‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 10 sur 118 · LIS · texte numérisé non relu

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puis, sur son refus, se levèrent île leurs stalles et se dirigèrent vers les portes comme pour éviter tout contact avec un excommunié; l'Evoque, prenant la chose en plaisanterie, donna sa bénédiction aux fugitifs, pour les absoudre de l'exrominiinieation iptih craignaient de partager avec lui, et prescrivit à ses chapelains de continuer le service divin, en se promettant d'y être par la suite plus ussidu qu'auparavant. Toutefois le prélat n'eut pas le beau coté dans cette affaire, et le Uoi ordonna le 30 avril 1467 le rétablissement de la porte démolie '.

Un autre conflit plus grave s'éleva à la même époque entre Miles et l'abbaye de Saint-Père. 11 prétendait aux droits de visite, past et gîte dans le monastère ; les religieux reconnaissaient bien le droit de virile, mais ils contestaient ceux de pari si rite. Miles résolut d'en venir à ses fins par un moyeu détonné. Da jour de Tête à Saint-Hilaire où il avait été chanter vêpres pontificalement, l'Evéque envoya prévenir t'abbé de sa visite pour le soir même. L'abbé soupçonnant le dessein du prélat , lui fit répondre qu'il était trop tard , mais que le lendemain les portes lui seraient ouvertes à deux battants. Ce refus servit Miles ; sous prétexte qu'on lui déniait son droit , il fit enfoncer les portes de l'abbaye par ses familiers cl domestiques, alla droit à la chambre de l'abbé et le somma de lui donner à boire et à manger et de lui faire préparer un gîte pour la nuit. Tandis que le pauvre abbé résistai! de toutes ses forces à cette attaque imprévue, il éclata entre les religieux et les serviteurs de PEvéque une rixe dans laquelle, si l'on en croit les historiens, le cuisinier de Miles tua d'un coup d'épée un moine âgé de 70 ans. Le champ de bataille resta aux épiseopatu-, et l'on dit qu'ils poursuivirent les vaincus avec tant d'acharnement que l'un d'eux, pitancier du couvent, fut arraché du cimetière Saint-André, quoique lieu

; Archives drpart. — Souchet-Etienne , vol. î;

de franchise, et jeté dans les prisons de Pévêché. Les religieux battus se plaignirent, le Parlement évoqua l'affaire, et un arrêt du 24 juin 1467 condamna Miles à 500 livres de dommagesintérêts envers le couvent, à 400 livres d'amende envers le Roi et à 1 00 livres d'aumônes. Le prélat ne se décida à payer qu'après la saisie de son temporel exécutée au mois d'août par M* Jean Damoiseau , conseiller commis à l'exécution de l'arrêt \ Miles ne se borna pas à chicaner les ecclésiastiques ; la ville eut également à se plaindre de ses procédés. Il avait fait construire sur la rivière , au lieu de Boizard f , en amont de Pontgouin , une forge grossière qui retenait le cours de l'eau. Le procureur du Roi au bailliage et le procureur des habitants se portèrent complaignants en cas de nouvelleté et obtinrent, le 19 janvier 1467 , des lettres-royaux prescrivant au bailli de faire mettre, après information , la chaussée de Boizard dans son ancien état, tellement que le cours de la rivière ait sa pleine vuidange comme auparavant. Le 13 mai, le bailli reçut commission d'assigner l'Evêque pour voir entériner ces lettres-royaux. Louis XI étant venu à Chartres sur ces entrefaites , les habitants , pour éviter les lenteurs de la procédure, sollicitèrent le règlement immédiat , par provision , de Téchantillon ou repère du moulin de Boizard. Leur demande fut accueillie, et, le 20 mai, MM. Regnault de Dormans, conseiller et maître des requêtes de l'Hôtel, et Pierre Salât, conseiller au Parlement, commissaires en cette partie, se rendirent à Boizard pour mettre à exécution les nouvelles lettres données par le Roi. Le procès-verbal dressé par ces commissaires indique qu'après visite des lieux, ils firent placer dans l'étang, pour servir d'échantillon et fixer la hauteur et retenue, deux grosses pièces de bois, l'une au milieu de la chaussée, en la pale par où Veau se décharge pour faire

1 Doyen, vol. 1er, p. 360 et suiv 1 Commune de Pontgouin.

tourner la roue du martinet de la forge, et l'autre, près du bout de la chaussée , vers le chemin tendant de Pontgouin à Belhomert. Miles, ayant interjeté appel de cette provision, fut ajourné pour le 20 juin devant la chambre des enquêtes du Palais à fin dy entérinement des lettres-royaux. Pour rendre plus complète encore l'exécution provisoire, M* Jean Jolis , procureur des habitants , assisté de Macé Godefroy , tabellion-juré, et du sergent Thomas Leporc, se transporta le 7 juin à Boizard, et là, en présence des forgerons et de Jean Hermen , leur maître , fit enfoncer dans les pièces de bois plantées par ordre des commissaires royaux, aux endroits déterminés par eux , deux gros clous à tête , à fleur de lys. Mesure prise par Hamen de la hauteur de l'eau , à partir du fond jusqu'aux clous , il fut trouvé cinq pieds et demi moins un pouce \ Il est probable que la provision fut maintenue définitivement par les requêtes du Palais et que Miles se tint pour battu.

Louis XI habita Chartres et Meslay pendant la fin de mai et le mois de juin 1467. L'activité multiple de ce monarque suffisait à tout; en même temps qu'il suivait les pèlerinages, il surveillait les frontières de Bretagne , renforçait les compagnies d'ordonnances et donnait une organisation militaire aux métiers de Paris. Plusieurs ordonnances, datées de Chartres les 24 et 26 juin , modifièrent les statuts de soixante-une bannières bourgeoises , sans oublier les corporations des notaires, des écoliers, officiers et suppôts de V Université \ Pendant que Louis était à Meslay, il appela près de lui Me Jean le Boulanger , président au Parlement, et plusieurs conseillers et bons marchans de Paris , les envoya conférer à Chartres avec son conseil , et, d'après leur avis, adopta, pour repeupler

1 Pièces relatives à la navigation; Archives départ. Ce règlement du moulin de Boizard est probablement le plus ancien qui soit connu.

f Ordonn. des Bois de France, vol. XVI, p. 581 et suiv. — Chron. de Jean de Troyes, p. 277.

la capitale fort dépopulée pour les guerres et mortalitez , un moyen qui avait déjà été employé à Saint-Malo et à Valenciennes: ce fut d'accorder le séjour de Paris, en toute franchise, aux gens coupables de meurdre, furt, larreçins, piperies, etc. C'était donner de singuliers compagnons aux bons marchands parisiens * .

Les hostilités entamées en Normandie et dans le Maine par les ducs de Bretagne et d'Alençon, partisans de Charles, frère du Roi, ramenèrent vers le mois d'octobre Louis XI dans notre ville où il fist venir et arriver la plus grand partie de son artillerie, qui lors estoit à Orléans. Le séjour du Roi à Chartres fut de plus d'un mois; il y suivit les mouvements de l'armée du maréchal de Lohéac qui mettoit en ses mains Alençon et les villes du Perche , conclut une trêve avec le duc de Bourgogne , noua des pourparlers avec les princes alliés de son frère * et réorganisa le Parlement de Bordeaux \ Vers le 20 novembre , le monarque quitta Chartres pour se rendre à Notre-Dame de Cléry. Ce fut à la suite de ce voyage (14 décembre) que Louis accorda aux habitants la pèche des fossés , comme indemnité des dépenses faites par la ville pour l'entretien des fortifications \

Malgré sa diplomatie, Louis XI n'avait pu amener son frère Charles à renoncer à la Normandie qui lui appartenait à titre d'apanage. Afin de s'autoriser de l'opinion populaire dans une question qui intéressait à un si haut point l'unité nationale , il se décida à convoquer les États-généraux à Tours , pour le TT avril 1468. Les députés du bailliage de Chartres, nom-

1 Jean de Troyes, p. 278 et 279.

3 Ordonn. des Rois de France, vol. XVII , p. 29. — Lettres datées de Chartres-, le 3 novembre; le cardinal d'Angers (Balluc), les sires de Craon et deCrussol, pré* sente au Conseil.

4 Voir volume 1er, p. 310, note lrc. — Le compte de Jean Hardy, receveur du domaine de Chartres, pour Tannée li73, donne à ce titre la date du 14 décembre- 1472. (Extraits des titres qui sont au logis de Madame de Chonvillier ; Recueil de Laisné, vol. 4, p. 147.)

(17 mes dans une assemblée tenue le 20 mars sous la présidence de M* Michel G rend , lieutenant-général, furent, pour le clergé, M" Jean Escomlmrl, docteur en théologie et chanoine de Notre-Dame; pour la noblesse, le sire Michel de Crouy, écuycr, seigneur de Saint-Piat; et, pour le Tiers-Etat, M" Jean Cadou, licencié es-lois '. Les Etats donnèrent pleine satisfaction au Roi. Le sire Jean de Rochechouart , qui visitait quelquefois son bailliage, mourut a la tour de Chartres le 7 novembre; on lui fit de magnifiques obsèques et il fut inhumé a l'Hotel-Dieu '.

Les séjoui-s prolongés île Louis XI à Chartres avaient fait reconnaître à ce monarque intelligent tout l'avantage que la navigation de l'Euro pouvait procurer aux provinces arrosées par la Seine. A l'aide de la protection royale, on avait momentanément triomphé des obstacles suscités parles riverains ; un quai avait été construit dans la ville môme ' et une grande quantité de blé, vins et autres marchandises prenaient depuis quelque temps le chemin de la rivière. Mais, pour rentrer dans la dépense nécessitée par l'établissement du port d'embarquement, ou avait dû asseoir des droits sur les marchandises; or, les marchands, afin d'éviter ces droits, tournaient la ville et allaient embarquer leurs denrées audessous. Le préjudice que cette manœuvre causait au commerce chartrain était immense; les magistrats s'en émurent et firent de telles remontrances au Roi qu'il leur permit, par lettres du 19 juillet 1469, de lever, pendant six ans, deux sous six deniers sur chaque tonneau de vin passant et repassant autour de la ville et mené eu rivière ailleurs qu'au port , autant sur chaque charretée de grains et sur chaque

1 Archives imper., section hist., série F, carton 903. — On trouvera dans l'Appendice 11° 2, fin de ce volume, la liste îles notables i[iii prirent part i celle élection

> Itéximè de l'hisl. de Chartres, fivi\cii.ini iln niôLvin \1,m..' Smiil-lrsin, niss. ils la EtiUiol. commun., * 69, 2" partie. — Heeucil de Laisné , vol, 1", p. 13.

] Ce imai i-tail rumens entre 1rs ;in lies ilr Létliiiiini.' et le pont He* Minimes. Ici luleauï passaient sous l'arche ri> l'église Sainl-Andre.

Leporc de faire passer le bateau de force. Le sergent se rendit, en conséquence, à Chandres, le 2 décembre, assisté du substitut du procureur du Roi , du procureur des marchands et de trois pionniers , et sur le refus du meunier d'ôter les pieux du barrage, il fit attaquer la chaussée par les ouvriers. A peine ce travail de démolition était-il commencé, que le sergent et les domestiques de la dame Morhier, accourant aux cris du meunier, se jetèrent en armes sur les travailleurs, les forcèrent à prendre la fuite, enlevèrent les marchandises, percèrent le bateau de plusieurs trous afin qu'il prît l'eau, et emmenèrent avec eux les deux chevaux de hallage et leurs conducteurs.

Les gens de Chartres ne pouvaient en rester là. Le dimanche 8 décembre, les sergents Thomas Leporc, Colin Chamault et Etienne Bonot , ayant reçu commission du lieutenant-général d'appréhender au corps les serviteurs de Morhier, s'acheminèrent au point du jour vers le château de Villiers , accompagnés de quelques arbalétriers et volontaires de la ville \ armés et embâtonnés d'arcs, trousses, ar baies tes, voulges, pertuisanes et autres bâtons invasibles; ils enfoncèrent les portes de la basse-cour et des étables, délivrèrent les charretiers , se saisirent des deux chevaux et arrêtèrent deux valets * ; ils allèrent ensuite fouiller le cabaret tenu à l'entrée du château par Guyot Benoist, sergent de Morhier, qui s'était enfui , puis ils se retirèrent avec leurs prisonniers. Toutefois l'expédition n'avait pu se faire si secrètement que les vassaux de Morhier n'en eussent eu soupçon ; ils s'étaient mis aux

1 Cette troupe se composait de 20 hommes, suivant une requête au Parlement

Rrésentée par Thomas LejMirc , le 1 i janvier 1 173 ; de 80 . suivant la plaidoirie d> ianterre, avocat de Morhier; de 200 et plus, suivant tes lettres-royaux obtenus par Morhier le H\ décembre 1 171. On peut juger, d'après cela, de la confiance qu'il fallait accorder aux allégations des parties.

1 Nanterre, avocat de Morhier, dit, dans sa plaidoirie, que les agresseurs voyant la dame Morhier à Tune des fenêtres du château, s'efforcèrent de la tuer, quoique prête d'accoucher, en lui tirant trois virctons. Si ce fait eût été vrai, Morhier n'eut pas manqué de le relater dans les lettres- royaux du 10 décembre 1471, où la conduite des Chartrains est représentée sous les couleurs les plus noires.

iiguets , et voyant leurs adversaires ou force , ils avaient couru en toute hâte donner l'alarme à Nogent-le-Itoi. Les Nogentais prirent aussitôt les armes et atteignirent la troupe chartraine à deux lieues de Villiers, près de l'endroit appelé la Valléeaux-Jjmps ; on essaya d'abord de s'expliquer , mais on en vint bientôt aux coups et le sang coula de part et d'autre ; plusieurs Chartrains furent navrés, le sergent Bonot reçut une pertttisune de quatre doiqls sous l'aisselle, et Mathery ChifElet une horrible Ma—Il à la gorge ; de leur côté , les Nogeutais attrapèrent quelques horions, et le nommé Mkhaud , palefrenier du sire Morhier, fut tué raide d'un ruillon tiré par le chartraiii Jean Dubois '. Le champ de bataille resta aux Nogeutais qui ressaisirent les prisonniers et obligèrent Leporc et consorts à battre promptemenl en retraite.

La querelle avait pris de telles proportions que le fond de l'affaire était presque oublié et que les parties ne songeaient plus qu'à s'enta'preudre au criminel , pour guel-apcns, voies de fait, meurtre, etc. Morhier prit l'avance; il obtint, le 10 décembre, des lettres-royaux prescrivant une enquête sur les excès, crimes, maléfices, commis et perpétrés par Thomas Ixporc. Mais les Chartrains étaient les plus forts ; sur le rapport des officiers du bailliage et de la ville , le Roi , en son grand-conseil séant au Montils-les-Tours, le 18 décembre , et de l'avis de Tristan Lhermite , Grand-Prévôt de l'Hôtel , ordonna à Pierre Lhermite , tils de Tristan , son pannetier, de prendre le chemin de Villiers avec les gens de guerre de la compagnie de la Prévôté, de faire une instruction sommaire des excès allégués contre les domestiques de Morhier, et, en cas de preuve suffisante, de faire réaumant ruser toute la fortification de lu maison de Morhier, afin que tous autres .7 prennent exemple et que lu force et autorité demeure à justice. Cette exécution consommée, Pierre

Lherniite devait se transporter à Nogent-le-Roi et exiger des officiers du sire de Brezé la remise des prisonniers délivrés le 8 décembre, ou , sur leur refus, mettre sous la main du Roi la terre et seigneurie de Nogent. Pierre se hâta d'accomplir son mandat; il se rendit à Chartres, fit information, et, accompagné du lieutenant-général, du sergent Thomas Leporc et autres officiers royaux , gagna le château de Villiers dont il saisit tous les meubles et fit commandement à la dame Morbier d'abattre son hôtel; cette dame Se porta sur-le-champ appelante des violences dont elle était l'objet *. Deux jours après, Lhermite revint avec Leporc, et , comme la démolition n'était pas commencée, il en fit faire le simulacre par des ouvriers qui abattirent une ou deux pierres de la porte du château. Rappelé pour le service du Roi, le fils du fameux Tristan remit aux officiers de Chartres, par lettres du 14 janvier 1472 adressées à Jean Baudry et Jean Cadou , licenciés-ès-lois , le soin d'exécuter le surplus de sa commission. Le lendemain, 15 janvier, Nicolas Lemercier, huissier au Parlement, et Jacques Burgondy, procureur, porteurs de lettres-royaux obtenues par Morhier, arrivèrent à Chartres, à V Image Notre- Dame , dans le but de faire prisonniers les gens, arbalestriers et sergents qui avaient exploité à Villiers; mais, lorsqu'ils se présentèrent devant le lieutenant-général pour exhiber leurs lettres , ce magistrat les fit appréhender au corps et jeter en prison , comme rebelles aux ordres de S. M1*, puis il dressa procès-verbal des faits en présence de Michel de Champrond , avocat du Roi , de Mathurin Bouffineau , procureur du Roi , de Michel Grenet et de Jean de Montescot , licenciés ès-lois.

On avait épuisé à peu près tout ce que la procédure , fort riche de l'époque , pouvait offrir de plus brutal aux plaideurs : lettres-royaux subreptices, commissions contradictoires, in-

1 D'après la plaidoirie de Nantcrrc , Pierre Lhermite , sommé par les cens de Morhier d'exhiber sa commission, aurait répondu qu'il la leur montrerait lorsqu'ils auraient tous été pendus.

i£3 formations amman^ eniprisainifropnb» arbitraires <T< chargés de rerecntian de* mandement* de ifa justice , instruction simultanée et en sens ojqtctàe }m k* Panenieul et par la Prévôté de lHûteL Enfin le Parlement, repuhereiuent saisi de Pafiaire cnriie. rendit, le 23 juin J473. un amM parfmtvinom qui condamna 1* Morbier, a détruire son bâtardeau de Chandreset à restituer le* chevaux et marchandises indûment saisis par lui; 2* les Ghartrains. a construire a leurs frais une porte à bateaui à Chandres et a payer a Morbier i sous 6 deniers tournois par bateau montant et 30 deniers tournois par bateau avalant, jusqu'à ce qu'il en ait ete règle autrement par commissaires \

Cette victoire tardive équivalait a une défaite : deux années s'étaient presque écoulées depuis que les manoeuvres de Morbier entravaient la navigation : d'autres procès, d'autres contestations avaient surp \ et les quais, écluses, portes à bateaux, tombaient en ruines faute d'entretien pendant oe chômage force- Le Roi se trouvait à Chartres le 19 janvier 1471 *; peu de temps après son départ février , il rendit une ordonnance qui diminua momentanément l'importance du bailliage. Aux termes de cet acte de l'autorité rovale . Louis XI donna au comte de Dunois, en échange de la seigneurie de Chastclail- Ion , les foi et hommages , droits et devoirs . dûs à la couronne, à cause du comté de Chartres, par la châtellenie d'Auncau appartenant à M~ de la Roche-sur-Yon et par celle de Courville appartenant au sire Louis de Vieuxpont. Il en résulta que les

1 Pièces relatives m la nattai wm ; Archives départ. — M" Jean-le-Roulanger , •résident la Chambre , Ganav , pour le Procureur du Roi ; plaidans : Nanterre , pour Morbier, et Champrood , pour les habitants de Chartres.

* Notamment avec le sire Jacques de Brezé , seigueur de Nogent-le-Roi , cl avec M« Pierre Poignant , maître des requêtes de l'Hôtel , seigneur de Marolles et proçriétaire d'un pont de pierres de cinq arches situé entre Maintenon et Pierres. ( Pièces relatives à la navigatwm; Arcfc. départ.)

* Ordonn. des Rois de France, vol. XYH, p. 366. — Privilèges des boucher* de Beauvais.

appels de ces deux ch à telle ni es furent reportées au bailli de Dunois ! . Le recueil des Ordonnances nous montre encore Louis à Chartres le 28 décembre 1473 f, et nous savons par le chroniqueur Jean de Troyes qu'il traînait alors à sa suite, étroitement enchaîné sur une basse charrette , le nommé Jean Hardy qui avait voulu l'empoisonner à l'instigation du duc Charles de Bourgogne \ Le Roi revint faire ses dévotions à Notre-Dame le 1 5 août 1 474 ; pendant ce voyage , il signa une prolongation de trêve avec son adversaire le duc Charles \ donna une sauve-garde au couvent de Saint-Cheron % et remit à la raison l'évéque Miles d'IUiers qui, depuis son installation, n'avait pas encore prêté le serment voulu , à la chapelle Saint- Blanchard de la Tour 6.

Chartres avait alors pour bailli le sire Guillaume de Courcillon , seigneur de Moléans et de Tillay, conseiller et chambellan du Boi. Ce haut fonctionnaire ou plutôt ses représentants directs , Mc Jean Baudry , lieutenant-général , et M* Michel Michon , lieutenant particulier , paraissent s'être occupés avec une certaine activité des travaux de voirie dans la campagne de la Beauce; des lettres de Louis XI, du lw mars 1475, font, en effet, connaître que de grandes chaussées de pierres étaient alors en construction entre Chartres et Blois \ Mais ces entreprises durent être suspendues par la peste violente qui dépeupla Chartres et le pays chartrain en 1476*; cette année fut néfaste sous plus d'un rapport, car il se passa,

1 Ordonn. des Ihis de France, vol. XVII, p. 388.

1 Lettres sur les monnaies de France et de Dauphiné et sur les gages des généraux des aides de Paris, (lb., p. 597 et 601.) Le Roi étant à Chartres, le 26 décembre, donna à Me André le Laboureur, son sommelier, l'hôtel du Croissant, à charge de 10 sous de rente. (Compte de Jean Hardy; HecueilLaisné, vol. 4, p. 147.)

3 Jean de Troyes, p. 307.

4 Ordonn. des Hois de France, vol. XVIII, p. 15.

5 Voir vol. i«,p. 288.

* Souchet-Etienne , vol. 2; mss. de la Biblioth. communale. 7 Ordonn. des Hois de France, vol. XV1U , p. 99.

* .Souchet-Etienne , vol. 2.

au mois de juin, un événement qui tit probablement une grande sensation dans la ville : le sire Jacques de Brezé , seigneur de Nogent-lc-Roi , dont le nom avait si souvent retenti dans le prétoire du bailliage à propos de la navigation , surprit en adultère sa femme Charlotte de France , la tua et la fit ensevelir dans l'abbaye de Coulombs '.

L'année 1477 s'ouvrit pour Louis XI sous les plus heureux auspices ; son ennemi mortel, Charles de Bourgogne, périt le 5 janvier sous les murs de Nancy. Au lieu de profiter de cette circonstance favorable pour marier le Dauphin avec la princesse Marie , fille unique du duc Charles et héritière de ses immenses possessions, le Roi trouva plus expédient de dépouiller l'orpheline, et, dès le 19 janvier, il fit un appel aux provinces et bonnes villes pour avoir un subside qui lui permit de mettre son projet à exécution. Les archives chartraines conservent en original la lettre que les bourgeois reçurent à cette occasion et par laquelle Louis apprend à ses chers et bien amez qu'attendu que pour reunir, remectre et réduire à la couronne et service de France , les contez de Flandres , Bourgoingne , Ponthieu , Arthoys , et autres terres et seigneuries que naguères tenoit et occupoit feu Charles en son vivant duc de Bourgoingne, il lui est besoing faire, porter et soutenir de grans fraiz pour la despence de V artillerie, soulde et paiement des gens des ban , arrière-ban , et francs archiers, oultre les genz de guerre de V ordonnance ordinaire , il a conclud et délibéré requérir, entre autres villes et citez y le corps de sa bonne ville de Chartres de V aider, par manière de prêt , de la somme de 400 escus d'or. Il les prie , en conséquence , de bailler promptement cette somme à Me Pierre de Lailly, receveur général des finances, promettant de la rembourser sur les plus clcrs deniers des

1 Chron. de Jean de Troues, p. 324 et 325. Charlotte était fille naturelle de Charles Vil et d'Agnès SoreL

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Chartres eut un nouveau iiailh en 14M ; ^l,rr Hervé de Chahannay. écuyer. seigneur de Cheronne, capitaine de 200 archers de la garde du Roi et son chamMIan . fut appelé à cette fonction purement honorifique. M' Jean Randn conserva la lieuienance générale. cVst-a-diiv la chaiw effective • la première magistrature judiciaire et administrative de la ville. Louis XI vint deux fois en pèlerinage a Notre-Uaroe en 1481 ; il y fît ses dévotions le jour de la lYntecAte et signa le 10 juin une ordonnance sur le cours des monnaies étrangères *; au mois de juillet , Chartres revit encore le Roi ainsi que son gendre, M. de Beaujeu. à leur retour du camp d'exercices du Pont-de-1' Arche ; il octroya , pendant ce nouveau séjour, des lettres de privilèges aux habitants de la cité de Franchise, ci-devant Arras l. Ces visites furent, à ce que nous croyons, les dernières que Chartres reçut de Louis XI ; miné par la maladie, le terrible monarque ne sortit presque plus de son château duPlessis-les-Tours, où il mourut le 'M) août I IHit.

L'avènement de Charles VIII encore enfant , fut le signal d'une violente réaction contre les empiétements de l'autorité royale. Les grands seigneurs secouèrent le joug pesant qu'ils enduraient depuis longues années; les dépouillés réclamèrent leurs biens; les opprimés crièrent vengeance contre les tyrans de bas étage dont le Roi défunt s'était entouré ; les gens du Tiers-État, quoique flattés intérieurement des instinct* bnurgeois de Louis XI, se rappelèrent qu'ils n'avaient jamais été consultés pour l'assiette des plus lourds impAts.

* Ordonn. des Rois de France , vol. XVIFI , p 470, \*to A , M 017

* Ib.. p. 638.

1 ift . p. 6i3 et 670.

Mais MBa de Beaujeu, gardienne de la personue du jeune roi son frère, avait hérité de l'astuce paternelle; elle sut tourner les difficultés de la situation et conserver dans toute leur intégrité les droits et conquêtes de la couronne. Les Etats-généraux ayant été convoqués à Tours pour le 5 janvier 1 484 , le bailliage de Chartres envoya à cette assemblée mémorable le doyen Charles d'Illiers, pour le clergé, le sire Michel de Crouy, pour la noblesse , et Mathery de Billon, pour le Tiers-Etat 1 . Ces députés voteront avec la première section dite do Paris ou de France. On sait qu'à propos de la composition du conseil royal de gouvernement , plusieurs orateurs des Etats-généraux émirent avec calme et dignité des théories de droit constitutionnel assez étranges à cette époque. Les exactions des officiers de justice et des collecteurs d'impôts, pendant le dernier règne, furent énergiquement stigmatisées, et, à ce propos, le cahier des plaintes fit connaître que, durant ces dernières années si calamiteuscs pour le pauvre peuple , plus de 500 personnes avaient été suppliciées à cause de la gabelle du sel, dans le Maine, l'Anjou et le Chartrain \ Par

1 Journal des Etats généraux de 1i8i, par Jean Massclin, député du bailliage de Rouen, édité dans ie recueil des Monuments inédits, 1™ série, par M. A. Bernier , 1 835. Les noms de Michel de Crouy et de Mathery de Billon ne se trouvent pas dans la liste de Masselin , mais ils figurent sur l'ancienne liste imprimée.

* Ib., p. 01. — Le grenier à sel était alors exploité, pour le Hoi, par la famille Iialigre, qui commençait à prendre rang dans la bourgeoisie. On trouve dans les titres les noms de (jiiillemin Iialigre, bourgeois, échevin et grenetier en 1-473, Jean Iialigre , procureur aux négoces de la ville , gager de Saint-André et grenetier en lilW, Guillaume Haligrc, grenetier en 1529, autre Jean Haligrc, grenetier en 1537, (îirard Iialigre, mesureur du sel en 1510 puis receveur du Domaine de Chartres pour Mme Itenéc en 155T>, Claude Iialigre, grenetier en 1560. L'office de grenetier était fort envié parce qu'il ram>ortait beaucoup; il devint presque héréditaire au XVIe siècle dans la famille Iialigre par le crédit d'un de ses membres, Miro Claude Iialigre , seigneur de la Brosse , valet de chambre ordinaire du Roi et receveur général des finances de Mme Renée, qui avait été annohli, iwr lettres d'octobre 1518, pour ses services en Espagne pendant la captivité Je François Ier. ( Recueil de Un inné. vol. 3, p. 1er, et vol. i, p. 118. — Extrait des charte* de la Chambre des Comptes, mss. de lialuze; Hihl. inipér.) Li ville, pour se concilier les bonnes grâces des ofliciers du grenier à m;I , ullrait , chaque année, au grenetier. au contrôleur, aux mesureurs et aux sergents, un grand dîner auquel assistaient les éehevins et les gens du Roi. ( liey. des Echi'vins; Séances du 2z novembre 152i et du 22 janvier 1527.)

application du système réparateur conseillé dans l'assembler des Etats, le Roi lit restitution , le B mars, aux princes Jean et Louis il' Armagnac, héritiers de leur oncle Charles , roi de Sicile et comte du Maine , de certains biens non tenus en pairies et apanage de France ni venus du domaine royal, entre autres de la Ferlé-Bernard , en Maine, et de Nogent-le-Rotrou . Brou, Montriiîrail, Authon, La Basoche, Monllandon , Monligny, Alluyes, et PierreCoupe, en Perche et Chartrain '.

Les premières années du nouveau régne ne furent cependant pas exemptes d'agitations. Le duc d'Orléans, premier prince du sang, no pouvait voir sans dépit la puissance de M™ de Beaujeu , et poussé par son ami le comte de Dunois . politique aussi turbulent que son père avait été grand capitaine, il fit ouvertement appel aux mécontents , se jeta dans les provinces de l'Ouest et donna la main au duc François de Bretagne, le vieil ennemi i\u royaume. Les Chartraius, voisins des possessions de ces princes, Turent sourds aux prières comme aux menaces et conservèrent leur ville dans l'obéissance royale. Cette conduite méritait récompense ; aussi Charles VII leur accorda-t-il en 1485 deux de ces privilèges ou exemptions dont , comme dit Souchet , on savait se moquer au besoin: par le premier, conféré au bois de Vincennes le 7 juillet , le Roi , considérant la grande fidélité des habitants de Chartres dans les différends qui se sont élevés dans le royaume, et aussi en l'honneur de lu Vierge Marie de laquelle l'église d'icelle cité est fondée, leur octroie la faveur de se garder eux-mêmes et les exempte de toute garnison de gens de guerre es ville et faubourgs, à moins qu'il n'y soit en personne ou qu'il n'y ait grand et éminent péril; par le second , daté de Paris le 6 août , Charles reconnaît que l'enceinte de la ville est très-grande et exige pour sa défense le concours de tous les habitants; c'est pourquoi il les exemple

' Ordonn. àt% Rois lit Frnnrc . vol. XIX. p 2"S.

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