‹ Histoire de Chartres (volume 3)Chapitre 27 sur 109 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

que les vaincus étaient des hérétiques, enûn parce que le héros de la journée était ce grand duc de Guise, l'idole du parti catholique. Une fois les Reîtres battus et dispersés, les bourgeois chartrains allèrent nettoyer les villages qu'ils avaient occupés; ils trouvèrent à Saint-Léger-des-Aubées deux gros pétards qui furent tirés, le 21 décembre, pour la réception du Roi et emmenés à sa suite \

1 Reg. des Echevins: décembre 1587 et février 1588. — Voir sur la défaite des Reîtres, les Mém. de Gteverny, p. 485; cet historien fixe l'action au 20 novembre. Cheverny ajoute que l'on trouva dans les campements des Reîtres douze assez bonnes pièces , tant canons que coulevrines , qu'on fit conduire à Chartres.

La Routte et deffaicte générale des Reistres donna lieu à beaucoup d'opuscules dont la plupart se trouvent à la Bibliothèque impériale et sont classés à la page 316, Lb", n" 385 , 386 et suivants, i*' vol. du Catalogue.

On conserve dans les archives de la Mairie un Estât des frais faits en la ville de Chartres pour le service du Roy , tuition et défense d'icelle ville durant la présente année 1587. Ce document, qui constate une dépense de 5,179 écus 18 sous, contient les passages suivants :

Pour avoir fait venir de Paris le capitaine Augustin Rameli , ingénieur du Roy , pour visiter les fortifications et y ordonner ce qui serait nécessaire; tant pour sa dépense que pour celle de quatre hommes à cheval venus avec lui , sept vingt dix escus, y compris un cadeau de cent escus.

Achat à Paris, moyennant cinq escus pièce, transport compris, de huit vingts mousquets garnis de leurs bandouillières , fourchettes et moules, huit cents escus.

200 piques ferrées , achetées à Paris moyennant 50 sous pièce , transport compris , huit vingt six escus deux tiers.

Nourriture et entretien pendant deux jours aux faubourgs de la ville des troupes commandées par le sieur de Sarlabos, 476 escus 2 tiers, suivant certification du sieur de Sourdis.

Nourriture et entretien de la compagnie de gens d'armes du sieur de Sourdis en la ville durant 14 jours, du samedi 14 novembre jusqu'au vendredi 27 , 583 escus un tiers, comme appert des certificats du sieur de Sourdis et du fourrier de sa compagnie.

Dépense faite durant les mois d'octobre et de novembre au matériel de l'artillerie , comme cartouches , affeux , artifices de feu pour chandeliers de guerre, grenades, etc., sous la direction du capitaine Sauxon , commissaire ordinaire de l' artillerie , qui a séjourné en la ville pendant les mois d'octobre et de novembre , avec deux canonnière, 1790 escus 38 sous, suivant estât signé dudit Sauxon le dernier novembre 1587.

Maçonneries de pierres de taille lyasonnées de barres de fer attachées à plomb dans la rivière, pour empêcher l'ennemy de la retrancher en trois endroits où cela se pouvoit, 9o escus.

Bois, chandelles et charbon fournis extraordinairement aux corps-de-garde de la ville et des faubourgs pendant trois semaines que l'ennemy a été devant la ville et ès environs, six vingt dix escus.

Faict , arresté et vérifié par nous soubs-signei à Chartres le dixième jour de décembre l'an mil xf Un** vij

ReclainviUc, Gainville . de Montescol , l\obine , Tunais , Bâcher, Brebion, Roulroue , Ijcgny, Trossard.

Vérifié et contrôlé par Jehan Noël, contrôleur des deniers communs, les jour , mois et an que dessus , Signé Noël.

Le séjour à Paris du roi de France et du roi de la Ligue , de Henri de Valois et do Henri de Guise, amena des conflits qui se terminèrent par les barricades des 12 et 13 mai 1588. Henri III , craignant d'être cerné dans le Louvre par les Guisards, partit furtivement de Paris le 13 au soir et arriva le lendemain 14, sur les onze heures du matin, aux faubourgs de Chartres, accompagné de quelques seigneurs et précédé par le chancelier de Cheverny, gouverneur de la province Les fugitifs crurent au premier abord qu'ils ne pourraient pas entrer sans parlementer, car ils trouvèrent les portes Drouaise et Chàtelet fermées ; mais la porte des Epars était ouverte et le Roi se risqua ; il descendit à son logis du cloître et fut trèsbien accueilli par la population \ Les gardes suisses accoururent, le 1 5, sur les traces du monarque, qui avait déjà inauguré sa venue par une grande procession à Saint-Pèrc-en-Vallée , avec la châsse de Notre-Dame \ Ce brusque départ de Henri déconcerta les Parisiens qui perdaient ainsi l'espérance d'obtenir les concessions qu'ils pouvaient imposer quelques jours plus tôt. Les députations du Parlement, des cours supérieures, du clergé se succédèrent près du Roi pour le supplier de pardonner à sa bonne ville de Paris; il fut inflexible. On imagina alors de l'émouvoir par un de ces spectacles religieux si fort à son gré: « Le jeudi, 19 mai, dit le Livre de Bois de Sa int- » André, sur les huict heures du soir, arrivèrent de Paris les » Capusins dudict lieu , accompagnés de Mr du Bouchage, ca- » pusin , portant la croix avec très grande et singulière dévo- » tion; et estoient avecques eux les pénitens gris qui précé- »> doient a l'entrée de Notre-Dame les dictz capusins, chantans et » psalmodians les ungs et les autres; et estans lesdictz religieux » entrez dedans le cueur de Notre-Dame, les dictz pénitens » crièrent a haulte voix par trois fois: Miséricorde, ce frappans

1 Isstoih -, \rf partie, p. 251 et 252.

* Mémoires de dhevtrmj , p. 487 et suivantes.

3 Une de liais de Saint- André.

» et gettans par terre ; lesquelles choses excitèrent plusieurs » manans et habitans de Chartres et aultres à plorer et gémir 1 . »

» Le dimanche, 22, le Roy toucha les mallades des écru- » elles sur les dix heures du matin ; et là ce trouvèrent bien » huict à neuf cens mallades tant Espaignolz que autres. Le- » dict jour, sur les cinq à six heures du soir, les capuscins et » pénitens gris vinrent de l'église de Mr S1 Piat en l'église de » Notre-Dame, et de ladictc église ce transportèrent en l'église » de Mr S* Martin le Viandier en procession, faisant plusieurs » mistaires de la Passion, dont aulcuns des assistants se trou- » vèrent édifiés, cl la pluspart des autres schandalisés \ » Le Roi suivit dévotement les offices, mais il ne s'attendrit pas.

Le duc de Guise et le corps de ville de Paris, redoutant, dans l'intérêt de leur propre cause , une rupture ouverte avec l'autorité royale, envoyèrent, le 17 et le 24, des députés porteurs de paroles de conciliation ; le Roi remit l'examen des griefs mutuels aux Etats généraux qui devaient se tenir à Blois le 13 septembre. L'ordonnance de convocation de cette assemblée fut, en effet, publiée le 21 mai, jour du départ de Henri 111 pour Rouen.

La présence du Roi à Chartres avait été signalée par des bienfaits fort appréciés alors. Le monarque avait fondé , par lettres-patentes du mois de mai , une foire franche de huit jours ouvrables consécutifs , a partir du 1 1 mai de chaque

1 Voici comment les registres de l'Œuvre font mention du même fait : » Lejeudy, 19 mai , les pénitens et capucins de l'aris sont vtnuz en procession en ceste ville , et sont arrivez environ huict heures du soir, et ont faict quelques prières dedans le cœur et putjs sont allez soubz terre là où Hz ont faict le pareil , et sont sortiz par la porte vers le clocher vieil; ei une partie sont allez aux Capucins, l'autre chez Mr Donneaux, chanoine de la dicte église. \je lendemain vendredy, Mr le duc d'Epemon est venu à Chartres trouver le roy qui y estoit. •

* Cette dernière réflexion est exprimée en ces termes dans le Journal de Lestoile : • 35 capucins, précédés par frère Ange (naguères sieur du Bouchage) nui portoit la croix , . . . entrèrent dans la ville de Chartres chantans , comme si c'eust este une procession ; dont tout ce peuple de Chartres espandu par les rues pour les regarder, estoit étonné, les uns trouvons beaux ces nouveaux mystères, Us autres s'en riatu et s'en moquons , et beaucoup s'en offensons, comme si on eus! voulu se servir des cérémonies de la religion catholique, apostolique et romaine pour masque et risée » (p. 2T>4).

année. Cette foire qui subsiste encore et qui, en mémoire de l'époque de sa fondation , porte le nom de foire des Barricodes, fut établie, disent les lettres, en récompense de la fidèle obéissance des habitants et en considération de la belle et grande estenduc de la ville, située en fertile pays où se fait un grand et ordinaire Iraficq de toutes sortes de marchandises \ Henri avait, en outre, accordé à perpétuité aux habitants l'exemption des droits de franc-fiefs et nouveaux acquêts, pour les maisons, terres, seigneuries et fiefs tenus par eux noblement et en foi et hommage *.

On s'occupa pendant le mois de juin de la rédaction des cahiers de doléances pour les Etats généraux, et M. Lemaire, avocat de la ville, représenta la Chambre à la réunion préparatoire qui eut lieu devant le lieutenant-général Chouayne , pour la nomination des députés du Tiers \ Les suffrages des trois ordres du bailliage de Chartres se portèrent sur Renault de Beaune, archevêque de Bourges et abbé commendataire de Bonneval, Raoul Charpentier, docteur en théologie et archidiacre de Blois , et Mathurin Baudouin , curé de Prunay-le- Gillon , pour le Clergé ; sur Louis d' Angennes, sieur de Maintenon , chevalier de l'ordre, capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances et conseiller au Conseil privé , pour la Noblesse ; et sur Claude Suireau et Jean du Ru, avocats, pour le Tiers \

A Rouen , le Roi se montra de meilleure composition qu'à

1 Ces lettres, dont l'original a été perdu, furent enregistrées en Parlement le 2D juillet; mais les troubles s'opposèrent longtemps à l'établissement définitif de la foire des Barricades, ainsi que de celle de Saint-Uarthélemy que Henri 111 avait rendue franche au mois d'août 1 5X8 , comme je le dirai plus bas , et ce ne fut que le 23 mars 1018 que la ville obtint de la Cour des Aides l'enregistrement des lettrespatentes primitives et de celles données en renouvellement par Louis XIII , les 23 février 1612, 2 octobre 1017 et 13 mars 1018

* Patentes de mai 1588, vérifiées en Parlement le 23 juillet et registrées le 2 août en la chambre des Comptes. (Pancarte municipale, vol. 2; Arcb. de la Mairie.)

1 Heg. des Echcvins.

; L'ordre des Estais généraux tenus à Blois l'an 1588, soubs le très chrestien Roy de France et de Polongne Henrv IIIe du nom. A Lyon , par Bcnoist Rigaud , MDLXXXIX, par commandement dé M«' le Séneschal; 'in-8«. (Picc« de la Bibl. impériale.)

Chartres , car il consentit à se déclarer de nouveau le chef de la Ligue 1 ; il nourrissait peut-être dès-lors certains projets qui se réalisèrent à Blois. Henri revint à Chartres le 28 juillet * et ne tarda pas à être suivi par le duc et le cardinal de Guise , le cardinal de Bourbon, la Reine-mère et plusieurs autres princes et seigneurs. Le duc de Guise, logé au cloître Saint-Martin, probablement dans l'ancien hôtel-dc-villc , avait été l'objet d'ovations qui ne plurent pas à Sa Majesté ; on prétend même qu'un incendie fut allumé dans une maison du marché aux Chevaux , occupée par le surintendant d'O , pour favoriser l'exécution d'un complot tramé contre la vie du prince lorrain, et que la vigilance des bourgeois empêcha le coup. Le fait n'est pas prouvé. Le monarque avait en ce moment l'esprit distrait par d'autres soucis ; il suivait avec anxiété les mouvements du plus puissant allié de ses ennemis , Philippe II , roi d'Espagne, qui avait envoyé une flotte gigantesque contre 1* Angleterre. On sait que cette flotte vint se briser contre les falaises de Normandie et les rochers des Hébrides, La nouvelle en fut donnée au Roi le 10 août, pendant son séjour à Chartres, et l'on doit supposer qu'il ressentit un secret mouvement de joie en apprenant l'échec arrivé au premier promoteur de la Ligue. I>e gouverneur de Calais lui envoya 300 forçats turcs et barbaresques recueillis sur la plage ; ces malheureux , agenouillés sur les degrés de la cathédrale, s'étant mis à crier Misericordia quand le Roi passa pour aller à la messe, ils furent reconnus libres par le Conseil privé et reconduits à Constantinople \

1 Le dimanche 2J juillet, entre vespres et compiles, a esté faict procession pur le. hnult et bas fie l'esglise . et à l'issue a esté chanté en la neif et avec les orgues et chantres Te Dcum laudamus, pour rendre grâces à Dieu de la paix faicte entre les princes catholiques et le roy. (Registre du Clerc de l'œuvre; Arch. départ.)

» Htij. des Echevins. — Le monarque fui reçu au bruit de 12 pièces d'artillerie. — Le Livre de Buis de Saint-André dit que l'arrivée du Roi eut lieu le 27, jour de Saint-Panlaléon , et qu'il partit pour Rlois le 5 septembre; mais le Registre du Clerc de l'œuvre qui raconte jour par jour les événements , avance l'époque du départ du Roi jusqu'au lundi 27 août au matin.

* L'ambassadeur d'Espagne , Don Bernardin de Mendoça , s'était rendu à Chartres pour annoncer au Roi la victoire qu'il disait que la flotte de son maître avait rem-

Avant de partir, le Roi voulut octroyer aux Chartrains une faveur semblable à celle qu'il leur avait déjà accordée au mois de mai. Par lettres-patentes datées du mois d'août, il fixa à quatre jours la foire de Saint-Barthélémy qui n'était ordinairement que de 48 heures , et il décida que cette foire jouirait de la franchise des droits , sauf du denier pour livre.

La présence de la Cour avait attiré dans le voisinage de la ville des rôdeurs huguenots qui faisaient beaucoup de mal ; le départ de Henri III en débarrassa le pays. Le monarque, en quittant Chartres à la fin du mois d'août, prescrivit aux habitants de prêter le serment d'union; en conséquence , le greffier du bailliage dressa le 30 septembre un acte par lequel les éche vins s'engagèrent à mourir dans l'union de l'église, à s'employer à la manutention d'icelle et à observer les édits royaux \ Ainsi la ville, déjà secrètement ligueuse, le devint officiellement par l'ordre du prince qui détestait le plus la Ligue.

On attendait avec anxiété le résultat des Etats, lorsqu'un fugitif de Blois , ce fut le père du maréchal do Bassompierre *, annonça à Chartres la fin tragique du duc et du cardinal de Guise, assassinés le 23 décembre, sur le commandement du

portée sur celle d'Angleterre; il avait même fait imprimer à l'avance la harangue de ce triomphe. (Lb3*, n° -i72; Bibl. imper.) Ce seigneur fut grandement surpris lorsqu'en réponse à son discours , Henri 111 lui montra la lettre du gouverneur de Calais et qu'il vit les forçats composant l'équipage de la galéassc capitane cspacnolle. 11 pria alors le Roi de remettre ces malheureux entre ses mains, mais le Conseil jugea qu'ils avaient recouvré la liberté en posant le pied sur la terre de France. (Introduction à la chronologie novenaire de Palma Cayet. 1™ partie, p. 62 et suivantes; coll. Michaud.)

L'historien de Thou, alors à Chartres en qualité de conseiller d'Etat, dit qu'au mariage de son beau-frère le sieur de Cany avec la demoiselle de Schomberg , célébré en présence de Leurs Majestés et de toute la Cour , le sieur d'Anglure de Givry . blessé à une jambe , se travestit en roi des Indes et se fit porter en palanquin sur les épaules de quelques-uns de ces forçats dont la ville était pleine , et que ce spectacle inattendu réjouit fort le Roi.

De Thou cite Michel de Montaigne au nombre des personnages qui avaient suivi la Cour à Chartres. (Mém. de J.-A de Thou; vol. Il, p. «28, «20 et «30; coll. Michaud.)

1 Reg. des Eehevins.

* Mémoire* de Bassompierre, t. 6, p. 12, coll. Michaud.

Roi. Cette nouvelle causa une émotion extrême dans la ville; cependant le gouverneur Sourdis parvint pendant tout le mois de janvier à maintenir les habitants dans le devoir 1 ; il fit expulser les gueux et les mendiants, et s'opposa avec énergie à toutes prises d'armes, quoiqu'il n'eût à sa disposition qu'une poignée de soldats. Mais sa résistance ne pouvait être de longue durée , car les ligueurs gagnaient chaque jour du terrain dans le pays. Le 6 février 1589, le duc de Mayenne, que Paris venait de nommer chef de l'Union à la place de son frère le duc de Guise , informa les échevins de la prise de la citadelle d'Orléans par les bourgeois ses amis * ; de leur côté , les magistrats municipaux d'Orléans engagèrent vivement leurs collègues de Chartres à les imiter ; il n'en fallut pas davantage. Le 9 février, tandis que l'assemblée générale des habitants, réunie à Saint-Père, sous la présidence de Sourdis, discutait la cause de la Ligue , en présence de l'évêque de Thou et de M. de La Guesle, procureur-général au Parlement, envoyé par le Roi, quelques ligueurs chartrains qui avaient prévenu à l'avance le duc de Mayenne , allèrent lui ouvrir la porte Morard et l'introduisirent dans les murs avec cent chevaux. Le prince prit immédiatement possession de Chartres au nom de la Ligue , et , après avoir inutilement essayé d'amener Sourdis à quitter le parti royaliste, il installa Réclainville dans les fonctions de gouverneur et fit jurer le pacte d'union à tous les habitants *, puis il repartit le lendemain vendredi après dîner. Sourdis fut retenu prisonnier pendant dix ou douze jours, ainsi que le procureur-général La Guesle , qui avilit été arrêté dans

1 M. de Sourdis fil même célébrer le 5 février un service solennel en l'église Notre-Dame à l'intention de la feue rogne mère du roy Henry troisième (Catherine de Médicis). .

* tteg. des Echevins.

5 Voir les Mémoires de de Tliou, p. 3&», l'Introduction de Palma Cayet, p. 102. et les Mém. de Cheverny, p. i92 et iiKl. Ce dernier écrivain dit que le sieur des Ligneris tourna les Chartrains à la Ligue, en haine de M. de Sourdis et de M. de Maintnnnn, qui avaient empêché son élection comme député de la noblesse aux Etats

de Dlni>.

le faubourg par le seigneur des Ligneris 1 , au moment où il essayait de gagner Paris. On célébra à Notre-Dame, les 18 et 19 février, un service solennel pour le repos des âmes des deux frères martyrs*.

Réclainville signala son entrée en fonctions par une activité remarquable ; il fit prêter serment aux paroisses de la banlieue, envoya des émissaires à M. de La Ferrière, bailli, alors à sa maison de Saint-Maurice-de-Galou , près La Loupe, pour découvrir quel parti tenaient certaines troupes rassemblées dans ces quartiers, hâta la levée d'une compagnie d'arquebusiers destinée, sous les ordres de M. de Tivernon, son gendre, à partager avec la milice le service du guet, mit à l'étude une restauration générale des murailles et parvint à expédier aux princes catholiques, généraux de l'Union, 200 chevaux d'artillerie pour la part du bailliage de Chartres \ Tout cela fut fait avant le 1" mars. La Chambre municipale, qui s'était réservé la surveillance de l'esprit public, remplissait sa mission avec un grand zèle. Les sieurs de Montescot et René Dolandon, reconnus contraires à l'Union et proditeurs de leur patrie, évitèrent l'emprisonnement par la fuite; on saisit leurs biens meubles. Plusieurs autres politiques, c'est le nom que l'on donnait aux royalistes , furent appréhendés au corps ; d'autres réussirent à se faire cautionner par des personnes nota-

« L'historien de Thou, conseiller d'Etat, se trouvait à Chartres près de l'Evéque, son oncle. Théodore des Ligneris, qui était son ami, le prévint que la vitle allait jse déclarer pour la Ligue et lui Facilita les moyens de s'enfuir. (Mém. de de Thou , p. 335. )

* Le dimanche et le lundy, fut faict en l'esglise un service fort solempnel à l'intention des feus sieurs le cardinal et le duc de Guize . où ont assisté tous Messieurs du Chapitre et Messieurs de la justice , avec plusieurs des manans et habitants de la ville. Ce fut Mr Robert souhzdoyen qui officia au soir , et le lendemain Mr de Chartres dist la messe de l'obit, et après l'offerte fut faict e une prédication funèbre dedans le cœur : et pour lequel service fut dressé dedans le cœur une chapelle ardente , sur laquelle y avoU 57 cierges poisant chacun un quarteron avec quatre gros cierges poisant chacun cinq livres qu'on appelle les bourdons avec deux processionnaires sur l'autel; et aussy le tour fut mys sur le pulpitre; et fut porté à l'offerte du pain et du vin par des bonnes damotselles de la ville. (Livre du Clerc de />«irr. Arch fh'part.)

* lieg. des Kchcrins

Lies 4, mais ils n'y gagnèrent que la liberté de leurs personnes, et il leur fut interdit de prendre part aux délibérations de la commune et d'aller au guet. Les prisonniers étaient visités et interrogés sommairement par MM. de Lépine et Broisset , écbevins, tandis que les capitaines des quartiers, accompagnés d'un docteur en théologie et des curés, faisaient des visites domiciliaires chez les bourgeois soupçonnés d'hérésie et chez les libraires, pour saisir les livres et papiers défavorables à l'Union et à la foi catholique (premiers jours de mars) \

Le conseil de ville avait besoin , dans une conjoncture aussi grave, de consulter fréquemment les habitants; on convint donc, le 4 mars, que les assemblées générales se tiendraient à jour fixe et qu'elles se composeraient de quatre classes distinctes, ayant chacune voix délibérative, à savoir: les échevins, les capitaines des quartiers, les délégués du clergé et ceux des paroisses. L'argent manquait pour la solde de la compagnie de M. de Tivernon et pour les travaux des fortifications; mais, comme on était en révolte ouverte contre le Roi, on ne se fit aucun scrupule d'appliquer à ces dépenses le montant des tailles et des recettes du grenier à sel ; bien plus, le receveur du domaine royal et ducal, le contrôleur et le receveur des tailles furent nommés trésoriers et payeurs de la Ligue à Chartres \

On employa encore d'autres moyens pour remplir la caisse municipale: l'Eveque, suspect de royalisme , donna, bon gré mal gré, 400 écus à la commission des fortifications 4, et, d'après l'avis de M. de Mayenne, on élargit quelques politiques riches, moyennant le versement de sommes d'argent, à titre

1 Reg. des Echevins; 6 mars. — M« Mathurin Leroy, conseiller au présidial, suspect de royalisme , fut jdeigé par le curé de Prunay-le-Gillon et Robert Tulloue . procureur.

* lb.; 9 mars.

3 lb.; i et 7 mars.

* Cette commission était composée de MM. de Boisbissay, vice-bailli, Leclerr , f.heron et Haligre de Chonvillers.

de prêt (7 et 13 mars) \ Quand on eut des fonds, il fallut trouver des ouvriers maçons; les maîtres du métier de Chartres élevèrent alors des prétentions si exorbitantes, que l'on dut appeler, à leur défaut, des Limousins auxquels on promit la maîtrise gratis (16 mars) \ Afin que les réparations des murailles pussent être mieux suivies, M. de Réclainville fit substituer, le 17 mars, à la commission temporaire des fortifications, un bureau permanent siégeant en la chambre aux bourgeois de la Tour-le-Roi, les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine

Les sentiments ligueurs de Chartres n'avaient pas été adoptés par toute la province ; le Perche et la partie du pays chartrain qui Tavoisine tenaient, en général, pour le Roi, encouragés en cela par M. de Sourdis et autres capitaines dont les gens occupaient les petites villes d'illiers, Bonneval et La Loupe. Effrayés par les rassemblements huguenots et royalistes qui se formaient dans ces contrées et qui lançaient leurs enfants-perdus jusqu'aux faubourgs de la ville, les échevins redoublèrent de sévérité à l'égard des suspects. On remit, le 13 mars, les rôles de l'Union entre les mains des gagers des paroisses pour les faire signer de maison en maison k, et cette revue individuelle détermina des arrestations, des saisies et des suspensions d'offices. MM. Claude Acarie et Jean Grenet, avocats du Roi et du duc de Ferrare au bailliage, eurent beau protester de leur dévouement à l'Union et de leur horreur pour les crimes de Blois, ils durent recourir au Conseil général de la Ligue à Paris, pour conserver leurs charges (arrêt

1 Reg. des Echevins.

• Ib.

5 Ib. — Ce bureau fut composé de MM. le Prévrtt, Trouillart, Pasté, Suireau , Chesnel et Quedarne , capitaines des quartiers , Régnier et Brébion , échevins , de deux membres du clergé, et de MM. de Boisbissay, vice-bailli , Cberon , élu, Bonhomme, receveur du Domaine, Dutemple et Le Tunais, procureurs.

* Ib. — Le 16 mars, M. de Réclainville adressa à tous les nobles et gentilshommes du pays une circulaire pour les inviter à venir jurer l'Union. (Pièce cataloguée Lb« , n« 695' ; Bibl. impér.)

du 18 mars) *. Les sieurs Pierre Chesneau, Macé Lapoustoire et Mathurin Leroy, conseillers, moins heureux ou plus francs, furent tenus de cesser leurs fonctions par ordre du duc de Mayenne *.

La police arrêta, le 16 mars, un laquais que M- de Versigny envoyait, de Paris, à son mari, maître des requêtes de l'Hôtel et ardent royaliste, pour l'informer de l'état et déportement des princes ligueurs. Le 17, on saisit les blés appartenant aux politiques et huguenots fugitifs , et on en distribua une partie aux troupes de l'Union commandées par M. du Bourg et gîtées à Amilly \

Le Conseil général de la Ligue, séant à Paris, désirant entretenir des relations suivies avec une ville qui, par sa position, lui servait de poste avancé, l'invita avec instance à lui envoyer un député. La Chambre désigna pour cette mission, le 18 mars, M. Jean du Ru, avocat au siège présidial, qui reçut ses instructions le 21 et se rendit immédiatement à son poste *. On informa les échevins, quelques jours après, de la prochaine entrée en campagne de M. le duc de Mayenne, qui devait passer par Chartres (29 mars) ; il fut décidé que l'on rendrait à ce prince, en sa qualité de lieutenant-général du royaume, les honneurs réservés au souverain 8. Mayenne partit, en effet, de Paris le 8 avril, mais il se dirigea sur Châteaudun par Etampes, sans traverser Chartres; il se contenta d'accréditer près des magistrats municipaux M. de Dampierre, maître des requêtes de l'Hôtel , pour organiser d'une manière définitive le gouvernement de l'Union. On avait constitué, le 20 mars, le nouveau mode d'assemblée générale ; mais les délégués de

1 Reg. des Echevins; il et 2 i mars.

* Ib.

» Ib.

- Ib.

5 Ib. — Les officiers, échevins et notables, iront à cheval au-devant du prince, et les capitaines feront la haie avec leurs soldats depuis la porte d'entrée jusqu'au logis qui lui sera préparé.

chaque corps formant une voix, étaient si nombreux qu'il se trouvait quelquefois jusqu'à 72 personnes en séance, ce qui faisait que les secrets n'étaient pas bien gardés M. de Dampierre réduisit ce nombre à trois délégués par paroisse et à quatre membres du clergé , indépendamment des échevins et des capitaines; le gouverneur fut môme autorisé, en cas d'affaires délicates , à ne convoquer au conseil que douze personnes (17 et 18 avril) \ Ce seigneur fît ensuite donner une dernière sommation , emportant prise de corps et de biens, aux habitants qui n'auraient pas signé le pacte d'union sous huitaine, puis il se rendit à Châteaudun, près du duc de Mayenne, avec le prévôt et l'échevin Régnier, dans le but d'obtenir des lettres d'octroi de 4,000 écus sur les tailles , applicables à l'entretien des fortifications \

Le Roi , voyant que tout espoir de rapprochement avec les ligueurs était perdu , se décida , les 26 et 27 avril , à donner une déclaration de lèze-majesté contre les seigneurs et les villes engagés dans l'Union. Chartres figurait en tète de la liste, ce qui ne fit qu'exciter davantage le zèle ultra-catholique des

t L'assemblée générale tenue le 20 mars se composait de MM. de Réclainville , gouverneur , François Chouayne , lieutenant-général , Guy Robert , prévôt ; Charles de La Chaussée , chanoine, Michel Gobineau, receveur des deniers communs, Martin Baucher, Jacques Régnier , Pierre Bou troue, Mathurin Brébion , Michel Bachelier, échevins; Cantien Carte, contrôleur des deniers communs, François Lemaire, avocat de la ville; Mathurin de La Chaussée, religieux de Saint-Père, Yves Gaudeau, prieur de cette abbaye, Gervais Moussu, curé de Saint-André, pour le clergé; Pasley, élu, Jean Chesnel, procureur, tous deux capitaines, Claude du Ru, Pierre Duhan, lieutenants, Pierre deGaneau, enseigne, pour les capitaines et officiers des gardes; Michel Nicole et Nicolas Fresnot, avocats, pour Saint-Aignan ; Jean du Ru, avocat, Jean Arondeau, procureur, et Pierre Langlois, bourgeois, pour Saint-Martin; Raoul Haligre, sieur de Chonvillers, Jean Pintard, procureur, et Guy Trouillart, bourgeois, pour Saint-Saturnin ; Louis Lesmelin , Nicole Lefèvrc , Nicolas Quedarne et Gilles Boulanger, pour Sainte-Foy; Jacques Leroy, pour Saint-Michel; Simon Boisset, enquêteur, pour Saint-André; Jean Beurrier, pour Saint-Hilaire. (Beg. des Echevins.) Mais cette assemblée n'était pas au complet, car les délégués de chaque paroisse devaient être au nombre de quatre.

• Ib.

* Ib. — Dans une assemblée du clergé tenue le 24 avril, M. l'Evêque offrit aux habitants la somme de 2,000 écus, applicable à la réédification du ravelin de la porte Drouaise , à la condition d'être déchargé de la garde des murailles , sauf en cas de siège. (Papiers du Chapitre; Arch. départ.)

habitants. Le 8 mai, M. Chouayne, lieutenant-général du bailliage, présenta à la Chambre la formule de serment arrêtée le 6 avril par le Conseil général et annonça l'ouverture des Etats-généraux de la Ligue, pour le 15 juillet, dans la ville de Paris \ La rébellion de Chartres étant ainsi dûment constatée, les royalistes de la Beauce, concentrés jusqu'alors dans les paroisses de Dangeau, La Loupe et Favières, entrèrent décidément en campagne ; ils s'avancèrent, le 13 mai, jusqu'à Saint -Arnoult- des -Bois qu'ils ravagèrent \ Quelques jours après, une troupe de cavaliers royaux, conduite par Châtillon, Rosny et Sourdis , surprit et tailla en pièces dans les environs de Bonneval 300 maîtres ligueurs commandés par le sieur de Saveuse qui mourut de ses blessures \ Dans la nuit du 1er au 2 juin, un corps d'arquebusiers protestants, sorti de Bonneval, vint attaquer dans le faubourg des Epars quelques compagnies de chcvau-légers qui devaient entrer en ville le lendemain ; ils en tuèrent une partie , firent prisonniers les capitaines Vaupillon et Falandre et brûlèrent plusieurs maisons *. Cette fois, les bourgeois se crurent toute l'armée royale sur les bras ; ils se hâtèrent de boucher avec de la terre les portes Morard , Drouaise et Chàtelet ; le gouverneur décida qu'il serait formé immédiatement une réserve de 100 muids de blé (2 juin); 200 livres de poudre à canon furent remises au capitaine Picard qui, logé avec sa compagnie dans les faubourgs, était exposé à recevoir les premiers coups (3 juin); on déposa 1,500 fagots dans chacun des cimetières Hàlé et Sainte-Foy et dans le couvent des Cordeliers ; on garnit les herses de la

* lieg. des Evhevins.

* lb.; 13 mai.

5 Celte rencontre, qui eut lieu entre Luplantc et Bonneval, est racontée avec détails par Palma Cayet dans sa Chronologie novenaire , p. 121), et par les rédacteurs des Mémoires de 2" série, vol. 2, p. <>U et 70; coll. Michaud. — Kcclainville

était sorti de Chartres avec sa compagnie, mais, apr»>s une cM-armouche avec l'avant-garde de M. de ChAtillon, il avait jugé convenable de battre en retraite.

* L'auberge du Chariot , appartenant au sieur Aubert Lesmclin , fut détruite de tond en comble dans cette surprise, (lieg. des Echevins; Séance du 20 juillet.»

Courtille de pieux et barres de fer (4 juin) \ Certains bruits malveillants s'étant répandus sur le compte des religieux de Saint-Jean , on leur enjoignit d'achever la démolition des combles et charpenteries de leur ancien couvent de la Vallée , et on alla visiter l'hôtellerie de la Rose , près de la Couronne, pour voir quels gens y tenaient conférence (8 et 12 juin) \

Le i 2 juin, la Chambre reçut une lettre du duc de Mayenne, en date du 9, qui lui annonçait que les ennemis avaient l'intention d'assiéger Chartres. Un message d'un esprit tout opposé arriva le i 7 : il était de M. de Montescot, réfugié à Beaugency, qui mandait à Messieurs que, malgré les indignités dont il avait été victime , il voulait bien se charger de faire leur paix avec le Roi. Cette lettre, saisie sur le porteur, devait être remise aux échevins non aveuglés de passion par M. Gobineau, receveur des deniers communs , ainsi que l'indiquait un petit billet particulier. Il fut aussitôt décidé que le sieur Gobineau , détenteur de titres et papiers intéressant la ville , serait retenu chez lui sous la garde de deux bourgeois, jusqu'à plus ample informé 3. On prit texte de cette circonstance pour déclarer de nouveau M. de Montescot * traître et ennemi de la sainte Union ; la même déclaration atteignit les sieurs Jérôme Rotrou , sergent à cheval , Jean Poussemotte , orfèvre , Michel Chauvet , Martin Cottereau et Nicolas Jarry, tailleur; d'autres furent condamnés à l'amende (20 juin) \

La Chambre décida, le 24, que les ordonnances et commissions expédiées en son nom porteraient désormais le titre suivant : Le Conseil de l'Union établi en la ville de Chartres, tenu en l'hôtel commun et Chambre de la dite ville; ainsi la

1 Reg. des Echevins.

« Ib.

* Ib.

* M. de Montescot est tantôt qualifie secrétaire du Roi, tantôt procureur-général des affaires du duché, tantôt trésorier de la maison du Roi.

5 Reg. des Echevins.

politique absorbait entièrement l'administration \ Pour compléter les rouages de ce conseil directeur, M. de Réclainville communiqua, le 28, une décision du Conseil général de Paris, prescrivant aux Chartrains de faire choix d'un substitut du procureur- général de l'Union, à la résidence de Chartres. M. Claude Suireau, licencié ès-lois, avocat au bailliage et capitaine de quartier, fut élu à l'unanimité à ce poste qu'il n'accepta, dit-il, que dans l'intention d'y faire le plus de bien possible et sous la condition d'en être débarrassé au plus tôt *. La nomination de cet officier ne donna que plus d'activité à l'exécution des dispositions militaires et politiques. On prononça, le 19 juillet, la confiscation de vingt poinçons de vin appartenant à M. Daniel du Cormier, chanoine de Chartres, atteint et convaincu d'hérésie; on défendit, le 23, à tous les habitants, quels qu'ils fussent, de correspondre avec l'ennemi et de garder les lettres qu'ils pourraient recevoir de lui, sans les montrer au gouverneur; les hôteliers furent invités, le 25, à venir donner chaque jour aux magistrats les noms des voyageurs descendus chez eux ; enfin , sur l'avis d'un arrêt de lèzemajesté rendu, le 20 juillet, par le parlement de Tours contre Réclainville et son gendre Tivernon, il fut prescrit à chaque bourgeois, le 31, de faire provision , sous trois jours, de trois setiers de farine, de deux livres de poudre et de balles et cordages, de travailler aux murailles et de détruire les bâtiments élevés dans un rayon de 200 pas des murs \ En même temps, on expédia au sieur de Faucon, maître-d'hôtel du duc de Mayenne, 50 livres de poudre à canon, un demi-muid de farine et un poinçon de vin , pour la munition du château de Villecoi en Beauce, dont il s'était emparé dans le but de contribuer à la tuition du pays \

1 Reg. de» Echevins. — * Ib.

5 Ib. — Le 25 juillet, on fit défense aux aoûtrons (moissonneurs) d'entrer en ville pour la loue; ils durent rester hors des portes, sur les glacis. (Ib.)

* Ib.; 31 juillet. — Le 30 janvier 1590, M. de Mayenne récompensa les services

L'assassinat de Henri 111, qui eut lieu à Saint-Cloud le 1er août, occasionna à Chartres un moment d'indécision dont le parti ligueur finit cependant par triompher. 11 se vengea des modérés, et particulièrement du lieutenant-général Chouayne, en demandant, le 25 août, au Conseil général de l'Union, des lettres-patentes pour la création d'un maire, en la manière dont en jouissaient les villes d'Amiens, Bourges, Poitiers et autres bonnes villes \ Le Conseil fit attendre sa réponse, mais, provisoirement, M. de La Châtre, gouverneur du pays chartrain pour la Ligue , donna commission de président de la Chambre de ville à M. du Ru, avocat au siège présidial. Les vexations n'épargnèrent pas, non plus, certains membres du clergé : on assigna devant la Chambre M. Le Houic, chanoine, caporal d'une escouade, M. le sous-doyen et M. Lenoir, autre chanoine, tous deux miliciens, pour s'être fait remplacer à la garde sans autorisation : // n'y a pas de privilèges en temps de guerre, dit à cette occasion le procureur de la Ligue \ Le 30 août, M* Michel Chaillou, procureur au siège présidial et bourgeois du quartier Chàtelet, arrêta dans le faubourg de la porte Drouaise un trompette du roi de Navarre venant de Nogent-le-Roi et allant à Blois. Comme cet homme n'avait pas fait les trois chamades d'usage, il fut déclaré de bonne prise et saisi avec son cheval, son argent et ses hardes \ Le même jour, M. de La Voisière, commissaire des vivres de l'armée du duc de Mayenne, obtint de la Chambre 100 muids de blé et 25 d'avoine pour les troupes de son maître \

A coup sûr on ne pouvait pas épouser plus franchement les intérêts de la Ligue; cependant, comme il arrive d'ordinaire, les meneurs, eux-mêmes, furent promptement dépassés

du sieur de Faucon en lui donnant le revenu temporel du prieure de la Madeleine du Petit Beaulieu , saisi sur M. de Montescot auquel il appartenait. (Reg. des Echevins.)

« Ib.; Séance du 25 aont.

* Ib.; 22 août.

3 Ib.

» Ib.

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