TOME
quitter la France , et le seigneur de Courville , portèrent plainte au tribunal de l'Église , seul compétent pour juger les IHérosohjmitains. Rotrou , de son côté , en appela à la cour de la Comtesse, qui ne manqua pas de lui donner gain de cause. Alors une guerre d'extermination s'éleva entre Yves de Courville , Rotrou du Perche et Guy d'Étampes, beau-frère de Hugues et son représentant pendant la croisade; dans une rencontre , Yves fut fait prisonnier par son ennemi. Comme c'était enfreindre la trêve de Dieu , l'évèque de Chartres et l'archevêque de Sens, délégués du Saint-Siège, menacèrent Rotrou d'excommunication s'il persistait à méconnaître l'autorité de l'arbitrage ecclésiastique. On s'aperçut, néanmoins, que la question était embarrassante ; car , de l'aveu même des clercs , il était fort douteux que la juridiction attribuée par le Concile de Clermont aux officialités diocésaines sur les biens des croisés, s'étendît aux possessions de leurs vassaux. 11 fallut donc recourir à la voie si lente de l'appel au Pape. Pascal II vint en France en 1 107 et célébra les fêtes de Pâques à Chartres, mais il ne paraît pas qu'il se soit occupé de cette affaire. Cependant Rotrou se fortifia , Hugues mourut en Palestine , et les malheurs qui accablèrent la maison du Puiset mirent à néant les prétentions des Vicomtes l.
1 LeUres d'Yves, n«» lf>8, 109, 170 et 173. Yves de Courville donna aux moines de Thiron , nouvellement institués , des terres relevant du fief de Hugues du Puiset , qui approuva. Vers 1120, le même seigneur ajouta a son bienfait des revenus sur le marché de Courville; cet acte fut fait en présence de l'évèque Geoffroy, successeur d'Yves , et du consentement de Foulques du Chêne , de Quervu , son présomptif héritier dans le domaine de Courville. Quelques années après (avant 112N), Yves renonça au monde et vendit sa seigneurie de Courville au comte Thibault IV, moyennant 200 marcs d'argent , à la charge de maintenir dans leur intégrité les usages et coutumes du pays et d'acquitter ses aumônes et fondations pieuses. La charte de cette vente eut pour témoins Adèle , comtesse douairière , et Etienne , frère de Thibault acquéreur; le roi Henri d'Angleterre promit son arbitrage en cas de contestation, et le comte Thibault donna pour cautions et garante de si parole, Geolfroy, vicomte de Chatcaudun , Guillaume Goiit le jeune , Guy de Gallardon , Goslin de U'.\es , Hugues de Château-Thierry et André de Haudemont, grand-maître ou sénéchal de sa maison. I Arch. dép.. Car), de Thiron, invent., n«» 02 et 03.) Cependant la seigneurie de Courville revint a Foulques, qui la possédait en H28; elle passa ensuite dans la maison de Yieuxpont.
Le gouvernement du pays ehartrain était confié à des mains bien inexpérimentées. Depuis quelques années , le jeune Thibault IV, second fils du comte Étienne, avait réussi, avec rappui de sa mère Adèle , à déposséder son frère aîné Guillaume de tout Phéritage paternel. Quant àlavicomté, après le départ d'Hugues du Puiset pour la Palestine, elle était passée sur la tôte de son neveu , le jeune Hugues , tils d'Ebrard. Ces deux seigneurs , le suzerain et le vassal , se sentaient disposés à batailler comme leurs ancêtres. 11 y avait justement à la tôte des affaires de France , un autre prince jeune et batailleur, Louis-le-Gros, fils aîné du Roi , qui passait volontiers son temps à réprimer les excès des grands vassaux voisins des domaines de la couronne. Il était alors en guerre avec le sénéchal Guy de Rochefort dont il avait répudié la fille Lucienne. Guy était le grand-oncle de Hugues du Puiset; ce dernier entraîna son suzerain Thibault dans cette querelle, et les troupes du comte de Chartres allèrent secourir le château de Gournay-sur-Marne, assiégé par Louis-le-Gros. Ce premier essai de révolte ne réussit pas à Thibault ; le prince français l'obligea à regagner ses terres, où sa mère Adèle le contint pour quelque temps dans le devoir ( 11 07).
1 Furieux de la retraite de son seigneur , le vicomte Hugues se mit à ravager impitoyablement POrléanais et la Beauce. Les domaines du Roi , du Comte , de Péglise Notre-Dame , de la prévôté de Toury et de Saint-Père furent pendant trois ans exposés aux plus horribles déprédations ; les troupes combinées de Thibault, de PÉvèque et des monastères ne purent parvenir à repousser le loup-cervier du Puiset. Dans leur impuissance , le Comte et sa mère se tournèrent vers I>ouis-le-Gros qui avait succédé, en H 08, à son père Philippe Ier ( H i i ) \
1 Voir pour les guerres du Puiset : Suger, Vie de Louis-le-Gros , Histoire des ministres d'Etat. — Marc. Histoire des guerres du Puiset, Orlt'aiis, 18il.
* En 1111, le comte Thibault vint trouver le Roi au palais d'Étampes avec ses grands vassaux. (Donation du brenage de MantarvUle, faite à l'abbaye de Saint-
Ce sévère justicier , après avoir inutilement assigné Hugues devant ses pairs, emporta, non sans peine, le donjon du Puiset et jeta le Vicomte dans la tour de Chàteau-Landon. A ce siège mémorable, l'armée royale fut renforcée par des bandes ou communautés de paysans conduits par leurs curés. L'exaspération du peuple des campagnes était alors à son comble ; elle donna naissance aux communes, institutions de défense mutuelle avant d'être d'agression. Ce fut un curé qui pénétra le premier dans l'enceinte palissadée du château du Puiset \
La concorde ne subsista pas longtemps entre le Roi et le comte Thibault. Ce dernier ayant voulu bâtir une forteresse près du Puiset, Louis-le-Gros, qui n'avait pas abattu la puissance du Vicomte pour accroître celle du Comte , s'y opposa de toules ses forces. Thibault trouva un auxiliaire naturel dans son oncle maternel Henri, roi d'Angleterre, déjà en guerre avec le monarque français au sujet de la possession de Gisors. Il parvint aussi à renouer la ligue des seigneurs du Gàtinais, du Vexin et du Parisis dont Guy de Rochefort était le chef, et à s'assurer le concours de Miles de Braies son ancien beau-frère, qui cependant avait obtenu par l'appui du Roi le château de Montlhéry (1112). Louis-le-Gros, alors occupé
Jcan-en- Vallée , par Louis-le-Gros, datée du Palais d Etampes, en 1ili, fan 2 de son règne, en présence des grands officiers de la couronne, du comte Thibault, de Guy du Puiset , frère de Hugues et vicomte d' Etampes , de Girard Boël , fils de la vidamesse Hèlisende , d'Yves de Courville , de Nivelon et d' Union de Frélevai, de Goslin de Lèves , de Hugues de Sainl-Cloud , et de Hugues Mauvoisin.
— Arrh. dép., Cari. Saint-Jean, inv., nu 82.)
Le Roi donna cette môme année ( 1 1 1 1 ) , an couvent de Saint-Père , des lettres de protection contre les violences des seigneurs du Puiset. ( Charte datée d'Orléans , fuite en présence du sénéchal Anselme de Garlande, et des autres grands officiers.
— Cart. Saint-Père, vol. 2, p. 719.)
1 A la même époque (i 1 12) le peuple de Lion , qui avait fait commune contre son Évôque, brûla la cathédrale, l'évéclic et le quartier du clergé. Les prêtres de la ville s'enfuirent avec les reliques , qu'ils promenèrent dans la France , comme du temps des Nordmans ; arrivés prés de Chartres la veille de la Nativité 1112, ils furent reçus hors de la cité par Yves et les chanoines , et conduits processionnelleraent , depuis les vignes, jusqu'à Notre-Dame, où les chasses furent déposées. (Guibert. novig. <<p.. Iib. 1er, ch. 13, p. 553. Henuann. monach. — Ex antiq mss° ecclic Laudun )
aux affaires de Flandre , crut faire uu acte de haute politique en opposant à Thibault son ancien ennemi Hugues du Puiset. li le tira de sa prison de Châtcau-Landon et lui rendit la liberté moyennant l'abandon de ses droits sur la succession d'Eudes, comte de Corbeil, son parent; Suger, moine de Saint-Denis et prévôt de Toury, conduisit cette négociation \ Mais Hugues ne fut pas plutôt rentré au Puiset qu'il se joignit au parti des mécontents. Le prévôt Suger faillit être la première victime de l'alliance de Thibault de Chartres avec le seigneur du Puiset; pendant qu'une ruse du prince chartrain l'attirait avec une partie de ses gens hors de sa prévôté de Toury, les alliés se présentèrent aux portes ; quelques hommes d'armes demeurés dans la place soutinrent heureusement le siège jusqu'à l'arrivée des troupes royales.
Le Roi, qui avait appris en Flandre la nouvelle trahison du Vicomte , se hâta d'accourir en Beauce et d'attaquer le Puiset dont les Chartrains avaient fait leur place d'armes. Un premier assaut fut inutile ; Louis-le-Gros courut de grands dangers en voulant se mesurer avec le comte Thibault , qui l'avait défié ; deux fois il changea de cheval et on le vit , la bannière royale en main , essayer de gravir le revers du fossé qui couvrait les assiégés. Les troupes chartraines, aidées par un corps de Normands, forcèrent les Français à regagner précipitamment leur camp de Toury.
Louis-le-Gros reprit au bout de quelques jours une offensive plus prudente. Il commença par s'emparer d'une éminence qui dominait le château , la fit fortifier et y mit garnison ; puis il porta son camp à Janville pour compléter plus rapidement l'investissement de la place. Un matin , les assiégés croyant en finir avec le Roi par un nouveau combat , tombèrent sur les travailleurs français et les firent rétrograder jusqu'au camp ;
1 En sortant tic la prison du Roi , Hugues renonça , au profit de Saint-Père , à de mauvaises cmtlumes qu'il exerçait sur les domaines du couvent situas en Beauce /Car/. Saint-Père, vol. 2, p. Sôl )
mais, surpris au retour par les gens d'armes royaux, ils furent ramenés au Puîset l'épée dans les reins. Dans la déroute , le comte Thibault reçut une si grave blessure qu'il fit demander secrètement au Roi la permission de retourner à Chartres avec ses gens , promettant d'abandonner à jamais la cause du seigneur du Puiset. Louis accepta, les Chartrains partirent, et Hugues voyant que le fort n'était plus tenable, s'évada la nuit suivante par une issue secrète. Le Roi, maître du Puiset pour la deuxième fois, rasa de fond en comble ce manoir maudit.
Pendant que les seigneurs chartrains ruinaient leur propre pays dans ces luttes sanglantes , l'Évèquc livrait une guerre non moins implacable aux vices de son clergé. La morale fort relâchée du dernier prélat avait introduit des abus que la rigidité d'Yves ne pouvait tolérer. Il avait appliqué jadis avec un plein succès ses plans de réforme aux chanoines de Saint- Quentin de Beauvais; il prétendit les imposer aux membres du chapitre de Notre-Dame, qui s'éloignaient depuis trop longtemps de la vie régulière et de l'observance des saints canons. Quelques scènes violentes lui ayant démontré qu'il avait affaire à des récalcitrants , il espéra gagner par la douceur ce que la force lui refusait. Pour exciter les chanoines à mieux remplir leurs devoirs religieux , il leur distribua chaque jour les revenus d'une demi-prévôté qui appartenait à Févèché; or, les vieux vendaient leur portion et les jeunes la jouaient entre eux. Il voulut ensuite disposer de cette demi-prévôté en faveur de douze prêtres qui auraient formé une congrégation-modèle; les sujets lui firent défaut. Il se décida donc , de l'avis du légat du Pape et de la plus saine partie du clergé , malgré les récriminations des meneurs, à faire lui-même des gratifications proportionnées au zèle et à la piété de chaque serviteur de Dieu \ Ceux (pie cette disposition blessait ou humiliait, c'est-
1 fr lires tl'Xres. ti"' \*1 , iWW.
à-dire les principaux dignitaires : le Doyen , le Chantre et les Prévôts, en appelèrent au Pape. Mais Yves, qui s'était rallié la majorité du Chapitre, attaqua à la face de l'Église la mauvaise administration des Prévôts. Comme ces dignitaires centralisaient entre leurs mains les revenus des prébendes , pressuraient les fermiers , ne rendaient jamais compte aux bénéficiaires , et que leurs exactions atteignaient clercs et laïcs, tout le monde avait intérêt k diminuer leur puissance. Aussi , les chanoines décidèrent-ils, en dépit de l'autorité royale, que dorénavant les provendes des prébendes se verseraient directement dans les greniers du Chapitre pour être distribuées en commun, et que les Prévôts se borneraient à la visite des lieux de leur obédience dans la limite des pouvoirs k eux attribués par les usages ecclésiastiques. \jo pape Pascal confirma cette décision en termes qui lui valurent les remercîments de l'évêque de Chartres \
Yves n'avait pas attendu cette victoire pour porter la réforme dans l'église de Saint-Jcan-en-Vallée. Vers 1099, il y introduisit des chanoines réguliers de Saint-Augustin et les affilia au chapitre de Notre-Dame en leur donnant la première année des revenus de chaque prébende vacante. L'abbé du couvent, élu par la communauté et quelques hommes de bon conseil, devait faire sa semaine k Notre-Dame de Chartres comme un véritable chanoine *. Les prêtres qui desservaient l'église du bourg Saint-André reçurent le 1 7 des kalendes de septembre 1108 une institution semblable \
Le prélat n'était pas avare des biens de ce monde pour les établissements réguliers qui répondaient à ses soins. L'abbaye deThiron, récemment fondée par Rotrou, comte deMortagne
« Utlres d'Y,**, n°« 205, 271.
• lb., n» 2X6. — Confirmation par le pa|>c Pascal, le 13 des kal. de mai H 08 <l>ejeuncT Mss. do Pintard ) , autre par le pape Eugène 111 , en 1150. ( Arch. dep , Chapitre, inv. , p. 237.)
5 Hultcau. Description <k h Cathéd., |». 312. Soueliet-Élicnne , vi>). 1er. p. 101.
(1 109) , fut gratifiée eu 1113 de la consécration épiscopale et d'une charmée, carrucatam, de terre située aux bords de la Thironne, près de Gardais, pour y construire les bâtiments claustraux Yves réunit à l'abbaye de Saint-Jean , les églises de Saint-Étienne au cloître , de Mondonville , de Lucé , de Saint-Nicolas de Courville et d'Ardclu, l'autel de Morancez, le juniorat de l'église de Pontgouin et la vicarie ou viguerie de la Vallée et de la terre des Mousseaux ' ; il confirma la donation de la terre de Mantarville, avec ses serfs et son fief de haubert , faite au même monastère par la vidamesse Hélisende 5 ; consentit à la remise , aux religieux de Donneval , de la chapelle de Saint-Innocent ou Saint-Vincent près de la porte Cendreuse qui leur avait été accordée par le vicomte Hugues K , et investit régulièrement l'abbaye de Saint-Père de l'église de Hanches, présent du chanoine Payen \ On voit par les nomenclatures des biens de Saint-Martin-au-Val et de Saint- Cheron , que ces couvents eurent également part à la sollicitude du pontife chartrain.
La mort surprit Yves le 23 décembre Mlo, au milieu de ses travaux. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Jean-en-Vallée qu'il avait tant aimée et dont il était le second fondateur. Cet Évêque illustra pendant 25 ans le siège de Chartres. Homme de savoir, mais avant tout homme d'action, il ne créa pas, comme son devancier Fulbert , une école de philosophie ; il fit
' Arch. dép., Cart. de Thiron , inv., nn 4. — Lettres d'Yves, h» 283.
' Lettres d' Yws , n° 280. La viguerie de la Vallée et des Mousseaux fut donnée à Saint-Jean par le vicomte Hugues ; l'église de Saint-Nicolas de Courville avait été restituée au prélat par Yves, seigneur de ce lieu. (Arch. dép., Cart. Saint-Jean. in vent., n° fG07.)
3 Donation faite par Hélisende, pour le repos de l'Ame de son fils le vidamc Hugues et du consentement de Guillaume de Ferriëres , époux de sa fille Elisabeth , vidamesse ; témoins : Geoffroy de Lèves , Hugues de Lèves , Hugues de Berchères , Hugues Bœuf, Robert de Gallardon, Girard Roël. (Arch. dép., Cart. Saint-Jean, inv., no 80.)
4 Autre confirmation par l'évèque GeofTrnv de Lèves, en 1118. (Arch. déparlem ., Pièces da Chapitre . )
» Cart Saint P,',. v„| 2, p. .m
des moines, philosophes pratiques. Fulbert, nouveau Fortunat, vécut en communion littéraire avec le comte d'Aquitaine et avec les autres princes érudits de son temps; il régna sur la scolastique et consacra les fleurs de son éloquence et la poésie de son cœur à la glorification de la Mère de Dieu; Yves, mêlé, comme Grégoire de Tours, aux événements politiques de France , zélé promoteur du mouvement religieux qui décida les croisades , sut parler aux grands le langage d'un ministre du ciel qui ne transige ni avec les mots ni avec les faits. Fulbert, victime résignée, se servit timidement des armes de l'Église contre ses oppresseurs ; Yves , contradicteur énergique, remporta plus d'une victoire avec sa plume. Comme le bras qui châtie est aussi celui qui protège le mieux , les rois et les princes , frappés par Yves , recoururent souvent à ses conseils. Le prélat chartrain entretint une correspondance amicale ou sévère , mais toujours active et passionnée , avec les rois Philippe et Louis de France, Henri d'Angleterre, les papes Urbain et Pascal, les légats, les évêques, la comtesse Adèle, les comtes Étienne et Thibault, les seigneurs du Puiset et les fidèles de son diocèse. A cette époque où la politique revêtait les formes d'une théocratie armée, Yves consacra sa vie à réformer les mœurs des soldats de Dieu, soit qu'ils partissent pour la Palestine, soit qu'ils vécussent dans un cloître. Nul, il faut le dire, ne pouvait mieux que lui parvenir à ce but. Ses lettres nous dénoncent , tout à la fois , la force dans la volonté, le courage civil dans l'infortune, le génie dans la science de l'esprit humain. 11 était en tout supérieur à son siècle , et rien , à notre avis , ne caractérise mieux cette supériorité que la réponse qu'il fit à Jean , évêque d'Orléans , sur la question de savoir si un homme libre , marié à une femme dont il ignorait la condition servile, pouvait la répudier de droit et en épouser une autre : « Si l'on consulte les lois du » monde, lui écrivait Yves, on répondra que le mariage entre » gens égaux eu condition étant seul légitime , le divorce doit
» avoir lieu. Mais si l'on consulte la loi de Dieu qui nous fil » tous égaux et qui ne s'inquiète pas des conditions sociales, » on répondra non.... » '. « Rejetez, disait-il encore, ces pré- » tendus jugements par l'épreuve du fer et du feu ; c'est tenter » Dieu, et j'ai vu très-souvent de cette manière des innocents » punis et des coupables acquittés \ »
Aussitôt après la mort d'Yves , les chanoines , sans attendre l'assentiment du comte Thibault, nommèrent au siège vacant le fils de Goslin de Lèves, Geoffroy, prévôt du Chapitre, qui, par son mérite et la prépondérance de sa maison dans le pays chartrain , pouvait protéger l'Église contre les empiétements séculiers. Le Comte fut très-mécontent de cette élection ; il usa même longtemps de violence à l'égard des chanoines et de Geoffroy qu'il chassa de la ville et dont il ne reconnut la dignité qu'en 1117, sur l'injonction du Pape.
Cependant ce Prince avait alors avec le roi de France une querelle qui pouvait suffire à son besoin de chicanes. Toujours lié d'intérêts avec son oncle Henri d'Angleterre, il avait emprisonné traîtreusement à Blois, Guillaume, comte de Nevcrs, à son retour d'une expédition dirigée par Louis-le-Gros contre Thomas de Marie , seigneur de Coucy (1 116). Le roi Louis, occupé en Normandie , employa inutilement la prière et la menace pour obtenir la liberté de son fidèle vassal ; Thibault , encouragé dans sa rébellion par son oncle d'Angleterre , refusa obstinément et mit toutes les terres de son obéissance en hostilité ouverte contre son souverain. Les revers du Roi le détournèrent de se venger jusqu'à la convocation du concile de Reims par le pape Calixte II , en octobre 1119. Dans cette
1 Lettres dYves, n° 221.
2 Lettres d'Yves, n°« 205 , 232 , 247, 252. Les nécrologcs de Notre-Dame donnent les plus grands éloges à Yves. Il construisit un jubé magnifique dans la cathédrale; fit faire les bâtiments des écoles ; édifia en pierres et sur un plan spacieux la maison épiscopalc qui jusqu'alors était en bois ; ajouta à l'enclos de celte maison un terrain qu'il acheta du vidame, et augmenta de tout son pouvoir le monastère des infirmes de Beaulieu. (Xècrol., » 37 ; Mss. de la Bihl.)
assemblée où le Pape devait remplir le rôle de médiateur entre les monarques anglais et français , Louis-le-Gros se plaignit amèrement de la conduite du comte de Chartres , son vassal ; mais Calixte remit les parties à un plus ample informé en leur recommandant d'observer la trêve de Dieu. Un traité ayant été conclu quelque temps après , Thibault consentit à rendre Guillaume de Nevers à la liberté. L'évêque Geoffroy avait beaucoup contribué à rapprocher les deux Rois par son esprit de conciliation et par Fonction de sa parole au concile de Reims. Sa sympathie pour Louis-le-Gros s'expliquait par les libéralités dont ce Prince ne cessait de combler l'église de Chartres. En 1118, le monarque français avait accordé aux serfs du Chapitre l'exemption du péage , pedagium , sur les terres de Pévêché de Chartres et le droit de témoigner devant les justices royales \ Cette faveur, sollicitée par le prélat, acheva de relever la condition des serfs de Notre-Dame que les serfs seigneuriaux regardaient déjà comme une sorte de liberté.
Après la signature de la paix , Thibault alla reconduire en Angleterre son oncle Henri. 11 s'embarqua à Rouen sur le vaisseau de ce Roi le jour de la Sainte-Catherine, 1119; sa sœur Mahault, comtesse de Chester, le Comte son beaufrère, sa cousine Mathilde, femme de Rotrou du Perche, et ses cousins les fils d'Henri , dont l'aîné venait d'épouser la fille du comte d'Anjou , montaient un autre navire appelé la Blanche-Nef, qui s'engloutit en pleine mer avec tous les passagers. Thibault fut chargé d'annoncer au Roi , son oncle, cette horrible catastrophe , qui lui enlevait à la fois ses deux fils, sa fille , sa bru et sa nièce
Dès Tannée 1117, Geoffroy de Lèves avait voulu signaler
1 Les lettres de Louis-le-Gros furent confirmées par des huiles d'Honorius lî < H2i-H30). (Arch. dép., Cfiap., inv., p. 280.) Ursion do Meslay, fds de Nivelon de Fréteval , accorda, en 1138, aux hommes de corps du Chapitre", l'exemption du droit de péage sur ses domaines. ( lb., Uko cit.)
1 Voir sur le naufrage de la Manche-Nef , les « hroniijues d'Orderic Vital , dr Guill. de Mahneshury . d'Huiitinpton . de Florent de Wijjorn et de Simcnn de Durhain
sa prise île possession de révèché île Chartres par la fondation d'une maison religieuse. Il associa son frère Goslin à ses projets, et bientôt un nouveau monastère s'éleva près du château de leurs ancêtres, dans le village de Lèves. Le souvenir de la croisade, ravivé par l'aspect du site choisi, imposa à ce couvent le nom de Sainte-Marie-doJosaphat \ L'Évêque lui donna les églises de Saint-Arnoult-des-Bois et d'Orrouer, avec les dîmes et des terres suffisantes pour former deux métairies. Le roi Louis-le-Gros (1117) et le papeCalixte (1119) confirmèrent cette première libéralité, qui fut suivie immédiatement d'un si grand nombre de donations, que , vingt-cinq ans après, le petit couvent, devenu un grand monastère, possédait treize églises avec leurs dîmes, et quinze métairies (1144) \ Les chanoines de Saint-Maurice s'étant prétendus lésés dans leurs droits par la fondation de Josaphat , Geoffroy obtint leur désistement en présence de la vidamesse Hélisende , de son fils et d'Hildebert, évêque du Mans (1120) \
Vers la même époque (1117), les moines de l'abbaye de Thiron établirent une succursale à Chartres , dans une maison située près du marché, juxia forum K. Ces religieux étaient fort aimés de l'évèque Geoffroy et du comte Thibault,
Le monastère de Josaphat avait pour second patron le bienheureux Saint-Jean f Evangélisle . (Accord entre les seigneurs de Levez et les religieux , en présence de l'évèque Hobert, en 1256. — Extrait des cartul. blanc et rouge de Josaphat. Arch. dép.)
1 Arch. dép., Extrait des cart. rouge et blanc de Josaphat , pass. » lb., p. 1".
4 Les moines de Thiron , dont le premier prieur à Chartres fut Hubert Lasnier , occupèrent d'abord une maison située près du marché , qu'ils avaient achetée , moyennant dix livres et douze deniers , d'Helduise , femme du boucher Glavin f Acte passé, avec échange de Hdejusseurs ou cautions, à la cour du sénéchal André de Baudemont , devant le prévôt Etienne , et en présence d'Etienne , fils de Roger et d>i Thibault Claron , familiers du Comte. Arch. dép., Cart. Tftiron , invent., n» 57); puis , peu de temps après , ils échangèrent cette maison contre une autre , sise rue des Forgerons , in vico fabrorum . appartenant au forgeron Œuard , auquel ils laissèrent la jouissance de la forge qui s'y trouvait. (Mit. fait à Thiron le 8 des kal. de juillet , sous l'abbé Guillaume tl le règne du roi Ijouis (h Gros). — lb., n° 50. * \r carrefour voisin de la maison de Thiron ^st encore connu sous le nom de Croixh h x- Moines.
à cause de la réputation de science et de sainteté qu'avait laissée le bienheureux Bernard, leur premier abbé, et que soutenait leur abbé Guillaume. Aussi la maison de Chartres fut-elle abondamment pourvue de tous les biens de ce monde. Parmi les largesses de Thibault envers Thiron , on remarque une donation de six boulangers, d'un célérier, d'un forgeron, d'un cordier, d'un pâtissier, d'un closier et d'un foulon, tous serfs de ses domaines (1121) ' .
Au reste, la prospérité des couvents n'avait fait que s'accroître depuis la première croisade. Hugues de Chàteauneuf établissait des chanoines réguliers à Saint-Vincent-des-Bois (vers 1120); Saint-Cheron ouvrait les portes de son église aux paroissiens trop nombreux de Saint-Barthélemy (vers 1115); trente-neuf églises relevaient de Saint-Père (1126); Saint-Jean créait un chapitre à Saint-Étienne (1 H .), Saint- Père, une confrérie ou maison de fraternité, à Saint-Hilaire (112.); l'ordre du Temple , à peine au berceau , fondait , entre Beauvoir et le bourg Muret, une maison de Hiérosolymitains (vers 1115); et les religieux de Marmoutiers recevaient en pur don l'abbaye de Saint-Martin-au-Val (1128) \
L'administration civile de Chartres était partagée, comme parle passé, entre les juridictions souvent rivales du Comte et de l'Évoque . L'innovation communale n'avait pas encore pénétré dans les murs; du moins on n'en rencontre aucune trace avant la fin du XIII* siècle. Le préfet ou prévôt de la ville, officier amovible % rendait la justice et surveillait la
1 Le comte Thibault confirma sa donation de H 21 , par un acte de 1138, fait en présence du prévôt Ilubert-le-Roux , de Mascelin de HcscomMer, de Robert de Lteaulieu , de Geoffroy de Grand-Pont , et de Pierre , (ils du forgeron Paycn , l'un des serfs donnés, sous le régne de Louis (le Jeune), fds de Louis (le Gros) et sous l'épiscopat de Geoffroy. (Arch. dép., Cari. Thiron, invent., n° 55.)
" Arch. dép., Cart. Saint-Cheron, et autres pass. — Cari. Saint-Père, pass. — Lejeune, Notice mss* sur les couvents. — Arch. dép., Chapitre, Reg. des privii., p 1 47 , v°.
1 Etienne, Hubert-le-Roux , Guillaume de Celles, Clément, furent prévôts de la ville de 1105 à 1150. (Cart. Saint-Père, p. 270 et pass. — Arch dép.. Cart. Tkiron , invent., nM 55 et 5<ï.)
rentrée des tailles et coutumes sous la haute direction d'André de Baudemont , sénéchal ou grand-maître de la maison du Comte. Le palais de Chartres était habité par des chevaliers dont plusieurs, originaires du pays, avaient reçu de Thibault l'initiation au métier des armes. Simon de la Tour, Thibault- Claron, Guillaume, fils d'Ansold de Beauvoir, Guillaume d'Aiguillon, Yves de la Porte-Morard , étaient de ce nombre ( 1 i 1 5-H 30) \ De temps en temps , le Comte venait avec ses barons, les Sanction de la Ferté, les Nivelon et les Ursiou de Freteval et de Meslav, les Yves de Courvillc, les Amaurv de Levévillc, les Goslin de Lèves, les Hervé de Gallardon, et jugeait en pleines assises les contestations élevées entre les gens de son domaine \ Les possessions du Roi dans la Beauce étaient administrées par des maires, des préfets et des prévôts, qui ressortissaient au siège de Janville s.
La puissance de Thibault s'était fort augmentée par l'héritage qu'il avait fait, en 11 25, du comté de Champagne. Son oncle, le comte Hugues, était mort en revenant de la campagne du Roi contre l'empereur Henri V. Le comte de Chartres, quelque partisan qu'il fût d'Henri d'Angleterre et de l'Empereur, dont il était l'allié par son mariage, n'avait pu refuser, en cette occasion, son droit féodal à Louis-le-Gros , et il commandait, avec Hugues de Champagne, un des principaux corps de l'armée qui fit rétrograder le prince teuton. Mais sa vieille inimitié contre son souverain le rappela bientôt dans les rangs des mécontents de l'intérieur.
Pendant qu'une nouvelle guerre retenait le Roi en Flandre (1126-1127), les turbulents seigneurs du Parisis renouèrent une ligue dont Thibault et son vassal, le vicomte Hugues, devinrent les principaux chefs. Ce dernier, à force de sou-
1 Car/. Saint-Père, p. il6 cf pass.
* lb., loco cit.
Adam Ilarcnc êïait preïet ou prevôl royal de Janville vers H 50. ( lb., p. 168. )
mission et de prières, avait obtenu du Roi la faveur de rebâtir son manoir du Puiset; mais, une fois fortifié , il recommença ses brigandages accoutumés dans la Beauce et l'Orléanais. Le sénéchal Anselme de Garlaude, envoyé contre lui, trouva la mort au pied des murailles du Puiset. En tout autre temps, le Vicomte eût payé cher cette prouesse; le Roi ne pouvait quitter le Nord , et Hugues fut si peu inquiété , qu'il tenait encore cour plénière au Puiset en H 28 '. Mais, après la pacification de la Flandre (1129-H30), le monarque porta la guerre en Beauce et contraignit de nouveau le Vicomte à quitter son repaire. Ce fut la dernière lutte de ce vassal insolent contre Louis-le-Gros ; il abandonna la vicomté de Chartres à son fils Ebrard , et alla chercher en Palestine une fin malheureuse (H 32-1133). Le Roi tourna ensuite ses armes contre Thibault. 11 y eut quelques combats, une marche sur Chartres, arrêtée par les supplications des habitants et de l'Évôque , un siège et un incendie de Bonneval , tous faits assez peu éclaircis *. Les seigneurs chartrains, partisans de l'un ou de l'autre des belligérants, compliquèrent cette situation par des attaques particulières. On vit Ursion de Freteval marcher contre Geoffroy de Chàteaudun , et tous deux sac-
1 Anselme de Cariatide vivait encore en 1123 (Arrli. dép., Cart. de Josaphat. Charte vidimée en 1505); il n*a donc pas été tné en 4117, comme plusieurs historiens le disent. Il faut placer sa mort entre 1123 et 1128. A cette dernière époque, Tutrice de Sénéchal était possédé par son frère Etienne de Cariatide , qui le passa , contre l'aveu du Roi , à Amaury de Montfort. En 1132, le sénéchal était Raoul de Vennandois. (Arch. dép., Saint^Jean, invent., n* 78. — Cart. Saint-Père, vol. 2, p. 043. )
Hugues du Puiset n'a pas émigré en 1 120 et son château n'était pas détruit à cette époque, car, en 1128, il fit donation à Thiron de deux muids de vin qu'il percevait annuellement sur une vigne de ce couvent , par acte passé en son château du Puiset, du consentement de sa femme et de ses deux fils Ebrard et Bouchard , et en présence de Caulhier, prieur de Saint-Martin-au-Val , de Foulques de Courvillc, d'Eudes d'Allonnes, d'Amaury de Lcvéville et de toute la cour du Puiset, qui était alors plénière, quœ tune erat plenaria. (Arch. dép., Cart. Thiron, invent., n°» 50 et 09.) Pour les aventures de Hugues en Palestine , voir Michaud , Histoire des Croisades . vol. 2, p. 113.
» Chartres fut aussi incendié vers cette époque; le feu s'arrêta à l'église Saint-Aignan. (Arch. dép., Livre de Guill. Bouvard, Catal. des Evéques, de 1527. — Rulteau, Deserip. de la Cathèd., p. 302 et 312.)
eager les propriétés des moines île Thiron Enfin, une paix réconcilia momentanément le Roi avec Thibault, qui reprit le titre de Comte Palatin (vers 1135).
La mort soudaine du roi Henri d'Angleterre faillit valoir au comte de Chartres une fortune inattendue (décembre 1 1 35). I^es seigneurs normands, peu disposés à reconnaître pour souveraine la fille d'Henri, qui «avait épousé en deuxièmes noces Geoffroy d'Anjou , surnommé Plantagenet , allèrent trouver le Comte au Neubourg, près Louviers, et lui offrirent la succession de son oncle; mais, tandis qu'ils entamaient cette négociation , un moine débarqué d'Angleterre annonça qu'Étienne de Chartres, comte de Boulogne, frère cadet de Thibault, avait passé la mer à la première nouvelle de la mort du monarque anglais , et s'était fait nommer roi à Londres. Le comte de Chartres, joué par son frère, retourna en Beauce; cependant il y gagna une rente de 3,000 marcs d'argent, qu'Étienne s'engagea à lui payer, comme prix de sa renonciation à la couronne anglo-normande (1136-1137). Cette aubaine lui advint par la volonté de Louis-le-Gros , qui lui donna bientôt après une grande marque de confiance.
En mourant , le duc Guilhem d'Aquitaine avait manifesté le désir que sa fille Aliénor épousât le fils du roi de France. Thibault fut chargé d'accompagner le jeune prince Louis en Aquitaine à la tète de 500 chevaliers; Geoffroy, évèque de Chartres, fit aussi partie de l'ambassade royale. Mais, à peine le mariage conclu, les nouveaux époux apprirent la mort du grand roi Louis-le-Gros; il «avait succombé à une dissenterie le 1er août 1137. Louis VII, dit le Jeune, confiant son épouse à la garde de l'évêque de Chartres, se hâta de rentrer en France. 11 apaisa, en passant, une révolte des
1 En 1 1 30 , Geoffroy fut fait prisonnier par Ursion et jeté" dans le donjon de Prélevai. (Arch. dép., Lart. Viiron , in vent., n° 99.) L évèque Geoffroy fut obligé d'excommunier le vicomte de Chàteaudun, en 1145, pour ses violences continuelles envers Thiron . rependant ce seigneur et son rival Ursion se réconcilièrent avec le couvent à l'heure de la mort. (Ib , n°» 123 el 1 40. )
gens d'Orléans , qui voulaient se mettre en commune , et qui , en effet, obtiurent un peu plus tard des privilèges sur lesquels furent basés ceux que l'on octroya aux Chartrains un siècle après.
La bonne intelligence entre le comte de Chartres et son souverain était un état trop anormal pour qu'il durât longtemps; quelques griefs, résultant de Pinexpérience de Louis et de la rudesse de Thibault, rompirent en U41 cette paix factice. Notre Comte, dans ses vieux jours, s'était beaucoup rapproché du clergé. Il avait cultivé l'amitié du pape Innocent II pendant son séjour en France, et était devenu un admirateur passionné du plus grand docteur catholique de l'époque, Bernard , abbé de Clairvaux *. Ce saint personnage, également lié avec l'évèque Geoffroy, venait quelquefois à Chartres, près de ses deux amis. Or il advint, en 1 140, que le Pape, sans attendre la présentation du Roi, nomma à l'archevêché de Bourges, Pierre de la Châtre, l'un de ses familiers. Louis-le -Jeune fît chasser de Bourges le nouvel élu, qui trouva asile et protection sur les terres de Thibault. En même temps, ce dernier refusa à Louis son devoir féodal à l'occasion d'une entreprise projetée contre le comte de Toulouse. Par représailles, le Roi détermina Raoul de Vermandois à répudier, sous prétexte de parenté, Gerberte, belle-sœur de Thibault , pour épouser Pétronille , sœur de la Reine. Cette insulte frappa le comte de Chartres au cœur; il se plaignit amèrement à saint Bernard e^.r Papè, et bientôt une sentence d'excommunication fut laitoée contre le Roi et Raoul de Vermandois. Il en résulta unc*guerre horrible dans laquelle les domaines de Thibault furent mis à feu et à sang. Un jour, la ville de Vitry périt dans les flammes avec
1 Innocent II reçut à Chartres la visite du roi d'Angleterre ; ce monarque était logé chez la vidamesse Heïisende. (Orderic Vital. — Souchet-Etienne , vol. 1er, p. AHi.) Pour les relations du Comte avec saint Bernard , voir la quatrième lettre de ce grand homme , dans ses oeuvres choisies.