pour nourrir ses dix enfants : il n'a pas cru prévariquer ; il a acheté à Berchères-les-Pierres 2 setiers de blé 1.075 liv. ; il a payé comptant.

Touzeau est renvoyé devant le représentant Fleury, en mission à Chartres.

« La foire des Barricades n'aura pas lieu cette année ; il arrive à ce moment une foule immense de citoyens ; on ne peut prendre l'engagement de les nourir ; tout Tor du Pérou vaut-il pour aujourd'hui un grain de blé !

» Malgré le zèle et l'activité des compagnies envoyées dans les communes, l'arrivage des grains se fait diflicilement; il y a chez les cultivateurs cupidité et défiance ; on

leur oflfre des prix exorbitants pour les grains, ce qui fait craindre la famine ; les acheteurs pour Paris font une concurrence et on ne peut en avoir pour Chartres. Il faut donc ramener toutes les opérations à un centre unique.

» On versera toutes les décades et demi-décades, 750 quintaux de blé à Chartres, ce qui correspond à 150 par jour; le quintal sera payé 50 liv. Tout citoyen de tout sexe aura sa livre de pain par jour ; les cultivateurs, artisans, journaliers en activité auront une livre et demie de pain.

» Les boulangers donneront à chaque pratique un pain de deux livres pour deux jours ; le pain sera payé 9 sols la livre. »

Les porteurs de farine chez les boulangers touchent 15 sols par sac ; on les met à 20 sols ; les boulangers paieront 15 sols et le reste sera au compte du comité des subsistances.

Il sera délivré une livre de farine par décade pour les enfants à la mamelle.

Les lois de levée du maximum, ayant rendu la liberté au commerce, il devint facile de se pourvoir de toutes les denrées ; les 1,600 livres de savon que la ville a en magasin seront cédées à 3 liv. la livre, seulement aux citoyens non aisés de la commune.

Le 30 floréal an III (mai 1795) le prix du blé est fixé 150 liv. ; en y ajoutant 15 liv. pour les frais, le total est de 165 liv. ; mais le blé doit être payé au prix courant et il est de notoriété qu'il vaut au moins 250 liv. le setier ; la ville supporte la différence et par ce sacrifice, le pain est taxé à 15 sols la livre.

Navigation. — « Le quatrième jour des sans-culottides de Tan II, Semen fait un rapport sur la navigation de l'Eure et du Loir. Le comité des travaux publics veut rendre la rivière d'Eure navigable. Ce projet a été entamé depuis plusieurs siècles et n'a pu être exécuté. On pourrait employer aux travaux les prisonniers et les déserteurs.

» La navigation n'a jamais existé que de la Seine à

Fermaincourt près Dreux ; de nombreux travaux préparatoires ont été faits pour l'étendre jusqu'à Chartres ; ils ont été abandonnés. Un chemin de hallage de onze pieds existait d'un côté de la rivière ; le terrain a été vendu depuis, mais on pourrait le racheter à peu de frais.

» De Chartres à Andan, au-dessus de Pont de l'Arche, sur la Seine, il y a 60 portes marinières ; presque toutes sont en mauvais état ; le port de Chartres devra être décombré et agrandi. 11 n'y a de ponts importants qu'au passage des grandes routes sur la rivière.

» Pour la jonction avec le Loir, il existe 40 portes marinières; la navigation n'est jamais montée que jusqu'au Château du Loir ; le hallage se fait à la corde avec des hommes. »

Voici l'historique de la navigation de l'Eure :

« Dès le règne de Charles Vil, on avait formé le projet de rendre l'Eure navigable pour l'avantage du commerce des vins et des blés, afin d'avoir un débouché sur Paris et la Normandie.

» Il se produisit bientôt des difficultés de la part des riverains : des chaînes étaient tendues à travers la rivière, les mariniers étaient arrêtés aux écluses, on plantait des pieux pour empêcher le passage.

A Nogent-le-Roi, en 1460, les écluses furent rompues ; les seigneurs de Nogent-le-Roi et de Villiers-le-Morhiers résistèrent, firent des procès interminables. Le Parlement les débouta de leurs prétentions ; une bataille eut lieu entre les Chartrains et les Nogentais et, dès l'année 1472, la navigation fut entravée.

» Pendant la guerre, les portes à bateaux et les chaussées, de Chartres à Nogent, furent abandonnées et ruinées.

» En 1537, sous François V\ on voulut reprendre les travaux et, en 1540, le clergé consentit à fournir son contingent pour contribuer à l'entreprise. Deux fléaux arrêtèrent tout à coup le travail ; ce fut d'abord une excessive chaleur qui brûla tous les blés en 1540 et ensuite un froid rigoureux qui gela toutes les vignes en 1542.

» Le commerce par eau fut tenté de nouveau en 1548 ;

mais on fît croire au peuple que Texportalion des blés causerait une disejtte perpétuelle dans le pays et il ne fut pas donné suite au travail.

» Charles IX en 1565, par lettres patentes confirmant celles de Henri II en 1548, ordonna la reprise du projet; mais les guerres de religion qui désolèrent la France et principalement le pays chartrain, arrêtèrent encore une fois l'exécution de cet important travail.

» En 1632, sous Louis XIII, on voulut le reprendre de nouveau; cette, idée n'eut pas de suite, suivant les apparences faute de fonds.

» Louis XIV, au commencement du siècle, s'en occupa. Le port, plusieurs canaux et les chaussées pour le hallage furent presqu'entièrement achevés, les portes à bateau construites en entier de Chartres à Nogent; mais les revers de fortune qu'éprouva vers la fin de son règne l'ambitieux Louis XIV, suspendirent tous ces travaux quand ils touchaient à leur fin.

» Sous le règne suivant, les terrains qui avaient été achetés furent revendus; les propriétaires riverains les possèdent aujourd'hui jusqu'aux bords de la rivière. »

« Pour joindre la navigation de la Seine à la Loire, ajoute le rapporteur, il faudrait d'abord faire un canal de jonction de l'Eure au Loir, d'une longueur de 4 à 5 lieues; ce canal serait alimenté par un barrage assez bien conservé, établi par Vauban à Boisard, près Pontgouin. Le Loir est navigable jusqu'au-dessus de Bonneval; cette rivière a beau* coup d'eau dans toutes les saisons; elle n'est jamais prise par les glaces »

Ce projet ne fut pas mis à exécution.

Secours, pensions. — La misère était grande et il n'y avait pas de fonds pour établir des ateliers de charité. La Convention, en ventôse an III (février 1795), vote un fonds de dix millions de livres pour ces ateliers; on a hâte que la somme soit fixée pour la commune afin de commencer aussitôt les travaux.

Tous les indigents assaillissent le bureau de charité ; la veuve Planchet, âgée de 68 ans, ne gagne que quatre sols par jour ; elle ne peut vivre.

Remond, garçon menuisier a quatre enfants, sa femme va accoucher, il gagne 40 sols par jour et ne peut subvenir aux besoins de sa famille, etc.

Bien vite, on distribue 1.000 liv. aux pauvres les plus nécessiteux, par sommes de 15, 30 et 50 sols.

Le 25 prairial an III (juin 1795), dix ex-carmélites, les citoyennes Louise et Aimée Beaussier, Geneviève Gobineau, Emérancienne Marcille, etc., demandent des secours pour leur subsistance. Il est dans les principes de justice et d'humanité de procurer à tous les indigents les moyens de subsister ; sur les 200.000 liv. accordées à la commune par le Représentant Bernier pour les subsistances, il est prélevé 500 liv. pour être distribuées aux ex-carmélites.

On réunit la caisse de bienfaisance de la Société populaire au bureau de charité de la commune ; cette réunion détruira les abus ; au fond, c'était la Société populaire, si puissante pendant la Terreur, qui était visée.

Il est délivré, d'un seul jour, en messidor, 230 certificats d'indigence ; une centaine de familles sont encore inscrites quelques jours après.

11 avait été notifié le 8 brumaire an IV (30 octobre 1795) aux prêtres, sujets à la déportation et à la réclusion, de se rendre dans les 24 heures dans la maison des carmélites pour y être détenus ; une vingtaine habitait la commune de Chartres ; mais un mois après, les prêtres malades ou infirmes sont renvoyés chez eux.

Le citoyen François Langlet, ci-devant frère Scholar, a enseigné pendant 35 ans ; il lui est alloué une pension annuelle de 525 liv.

Un grand nombre d'ex-religieuses et de prêtres sont alors rétablis sur le tableau des pensionnés.

Duperré pendant 24 ans a été comme tambour au service de la municipalité : le département le reçoit comme invalide.

Politique, mairie, violente émeute. — Plusieurs membres des comités révolutionnaires, et des citoyens ayant participé aux horreurs commises sous la tyrannie qui a précédé le 9 thermidor, avaient été désarmés et mis sous la surveillance de la municipalité ; ils ne pouvaient s'écarter de Chartres.

Le 24 thermidor an III (août 1795), la Commission des cinq examine les dossiers des inculpés.

« Le Laguadec s'est réjoui lorsque les journaux annonçaient beaucoup de guillotinés, il en convient : c'est l'effet d'un esprit faible ; il croyait bonnement tous les jugements rendus contre les guillotinés, justes. La Commission des Cinq lui donne le certificat, ainsi qu'à Supersac tailleur d'habits.

» Elle le refuse à Potier fils qui, dans une séance du conseil général, l'année précédente, le 10 thermidor an II, s'est élancé de sa place et a crié au peuple : « C'est indigne, peuple, on nous joue. C'est à toi que j'en appelle ; j'en appelle au peuple. »

« Maupoint aussi, accusé d'abus d'autorité, d'usurpation de pouvoir, d'oppression, un des principaux agents du système de sang et de terreur qui a désolé la France avant le 9 thermidor, passera en jugement ;Leguay, Bouquin, Jacob, Sevin qui ont pillé l'église du Coudray, également. André

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Bouquin, ci-devant administrateur du district, a opprimé les détenus, a abusé de son autorité; Lefebvre, ex-curé de Chemillé s'est rendu coupable d'oppression, a été un des agents du système de terreur; Rochette dit Dubourg se repent d'avoir calomnié la municipalité, il demande au conseil de l'oublier. Il y a eu plus que cela, dit l'agent national; il a provoqué à la sédition, disant qu'il ne fallait pas souffrir être volé par la municipalité, que la guerre civile allait s'en suivre. Ils seront poursuivis.

» Compain, la femme Legendre, Goupillon, Bourdoise, Bouquin imprimeurs sont renvoyés. »

Un mois après, en vendémiaire an IV (septembre 1795), les citoyens Supersac, Maupoint, Bourgand, Tronson et Jubin jardiniers, Dupuy homme de peine, Couard, Bouquin tonnelier, Sevin fils, Belhomme et Pottier fils horlogers sont déclarés innocents ; leurs armes leur sont rendues et on les relève de la surveillance.

Le Directoire du département suspend provisoirement de ses fonctions, le citoyen Barreau , procureur de la commune.

La garde nationale est réorganisée ; son recrutement est fait avec soin ; il est délivré 500 bons fusils par le Comité de salut public pour les bons citoyens de Chartres ; à la compagnie des grenadiers, 80 ; à celle des chasseurs 60, aux huit compagnies du centre 360.

Larochette dit Dubourg avait dénoncé la municipalité à la Société populaire, comme gagnant 5 sous sur chaque pain de 9 livres; le pain coûte 26 sous les 9 livres.

« C'est un acte de perfidie atroce, s'écrie Hoyau l'agent national ; on dit cela lorsque la Convention vient d'augmenter le prix des grains et que dès lors le pain doit augmenter aussi.

« Je poursuivrai les dénonciateurs; mais on va faire une épreuve avant d'agir. Sous le système de terrorisme, des malveillants, depuis démasqués et voués au mépris public, ont voulu se servir de ces moyens pour troubler la tranquillité.

» On a osé annoncer dans la Société populaire que la guerre civile aurait lieu ; la municipalité doit prendre une attitude imposante.

» Je demande que l'assemblée se tienne en permanence.

» Depuis le mois d'avril 1793 jusqu'en septembre suivant, la commune a perdu sur les subsistances 1,139 liv. ; elle avait dû emprunter des citoyens aisés 120,000 liv. ; le prix du pain varia de 24 à 20 sols les 9 liv.

» La loi de septembre prescrivit le pain d'égalité ; le prix du blé fut fixé 14 liv. le quintal (100 liv.) et le pain à 25 sols les 9 livres : d'où il résultait une perte de 4 liv. par sac de farine.

» La commune a donc perdu au lieu de gagner. »

Quelques jours après, Sainsot, suppléant de maire, fait lever la permanence. La malveillance n'a pas réussi ; la lecture de la délibération a été faite à la Société populaire ; les citoyens sont satisfaits.

La liste des émigrés, qui sont peu nombreux, est

publiée le 4 thermidor an III (23 juillet 1795); elle comprend les noms suivants : Lubersac, ci-devant évéque ; Lambert ancien prévôt ; Revière-Mauny ; veuve Brouilhet la Garrière-les- Ville ; Denis Gacqueray, Dumets, Goimpy fils; Ferrand, Gambis, ex-chanoines; Renouard, Bernard de Tachainville, Descorches Sainte-Groix, Lécuyer la Papotière, ancien officier; OUivier fils; Gueau-Reverseaux, condamné, décédé ; l'abbé Darchambault, chanoine décédé ; Gorvoisin.

Après l'écrasement des terroristes dans les journées de prairial an III (mai 1795), on envoya devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir Pache, maire de Paris, Audouin son gendre, Bouchotte ex-ministre de la guerre, Daubigny son adjoint, Glémence Marchand, Héron, Hassenfratz employés et membres du Gomité de sûreté générale. Un peu plus tard, comparut à son tour à la barre chartraine le général Rossignol, accusé d'ineptie et de trahison dans la guerre de la Vendée.

Les émeutes à propos des grains se succédaient ;

une des plus violentes éclata le V jour complémentaire an III (17 septembre 1795).

« Le tocsin sonne et une foule de femmes (plus de 200\ des enfants et quelques hommes se portent à la maison commune, pour réclamer une plus grande quantité de pain et l'avoir à meilleur marché; ils entrent et parlent. tous ensemble.

» 11 est 10 heures du matin, Tellier représentant du peuple en mission à Chartres est averti. Le maire, au nom delà loi, enjoint le peuple de se retirer ; il accepte de conférer avec six commissaires.

» Les commissaires disent quW enlève les grains pour Paris, qu'on ne laisse aux habitants de Chartres que une demi-livre de pain noir fait avec de la vesce et des pois. Leur patience est à bout; il faut en décider aujourd'hui; il y a encore ici un nouveau représentant qui vient pour enlever les blés et les faire mourir de faim.

» Le maire répond qu'il était précisément occupé à leur procurer une livre de pain à chacun par jour. Il a conféré deux heures avec le citoyen représentant, qui est animé des meilleures intentions. Avant deux jours, chacun aura une livre de pain, et les agents pour les grains de la ville de Paris, contre lesquels on réclame à juste titre par les vexations et le luxe apparent qu'ils affichent, seront renvoyés.

» A Tinstant, une foule immense de femmes et d'hommes est entrée en poussant des cris affreux, voulant avoir une explication avec le représentant.

» Le maire invoque alors la loi qui défend les attroupements, leur dit d'avoir confiance en leurs magistrats qui partagent leurs peines et travaillent à les faire cesser.

» Ces observations ont été rejetées avec des clameurs et des vociférations affreuses. Craignant les suites d'une pareille démarche, le maire obtient que six commissaires se rendront avec lui et un officier municipal chez le représentant logé dans la maison de la poste aux chevaux.

» Les six commissaires (femmes) demandent que les agents pour les grains de la ville de Paris soient expulsés ;

ils insultent à la misère publique; ils sont la cause de la disette affreuse de pain qui règne depuis 4 mois, même après une récolte abondante ; sans eux les blés arriveraient dans les marchés ; elles veulent que le pain ne soit plus réglé à une demi-livre par personne, que Paris le mangeant à 3 sols, il faut qu'à Chartres on le mange au même prix. - » Le représentant Tellier répond que les réclamations paraissent justes en grande partie, qu'on donnerait incessamment une livre de pain par personne, que les agents allaient quitter, mais qu'il n'était pas maître de fixer le prix du pain.

» Les six femmes, convaincues par les explications qu'il fallait attendre 2 ou trois jours, allaient se retirer pour persuader leurs camarades, mais la foule montait l'escalier ; tous voulaient donner des explications au représentant.

)> Le maire sort de la chambre, harangue la foule pour l'arrêter; on ne l'écoute point. Il prévient Tellier que son corps lui servira de bouclier au cas qu'on voulut l'insulter; il ne peut rien gagner du peuple qui est violemment agité.

» Tout le monde se rend à la maison commune.

» Pendant plus d'une demi-heure, le trouble est extrême, le rassemblement augmente ; on ne peut s'expliquer. Le représentant prononce un discours qui au lieu d'applaudissements mérités, ne fait qu'aigrir le peuple.

» Le maire n'est pas plus écouté ; on n'a plus confiance en lui ; le peuple veut le pain à trois sols la livre et k gogo; il y a assez longtemps qu'il jeûne ; on l'a amusé et le représentant lui-même est comme les autres enjôleurs de son espèce ; il faut le pain à trois sols ou la tête du représentant et de ses acolytes.

» La foule se porte alors au bureau et serre pendant trois heures le représentant, le maire, les officiers municipaux, au milieu de vociférations et d'insultes. Voyant approcher le moment d'un massacre général, Tellier cède et autorise la municipalité de Chartres à donner le pain à trois sols la livre à titre de secours.

» Le peuple fait signer l'arrêté aux autorités constituées

Uik DIRECTOIBE

et exige que le représentant le publie avec elles dans tous les carrefours.

» Le maire dit que cette formalité est inutile; mais le peuple menaçant de les écharper tous, ne les quitte qu^après la proclamation faite dans toute la ville.

» Le corps municipal, le district et le département restent en permanence. Il n'y avait à Chartres, pour toute force armée, que 7 vétérans et 70 hommes de cavalerie ; le reste de la garnison était disséminé dans la vallée pour défendre les moulins menacés par les insurgés.

« Le lendemain matin, les gardes nationaux iront en campagne pour la réquisition des grains.

» Le soir de l'émeute le représentant Tellier disait aux amis qui l'entouraient: <c L'arrêté que j'ai rendu aujourd'hui me déshonore à mes yeux et auprès de la Convention ; je n'ai pas voulu requérir la force parce qu'il y aurait eu du sang répandu, ce que j'abhorre; les autorités constituées qui m'entouraient étaient les premières sacrifiées.

» Quant à moi, ajoutait-il, jamais on n'aura ma tète... Je suis las, j'ai besoin de repos, sans doute vous en avez besoin aussi ; je vous prie de vous retirer. Vous voudrez bien vous rendre auprès de moi demain à 7 heures du matin. »

Tout le monde se retire; Tellier paraît très tranquille et du plus grand sang froid. 11 a même un air de gaieté; mais à 6 heures 1/2 du matin, il se tua d'un coup de pistolet sur le balcon.

II laissait un lettre rétractant son arrêté ; deux jours après elle est ouverte ; on ne livrera plus le pain à 3 sols, il est rétabli à 30 sous.

Tellier fut enterré en grande pompe, des discours prononcés sur sa tombe ; les troubles n'étant plus à redouter, la permanence fut levée le quatrième jour.

Le citoyen Barré revient de Paris quelques jours après. Il a appris la mort de Tellier à la Convention, qui a éprouvé une grande douleur de cette nouvelle. Elle fait prendre les mesures convenables; elle félicite les administrations de

DIRECTOIRE t(>5

Chartres de leur conduite et Barré a été invité aux honneurs de la séance.

Le général de brigade Romanet et l'adjudant général Lacroix prennent des mesures de sûreté, des citoyens ayant été attaqués en rentrant chez eux.

La nouvelle constitution que la Convention avait préparée avant de se dissoudre, fut acceptée par les assemblées primaires ; l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an III (4 octobre 1795) ayant été réprimée par Bonaparte, il fut procédé aux nouvelles élections et la Convention se sépara le 5 brumaire an III (26 octobre 1795).

A la suite d'une réorganisation communale (il n'y eut pas de maire du 15 brumaire an IV (5 nov. 1795), au 16 floréal an VIII (6 mai 1799), l'assemblée prend le nom de Conseil général et le 14 brumaire an IV (5 nov. 1795) on vote dans les assemblées primaires pour la nomination de sept officiers municipaux.

Les citoyens Brochard-Bazin, Paris-Mainvilliers, Richer père, Chancerel sont élus; Bretelle fils, Bouvart fils, Chasles apothicaire refusent et sont remplacés par des anciens dont Jacques Montéage.

Le Conseil général demande au département 50,000 liv. afin de pouvoir payer les employés, acheter le bois, la chandelle, etc., pour le service.

Dans l'Affiche chartraine du 5 nivôse (26 décembre

1795), on lit aux demandes particulières. « On propose de donner 80 louis d'or, pour lesquels on s'obligera de rendre le premier fructidor an VI (18 août 1797) en monnaie courante d'alors 120,000 livres, lesquelles 120,000 livres on reconnaitra avoir emprunté en assignats le 25 thermidor an III (août 1795). S'adresser au citoyen Périer, notaire à Chartres. »

Il y a dans cet article des faux matériels répréhensibles ; il faut réprimer de pareils écarts chez des fonctionnaires publics.

Perier est mandé, Lacombe, imprimeur de l'affiche chartraine, présente l'écrit envoyé par le notaire. Celui s'excuse, dit qu'il a reçu l'annonce de Paris, qu'il y a erreur ; que

cette erreur a été commise par son clerc. Bref tout s'arrange, il paraîtra une rectification dans le prochain numéro de la gazette.

Voici qu'un scandale se produit à la maison commune, lors du mariage du citoyen Pillant avec la citoyenne Etienne.

Pillaut, courbé et appuyé sur la table du conseil, a constamment présenté le flanc ou tourné le dos à Toflicier public ; la citoyenne Etienne, à peine entrée, s'est assise sans égards pour les magistrats du peuple, tous debout et découverts.

Pendant la proclamation ils se sont entretenus entre eux, et plusieurs fois ont voulu lier conversation avec les spectateurs dont la décence, le silence et le respect semblaient improuver leur conduite.

A la demande faite par TofBcier public s'ils déclaraient se prendre mutuellement pour époux,, les citoyens Pillaut et Etienne sont chacun partis d'un long éclat de rire, le premier en promenant ses regards sur l'assemblée, la seconde en se couvrant d'abord de son éventail, probablement par un reste de honte.

Une scène aussi scandaleuse, loin de s'ensevelir dans l'oubli, est généralement connue et répandue ; il peut en résulter pour la loi et ses organes un préjudice, une défaveur également dangereuses ; le district est invité à poursuivre.

Quelques jours après, les époux Pillaut envoient une lettre d'excuses et les poursuites sont arrêtées; puis Pillaut prend un passeport pour l'Amérique où il va recueillir la succession de son beau-père Etienne.

En floréal (avril 1796), les administrateurs de la commune se plaignent de Texcès de travail qui les accable; le citoyen Chancerel est mort; ils ne sont plus que trois ; ils réclament des adjoints temporaires jusqu'aux élections suivantes.

Richer, Jacques Montéage et Paris-Mainvilliers s'adjoignent alors Dutillet, ci-devant président de l'administration du district; puis les quatre complètent le nombre légal d'officiers municipaux en nommant Blonié père orfèvre, Maugars-Chantheloup et Cordier-Plantage.

Les vols se multiplient, des malveillants s'agitent en tous sens ; même des brigands et des assassins sont venus jusque dans les environs ; on rétablit le service de garde de la maison commune, suspendu depuis deux mois.

11 n'y a plus de canons ; les deux qui restaient à la commune ont été conduits au parc général de Paris, par ordre du général en chef de Tarmée de l'intérieur ; c'était une mesure de désarmement prise dans tous les départements ; on craignait toujours des soulèvements.

Sainsot, propriétaire des boutiques de la foire des barricades, est autorisé à les louer 2 liv. 10 sous le pied dans l'allée des horzains, 2 liv. 5 sous dans l'allée du mitant et 2 liv. dans les allées chartraine et pavée ; il aura droit en outre à 20 sous par boutique pour les toiles et le réservoir d'eau qu'il entretiendra en cas d'accident.

Le citoyen Maupoint, après 18 ans de service, aura une retraite de 400 liv. ; avec obligation d'être prêt, si sa santé le permet, de se vouer de nouveau au service de l'instruction de la jeunesse.

11 est remboursé 200.000 livres en assignats au gouvernement, qui les avait prêtés quelques mois auparavant pour nourrir les indigents en achetant des grains.

On avait, au commencement de l'année, sur un rapport du* citoyen Paris-Mainvilliers, officier municipal, admis la démolition des murailles qui enfermaient Chartres.

» La clôture de la ville, dit-il, remonte à des temps inconnus ; la fréquence des guerres civiles et extérieures, le régime féodal, nécessitaient cette mesure.

» Chartres, alors ville frontière, devait naturellement être une ville de guerre ; ses fortifications, avant l'usage du canon pouvaient valoir quelque chose ; notre ville, en cas de troubles, offrait encore une retraite assurée à ses habitants, à ceux des campagnes voisines, à leurs richesses même et l'histoire nous offre plusieurs exemples fraisants de l'utilité de nos murs.

» Chartres a soutenu plusieurs sièges/ et en ce sens ses fortifications furent utiles à l'Etat. Mais Aujourd'hui Chartres

est au sein de la France ; les réparations et entretien des murs sont à la charge de la Ville; les revenus de la ville peuvent-ils supporter cette charge ?

» Les revenus sont aujourd'hui nuls et le produit des 4 sols additionnels ne suilirait pas, même en numéraire, à l'entretien des réverbères de la police et des charges locales.

» Il a d'ailleurs été porté des atteintes sans nombre à l'enceinte des murailles ; l'ouverture de la porte Saint-Jean offre une nouvelle entrée dans la Ville ; un pan de murs de 200 pieds au moins vient d'être jeté dans les fossés ; ces fossés sont comblés et par la brèche, on entre de plain pied dans la ville.

» Cent maisons bordent les remparts, elles s'élèvent à la hauteur des murailles ; on en construit d'autres en aussi grand nombre, ou on va le faire.

» La question est déjà résolue par le fait.

Des faubourgs se sont élevés ; leur population égale celle de la ville. En cas de troubles, d'approches, de soulèvement des campagnes, les habitants abandonneront-ils leurs maisons pour s'enfermer dans la ville et nous défendre ? Un exemple récent prouve le contraire.

» En 1792, lors de l'émeute de Courville, le conseil voulait fermer les portes et se défendre dans la ville ; mais les faubourgs exigèrent que la force armée défendit les entrées, les issues de leurs habitations.

» Presque toutes les villes de l'intérieur sont ouvertes et sans défenses; la tranquillité n'y est pas plus exposée qu'ici.

» La ville est resserrée, les habitations entassées ; les rues, les places sont étroites, insuffisantes et par suite, sales et malsaines. La sûreté de la ville est journellement menacée par les incendies.

» En déclassant Chartres comme forteresse, on évite ces inconvénients. Les rues s'élargissent, les maisons se dispersent ; Tair circule et se purifie. Les matériaux des épaisses murailles suffiront pour border de maisons solides, agréables, riantes et aérées, toute la circonférence de la ville le long des promenades, à l'instar des boulevards de Paris.

OIRBCTOIRE 169

» Il y a six portiers qu'il faut loger et payer ; on doit réparer et entretenir les logements. Pour cela, il faut des fonds, des revenus ; on n'a ni l'un ni l'autre.

» La démolition devrait être faite au fur et à mesure des circonstances civiles et politiques.

» En dégothisant la ville, en l'aérant, il n'entre pas dans les vues de l'administration de la priver d'un monument justement estimé dans son genre et le seul de son espèce, je veux parler de la Porte Guillaume. Il convient de conserver cet édifice véritablement curieux par son architecture.

)> Les murs n'étant pas conservés, on préparera les plans pour la régularisation de la place des Epars. »

Le rapport est adopté par le conseil général de la commune.

Religion, sciences, arts, fêtes. — Le citoyen Masson se présente le 4 nivôse an III (24 décembre 1795) au nom de la Société des arts ; il dépose 300 liv pour les pauvres.

» Au moment de la terreur, dit-il, les membres de la Société ont été dispersés ; on a inventé une épuration pour sacrifier le chef; des scènes affreuses ont eu lieu.

» Mais un nouveau ciel a luit; la terreur et le fanatisme n'ont pu en supporter le jour et leurs fidèles satellites ont été précipités pour jamais dans l'abime où ils voulaient nous entraîner tous. La raison si souvent invoquée a fait briller son flambeau ; elle a parlé à nos cœurs. Les magistrats ont repris le libre exercice de leurs fonctions, et enfin la ligne de démarcation entre les différents pouvoirs a été tracée par le doigt de la justice.

» Les premiers jeux, repris maintenant, ajoute le citoyen Masson, ont été de par et pour le peuple (gratis) et ensuite consacrés à célébrer la victoire remportée à Coblentz par le général Marceau, notre compatriote.

» Depuis la reprise, on n'a pu encore rien offrir aux indigents; mais chaque sociétaire a tiré de sa poche ce qu'il pouvait, et nous offrons 300 1. pour les pauvres.

r> La Société possède en instruments, habits et costumes, uu fonds de plus de 4,000 livres: elle est dans une situation prospère. »

Tous les papiers, imprimés et manuscrits qui ne sont d'aucune utilité dans les communes, seront réunis au district et le citoyen Cheddé, connu pour son zèle et son travail assidu, est nommé chef de la correspondance.

Une adresse est envoyée à la Convention pour obtenir une école centrale dans la commune.

Le 4 fructidor an III (22 août 1795) des citoyens demandent que Téglise cathédrale leur soit concédée pour l'exercice du culte catholique. Accordé.

Par des sonneries de cloches, certains citoyens sont convoqués pour se rendre en Téglise de Thospice général, où le culte catholique est exercé. Aucune convocation publique ne pouvant être faite pour inviter les citoyens à un culte, le directoire du département fait descendre les battants des cloches pour les déposer à la maison commune.

A Saint-Cheron, on accorde l'église pour l'exercice du culte catholique, mais non le cimetière pour les sépultures. Le cimetière a été agrandi d'un arpent de terre et on se propose de l'augmenter encore.

Le 19 nivôse an IV (janvier 1796) des citoyens se préoccupent de la conservation de la ci-devant cathédrale. Le Conseil les approuve, les encourage.

<( Les arts, dit le rapporteur, fondent la gloire d'un empire ; ils élèvent l'âme et purifient les mœurs; les anciens étaient si convaincus de cette triple vérité que les monuments remarquables étaient entretenus aux frais de TEtat. Le monument chartrain mérite d'être conservé. »

On refuse l'exercice du culte dans l'église Saint-Hilaire ; la cathédrale est spacieuse et donne aux habitants de la basse ville des facilités suffisantes pour le culte catholique.

Des prêtres de l'église Saint-Maurice prennent des notes sur l'état-civil des citoyens, pour les actes de baptême, de mariage et de sépulture. Les notes et registres doivent être rapportés à la maison commune, sous peine de poursuites.

Le décadi 10 germinal an IV (31 mars 1796), fête de la jeunesse dans la ci-devant cathédrale. Cette fête est célébrée en grande pompe ; les jeunes élèves, désignés, des école primaires viennent ensuite à la maison commune ; des exemplaires de la constitution leur sont distribués ; on leur présente ensuite des rafraîchissements ; les musiciens jouent des airs patriotiques dont les jeunes gens chantent les paroles ; des danses terminent la fête.

Le décadi 10 floréal an IV (1*' mai 1796), fête des époux sur la grande butte, à 10 heures du matin.

Le 30 floréal an IV, fête de la reconnaissance et des victoires.

Au lever du soleil, décharge d'artillerie ; une musique guerrière parcourt tous les quartiers de la ville ; elle est précédée d'un trompette escorté de 4 cavaliers ; un officier municipal, en costume, monté sur un cheval blanc, est guidé par un hérault d'armes.

A chaque carrefour, l'officier municipal lit une proclamation :

« Citoyens, c'est aujourd'hui que le peuple français honore le courage des armées triomphantes de la République ; livrez à la joie vos cœurs reconnaissants. »

A 9 heures, la garde nationale, les corps militaires et les autorités se rendent à la maison commune.

Un groupe de jeunes filles vêtues de blanc, ornées de fleurs et de rubans tricolores, tiennent en main les couronnes et les palmes destinées aux braves militaires blessés aux champs d'honneur ; ces généreux martyrs de la liberté marcheront en deux lignes ; les mères et les veuves des défenseurs de la patrie, parées de guirlandes, forment un groupe placé au milieu des deux municipalités.

Quatorze héraults d'armes porteront chacun un guidon, sur lequel sont écrites ces inscriptions : « Armée d'Italie ; Armée de Sambre-et-Meuse; etc. » Ces guidons seront ornés du laurier de la victoire, enlacé avec l'olivier de la paix.

Sur la place d'armes, une colonne porte les noms des citoyens de la commune morts en défendant la patrie ; et

sur cette place, Torchestpe exécute Tair touchant : « Mourir pour la patrie ! »

Sur la place de la Liberté, les hérauts, rangés autour de l'arbre Sacré, proclament à haute voix : a Cette armée a bien mérité de la patrie. »

Après chaque proclamation, des fanfares et des décharges d'artillerie font retentir les airs.

Sur la butte des Épars est dressé l'autel de la patrie ; les militaires blessés y reçoivent la palme due à leur valeur, et leurs noms sont proclamés.

Ces proclamations sont suivies de décharges d'artillerie et de chants patriotiques.

Un banquet reçoit ensuite les militaires blessés, dans la maison commune ; pendant le festin, la musique exécute des airs guerriers. Alors un militaire, au nom de ses frères, exprime sa reconnaissance pour les témoignages de gratitude qui leur sont témoignés. « Nous revenons, ajoute-t-il, » avec des cœurs que les foudres de Vulcain ne rendront » pas insensibles aux flèches de l'Amour, et qui viendront » unir aux lauriers de Pallas, le myrthe heureux de la » Beauté. »

Il y avait au banquet une cinquantaine de frères d'armes blessés. On aurait voulu voir à ce festin, au moins les présidents des tribunaux civil et criminel ; le tribunal de commerce seul, dont les membres ne sont pas salariés, y a participé. Des toasts ont été portés à la prospérité de la République, aux armées triomphantes, aux frères d'armes blessés, à la concorde, à la paix.

Des jeux et des danses terminent la fête.

Les artistes dramatiques ont donné une représentation de pièces patriotiques ; les premières loges étaient réservées aux militaires blessés.

On fait disparaître de la promenade les débris de la montagne ; ils sont répandus dans le fossé. Le régime révolutionnaire a fait place au régime constitutionnel : il faut anéantir ce qui retrace l'image du premier, les vestiges de la dernière tyrannie.

DIRECTOIRE i7H

Agriculture, cherté des grains et du pain. — L'agriculture va être encouragée ; on désigne les six cultivateurs du canton de Chartres qui se sont le plus distingués, soit par leurs travaux, soit par des découvertes précieuses ou par leur succès dans l'économie animale. Ces cultivateurs auront droit à des récompenses nationales.

Ce sont :

Le citoyen Sébastien Doublet, laboureur vigneron au Puits-Drouet, connu pour son intelligence dans la culture de la vigne, celle des terres labourables, luzernes et sainfoins ;

Létang, cultivateur à la Banlieue, exerce son état avec distinction ;

Peigné à Gondreville, commune de Thivars, marche sur les traces de Lubin Peigné, son père ; a un très beau troupeau, fait grand nombre d'élèves d'agneaux, s'attache à avoir de jeunes et bons poulains dont il fait des sujets excellents; il a des vaches du meilleur rapport et tire de ses terres les productions les plus avantageuses à l'espèce humaine et aux animaux;

Girod, à Morancez, a fait nombre d'expériences sur la propagation des bétes à cornes ; il a donné de très bons mémoires sur le régime forestier ; il a beaucoup de ruches à miel et s'entend parfaitement à ce genre d'industrie ;

Monfort demeurant à Oisème, commune de Gasville. Il y a peu de branches dans l'agriculture et le jardinage qui lui soient étrangères , il les connaît et les pratique de manière à se faire des admirateurs et des imitateurs ;

Béville à Séréville. Il n'y a point d'expériences que ce citoyen ne fasse pour tirer, de la culture de chaque espèce de terrain, le meilleur parti possible. On peut dire qu'il ne néglige, ni n'épargne son temps ni sa bourse.

A cause des maraudeurs, les cultivateurs de Nicochet, faubourg des Epars, obtinrent de monter la garde, jour et nuit pour la conservation de leurs récoltes. A l'état-major, chaque jour, on leur donne le mot d'ordre pour les patrouilles.

A Saint-Cheron, on se contente de Hoyau, garde grains. Vu la cherté excessive de tout, sa rétribution est fixée à 4 sols par setier de terre, y compris celles ensemencées en mars.

Gosson, pâtissier, offre au Conseil un petit pain composé de froment et de deux tiers de farine de pommes de terre, avec un peu de sel ; ce pain est trouvé bon ; il est accordé à Gosson pour son zèle, une mention honorable.

Vu la cherté excessive du bois, en vendémiaire an IV (septembre 1795), les boulangers recevront une indemnité totale de cuisson de 45 liv. 10 sous pour un sac de farine de 325 livres. Ils ne remettront à la caisse des subsistances, pour chaque sac de farine, que la somme de 602 liv.

On a découvert une tourbière dans les prairies deBévillele-Comte ; par son exploitation, le prix du bois diminuera. Malheureusement la tourbe étant sans valeur, l'idée d'exploitation fut abandonnée.

Dans une séance du 4 thermidor an III (23 juillet 1795), le maire rappelle qu'il a été prêté à la commune, pour l'achat des subsistances, 200,000 liv. par le représentant Bernier, et 183 quintaux de blé par le représentant Fleury.

Jusqu'au 20 prairial (8 juin), le prix du pain n'a pas dépassé 15 sols la livre ; il a ensuite atteint 30 sols, ce qui a motivé l'arrêté du 14 messidor. Il restait seulement pour huit jours de subsistance ; chaque indigent ne recevait plus par jour qu'une 1/2 livre de pain.

. Au 1*^ thermidor, la récolte étant en retard, il a fallu prolonger la même distribution et au même prix, bien que les blés soient montés jusqu'à 2,000 liv. le setier.

L'assignat ne valait plus guère à cette époque que les 2/100" de son titre; tout le monde le refusait; on voulait être payé en numéraire qui était rare et se cachait.

Il y a en magasin 190 sacs de farine qui, à raison de 13 à 16 sacs par jour, assurent des vivres jusqu'au 15 thermidor; à raison de 30 sols la livre de pain, il sera réalisé une jecette de 126,000 liv. qui, employées avec les 70,000 liv. restant, permettront d'acheter au prix de 3,600 et peut-être

4,000 liv. le sac de farine, la quantité nécessaire pour conduire au 20 thermidor prochain.

« Il ne restera rien, ajoute le maire ; on ne pourra plus » assurer faute de ressources, la subsistance de la commune ; » pour alimenter les 15,000 habitants de Chartres, il faudrait » par jour au moins 90 setiers de blé qui, achetés moitié du » prix actuel, exigeraient par mois une somme de 2,700,000 » livres, »

La situation est navrante ; elle parait désespérée.

a L'approvisionnement partiel des habitants, reprend le » maire, sera bien plus aisé ; la récolte déjà commencée, » permet de s'approvisionner de suite ; à l'époque du 20 » thermidor, les ressources seront plus multipliées et plus » abondantes encore. »

A cette date, la municipalité cessera d'administrer les subsistances publiques ; chaque citoyen se pourvoira ; les boulangers se procureront des grains et des farines pour continuer leur profession.

Cette pénurie effrayante de subsistance, dans un département très fertile, vient de ce que Paris absorbe tout. Une nuée de commissaires, tous en concurence pour Tachât des grains pour Paris ou les armées, s'est jetée sur l'arriéré laissé jusqu'à la récolte et les prix sont arrivés à un taux hors de toute mesure.

Le prix de la farine de première qualité, sans mélange de pois et de vesce, était monté jusqu'à 4,000 liv. le sac de 325 livres; le blé valait 2,000 liv. le sac de deux quintaux (98 kilog).

Le 19 thermidor, une mesure vient sauver de la détresse les habitants de Chartres ; il sera pris dans les magasins militaires 75 quintaux (de 100 livres) de blé pour les nourrir et cela, jusqu'après la récolte ; le prix sera celui fixé le 24 germinal précédent. Le peuple est averti par une proclamation ; chacun est invité en outre à s'approvisionner de son côté.

Le 15 brumaire an IV (5 octobre 1795) les citoyens se pourvoiront eux-mêmes des subsistances, le résultat de

la récolte le permet ; on diminuera graduellement les secours journaliers accordés sur les magasins de la république ; les 75 quintaux de blé seront diminués de 5 tous les 5 jours jusqu'à cessation complète.

Mais les habitants n'ont aucun revenu en grains, les marchés sont peu garnis et les agents du gouvernement enlèvent les grains à tous prix. Une députation est envoyée à Paris pour demander la contiuation de Tétat de choses.

La misère est auprès de l'abondance, il n'est pas bon pour la sûreté des magasins des armées et de Paris que cette opposition soit trop visible.

Paris-Mainvilliers et Guillard reviennent de Paris ; ils ont obtenu la prorogation du secours de 75 quintaux de farine jusqu'au 1®*^ frimaire (21 novembre) ; ensuite on touchera des grains sur le produit des versements de la contribution foncière du canton.

Des fraudes sont signalées : on déclare plus de bouches qu'il n'en existe dans les familles ; on engage à dénoncer ceux, non nécessiteux, qui recevraient des cartes.

« Les employés des bureaux du département demandent à être portés sur les états des indigents, attendu l'insuffisance de leur indemnité et de leur traitement fixe.

« Comme ils reçoivent l'indemnité d'une livre et demie de pain par jour, leur demande est repoussée. »

Le 16 brumaire an IV (6 octobre 1795), le Directoire exécutif prend l'arrêté suivant :

» La quantité des préposés, chargés d'acheter des grains dans les départements environnant Paris, influe sur le prix des grains, provoque une pénurie factice.

» Tous permis ou autorisations pour acheter des grains sont annulés.

» Les porteurs devront rapporter leurs permis dans les 24 heures.

» Tout porteur qui en ferait usage après le délai, sera poursuivi comme faussaire ; les grains et farines seront confisqués.

» Les membres du Directoire exécutif, Rewbel, président, Carnot, Letourneur, P, Barras, La Reveillière-Lepaux. »

Les marchés sont troublés chaque jour par le refus des campagnes de recevoir les assignats coupés, doublés et rapiécés ; cependant ces assignats sont la monnaie du peuple et surtout du pauvre ;

Il sera payé aux portefaix 5 liv. par sac de blé ou de farine, chargé ou déchargé, de 200 et 325 livres pesant. On réduira ce prix quand les comestibles baisseront.

Le 14 nivôse an IV (3 janvier 1796), la livre de pain est payée 3 liv. 15 sous. La farine est fournie aux boulangers à raison de 1,280 liv. le sac.

Quinze cents voitures attelées avaient été réquisitionnées pour les transports militaires ; on était arrivé à payer 60 liv, par jour pour un collier de cheval.

Les chevaux perdus étaient remboursés comme valeur aux cultivateurs, et le 5 pluviôse an IV (5 janvier 1796) il est alloué au citoyen Denis Letang, à la Banlieue, les /sommes sui* vantes :

Pour un cheval sous poil noir, âgé de 3 ans, pouvant valoir. 60,000 livres.

— — rouge, 4 — — 50,500 — ^ bai, 6 — — 40,000 —

— — blanc, 7 — — 10,000 —

— — noir, 8 — — 35,000 — .

— — margot, 9 — — 43,000 —

— sous poil gris, 3 — — 70,000 —

un âne . , . • 3,000 —

un autre 3,500 —

les harnais des chevaux 65,500 —

les cordages 6,494 —

L'évaluation de toutes ces différentes pertes

se monte à 412,094 livres.

Frain, concierge de la maison de justice, fournit de Teau et de la paille aux prisonniers ; la somme modique qui lui est allouée est réduite à rien ; il pourra vendre la paille à raison de 10 liv. la botte.

Il lui est de plus alloué une indemnité de une livre et demie de pain, et une demi-livre de viande par jour.

Voici que le ministre de l'intérieur Benezech ne veut plus laisser prendre 75 quintaux de farine, à 150 liv. par jour dans les magasins des armées ; il accorde 3,000 quintaux de grain à prendre sur le produit de la contribution foncière du canton, au prix des mercuriales.

Chancerel part pour Paris, voit le ministre, expose qu'il y a à Chartres 10,000 indigents, qu'on a pu leur livrer le pain à raison de 3 francs 15 sous la livre ; à Paris le pain est payé 3 sols la livre.

« Est-ce donc une grâce, dit il, dans un gouvernement basé sur Tégalité, de demander à payer le pain un prix vingtcinq fois supérieur à celui de nos frères de Paris. »

Il obtient la révocation de l'arrêté ; la livraison des 75 quintaux de farine par jour sera continuée jusqu'au 30 pluviôse ; après quoi, il sera délivré 3,000 q» de blé au prix des mercuriales.

Un jury est nommé, à l'effet de présenter dans le délai de trois jours, une liste des citoyens les plus indigents et absolument hors d'état de pourvoir à leur subsistance.

Les assignats sont tombés dans un tel discrédit que les boulangers refusent de les recevoir; on les contraint de les prendre à peine de 30 liv. d'amende en numéraire.

Le numéraire reparaît un peu, et les portefaix recevront 15 deniers par setier et 15 sols par muid en numéraire, ou bien en assignats au cours du prix du pain.

A la date du 28 ventôse an IV (18 mars 1796, vieux style) le pain est payé 10 liv. la livre pesant en assignats, ou un sol en numéraire.

Le conseil prend enfin livraison des 3,000 quintaux de grains : 2,000 à lUiers, 1,000 à Voves, le 23 prairial an IV (11 juin 1796).

Médecins, notaires, monnaies, prix. — Barrot, officier de santé, demande à établir sur une place publique un théâtre pour y débiter des médicaments ; on veut d'abord s'assurer

si ces médicaments ne peuvent nuire à la santé des citoyens.

Il est décidé que tout opérateur, chimiste, officier de santé, ne pourra vendre, sans déposer à la municipalité une portion des drogues ou herbes qu'il désire vendre.

Ces drogues ou herbes seront visitées et décomposées par un comité de santé, et le débit ne pourra en être fait qu'après le rapport du comité.

Tout contrevenant sera expulsé sur le champ de la commune et dénoncé aux tribunaux. Ce comité de santé comprendra 2 médecins, 2 chirurgiens, 2 pharmaciens.

Il est accordé au citoyen Deschamps, officier de santé, une baignoire pour la maison de justice, afin de guérir plusieurs femmes qui sont atteintes de la gale.

Lacroix, portefaix, et son épouse fourniront l'eau de fontaine à l'hospice pour la salle des malades, les sœurs, les chirurgiens et les économes, à raison de 12 liv. par mois en numéraire métallique. Ce marché est passé pour trois mois en ventôse an IV (février 1796).

Le 13 thermidor an IV (1'''' août 1796, vieux style) on se plaint que plusieurs individus, sans études préalables, sans examens subis, sans titres reconnus, exercent l'art de guérir et vendent des drogues et médicaments dont la salubrité peut être au moins suspectée. Ils n'ont pas droit à la patente de pharmaciens.

Il est décidé que les citoyens exerçant dans la commune l'une des trois branches de l'art de guérir, devront produire dans la huitaine leurs titres ou brevets ; ou bien ils feront preuve de leurs études dans cette partie devant une commission de six membres, pris dans les trois facultés de l'art de guérir. Cette commission examinera aussi les médicaments ; ses membres sont les citoyens : Judel, Compaignon, Lebas, Guillerault, Loran, Delacroix.

Le nombre des notaires publics était anciennement de 16 ; il en reste 13 ; il ne faut pas que les offices soient en un trop petit nombre de mains, et l'administration du dépar-' tement est invitée à nommer à deux places.

180 DIRECTOIBB

Le citoyen Charpentier meunier au moulin de la Barre, prétend que la Courtille attenant au moulin des Filles^Dieu lui appartient; mais sa demande est repousée, cette Courtille ne faisant pas partie de l'adjudication du 21 janvier 1791 ; elle n^est pas non plus contenue dans le bail du 21 mars 1781.

Ce terrain fait partie des promenades de la commune; placé près de la fontaine minérale, il offre aux citoyens qui vont prendre les eaux une promenade agréable. De temps immémorial, cette pièce de terre recouverte de gazon sert au public et n'a pas été affermée. Elle n'a pu être comprise dans la vente.

Dans la prison des carmélites, il y avait trente femmes détenues. Six d'entr 'elles , très mauvais sujets, ont soulevé les autres et fait diverses tentatives pour étrangler les concierges et s'enfuir; elles ont percé le mur et se seraient sauvées sans un second mur de clôture.

Ces six femmes ont été transférées dans la prison du palais ; elles cherchent journellement à soulever les prisonniers ; elles ont tenté de mettre le feu en allumant les pailles des prisons et cachots.

La municipalité veut les faire transférer à Paris pour y subir leur peine.

L'exécuteur demande que son traitement de 1,200 liv, soit converti en blé ; il lui est accordé une indemnité suffisante pour le faire vivre, lui et sa famille.

En moins d'une année, la dépréciation des assignats

avait fait ressortir les prix de toutes choses à des taux exorbitants.

Les porteurs de corps morts reçoivent 15 sols pour chaque corps; tout est cher, ils usent beaucoup de souliers; ils toucheront 20 sols par chaque grand corps , 15 pour les enfants ; peu après, ils sont taxés à 25 sols pour chaque corps et les fossoyeurs à 40 sols pour chaque fosse. Ensuite en frimaire an IV (novembre 1795), les fossoyeurs reçoivent 10 liv. par fosse, les porteurs 5 liv. par corps. En nivôse, les fossoyeurs ont droit à 40 liv. par décès.

Une paire de souliers, livrée par les cordonniers pour

Tarmée, leur était payée 150 liv. en nivôse an III ; dix mois après, elle vaut 960 liv. et deux mois ensuite, en ventôse an IV (février 1796, vieux style) la paire de souliers pour Tarmée est payée comme en 1790, à raison de 5 liv. 10 sols, en numéraire métallique ou en assignats au cours, ce qui correspondait à environ 1,100 liv.

A la foire de septembre, les boutiques d'assemblage sont louées 8 liv. par pied ; celles construites en planches, de gré à gré.

Les tambours de la garde nationale faisaient leur service avec beaucoup de négligence; on leur donne cependant pour chaque garde de 24 heures, 2 liv. d'augmentation, ce qui porte la garde à 8 liv. Le tambour-major a droit à 12 liv. par jour. Plus tard, les tambours touchent en numéraire 10 sous par jour de service.

Les employés des bureaux de l'administration municipale ne peuvent vivre : le secrétaire en chef gagne 200 liv. par mois ; il a droit à une indemnité mensuelle de 120 liv. ; on a doublé déjà ce traitement, ce qui fait 640 liv. ; on y ajoute une indemnité de une livre et demie de pain par jour, soit 900 liv. par mois. Il touche en totalité par mois 1,540 liv. Les employés, 1,410 liv. par mois.

Denis, casseur de bois pour la municipalité, ne peut vivre, dit-il ; il ne reçoit que 30 liv. par jour de travail ; on le fixe provisoirement à 60 liv. par jour.

Frain, concierge de la maison de justice expose que les 1,800 liv. qu'il reçoit peuvent à peine l'entretenir de souliers ; il demande deux sols par jour pour fournir chaque détenu de paille et d'eau. Accordé.

Le Floc et Joliet, inspecteurs de police, gagnaient 800 liv. et 1,000 liv. dans un temps où les assignats étaient au pair de l'argent ; aujourd'hui, on les paiera à raison de 30 capitaux pour un, comme les autres employés de la commune.

Les portiers des fortifications recevront 20 sols par jour en numéraire.

Il est payé par place et par lieue de poste : dans les diligences 60 liv., dans les cabriolets de diligence et dans les

carosses 45 liv., dans les fourgons 12 liv. 10 sois; pour les effets et marchandises de Chartres à Paris, par 100 livres pesant, le prix est de 458 liv. 15 sols.

Il part de Chartres pour Paris un carosse, tous les 5, 15 et 25 de chaque mois et de Paris pour Chartres, tous les 2, 12 et 23 de chaque mois. 11 est deux jours en route.

Un habit, veste et culotte d'uniforme de gendarme, des mieux conditionnés, est vendu 7,000 liv.

Une culotte de soie noire, doublée de futaine blanche, 1,500 liv. ; une paire de flambeaux et leurs bobèches, bien argentés, 3,600 liv.

Le 13 nivôse an IV, il est vendu devant Fortin, notaire à Orléans, sept setiers cinq boisseaux de terre situés commune de Pré-Martin, moyennant 90,000 liv.

Devant Levassor, notaire à Chartres, il est vendu six setiers, deux minots, deux boisseaux de terre, situés à Ouarville, moyennant 55,000 liv.

Le 12 ventôse an IV, le blé élite vaut au setier 7,400 liv. en assignats, 21 liv. en numéraire; le pain jaunet de neuf livres pesant est taxé à 330 liv. en assignats, ou 21 sols en numéraire. En thermidor, le setier de blé se vend 23 liv., et le pain jaunet de 9 livres 22 sols.

A l'hospice civil, les gages du garçon infirmier sont de 100 francs, valeur métallique; la cuisinière gagne aussi 100 francs ; trois autres femmes de service ont 90 francs chacune.

La citoyenne Hoyau, blanchisseuse, reçoit 322 liv. pour blanchissage de 46 paires de draps à Tusage des vétérans, à raison de 7 liv. la paire.

Les sœurs de l'hospice civil ayant à faire une grande lessive, il fallut trois hommes pour porter le linge; le salaire de ces porteurs est fixé pour chacun à une livre de pain, une bouteille de vin, la soupe à neuf heures et 100 liv. pour la journée.

Pour surcroit de malheur, des malveillants cherchèrent à discréditer le numéraire républicain, sous le prétexte d'un titre inférieur aux anciennes monnaies. 11 fut démontré

qu'^u contraire les pièces de la monnaie constitutionnelle avaient un grain de fin par marc de plus que celles antérieures avant 1790; toutes indistinctement doivent être reçues dans le commerce pour leur valeur nominale ; il est fait défense de les refuser, sous peine d'être poursuivi comme concussionnaire.

11 est aussi interdit de faire aucun échange de gros sous contre des assignats, bien que beaucoup d'individus le demandent journellement aux caisses de la municipalité.

Les indigents reçoivent des assignats pour leurs salaires.

Le numéraire étant agioté et vendu pour des assignats, avec lesquels le pain est payé aux boulangers, il ne resterait plus de numéraire pour l'administration, qui en a besoin pour ses dépenses.

Les assignats doivent incessamment être échangés contre des mandats territoriaux.

La planche aux assignats fut brisée le 18 mars 1796; il y avait eu des émissions s'élevant ensemble à 45 milliards ; il en restait 24 en circulation, que l'on réduisit au trentième de leur valeur, c'est-à-dire à 800 millions, lesquels furent échangés contre 800 millions de mandats.

Le retour du numéraire ramena la prospérité; le commerce se rétablit, la famine cessa et le l'ationnement fut supprimé.

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