VIII. - DIRECTOIRE (18 FRUCTIDOR AN IV
Politique, administration, religion. — Le peuple devint indifférent en politique ; le Directoire exécutif était composé d'hommes actifs et courageux, travailleurs. Les assemblées des Anciens et des Cinq-Cents se divisaient en deux partis, celui des anciens conventionnels ou républicains et celui des monarchistes qui ramenaient peu à peu la Révolution en arrière.
La conspiration de Babeuf ayant échoué, le parti républicain redevint le plus fort... Pendant ce temps, Bonaparte émerveillait le monde par ses campagnes d'Italie.
L'administration municipale était toujours surchargée des questions de détails ; elle n'avait pas de repos ; tous les jours elle siégeait.
La loi de vendémiaire an V (septembre 1796) conservait aux hospices la jouissance de leurs biens ; on nomme la Commission des Administrateurs qui est composée des citoyens : Hue-Boisbarreau, Bouvet-Jourdan, Petion-Labâte, Aillet et Jolly-Deshayes.
L'exercice du droit des citoyens avait été suspendu par l'état de domestique à gages, attaché au service de la personne ou du ménage ; s'il en existe dans les rangs de la garde nationale, leurs noms seront rayés.
L'état de conservation de la cathédrale préoccupe tou-
jours certains esprits ; sans un prompt secours, la ruine du temple sera consommée.
(( A l'époque malheureuse où le vandalisme exerçait ses ravages sur toutes les parties de la République, à cette époque désastreuse, le Temple fut découvert et le plomb conduit à Paris dans les magasins de Tarmée.
» Après le 9 thermidor, cet acte de vandalisme fut dénoncé à la tribune de la Convention et le gouvernement parut disposé à faire recouvrir Tédifice, Rien n'a été fait : les bois pourrissent, Teau filtre partout; bientôt le plus beau monument de l'architecture gothique ne présentera plus que des ruines et des décombres ; il faut prendre sur le champ des mesures préservatrices.
» L'administration municipale, continue le commissaire, n'a pas de fonds ; on pourrait aliéner quelques édifices nationaux de la commune, non utiles, et en affecter le prix à faire des recouvertures.
» Cela est d'autant plus juste, conclut-il, que c'est la République qui a profité du plomb. »
Dutillet, membre de l'administration et Masson ex-maire, sont envoyés en mission à cet efifet à Paris, auprès du directoire exécutif et du ministre de l'intérieur.
Une pétition des ex-prêlres, détenus aux Carmélites, pour être rendus à la liberté, est accueillie favorablement ; elle sera appuyée.
On accorde pour le culte catholique romain dans l'église ci-devant cathédrale, l'usage des chaises, bancs et bancelles qui y sont conservés. 11 existe 950 chaises, 19 bancs, grands ou petits, à dossiers; de même l'usage des linges, ornements et autres efifets servant au culte, est autorisé à charge d'entretien, sauf pour un usage extérieur, lequel est interdit.
Un groupe d'honorables citoyens se propose de refaire la couverture de la cathédrale ; ils demandent à utiliser les fers, plombs, ardoises, boiseries, ornements dégalonnés et autres matériaux qui appartiennent à la dite église, en justifiant de l'emploi de ces objets. La pétition est signée par les citoyens : Masson, Dutemple-Rougemont, Dauphinot,
Barrier vétérinaire, Legault, Dabit, Lesage, Montéage, Lafoi et Duchesne.
Ils veulent conserver ce monument des arts à la postérité; l'administration municipale les encourage.
En même temps, le sculpteur Chambrette, préposé à l'entretien, ce qu'il n'avait d'ailleurs jamais pu faire, n'ayant pas de fonds à sa disposition, voit ses fonctions supprimées ; des habitants font célébrer le culte dans le Temple, des zélateurs l'entretiennent et le réparent: il n'y a plus lieu de salarier Chambrette.
Petion père, par pétition, demande que l'on rende aux places et aux rues leurs anciens noms; que l'on enlève de la croix du clocher neuf le bonnet rouge qui le couvre ; que l'on détache de l'aiguille de l'horloge le bonnet rouge qui y a été fixé ; que Ton enlève, du dessus de la porte d'entrée du repaire du ci-devant comité révolutionnaire, le tableau en plâtre qui y est resté.
Tout cela va être fait par qui il appartiendra.
Un concile devait, disait-on, se réunira Paris en fructidor an V (août 1797) et les prêtres du département se réunirent dans la cathédrale pour nommer un député à ce concile. La réunion avait été provoquée par le citoyen Jumentier; Lesage, ex-curé, le plus ancien, est nommé président après la lecture de diverses lettres d'évêques. Mais les commissaires de police empêchent la réunion de se former en assemblée délibérante, et de nommer des députés pour assister en son nom à une corporation.
Le citoyen Blonnié a loué rue des Changes, n** 165, un appartement qui sert de réunion à plusieurs citoyens pour s'y livrer aux jeux de société ; l'autorisation de se réunir est accordée aux citoyens, mais les commissaires de police auront la surveillance du lieu de réunion.
Aux élections par les assemblées primaires du l"*" germinal an V (21 mars 1797) ont été élus officiers municipaux : les citoyens Jacques Montéage, 626 voix; De Lamolère, 510, Charles, 455, Le Blanc-Boisricheux 453 ; le nombre des votants était de 675.
Richer reste président ; le nombre d'officiers municipaux est au complet ; il y a neuf membres dans Tadministration.
Le 24 floréal an V (avril 1797), grand trouble dans l'administration municipale : Paris-Mainvilliers se plaint que ses collègues Tont destitué de la surveillance des travaux publics, à cause de ses fréquentes absences.
» C'est une insigne lâcheté, écrit-il, de prendre un arrêté contre, un collègue, pendant son absence, et sans l'avoir ouï. »
L'administration donne au citoyen Paris des preuves non équivoques que ce n'est pas par lâcheté, mais par devoir et parce que le bien public l'exigeait, qu'elle a pris son arrêté. C'est pour ménager la délicatesse d'un collègue que l'arrêté a été motivé sur ses longues et fréquentes absences. Le véritable motif est la conduite scandaleuse, par lui tenue la veille à la cathédrale, où il a compromis l'administration d'une manière indécente en essayant d'exercer en son nom des actes vexatoires, en appelant de son autorité privée la force des armées contre des citoyens paisibles, en déversant le ridicule le plus outrageant sur ses collègues qu'il se flattait avec orgueil de mener et conduire à son gré ; faits constatés par la notoriété publique et par la déclaration du citoyen Masson ex-maire, en présence du dit citoyen Paris lui-même.
A l'avenir, un officier municipal ne pourra donner un ordre, sans arrêté pris pour travaux ou fournitures. S'il y a urgence, il faudra la signature de trois officiers, au moins. Montéage sera chargé de la surveillance des travaux publics.
Le citoyen Genevois a tenu des propos injurieux contre l'officier municipal Lamolère, dans l'exercice de ses fonctions, à la fête des époux.
Il est poursuivi devant le juge de paix ; la condamnation parait insuffisante ; on ira en appel devant le tribunal criminel, Lamolère le demande.
En messidor, les vols de nuit se multiplient d'une façon alarmante ; la sûreté publique est compromise. La garde
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nationale fera des patrouilles continuelles, de 9 heures du soir jusqu'au jour; personne ne pourra se faire remplacer, on doit veiller soi-même à la conservation de sa propriété.
Les jeunes gens tirent avec des fusils les hirondelles ou autres oiseaux, sur les promenades et dans les endroits fréquentés; les enfants, à l'imitation des premiers, ont à la main et dans toutes les rues des arcs ou des arbalètes, lancent des traits sur eux-mêmes ou sur les passants. Cela peut amener des accidents fâcheux.
Défense est faite de vendre ou de louer des fusils aux jeunes gens au-dessous de 18 ans ; les parents devront retirer les arcs aux enfants. Ceux qui seront rencontrés avec des fusils ou des arcs seront poursuivis comme perturbateurs du repos public.
En thermidor an V (août 1797), les journaux annoncent que dans son rapport au conseil des Cinq Cents, le représentant Delarue a avancé que des armes et des munitions avaient tout récement été distribuées à Chartres à 500 brigands, pour opprimer ou menacer la liberté du corps législatif.
)) Le fait est dénué de vérité comme de vraisemblance, dit le commissaire, la tranquillité la plus parfaite règne dans la commune. Pleins de confiance dans la sagesse et l'énergie du gouvernement, les citoyens n'ont d'autre vœu que celui de maintenir la constitution républicaine de l'an III. »
Ce désaveu sera transmis au président du conseil des Cinq Cents. Il n'a été distribué d'armes qu'à la garde nationale. Cette distribution a été faite le 2 brumaire an IV par les représentants Bourdon (de l'Oise) et Fleury ; elle comprenait 500 fusils.
Le 21 thermidor, le citoyen Guillard, commissaire du directoire exécutif, convoque les administrateurs pour une séance extraordinaire, à 5 heures du matin.
» Il est temps, dit-il, de lever le voile qui semble couvrir certaines opérations ; les méfiances qu'on s'est plu à semer entre nous doivent disparaître devant l'intérêt public. Il ne
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faut pas que notre commune soit victime de notre faiblesse, de notre impéritie ou de notre mésintelligence.
» Aux moments les plus critiques, Chartres a joui d'un calme intérieur que rien n'a pu troubler. Je connais la situation de la commune, je sais quel est l'état des esprits et des opinions. Elles sont divisées, elles le sont partout et l'ont toujours été. 11 y a des mécontents, il y a des têtes exaltées, il y en a toujours eu.
» Mais il y a loin de là, ajoute-t-ii, à des symptômes de guerre civile ; la masse du peuple est bonne ; elle est calme et le sera toujours dans le pays. Ce qui peut l'agiter, c'est la division des autorités constituées ; ce sont leurs erreurs, leurs méfiances, les fausses mesures prises.
y> Une sourde agitation fomente dans le peuple ; jamais il ne fut plus travaillé : j'en ai cherché la cause, et je l'ai trouvée dans la municipalité.
» On fait craindre une explosion pour la fête du 23. Cette explosion est aussi impossible qu'absurde à redouter, pour qui connaît l'esprit du pays. Mais ce qui peut la rendre possible, ce sont les terreurs vraies ou simulées de l'administration. Imposons donc silence à ces bruits dangereux ; ils ne peuvent qu'aigrir le peuple qui, par sa conduite, n'a jamais mérité de voir ses magistrats en défiance et en garde contre lui.
» Des placards séditieux et dans des sens opposés ont été affichés; il faut que l'on sache de quelles mains ils sont partis.
» La municipalité a ordonné une garde extraordinaire et nombreuse pour la nuit du 23. Cette mesure, annoncée plusieurs jours d'avance, est plus propre à troubler qu'à maintenir la tranquillité publique ; elle aigrit les esprits. La fête sera aussi calme que celle du 14 juillet. Pour des mesures de sûreté, nous avons les gendarmes et les vétérans; il est inutile de déranger les gardes nationaux.
» En conséquence, dit en terminant le commissaire, je requiers l'administration de révoquer les ordres qu'elle a donnés pour établir une garde de nuit de 10 hommes par
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compagnie de la garde nationale, sauf, si les circonstances paraissaient l'exiger, à employer les gendarmes et les vétérans nationaux pour veiller à Tordre public. »
La garde ordinaire sera seule convoquée et l'administration, s'inclinant devant le commissaire, lui abandonne, sous sa responsabilité, de veiller à la sûreté et à la tranquillité des habitants.
Le lendemain 22, arrive du ministère de l'intérieur un passeport qui a été délivré à Chartres, le 12 messidor, au nom de Charles Paillot qui a été saisi passant à l'étranger; il est signé de Lamolère et Leblanc-Boisricheux, officiers municipaux.
L'officier Lamolère avoue qu'il a encore sur lui trente passeports, imprimés et non remplis ; il les rend au commis chargé de leur délivrance ; les autres officiers présents déclarent n'en pas avoir en leur possession.
Une lettre anonyme timbrée de Chftteaudun, adressée au citoyen Paillot chez Worring, vitrier à Essen, Wesphalie prussienne, a été saisie ; elle portait l'envoi du passeport n® 886 ; ce passeport est pour un émigré — il n'est pas signé, mais enregistré de la main du citoyen Lamolère qui a sciemment délivré ce passeport sous un nom supposé ; il n'existe pas en efiet de Paillot dans la commune.
Le ministre de la police écrit qu'il faut poursuivre le signataire, si le cas parait l'exiger. Un officier municipal qui abuse ainsi de ses fonctions ne peut les conserver plus long» temps : le citoyen Lamolère est donc provisoirement suspendu.
Grande fête, le 23 thermidor, pour l'anniversaire du 10 août 1792. A 5 heures du soir, le cortège des autorités se dirige vers la place de la Liberté ; le bruit du tambour, le son des instruments accompagnent sa marche ; le cortège se range en cercle autour de l'arbre de la liberté ; les airs chéris des républicains se font entendre.
Un hymne patriotique, composé par un citoyen de la commune, est exécuté ; la strophe relative à la tranquillité de la commune est redemandée ; les cris de : Vive la République^
Vive la Constitution de Tan III, retentissent de toutes parts: l'enthousiasme est général.
Les présidents des deux administrations municipales haranguent le peuple assemblé ; leurs discours sont vivement applaudis.
A 9 heures du soir, feu d'artifice, puis danses sur la grande butte jusqu'à la nuit.
La tranquillité n'a pas éprouvé la plus légère atteinte.
Les élections avaient amené 250 députés monarchistes dans les Conseils; la majorité était changée, le Directoire semblait perdu, la monarchie restaurée. Soixante mille émigrés étaient rentrés pour le combat.
La bataille décisive eut lieu le 18 fructidor an V (4 septembre 1797). Augereau et ses soldats l'emportèrent ; les républicains conservèrent le pouvoir, et le parti de l'ancien régime retomba dans l'obscurité pour dix-sept ans. Deux directeurs, Barthélémy et Carnot furent déportés avec cinquante-trois députés.
Le Directoire ordonna des mesures révolutionnaires contre ses ennemis, et les exécuta avec une rigueur tyrannique.
Il fut pris à Chartres des mesures de salut public relativement à la conspiration royaliste ; on remplaça les officiers municipaux Charles , Dumus ^ Leblanc-Boisricheux et Lamolère ; l'administration s'adjoignit : Jacques Montéage ; Blonnié orfèvre, Judel médecin, Boutroue marchand, Supersac ; Richer resta président.
Les états-majors de la garde nationale sont réélus; les officiers n'ont fait aucun service ; les dernières élections ont été annulées comme ayant été dirigées par une influence royaliste et liberticide. Avaient été nommés en eflet les émigrés, les chefs des rebelles et les royalistes prononcés.
Le journal, le Répertoire du département^ publié par André Leloup, chef, de bureau au département, corrompt l'esprit public par les principes anti-républicains qu'il professe hautement. Il représente la Convention nationale comme rebelle au peuple souverain ; il dit que l'époque de la révolution du 10 août est la plus sinistre de la Révolution ; il
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traite de factieux ceux qui brisèrent le sceptre de l'infortuné Louis XVI pour régner à sa place.
Le journal est prohibé pendant une année.
Les émigrés devaient être détenus jusqu'à la paix et déportés ensuite ; on en fait sortir quelques-uns de suite du territoire français.
L'ancienne administration municipale avait recommandé aux citoyens de substituer, aux dénominations républicaines des rues et des places, les anciens noms ; elle a délivré des passeports en blanc envoyés en pays étranger : cela décèle le défaut de surveillance, le désordre le plus coupable. Le Directoire exécutif la destitue et nomme les citoyens : Judel, Blonnié, Compain, Jacques Montéage, Paris-Mainvilliers. Par deux voix, Judel est élu président ; après quelques se* maines, il dut résigner ses fonctions et fut remplacé par Jacques Montéage, élu à l'unanimité.
Sur les billets de convocation pour le tirage du jury, adressés à l'Administration par le citoyen Horeau, président du tribunal criminel, se trouve en tête le mot Monsieur, Cette expression rappelle l'ancien régime ; les billets sont renvoyés. Le mot citoyen doit seul être conservé car, pour occuper une fonction publique, il faut être citoyen.
Enfin le 8 brumaire an VI (8 novembre 1797) l'administration municipale envoie l'adresse suivante: « Au Corps Législatif,
» Grâces vous soient rendues, Républicains demeurés » fidèles à vos serments ; le 18 fructidor, vous avez sauvé » la République. Vous venez de sceller le triomphe de ce » jour immortel. Déjà nos ennemis, déconcertés par la pu- » nition de leurs partisans qui siégeaient jusque dans votre » sein, sans espoir désormais, signent la paix avec la Répu- » blique victorieuse.
» Suivez le cours de vos brillantes destinées et gardez » que le 18 fructidor puisse jamais porter les fruits amers » du 1" vendémiaire.
» Salut et respect. »
La paix ; Marceau, sa famille ; évasions. — Le 8 floréal
an V (28 avril 1796), une grande nouvelle arrive ; les préliminaires de la paix avec l'Autriche viennent d'être signés. On célébrait la fête des époux, une des six fêtes républicaines ; l'allégresse est universelle. La fête n'en est que plus brillante et se termine par le tirage d'un pavois, ayant pour prix un fusil de chasse.
Le 13 vendémiaire an V (4 octobre 1796), l'administration municipale envoie à la citoyenne veuve Marceau-Desgraviers, la lettre suivante :
« Citoyenne,
» L'administration municipale a appris avec douleur l'ac- » cident funeste qui prive la patrie d'un de ses plus zélés » défenseurs, le général Marceau votre fils.
» En regrettant son jeune compatriote, elle croit devoir » mêler ses larmes à celles de sa mère.
» Nous sommes persuadués d'avance que tous les amis » de la liberté seront sensibles à la perte de ce brave mili- » taire ; mais s'il se trouvait quelqu'un pour qui cet événe- » ment fut indifférent, nous nous contenterions de lui dire : » — Les regrets de ses frères d'armes, les honneurs rendus » à sa mémoire par les ennemis eux-mêmes prouvent qu'il » avait su mériter leur estime ; la commune de Chartres se » glorifiera de l'avoir vu naitre. »
Marceau, l'une des gloires les plus pures de la Révolution, venait d'être tué, le 3® jour complémentaire an IV, dans une reconnaissance près d'Hostbach, d'un coup de feu qui le renversa de cheval, à Tâge de 27 ans. Blessé à mort, il reste sous la garde et la loyauté de Tennemi.
Transporté à Altenkirchen, Marceau meurt dans les bras des généraux Autrichiens, qui se firent un devoir de rendre son corps à l'armée française.
L'armée de Sambre-et-Meuse avait, pendant deux années entières, sur les deux rives du Rhin, livré maints combats toujours heureux ; elle fit au général François Se vérin Marceau des obsèques dignes de sa bravoure, pendant que l'armée Autrichienne, aussi, lui rendait les honneurs funèbres.
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La citoyenne Ganlier, veuve Marceau-Desgraviers, mère du général, était âgée de 50 ans ; elle sollicite une pension de rÉtat. Peu favorisée de la fortune, l'espoir de Taisance dans sa vieillesse reposait principalement sur le général son fils ; il lui reste trois enfants dont Tun, âgé de 18 ans, est actuellement sous les drapeaux de l'armée de Sambreet-Meuse.
Sa conduite civile et politique étant à l'abri de tout soupçon, l'administration lui accorde un certificat et, juste un an après la mort du général, le Conseil des Cinq Cents accorda une pension de 2,000 livres à sa mère.
Le citoyen Nicolas Séverin Marceau-Villerais, frère du général, sollicite une place dans un bureau de ministère ; il a été pendant plusieurs années chef de bureau de l'administration générale, au ci-devant district de Chartres. Depuis la mort glorieuse du général, son frère, il s'est rendu auprès de sa mère peu favorisée des dons de la fortune, pour lui servir d'appui et de consolation ; il a constamment donné des preuves de son attachement à la cause de la liberté.
On lui donne donc un certificat favorable. Plus tard au début de l'année 1798, il fut nommé commissaire auprès de l'administration municipale, en remplacement de Guillard. L'administration lui témoigne sa satisfaction de voir au milieu d'elle le frère du brave général. Il prête le serment de haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement à la République et à la Constitution de l'an III ; il est ensuite installé dans ses fonctions.
Moins d'un an après, en décembre 1798, Nicolas Marceau est révoqué de ses fonctions de commissaire du directoire exécutif et remplacé par Maugars.
On lui délivre un certificat constatant l'intelligence, le zèle et l'amour du bien public qu'il a montrés dans l'exercice de sa place; il emporte tous les regrets pour les mœurs douces, pures et louables qui font la base de son caractère.
Les prisonniers de guerre sont expressément consignés dans l'enceinte de la ville à la fin de 1796; un nouveau règlement est appliqué pour ceux qui travailleront à l'ex-
teneur ou à Tintérieur ; ceux qui parlent les deux langues sont choisis comme interprètes.
Il s'est produit beaucoup d'évasions de la prison des Carmélites ; on n'y mettra plus d'hommes condamnés à des peines afflictives ; elle n'est pas assez sûre. Plusieurs évasions ont eu lieu en plein jour.
Les concierges sont destitués ; ils envoyaient au dehors des condamnés aux fers, pour les commissions.
Un seul concierge est conservé et des réparations à la prison sont ordonnées. On réforme les abus en même temps. Un prisonnier, en arrivant, devait payer la bienvenue ; s'il ne possède rien, le concierge vend un de ses vêtements pour payer à boire aux autres. Gela est interdit, sous peine de cachot et des fers pour les prisonniers, et de la destitution pour le concierge et les guichetiers.
A la Maison de justice, gardée par Frain fils, il se commet un brigandage impardonnable ; on vend des chemises, des draps, du coton et d'autres objets. Ceux qui faisaient travailler les malheureux ne veulent plus donner d'ouvrage. Les prisonniers vont ouvrir aux femmes et souvent leur portent la soupe ; il peut en résulter des inconvénients et des dangers. Aucun prisonnier ne doit avoir les clefs des barrières ; de plus, le concierge leur vend les denrées au double de leur valeur. Dujardin, condamné aux fers, s'évade sans aucune effraction : les portes étaient ouvertes. Le concierge est très répréhensible ; il restera seul pour la garde avec deux guichetiers.
Peu après, c'était de la prison des Carmélites que des évasions multiples avaient lieu ; un émigré, un prêtre condamné à la déportation, un chef de chouans pris dans la Vendée, se sont échappés par défaut de surveillance ou infidélité du geôlier. Gandre est destitué, Hache est nommé à sa place.
On met de l'ordre en tout. L'exécuteur devra prendre des mesures pour qu'après les exécutions, il ne reste sur la place aucune trace de sang humain; il devra nettoyer et laver le pavé jusqu'à ce qu'il n'en reste aucun vestige ; il
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fera transporter, avec le corps, le sang qui se trouvera dans le sac ou le panier, au cimetière commun.
Agricultore, prix. — Le citoyen Létang, cultivateur à la Banlieue, avait réclamé, pour perte de chevaux morts de la morve, et des harnais, la somme de 412,094 livres "; on veut fixer la valeur de cette perte ; l'estimation en valeur fixe est basée sur les prix de 1790, sans avoir égard au surhaussement des prix. Des experts donnent l'estimation :
Pour un cheval sous poil noir de 3 ans 480 liv.
— rouge
— bai
— blanc
— gris Pour un âne, 48 liv., un autre 54 liv. ; les harnais, 908 1. 30,
les cordages 90 liv. 80, en tout 4,101 liv. 10.
Le Ministre de l'Intérieur n'accorde à Létang que 2,530 1.; on le recommande à la bienveillance du gouvernement : sa situation n'est pas bonne ; il mérite plus que cela.
Nous donnons ici quelques prix de location de terres à cette époque :
La ferme Fenet, à Theleville, commune de Bouglainval, avec les bâtiments, cour, jardin, clos, un demi-arpent de pré, deux arpents douze perches de bois taillis, une lisière de bois, 252 setiers un minot 19 perches de terre labourable, est affermée à la veuve Jumentier, par bail devant M* Soissons, notaire à Chartres, le 6 mars 1788, moyennant le prix de 1,500 livres, plus deux dindes évaluées 3 liv., 6 chapons 6 liv., 2 voitures 20 liv.
Les bâtiments et enclos sont évalués 1/5 du fermage ; la terre labourable 4 liv. 78 le setier.
A Bouglainval, un lot de terres labourables de 18 setiers, a été loué en 1787, 96 liv. et 2 chapons.
A Voves, par bail de 1790, 17 setiers de terre labourable rapportent 12 setiers de blé champart et 2 chapons, soit 202 liv. La valeur est de 4,444 livres.
A Dammarie, 46 setiers 2 minots, loués en 1790, donnent
33 setiers de blé champart ou 550 L, un minot de pois verts, 6 1., 2 chapons, 2 1. : en tout .^58 1.; la valeur est de 12,276 livres.
A Auneau« 15 setiers d^^ terre labourable rapportent 9 setiers de blé champart ou 150 liv., 1 minot de fèves 6 liv., 4 chapons 4 liv. : en tout 160 liv. ; la valeur est de 3,520 livres soit 4 1/2 p. 0/0.
Au Coudray, 6 setiers un boisseau de terre et 1/2 minot de vigne, par bail de 1782, donnent 6 setiers de blé ou 106 liv., 2 livres de beurre 1 liv., 2 poulets 1 liv. 10 sous; en tout 108 liv. 50, pour un capital de 2,387 livres.
Le 22 brumaire an VI, devant M* Labiche notaire à Béville, des terres situées à Ozainville, Francourville et Sours, de la contenance de 2 mines, 5 minots et demi et 13 boisseaux sont vendues 1,200 livres.
M® Labiche était le sixième du nom, exerçant dans la même charge ; son fils lui succéda ; son petit-fils fut élu sénateur d'Eure-et-Loir en 1875 et pendant plus de trente ans resta sénateur et Président du conseil général.
» Sous le Directoire, il est alloué au principal ouvrier du magasin de vivres 50 sous par jour en numéraire métallique; les ouvriers ordinaires gagneront 30 sous ; le portage des grains et farines sera payé un sol par quintal. »
» Pour le transport des vivres de TEtat, le prix d'un cheval avec ^on harnais est fixé à 2 fr. 50, la charrette à 3 fr. 50, en numéraire métallique, par chaque journée indépendamment des rations de vivres et de fourrages. »
En avril 1797, bien que la taxe des viandes ait cessé depuis plusieurs années, que le commerce ait été rendu à son antique liberté; à cause de la variation dans la valeur du papier monnaie, il est nécessaire de la rétablir.
» Des renseignements pris à Paris, Dreux, Brou, Bonneval, Châteaudun et autres lieux montrent que le bœuf, le veau, le mouton sont taxés à 7 sous la livre, sans réjouissance; la vache et autres basses viandes, à 6 sous aussi sans réjouissance.
» La tête, la fraise, les pieds, et le foie de veau seront pris chacun pour deux livres, au prix de 7 sous.
» Aucun boucher ne pourra vendre au delà de ce prix; il leur est fait défense de tuer les veaux qui n'ont pas atteint Fâge de six semaines, sous peine de confiscation. »
« Il est défendu de glaner avant le lever ou après le coucher du soleil et avant Tenlèvement des gerbes et javelles, comme aussi de se servir de râteaux. On ne pourra aller au chaume avant le 8 septembre, vieux style.
» L'échenillage doit être fait chaque année au l®"" ventôse.
» Les minots des mesureurs seront contrôlés au premier marché de chaque mois, aux frais des mesureurs. »
Voilà que les fossoyeurs conduisent des animaux immondes dans le cimetière, qu'ils y sèment des légumes. Le respect des cendres des morts ne permet pas de tolérer un abus aussi criant. Ce scandale public est empêché.
La loi sur les patentes était difficilement appliquée ; il est défendu au trompette d'annoncer aucune vente de denrées ou de marchandises, sans qu'au préalable la patente du vendeur n'ait été visée et enregistrée au secrétariat de la municipalité.
Le citoyen Delacroix a éprouvé des pertes considérables dans la fabrication du salpêtre pour l'Etat ; il est chargé d'une nombreuse famille et ne peut continuer dans les mêmes conditions.
Louis Crevel la Chapelle demande à payer la patente comme perruquier et Mon comme coiffeur de femmes ; la demande est repoussée, il est de notoriété publique qu'il est coiffeur de femmes.
En novembre 1797, Sacqui, pharmacien ambulant, veut débiter ses drogues en Eure-et-Loir. Le rapport de la Société de santé, dépouillé des mots pompeux et des termes de l'art qui lui servent d'enveloppe, ne présente qu'un résultat absolument insignifiant.
Il faut fermer aux charlatans toute entrée dans l'arrondissement et empêcher les citoyens crédules d'exposer par
leur trop grande confiance leur santé et leur bourse. La suite nombreuse du nommé Sacqui, composée de seize personnes, permet difficilement de croire que la vente de ses drogues puisse suffire à son entretien et qu'il peut être justement soupçonné d'avoir quelque mission étrangère à sa profession apparente. Il lui est fait défense d'exercer dans l'étendue de la commune.
Au moment du discrédit des assignats, la citoyenne V^® Lesage réclame la restitution en nature, ou le paiement d'effets fournis par elle en décembre 1793 pour le casernement des troupes : un matelas de maître 1,400 liv. ; un traversin de plumes d'oie, 500 liv. ; une couverture de laine blanche, 1,000 liv. ; un drap 400.
Le compte établi en mandats sera payé en numéraire : un matelas 60 fr. ; un traversin 18, une couverture 36, une paire de draps 15 — en tout 129 fr.
On donne pour le blanchissage militaire, pour couverture 10 sous, capote 6, veste et pantalon d'hiver 4; pour les draps des vétérans nationaux, 8 sous la paire.
Il est alloué à la citoyenne Magdeleine Langlois, fille allaitant son enfant, d'après la loi du 28 juin 1793, une pension de 80 fr. par an ; la même pension est accordée à la fille mère Jeanne Boucher, sur la tête de son enfant.
Le citoyen François Chauveau, professeur de mathématiques à l'Ecole Centrale du département, est inscrit sur la liste des pensionnés ecclésiastiques. Il a moins de 50 ans ; il recevra un secours annuel de 800 fr.
Les jardiniers du faubourg Saint-Maurice sont autorisés à établir à leurs frais un pas sur la butte des Charbonniers, vis-à-vis le jeu de paume, pour pouvoir se reposer avec leurs charges quand ils viennent vendre leurs légumes à la ville. Ce pas sera surmonté d'un mur d'appui de la hauteur d'un pied.
On se baigne à la Crosnière dans l'Eure ; les femmes et les jeunes filles qui passent sont insultées par les jeunes gens qui se baignent ; il y a eu des rixes entre des bai-
gneurs et des femmes qui passaient. Les baignades seront défendues pendant le jour.
Au mois d'août 1791, un chien a couru la commune et en a mordu plusieurs autres ; il est ordonné que les chiens seront tenus à l'attache ou enfermés pendant une décade, et ceux mordus tués sur le champ.
Fêtes. — Les fêtes étaient ordonnées avec le plus grand soin. Celle des vieillards, du 7 fructidor an IV (24 août 1796), eut un certain éclat. On choisit au scrutin les deux pères de famille et les deux mères de l'âge le plus avancé, non infirmes, jouissant de la meilleure réputation de probité, de patriotisme et de vertu.
Les citoyens Levassort-Paly et Songeon, les citoyennes V* Coubré et femme Songeon furent désignés pour les héros de la cérémonie.
Au mois de novembre 1796, une société d'artistes dramatiques vient exercer ses talents à Chartres. Chaque mois, les artistes présenteront le tableau ou répertoire des pièces ; il sera perçu un droit des pauvres de 1/10 sur chaque billet de spectacle. Cela occasionnera un supplément de fr. 15 ou 3 sols pour les billets de première loge, deO fr. 10 ou 2 sols pour ceux de deuxième loge, de fr. 05 ou un sol pour les places de parterre.
Le spectacle commencera à 6 heures au plus tard et finira à 9 heures ; les entr'actes ne pourront se prolonger au delà de 1/4 d'heure ; l'intervalle entre deux pièces, au delà d'une 1/2 heure.
Nul citoyen ne pout'ra entrer dans les foyers, s'il n'est conduit par un des artistes; la police est réservée exclusivement à la municipalité.
On refuse l'autorisation de donner des bals masqués au carnaval ; dans un moment aussi troublé, les malveillants pourraient profiter de la faveur du masque pour mettre à exécution leurs sinistres projets; les bals parés auront lieu, mais devront être terminés à minuit.
La fête de la jeunesse, la première fête républicaine, ne
sera pas célébrée cette année ; le 10 germinal, décadi, est désigné pour la tenue des assemblées communales, et la municipalité ne comprend plus que peu de membres.
En messidor (juin 1797), fête de l'agriculture; elle est célébrée extra-muros, avec pompe.
Pour la fête du 14 juillet, la commune n'a guère de ressources ; elle prendra à son compte les illuminations.
» A 4 heures du matin, roulements de tambours ; à 7 heures, musique guerrière dans la ville.
» A 11 heures, réunion des autorités civiles et militaires à la maison commune. La marche du cortège est ouverte par un groupe nombreux de patriotes de l'âge viril ; une bannière en tète porte l'inscription : Hommes du ik juillet 1789.
» Puis un groupe de militaires, tenant unis par un ruban tricolore le laurier de la victoire et l'olivier de la paix ; de jeunes enfants des deux sexes forment autour d'eux un cordon avec des guirlandes de fleurs ; ensuite des personnages allégoriques ; l'un, portant une massue, l'autre, une corne d'abondance.
« Au milieu de quatre militaires, sabre nu, était porté le livre de la constitution de l'an III ; suivaient les autorités constituées.
« Le cortège arrive au pied de l'arbre de la liberté; sur l'autel de la patrie brûlait le feu sacré de la liberté. Là, on exécute un hymme en l'honneur du 14 juillet.
« Le président du département prononce un discours.
« Une décharge d'artillerie se fait entendre ; les autorités et le peuple jurent sur le livre de la constitution de la défendre contre ses ennemis.
« L'allégresse la plus vive, les élans d'une joie si naturelle, se manifestent dans le peuple ; il semble que l'on se reporte aux premiers jours de la Révolution, à l'heureuse époque de 1789.
)) A 10 heures du soir, feu d'artifice, la grande promenade est illuminée ; les danses durent jusqu'à deux heures du matin. »
» Le concours des citoyens fut inoui ; la joie la plus pure,
Tunion la plus sincère, la tranquillité la plus parfaite présidèrent à la solennité.
» Les dépenses de la fête ont été à Tinstant couvertes par des offrandes volontaires. »
Au 9 thermidor, fête de la liberté ; puis la fête du 10 août, pour laquelle on avait craint des troubles.
» La fête de la fondation de la République (21 septembre) est célébrée avec enthousiasme et solennité.
» La veille du l**" vendémiaire, au soir, les officiers municipaux, précédés d'un corps de musique, accompagnés d'un détachement de jeunes militaires en congé, portant en main des branches de chêne, font la proclamation dans tous les quartiers.
» Le matin de la fête, la musique prévient les militaires blessés et les parents des défenseurs de la patrie.
» Les autorités se réunissent à trois heures de l'aprèsmidi à la maison commune ; les militaires blessés, les pères et mères des défenseurs de la patrie, les braves qui volèrent à la Vendée pour combattre les chouans, se rangent en ordre sur la place d'armes.
« Un officier municipal prononce un discours, et lit ensuite la proclamation du directoire exécutif.
» Puis la musique exécute les airs : Mourir pour la patrie ! La République nous appelle.
» Un groupe de républicains, précédés d'une bannière portant ces mots : Constitution républicaine de Van III^ ouvre la marche ; puis des jeunes gens des deux sexes avec cette bannière : La liberté ne périra point ; des militaires armés, ayant à leurs chapeaux des branches de chêne et d'olivier avec cette bannière: La patrie est sauvée^ le sang n'a pas coulé ; les vétérans invalides, les plus âgés et les plus recommandables par leurs exploits guerriers : à chacun, les jeunes militaires présentent une branche de laurier.
» La musique exécute l'hymne de la reconnaissance.
» Suivent les autorités constituées. Le cortège est passé devant la maison de la citoyenne Marceau ; une inscription simple décorait le frontispice de son domicile, elle portait
ces mots: A la mère du général Marceau^ notre concitoyen. ^^
Après les discours, des hymnes, des chants civiques, puis illuminations et danses. Cette fête avait lieu douze jours après Técrasement du parti monarchique, le 18 fructidor an V (4 septembre 1797).
On pose le même jour V^ vendémiaire, un bonnet tricolore sur la pointe du clocher ; c'est Semen ferblantier qui le fournit pour la somme de 36 francs ; la pose coûte le même prix.
En octobre, une pompe funèbre est célébrée, à Toccasion de la mort du général Hoche, dans tous les camps et dans chaque commune principale de tous les cantons.
Une musique funèbre accompagne le cortège ; de nombreuses bannières portent les inscriptions : « Hoche, le pacificateur de la Vendée ; 11 a assez vécu pour sa gloire, trop peu pour sa patrie ; Le même tombeau renferme les cendres de Hoche et de Marceau. »
— En nivôse an V, les comédiens jouent la pièce intitulée : « Robert y chef de brigands ». Scandale à ce propos ; est-il bien politique, au moment où Ton sort à peine du régime sanguinaire de la terreur, d'offrir sur la scène une action où l'assassinat est érigé en maxime et le suicide en problème ?
» Si le vice est mis en scène, que ce soit au moins de manière à en inspirer Thorreur. »
Severin Marceau, après un voyage à Paris où il est resté six semaines, est accusé d'être le héros d'une aventure galante ; il proteste, disant que tout l'honneur et le profit doivent rester à celui qui a pris tant de soin d'en accréditer le bruit.
Marie Saint-Urbin, médecin, riposte que l'éclat scandaleux provoqué par le citoyen Marceau l'oblige à répliquer. L'aventure n'a pas eu lieu, la figure de l'héroïne lui est même inconnue. 11 offre cinquante louis d'or à celui qui fera la preuve qu'il ait jamais parlé à celle que l'on a dit être sa galante complice.
La discussion sur ce point délicat en resta là.
I, finances guerre. — Bonaparte signait la paix de Campo-Formio (17 octobre 1797) avec l'Autriche, pendant que le Directoire rompait les conférences de Lille avec l'Angleterre.
Par sa tyrannie, le Directoire maîtrisait tout ; il était tout puissant en apparence, mais en fait, après l'écrasement des jacobins, en floréal an VI (mai 1798), il se trouva isolé; la réaction monarchique avait été vaincue le 18 fructidor.
Quelques émigrés, non rayés définitivement des listes, sont mis en arrestation à Chartres ; d'autres sous la surveillance de la municipalité.
Les ci-devant nobles et annoblis sont exclus des fonctions publiques et privés provisoirement du droit de citoyens.
Paris-Mainvilliers, officier municipal, compris dans la disposition de la loi, doit être exclu de la municipalité.
» Il est pénible, dit le commissaire, d'avoir à requérir l'exclusion d'un collègue surtout quand, comme le citoyen Paris, il a toujours marché dans les sentiers du patriotisme. Nous sommes exécuteurs de la loi et non ses interprètes. D'ailleurs, bientôt il pourra rentrer parmi nous par un acte additionnel de la loi du 9 frimaire dernier (novembre 1797). L'administration municipale ne délibérera plus avec le citoyen Paris. »
Paris eut beau protester contre son annoblissement, le nier, il dut quitter son poste d'officier municipal.
Le trésor ne payait pas les pensions ; des plaintes s'élevaient de toutes parts ; une adresse est envoyée le 27 nivôse an VI (janvier 1798) au Conseil des Cinq-Cents, a Législateurs,
» Uu abus criant a lieu dans la République entière ; notre devoir est de vous le dénoncer; les coupables sont les commissaires de la trésorerie nationale.
Les rentiers et pensionnés sont dans une grande détresse ; aucun paiement n'a été fait depuis six mois, et cependant la caisse de ce département a renfermé, depuis 3 jusqu'à 500.000 francs.
Le produit des contributions indirectes est aflfecté au paie-
ment des pensions ; pourquoi ne fait-on pas l'emploi légal du fonds ?
Législateurs, vous avez terrassé la conjuration royale en fructidor, la conjuration financière est encore là. Vous la dénoncer, c'est être sûr qu'elle sera déjouée. »
Peu après, on apprend qu'un rassemblement a lieu
dans l'ancienne salle de spectacle ; les billets d'invitation sous prétexte d'un bal, sont conçus en termes qui rappellent les scandaleuses distinctions de l'ancien régime et affectent le plus grand mépris pour les institutions républicaines, puisqu'ils font encore usage de l'ancien calendrier. Des citoyens connus par leur patriotisme ont été écartés ; des membres ont tenu des discours outrageants contre des citoyens qu'ils regardent comme leur étant inférieurs en naissance.
Les lieux publics ne peuvent être occupés, en dehors des heures fixées par la police, sans que l'administration en soit prévenue. On est dans le droit de soupçonner que d'autres motifs qu'un bal ont décidé cette réunion.
Les commissaires de police vont à l'instant la dissoudre.
Le ministre de la police, prévenu de la fermeture du spectacle où des individus, prenant le nom de monsieur et madame, s'étaient réunis sans autorisation pour un bal, approuva la dissolution^ cette réunionne pouvant que troubler la tranquillité publique.
Il conseille à l'administration municipale de ne rien négliger pour déjouer les nouvelles manœuvres des ennemis du gouvernement, qui cherchent à corrompre l'opinion publique et à préparer en leur faveur les prochaines élections.
Les citoyens Batault, Vallet, Horeau et Quévanne, désirant donner une petite fête qui est la suite d'un retour de noces, demandent la salle de l'ancienne comédie ; cette fête aurait lieu le 24 ventôse à six heures du soir, et durerait une partie de la nuit. 11 prendront toutes les précautions pour que le bon ordre soit assuré ; si on le juge à propos, un commissaire de police peut y assister.
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tt Cansidérant que cette l'ète n'est que la suite de celle commencée hier, Tadministration n'accorde pas l'autorisation de la donner. »
La commune est divisée en quatre assemblées primaires, au lieu de trois ; elles se rassemblent de droit le i" germinal de chaque année, pour les élections.
» Le corps électoral du département, dit le commissaire, va se réunir dans nos murs ; il faut recevoir les électeurs d'une manière convenable : ils se réuniront à la maison commune, où un corps de musiciens exécutera des hymnes patriotiques.
» On ira ensuite en cortège, les musiciens en avant, sur )) la place de la Liberté, les électeurs et l'administration » municipale entoureront l'arbre de la liberté, en chantant » des morceaux républicains ; puis le vote aura lieu dans » les salles. »
11 y a 509 votants.
Au premier tour, sont élus officiers municipaux : les citoyens Jacques Montéage par 475 voix ; Blonnié père, orfèvre, par 293 ; Fourré, ancien marchand de blés, par 276 ; Compain, officier de santé, par 273; Supersacpar 269; Boutroue, marchand de bas, par 258.
Au 2® tour, sur 257 votants, Chevallier-Champion en obtient 202 et est élu.
L'état-major de la garde nationale est renouvelé ; il importe de ne faire tomber les choix que sur des hommes, dont la moralité et l'attachement au gouvernement républicain méritent la confiance publique.
En prairial an VI (mai 1798), il est pris des précautions pour la surveillance des étrangers et des voyageurs dans les postes et les auberges ; on exige le visa des passeports. La guerre avec l'Angleterre, astucieuse et perfide, qui vomit au milieu de la France les ennemis les plus acharnés du gouvernement républicain, a disséminé des espions sur différents points du territoire. Il importe de les saisir.
Il est fait des remontrances aux instituteurs et pères de familles, qui sauf Béguin, n'appliquent pas le calendrier
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républicain. Tous célèbrent encore le ci-devant dimanche.
Certaines maisons, occupées par des aubergistes et des meuniers, ont des branches de chêne attachées aux portes : cela rappelle les anciennes corporations; ces décorations étaient placées le jour de la fête de Sainte-Anne, sous l'ancien régime ; elles font revivre les signes extérieurs d'un culte et affichent le mépris du calendrier républicain. Il faut faire disparaître ces insignes dans le plus bref délai.
Le citoyen Lamolère, ex-noble, et plusieurs autres sont inscrits au tableau des individus absents de la commune depuis plus de trois mois, sans avoir justifié de leur résidence.
» Voilà qu'à la fin de frimaire an VII (décembre 1798), les citoyens Jacques Montéage, président, Blonnié, Boutroue, officiers étant maintenus, le Directoire exécutif du département suspend provisoirement de leurs fonctions les officiers municipaux Compain, Fourré, Chevallier-Champion et Supersac.
» Une maladie épidémique régne dans la maison de justice depuis près d'un mois ; l'administration municipale n'a fait aucun rapport, n'a pris aucune mesure, ce qui dénote une insouciance marquée. La majorité fait une opposition formelle aux actes du gouvernement, elle déverse l'opprobre et la calomnie sur les autorités supérieures.
» Sont nommés Dufresnay l'aîné, Chandoz, Prévoteau fils et Fidel-Trinquet.
L'officier de santé fera sa visite, au moins une fois par jour, à la maison de justice ; il fera administrer les tisanes et autres remèdes qu'il jugera à propos. Les 5 et 9 de chaque décade, il rendra compte du nombre des malades, du progrès ou de la diminution de la maladie, des mesures à prendre.
» Un dépôt de prisonniers va être établi dans la partie basse du Temple décadaire.
» La paille sera renouvelée tous les quatre jours, pour les prisonniers malades ; pour les détenus valides, elle le sera
208 OIRBCTOfllE
tous les huit jours. Le concierge^ Frain fils, aura fr. 15 au lieu de fr. 10 par homme et par jour.
^ La société de santé fait un rapport sur la maladie de la prison ; elle conclut au transfert des prisonniers ; le traitement prescrit sera suivi jusqu'à ce que la contagion ait disparu.
» Au milieu d'avril 1799, la maladie de la prison acquiert une intensité effrayante ; l'endroit occupé par les prisonniers n'est pas sain. 11 y a 19 condamnés aux fers ; il faut les transporter ailleurs et les mettre à deux pieds les uns des autres. On en met dans une autre pièce; quelques-uns sont envoyés à Châteaudun.
Des latrines nouvelles sont ensuite établies, pour empêcher la contagion de se propager dans les prisons.
» Au mois d'août, la dyssenterie éclate parmi les prisonniers de la maison de justice ; une infirmerie est établie : jour par jour, on donnera le bulletin des malades.
» Enfin en novembre 1799, tout va bien ; les prisons sont saines ; il n'y a plus de malades ; on ne se plaint plus de la nourriture. »
Le 1" floréal an VII (21 avril 1798), sont élus officiers municipaux: Fidel-Trinquet, Cambis, Garnier et Compain. Jacques Montéage est réélu président par ses collègues.
La contribution personnelle de la commune avait
été arrêtée pour l'an V, à 81,000 fr. plus les centimes additionnels qui produisirent 13,770 fr. 85. Cette dernière somme servait à payer les dépenses municipales et communales.
Au commencement de l'année 1799, voilà que des malveillants mettent le public en défiance contre la monnaie provenant du métal des cloches ; quelques citoyens refusent de la recevoir. Il est enjoint à tous de Taccepter.
Dans le budget municipal de l'an Vlll, figurent aux dépenses : l'entretien de 60,000 mètres carrés de pavés ; les rues les plus fréquentées par les voitures en comportent 5,000 ; c'est dans ces rues que les réparations sont urgentes ; on en réparera 500 mètres à 3 fr., soit pour 1,500 fr.
Il est alloué 420 fr. par an pour monter les horloges du Temple et de la Maison commune ; les réparations annuelles sont évaluées à 400 fr.
Le secrétaire de l'administration recevra 1,500 fr. par an; en outre, il lui est accordé une indemnité de logement de 150 fr.
Les trois chefs de bureau sont appointés à 1,200 fr. chacun ; il y a un commis à 1,000 fr., un autre à 800 Ir., un troisième à 600 fr.
Les fournitures de papier, plumes, encre, cire à cacheter, entrent dans le budget pour la somme de 1,000 fr. ; la lumière pour 300; les impressions pour 1,000; les affiches pour 100.
L'entretien et l'embellissement du Temple décadaire coûtent 1,200 fr. par an; les frais de fêtes nationales s'élèvent à 6,000 fr.
Le budget de l'hospice civil est de 4,000 fr., celui du bureau des pauvres de 6,000, des secours à domicile, de 2,000.
Le total des dépenses s'élève à la somme, de 51,830 fr. 53.
Les recettes comprennent le dixième du produit des patentes dans le canton, environ 3,000 fr. ; les centimes additionnels, en supposant fr. 15 par franc comme dans l'an VII, 14,789 fr. 82, la moitié des amendes 50 fr. ; en tout 17,839 fr. 82.
Le déficit sera donc de 33,990 fr. 71.
Le 1" nivôse, an Vlll (21 décembre 1799), le receveur municipal Girouard présente les comptes de la commune.
En l'an V :
Recettes 69,974 fr. 35 ; dépenses 35,118 fr. 66 ; reliquat 34,855 fr. 69.
En l'an VI :
Recettes 53,429 fr. 07; dépenses 27,224 fr. 07 ; reliquat 26,205 fr. 10. qui forment le premier chapitre de recette pour l'exercice de l'an VII.
En l'an VII :
Recettes 33,701 fr. 02 ; dépenses 21,056 fr. 28 ; reliquat 12,644 fr. 74, à reporter au budget de l'an VIII.
L'administration municipale avait dû redoubler de précautions, la garde nationale était assez mal disciplinée ; les corps
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de garde inoccupés à deux heures du matin, les patrouilles se succédant sans ordre dans leurs marches. Il est ordonné que le corps de garde comprendra quinze hommes, non compris les officiers ; il ne pourra jamais rester vacant, une sentinelle y sera toujours en faction et tous les jours l'itinéraire de la patrouille sera tracé.
Quant aux tambours, ils sont incorrigibles ; la discipline est difficile à obtenir chez eux ; déjà le règlement a été fait plusieurs fois; on le reprend à nouveau. 11 est alloué à chacun pour une course, fr. 75 ; à chaque fête décadaire, 1 franc ; à chaque fête nationale, 1 fr. 50. Le tambour-major aura droit à un quart en sus.
La seule pièce d'artillerie de la commune restant (deux avaient été perdues dans les guerres de Vendée, la 3® était à Paris), ayant toujours été servie par des citoyens gardes nationaux, il est formé pour elle une compagnie de canonniers.
Mais toute l'Europe se préparait à attaquer la France,
et Bonaparte, dont l'heure n'était point arrivée, part pour l'Egypte le 19 mai 1798.
Sur le rapport du général Jourdan, le 5 septembre 1798, la loi de conscription est établie ; quelques jours après, une levée de 200,000 hommes est ordonnée.
l\ est formé à Chartres, le 25 octobre 1798, un jury, composé de cinq pères de militaires en activité, ou morts pour la patrie, pour examiner les conscrits, pour accorder les dispenses de rejoindre à cause d'infirmité — l'officier de santé, Bourgeois, les assiste dans cette révision.
La ville doit fournir 64 hommes pour complément de la levée de 200,000 citoyens ; l'administration municipale s'établit, le 3 floréal an VII (23 avril 1799), en permanence pour activer le travail; après publication, des enrôlements volontaires seront faits pendant trois jours.
Arrive le 21 floréal an VII (11 mai 1799) la nouvelle de l'assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt. Une adresse est aussitôt envoyée au directoire exécutif.
« Citoyens directeurs,
» Vengeance, vengeance, tel est le cri unanime de tous » les républicains ; il ne sera pas vainement répété par plus » de trente millions d*hommes libres ; Theure fatale de la » perfide Autriche a sonné ; le premier coup porté à nos anibas- » sadeurs a marqué sa destruction en caractères ineffaçables.
» C'est un crime inouï dans les fastes des nations, dont il » était donné à l'Autriche de montrer le premier exemple à » l'Europe étonnée.
» C'est à vous, citoyens directeurs, qu'il appartient de » diriger l'enthousiasme national. Pleins *de confiance dans » les mesures que vous prendrez, nous vous offrons pour » concourir à leur exécution un zèle soutenu, une activité » infatigable et le dévouement le plus entier.
» Salut et respect.
» Signé : Les officiers municipaux. »
» Trois jours après, a lieu dans tous les carrefours la proclamation solennelle du Directoire exécutif sur l'assassinat des plénipotentiaires français, au congrès de Rastadt.
» Le roulement prolongé des tambours, les airs funèbres et lugubres exécutés par la musique, la marche lente du cortège, tout imprime à cette imposante cérémonie le caractère de tristesse qui lui convenait. Chaque proclamation n'était interrompue que par le cri, mille fois répété, de : Vengeance !
» Jusqu'au 20 prairial prochain, jour de la cérémonie funèbre, décrétée par le corps législatif pour conserver la mémoire de cet horrible attentat, l'administration municipale ne quittera pas les signes de deuil. »
A cette cérémonie, le président de l'administration municipale prononce l'imprécation suivante : « Le peuple français » voue le tyran de l'Autriche aux furies; il dénonce ses )> forfaits au monde indigné ; il en appelle à tous les peuples, » à ses fidèles alliés, à son propre courage ; il charge les » républicains de sa vengeance.
» Guerre à l'Autriche ! Vengeance I Vengeance ! Ven- » geance I »
valeur de l'animal recelé ; si le receleur est ofBcier ou administrateur civil, il sera en outre destitué.
« Le Mans et la Sarthe sont envahis par les Chouans ; des mesures pour la sûreté et la tranquillité de la commune sont prises ; on arme les citoyens intéressés au maintien de la tranquillité publique et à la conservation des propriétés.
» Des proclamations sont lues dans les carrefours de la ville; elles portent que les royalistes font de nouvelles tentatives pour renverser le gouvernement républicain ; ils traînent après eux le désordre, le pillage et le massacre des habitants.
» Les citoyens de Nogent-le-Rotrou sont armés ; ils font le service avec les troupes de ligne et présentent à l'ennemi un front redoutable. Les citoyens de la colonne mobile sont convoqués ; ils recevront les armes et les effets de petit équipement; ensuite ils se rendront à Nogentle-Rotrou pour garantir le département de l'invasion des Chouans.
» La garde nationale est mise en état de réquisition permanente ; les citoyens devront faire leur service en personne. La garde fournira chaque jour 25 hommes pour faire, avec les vétérans, le service des prisons.
» Le 13 brumaire an VIII (5 novembre 1799), l'inquiétude augmente pour les prisons qui renferment les brigands de la nombreuse bande d'Orgères et 32 rebelles, évacués du département de la Sarthe, quand les Chouans ont forcé les prisons.
» Les malveillants pourraient profiter des ténèbres de la nuit pour tenter de forcer les maisons d'arrêt ; l'année dernière, il s'est commis des vols nombreux à Chartres, à cause de l'obscurité. Il est important d'organiser des patrouilles fréquentes qui parcourent les rues la nuit, à portée de découvrir les trames des méchants, des voleurs et des brigands. Les citoyens devront éclairer les façades de leurs maisons, à partir du 15 brumaire, depuis la fin du jour jusqu'à 5 heures du matin.
» Pour préserver la ville, ouverte par les brèches, auprès de la nouvelle salle de spectacle dans l'église Sainte-Foy, contre un coup de main de la part des Chouans, on bouche les trouées par de fortes palissades. »
Coup d*État du 18 brumaire. — Le Directoire, médiocre, usé, avait tout le monde contre lui ; après des désastres militaires de toutes parts, la situation était pire qu'en 1792 : il n'y avait plus l'enthousiasme d'alors ; mais Masséna sauve la France de l'invasion par la victoire de Zurich, à la fin de septembre 1799.
Bonaparte débarque à Fréjus, le 9 octobre, venant d'Egypte ; il est acclamé pendant son voyage jusqu'à Paris. Le 18 brumaire (8 novembre), il dissout les Conseils des Anciens et des Cinq-Cents, renverse le Directoire et se fait proclamer Consul, avec Sieyès et Roger-Ducos.
Le 26 novembre suivant, une lettre du ministre de l'Intérieur parvient aux administrateurs de Chartres ; elle est ainsi conçue :
i< Citoyens administrateurs,
« La malveillance annonce l'anéantissement prochain de » toutes les institutions républicaines. Le serment qu'ont » prononcé les consuls de maintenir la république, leur » conduite depuis qu'ils tiennent les rênes du gouverne- » ment, ont d^jà du détruire ce bruit calomnieux.
» Dites à vos citoyens que la superstition n'aura pas plus » à s'applaudir que le royalisme des changements opérés » le 18 brumaire. C'est en continuant à faire observer, avec )) la plus scrupuleuse exactitude, les lois qui instituent les
» fêtes nationales et décadaires, un calendrier républicain, » un nouveau système de poids et mesures, que vous jusy> tifierez la confiance du gouvernement.
Salut et fraternité, Le ministre de l'Intérieur : Laplace. »
« On rétablit le poste de garde nationale sur la place de la Liberté.
» Une proclamation des consuls du 24 frimaire, relative à l'acceptation, ou non, de l'acte constitutionnel, est faite dans la ville ; les registres pour cet objet seront ouverts pendant trois jours, à partir du 29 de ce mois. Cette nouvelle constitution, fruit des événements mémorables des 18 et 19 brumaire, est présentée à la Nation, comme devant faire cesser les agitations politiques et les convulsions qui, chaque année, tourmentaient la France.
» Les officiers municipaux et les employés firent isolément, après le vote, la déclaration suivante : Je promets d'être fidèle à la Constitution. »
L'arrivée de 700 hommes de troupes pour stationner est annoncée ; on requiert alors des citoyens 100 paillasses, 100 matelas, 100 paires de draps, 100 traversins et 100 couvertures.
Le Directoire demande des grains pour la subsistance des troupes, en déduction de ce que redoivent les contribuables sur leurs impositions de l'exercice en cours. La quantité fixée est de 600 quintaux de blé froment pour la commune.
« Au mois de février 1800, la colonne mobile est prévenue; elle va partir pour Nogent-le-Rotrou ; les brigands royaux désolent la frontière du département, il faut leur barrer la route de Paris.
» Un certain nombre de conscrits n'ont pas rejoint les drapeaux; la clémence du gouvernement se lasse; les délais expirent le V^ ventôse, an VIII ; après cette date, les lâches seront poursuivis.
» Il est pris dans les colonnes mobiles de tous les cantons, pour la défense du territoire, un détachement de
cent hommes ; le contingent de Chartres est fixé à trois hommes.
» Un arrêté des consuls du 30 mars, règle le complément de Tarmée de terre; il faut sept hommes de la commune dans les 30,000 conscrits de la classe de Tan VIII, appelés à former Tarmée de réserve à Dijon.
» Les citoyens qui ont atteint leur vingtième année, le 1*' vendémiaire écoulé, se réunissent à la maison commune le 15 germinal ; il y a un certain nombre de remplaçants. Le tableau des conscrits est lu; le nombre des présents est de 29. Six absents n'ont pas répondu à Tappel.
» Le Tellier conscrit à Digny, élève de l'école centrale de Chartres et Saussier menuisier à Senonches, se présentent volontairement.
» Dix autres font valoir leurs réclamations, comme indigents ou incapables de supporter les fatigues de la guerre ; parmi eux se trouve Jacques Marceau, jeune frère du général, d'une stature très basse, bossu et mal conformé. Le contingent de sept est proclamé. »
Ce même jour, l'administration municipale est remplacée par d'autres autorités, établies par la loi du 28 pluviôse ; elle expose la situation financière de l'année jusqu'à ce jour.
Recettes : 28,593 fr. 40; dépenses: 19,764 fr. 12; reliquat : 8,829 fr. 28.
Et l'administration, sur un arrêté du préfet d'Eure-et- Loir qui lui ordonne de cesser ses fonctions, lui transmet sans délai le procès-verbal de sa dernière séance.
Le premier préfet d'Eure-et-Loir s'appelait Delaître ; il fit son entrée à Chartres le 1*" germinal an VIII (21 mars 1800).
Il ne reste d'autres militaires que les vétérans nationaux ; il y a lieu de prendre des précautions extraordinaires contre les tentatives d'évasion que pourraient projeter les prévenus d'Orgères, actuellement en présence du tribunal criminel.
Une compagnie de cent hommes, pris dans la garde nationale, est formée; cette compagnie, avec les vétérans, fera le service des prisons et du tribunal critninel.
2i8 CONSULAT
Religion, — Les églises de Saint-Maurice et de Saint- Brice avaient été fermées provisoirement; la première doit être aliénée, comme inutile ; elle est à un quart de lieue de la cathédrale. Les prêtres qui y vont ont prêté le serment prescrit par la loi du 19 fructidor an V; ils conservent tous leurs moyens de séduction ; ils ont l'ordre actuel en haine et sont attachés à celui que la Révolution a détruit. Ils prennent des notes sur l'état-civil des citoyens ; les instituteurs conduisent leurs élèves à ces églises.
Toutes craintes disparaîtront par l'aliénation de l'édifice ; la route de Paris est d'ailleurs tellement resserrée en cet endroit, qu'à peine deux voitures peuvent y passer de front ; elle pourra être élargie et on établira une place publique en ce même point.
Vingt-huit citoyens demandent la réouverture de l'église Saint-Maurice, mais d'autres citoyens se sont présentés et ont approuvé sa fermeture.
La loi veut que tout signe extérieur du culte soit enlevé ; il y a encore des croix au haut des clochers. L'édifice étant national et non communal, le département fait enlever les croix par Jacques Lefebvre, ce qui lui coûte 250 francs.
Les ecclésiastiques assermentés sont invités à faire leurs cérémonies religieuses les jours de décadis et de quintidis. On exposait du beurre, des œufs, des fromages sur le marché les mardis, cela a été interdit et les paysans, pour les marchés, se soumettent bien au calendrier républicain.
« Les éternels ennemis de la tranquillité publique, dit » une proclamation, égarent les hommes simples et crédules » qui pensent qu'on ne peut être heureux sans danser le » dimanche, sans aller au marché le samedi.
» Vous, habitants des campagnes, vous surtout quijouis- » sez des bienfaits de notre étonnante Révolution, crai- » gnez de vous laisser aller aux insinuations mensongères » de la malveillance; venez dans nos murs, venez-y les » jours fixés pour l'échange de vos denrées ; la protection y> des magistrats du peuple vous suivra partout. »
Au commencement de 1798, on impose plus encore
Tobservance du calendrier républicain. L'époque de la levée des guérets est fixée au 1^' germinal (21 mars) ; la jouissance des vignes, prés, bois, au 1" frimaire (21 novembre); des corps de ferme, des maisons de campagne, au 1®^ vendémiaire (22 septembre); la location des maisons et bâtiments de ville part des l**" nivôse et messidor (21 décembre et 20 juin).
Quiconque troublerait les cérémonies décadaires serait poursuivi ; le chœur du Temple paraissant insuffisant pour ces fêtes, on y ajoute la partie centrale de la nef, en face la grille du chœur.
En janvier 1799, les ministres des cultes et pensionnaires ecclésiastiques qui n'auront pas prêté le serment de « Haine à la royauté et à l'anarchie, etc. » prescrit par la loi du 19 fructidor an V, seront déchus de leurs pensions ou secours. Seront aussi déchues, les ex-religieuses qui ne viendront pas faire à la municipalité la soumission de se conformer aux lois de la République.
Plus tard, en janvier 1800, est publiée une proclamation de l'administration municipale.
« Le repos du décadi, 20 de ce mois, n'a pas été stricte- » ment observé ; la malveillance seule en est cause. On a » dit que les institutions nouvelles étaient abolies par le » changement du 18 brumaire an VIII ; c'est une erreur, » rien n'est changé.
» Nous espérons n'être pa^ obligés d'en venir aux mesures » de rigueur; on a abusé de l'arrêté du 7 de ce mois des » consuls, concernant la liberté des cultes, pour persuader » aux citoyens qu'ils pouvaient se livrer à leurs travaux ordinaires les jours de décade... »
Un mois après, le II pluviôse an VIII (30 janvier 1800) les citoyens Masson, Dauphinot, Dubois, Dutemple-Rougemont, et Legault demandent que la ci-devant cathédrale leur soit remise pour l'exercice du culte catholique ; hors les jours et heures de réunion des citoyens, pour les assemblées ordonnées par la loi, au Temple décadaire.
Leur demande est repoussée ; ils ne sont pas plus heu-
reux quelques jours après, pour la jouissance du chevet du chœur et des basses ailes pour le culte catholique.
Théâtre, fêtes. — En 1797, les représentations au théâtre donnent au plus cent francs de bénéfice net. Tune dans l'autre. La patente sera fixée à 100 fr. pour Tannée entière.
La société dramatique était tenue de ne laisser passer ^ aucun des jours de fêtes nationales ou de décades, sans donner de représentations. Il était d'ailleurs défendu d'exposer en vente ce jour-là aucune marchandise autre que les comestibles, dans les rues, places, halles et marchés de la commune.
Aucun marchand en boutique ne pouvait, ces mêmes jours, exposer aucune montre ni étalage de marchandises, faisant saillie sur la voie publique ; les maçons, charpentiers et autres ouvriers ne pouvaient travailler.
Au mois d'avril 1798, le répertoire des artistes dramatiques est approuvé, à l'exception de la Rosière de Salency et de Raoul Barbe-bleuCy dont la représentation ne sera permise qu'autant qu'on en fera disparaître les qualifications et les termes, propres à rappeler des idées de féodalité et d'esclavage, comme tendantes à corrompre l'esprit public, et à la charge de se servir, dans la Rosière, d'un drapeau tricolore au lieu d'un blanc.
Les représentations théâtrales, les bals, les feux d'artifices et autres ne pourront être donnés les dimanche et fêtes de l'ancien calendrier, à moins qu'il n'y ait coïncidence avec les nouveaux.
Toute affiche ou écriteau, dans lequel le calendrier ne sera pas uniquement observé, sera enlevé et lacéré, sauf plus grande peine, si le cas y échoit.
Des individus inconnus font des courses avec des instruments de musique jusqu'à deux heures du matin et au delà ; il troublent la tranquillité, violent le règlement ^e police et déchirent les affiches. Il est fait défense de jouer des instruments de musique dans les rues, passé onze heures du .soir.
CONSULAT 22i
Une société d'artistes dramatiques joue, des ménétriers tiennent bal public au Grand Jardin, à Nicochet, ainsi que sur la butte ; une troupe de sauteurs est établie à la salle, dite du grand four.
Les artistes dramatiques annoncent une représentation pour le 9 prairial an VI (28 mai 1798), ci-devant Pentecôte ; ce qui tend à entretenir les esprits dans les préjugés de l'ancien régime.
Défense est faite de jouer, de faire danser ce jour-là.
Les bals et danses, qui ont lieu au Grand Jardin et sur la butte, se prolongent fort avant dans la nuit et sont, par là même, une occasion de corruption pour la jeunesse. Il faut allier la décence avec le plaisir.
Ces réunions n'auront plus lieu que les quintidis, les décadis, les jours de fêtes nationales, de deux heures de l'après-midi à neuf heures du soir.
Auparavant on dansait tous les jours.
Au mois de septembre 1798, la société des arts offre une représentation, au profit des veuves et des parents des défenseurs de la patrie morts au champ d'honneur ; le produit est de 110 fr. Il est distribué à treize veuves.
Les spectacles seront ouverts pendant toute la foire, indistinctement tous les jours, mais seulement sur la place.
Il est décidé que les représentations théâtrales des artistes dramatiques auront lieu les 3, 7 et 10 de chaque décade. Tout théâtre, sur lequel seraient représentées des pièces tendant à dépraver l'esprit public et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, sera fermé et le directeur poursuivi.
Le dixième de la recette sera pour la commission de bienfaisance.
Le citoyen Bridault, régisseur de la troupe, annonce pour le 18 frimaire an VII (décembre 1798), les Rigueurs du cloître et la Mélomanie. L'affiche a été changée sans autorisation ; la troupe ne joue que deux fois, non compris le décadi, choisissant de préférence les anciens jours de dimanches et fêtes.
Menaces d'exécuter les règlements.
Le 1" décembre 1799, les artistes dramatiques occupent la nouvelle Salle de spectacle ; ils ont annoncé les Mariniers de Saint'Cloud, Rien de ce qui peut diviser les esprits ne doit être toléré ; ils ne peuvent changer les jours, pour en prendre d'autres correspondant aux anciennes fêtes ; ils ont demandé le 12 frimaire, ce jour leur est refusé, mais ils joueront les 13 et 14 (2 et 3 décembre), à cause de la foire qui amène beaucoup de monde.
Pendant le carnaval, en 1800, les masques ne pourront traverser les rues ; les circonstances présentes ne le permettent pas.
Les fêtes politiques avaient lieu, ordinairement avec
éclat; nous en relaterons quelques scènes.
Le 3 ventôse an VI (20 mars 1798) fête de la souveraineté du peuple.
» Cette idée, dit Marceau, commissaire, est une des plus hautes conceptions qui doivent influer sur le sort des nations.
Le but de cette grande solennité est, au moment où tous les citoyens de la grande nation sont appelés à l'exercice de leurs droits, de rallier tous les esprits, d'allumer dans tous les cœurs l'enthousiasme constitutionnel, et de les pénétrer du saint amour de la Patrie et de la République qui doit absorber tous les autres sentiments ; il convient de la célébrer avec tout l'éclat et la pompe qu'il est au pouvoir de l'administration de lui donner.
Le directoire exécutif, ajoute le citoyen Marceau, a tracé un plan de cette fête qui nous rappelle les beaux jours de Sparte et d'Athènes ; j'y ai ajouté quelques accessoires adaptés aux localités. »
La veille au soir, décharge d'artillerie, pour préparer les âmes des citoyens aux sensations du lendemain.
Une nouvelle décharge annonce le lever de l'aurore et le commencement du jour de la souveraineté du peuple.
A 7 heures, les tambours battent l'assemblée.
A 8 heures, une musique harmonieuse parcourt les quartiers, en exécutant les airs chéris de la liberté.
 9 heures, réunion à la Maison commune des autorités civiles et militaires, des défenseurs de la patrie, des instituteurs et de leurs élèves.
Dix-huit vieillards représentent le peuple ; ils ont à la main une baguette blanche : ils ouvrent la marche.
Les jeunes gens qui se sont distingués dans les écoles publiques, par leurs succès et par leur patriotisme, précèdent ce groupe vénérable ; chacun d'eux porte une bannière avec des inscriptions.
Les fonctionnaires publics viennent ensuite dans l'ordre constitutionnel ; après eux, les instituteurs et leurs élèves ; Tarmée ferme la marche.
Dans la course, le cortège s'arrête aux quatre locaux des assemblées primaires ; à chaque station, il est exécuté des hymnes, rappelant au peuple les manœuvres impies employées l'année dernière pour corrompre l'opinion publique et ramener la nation à l'esclavage.
Le cortège arrive ensuite à la place de la Liberté. Au pied de l'arbre, s'élève l'autel de la patrie, entouré de feuillages ; au-dessus flotte un drapeau tricolore. Le livre de la constitution est placé au milieu ; au devant, un monument emblématique.
Une base d'une forme moderne est assise sur les débris de la royauté, du fanatisme et des factions qui sont épars cà et là ; on y remarque un sceptre, une tiare, une mitre, un blazon, un paon, une hydre et des chaînes rompues. Ce monument est surmonté d'un serpent en forme de cercle, symbole de la durée et de la stabilité. Sur la face de devant, on lit ces mots : « La République est assise sur des bases inébranlables : la volonté du peuple et sa puissance. »
Les bannières sont plantées par les jeunes gens à côté de l'autel : les vieillards se rangent autour de l'autel. Puis, se placent les fonctionnaires publics, les militaires blessés, les instituteurs et leurs élèves ; la force armée occupe l'extérieur de l'enceinte.
La musique exécute des airs patriotiques ; on chante des hymnes consacrés à la solennité du jour.
Les vieillards s'avancent et, réunissant leurs baguettes, en font un faisceau qu'ils lient avec un ruban tricolore.
« Le président de l'administration municipale, Jacques Montéage, vieillard aussi respectable par son âge que par le nombre de ses enfants et petits-enfants (il en compte 60 dans la commune), prononce un discours. En style énergique, il retrace les attentats aux droits du peuple par ceux qui, jadis appelés grands, étaient à la tète de la Nation ; il paye à nos invincibles armées le tribut d'éloges qu'elles ont si justement mérité ; il leur fait entrevoir le terme de leur glorieuse carrière, dans la conquête de l'Angleterre qu'ils vont rendre à la liberté. Il invite ses concitoyens à ne voir que la République dans les choix qu'ils vont faire, à réparer pour cette année le mauvais choix de l'an V, et à ne porter leurs suffrages que sur des citoyens dignes de leur confiance. »
Des applaudissements unanimes accueillent ce discours.
Après la lecture de la proclamation du Directoire exécutif, des chants civiques, le cortège revient à la maison commune.
Les jeunes gens rapportent le Livre de la Constitution et le faisceau de baguettes. Le soir illuminations, de 9 heures à minuit ; un orchestre, dans la ci-devant église des Cordeliers, fait danser jusqu'à minuit; les musiciens touchèrent 63 fr. pour leur salaire.
Le 10 germinal, an VI (30 mars 1798) fête de la jeunesse.
L'administration municipale arrête, le 6 vendémiaire an VII (27 septembre 1798), que la ci-devant église cathédrale servira pour les fêtes décadaires et nationales ; pour cela, une certaine partie est réservée, le reste de l'édifice devant suffire aux sectaires d'un culte quelconque.
On élèvera l'autel de la patrie ; la déclaration des droits et des devoirs des citoyens y sera placée, de façon à être lue facilement par les assistants ; des emblèmes civiques, des bustes des hommes célèbres y devront inspirer cet orgueil national, source pure des actions magnanimes.
Le chœur est choisi pour la réunion décadaire des citoyens. Chaque décadi, à 10 heures du matin, l'administration mu-
nicipale s'y rendra en costume ; après la lecture des lois, célébration des mariages.
L'inauguration aura lieu le 10 vendémiaire.
Le cortège comprend 25 hommes de force armée, un corps de musiciens et des tambours.
Les époux forment un groupe, ceint de guirlandes de feuillages, précédé de trois petits génies : Tun sème des fleurs sur leur passage, l'autre, porte une corbeille de fruits et le troisième tient à la main un flambeau allégorique.
Pour le décor du Temple décadaire, la statue de marbre qui s'élève vers la voûte céleste est transformée en déesse de la liberté, au moyen d'un bonnet tricolore et d'une pique ornée d'un drapeau, lesquels sont portés à ses côtés par les génies qui l'entourent.
Au bas des nuages sur lesquels elle fait son ascension, on lit cette invocation :
O liberté, du haut des cieux, veille sur tes enfants !
Sur l'autel de la patrie, aux pieds de la Déesse, un livre ouvert, et cette inscription: « Constitution de l'an III. »
Aux côtés de l'autel, des balustrades pour les autorités.
Au milieu du sanctuaire, un magnifique trépied où le feu sacré sera allumé par les époux. A la place réservée aux futurs époux, une bannière portant une couronne de myrte et de roses, et un flambeau ; plus loin, la tribune aux harangues.
Un drapeau tricolore flotte au-dessus de la principale porte du Temple ; l'intérieur est orné de trophées, de drapeaux, de bustes antiques en marbre et de ceux des grands hommes et des philosophes les plus célèbres.
Les époux signent avec leurs témoins ; harangue du président, musique, long roulement de tambour ; puis le cortège retourne à la Maison commune.
Le 2 pluviôse (21 janvier), il n'y aura pas de marché; ce jour est consacré par les lois à célébrer la juste punition du dernier roi des Français ; cette journée doit être un jour de fête pour tous les amis de la République.
Les fêtes de la souveraineté du peuple, de la jeunesse,
des époux sont célébrées en Tan VII ; celle du 14 juillet Test avec plus de solennité. Le cérémonial reste toujours à peu près le même : cette fois, sur la grande butte, un bastion est élevé ; au-dessus est planté un arbre, au haut duquel est placé un oiseau ; le citoyen qui Tabattra recevra une paire de boucles d'oreilles. A la chute du jour, le bastion est illuminé; à 9 heures du soir, trois coups de canon annoncent le feu d'artifice.
Le 9 thermidor, fête de la liberté ; Marceau, commissaire du directoire près l'administration centrale, prononce un discours qui est couvert d'applaudissements.
Pour le tir de l'oiseau, il y a 60 tireurs; le citoyen Rocton, boulanger, l'abat et vainqueur, gagne une paire de boucles d'oreilles d'une valeur de 28 francs — c'est Blonnié orfèvre qui les a fournies.
Puis en fructidor, la fête de la vieillesse et celle du 18 fructidor.
Le salaire des musiciens aux fêtes décadaires était fixé antérieurement comme suit : Pichon fils, chef, 2 fr. ; Genêt clarinette, 2 fr. ; Maurer, Dubois, Frédéric, bassons, 2 fr. chacun ; 3 autres ensemble 4 fr. ; en totalité 14 fr. Comme chef, Pichon fils avait en plus une indemnité de 1 franc par décade.
Pour donner un nouvel éclat aux fêtes décadaires, nationales et autres cérémonies publiques, la musique est réorganisée en décembre 1799. Le chef Pichon et ses douze musiciens reçoivent 22 fr. 50 par chaque fête décadaire.
Grains, commerce, prix. — En avril 1798, les marchés sont réglés sur la décade ; il y en a quatre par décade : les nuodi, quartidi, sextidi, nonodi. Le marché aux grains aura lieu sur la place d'armes ; tout le pavé lui est affecté ; toute autre marchandise ne pourra y être exposée en vente. Il ouvrira à 11 heures du matin en hiver, à 10 heures en été.
Le marché au beurre, volailles, œufs, légumes se tiendra sur la place du marché neuf et sur le carreau de la rue de la Volaille ; à 10 heures du matin, en hiver, à 9 heures, en été.
Les marchés appelés lundis auront lieu les 12 et 22 messidor, les 2 et 12 thermidor.
Le prix du setier de blé, au commencement de floréal an VI, était de 19 fr. ; la taxe du pain jaunet de neuf livres, de 17 sols 6 deniers.
En brumaire an VII, ces prix sont de 14 fr. pour le blé ; de fr. 60 pour le pain jaunet ; le pain bis est taxé à fr. 57.
Il est défendu d'aller au devant des cultivateurs ou autres, apportant des denrées.
On fixe pour les marchés aux poissons les mêmes jours que ceux des grains ; cependant l'administration se concertera d'abord avec les autorités des ports de mer.
A la foire des barricades de 1798, le pied de façade de boutique simple est loué 2 fr. 25 ; le double, pour boutique en magasin. Le citoyen Sainsot propriétaire, versera 130 fr. pour le service de la garde nationale pendant la foire, dont la durée est de neuf jours.
Au mois de novembre, la place d'armes devient insuffisante pour les marchés ; on n'exécute pas le règlement ; elle ne doit recevoir que les grains et les voitures des laboureurs. Mais les bouchers, les ferrailleurs, les fripiers, les rubanniers et autres occupent le terrain avec leurs échoppes ; des accidents sont à craindre : défense est donc faite à ces commerçants de s'établir sur la place ; pareille défense est faite aux marchands de balais, de navets, de cochons de lait; les bouchers transporteront leurs étaux dans la rue de la Volaille.
On veut débarrasser les places. Le citoyen Noël fils demande que les baraques, établies en face sa nouvelle construction sur la place de la Liberté, soient supprimées ; elles gênent son locataire, obstruent la principale entrée de son local et nuisent en outre à la décoration de la place. Le 30 août 1799, toutes les permissions d'élever des échoppes ou baraques sur la place de la Liberté, sont révoquées; tout devra être enlevé dans le délai de trois décades.
Il est ordonné en septembre 1799 que les marchands,
se servant de l'aune dans le commerce, devront remettre ces
anciennes mesures. A partir de l'an VIII, ils ne pourront plus se servir de l'aune, sous peine d'être regardés comme vendant à fausses mesures, poursuivis et punis comme tels.
Le tableau des poids et mesures est adopté.
En 1799, la ville de Chartres comptait 15,000 habitants ; son commerce consistait en draps grossiers, en fer, en bonneterie, en cuirs et surtout en blés.
Le péage sur les routes avait aussi été établi ; un cabriolet attelé d'un cheval, venant du Coudray, payait à la barrière de l'agrappe fr. 55 pour entrer, et autant pour sortir.
Le fermier des barrières exige fr. 90 pour une carriole couverte, attelée d'un cheval, tandis que, lors de la perception directe, on ne payait que fr. 25.
Pour une voiture chargée de grains, attelée de 4 chevaux, venant de Sours, le prix est de fr. 75 et autant pour le retour, bien que la voiture soit vide.
Des procès s'engagent contre la compagnie fermière.
La commune s'abonnait chez le citoyen Gonard, journaliste, au Pacificateur ; elle recevait le Corps législatif y le Narrateur j les Hommes libres^ le Journal de l'ennemi du gouver^ nement anglais, la Chronique.
Le casseur de bois, les journaliers sur les promenades gagnaient un franc par jour.
Chambrette, commissaire aux inhumations, recevait 300 fr. ;
Noël fils, marchand de bois, vend le 22 octobre 1799, à la commune, 20 cordes de bois à brûler à 34 fr., 400 fagots à 24 fr. le 100.
Les musiciens, pour la proclamation sur les victoires, touchent 27 fr. 50.
Bardou, peintre, a fourni six bouteilles de mixtion pour les cérémonies de mariages, il reçoit 12 fr.
L'exécuteur des hautes œuvres n'est pas payé pour
ensevelir les corps des condamnés à mort ; son ministère s'arrête à l'exécution; il n'est pas tenu de faire quelque chose au-delà. Il réclame donc, et on lui accorde un franc par corps, soit 36 francs pour 36 corps, depuis le mois de ventôse an III jusqu'à germinal an VII. Pendant quatre ans.
il avait été exécuté à Chartres 36 individus ; il n'y eut d'ailleurs aucune exécution politique.
Bande des chauffeurs d'Orgères. — La Beauce et l'Orléanais étaient dévastés depuis longtemps par la bande des chauffeurs d'Orgères ; ils étaient des centaines, tous rouleurs de route, mendiants, déserteurs, faux colporteurs; des hommes, enfants, femmes, qui vivaient de vols, de meurtres et de débauches.
Des hommes de plus de 80 ans, dérobaient encore ce qu'ils pouvaient et racontaient aux plus jeunes, pour les encourager, leurs anciens exploits. Des enfants de 10 à 12 ans étaient adoptés dans la troupe sous le nom de mioches ; ils recevaient une éducation conforme au genre de vie qu'ils devaient mener. On les employait à la découverte, à l'examen des lieux voués au pillage ; ils passaient par dessus les murs pour ouvrir les portes. Leur professeur était connu sous le nom de père des mioches ; c'est avec lui qu'ils faisaient leur apprentissage de voleurs et d'assassins.
Une foule de receleurs, notamment des cabaretiers, leur prêtaient asile, leur fournissaient des indications, leur donnaient des armes, des fausses clefs, recelaient et achetaient les effets provenant des vols. Souvent même, ils se joignaient à eux et les aidaient dans leurs crimes.
Les hommes s'associaient des femmes, qu'ils épousaient à la manière des brigands. Leurs noces se faisaient dans . les formes, après des cérémonies dirigées, dans les bois, par l'un d'entre eux, qu'ils nommaient le curé.
La Provenchère était la femme la plus remarquable de la bande, par sa jeunesse et sa beauté. Formée de bonne heure par son père, elle se faisait remarquer par son audacieuse immoralité ; interrogée sur le lieu de sa naissance, elle répondit fièrement : « Je suis enfant de troupe et « née dans un caisson. »
Arrêtée par les hussards, envoyés à la poursuite de la troupe, quelques-uns de ces galants militaires trouvèrent l'occasion de jouer un instant avec elle. Six mois se pas-
sent. Ce petit jeu à la hussarde avait laissé un témoin de l'action. La Provenchère interrogée sur son embonpoint : « Ils avaient peur, dit-elle, que je ne fusse pas cou- » pable, les coquins ! ils m'ont mis une pièce de conviction » dans le ventre. »
Marie-Rose Bignon était une jeune femme de 27 ans, bien faite dans sa taillé et toujours mise avec une certaine coquetterie. Le Beau François Tépousa.
11 la présenta au curé des pingres, nommé Lejeune*
Le curé des pingres fit placer le Beau François à sa droite, Rose Bignon à sa gauche et commença la cérémonie des fiançailles.
Il était revêtu des ornements sacerdotaux et portait en ses mains une espèce de baguette symbolique. De leur côté, les deux futurs époux tenaient chacun un bâton, à la hauteur de deux pieds de terre et dont les deux crosses se joignaient.
Il ordonne à l'homme de rester debout d'un côté du bâton et à la femme de s'approcher de même de l'autre côté.
« Adressant alors la parole au Beau François.
— Gueux, dit-il, veux-tu de la gueuse.
— Oui, gueux, répondit le chef.
» Puis se tournant vers la femme.
— Gueuse, veux-tu du gueux.
— Oui, gueux, répondit-elle. »
Le consentement, ainsi donné de part et d'autre, le curé des pingres éleva la voix :
— Saute, gueux. Le conjoint sauta par dessus les deux bâtons.
Ce fut alors le tour de la femme.
— Saute, gueuse, cria le curé. Aussitôt elle s'avança au devant des bâtons qui s'inclinèrent ; elle passa au milieu, et le mariage fut conclu, aux applaudissements réitérés du Conseil général.
Réunis au nombre de 20ou30, ils sefaisaient fournir pain, vin et viande que les fermiers n'osaient leur refuser.
Cette troupe de brigands, détruite en 1783 par la condam-
nation de 70 de ses membres aux supplices de la roue, du gibet et des galères, s'était réorganisée sous la direction de Fleur d'Épine, un de ses anciens chefs. Elle se réfugia d'abord dans les bois de la Muette, de la Porte et du Champ Baudouin dans le Loiret, où ils tenaient leurs conseils et faisaient leurs orgies. Dès la nuit venue, comme les loups, ils sortaient de la forêt de Dourdan, des broussailles de la Conie, des repaires boisés où ils se cachaient ; et la terreur tombait avec l'ombre sur les fermes de la Beauce, d'Etampes à Chàteaudun, de Chartres à Orléans.
Ils allaient au loin, par détachements, pillant les chaumières, les fermes, les châteaux et les boutiques.
Fleur d'Épine périt dans les prisons de Versailles, lors des massacres qui y furent commis : le Beau François lui succéda ; sa troupe était forte de 4 à 500 brigands.
En 1798, un de leurs plus horribles assassinats, commis sur la personne du sieur Fousset, cultivateur à Milhouard, canton d'Orgères, fit donner à ces scélérats le nom de brigands d'Orgères. Pendant toute la période orageuse de la révolution, ils avaient impunément exercé leur détestable industrie; ils chauffaient les fermiers, assassinaient les voyageurs, pillaient les voitures publiques, incendiaient des habitations jusque dans la banlieue de Chartres.
Mais le Directoire, entendant enfin le cri public, donna des ordres pour la destruction de la bande d'Orgères.
Il fallut pour les prendre beaucoup de courage et d'adresse ; l'honneur en revient au citoyen Fougeron , juge de paix à Orgères, et au maréchal des logis Levasseur, commandant la brigade de gendarmerie de Janville qui , pendant plusieurs années, ne cessa de les poursuivre, soit à main armée, soit par ruse à la faveur de divers déguisements.
Trahis par un des leurs, les brigands furent presque tous arrêtés dans leurs repaires et conduits dans les prisons de Chartres.
Il n'existe pas d'exemple d'une procédure aussi longue, aussi compliquée et commune à un aussi grand nombre d'accusés. Les débats en présence du jury durèrent plus de
quatre mois ; rinstruction en avait demandé dix-huit, pendant laquelle 64 des prévenus moururent en prison, d'une peste déterminée par leur ordure.
On poursuivit 182 prévenus, présents dans la prison, et 133 contumaces.
Le nombre de questions posées au jury fut de 7,800.
Mais par suite de nombreux décès, de quelques évasions, parmi lesquelles nous citerons celle du Beau François, le chef de la bande, il ne restait que 114 en jugement, dont 83 constitués prisonniers, le reste contumace.
Le jugement intervenu le 23 thermidor an VIII (10 août 1800), condamna 23 de ces brigands à la peine de mort, et 35 aux fers ou à la réclusion ; plusieurs se suicidèrent avant leur jugement; dix-neuf, acquittés, furent mis en liberté.
L'exécution des 23 condamnés à mort eut lieu à Chartres le 12 vendémaireanIX (30 septembre 1800) ; pendant la nuit, en se partageant les dépouilles des suppliciés, sous Téchafaud, rouge de sang, les bourreaux de Chartres et de Dreux se battirent.
Politique, mairie. — La constitution de Tan Vlll organisait un vaste système de centralisation, emprunté aux souvenirs du comité de salut public et à ceux de l'ancienne monarchie. Bonaparte avait proclamé l'oubli du passé, la fusion des partis, la conciliation universelle. On rendit aux cultes les édifices qui leur étaient destinés; les fêtes révolutionnaires furent supprimées, excepté celles du 14 juillet et du V^ vendémiaire ; les nobles et les parents d'émigrés ne furent plus exclus des fonctions publiques ; le serment de haine à la royauté fut aboli. L'opinion générale se manifesta pour le nouvel ordre de chose.
Bonaparte avait été désigné premier consul par la constitution ; Cambacérès, savant légiste, deuxième, et Lebrun, bon administrateur, troisième.
L'administration des départements fut confiée à des préfets, hommes du gouvernement et non pas des localités, qui
eurent la nomination des maires, chargés de l'administration des communes (1800, 2 mars).
Le pouvoir communal fut ainsi réduit à peu de chose ; le Conseil municipal, même pour le budget des dépenses de la commune, suivait des règles imposées ; il était conduit dans tous ses actes par le préfet.
L'étude de ses délibérations oflre un intérêt moindre dans l'examen de la vie publique, et les sessions du Conseil municipal de Chartres, assez courtes chaque année, n offrent plus qu'un nombre restreint de documents.
Après la bataille de Marengo (14 juin 1800), des tentatives de paix échouèrent ; mais la victoire de Hohenliden (2 décembre 1800) décida de la paix de Luné ville, signée avec l'Empereur pour tout le Corps Germanique (1801, 9 février).
Le traité d'Amiens (1802, 25 mars) assura la paix avec l'Angleterre.
La France venait d'atteindre la plus haute situation politique, et à l'intérieur, un aspect tout nouveau de prospérité se montrait. Le peuple était heureux ; il avait son travail dégagé de toute entrave ; il ne payait presqu'aucun impôt.
Il ne voyait pas encore que la liberté lui manquait.
La première session du Conseil municipal de Chartres commença le 6 fructidor an VllI (23 août 1800); le Conseil se réunit, par arrêté du préfet Delaître.
Le maire Chevard dit que les affaires courantes ne lui permettraient en aucune manière de présider le Conseil.
L'assemblée nomme alors président le citoyen Vitalis, et secrétaire, le citoyen Constantin Maugars. Il est décidé que les séances se tiendront tous les jours pendant la session, à l'exception des décadis ; elles commenceront à dix heures du matin pour finir à deux heures. Le 19 fructidor, la session était close ; elle avait duré 14 jours.
Ont siégé les conseillers : Vitalis, Maugî^rs, Barré, Milleville, Renault, Dutartre, Brochand, Juteau, Durand-Letellier, Levassor-Montéage, Paillart, etc.
A la seconde session l'année suivante, en février 1801, le citoyen Chevard, maire, lit un arrêté des Consuls qui l'au-
torise à présider, excepté dans le cas où il s'agit de Texamen de ses comptes ; il occupe donc le fauteuil.
Le citoyen Vitalis est élu président, pour le remplacer pendant Texamen des comptes.
La maison commune n'appartient pas à la ville de Chartres, mais au bureau des pauvres ; il est à désirer que la Ville en devienne propriétaire. On propose d'acheter une autre maison, pour l'échanger contre la maison commune. Une commission composée des citoyens Bretel, Vitalis, Dutemple- Mézières et Louis Barré, est nommée pour s'entendre avec le bureau des pauvres.
Puis sont approuvées les dépenses ordonnées par le maire pour la réception du préfet, lors de sa tournée départementale.
Philippe et Girard, traiteurs, ont reçu 450 francs pour le bal, 150 francs pour les rafraîchissements aux musiciens, aux tambours, etc. Pour cette même fête, les tambours ont été payés 30 fr. 75.
« La paix glorieuse, dit alors le maire, que le gouvernement vient de conclure, tant avec l'Autriche qu'avec l'Empire Germanique, va probablement donner lieu à des fêtes et à des réjouissances publiques ; ces fêtes auront peutêtre lieu avant la réunion du Conseil.
Je désirerais qu'un événement aussi heureux fût célébré avec toute la pompe possible et, pour me seconder dans cette circonstance, je prie le Conseil de m'adjoindre une commission composée de quelques-uns de ses membres. »
Le Conseil partage les sentiments du citoyen maire, et nomme commissaires les citoyens Bretel, Quevanne, Dutemple-Mézières, et Louis Barré.
A la dernière séance, le 29 pluviôse, avant de se séparer, un membre dit : « Grâce à la sagesse, à la modération du Gouvernement et au courage de nos armées, un traité de paix glorieux assure à jamais le bonheur et la tranquillité de la République.
Nous ne nous séparerons pas, sans charger une commission de porter au premier magistrat du département l'exprès-
sion des sentiments de joie, d'enthousiasme et de reconnaissance dont les habitants de cette commune ont été pénétrés ainsi que nous, à la nouvelle de cet événement depuis si longtemps attendu. »
Les commissaires nommés sont les citoyens: Bretel, Quevannes, Dutemple-Mézières, Barré Louis.
En mars 1801, le nombre total des électeurs est fixé à 3,311.
Une séance extraordinaire a lieu le 12 brumaire an X (l®*" novembre 1801); le préfet est introduit; il s'exprime en ces termes :
« Citoyens,
» Le monde est pacifié; les nations ne comptent plus que des alliés, la République française, que des admirateurs et des amis.
Dans rintérieur, la plus grande tranquillité règne ; les factions sont anéanties; le souvenir de nos maux passés commence à s'éteindre.
L'agriculture, préservée du fléau des réquisitions, s'améliore ; la confiance se rétablit, le crédit se relève, le commerce et les manufactures reprennent de l'activité ; les routes se réparent, de nouveaux canaux se creusent, des expéditions lointaines se préparent.
» La République, élevée au plus haut degré de grandeur et de puissance, voit chaque jour s'ouvrir de nouvelles sources de grandeur et de prospérité.
» Un si glorieux état de choses est l'ouvrage du gouvernement et de son illustre chef; les bénédictions du peuple sont le prix de tant de bienfaits.
» De toutes parts Bonaparte est proclamé le pacificateur du monde, le restaurateur de la liberté française, le véritable fondateur de la République.
» Ce héros a mérité la reconnaissance de tous les Français. Consacrons l'expression de ces sentiments ; élevons, à la gloire du premier Consul, un monument simple mais durable, qui atteste à la postérité et notre admiration et notre amoUr pour lui.
» Je vous propose d'arrêter :
» Il sera élevé sur Tune des places de cette ville un monument à la gloire du Premier Consul^ et cette place portera son nom. )>
Le Conseil municipal approuve. La place où s'élèvera le monument s'appellera : Place de Bonaparte.
Pour examiner les plans et les devis des artistes qui concourront pour l'érection de ce monument, une commission est nommée ; elle comprend le Président et son secrétaire, les citoyens Quevannes, Bretel, Mirey, Vitalis et Renault.
« La ville de Chartres, ajoute le maire, va ainsi pouvoir acquitter une partie de sa dette envers le vrai fondateur de la République, le père du peuple, le pacificateur et bienfaiteur du monde, le héros immortel qui réunit dans un degré éminent tous les genres de gloire. »
Il est d'ailleurs sursis à l'érection du monument, jusqu'à ce que l'on ait pris l'avis du Conseil général du département.
Une amnistie est accordée à tous les émigrés (1802, 26 avril); l'Université est fondée, et le 15 mai, TOrdre de la Légion d'honneur est créé malgré une assez forte opposition. La première promotion eut lieu* le 6 octobre 1803 seulement.
Après la paix d'Amiens, un arrêté des Consuls posa au peuple la question : « Bonaparte sera-t-il consul à vie ? »
On ouvrit dans toutes les municipalités des registres, où chaque citoyen fut appelé à consigner son vote et 3,568,000 voix se prononcèrent pour le Consulat à vie, contre 8,374 opposants (24 août 1802).
En juin 1802, les citoyens Coubré Saint-Loup et Marchand, sont nommés membres du Conseil municipal, par arrêté du préfet; ils font la promesse de fidélité à la Constitution.
Le 7 fructidor an X, le citoyen Billard est installé comme maire, Jumentier est nommé secrétaire.
Dans son discours d'installation, le maire s'exprime ainsi :
(i Une convocation extraordinaire des conseils municipaux est faite dans toute l'étendue de la République, preuve nouvelle de la sollicitude du gouvernement pour l'intérêt des peuples.
« Le conseil va s'occuper des ressources et des besoins de la commune, pour l'année qui commence. »
Il expose alors d'une façon claire et précise tous les détails du budget.
Un mois après, en septembre, dans la dernière séance de la session, le citoyen Bretel rappelle que l'ex-maire, Ghevard, a fait l'abandon à la ville de l'ancien palais de justice qui lui appartient, pour faire une nouvelle place. La destination primitive de cette place est l'érection d'un monu^ ment à la gloire du Premier Consul. Le plan de la place est arrêté.
« 11 est probable, dit le citoyen Bretel, que cette séance sera la dernière du conseil dans sa forme actuelle, une moitié des membres devant être désignée ces jours-ci, par la voie du sort, pour cesser ses fonctions. Cette moitié sera remplacée par un pareil nombre de membres, que le Premier Consul nommera entre les citoyens les plus imposés, que désigneront les assemblées de canton.
« Pour l'érection du monument, ajoute-t-il, il faut nous appliquer la réponse que le Premier Consul a faite au Conseil municipal de Paris, le 11 nivôse dernier; il a prononcé ces par olessublimes : — J'accepte l'offre du monument que vous voulez m'élever..... Que la place reste désignée; mais laissons aux siècles à venir le soin de la construire, s'ils ratifient la bonne opinion que vous avez de moi. » —
La place sera plantée d'arbres ; elle portera le nom de Bonaparte ; la construction du monument est réservée.
Vient le 18 brumaire an XI (3 nov. 1802) ; l'anniversaire est célébré en grande pompe.
A la fête du premier jour de l'an XI, il y eut célébration d'un mariage dans chaque chef-lieu d'arrondissement.
La dot des époux, mariés le 27 thermidor précédent, avait été de 500 fr., aux frais du département.
Ce précédent doit être suivi.
En novembre 1802, le Conseil municipal désigne les
conscrits qui doivent former l'armée active et la réserve. Il prononce sur les infirmes et incapables ; Tétat ayant été constaté par deux officiers de santé, l'opération est facile.
11 faut aussi se prononcer sur l'indemnité à payer par les conscrits, jugés incapables de soutenir les fatigues de la guerre ; le Conseil peut également autoriser toute substitution de gré à gré.
Les conscrits infirmes restent inscrits au tableau, comme conscrits supplémentaires ; ils ne pourront en être retirés qu'autant que le conseil de recrutement leur aura délivré un congé définitif.
On examine donc les bordereaux des contributions des conscrits infirmes, ou de leurs père et mère : il y a 29 infirmes exemptés.
Poilvillain, conscrit de l'an IX, paye tant par lui que par ses père et mère, 33 fr. 88 de contributions. Il n'est pas dans le cas de payer une indemnité.
Le Roux paye 89 fr. 39 — il versera à titre d'indemnité 89 fr. 39.
Presleur paye 218 Ir. 76, il doit verser 300 fr. ; Bertrand, 44 fr. 55, rien à verser ; Boucher, 155 fr. 81, il versera 200 fr. ; Védie, 76 fr. 54, à verser 76 fr. 54 ; Deshaulles paye 1,503 fr. 50, il versera une indemnité de 1,200 fr. ; Semen- Philippe, 118 fr. 39, il doit verser 100 fr. ; Morin, 370 fr. 64, il versera 600 fr.
Le tableau des conscrits de l'an IX comprend 7 hommes pour l'armée active, 8 hommes pour la réserve et 21 conscrits supplémentaires.
Pour l'an X, il comporte 9 hommes à Tarmée active, 9 à la réserve et 8 supplémentaires.
Voici Tétat civil de la commune de Chartres pendant l'an XI.
Naissances : 358, dont 35 nés hors mariage.
Décès : 462, dont 26 ont passé 80 ans.
Le nombre de mariages a été de 90; celui des divorces de 2,
Depuis Tan II, dans les dix années dernières, les moyennes ont été de 457 pour les naissances, de 528 pour les décès, de 131 pour les mariages.
La paix avec l'Angleterre est rompue le 13 mai 1803 ;
sa durée avait été d'un peu plus d'une année; jusqu'à la chute de l'Empire, la guerre ne devait plus cesser.
Les départements et les villes votèrent des vaisseaux, des canons, des bateaux, pour la flotille que l'on organisait sur la côte de la Manche, de Boulogne à Gravelines.
Le maire demande au conseil municipal les moyens de concourir à l'armement contre l'Angleterre.
Citoyens, dit-il, nous commencions à goûter les douceurs de la paix, lorsque, sans respect pour un pacte authentiquement juré, l'Angleterre a fait de nouveau retentir le cri de guerre.
Inutilement, le héros à qui nous avons confié les rênes du gouvernement, a-t-il opposé la plus parfaite longanimité et la plus constante modération' aux provocations réitérées de la cour de Londres, le cabinet britannique, jaloux de notre prospérité, viole le traité d'Amiens et prétend remettre en question ce que douze années de triomphes ont décidé sans retour.
« Les Français sont unanimement convaincus que c'est,
en attaquant dans ses propres foyers la nouvelle Carthage, que le moderne Scipion pourra lui faire expier tous les actes de sa foi punique; en conséquence, le rétablissement de la marine et la construction de bâtiments vengeurs doivent être le but unique de tous les sacrifices. »
« Le conseil municipal déclare qu'il concourra de tous ses moyens à l'armement contre l'Angleterre ; il émet le vœu que ses offrandes pécuniaires soient exclusivement employées à la construction de bateaux plats et, s'il y a lieu, de bâtiments de plus grande force.
» Il exprime d'avance son assentiment formel et sans réserve aux opérations que le conseil général croira devoir arrêter dans sa sagesse. »
Le 27 thermidor an XI (15 août 1803), grande fête à la
cathédrale, à propos de Tanniversaire de la naissance du Premier Consul.
La même année, au mois de novembre, un violent incendie détruit en partie le village de Saint-Prest; cent vingtneuf bâtiments sont détruits par le feu ; trente familles sans asile sont réduites à la plus affreuse misère. Le préfet fait appel aux habitants; des dons, en faveur des malheureux incendiés, sont recueillis de tous côtés.
Une conspiration de Georges, Pichegru et Moreau
est découverte au commencement de Tannée 1804 ; Moreau est arrêté le 15 février; Pichegru et les autres conjurés sont saisis, cachés dans Paris.
Le Premier Consul était exaspéré. Soixante assassins guettaient Bonaparte dans Paris, n'attendant qu'un Prince pour agir.
Il fait saisir en territoire Badois le jeune duc d'Enghien, le dernier des Condé. Amené à Vincennes, il est jugé, con* damné et fusillé le 16 mars.
Des adresses innombrables supplient Bonaparte de veiller à sa sûreté, qui est celle de la nation.
Le 18 février 1804, le maire de Chartres annonce au conseil municipal qu'un complot infernal, ourdi par l'Angleterre contre le gouvernement français, a été découvert. Le génie tutélaire qui veille sur les destinées de la France a encore une fois sauvé les jours de son chef.
Le maire lit l'adresse qu'il a préparée ; elle est ainsi conçue :
« Citoyen Premier Consul :
« 11 appartient au Conseil municipal de la ville de Chartres, d'exprimer au gouvernement les divers sentiments dont les derniers événements ont pénétré les habitants de la cité.
» Sentiments d'indignation contre les trames perfides et criminelles des ennemis de la France, sentiments d'allégresse et de reconnaissance, envers la Providence protectrice qui les a dévoilés, sentiments d'amour et de dévouement à toute épreuve pour le héros qui en est l'objet.
» Honneur au Grand Juge, ministre de la justice ! la pa-
trie lui tiendra compte du service signalé qu'il vient de lui rendre.
» Puisse Napoléon Bonaparte présider longtemps à nos destinées ! Sous ses auspices, le bonheur et la gloire nous sont à jamais fidèles, et la prospérité de la France est assurée* »
L'adresse est approuvée par le Conseil municipal.
Le 18 mai 1804, Napoléon Bonaparte fut proclamé Empereur des Français, par un sénatus-consulte.
Marchés, travaux, salaires. — Dès le mois de janvier 1801, les mesureurs, aulneurs et peseurs avaient vu fixer leurs salaires.
11 était payé fr. 40 par muid de blé aux mesureurs, q ui remettaient un quart de leur recette à la commune pour l'entretien des halles et marchés publics.
Les aulneurs percevaient, pour pièces de draperie, mercerie, toile, etc., fr. 10 pour une pièce de 21 aunes; fr. 15 pour une pièce de 31 aunes et au-dessus.
Pour chaque pièce de mercerie ou draperie entrant au magasin, le concierge avait droit à fr. 05.
Le peseur public est autorisé à percevoir fr. 10, pour le pesage de chaque quintal, à la charge par lui de tenir compte du quart au receveur de l'hospice du bureau des pauvres.
Au milieu de l'année suivante, sur l'invitation du préfet, on s'occupa de l'établissement des bureaux de pesage, mesurage, jaugeage publics, ainsi que des moyens de réduire à 12 0/0 les frais de perception de l'octroi.
« La ville, lit-on dans le rapport, n'ayant que 15,000 habitants, peu de commerce, les pesage, jaugeage, mesurage des étoffes et des bois donnent une faible ressource, leur emploi étant d'ailleurs facultatif.
» Le pesage public sera confié à un seul juré peseur ; il est autorisé à percevoir fr. 30 pour le pesage d'un quintal de 100 kilog. (nouveau poids); le jaugeage public coûtera fr. 50.
2t2 CONSl I..VT
)) Il y aura un seul mesureur d'étoflfes et de toiles ; la rétribution pour une pièce sera de fr. 30.
» La réception des bois de chauffage sera payée fr. 15 par stère; celui des bois de charpente et de construction, fr. 03 par marque.
» Six mesureurs seront désignés pour la halle au blé, ils auront droit à fr. 035 par hectolitre.
» Le maire présentera au préfet une liste triple pour la désignation officielle de ces employés ; une fois nommés, ils prêteront le serment devant le Président du tribunal de Commerce.
» Le lundi de chaque semaine, les mesureurs verseront le quart des sommes qu'ils auront touchées; le surplus leur appartiendra pour traitement ou indemnité. »
Le 21 avril 1803, on règle de nouveau le service des marchés aux grains, où sont employés les leveuses de cul de sac, les mesureurs et les portefaix.
11 existe quinze sociétés de leveuses : celles de six personnes : Deniaudes, Brulards, Jatiers ; de cinq personnes, Baudouines, Boutris, Grâces de Dieu,Lutonnes ; de quatre, Bézards, Mulottes, Berlines, Roses, Laignandes, Menuisières ; de trois, Barret ; de deux, Bessanger.
Une société de leveuses fait opérer le déchargement des voitures, le placement des sacs sur le carreau des halles, préside à la vente, fait mesurer, paye les mesureurs et les portefaix, reçoit le prix des grains et en rend compte au propriétaire.
Pour tous frais, elle touche fr. 15 par hectolitre de grain.
Les femmes de chaque société sont solidairement responsables ; elles paient aux portefaix, pour déchargeage, Ofr. 25 par hectolitre et aux mesureurs, pour mesurage, fr. 035 — il leur reste fr. 09 pour salaire.
Les leveuses sont nommées par le maire, reçoivent une commission et prêtent entre les mains du maire le serment de bien et dûment remplir leurs fonctions. Leur réputation de probité était solidement établie.
Le nombre des portefaix s'était accru au-delà de celui
fixé par le règlement de police ; depuis quelques années, il reste à chacun trop peu d'ouvrage pour gagner leur vie. Sous prétexte de la cherté des denrées, les portefaix se font payer le plus qu'ils peuvent par les laboureurs, ce qui occasionne entre eux des altercations fréquentes, dont la police doit de temps à autre se mêler.
Le nouveau règlement rétablit le nombre des portefaix à 250; aucun d'eux ne peut avoir de commis, s'il n'a 60 ans accomplis, ou s'il n'est atteint d'infirmités constatées. Ceux en activité de service dans les armées de la République peuvent se faire remplacer par un commis.
Pour les remplacements, on prend tour à tour parmi les commis et les .fils de maîtres.
Le déchargeage des grains des voitures est payé fr. 025 l'hectolitre ; les leveuses règlent ce compte. Il leur est alloué fr. 05 pour ensacher, et pareille somme pour charger dans les charrettes ou sur les chevaux des marchands forains. Pour décharger et monter les blés dans les greniers des habitants, il est payé, pour les 1*'' et 2® étages fr. 08, pour le 3* fr. 12 par hectolitre.
Le prix est le même pour 1 hect. 66 litres d'avoine.
11 est permis aux laboureurs, qui amènent leurs fermages en grains aux propriétaires, de monter eux-mêmes ces grains dans les greniers, ou de les y faire monter parleurs charretiers.
Les charretiers reçoivent fr. 05 par hectolitre de blé, enlevé des greniers et chargé sur les voitures, sans rien prétendre pour l'ensachage.
11 est payé fr. 12 par hectolitre de blé, ou par 1,66 d'avoine pour porter les grains, de la halle dans les maisons de la place, ou des rues qui y aboutissent jusqu'à 80 mètres (40 toises), à partir du centre de la place.
Le prix augmente suivant les distances, jusqu'à fr. 25.
En mai 1804, le maire désigna deux gardes, à 300 fr. l'un par année, pour les récoltes ; l'évaluation totale des propriétés gardées s'élevant à 71,248 fr., il suit que le marc le franc est de un centime et un quart.
2i4 COXSVLAT
Adhemar, concierge à la maison commune, gagnail 500 fr. par an ; il avait été réduit par mesure d*économie. Mais d'après les témoignages multipliés du zèle, de Tactivite, des soins, de la probité, de la délicatesse et de la surveillance d'Adhemar et de toute sa famille, le traitement est relevé à 6<X) fr.
Le prix du blé atteignit, en mai 1802, le prix de 38 fr. 50 rbectolitre ou nouveau setier; les neuf livres de pain jaunet étaient taxées à 1 fr. 75, et le pain bis à 1 fr. 35.
A la fin de Tannée 1801, il se produisit une excessive cherté du pain ; il fallut employer des moyens extraordi* naires pour secourir les indigents.
Mille pauvres environ sont admis aux distributions journalières, faites à domicile ; il faudrait en admettre 1,500 et pour cet objet, la somme de 4,000 fr. seulement est disponible.
Le prix du pain étant presque doublé, il faudrait 10 à 12,000 fr.
« Heureusement un atelier de travail avait été créé pour donner de bonne heure à la jeunesse, de Tun et de Tautre sexe, le goût du travail.
« Cet atelier emploie la filasse et la laine ; il est établi à la maison de Saint-Jean. Une souscription a été ouverte pour des actions de 100 et de 50 fr.
a Les dames veuves ou non mariées ont été particulièrement invitées à céder au mouvement de sensibilité, de charité et de compassion qui leur sont naturels, en contribuant aux secours pour les indigents.
« Le citoyen Doullay-Chabin est le trésorier; les souscriptions sont reçues chez lui et chez tous les notaires, 6,000 fr. ont été inscrits au budget pour les travaux d'aménagement. »
Mais tous les pauvres ne peuvent être employés à l'atelier Saint-Jean.
(f La promenade, dite grande butte, se dégrade ; les arbres périssent. Il est possible de redresser la butte des Charbonniers, de l'élargir. Il y a des travaux sur les chemins.
« Mais il faut des fonds. Si on emploie 120 personnes : 60 hommes à 20 sols, 30 femmes à 15 sous, 30 enfants de 14 à 16 ans à 10 sous, cela fait environ cent francs par jour, y compris le salaire des conducteurs, ou 3,000 fr. par mois.
« On ne peut guère occuper tout ce monde moins de trois mois ; il faudra donc 9,000 fr.
« Le travail est commencé ; la somme nécessaire viendra plus tard sans doute — on a des promesses, de bonnes paroles. »
Le citoyen Mirey, architecte, présente un plan de décoration de la place Saint-Michel; le plan est adopté.
Le tribunal de commerce fixe à cette époque, ses audiences aux lundi et jeudi de chaque semaine, à deux heures de l'après-midi ; dans le cas où elles tomberaient un jour de repos, elles seraient remises au lendemain, à pareille heure.
« La question des réverbères vient encore troubler les conseillers, tous demandent la parole pour exhaler leurs plaintes. Les réverbères sont allumés trop tard ; ils s'éteignent' trop tôt; ils n'éclairent pas assez; ils sont mal nettoyés, les mèches mal faites. On dépense beaucoup d'argent et la commune est mal éclairée.
« Deux commissaires sont nommés, les citoyens Paillard épicier, et Barré ancien notaire qui se connaît dans cette partie. Ils s'entendront avec Joliet, épicier, adjudicataire des réverbères, et verront à améliorer le service.
Au mois de janvier 1802, le tabac, qui était vendu 41 sous la livre, est réduit à 36 sous.
Au commencement de 1803, l'ingénieur en chef
Quevanne présente au conseil un plan de la promenade, dite la Butte des épars. Les ouvrages à faire pour terminer la promenade basse, les talus et le sommet de la butte, côté de la place, s'élèveront à 1,716 fr.
La butte, partie haute, sera plantée en ormes ; la partie basse en tilleuls ; un escalier s'élèvera du côté de la place des barricades, on supprimera celui du côté de la porte Châtelet.
La butte ayant été considérablement augmentée du côté de la place, il faut changer le plan de la foire de floréal ; le nouveau ne sera pas moins agréable que Tancien.
Le préfet donne 1,200 fr. pour les travaux de charité. Cet hiver, la ville arrive encore à employer et à nourrir ses pauvres.
En 1804, il est dépensé 450 fr. pour les pompes ; on achète des tuyaux ; il y avait longtemps qu'on ne s'était occupé des pompiers. Il va falloir les réorganiser sur l'ancien pied.
Culte, instraction publique. — En février 1802, quelques mois avant la signature du Concordat, le citoyen Bretel, dans une discussion au conseil municipal sur les édifices du culte, s'exprime ainsi :
« Citoyens,
» Tout semble annoncer que le rétablissement du culte de la religion catholique est une chose décidée. Elle sera Religion nationale, sans préjudice de la plus grande tolérance pour les religions dont les ministres seront soumis aux lois de la République.
Le nombre des diocèses sera diminué ; chaque diocèse comprendra deux à trois départements. Les évéques seront, au moins pour cette fois, nommés par le Premier Consul et présentés au Pape, qui leur accordera la confirmation canonique.
Le nom de schismatique n'appartiendra qu'à ceux qui ne voudront pas obéir aux deux autorités réunies.
La commune de Chartres est réputée contenir 15,000 citoyens ; tous professent la même religion ; l'exercice de la religion catholique est donc pour Chartres une affaire communale.
L'évêque réglera le spirituel ; le gouvernement prononcera sur la police extérieure et le salaire des ministres.
L'Eglise Cathédrale pourrait bien, par son immensité, contenir la masse des catholiques ; mais il y a des inconvénients, dans la trop grande étendue d'un édifice, pour l'exercice du culte ; les fidèles sont exposés aux dangers et
aux rigueurs d'un froid très vif, qui en éloignent tous ceux qui ne jouissent pas d'une santé robuste. Le peuple ne se réunit guère que dans le chœur, où la chaire est placée, et dans ses contours ou bas-côtés. De plus, les froids en interdisent souvent l'accès aux vieillards, aux faibles, aux iniSrmes.
L'établissement de deux paroisses pourvoierait à tout : la cathédrale et Saint-Âignan. »
Certains membres du Conseil trouvent que le projet du citoyen Bretel est prématuré ; il est ajourné.
Pour la mise en état des églises abandonnées depuis si longtemps, les réparations et l'entretien, la loi garde un silence absolu.
Le citoyen Morin, propriétaire de l'église Saint-Aignan, offre d'abandonner l'édifice entre les mains du préfet pour servir au culte.
« Mais on n'est pas fixé, dit le maire Billard, sur le nom- )> bre des paroisses. Â Versailles, dont la population est à » celle de Chartres comme cinq est à deux, il n'y a que )» deux paroisses, avec la cathédrale ; à Paris, avec plus de » 600,000 âmes, le nombre de paroisses et succursales réunies )> se monte à 48. La proportion rigoureuse ne nous donnerait » que notre grand et magnifique Temple de Notre-Dame. »
Pour le nord de la ville, la cathédrale suffit ; 6,300 âmes y seront plus à l'aise que 8,100 pour Téglise réunie de Saint- Père et Saint-Aignan. De plus, l'église de l'hôpital, au faubourg Saint-Brice, pourra faire un simple oratoire.
L'oflfre de Saint-Aignan est repoussée, à cause de l'état de vétusté, et de la proximité de la cathédrale.
Le conseil est d'avis qu'une seule église paroissiale soit établie à Notre-Dame ; avec quelques oratoires publics, elle doit suffire à tous les besoins spirituels des habitants.
Il y aura un seul curé ; une indemnité de 400 fr. lui sera allouée pour le logement.
Le gouvernement ayant décidé que Chartres aurait deux cures, le Conseil, en janvier 1803, est bien obligé de voter les fonds pour le logement de deux curés.
La seconde cure sera à Saint-Père, pour la basse ville; mais la charge de réparation est effrayante. — Incombe-telle à TEtat ou à la commune ; il faut au moins que le trér sor national soit chargé des grosses réparations, les dépenses accessoires étant à la charge des fabriques.
11 a été vendu douze églises dans la commune de Chartres; il reste dans la basse ville trois autres édifices non aliénés. Saint-Père sera une cure, Saint-André peut être un oratoire/ Saint-Hilaire devra être démoli ; la valeur des matériaux pourra aider à faire les travaux de Saint-Père.
Saint-Aignan a été vendu ; son prix est entré dans le trésor national; les acquéreurs vont, à leurs frais, le mettre en état de servir aux exercices du culte, comme oratoire.
Après une visite de Saint-Père, l'urgence d'y faire des réparations est reconnue. Saint-Hilaire l'obstrue, il n'en est qu'à 3 ou 4 mètres ; son voisinage rend l'abord de Saint-Père impraticable, y entretient une humidité pernicieuse ; il y a une descente dangereuse pendant une partie de l'année ; la place de l'église est resserrée.
11 faut donc démolir Saint-Hilaire pour l'aération de Saint- Père, l'agrandissement de la place ; le terrain aplani, on entrera de plain pied dans l'église.
La dépense s'élèvera à 8 ou 10,000 fr., somme exorbitante dans l'état actuel des ressources de la commune ; l'abandon de Saint-Hilaire à la commune lui procurerait le moyen de diminuer cette dépense. On le demande au préfet.
Il faut intéresser les habitants de la paroisse Saint-Père à la restauration de l'édifice ; les citoyens Badollier, Brochand-Roger, Cheron, Huart-Semen, Courtois père, Daguet- Guerinot, etc., sont nommés commissaires pour surveiller les matériaux et les réparations.
Cette charge des réparations de Saint-Père est énorme ; elle devrait être commune à tous les habitants : il faudrait faire masse de toutes les ressources ; une seule fabrique suffirait pour l'administration des deux paroisses.
Un peu plus tard, le Conseil nomme huit administrateurs de la fabrique : les citoyens Masson-Foreau, •Meunier-Fon-
teny, propriétaires, Dabit, marchand, Dauphinot, menuisier, domiciliés sur la paroisse Notre-Dame ; Dutemple-Rougemont père, Huard-Lamarre, propriétaires, Brochand-Roger , tanneur, BadoUier, teinturier, sur la paroisse Saint-Père.
L*unité de fabrique est le vœu des habitants ; il est porté au préfet.
Outre les logements des deux curés, il faut ajouter au budget 3,200 fr. pour les huit vicaires attachés aux deux paroisses ; quant aux frais d^ameublement des presbytères, l^estimation en est faite en argent; 400 fr. seront payés à chacun des deux curés, comme fonds de premier établissements. Les deux curés recevront en outre chacun 500 fr. par an, pour logement et entretien du mobilier.
Le Conseil général du département a exprimé le vœu d'avoir un Evêché dont le siège serait à Chartres, cela est rintérét de la ville ; le conseil municipal appuie le vœu.
En juin 1803, le Conseil vote la perception d'un droit de sacristie, à appliquer aux réparations et entretien des deux églises, à rendre au culte catholique la majesté qui lui convient.
Le gouvernement est occupé du traitement des ministres du culte ; il y aura des droits et casuels pour les mariages et sépultures. Rien ne remplace les biens que possédaient les fabriques ; il reste le produit bien modique et bien éventuel des quêtes et des chaises : c'est insuffisant.
Un règlement présenté par les administrateurs des fabriques et modifié par le Conseil, porte que les droits sur baptêmes seront au minimum de 3, 2 et 1 fr. La générosité des parrains et marraines leur permet de donner plus.
Les droits sur les mariages sont fixés à 6, 4, et 1 fr. 50 au minimum ; quant aux sépultures, ils seront au minimum, de 24, 18 et 15 fr. pour les adultes, et réduit de moitié pour les enfants au-dessous de dix ans. Sont compris dans ces chiffres les droits de croix et chandeliers, 3 fr. ; 2 chantres, 2 fr. ; suisse 1 fr., bedeau 1 fr. ; pour la fosse, 1 fr. 25; 4 porteurs 5 fr. ; sacristie 10 fr. 75 — le total est bien de 24 fr.
îîiO CONSULAT
En avril 1804, Téglise Saint-Pierre exige des travaux extraordinaires, les dettes dépassent 10,000 fr. ; la fabrique est hors d*état de les payer. La caisse communale vient à son secours, en lui versant 3,000 fr.
On ne peut faire plus cette année, faute de fonds.
A la rentrée des classes de Tan XI (1802) pour les
écoles primaires, le Conseil rend renseignement aux cidevant frères scholars qui ont acquis une longue expérience en cette partie. Ces anciens maîtres d'avant la révolution sont encore au nombre de trois. On leur alloue 600 fr. ; ils donneront Tinstruction gratuite aux enfants des pauvres.
Les réparations de l'école sont évaluées à environ mille francs.
La rétribution à payer chaque mois, par classe, est iSxée à fr. 80 ou 16 sous, pour ceux qui apprendront à lire ; à 1 fr. 20 ou 24 sous, pour ceux qui apprendront à lire, à écrire et Tarithmétique.
Les fils des parents indigents, désignés par le Conseil, ne paieront pas, leur nombre ne pouvant d'ailleurs dépasser le cinquième des enfants reçus.
Un mois après la rentrée, le nombre des élèves est tellement considérable que trois classes sont reconnues insuffisantes ; il faut préparer un nouveau local, et peut-être même adjoindre un nouveau collègue aux trois instituteurs actuels.
Il est reconnu, en janvier 1804, que l'instruction primaire a prospéré d'une manière étonnante entre les mains des anciens maîtres; près de 600 enfants reçoivent des leçons de lecture et d'écriture ; les principes d'une saine morale leur sont inculqués avec le plus grand soin.
Cet établissement donne donc toute satisfaction, mais la gratification de 600 fr. est insuffisante. Les frères scholars se sont adjoint trois nouveaux collègues, et le peu de fortune de la plupart des parents ne leur permet pas de payer la rétribution.
Le conseil vote 1,200 fr. pour l'instruction primaire.
L'École Centrale doit être supprimée le l" vendémiaire
an XIII (22 septembre 1804); la maison des Cordeliers sera libre ; on pourra y installer l'école secondaire.
La bibliothèque communale, les cabinets de physique et d'histoire naturelle seront transportés à la Ville.
Le citoyen Bellier-Duchesnay fait un rapport remarquable sur rétablissement de Técole secondaire.
« La ville, dit-il, renferme peu de citoyens opulents et beaucoup de fortunes médiocres. Telle a été et telle sera toujours la situation des choses, dans un pays où il n'y a ni industrie ni commerce ; les pères de familles, sauf quelques-uns, seraient hors d'état d'envoyer leurs enfants à des écoles lointaines et coûteuses.
» Quelle perte irréparable ! il est prouvé par les faits que la plupart de ceux qui se distinguent dans les sciences et les arts sortent de cette classe, où les fortunes sont modiques.
» L'arrêté autorise un nombre de professeurs, de trois à huit ; dans ce dernier cas, l'enseignement sera en tout semblable à celui des lycées. C'est là notre vœu, mais il faut y renoncer. Le traitement de huit professeurs serait par trop élevé. »
Avec trois seulement, l'instruction sera circonscrite dans des limites trop resserrées. Il n'est pas cependant utile de faire un savant de chaque élève ; c'était là un des vices de l'Ecole Centrale.
On propose un terme moyen, c'est de fixer le nombre des maîtres à quatre. On enseignera aussi les langues française et latine, la géographie et l'histoire ; on y joindra la composition littéraire. Un élève pourra ensuite suivre dans les lycées les cours des belles-lettres.
Un cinquième professeur devrait enseigner la géométrie et l'astronomie, le sixième les belles-lettres. Mais pour avoir des hommes instruits et capables, la dépense est trop forte.
Malheureusement l'étude de la langue grecque est omise ; l'Institut national s'en plaint; ses membres disent:
« A la vérité, le temps est court et les objets d'études
sont nombreux ; déjà même, on accorde peu d'années à la langue latine. L'expérience apprendra si cette épargne du temps est un surcroît de connaissances, et si Tart d'abréger, très utile à Thomme qui sait beaucoup, peut Tétre également à Fenfant qui ne sait rien. »
Outre l'omission de la langue grecque, on a oublié la logique, renfermant en peu de mots ce qu'on appelle les règles du raisonnement.
L'élève qui a appris l'art de parler et d'écrire, ignore celui de raisonner ; passant ensuite dans la classe des mathématiques, il y apprendra la méthode, complément de l'art de raisonner.
Le cinquième instituteur, non compris dans le rang des professeurs, c'est le maître de dessin. Son importance artistique est évidente, son intérêt particulier saisissant.
Dans les Écoles centrales, la classe de dessin a toujours eu un nombre d'élèves, supérieur à celui de chacune des autres et dans les listes de ces élèves, un grand nombre appartiennent à la classe ouvrière. Aujourd'hui même, quoique l'Ecole Centrale semble sur son déclin, l'école de dessin compte encore 85 élèves, dont 44 sont fils d'artisans, d'ouvriers et de particuliers aisés.
11 faut donc appointer quatre professeurs et un instituteur. Le premier gagnera 1,000 fr., le second 1,100 fr., les 3« et 4« et le maître de dessin, 1,200 fr. ; en tout, 5,700 fr. L'expectative offerte aux professeurs n'est pas attrayante ; ils ne peuvent compter sur aucune espèce de retraite, lorsque l'âge ou les infirmités les obligeront à cesser leurs fonctions.
On peut cependant exiger de chaque élève une rétribution annuelle de 24 fr. ; si chaque professeur a 12 écoliers payants, ce sera pour chacun d'eux un supplément de 218 fr.
La classe du professeur de dessin sera beaucoup plus nombreuse. Les élèves qui apprennent la figure et le paysage, paieront chacun 24 fr., ceux qui apprennent l'ornement et les accessoires, chacun 12 fr., ce qui sera un acte de justice envers la classe ouvrière.
Le professeur recevra une gratification de 50 fr. par chaque élève, sortant de la classe qui sera admis, soit dans les lycées, soit à Técole Polytechnique.
« Une somme de 100 fr, par an assurera ce fonds, ajoute le rapporteur, et il est à désirer qu'il s'épuise souvent. »
Il doit y avoir des exercices publics et deux prix par an dans chaque classe, chacun des professeurs et le maître de dessin ayant deux classes à régir.
Ces dix classes exigent 20 prix, évalués l'un dans l'autre à 12 fr. ; il faut en plus des prix pour la bonne conduite, l'exactitude à remplir ses devoirs et les exercices publics. Le tout ira à 300 fr.
« On ne doit pas omettre de chauffer Técole de dessin lorsque le froid est rigoureux; des doigts glacés se servent mal du crayon. Cette dépense peut être réglée sans dilapidation, et 60 fr. suffiront pour chaufifer les classes deux heures par jour.
» Quant au chaufifage des autres classes, ce fut un des abus de la Révolution, où rien ne coûtait, parce qu'on battait monnaie avec du papier. Nos enfants feront comme ont fait leurs pères ; on ne chauffait pas les classes, et le froid ne les empêchait pas d'étudier. »
La dépense annuelle, pour l'Ecole Secondaire, atteignait donc le total de 6,160 fr. ; il fallait en plus 500 fr. pour le portier et 150 fr. de premier établissement pour cartes, mappemonde, atlas, tablettes chronologiques.
Vient alors la question du Directeur de l'Ecole et du Pensionnat.
« Pour que l'édifice repose sur des fondements solides et durables, il faut un bon directeur. C'est un homme rare à rencontrer; il doit réunir à l'aménité du caractère, une moralité pure, une autorité soutenue. Il faut que lui-même, donnant l'exemple par la pratique et par les préceptes d'une piété douce, sage, éclairée, il fasse aimer la religion à ses élèves.
» L'expérience nous apprend que la teinte rembrunie du fanatisme et l'entourage mystique de la bigotterie, ne sont
Le pavage des rues est généreusement doté, il lui est mène à Tinsouciance et de là, à l'incrédulité. 11 faut encore que ce directeur, pour qu'on l'écoute avec fruit, inspire plutôt la confiance que la crainte. 11 doit aussi posséder les notions élémentaires des diverses sciences enseignées dans son école, puisqu'il en est l'inspecteur et le régulateur. 11 pourra ainsi juger des progrès des élèves, de leur aptitude et de la capacité des professeurs.
« Cet homme doit aussi se plier aux détails les plus minutieux de l'administration économique d'une maison, car il est en même temps le maitre du pensionnat. »
Il y aura une place gratuite par 25 élèves pensionnaires ; le directeur sera un des quatre professeurs, ce qui permettra de combler le déficit du pensionnat, s'il y en a.
c< Relativement à la bibliothèque, les mêmes hommes dévoués offrent de s'en occuper pour rien. Celle de l'Ecole Centrale est remise à la commune. Il ne faudra donc qu'un garçon de bureau, dont les fonctions se réduisent à entretenir les salles propres, épousseter les livres, donner ceux qu'on demande, les replacer, allumer le feu dans la salle de lecture, ouvrir le local quand le temps le permet ; n'étant pas occupé tout le temps, 450 fr. et le logement sufiîront pour le rétribuer.
» Pour le chaufi'age, trois cordes de bois et quelques javelles, valant 150 fr. ; le papier, les plumes, l'encre, — 50 fr. — en tout 650 fr.
» Les cabinets d*histoire naturelle et de physique seront entretenus avec 200 fr. par an ; on aura aussi des conservateurs gratuits.
» Les frais de l'école secondaire s'élèveront donc en totalité à 7,150 fr. »
Le Conseil municipal vote des remerciements au citoyen Bellier-Duchesnay pour ce rapport considérable.
Budget, octroi. — Dans la séance du il fructidor an VIII (28 août 1800), le maire Chevard dît qu'il n'y a aucun arriéré ; les recettes ont à peu près balancé les dépenses.
CONSULAT 2o.%
On s'occupe ensuite du budget des dépenses de l'an IV. alloué 5,997 fr. 25 ; l'entretien des horloges, puits, halles et autres édifices publics est porté à 1,400 fr. ; les frais des réverbères, pourTilluminationde la ville s'élèvent à 5,000 fr.
Le service des plantations dans les places publiques, les promenades et sur les biens communaux, à 1,200 fr.
Les traitements des juges de paix, avec leurs greffiers sont de 2,133 fr. 33; celui du secrétaire de la mairie, 1,800, des employés de la mairie, 6,000. Le salaire et Thabillement des tambours reviennent à 2,000 fr. : les frais des fêtes nationales, musiciens et cérémonies publiques sont de 2,400 fr. ; les frais concernant la garde nationale sédentaire de 1,733 fr.
La dotation du bureau des pauvres est de 7,000 fr., des secours à domicile de 4,000, des enfants de la patrie ou abandonnés, de 8,000 fr . , de l'hospice des aveugles, de 2,000 fr.
Voici maintenant le projet de budget des recettes.
Le principal de la contribution foncière est fixé, par mandement du préfet, à 75,998 fr. 77 ; celui de la contribution personnelle et mobilière, à 28,677 fr. 71 ; en tout 104,666 fr. 48. Le Conseil municipal ne peut, pour les dépenses de la commune, excéder cinq centimes des contributions, ce qui fait 5,233 fr. 32 ; on évalue le dixième du produit net des patentes à 2,000 fr.
Pour suppléer à l'insufiisance des recettes, la loi n'a laissé que le seul moyen de taxes indirectes et locales sur les objets de consommation intérieure ; rétablissement de l'octroi municipal s'impose ; les frais de perception calculés seront de 13,000 fr.
Les dépenses totales de l'an IX sont arrêtées à la somme de 77,829 fr. 55.
Les objets de consommation sur lesquels la taxe portera sont : les boissons, les comestibles, les fourrages, les combustibles et les matériaux.
Boissons, — Il entre dans la ville, pour sa consommation intérieure, environ 15,000 hectolitres (7,500 poinçons) de vins ordinaires, récoltés dans le département, et de vinaigres — propres qu'à dégoûter la jeunesse, et c'est ce dégoût qui
à 2 fr. par hectolitre, ou 4 fr. par poinçon, Toctroi sur ces vins donnera 30,000 fr.
Sur 2,000 hectolitres de vins de Beaugency^ Orléans, Mer et Vendôme, à 3 fr.: 6,000 fr.
Sur 100 hectolitres (50 poinçons) de vins de Champagne, de Bourgogne, de Bordeaux, 7 fr. 50 : 750 fr. Sur 1 ,500 bouteilles de vins et liqueurs à. . v fr. 15 par bouteille 225 fr. 2,000 hect.de cidre ou poiré. • .
1,500 — (1,500 feuil.) de bière.
400 — d'eau-de-vie . . . v
50 — d'esprit
60 — de vendange* * . .
Comestibles, — Il entre environ 500 bœufs à 10 fr., 5,000 fr. ; 1,000 vaches à 5 fr., 5000 fr. ; 6,000 veaux ou génisses à 1 fr., 6,000 fr. ; 6,000 moutons à fr. 50, 3,000 fr. ; 1,500 porcs à 2 fn 50., 3.750 fr* ; 20,000 kilos (40,000 livres) de viandes mortes, jambon, lard, etc, à fr. 50, 1,000 fr.
Fourrages. — Sur 150,000 bottes de foin et luzerne à fr. 95 les 100 bottes, 1,125. fr.
'Combustibles. — Sur 18,000 stères (6,000 cordes) de bois à brûler, à fr. 42 le stère ou 1 fr. 25 la corde, 7,560 fr.
Matériaux. — En taxant à fr. 50 par chaque cheval, les voitures qui entrent chargées de bois de charpente et de planches, cet article produira 1,000 fr.
Le total du produit de l'octroi est évalué à 77,745 fr.
On établira des bureaux de perception aux portes suivantes : la porte des Epars, celle de Saint-Michel, la porte Morard, celle de Guillaume Tell, celle Drouaise, celle Châtelet ; par elles seules, les objets soumis à l'octroi pourront entrer.
Le personnel comprendra: un préposé en chef, 1,800 fr., un contrôleur 1.000, six receveurs à 800, six commis en second à 450, un brigadier 800, et trois commis ambulants 500. Avec 400 fr., mis à la disposition du citoyen maire pour activer la perception, cela fait en tout 13,000 fr.
Il s'est produit des fraudes par la porte Saint-Jean et celle dite de la Comédie ; des clôtures y sont établies.
Pour le budget de l'an X, on réduit à 1,000 fr. l'entretien
du pavage ; pour les réverbères, il est alloué 5,500 fr. Un fonds de réserve de 6,000 fr. est voté pour Tatelier de travail.
Les dépenses du bureau des pauvres sont prévues à 27,400 fr., les revenus s'élèvent à 21,079 ; la commune prend en charge le déficit, qui est de 5,483 fr.
Pour les secours à domicile, leur revenu est le produit de 1/10 des recettes des spectacles ; il est évalué à 1,000 fr. Le conseil vote 4,000 fr. pour cet objet.
Pour les aveugles, l'allocation est de 2,000 fr. comme en Tan IX ; pour les enfants abandonnés, le service est remis au ministre de l'intérieur.
Mais le produit des octrois ne s'élève pas à la somme qu'on attendait; il n'a été que de 53,200 fr., avec un déficit de près de 25,000 fr. ; les frais de perception, estimés 13,000 fr., se sont élevés à 17,796 fr. 89. On fixe à 54,000 fr. l'état présumé pour l'an X.
La dépense est donc de 67,713 fr. 32, la recette de 61,331 fr. 32 et le déficit de 6,382 fr.
Le droit d'entrée du cidre est porté, de fr. 75 à 1 fr. ; ce qui fait espérer une plus value de 500 fr. ; l'augmentation fut beaucoup plus forte.
Le préfet ayant demandé des réductions de frais de perception de l'octroi de bienfaisance et l'examen de la mise en ferme ou en régie intéressée, le Conseil repousse.
Il y six portes à voiture, deux pour les gens de pied ; les faubourgs, ouverts de toutes parts, contiennent environ le quart de la population ; c'est là que sont la plus grande partie des auberges où s'arrêtent les diligences, les voitures de roulage et les étrangers.
Il faut deux employés à chaque porte et une brigade ambulante; les frais de perception sont forcément élevés. On ne peut réduire ni le nombre des employés, ni leur traitement ; les fraudes augmenteraient à l'infini.
Pour la mise en ferme, il faudrait donner 10 0/0 pour les soins, peines et avances du fermier ; il y aurait perte pour la caisse municipale ; de plus, des vexations se produiraient
contre les citoyens, tandis que radministration municipale est paternelle et prévient la fraude.
La régie intéressée est également à rejeter, car il faut donner au régisseur, outre les frais de perception, une raisonnable indemnité.
Mais voilà que sous prétexte que le tarif d'octroi ne comprend pas nominativement les agneaux, les bouchers refusent le droit et sous le nom d'agneaux font entrer des bêtes déjà tondues et d'un âge avancé.
On obvie à cela en déclarant que, sous la dénomination générique de moutons portés au tarif, le Conseil a compris toutes les bêtes blanches à laine, quelque soit leur âge.
Le 14 fructidor an X, la fixation des recettes et dépenses est faite pour Tan XI, qui va commencer dans quinze jours.
Il n'y a aucune dette de la ville au 1**" vendémiaire an XI.
Les hospices ont une population de 200 malades ou indigents : 80 malades, 105 enfants ou vieillards, 15 aveugles et 33 préposés. L'entretien par jour est de fr. 75 pour les 200 assistés, soit, par année, 54,750 fr. ; les 33 préposés à 1 fr. par jour coûtent 12,045 fr.; la dépense totale est de 66,795 fr.
Le revenu des hospices étant de 56,773 fr. ; il y aura un déficit de 10,022 fr. — Mais le revenu est calculé sur le prix commun du blé, à raison de 13 fr. environ l'hectolitre. Le prix plus élevé de cette denrée, en l'an IX et en l'an X, les ont mis dans le cas de n'avoir aucune dette. Il est probable que le prix élevé se maintiendra en l'an XI et le déficit disparaîtra en presque totalité.
Pour ces raisons, on peut ne l'évaluer qu'à mille francs.
Pour les secours à domicile, le revenu annuel est de 1,000 fr., la dépense de 13,000 et le déficit, par conséquent, de 12,000 fr.
La commune renferme environ 300 familles indigentes, comprenant 1,200 individus auxquels il faut donner des secours en nature et du travail, pendant au moins six mois de l'année. Le travail est fourni aux femmes et aux enfants par l'atelier de filature dans la maison Saint-Jean, et aux hommes par un atelier de charité aux abords de la ville.
Les revenus de la ville, en y comprenant l'octroi pour 41,000 fr. net, est de 50,616 fr. 08 — les dépenses prévues, de 50,668 fr., d'où un déficit de 51 fr. 92.
On a porté l'entretien des pompes et seaux à 300 fr., les salaires et gratifications des pompiers à 500 fr. Les musiciens reçoivent pour salaires et abonnements 1,200 fr., les tambours 300.
Le budget de l'an XII ne peut être fixé que sur des bases très incertaines ; on ne connaît pas encore la quotité des contributions; en outre, par un arrêté des Consuls, le vingtième du produit des octrois a été afifecté aux troupes, pour fournir à chaque soldat un demi-quart de kilog (4 onces) de pain blanc, pour être taillé en soupes.
Il y aura donc une diminution de recettes d'au moins 3,000 fr., et les dépenses augmenteront par les frais du Culte et de l'Instruction publique, après la suppression de l'Ecole Centrale.
Les ressources ne consistent que dans l'octroi ; on pourra soumettre à la perception des objets exempts tels que fagots, margottins, charbons; mettre des droits plus élevés sur les fourrages et autres denrées.
Les dépenses ordinaires de Tan XII exigeront 57,818 fr.
Les recettes présumées 50,895 55
Le déficit sera donc de 6,922 fr. 45.
Mais le conseil rejette la dépense de 6,000 fr. pour l'école secondaire, l'Ecole centrale devant exister probablement jusqu'en l'an XIII, et le déficit n'est plus que de 922 fr. 45.
Le préfet prétend que les dépenses fixes ou d'administration de la commune doivent être soldées, moyennant fr. 50 par tête d'habitants, soit 7,500 fr. pour 15,000 habitants. Or ce service exige 21,536 fr.
Il est impossible de réduire le traitement des employés ; Chartres n'est éloigné de Paris que de dix myriamètres (20 lieues) ; Paris fait dans nos marchés une partie de ses approvisionnements ; les prix à Chartres, à 10 7o près, sont aussi élevés que dans la capitale ; les étoffes et l'épicerie
sont plus chers qu'à Paris; pour 250 fr., on est très mal logé et la journée de l'artisan s'élève jusqu'à 2 fr. 50 par jour.
On ne peut réduire le prix du bois qui est très élevé ; le minimum est de 16 fr. par stère, y compris l'entrée et le sciage ; il en faut 60 pour les bureaux, ce qui fait 960 fr.
Les fêtes publiques, avec Thabillement et le salaire des musiciens et tambours, coûtent 4,000 fr. ; il y a 16 musiciens et 10 tambours : on en réduira le nombre, et cette dépense sera ramenée à 1,000 fr. Mais les fêtes ne seront guère brillantes ; et encore il se présente des cérémonies publiques imprévues, telles que le passage d'un conseiller d'état, une tournée épiscopale.
Le conseil arrive à une économie de 6,620 fr.; le chapitre s'élève à 14,936 fr. au lieu de 7,500 fr. demandé par le préfet.
Le maire a présenté le budget de Tan XII par: recettes 58,495 fr. 55, dépenses 57,254, d'où un excédent de 1,241 fr. 55. Le conseil s'empresse de le voter.
On avait essayé, par ordre du gouvernement, la régie intéressée pour l'octroi, sans grand succès : la ferme paraît aujourd'hui préférable ; elle va être donnée par un bail de trois ou de six années. 11 peut survenir une abondante récolte de vins pendant la durée de ce bail ; c'est à l'avantage du fermier. Les produits annuels sont connus ; la comptabilité est simplifiée ; le fermier, gardant tous les profits sans partage, a intérêt à être plus actif et à mieux surveiller.
En pluviôse an XII (février 1804), le citoyen Billard, rendant compte de l'exercice de l'an XI, est satisfait: il y a un reliquat actif, de 5,941 fr.
« Les travaux exécutés sur la promenade des Epars, ditil en ont changé la forme et l'ont rendue praticable ; l'entrepreneur Morin a bien travaillé, a mis beaucoup de zèle à sa tâche, et nous espérons que l'an XIII ne s'écoulera pas sans que cette promenade soit entièrement rendue à la jouissance du public.
Les ateliers de charité ont bien fonctionné; les indigents
non valides, les familles nombreuses, les vieillards, les enfants ont trouvé dans la fourniture des soupes économiques les moyens d'échapper aux malheurs dont les menaçait l'excessive cherté du pain pendant l'hiver. On a distribué plus de 600 soupes par jour et autant de portions de légumes. »
Le budget de l'an XIII est, en revenus, de 59,151 fr. 57, en dépenses, de 58,480 ; il y a un excédent prévu de 671 fr. 57, bien que l'école secondaire soit inscrite pour la somme de 9,000 fr.
Théâtre et danses. — Le 2 nivôse an IX, les comédiens donnent une représentation du Vieux Célibataire^ chefd'œuvre de Collin d'Harleville ; malgré le jeu excellent des interprètes de la pièce, la salle est presque vide.
Le théâtre n'attire plus le public comme avant, mais la danse est en grand honneur.
Le citoyen Léger, artiste danseur de l'Académie, enseigne à marcher aux dames et demoiselles ; il apprend les saluts de cercle aux personnes des deux sexes, la gavotte, la chaconne, le nouveau pas Russe, la valse Allemande, l'Anglaise, les sabottiers, l'allemande, Tarlequine, la polichinelle, les paysans comiques et galants !
Le citoyen Brunelly, artiste génois, arrive à Chartres en 1802 ; il montre un boulet auquel est attaché une chaîne de» 360 anneaux, longue de moins d'un pouce, traîné par une puce. Une cage d'écureuil en argent, ayant 280 barreaux en or, sera tournée très rapidement par une fourmi. L'entrée est de douze sols par personne.
Le citoyen Fitz-James, ventriloque de chez Robertson, lait entendre diverses illusions de la voix humaine, avec douze voix différentes, paraissant venir de cinquante pas.