TOME II. I G
les capitaines d'Ormoy, Jacques et Flojac, Olivier Brebion , charpentier, Mathurin Fontenelle, tailleur, Jean Mauguin, mattre-canonnier de la porte Drouaise , Guillaume Pichon , pionnier, Jean Pellier, maçon , Simon Floquet, mattre-canonnier de la porte Morard , le chevalier Pollois , commandant supérieur des travaux de défense , le capitaine des mineurs et le jacobin Jean Breton \
De toutes les pertes que Ton avait à déplorer, la plus grande, sans contredit , était celle de M. d'Ardelay, colonel des Gascons. M. de Linières, qui appréciait fort les qualités de ce seigneur, avait manifesté à l'assemblée des échevins, le 15 mars, le désir que ses obsèques fussent célébrées avec pompe ; de son côté , le duc d'Anjou manda, le 22, qu'il voulait que le corps de M. d'Ardelay fût déposé en lieu honorable de l'église Notre-Dame. Les sentiments de MM. de la ville étaient conformes à ceux de ces personnages , mais le Chapitre répugnait à s'y associer , en alléguant la pureté de la mère de Dieu dont la maison n'avait jamais été souillée par un semblable dépôt. 11 fallut parlementer avec les chanoines et leur signifier un ordre exprès du Boi pour qu'ils s'exécutassent. Le convoi , dont la ville fit tous les frais, eut cependant lieu le samedi 27 mars : quatre tabourins et quatre fifres ouvraient la marche; venaient ensuite quelques compagnies du régiment des Gascons, puis le corps du défunt conduit par son maîtred'hôtel, cinq officiers de sa maison et trois capitaines en grands habits de deuil, enfin le gouverneur, les échevins, Messieurs de la Justice et les officiers de la garnison. La dépouille mortelle du brave d'Ardelay, renfermée dans un cercueil de plomb, fut mise dans un tombeau de pierres de taille construit au fond du chœur de Notre-Dame , à gauche
1 Le jacobin Jean Ilretoii traversa , déguisé , le camp ennemi et se rendit à Paris pour informer le Roi de la position critique des Chartrains. Li ville lui fit cadeau de 10 livres tournois en récompense de son dévouement. (/&»//. des Echevins; Séance du 27 avril. — Etat des dépenses faites pendant le siège.)
du maître-autel \ Trois jours après, M. de Chaulx, lieutenant de la compagnie de M. de Linières, mort de ses blessures, fut inhumé dans l'église des Jacobins \
La publication officielle de la paix , faite conformément à Tédit enregistré au Parlement le 27 mars , autorisa les échevins à dépêcher au Roi , à la Reine-mère et au cardinal de Lorraine , les sieurs Ignace Olive et Edeline , et le procureur du Roi Claude Trouillard , pour les prier de faire retirer les compagnies de gens de guerre et les remercier de la coopérer tion de M. de Linières \
Tel fut ce siège de 1568 , Pun des épisodes les plus remarquables de notre histoire. Nos ancêtres voulurent que son glorieux souvenir restât à jamais vivace dans la mémoire des Chartrains ; une partie de la rue Saint-André prit le nom de rue de la Brèche ; une inscription commémorative fut gravée sur la muraille reconstruite , au lieu même où les canons huguenots avaient ouvert la grande brèche * ; la Vierge eut
1 L'état des dépenses faites pendant le siège donne le détail des frais du convoi de M. d'Ardelay. On y remarque les passages suivants : A 12 hommes qui ont crié les obsèques du sieur d'Ardelay, 2 livres; — à un vitrier qui a repeint la chapelle ardente qui a servi aux obsèques du sieur d'Ardelay, 15 sols; — pour 10 aulnes de veloux noir pour foire le poêle, 100 livres; — pour 2 aulnes 1/2 de satin blanc pour faire la croix dudit poêle, 10 livres; — pour 14 écheveaux d'or et d'argent pour faire des écussons audit poêle , 1 4 livres ; — pour 2 aulnes de taffetas à quatre fils baillés au greffier pour faire deux enseignes, 15 livres; — pour 6 douzaines de torches , 6 douzaines de bâtons et 37 douzaines de cierges tant pour la chapelle ardente que pour mettre autour de l'église, 98 livres 17 sous; — pour 23 douzaines et demie d armoiries, 23 livres 10 sous; — pour plusieurs quartiers de pierres de taille fournies par le Chapitre pour faire le sépulchre, 30 livres; — pour 250 bri-
aucs pour paver le tombeau, 15 livres. (Voir aussi les Reg. des Echevins; Séances es lo et 25 mars.)
Le tombeau du sieur d'Ardelay fut détruit en 1661, et le cercueil fut inhumé dans le petit cimetière Saint-Jérôme.
* Pour 12 hommes qui ont crié les obsèques dudit sieur de Chaulx, 1 livre 4 sous; pour 1 5 douzaines et demie d'armoiries avec le collier de Tordre et pour avoir imprimé lesdites armes sur le cœur dudict sieur de Chaulx, 30 livres; — pour avoir défait une chapelle ardente en l'église Saint-Martin et l'avoir fait porter aux Jacobins, 6 livres; — pour les services des messes dites aux Jacobins pour les sieurs d'Ardelay et de Chaulx, 15 livres. (Etat des dépenses faites pendant le siège. — Voir aussi les Reg. des Echevins; Séance du 30 mars.)
3 Etat des dépenses du siège et Reg. des Echevins,
* Cette èpitaphe, comme on disait alors, duc à M. Grcnet, conseiller au Prési-
une chapelle près de la brèche * ; et , chaque année , le 1 5 mars , une procession générale des habitants se rendit à Notrc-Dame-do-la-Brèche pour remercier le Dieu des victoires. La tourmente de 93 emporta avec elle chapelle et procession , mais le petit sanctuaire est enfin sorti de ses ruines * et le pèlerinage du 15 mars compte encore aujourd'hui au nombre des fêtes chômées par la piété chartraine.
On employa les premiers mois qui suivirent le siège à réparer les désastres de la guerre 8. Les travaux de maçonnerie
dial, et gravée par ordre de la Chambre en date du 24 août 1568, subsiste encore aujourd'hui ; la voici dans son entier :
>?P*SF*
POSTERITATI DVM NOVA RELMGIO STVDIÀ IN CONTRARIA SCISSAS CARNVTVM CALLORVM MENTES AGIT ET HELLO OMN1A M1SCET,
OBSESSVM CARNVTVM PREMITVR MAGNA OBSIDIONE , GLOBISQUE
ANNO DNI l568 MACHINA SVLPIIVREIS OPPVGNAT MŒNIA QViB NVNC PR1D. CAL. MART. SARTA ET TECTA VIDES; SALVA INCOLVMISQVE REMANSIT SOLVTVM OBSIDIO. VRBS , DVCE LINERIO, POPULI CVRAQVE FIDELIS, 1DIBVS. ATQVE MANV PARVA NVMEROSVM REPPVL1T AGMEN.
QVAM PRO REGE SVO, PATR1AQVE , ARISQVE, FOCISQUE , S1T PVLCHRVM PVGNARE ATQVE HOSTI CEDERE NVNQVA, EXEMPLO HOC D1SCANT NATI SER1QVE NEPOTES.
(Voir vol. 1er, p. 315. — Keg. des Echevins. — Sablon, Hist. de ï église de Chartres, p. 176 et suivantes.)
1 La première chapelle de Notrc-Dame-de-la -Brèche fut construite en 1600 par M. Simon Sauouet, chanoine de Saint-André, comme exécuteur testamentaire de M. Simon Bcrtnelot, son oncle, chanoine de la même église, qui avait fait les fonds nécessaires à cette fondation. On avait placé dans l'église Saint- André un bas-relief représentant la défaite des huguenots par l'intercession de la Sainte- Vierge; il fut détruit en 1(503. (Sablon, loco cit. — Chevard, vol. 2, p. 471).)
* La reconstruction de la chapelle de Notrc-Dame-de-la- Brèche , oui date de Tannée 18i3, est due aux soins de M. l'abbé Baret, vicaire de la Cathédrale.
s La caisse municipale avait été rudement atteinte par ces désastres. L'état, trèsintéressant, qui nous a été conservé, des dépenses laites à l'occasion du siège, se monte à la somme de 80,824 livres 5 sous 1) deniers, et se subdivise de la manière suivante :
1° Solde des compagnies Fontaine-la-Guyon , pendant les mois d'octobre, novembre et décembre 1567, janvier et fé\rier 1568 13,0951. » s. » d.
2° Avoine aux gens de MM. de Brissac et d'Eguilly (octobre 1567)
3° Munitions aux troupes conduites au camp du Boi par MM. de (ihavigny et de Montpezat (octobre 1567) .
4° Avoine aux arquebusiers à cheval du capitaine Paulmier (novembre 1567)
5° Munitions aux troupes conduites au camp du Boi par M. de Martigues (novembre 1567)
des murailles furent entrepris d'après un toisé exact des brèches ; on combina le service du guet de manière à procurer
6° Fournitures aux bandes du comte de Martinanco et autres (25 janvier-5 février 1568), et cadeau à M. de La Trémouille 1,925 7 3
7° Pour divers messages en Cour et ailleurs, accomplis par les sieurs Jean de Calderon , Marin Compaignon , écbevin , Jean de Baigneaux , de Germainville , Jean de Chevcrny , Claude Trouillard , Jean Robert , Louis Huvé , échevin , Jean Couturier, messager à pied (d'octobre 1567 au 24 février 1568). 656 11 »
8° Fourniture de 587,755 pains, de 12 onces chacun, aux troupes de la garnison , aux ouvriers employés par la ville, aux pauvres gens travaillant aux remparts, aux blessés, à 9 rcîtrcs faits prisonniers (du 20 février au 1 8 avril 1 568) . 1 2,955 18 9 9° Fourniture de 2,21 4 poinçons de vin aux mômes (id.). 17,712 • »
10° Fourniture de viande (127 grosses bétes, 186 bétes à laine, 15 bétes porchines) aux soldats et aux blessés (du 8 mars au 7 avril 1568) 2,121 6 »
1 1° Fourniture de lard , de veau et de poisson à la maison de M. d'Ardelay, à un blessé, et au capitaine Bosquet et à ses gens, de garde à la brèche (du 11 au 26 mars). . 46 » »
12° Fourniture de 5,530 minots 10 guarts d'avoine aux compagnies d'arquebusiers à cheval (du il février au 2 avril 1568) 4,063 14 3
1 3° Menues dépenses de nourriture et chauffage faites par le chevalier Pollois en la maison de Macé Trossard , échevin , par le capitaine La Neuville en la maison d'Etienne Yallet ,
Kar le baron de Ce m y, par les gens de M. de Linières, chez laco Trossard (du 10 février au 43 mai 1568) . . . . 1 ,200 15 8
1 i° Indemnités aux canonniers , menues dépenses du magasin des poudres à canon et boulets sous la direction du capitaine Peretz 459 14 11
15° Montage des pièces sur les murailles, réparations aux canons , grosse armurerie 358 11 11
16° Menues dépenses de l'atelier d'artifices (fonte des balles, boulets, grenades, etc.) 154 » 10
1 7° Cordes à feu , ûl d'étoupe , fil à mèches .... 183 4 10
18° Fers de pique; cuve, muids, poinçons, tonnes, vaisseaux , baquets , ragots , javelles , bois-merrain , perches de saule , gros bois pour la brèche et les remparts .... 655 • 10
19<> Balles de laine pour la brèche 1,252 16 3
20° Toiles pour les sacs de terre et pour faire des tentes ou couvertures audessus des murailles de la ville , afin que l'ennemi ne put découvrir ceux qui besoignoient aux remparts 308 11 »
21 • Achat de 780 piques 432 1 6
22° Outils pour les mineurs ; salaires des manœuvres travaillant aux mines de la porte Saint-Michel , des Jacobins , de la porte Saint-Jean , de la porte Drouaisc , de la cave du sieur Macé Cerceau , de Saint-Père , du jardin des inarguilliers près la porte Saint-Jean 92 9 6
23° Travaux des maçons et charpentiers aux murailles , portes et corps-dc-garde; chandelles, torches; etc.; table
quelques moments de répit aux bourgeois et on permit aux religieux Cordeliers de construire un couvent dans l'intérieur de la ville, pour remplacer celui du Grand-Faubourg, détruit par l'incendie *.
La Cour, qui croyait peu à la durée de la paix, ne se souciait pas de laisser sans commandant une place de l'importance de Chartres. On apprit dans le courant de mai qu'une commission de gouverneur avait été octroyée par le Roi au sieur d'Entraigues , lieutenant-général de l'Orléanais. La Chambre en éprouva une vive contrariété , car l'établissement d'un officier de cette qualité occasionnait des dépenses que dans sa pénurie
d'autel prise en la chapelle Saint-Thomas appartenant à la
fabrique Saint-Saturnin, qui a été employée à la brèche. 1,207 44 1
24° Autres travaux aux remparts, démolitions de maisons nuisant à la défense , reconstruction du pont aux Malades , pavage , nettoyage de la rivière , des murailles , du faubourg Saint-Maurice, etc., réouverture et réparations de toutes les portes de la ville , réparation de la brèche 4,231 1G 10
25° Solde des pionniers 1 ,990 4 »
26° Feu et chandelles pour les corps- de-garde . . . 1,519 12 2
27° Pour divers messages non compris au chapitre 7 cidessus, accomplis nendant les mois d'octobre 1507 et de février et mars 15o8 (Jean Milard, René Chasles, Robert Louvet , Jean Lecouturicr , Pierre Picard , Simon Couart , Jean Dcsarncs , Jean Monct , Pierre Grcnil , frère Jean Breton , Jean Borel , espion , Charles Rossa rt, Michel Charrcau , Claude Neveu , Michel Pipereau , Michel Louastrc , Michel Lecuycr, Jean Bruncau, Louis Grenil, chargés desdits messages). . 362 17 6
28° Récompenses et cadeaux aux capitaines et aux troupes de la garnison 3,290 2 »
29° Médicaments et récompenses aux chirurgiens. . C79 9 »
30° Fruits secs pour les malades 12 9 6
31° Obsèques de MM. d'Ardelay et de Chaulx. . . . G13 15 8
32° Frais du délogcmeiit des compagnies de la garnison , après le siège 454 13 »
33° Messages en Cour par MM. Jean de Baigneaux , Ignace Olive et Claude Trouillard (24 février et 29 mars 1568). . 489 18 »
31° Arrérages de rentes constituées au profit de plusieurs habitants qui ont fourni des deniers pour les besoins de la ville . 600 » »
35° Aux sergents royaux , pour publications, et à quelques personnages pour présents de vin 602 16 2
36° Fer et plomb pour les boulets et les balles (article omis) 4,284 5 7
37° Dépenses faites par le régiment d'Ardelay au couvent de Saint-Clicron (21-28 février 1568) .
38° Dépense commune du présent compte 1,045 10 »
1 Reg. des Echevins; Séances des 20 et 21 avril.
actflstte la vdli' désirait éviter. On s*? rappel* alors (oe qu'on
avait t<>ui-i!-!iiii miiiiii- peadtst la danger) qoe, dès l'année
lïiOO, le Roi avait confit1 à sa grand'-taute M"" Renée la superintendance de ses affaires dans le duché de Chartres et la BOigMUCtetSfi Mmiliii^js; on |K'iisa i|u'i'n éveillant la susceptibilité de «t'Ilc princesse on pourrait avoir raison de M. d'Entraigues. Ou dépêcha donc vers elle le greffier Raoul Haligre, homme de grand sens, qui comprit et accomplit parfaitement suu message. La Duchesse répondit aux échevins, le 6 juin, qu'elle venait de prier le Hoi de revenir sur une Hoiniiiatmn laite au préjudice de ses droits et qu'ils devaient, en attendant une solution, surseoir à la publication du pouvoir de M. d'Eulraigues ; elle ajouta qu'elle était bien peinée de leurs souffrances, mais qu'ils ue devaient s'en prendre qu'à eux seuls, attendu qu'en suivant ses conseils, il nu serait pas plus mésarrivé à Chartres qu'il Montar^is qui s'était tenu en pleine prospérité malgré le voisinage et le passage des armées; elle termina en les engageant fortement « d'avoir l'œil qu'il M » sont j'aict aucun tort ny oppression <t ceux de lu reliaîon, •> selon les cdïtz cl ordonnances du lloij '. » I^a réponse de la Cour à la plainte de M""7 Renée ne se fit pas longtemps attendre ; la Reine-mère avait intérêt à ne pas heurter de front, dans on nmmenl de |nûx douteuse, une princesse dont le mécontentement pouvait armer les nombreux huguenots de ces contrées; elle lui donna donc satisfaction , sauf à oublier de nouveau ses prérogatives, le cas de guerre échéant, Par lettrespatentes du 8 juin, le Roi, après avoir rappelé que le duché
' I\ir l:i mJmo lettre, M"" UenèV se plaidai! Iieaurimp n»\ eVIievins de ce qu'ils avaient adiwjr fc* gante* de Maisons, ruii Je se* roailres-d'lu'ii.'l i Mi< emI L* (tK . sieur île Maisims, liailli <\e QutUinj, à ua<j rttrnntjcr qui ne les ■ dma*d*t que sur une cause notoirement fausse, el île re que leur procura t hm [Pierre ■Simnn, alors priicurrur du tfoi an liailliaiie ) m- payait pas .i l.i veuve île M" Nieolas Wallel , pu . — ■ rrt Mvaril l'un île ses seerêlaires «I m.iitrc des eau\ A liin'ls, l:i simirnr' de renl écus i|ii"il lui devjil.
On vuit par Ilï que Messieurs de Chartres n'avaient pas htMlleoiip dV^ani* |nnir le- ■jflîciers de M» BbMés, Imtftrïh croyaient jHiuvoir se passer Ut celte princesse.
de Chartres avait été séparé du gouvernement de l'Orléanais le 1 8 juin 1 566 pour complaire à sa bien-aimée tante , exposa que son cousin le Prince-Dauphin avait commandé naguères à Chartres par inadvertance et que M. d'Entraigues n'était pas plus autorisé en droit à y commander aujourd'hui , parce qu'à la Duchesse seule appartenaient les garde et gouvernement de ce duché. Le tout fut assaisonné de force louanges sur la prud'hommie et les sages conseils de M" Renée.
Cette petite victoire politique servit peu. La rupture avec les réformés devint , en effet , tellement imminente vers la fin de juin , que les échevins, effrayés de leur isolement, demandèrent au Roi M. d'Eguilly pour gouverneur. Charles IX, la Reine-mère et le duc d'Anjou, en annonçant, par lettres du 3 juillet , l'arrivée prochaine de ce capitaine , firent connaître que la duchesse Renée avait été prévenue pour qu'elle ne pût prétendre cette fois que l'on agissait sans l'avertir. M. d'Eguilly présenta le 8 à la Chambre ses lettres de commission ; on lui en donna acte sur-le-champ \ et les affaires militaires furent mises à l'ordre du jour. On autorisa le gouverneur à choisir vingt hommes de sa compagnie pour l'aider dans ses rondes de nuit et ses excursions dans la banlieue, puis il fut décidé que ceux de la religion ne pourraient entrer armés en ville ; les hôteliers devaient môme exiger le dépôt entre leurs mains des armes des huguenots voyageurs. Le 24 , le duc d'Anjou écrivit à Messieurs les manants pour les engager à recevoir dans les murs le tiers de la compagnie de M. d'Eguilly % mais on pria ce capitaine de se contenter de douze maîtres, et comme le clergé possédait trois fois autant de biens que le reste des habitants, il sembla juste de lui faire supporter les deux tiers de la solde de la garnison (28 juillet).
' ' La Chambre se déclara fort heureuse d'avoir un si bon et si expérimenté gouverneur. [Hey. des Echevins; Séance du 8 juillet.)
5 Dans la séance du 28, M. d'Eguilly signifia aux échevins une lettre du Roi coiitenajit une semblable injonction.
Les hostilités recommencèrent dans le courant d'août ; aussi les travaux des fortifications furent-ils poussés avec activité. Tout le monde dut y prendre part , et l'Evoque , les abbés , couvents , chapitre et communautés y envoyèrent chaque jour des hommes de peine ; pour subvenir aux dépenses, on demanda au Uoi la permission de lever 10,000 livres tournois sur l'élection , sans distinction de privilégiés (9 septembre) '. Cetto impulsion était à peine donnée qu'un «irdre du Koi rappela M. d'Eguilly ; on voulut réclamer, mais, par lettres du 1 4 septembre , Catherine et Charles IX, tout en témoignant aux cehovins leur satisfaction des regrets qu'ils accordaient à ce gouverneur, leur exposèrent qu'ils pouvaient en ce niomeut se garder eux-mêmes, que les troupes royales ne quittaient pas les environs et qu'on serait toujours en mesure do les secourir à la première alerte. M. d'Eguilly prit congé le 1 5 pour aller joindre M. de Laiisac à Beaugency *.
Tout le faix des combinaisons militaires retomba donc sur les magistrats municipaux qui, pour vouloir trop bien faire, déliassèrent peut-être le but. Des listes de suspects furent dressées; on défendit aux habitants de loger des réformés, sous peine de confiscation de leurs maisons ' ; ou plaida le clergé sur son concours au travail des fortifications , parce qu'il soutenait sou exemption en droit tout en s'exécutant en fait * (octobre, novembre, décembre 1568, janvier 1569). Une convocation très-rigoureuse du l>an et de l'arrière-ban du bailliage eut lieu à la Tour-le-Roi, le l" octobre, sous la présidence du lieutenant-général de Mineray '. Ces actes d'autorité u'empècbèrent pas, le 25 novembre 1568, la réunion de la
' llcg. des Echcrinif.
' II',; 17 octobre. — LY'itil de Siiiat-Maur venait d'interdire, salis jniint.- ilr mit, tmmàat du culte reformé.
* L'iWiV|ue fin ajourna el rmidnirmA a VtumtJB, pour n'avoir |ias envnvé auv ti'mjiiirU siiiviinl ronluniume. I lli .; 10 janvier 1569.)
1 /frciKiV de Laitue, vol. 5 . p. 003.
Chambre au clergé pour célébrer par une procession la victoire remportée en Périgord sur les huguenots commandés par le farouche Mouvans , l'un des anciens ennemis de Chartres * . On voulut aussi solenniser le premier anniversaire du siège , et MM. Trossard et Moreau , échevins , furent dépêchés , le 6 février 1569, vers l'Évèque, pour le prier de rendre le pèlerinage du 1 5 mars fête obligatoire à perpétuité dans la ville et la banlieue de Chartres \
Deux fâcheuses nouvelles parvinrent à la Chambre le 1 4 mars : on apprit d'abord la mort du sieur de Linières , pour l'âme duquel on fonda un service à Notre-Dame ' ; puis une lettre du duc d'Alençon , datée du 10 et confirmée trois jours après par une lettre du Roi , fit connaître l'arrivée prochaine d'un personnaige de callité pour commander à Chartres. Le personnage en question était le sieur de Saint-Phal, chevalier de l'ordre, et quoique M. d'Alençon prétendît que ce seigneur devait leur être non moins agréable que feu M. de Linières, les échevins, éloignés du théâtre de la guerre, résolurent de se retrancher derrière un refus respectueux ; ils avaient obtenu naguères un succès de ce genre sur le duc d'Anjou , qui , en décembre 1568, s'était efforcé de leur faire accepter une garnison de 200 hommes de pied sous la charge du sieur du Bosq, écuyer ordinaire de M™ Marguerite , sœur du Roi * , et cette circonstance les encourageait dans leur résistance. Ils alléguèrent donc que M. d'Eguilly , quoique absent , ne cessait pas d'être leur gouverneur , et qu'avec ses conseils ils gardaient parfaitement la ville \ Cette excuse prévalut un instant,
1 Livre des messes et obits de Saint- Martin-lc-Viandier.
* lb.; 6 et 10 février 1569. — 15 mars 1569; ce jour feste de la victoire laquelle a été gardée de toutes œuvres en la ville et faubourgs de Chartres. (Livre des messes et obits de Saint-Murtin-le- Yiandier.)
3 Le premier service eut lieu avec une grand» pompe le 19 mars; le poêle et les cierges lurent garnis d'armoiries comme on avait fait pour le convoi de M. d'Ardclay. (Heg. des Echevins et Livre des obits de Saint-Martin-le-Viandier.)
4 Heg. des Echevins; 4 décembre 1508.
8 lb.; 14 et 16 mars 1569.
grâce à la victoire de Jarnac où fut tué le prince de Condé (13 mars 1569) et dont le ducd'Alençon informa les habitants le 20 mars \
Mais le théâtre des événements tendait chaque jour à se rapprocher de Chartres. Des assemblées de huguenots, formées en vingt endroits du Perche et de la Beauce, bravaient les archers du Vice-Bailli ; certains bruits hostiles à la ville forçaient les bourgeois à fourbir leurs armes et à se fournir de farine ; des vivres s'amassaient pour Tannée royale, par ordre du duc d'Anjou ' (mars, mai, août) ; ces présages de troubles tinrent parole. Le Roi, qui avait rendu, le 22 juillet, le gouvernement de Chartres à M. d'Eguilly, ordonna le 7 septembre à ce capitaine d'envoyer sa compagnie au camp et d'aller s'enfermer dans la place ; puis, sur l'avis donné les 13 et 28 par Sa Majesté d'un soulèvement probable des huguenots de la Beauce et du Vendômois , la Chambre se hâta de décréter la levée d'une cornette de cent hacquebutiers , sous le commandement du gouverneur, pour battre le pays et rompre les
1 II y eut à cette occasion un feu de joie , une procession et un Te Deum. (Reg. des Eckevins; Séance du 32 mars.)
On trouve dans le Livre de Guillaume Bouvart (manuscrit des archives départementales), à la page 403, entre la copie d'une lettre insignifiante adressée au chanoine Chicault le 2 avril 1569 et la transcription d'un arrêt du Parlement du môme jour, Tépitaphe satirique suivante du prince de Condé :
Passant, n'aproche pas ton pied ny ton nazeau
pour presser ny fleurer l'ombre de ce tombeau.
L'air y est tout infect , et ce bien peu de terre
avec ung petit corps ung grand venin enserre.
L'ambition , l'envye et l'ignorance aussi
ont basti ce cercueil et ce corps mis icy.
C'est le corps de Loys de Bourbon , à son prince
rebelle et ennemy de sa propre province;
bouclier et protecteur d'une héreticque loy
et des meschants armés contre son prince et Roy ,
qu'il voulloit ruyner et à son vueil soubzmcttrc ,
luy ravir sa couronne et lui prandre son sceptre ,
soubz religion feinte; et sv ne l'a pas prins,
il est mort toutes fois en l'ayant entreprins.
Que bien tost comme luy tous ceulx la puissent estre
qui de mesme que luy se sont prins à leur maistre !
* On fit provision de 200 muids de blé pour l'armée et on en expédia 100, le 30 septembre, à Orléans par ordre du Roi. (Reg. des Echevins; 11 août, 15 et 30 septembre.)
rassemblements * . La solde de cette troupe et les appointements de M. d'Eguilly, fixés* à 200 livres tournois par mois, furent assignés en partie sur une taxe de 19,000 livres à la charge des suspects , en partie sur les contributions imposées au clergé \ Les rigueurs contre les religionnaires augmentèrent avec le danger : le 1 1 octobre, on publia une commission du Parlement de Paris contre les blasphémateurs , les perturbateurs des offices divins et les taverniers tenant boutique ouverte pendant la messe 8. M. d'Eguilly avertit les échevins , le H décembre , du passage de la Loire par les ennemis et de leur marche sur le Char train ; on établit aussitôt six corps de garde de dix hommes chacun et on invita les gens de Dreux , Bonneval , Gallardon et Nogcnt-le-Roi à prendre des précautions \ Quoique cette nouvelle ne fût pas complètement exacte, on ne cessa pas de veiller, car les remuements des huguenots du pays étaient continuels.
Le 31 janvier 1570, le Roi nomma au gouvernement de l'Orléanais , du pays Chartrain , Maine , Perche et de la Touraine , avec pouvoir de détruire villes et châteaux où besoin serait , le maréchal Artus de Cossé , comte de Secondigny et de Gonnord, frère du maréchal de Brissac. Ce seigneur, dont la mission consistait à fermer aux huguenots le chemin de Paris, fit partir, au mois de mars, pour Chartres la compagnie de M. d'Eguilly; on admit ce renfort dans les murs, sous réserve d'en référer au Roi lorsque les circonstances le permettraient 5. Par le fait, les gens de guerre de cette compagnie
1 Iieg. des Echevins.
* lb.; Séances des 19 et 28 septembre. » lb.
* lb.
5 lb.; Séances des 10 et 48 mars. — Pour éviter toute surprise, on lit défense Its 27 mars aux capitaines des portes de laisser entrer les processions, à moins de connaître les noms des paroisses et d'exiger la garantie du curé. Ia* 15 juin suivant, sur la nouvelle de rapproche de l'ennemi, on décida <juc les portes seraient fermées, à l'exception de celles Guillaume et des Epars , et qu'il serait placé à chacune d'elles un corps-de-garde de 16 hommes dont moitié au moins d'arquebusiers, sous peine
ne firent pas un long séjour en ville, car M. d'Eguilly partit pour l'armée avec son monde , dans les premiers jours de juillet ; son gouvernement de Chartres fut confié par intérim , pendant son absence , à M. de Vassé , son gendre '.
La paix signée à Saint-Germain le 8 août, apporla aux bourgeois un repos dont ils avaient grand besoin. M. d'Eguilly rentra à Chartres le lOaoût, et les gardes, doublées d'abord à cause de l'affluence des pèlerins le jour de la Vigde de Notre- Dame ', furent réduites de moitié en septembre , puis supprimées le 30 octobre après la publication de l'édit de pacification \ Il yeut cependant encore, en novembre, dans le pays Chartrain , quelques allées et venues de gens suspects dont le duc d'Anjou demanda nouvelles au gouverneur en l'invitant à veiller. L'année 1570, dont le début avait été si alarmant, se termina par les l'êtes auxquelles donna lieu à Chartres le mariage de Charles IX avec l'archiduchesse Elisabeth \
La ville fut relativement tranquille, au point de vue politique, pendant l'année 1571, car les seuls événements de cette nature que l'on puisse citer, se bornèrent à la demande que fit le Roi, le 5 mars, d'un subside de f 2,000 livres payable en trois ans, à la réception faite a M. le maréchal de Cossé a la lin du même mois ', et à une revue de troupes au mois de juin. Mais, comme si la discorde eût dû trouver toujours une
de 100 livres d'amende contre tout bourgeois qui ne se présenterait pas on équipage nfltaut. (It'g. des Echcviru.)
' Lettre du duc d'Anjuii . conlrednél e7;c<, an Ide du C< juillet 1570.
Jean, baruri de Wissé, avait i-punié Jaunit: le Vyvasseur, fille de M. d'Eguilly. Ce seigneur était vaillant , mois d'humntr fort soudaine et fart aisée à émouvoir; il
.i«. ii! -nii jii'i ni. r i'i h' ili-lim lion .-il ll.ilii' -...il- 1rs tn.livs du nnnVIial d<: liri--
sac, (Mm. de Cuise, p. 73. — Mim. de du Villars, p. 3i, 35 et suivantes; nnHnrtiwi IBetond.)
1 Htg. dtt Echevins; Séance du li août.
1 Ib. — Tout in supprimant les gardes de nuit, on décida que l'on éclairerait la ville, pendant la unit, comme a l'aris, pour plus de sûreté.
1 Ib. — Le mariage royal avait eu lieu le 23 décembre.
* Pour fêter l'entrée de M. de Cossé , du mit en batterie sur les buttes, hors de la porte des r'.par- , 21 pièces d'artillerie déposées dans l'ancien hôpital Saint- Ilitoirc , rue Saint-Père. (Ib.)
porto ouverte au sein de notre cité, elle parvint à se glisser dans l'assemblée municipale. Nous avons parlé plusieurs fois des secrets dissentiments qui existaient entre la bourgeoisie catholique dont les échevins faisaient partie et la plupart des gens de justice, à commencer par le lieutenant-général ; jusque là, ces dissentiments avaient été provoqués par les échevins jaloux de la suprématie des officiers du Roi ; ces derniers profitèrent de la rentrée des huguenots aux affaires pour prendre leur revanche. Comme prélude, le lieutenant-général et le procureur du Roi firent signifier aux échevins défense absolue de se lever de leurs sièges avant eux, pendant le cours des délibérations1; puis, unis à quelques personnages influents, ils obtinrent de Charles IX une réforme complète du corps de ville. D'après la charte d'institution de 1296 et les règlements postérieurs, l'assemblée était composée du lieutenant-général et du procureur du Roi pour les gens de robe, de deux ecclésiastiques pour le clergé, et de dix bourgeois pour les paroisses : cette combinaison semblait concilier les intérêts et les prétentions des trois classes de la société chartraine, mais elle excluait, en réalité, un grand nombre d'individus, possesseurs d'offices de robe longue dans l'élection, le grenier à sel, la prévôté, et les justices seigneuriales. En vertu d'un arrêt du Conseil du 18 juin 1571, des lettres-patentes, datées du mois de décembre suivant, vérifiées et enregistrées en Parlement le 1er juillet 1572, réduisirent à deux ans, au lieu de cinq, la durée de Péchevinage, fixèrent à huit, au lieu de dix, le nombre des échevins bourgeois, et rendirent éligibles tous les gens de robe longue, sans distinction de privilégiés ; les avocats du Roi et les conseillers au Présidial furent seuls exemptés de cette charge \ Les lettres donnaient pour motifs de ce changement, la pénurie qui se produisait à cha-
1 Heg. des Echevins; septembre 1571.
qw étatisa dans les rangs de la bourgeoisie lettrée, à cause des exclusions, ce qui forçait les électeurs à nommer aux fonctions d'échevin des marchands illettrés ou des gens mécaniques. Cet incident ne réussit pourtant pas a détruire l'harmonie qui régnait entre les habitants, car la majorité catholique était trop considérable pour s'effrayer de la possibilité de l'élection h Péehcvinago do quelques suspects d'hérésie.
Chartres gagna à cette période de paix, dont ladurée devait être bien courte, une de ses plus intéressantes et plus vivaces institutions. La collation d'une prébende au régent des écoles publiques, en 1560, n'avait pourvu que très-mesquineinent aux k'soins d'un collège bien administré; d'ailleurs, les troubles continuels s'étaient opposés au développement de ta maison naissante. Le 3 janvier 1572, Jean Pocquct, bourgeois de Chartres, et dame Michelle Haligre, sa femme, mus par un noble sentiment de patriotisme, firent donation à la ville d'un vaste bùtiraeut conuu sous le nom de Tripot de Chinchc, situé au bas des jardins du palais épiscopal, et d'une métairie dite du Deffaix, paroisse de Landelles, sous la condition d'affecter ces immeubles à l'établissement et à l'entretien du collège '. La prise de possession de ces biens eut lieu à la On d'août, et les échevins firent publier aux prônes des paroisses, le 4 septembre, une ordonnance prescrivant, aux pères et mères, d'envoyer leurs enfants au collège de Pocquet, et aux pédagogues et maîtres d'école, d'y conduire les élèves de leurs classes. Toutefois, l'érection définitive de la maison de Chinche en titre de collège et communauté scholastiquc n'eut lieu qu'au mois de septembre 1587, en vertu de lettrespatentes de Henri 111, enregistrées en Parlement le 16 octobre suivant. Le collège royal de Chartres, chez Pocquct, atteignit promplement un haut degré de prospérité et produisit, jusqu'à
1 Acte passe devant Mc P.ciiù Amolon, notaire royal i Qiartres.
échevins. Celle du Roi, datée du 24, faisait connaître qu'au moment où il combinait tout ce qu'il estoit possible pour la vérification et la punition du fait (le guct-à-pcns dont l'amiral avait été victime) , ses cousins de la maison de Guise, ayant scu certainement que les amis de l'amiral vouloient poursuivre et exécuter sur eux vengeance de sa blessure pour les soupçonner en ceste cause et occasion , s'étaient émus ceste nuit passée (du 23 au 24 août, nuit de la Saint-Barthélémy) , si bien qu'entre les uns et les autres il s'était passé une grande et lamentable sédition, ayant esté forcé le corps de garde qui avait esté ordonnée l'entour de la maison du dit amiral, lui tué * avec quelques autres gentilshommes, comme il en avait aussi esté massacré plusieurs autres dans la ville. « Ce qui » s'est mû avec telle furie, écrivait Charles IX, qu'il n'a esté » possible d'y apporter le remède tel que Ton eust pu désirer, » ayant eu assez affaire à employer de mes gardes et autres » forces pour me tenir le plus fort en ce chasteau du Louvre, » affin aussi de donner ordre partout d'apaiser la dite sédition » qui est grâce à Dieu à cette heure amortie, estant advenue » par la querelle particulière qui est dès long-temps entre » ces deux maisons. » Le Roi terminait en recommandant à M. d'Eguilly de faire plus que jamais garder et soigneusement entretenir et observer Pédit de pacification , afin que cecy nesmeuve et ne fasse soulever ses sujets les uns contre les
1 Ixî manuscrit de Guillaume Bouvart (Arch. départ.) renferme, page 885 , une épitaphe satyrique de Coligny. Je la crois inédite et elle me semble assez curieuse pour être publiée :
En lieu présent , pasturage aux corbeaux ,
le sage et fol Colligny tout ensemble
au gré du vent est un pendu qui tremble ,
taillé, coupé, massacre de cousteaux.
Fol il estoit cuydant changer la loy ;
fol il estoit cuydant forcer le Uov ;
fol oui croyoit que le ciel favorise
du toi hauitain la meschante entreprise '
de sage, au moins, enseigne il senira
à quiconque est ou rebelle sera ,
qu il ne iault pas pour rien en sa provins
rompre les loix ny aguetter son prince
aulres et qu'il ne se fasse de grands massacres par les villes de son royaume, de quoy il aurait un merveilleux regret. De son côté, M. de Cossé, en adressant, le 25, la missive royale aux échcvins de Chartres , avec le paquet destiné aux gens de Chàteaudun , invitait la Chambre à veiller à la sûreté de la ville, parce qu'il savait qu'un capitaine nommé La Bryère rôdait avec quelques troupes dans les environs.
On s'empressa de dépêcher un messager à M. d'Eguilly, alors absent, pour l'informer du contenu de la lettre du Roi, de la publication qui venait d'en être faite par les carrefours et des mesures prises pour maintenir Tordre, afin qu'il n'advienne autant que la nuit dernière \
Le 30, on reçut, parPentremisc de M. d'Eguilly, communication d'une nouvelle dépêche du Roi, en date du 28, à laquelle était jointe une proclamation du môme jour. Charles IX déclarait, par cette dernière pièce, que la mort de l'amiral et aulres ses adhérents et complices avait esté par son exprès commandement et non pour cause aucune de religion. . . ains pour obvier et prévenir l'exécution dyune malheureuse et détestable conspiration faicte parle dit amiral chef et auteur d'icelle et ses dits adhérents complices, en la personne du dit seigneur Roy, la Reine sa mère, messeigneurs ses frères, le roy de Navarre et autres princes et seigneurs estant près deux... Dans la lettre d'envoi à M. d'Eguilly, on lisait, après quelques lignes relatives à l'édit de pacification, la phrase suivante : « Au surplus, quelque commandement verbal que » faie pu faire à ceux que j'ay envoyé tant devers vous et mes » lieutenants généraux et officiers, lorsque f avois juste cause » de matiérer et conduire à quelque sinistre direment, ayant » scu la conspiration que faisoit ailleurs de moi ledit amiral, » j'ai révoqué et révoque tout cela, voulant que par vous ne » autre en soit aucune chose extraite. »
1 Reg. des Echevins.
Ces ordres verbaux donnés à M. d'Eguilly, ce sinistre rement , ce tumulte arrivé dans la nuit du 25 au 26, semblent prouver qu'il s'agissait de provoquer une petite Saint-Barthélémy chartraine.
La réaction protestante éveillée dans le midi à l'écho de la Saint-Barthélémy, obligea le Roi à s'assurer de la fidélité des provinces voisines de Paris. On reçut proclamations sur proclamations pendant les derniers mois de 1 572 , dans le but de contenir les catholiques et de rassurer les mécontents (3 et 19 novembre). Une ordonnance de police du 20 novembre fît défense de tirer des coups d'arquebuse ou de pistole par la ville et provoqua l'élection , par quartier, de vingt notables, amis du repos , disposés à marcher au premier signal contre les perturbateurs \ En même temps, la Beauce fut mise à contribution pour la nourriture de l'armée royale : le 6 janvier 1573, une lettre du Roi prescrivit d'envoyer à son camp de Sancerre 40 muids de blé et 20 muids de seigle * ; au mois d'avril suivant, les commissaires des vivres de l'armée reçurent Tordre de faire amas et achat de 1 50 muids de blé à Chartres et environs; mais comme, visite faite des greniers, on reconnut que la provision n'était pas même suffisante pour la subsistance des habitants jusqu'à la récolte, on engagea les commissaires à se pourvoir ailleurs \ A défaut de blé , Charles IX fît demander, le 25 avril, l'état des poudres et salpêtres existant en la munition et magasin de Chartres, afin de s'assurer s'il n'y aurait pas moyen d'en diriger une partie vers son quartier général.
1 Reg. des Echevins.
* Lettre datée du 28 décembre, (lb.)
8 Rea. des Echevins; Séance du 24 mai. — Le commissaire général des vivres, ordonné par le duc d'Anjou , récemment nommé roi de Pologne , ayant mandé à la chambre de préparer 12,000 pains de 12 onces, 12 bœufs, 16 moutons et 20 pipes de vin, pour la nourriture de 6,000 hommes de pied que M. de Strozzi, chevalier de Tordre , conduisait de La Rochelle en Picardie , on prit la résolution de députer un échevin près du prince pour s'en dispenser , et , en attendant une réponse , on fit garder chaque porte par 30 hommes bien armés, dans la détermination de repousser de force ces troupes si elles tentaient d'entrer en ville.
Les événements politiques d'août 1572 n'avaient pu laisser l'évêque Charles Guillard indifférent aux revers des huguenots \ Au mois d'octobre suivant, il appela à Chartres un religieux de l'abbaye des Vaux-de-Cernay , partisan des idées nouvelles, et le fit prêcher à la cathédrale le jour de la Toussaint ; mais les propositions hérétiques de ce moine révoltèrent si fort l'auditoire , que l'orateur déconcerté fut obligé de s'enfuir à l'évêché au milieu des huées. Le bruit de ce scandale se répandit promptement au dehors , et le peuple , dans son zèle catholique , aurait fait un mauvais parti à l'Evêquc et à son acolyte s'ils n'eussent jugé prudent de quitter la ville au plus vite. Cette dernière mésaventure dégoûta Guillard du séjour de Chartres ; il résigna et mourut peu de temps après. Son successeur, Nicolas de Thou, fut pourvu par bulles du 8 avril 1573. Ce nouveau prélat sortait d'une ancienne et puissante famille de robe ; frère de Christophe de Thou , premier président du Parlement, et oncle par alliance de Achille de Harlay, alors président à mortier, il possédait lui-môme une charge de conseiller-clerc dans cette très-illustre et très-orthodoxe compagnie ; il était , de plus , oncle par alliance de Philippe Hurault de Cheverny, alors chancelier du duc d'Anjou, récemment nommé roi de Pologne. Son entrée à Chartres eut lieu avec le cérémonial ordinaire, le 30 octobre 1573 \
Charles IX avait voulu conduire jusqu'à la frontière le roi de Pologne , son frère ; il fut arrêté à Vitry par la petite vérole qui faillit l'emporter. 11 informa les échevins de sa convalescence par lettres du 12 novembre, et revint, avec la reine
1 Charles Guillard avait été, au commencement du siège de 1568, l'objet d'une mesure que la méfiance qu'il inspirait peut seule expliquer. Pour le faire sortir de Chartres, le Roi lui manda, le 12 février, qu'ayant appris que le sieur de Monthier, son père , s'était retiré en sa maison de La Fisselière , assés mal disposé de sa personne, il l'invitait à l'aller trouver pour lui donner ses soins. Charles IX ajoutait d'un ton un peu goguenard : Ne vous mectez en peine de la faute que pourra amener votre absence au lieu d'où vous partirez , a autant que pour une si bonne occasion je vous en excuserai toujours, sçachant que le devoir que nous devons aux pères doit estre préféré à toutes autres choses. (lieg. des Echevins.)
* On offrit à M. de Thou deux bons poinçons de vin ••»>»/ '"» '
sa mère , surveiller le voisinage de Paris et les seigneurs de Fa Cour. Un complot ourdi au Louvre même par le duc d* Alençon et le roi de Navarre menaçait, en effet, certaines places fortes parmi lesquelles Chartres n'était pas oublié. Dans les premiers jours de janvier 1574, M. d'Eguilly ayant découvert les menées d'aucuns personnages qui se sont depuis peu élevés contre le Roi, prescrivit à tous les habitants, de quelque condition qu'ils fussent, de s'armer d'arquebuses, d'épées et de pertuisanes * . Le même ordre fut renouvelé par le Roi le 3 février, avec injonction d'observer les allants et venants si doulceinent que le peuple ne s'en puisse esmouvoir. Le 7 mars , le gouverneur fut autorisé par la Cour à lever 200 hommes de pied, des meilleurs, pour le guet \ On employa le mois d'avril à mettre les fortifications en bon état de défense \ Ces précautions étaient sages, car le duc d'Alençon et le roi de Navarre venaient d'être arrêtés, et on craignait que leurs partisans , très-nombreux dans le Perche et dans le Vendômois, n'excitassent du trouble en Beauce. La nouvelle que l'on reçut de la mort du Roi , enlevé le 30 mai par une horrible maladie, ne fit que redoubler ces craintes \ Les échevins se hâtèrent de reconnaître la Reine-mère en qualité de régente, pendant l'absence du roi de Pologne , héritier de la couronne ; cette princesse leur en témoigna sa gratitude par lettres du 5 juin. La fidélité des habitants n'était pas douteuse, mais les circonstances exigeaient d'autres garanties. La Reine-régente expédia donc, le 17 juillet, pour Chartres et Bonneval, la compagnie d'hommes d'armes des ordonnances commandée par M. de Vassé; toutefois elle consentit a en décharger la
1 Reg. des Echevins.
* On décida que la solde de cette troupe serait payée moitié par les habitants , moitié par le clergé. (Ib.)
8 Le clergé , réuni en assemblée , offrit a la ville de fournir 10 hommes pour les travaux des fortifications. (1b.)
4 On avait fait, le 18 avril , une procession à Saint-IVrc pour le rétablissement du monarque. (Livre des messes et obits de Sainl-Martin-le-Viandier.)
ville le 27, sous la condition que Ton donnerait 200 livres par mois à M. d'Eguilly pour les frais du guet \ Le nouveau roi, Henri 111, rentré en France le 5 septembre, avait fixé sa résidence dans les villes des bords du Rhône pour suivre de plus près les opérations de ses généraux; l'éloignemeut où ils se trouvaient du théâtre des événements procura aux Chartrains une tranquillité qui ne fut troublée pendant le reste de Tannée 1 574 que par des éveils donnés de temps à autre par la Cour, peut-être pour éprouver leur vigilance \
Le dimanche 12 juin 1575, mourut à Montargis Mœc Renée <le France, duchesse douairière de Ferrare et duchesse de Chartres ; et en firent , dit Lestoile , le Roi , la Roine et les seingneurs de la Cour , le samedi 1 8 dudit mois , quelques formes d'obsèques et funérailles , en la chapelle de Bourbon, encoresque ladite dame fustde la religion et sa ville de Montargis l'azyle et retraicte desdits de la religion , où elle a tousjours fait faire et continuer l'exercice d'icelle publiquement, jusques à la fin de sa vie \ Cette princesse, qui laissa le duché de Chartres à son fils Alphonse d'Est, duc de Ferrare, s'était abstenue de revenir dans notre ville depuis sa fameuse visite de 1566; elle n'y était pas aimée et sa mort passa inaperçue au milieu des événements politiques du temps.
M. d'Eguilly annonça aux échevins, le 17 septembre, que plusieurs cavaliers armés venaient d'entrer à Dreux et que de nombreuses compagnies suspectes rôdaient dans les environs ; il déclara que la sûreté de Chartres exigeait qu'on reçût la compagnie de M. de Vassé qui se trouvait aux portes ; ce qui fut exécuté sur-le-champ \ Les cavaliers dont parlait le gou-
1 Reg. des Echevins; 17 et 27 juillet.
1 Lettre du Roi, datée de Lyon le 23 octobre, avertissant M. d'Eguilly que ceux de la nouvelle opinion ont des intelligences dans plusieurs villes et l'invitant a prendre garde à Chartres. (Ib.; Séance du 30 octobre.)
Autre lettre du Roi, du 10 novembre, informant M. d'Eguilly qu'il part pour Avignon et lui réitérant l'invitation de veiller attentivement à son gouvernement.
5 Journal de Installe , irP partie, p. 55.
4 Reg. des Echevins.
verneur n'étaient autres que le duc d' Alençon et les seigneurs de son parti. Ce Prince, trompant la vigilance d'Henri III, son frère , avait quitté la Cour le 1 5 au soir et était venu prendre , dans une ville de son apanage , le commandement de la faction des malcontents. Le Roi dépêcha en Beauce le duc de Nevers et M. de Matignon pour rassembler un corps d'armée, et il recommanda aux habitants de Chartres, par lettre du 27 , do ne pas ouvrir à son frère égaré par les ennemis du royaume \ M. d'Eguilly avait déjà donné ordre de travailler aux fortifications, qui étaient en mauvais état sur plusieurs points, et fait braquer l'artillerie sur les remparts \ Le duc de Nevers avait choisi Chartres pour son quartier-général ; il y demeura quinze jours à organiser ses troupes composées, en partie , d'arquebusiers soldés par les bourgeois de Paris \ Ces bandes eurent bientôt fait main-basse sur les provisions du pays, et, lorsqu'elles quittèrent la ville , il ne restait plus rien à prendre. On devait se croire dès-lors à l'abri de toute vexation ; il faillit en être autrement. Le duc d' Alençon ne se trouvant pas en sûreté à Dreux s'était dirigé sur Blois ; la Reine-mère l'y suivit et amena le fugitif à consentir à une trêve de quelques jours ; mais ce fut à condition que des vivres seraient procurés aux soldats des malcontents qui avaient déjà dévoré toutes les subsistances du Blésois. Catherine voulant à toute force désarmer son fils, prescrivit, le 1 1 octobre, aux commissaires royaux de tirer des provisions du Mans , d'Orléans et de Chartres ; le Roi lui-même taxa Chartres, par lettre du 13, à la fourniture de 30 muids de blé , autant d'avoine , 300 moutons et 50 bœufs , dont le prix serait rabattu sur les impôts à venir. Il faut se hâter, disait Henri III , autrement nous serons contrainctz de laisser la liberté aux gens de guerre de l'ar-
4 Heg. des Echevius; SéanCe du 3 octobre
2 76.; 19 septembre.
% Journal 'h Lestoile , irr partie, p. 00.
mée de nostre dict frère de vivre en toute licence en nostre très grand regret et à la ruyne des habitans du plat pays. M. d'Eguilly fît assembler la Chambre le 14, et il fut décidé que, dans l'impossibilité où l'on se trouvait do satisfaire à la demande du Roi , il serait adressé à la Reine-mère de trèshumbles remontrances. On ne peut, écrivirent les échevins à Catherine, fournir le blé et l'avoine, parce que l'élection de Chartres a supporté successivement depuis la mi-septembre les armées du duc d'Alençon et du Roi, lesquelles ont consommé tous les grains à trois lieues à la ronde. Quant aux bœufs et aux moutons, ils viennent non du Chartrain, mais du Perche, du Poitou , du Maine et du Berry, contrées voisines du Blésois. D'ailleurs , Sa Majesté a fait rester à Chartres les équipages des bandes de rettres venues de Guyenne , ce qui nécessite des frais considérables pour la nourriture des chevaux. Pitié donc pour ce pauvre pays qui dès le commencement des troubles a été chargé de gens de guerre, dont vingt-deux paroisses sont encore occupées par des troupes de pied et de cheval , et qui a vu détruire par le feu , depuis moins de quinze jours , neuf villages et plus de 2,000 muids de blé ! Ce triste tableau fit impression sur Catherine , car un contre-ordre arriva, le 26 octobre, au sieur de La Borde, commissaire-général des vivres \ La ville était à peine sortie de ce mauvais pas qu'elle fut frappée par un événement dont les suites auraient pu être funestes. M. d'Eguilly, le bon gouverneur, comme on l'appelait, mourut au commencement de novembre. Ses obsèques, qui eurent lieu le 23 , témoignèrent de la douleur des Chartrains : douze valets de deuil , porteurs de clochettes, firent par les rues le cri des funérailles ; les corps constitués et les métiers assistèrent au convoi avec un cortège composé de vingt hommes de chaque compagnie de la milice urbaine ; les cierges, les torches, les tentures furent marqués aux armes du défunt et l'inhuma-
1 lieg. des Echevins; ii el 26 octobre.
tion se lit eu lieu honorable de l'église des Cordelière \ Dès le 18, M. de Vassé avait communiqué à la Chambre une lettre du Roi , eu date du 14, qui lui donnait le gouvernement de M. d'Eguilly, son beau-père. Ce choix, confirmé par de nouvelles lettres de Sa Majesté , du 24 , fut salué avee acclamation comme un gage de la continuation des procédés du ban gouverneur \
L'entrée en fonctions de M. de Vassé fut le signal d'une reprise générale des travaux de défense. Le 10 janvier 1576, les habitants reçurent l'ordre de rentrer dans la ville les provisions qu'ils avaient aux champs et de se fournir de farine pour trois mois 3 ; quelques jours après , à la sollicitation du gouverneur, Henri III enjoignit de réparer promptement le ravelin de la porte Drouaise et de lever, tant pour ces travaux que pour la solde de gens de guerre, une contribution de 3,600 livres sur les bourgeois. On voulut en vain objecter que la ville s'était endettée de plus de 80,000 livres tournois par suite du siège, il fallut s'exécuter; n:ais le clergé consentit, nonobstant ses franchises, à entrer dans cette taxe pour la somme de 1,000 livres \ La manière d'agir de M. de Vassé en cette circonstance ne plut pas aux Chartrains dont la bourse avait subi depuis quelque temps de très-rudes atteintes ; cependant le danger
1 Reg. des Echevins. Le convoi avait été rédé dans la séance du 16 novembre. — Livre des messe* et obits de Saint-Martin-le-Viandier.
* Reg. des Echevins.
5 Ib. — M. do Vassé ne se bornait pas aux soins de la défense de la Tille; il
Vassé à Bailleau , pour déloger les gendarmes , lesquels ont résisté audit sieur , à laquelle résistance ledit sieur a tiré un coup de pistolet et tué le capitaine . puis après ledit sieur a pris la fuite; où a été tué mon frère environ midi et a résiste contre huit hommes V espace de heure et demie et a été apporté le lendemain à la porte des Epars pour être ensevely. Il y est mort là huit personnes et trois blesses.
4 lb.; 18 janvier, 17 février. — Cette année fut fatale aux bourses ch art raines : le clergé du diocèse donna au Koi lfti.ftH) livres, pour sa quotc-j»art dans l'aliénation de 50,000 livres de rente, accordée par le Saint-Siège, f Chapitre. Invent., Impositions sur le clergé; Arch. départ.)
était réel, car le roi de Navarre, imitant le duc d'Alençon, avait quitté brusquement la Cour le 3 février et s'était rendu , d'abord à Chàteauneuf-en-Thimcrais qui lui appartenait ', puis à Alençon. Le 7 avril, M. de Vassé annonça que les coureurs huguenots de l'armée de Condé , après avoir passé la Loire à La Charité, s'étaient avancés jusqu'à Méréviile \ Cette nouvelle imprima un redoublement d'activité aux travaux des fortifications ; le gouverneur fit venir aux portes sa compagnie , plusieurs gentilshommes des environs et quelques bandes de gens de pied ; on reçut dans les murs la compagnie et les gentilshommes, mais, par pique contre M. de Vassé, on refusa d'admettre les piétons, soldats ordinairement pillards \
Des lettres du Roi , du 1 9 , calmèrent un peu l'effroi causé par l'approche de l'ennemi , en assurant les habitants que des mesures étaient prises pour obliger les huguenots à lever le siège dans le cas peu probable où ils l'entreprendraient. D'ailleurs, on venait d'apprendre que les négociations entamées par la Cour pour arriver à la paix étaient fort avancées.
Il semblait donc que rien ne dût motiver de nouvelles mesures de précaution, lorsque les échevins reçurent, le 24 avril, l'ordre d'ouvrir la ville à quatre compagnies du régiment du sieur de Beau vais. C'était sur la demande formelle de M. de Vassé que le Roi avait fait cet envoi de troupes ; le gouverneur avait agi en secret et sans autre motif apparent que celui de donner plus d'importance à son commandement. Ce mauvais vouloir irrita tellement les échevins qu'ils prirent tout d'une voix la résolution de refuser l'entrée aux compagnies. Celles-ci, déjà arrivées aux portes et encouragées par quelques gentilshommes de M. de Vassé, voulurent forcer le passage, mais une sédition furieuse éclata, un domestique du gouverneur fut attaqué près de la porte Guillaume et des coups d'ar-
1 Mémoires de Sully, vol. 2, p. 20; collection Michaud.
s Lcstoile dit que le prince de Coudé vint jusqu'à Orson ville. (1™ partie, p. 69 A
* lieg. des Echevins.
quebuse partirent des murailles \ Cet incident fâcheux envenima la querelle , et M. de Vassé se plaignit à Henri III de T insulte grave faite à son autorité , ce qui attira à la ville une sévère mercuriale. On allégua pour excuse que les compagnies du régiment de Beauvais s'étant présentées aux portes, enseignes déployées et en armes, sans montrer leurs lettres , on avait pu les prendre pour des ennemis ; mais le Roi ne se paya pas de cette défaite , et il prescrivit aux échevins , le 26 avril , dé donner immédiatement satisfaction à M. de Vassé, gentilhomme d'honneur, qu'il pourrait employer en autre meilleure charge, n'estoit qu'il les aime. On jugea alors convenable de céder; le 28 , on fit des excuses au gouverneur et on députa en Cour le procureur du Roi et le sous-doyen pour implorer le pardon de Sa Majesté. Henri, grâce à la prière de MM. de Vassé et de Cheverny, octroya, le 30, le pardon demandé , non sans signifier aux habitants qu'en cas de récidive dans une pareille désobéissance , il ferait sentir sa colère à la ville jusqu'à la troisième et la quatrième génération \ Les compagnies (ce qui était un grand adoucissement pour les bourgeois) furent logées et entretenues dans les faubourgs jusqu'au 9 mai , jour auquel le Roi autorisa leur départ en annonçant la signature des articles de la paix. La proclamation officielle de ce nouveau traité eut lieu à Chartres le 22 , aux termes d'une ordonnance du 16 \ C'était le cinquième édit de pacification depuis treize ans.
Le maréchal de Cossé, l'un des chefs de la faction des malcontents , avait été dépouillé de toutes ses charges et dignités ; le Roi les lui rendit à la paix et prescrivit aux échevins , le 22 juillet, de reconnaître ce seigneur, comme par le passé, en qualité de gouverneur du pays chartrain 4. M. de Vassé, con-
1 Heg. des Echevins.
* lb.; Séance du 4 mai.
3 lb.; 22 mai.
; Artus deCossé sortit de la Bastille au mois d'avril 1575, et, peu de jours avant
tinué dans les fonctions de lieutenant-général au même gouvernement, s'occupa, pendant le mois de juillet, avec l'aide des archers du prévôt , à donner la chasse à quelques compagnies de gens de guerre , cassées après les troubles et vivant de brigandages \ Le Roi, de son côté, voulant témoigner de son désir d'entretenir redit de pacification, exigea, au mois d'août, des officiers de Chartres, un procès-verbal constatant que le culte était rétabli dans les lieux où on l'avait discontinué et que chaque citoyen était rentré en pleine jouissance de ses biens \
Le moment parut bon aux échevins pour contrebalancer l'avantage obtenu au sein du corps municipal par les gens de robe, sous la pression de la faction huguenote de 1571. Ne pouvant revenir sur ce qui avait été fait alors, ils renouvelèrent avec les plus vives instances, au mois d'août 1576, la demande d'un maire. Le lieutenant-général Jean de Mineray n'eut pas assez de crédit pour empêcher les pétitionnaires d'obtenir des lettres-patentes favorables à leur cause *, mais ce magistrat mit toute son adresse à en retarder indéfiniment l'homologation , et il y réussit. Ce fut, au reste, la dernière œuvre de Jean de Mineray, qui mourut le 1er avril 1 577 et eut pour successeur Me Pierre Simon, son gendre, procureur du Roi au bailliage.
Des événements d'un intérêt plus général marquèrent la fin de l'année 1576. On lut, dans une assemblée des paroisses, du 28 septembre, des lettres du Roi, en date du 6 août, annonçant la réunion projetée des trois Ordres du royaume à Blois pour le 1 5 novembre , et il fut décidé que la rédaction des cahiers et l'élection des députés chartrains auraient lieu le 8 octobre ,
le traité de paix , le Parlement entérina des lettres-patentes portant annulation de sa prison et déclaration de son innocence. (Journal de besUnlc, 1" partie, p. 40; coll. Michaud. — Voir aussi les manuscrits Dupuy, vol. 590; Bibl. imp.)
1 Heg. des Echevins. Lettre du Roi, à ce sujet, du 17 juillet. Séance du 23.
1 Ib. Lettre du Roi du 25 juillet. Séance du 7 août.
3 Heg. des Echevins; Séance du 21 août.
à la Tour-le-Roi, en assemblée des États particuliers du bailliage \ Les élus furent, pour le clergé, MM. Raoul Charpentier, théologal et archidiacre de Blois, et François Des vaux, chanoine de Notre-Dame ; pour la noblesse , M1" Louis d' Angennes, marquis de Maintenon ; pour le tiers, M" Ignace Olive et Nicolas Guillard, avocats \ Cette convocation des Etats-généraux coïncide avec un projet de ligue mis en avant par quelques seigneurs catholiques ; ils avaient imaginé, nonobstant Tédit de pacification, d'unir entre elles, par une association de mutuelle défense , les provinces attachées à l'orthodoxie ; les articles de ce pacte appelé union, rédigés sous l'inspiration des Guise, constituaient une véritable croisade contre ceux qu'ils disaient dévoyés à V avancement d'une détestable hérésie. Le roi Henri avait accepté officiellement l'Union le 2 décembre, et chaque député arrivant à Blois fut requis d'en faire autant ; les élus d'une ville aussi catholique que Chartres se gardèrent de refuser. La Chambre municipale, saisie de l'examen de ce traité d'alliance, par ordre du Roi et à la requête de M. de Vassé, décida, le 1 3 janvier 1577, que l'association serait acceptée et que l'on nommerait, pour régler ses affaires, un conseil composé de personnes choisies dans les trois ordres \
1 Reg. des Echevins.
* Ordre des Estats tenvs à Blois, etc., à Troycs, chez la vetve Nicolas Luce, demeurât à la rue Nostrc-Damc, imprimé sur la copie de Paris (Bibl. impér.)
n Heg. des Echevins. — Il paraît que, malgré les discordes civiles, on songeait en ce moment à rétablir la navigation de la rivière. Lr compte de Jean Lambert, receveur des deniers communs, du 1er octobre 1570 au 1Pr octobre 1577 (Arch. de la Mairie), nous apprend qu'une ordonnance du 2t> janvier 1577 prescrivit de payer a Gênais Hoequcreau, laboureur à Soulaires, la somme de 1,500 livres tournois, pour réédifier les écluses des moulins du flreuil et de Soulaires , suivant plusieurs condamnations prononcées par le Parlement contre la Ville , au profit du sieur de Chambon et de ses héritiers , propriétaires de ces moulins. Ces condamnations sont motivées sur ce que lesdites écluses sont placées sur le chemin et voie publique des bateaux descendons de ladicte ville de Chartres en Normandie, ce qui regarde non seulement l'intérêt du pays mais aussi le bien et nrou/pt du Iioy ayant esté par le imssé secouru des bleds de la Deauce et vins d'Orléans par ladicte rivière en ses camps et armées de Picardie et mesme jusqnes en ceste ville de Paris . lequel secours peut encore advenir estant la navigation d'icelle rivière remise en estai.
On voit aussi par le compte de Michel Prévost (1 577-1 57N) nue M. de Pardieu, procureur des manants et habitants, alla, au mois de janvier 1578, inspecter les ira-
Cependant les huguenots n'avaient pu voir avec indifférence les sentiments hostiles manifestés contre eux par la Cour, et ils s'étaient empressés de prendre les devants en s'emparant de quelques places de la Saintonge et du midi de la Loire f ; la guerre était donc recommencée en fait depuis le mois de septembre 1576. Henri III avait espéré, et c'était là un des principaux motifs de son adhésion à l'Union , que les Etatsgénéraux lui fourniraient de l'argent ; mais il trouva au sein du Tiers-Etat une résistance invincible sur ce point. Ses demandes directes aux bonnes villes n'eurent pas un succès beaucoup meilleur ; Chartres , taxé , dès le mois de novembre , par les trésoriers et généraux des finances d'Orléans, à 72,000 livres pour 6,000 de rente, puis, au mois de décembre, à 10,700 livres pour solde de gens de guerre, et enfin, au mois de février, à 7,000 livres, s'en tira moyennant 12,350 livres, ce qui était déjà trop considérable dans l'état embarrassé de la caisse municipale \ Le Roi, trompé dans son attente, ne tint plus autant à l'Union , œuvre des Guise , et déclara aux Etats , dans la séance du 28 février 1577, qu'il ne pouvait soutenir la guerre puisqu'on lui en refusait les moyens. Les troupes royales commandées par M. d'Alençon firent quelques marches en Saintonge pendant que la diplomatie jouait son rôle , et la paix fut enfin signée à Bergerac le 17 septembre, entre Henri, le prince de Condé et le roi de Navarre.
La nouvelle de ce sixième traité de pacification parvint à Chartres le 8 octobre s et précéda de peu de jours toute la
vaux de Soulaires, et qu'au mois de mai 1579, Gilles Dubois , bourgeois de Chartres, lit un voyage à Orléans pour s'entendre avec Claude Goycr, marchand et syndic des marchands fréquenteurs de la rivière de Loire , lesquels avaient offert d'avancer les deniers pour remettre sus la navigation de la rivière d'Eure.
1 Heg. des Echevins. — Une lettre du Roi , en date 28 décembre, ayant annoncé la prise de La Charité par les huguenots , M. de Vassé fit rétablir le guet , comme par le passé. — Les espèces étaient alors fort rares et à très-haut prix a Chartres. Le Livre de Bois de Saint-André nous apprend que l'écu valait G livres, le teston 30 sous, le douzain 18 deniers et le reste au prorata. (Arch. départ.)
* Heg. des Echev.; Séances des 2 novembre, 10 décembre 1576 et 17 février 1577.
3 lh. — Lettre du Roi, datée de Poitiers le 2 octobre.
Cour revenant de Poitiers. La Reine-mère et la reine Louise, annoncées le 24 par M. de Lansac, fourrier des logis, firent leur entrée avec une grande solennité. Le cortège, composé des officiers du Roi et échevins sous la conduite de M. de Vassé, des sergents habillés, écussonnés et embâtonnés de neuf, de 150 arquebusiers morionnés, avec enseignes et tabourins , et de la milice bourgeoise dirigée par les six capitaines des quartiers, conduisirent les deux reines de la porte des Epars à la cathédrale, par la Grande-Rue, la rue du Bœuf- Couronné ou des Carneaux et celle du Cheval-Blanc , au bruit des hacquebutes et autres pièces d'artillerie. On leur présenta du vin, des fruits, des dragées et des confitures '.
Si l'association catholique n'avait pas répondu tout d'abord aux espérances de ses fauteurs et adhérents, elle leur avait, du moins, permis de se compter. Leur puissance n'était pas douteuse dans les villes du Nord , et elle agissait par une sorte de terreur devant laquelle le clergé lui-même était forcé de s'incliner. Ainsi, le 30 mars 1578, M. d'Aubermont, abbé commendataire de Saint-Cheron , chambrier et chanoine de Notre- Dame depuis quarante ans, crut devoir demander aux échevins une attestation de sa prud'hommie et de son attachement à la religion romaine , ce qui lui fut accordé après information *. Les suspects de la ville, voyant les esprits assez mal disposés pour eux, mettaient dans leurs requêtes moins d'arrogance que par le passé. Le Roi avait envoyé à Chartres M. de Bauquemart, maître des requêtes, pour applanir les difficultés inhérentes à l'exécution du dernier édit de pacification. Quelques huguenots ayant sollicité de ce magistrat la faveur d'établir un cimetière à Chartres et un prêche au lieu de Bretigny près Sours, l'affaire, jugée de conséquence , fut renvoyée, le 27 mars, à une commission de notables composée de MM. Le
1 Reg. des Echevins.
» Ib.
Rousse, sieur des Fontaines, prévôt de Chartres, Goulet, procureur du Roi, Chaillou, second avocat du Roi, Cochard, chanoine-prévôt de Notre-Dame, Lebeau et Famin, échevins. Ces commissaires furent d'avis qu'on accordât aux requérants un petit terrain hors des murs pour inhumer leurs morts *, mais ils s'opposèrent à l'exercice du culte réformé au village de Brétigny , en disant que ce lieu trop rapproché de Chartres n'était pas de la qualité requise par ledit, et que ceux de la prétendue religion devaient se contenter des prêches ouverts dans les faubourgs de Châteauneuf et Gallardon , villes du voisinage \ Il faut ajouter que cette sévérité ne dépassait pas les portes. Dans la campagne, les soldats cassés, réunis aux mécontents huguenots , rançonnaient les passants catholiques avec d'autan moins de ménagements que la mésintelligence qui existait entre la Chambre et M. de Vassé entravait le cours de la justice. Cette désunion était devenue plus éclatante encore depuis que les échevins, arguant, au mois de novembre 1576, d'une disposition ambiguë de l'édit de pacification, avaient voulu dénier à ce gentilhomme le titre de gouverneur. La qualité supérieure de lieutenant-général de la Province que possédait M. de Vassé, lui avait fait donner gain de cause, et le Roi, par lettres du 23 novembre, avait condamné le corps de ville à des excuses humiliantes \ MM. de la Chambre, profondément blessés, s'étaient déterminés, pour se venger du gouverneur, à maintenir fermement leurs privilèges au sujet des garnisons de gens de guerre, en refusant l'entrée à toutes les compagnies qui se présenteraient, même sur l'ordre du Roi \ Ils tinrent
1 Soit le jardin de la demoiselle de Loche devant les Filles-Dieu , soit le jardin de Pierre Lemaire devant l'abbaye de Saint-Jean , hors la porte Châtelet, soit le jardin de Pierre Drappier , hors la porte des Epars , soit un petit terrain de 3 ou 4 perches en triangle , près le cimetière de Y Hôtel-Dieu , hors la porte Châtelet.
1 Reg. des Echevins.
* Ib.; Séance du 4 décembre 1576.
4 L'occasion s'en présenta, entre autres, le 20 juin 1578, à l'approche de la compagnie de M. de Maintenon, commandée par M. de la Gâtine. Quoique ce capitaine fût porteur de lettres du Roi prescrivant aux échevins de le recevoir en ville ,