TOME I
redevance annuelle d'un millier de harengs et d'une somme d'huile , sur son tonlieu !.
En lui finit la ligne masculine des comtes de Chartres de la race de Thibault-le-Tricheur. Comme il n'avait pas eu d'enfants de ses deux épouses, Mahaud d'Alençon et Clémence des Roches, sa succession fut dévolue à ses deux tantes. Marguerite , femme de Gauthier d'Avesnes , prit possession du comté de Blois , et Isabelle , veuve de Sulpice d' Amboise , reçut en partage le comté de Chartres \
1 La première de ces donations est datée de 1218 , et faite , dit le Comte , pro anniversario malris tncœ. (Areh. dép., Chap., Fondations du A7//e siècle, n° 11. cote B. — Xecrol. Xotre-Uame , * 37 , 10 des kal. de mai. Bibl.) La comtesse Catherine était probablement morte alors. La comtesse Adèle , \euve de Thibault V et aïeule de Thibault VI , que Doyen fait mourir à Constantinople vers 1210, datait de Belhomert, en mai 1215, l'approbation d'une donation de Gaufrid Berruyer aux lépreux de Bcaulieu. (Cart. noir de lieaulicu; Bilil.)
La donation faite par Thibault VI à l'Hôtel-Dieu est consentie par la comtesse Clémence et datée de La Ferté-Villeneuil au mois d'avril 1218. (Arch. de l'Hôtcl- Dieu. )
1 Sulpice III, seipeur d'Amboise, époux d'Isabelle de Blois, était mort en 121 i, il ne fut donc pas comte de Chartres , comme le disent quelques historiens. ( Voir : Histoire d'Anjou et d'Amboise . par l'abbé de Marolles . 2* partie , p. i. — testais historiques sur la viUe d'Amboise, par M. Cartier, p. 10; 1842.1
ni
ni A MTR R MI-
D'ISABELLE V LA TROISIÈME ANNÉE DE CHARLES DE VALOIS C/ô/m/t rfi/ cloître. — CAfir/e muniripal*.
L'évêque Renaud de Mouron avait précédé de quelques mois Thibault VI dans la tombe (8 septembre 1217). Sa mort fut pleurée par le clergé régulier et séculier, qu'il combla de biens, et dont il consolida les privilèges et les possessions par des confirmations authentiques *. On lui attribue la construction du château dePontgouin, qui devint la maison de plaisance des évéques de Chartres \ Il avait le rang de Pair de France et scellait des lettres en cette qualité, en 1216 s.
Ce prélat fut remplacé par Gauthier, abbé de Pontigny.
La comtesse Isabelle ne tarda pas à venir prendre posses-
1 Cart. Saint-Père, vol. 2, p. 078, septembre 1215. — Arch. dép., Extrait dex Cart. rouge et blanc de Josaphat. — Nccrol. de Notre-Dame, * 39, 8 des kal. d'août; Mss. de la Bibl. — Les associations ou traités d'alliance de monastère à monastère se multiplièrent dans le pays rhartrain à partir de l'épiscopat de Renaud de Mouçon. Le moine d'un couvent aihïié était sur de trouver dans les monastères amis, secours et protection pendant sa vie et prières après sa mort. En 12U, les religieux de Josaphat s'affilièrent à l'abbaye de Thiron; en 1218 , à celle de Suint- Benoist-sur-Loire ; „en 1223, aux moines de la Ooix-Saint-Leufroy; en 1210, à ceux de Neaufle-le- Vieux ; en 1272, au couvent de la Sainte-Trinité" de Marigny. En 1320 , les religieux de Saint-Cheron formèrent association avec ceux de Clairefontaine. (Arch. dep., Cart. blanc et rouge de Josaphat. Titres de Saint-Cheron, boite lre.)
» Si Renaud de Mouçon hatit Pontgouin , ce fut dans les premières années de son épiscopat. En août 1210, il fut convenu dans un arbitrage passé en présence de l'Évéque , que Pierre de Villebeton et Odon Bechart , chevaliers , otages de Guy de Blois et des fils de Boscelin de Beauvoir, garderaient prison , apud l'ontem garni , en cas de non-exécution des conventions arrêtées. (Arch.dép., Papiers du Chapitre.)
» Klém. de Paléographie, par M. Natalis de Vailly. vol. Ier, p. 1X.Y
sion de l'héritage fraternel. Elle se trouvait à Chartres au mois d'août 1218 et inaugurait son gouvernement par des donations aux Tourangeaux , ses fidèles'. C'est tout ce que l'on sait des débuts de cette Princesse qui donna, vers 1220, sa main et le titre de Comte à Jean de Montmirail , seigneur d'Oisy.
Le nouveau maître du pays chartrain pensa qu'il n'était pas indifférent de se faire bien venir des bourgeois et du clergé. Au mois de janvier 1222 il supprima la maletotc, malatosta , imposée , au lieu de taille , sur les étoffes de laine fabriquées parles bourgeois de la rivière \ Puis, de concert avec son épouse Isabelle, il fonda, en 1225 , un couvent de religieuses de l'ordre de Citeaux , au lieu dit Panthoison ou l'Eau, dans la paroisse de Saint-Victur de Ver \ Cela fait, il se disposa h partir pour la croisade contre les Albigeois.
Philippe-Auguste n'avait jamais donné une impulsion bien grande à cette guerre qui déchirait le midi de la France \ Mais, après la mort de ce monarque (1223) \ son fils,
1 Philippe Coraud , citoyen de Tours, obtint une rente de 100 sous ehartrains sur le linage , linanium , de la porte des Epars. (Titre d'août 121 8. Arch. dép., Cart. de l'abbaye de l'Eau.)
* Mss. de Pintard, coll. Lejeune.
3 Les religieux de Saint-Père , qui possédaient la paroisse de Saint-Victur de Ver. consentirent à la construction du monastère par acte du mois de février 1225. Au mois d'avril suivant , Jean et Isabelle donnèrent au nouveau couvent 50 livres de rente , 30 à la Saint-Rémi et 20 à Pâques , sur leur Perrcc de Chartres. En mai 1226, Edeline, dame de Ver, veuve de Robert de Chartres, et ses fils Ebrard . Guillaume , Renaud et Robert , amortirent la terre de Panthoison , vendue par les héritiers de Clément et Guyard de Panthoison à la comtesse de Chartres , pour les religieuses de l'Eau. En 1220 et 1227, Jean et Isabelle ajoutèrent h leurs bienfaits la donation d'un homme de corps , vivant et mourant , quitte et libre de toutes charges et d'une rente en blé sur les moulins du Coudray. Il faut encore citer, parmi les premiers bienfaiteurs de l'abbaye de l'Eau , le chevalier Garin de Friaize et sa femme Marguerite, vidamessc de Chartres, qui lui firent don , en 1220, d'une renie de dix livres dunoises à prendre sur le faituye , festagium , de Chftteaudun. ( Cart. Saint- Pere. vol. 2, p. 080 et pass. — Arch. dép., Titres de l'Eau. Cartul. dressé par le notaire Fraslon en 1672.)
* Guillaume de Denonville se croisa en 1218 ( Cui t, noir de Beaulieu ; Mss. de la BibU ; c'est le seul croisé beauceron que les chartes nous fassent connaître depuis
3 Xèrrol. de Notre-Dame, 2 des ides de juillet. L'obit de Philippe-Auguste . inséré dans le nécrologe de Notre-Dame , renferme , sur les obsèques et sur le testament de ce grand Prince , des détails qui m ont paru digues d'intérêt . quoique don-
Louis VIII , une fois affermi sur le trône , reprit en main les intérêts de Borne. Il se croisa, au mois de janvier 1226, avec les principaux seigneurs du royaume, parmi lesquels figurèrent le comte Jean d'Oisy, son beau-frère Gauthier d'Avesnes, comte de Blois, les deux frères Hugues et Gaufrid de Meslay, vidâmes de Chartres 1 ; l'évêque Gauthier fut aussi du voyage. L'armée royale acheta chèrement la conquête d'Avignon . première étape du midi albigeois : le climat et les fatigues épuisèrent le jeune Louis VIII ? qui vint mourir dans un village d'Auvergne, le 8 novembre 1226. Le prélat chartrîiin et le ' comte de Blois assistèrent le 29 novembre au sacre de l'enfant qui fut saint Louis. On ne sait si le comte Jean d'Oisy prit une part active aux troubles de la régence de Blanche de Câstille qui amenèrent, vers 1227, les armées belligérantes dans le Perche: mais, on le voit, en 1230, prendre place au milieu des Pairs qui condamnèrent par contumace le rebelle Pierre Mauclerc, duc de Bretagne *. Quant à l'évêque Gauthier, il devint le familier et le conseiller de la Bcine et l'accompagna dans la guerre de Ifretagne, en 1231 \
nés en partie avec la chronique de Guillaume-le-Breton , dans le Recueil des historiens de France. J'en ai donc reproduit le texte en entier sous le n° 5 des appendices . (m de ce volume.
1 Au mois de février 1220 , le vidamc Hugues de Meslay, saisi d'un mal subit , confirma à l'abbaye de Josaphat , du consentement de son premier-né Gaufrid , l'aumône qu'il lui avait faite, en prenant la croix contre les Albigeois, d'un demi-muid de blé sur son yaynaye du bois de Lèves , provenant de l'héritage de Mabile , sa défunte épouse. Il eut soin de rappeler que cette aumône avait été faite en présence de son cher parent Goslin de Lèves , de son frère le vidame Gaufrid , et de son gendre Robert de Tachainville. (Arch. dép.. Titres de Josaphat. inv.)
Au mois de mai de la même année , le vidame Gaufrid , au moment de partir avec le roi Louis , donna aux moines de Saint-Père deux boulangers de Tréon , quittes et libres de toutes charges. (Cart. Saint-Père, vol. 2, p. G8i. )
* Pierre Mauclerc fut un des bienfaiteurs de l'œuvre de Notre-Dame. On le voit représenté avec sa femme Alix sous le socle du trumeau sur lequel s'élève la statue de Jésus-Christ , à la porte centrale de la façade méridionale de la cathédrale, il fit faire la rose méridionale dans laquelle brillent les armes de Dreux-Bretagne , éehiqnetées d'or et d'azur à ta bordure de gueules et au franc-quartier d'hermine. Sa figure se trouve dans une des fenêtres placées sous cette rose. ( Ikscrip. de la Cathcd., par l'abbé Bulteau , p. 102 et 195. )
* Dans son testament, daté de la veille de Saint-Nicolas 12:il, l'évêque Gauthier déclare que . lors de son voyage en Bretagne avec la Keirie-mère et le Hoi , il a reçu
Quelques années après ( 1 234) , un événement assez considérable pour le comté de Chartres arriva, sans que ses possesseurs paraissent y avoir contribué directement. Thibault, comte de Champagne, et, en cette qualité, suzerain des comtés de Chartres, Blois et Sancerre, vendit à la couronne son droit de suzeraineté et de reversion, moyennant 40,000 livres tournois que le ttoi paya, en son acquit, à la reine de Chypre ' . Il y avait 83 ans que le comté de Chartres n'était plus qu'un arriére-lief.
Notre Comte, peu mêlé à la politique, ne se révèle jusqu'à sa mort, arrivée probablement vers la lin de 1235, que par des actes de bienfaisance. Il revêtit de son approbation , au mois d'avril 1231 , une cession de sept livres tournois de rente sur le change de Chartres, laite par son amé et féal Etienne de Pomesson , aux pauvres de l'aumône Notre-Dame ; il compléta la charte de la Mahtole par un supplément du mois de mai 1232; exempta le couvent de Saint-Cheron , au mois d'août 1234, du droit domanial de terceau sur des vignes nouvellement achetées par les religieux , et confirma , au mois d'octobre 1235, une donation de dix sous de rente sur le tonlieu de Chartres, faite par Guillaume Meunier, chevalier, à l'abbaye de l'Eau *.
Des fondations religieuses importantes, dues, sans doute, à la piété de Jean et au zèle ardent de l'évôque Gauthier, augmentèrent vers la même éjioque la milice monacale de Chartres. Les frères Prêcheurs ou Jacobins, enfants de saint Dominique, et les frères Mineurs ou Cordeliers, enfants de saint François, furent introduits dans la ville en 1231. Les
200 livres parisis dont il désire que la Reine soit remboursée. (Arch. dép., Cltap., Papiers non classés.)
1 Les titres qui constatent cette vente et l'approbation do la reine de Chypre , sont rapportés dans les observations de Du Gange sur les Mémoires de Joinvillc . édition de 1668.
» Arch. de l'Hotcl-Dieu. — Mss. Pintard , coll. Lcjeune. — Arrh. dép., Titres de Stiint-Cheron et de l'abbaye île l'Eau.
premiers se logèrent près de la maison des frères Templiers, entre les bourgs Muret et de Beauvoir, dans un lieu que leur assigna le doyen Hugues de laFerté; les seconds s'établirent dans le faubourg, hors la porte des Épars !. L'année suivante, une congrégation de femmes nommées Filles-Dieu, prit possession d'une maison située près de l'église Saint-André \ 11 est probable que la maladrerie de Saint-Georges de la Banlieue fut fondée sous l'épiscopat de Gauthier 8.
Ce prélat était mort à la fin de 1234 % non sans avoir laissé des preuves de son affection à son église et aux maisons religieuses et hospitalières créées de son temps : l'Eau , Saint-Jacques, les Cordeliers, les Filles-Dieu et la Banlieue. Modelé sur ses prédécesseurs, il fut un défenseur vigilant des privi-
1 Rien de plus humble que la requête adressée au Chapitre par les Cordeliers pour obtenir leur admission à Chartres. Ils promettent , non-seulement de ne jamais rien acquérir , mais encore de ne demeurer à Chartres que comme des hôtes et des passagers, tanqnam hospites et peregrini , et d'observer fidèlement les interdits du Chapitre. Cet acte est daté du mois d'avril 1231. Il parait que ces religieux ne tinrent pas toujours parole , car ils furent rappelés à l'exécution de leur promesse par leur propre général, en 1239, et le Chapitre fut obligé de leur faire signifier la requête à fin d'admission , par exploit d'Amelinc, son huissier, le 14 février 1663.
Les Prêcheurs firent une semblable soumission au Chapitre avant d'entrer dans la ville. (Arch. dép., Chapitre, Papiers non classés. — .Mss. Pintard , coll. Lejeunc.)
* Les Filles-Dieu se logèrent d'abord à Saint-André , dans une maison que leur vendit Adam de Gallardon; en 1235, elles se transportèrent hors de la ville, dans un hébergement qui leur fut donné par Goslin de Lèves , aux termes d'une charte continuée'en 1239 par Thomas de Bruyères, fils de Goslin. (Arch. dép., Filles-Dieu. — Souchet-Etienne , vol. lt,r, p. 557 ; Mss. de la liibl.)
5 Dans une note manuscrite de Pintard , commis en 1693 à la recette des revenus des maladreries , on trouve la phrase suivante : Capella sancti Georgii , cui leprosaria domus Banleucœ est annexa, f'undata a quodum nominc Bohone qui 4 kal. dec. anno 1219 deeessit , ubi sepulturam cligit ; ibique crant fratres ad serviendum Lepmsos; tel a Mathilde comilissa Larn. circa annum 1255. (Arch. de l'Hotel-Dieu , Maladreries.)
Cette maladrerie existait avant 1219; en effet , févèque Gauthier laissa une somme d'argent aux infirmes de la banlieue, par son testament daté de 1231; la comtesse Isabelle, par acte de mai 1235, donna aux Lépreux de la banlieue, 40 sous de rente sur le tonlieu de Chartres (Mss. Pintard, coll. Lejeunc. — Extrait du Cart. des comtes de Chartres. Arch. de la Bihl. nat. , f° 79 j; enfin, par acte de juin 1237, le vidame Gaufrid de Meslav approuva une donation de deniers ccnsuels taite par sa sœur, la vidamesse Marguerite, daine de Tachainville, à divers établissements, parmi lesquels ligure la léproserie de la Banlieue. (Arch. dép., Titres de Josaphat.)
* Le testament de l'évêque Gauthier est daté de la vigile Saint-Nicolas (5 décembre) 1234; ce prélat n était donc pas mort le 15 octobre précédent, comme le disent les historiens de Chartres.
léges et des biens ecclésiastiques. Par ses soins, le Chapitre obtint justice des tils d'Hervé, seigneurs de Gallardon, qui avaient crevé les yeux et coupé les poings à deux hommes de corps de Notre-Dame; les coupables furent condamnés, par sentence arbitrale de Guarin, évôque de Senlis, du mois de mai \ 224 , approuvée par Louis VIII , à faire amende honorable, pieds nus, en chemise, dans les cathédrales de Chartres , de Paris , d'Orléans et de Meaux , et à recevoir la discipline des mains de l'évêque de Chartres \ Hugues d'Yvoy, chevalier, meurtrier d'un homme de corps du Chapitre, subit un pareil châtiment par arrêt du bailli de Chartres de \ 228*. En 1229, des querelles survenues entre Saint-Père et le seigneur Gaufrid d'Illiers, qui avait fait pendre un hote de l'abbaye demeurant a Thivars , furent apaisées à la satisfaction des moines par l'intervention de PÉvêquc \ Gauthier voulut être inhumé dans l'église de Preuilly, où il avait prononcé ses vœux monastiques.
Son successeur fut le doyen Hugues de la Ferté, le bienfaiteur des Jacobins, qui ne siégea que deux ans et qui fut remplacé (1236) par Albérie-le-Cornu , d'une noble famille de Picardie, professeur de droit civil et canon à Paris, et conseiller du Roi. Cet Évôque confirma , en 1240, les droits de dime et d'oblations que Josaphat percevait sur Saint-Piat, et reçut, au mois de septembre 124t, la renonciation du chevalier Renaud du Tronchay, dit Maquerel, en faveur de Saint-Jean , aux prétentions qu'il élevait sur un hébergement situé au Breuil-Saint-Nicolas , dans la censive du prieur de Courville. Les autres actes où le nom d'Albéric figure sont étrangers à Chartres et à ses environs. 11 mourut, dit le nécrologe de Notre-Dame, le 15 des kalendes de novembre 1 244,
1 Arch. dép , (Jiapittr , inv., \>. 2X0; privilège.*, \\" S. rolr F. rai.w JO.
Arrh. d£p , ib.
» Cart. Saint-Pire, vol 2. p. 6X5
dans un château , près de Nevers dont son neveu Robert était évêque \
Après lui , Henri de Grez , archidiacre de Blois et frère du doyen Étienne, occupa deux ans le trône de Notre-Dame. On ne connaît d'intéressant de ce prélat que l'accord qu'il réussit à faire avec le roi Louis, au sujet de l'exercice du droit de régale , pendant la vacance du siège , après la mort de l'évêque Albéric. Décédé subitement a Melun le 2 des nones de décembre 1 246 , son corps fut rapporté à Chartres et enseveli près de celui de son frère le doyen , devant le maître-autel de l'église des Jacobins. Le Chapitre élut à sa place le sous-doyen Macé ou Mathieu , neveu de l'évèquc Gauthier.
Pendant que les fidèles changeaient si fréquemment de pasteur, le comté vivait paisiblement sous l'administration d'Isabelle. Cette Princesse, qui poussa sa carrière jusqu'à la fin de 1248, fit de grandes aumônes au couvent de Saint-Cheron , dont les ressources étaient exiguës * , et légua au Chapitre une somme de 500 livres, en réparation des torts qu'elle pouvait avoir causés aux gens de l'église \ Elle laissa son héritage à sa fille unique Mahaud ou Mathilde, issue de son mariage avec Sulpice d'Amboise, et veuve de Richard, vicomte de Beaumont.
Au moment où cette Princesse prenait possession du comté de Chartres, saint Louis partait pour la croisade. Dès l'année
' Arch. dép., Cart . Josaphat . Saint-Jean, invent.. 1010.
' Donation au couvent de Saint-Cheron , par la comtesse Isabelle, d'un arpent de pré mesuré à la perche de Sainte-Marie de Chartres , à prendre dans la prairie située entre les moulins le Comte et le pont Saint-Martin-au-Yal. (Arch. dép., Charte du mois de juin 12 IN , Titres de Saint-Cheron.) Autre donation à ce couvent par la même Princesse d'une rente de 40 sous sur la l'eirée de Chartres , pour son anniversaire, flb., Charte du mois de novembre 12 i8 , original vidimé par le notaire Kraslon le 6 septembre 1631.) Ces donations, ainsi qu'une autre de 20 sous de rente sur le lonlieu , sont rappelées dans un acte capitulaire de Saint-Cheron du mais de janvier 1248. <lb., Saint-Cheron, boite !«*.'» L'année commençait à Pâques.
* Cette somme fut délivrée au Chapitre en 12t9, par Guillaume de Bucy, évéque d'Orléans , et Mathieu , évéque de Chartres , exécuteurs testamentaires d'Isabelle. < Arch dép , Chapitre , inv. , p 281 I
! 245, un concile tenu à Lyon avait décrété la guerre sainte et voté des impôts sur le clergé. Mais cette fois l'enthousiasme ne fut pas complet; le clergé du nord résista à la levée des subsides et le Pape fut obligé de modérer les décrets de Lyon , à son corps défendant, comme on le voit par une bulle de mai 1247, conservée dans les archives de Saint-Père \ Peu de seigneurs chartrains prirent la croix; on ne cite guères que Nicolas de Cannes, archidiacre de Dunois, chapelain et conseiller, puis garde des sceaux du Roi et Guillaume, fils aîné de la vidamesse Hélisende \ Hugues de Chàtillon , comte de Blois et cousin de la comtesse Mahaud , s'enrôla aussi sous la sainte bannière, mais il mourut avant l'embarquement de l'armée chrétienne *. L'archidiacre Nicolas de Cannes et le vidame Guillaume périrent tous deux pendant cette campagne d'outre-mer. .
Une guerre plus désastreuse pour les habitants de Chartres, se livrait alors dans les murs de la ville; c'était celle des Comtes et du Chapitre , l'éternelle question de la liberté du cloître et des privilèges de clergic.
Les hostilités, qui ne cessaient jamais complètement, devinrent plus vives vers 1250. Le prévôt de la Comtesse avait emprisonné des hôtes du Chapitre demeurant au clos Érard ; une sentence de l'official , du jeudi après la Purification , l'obligea à renoncer à toute juridiction sur eux. Le même officier prétendait avoir droit de justice sur la maison dite de Sandarville, affectée en fief au maire de ce lieu comme prébendier de l'église Notre-Dame , et située rue Porte-Neuve ; on citait de nombreux actes de violence commis par les prévôts fctienne de Saint-Martin et Pierre Bernard et par le
1 Cnrt Stiiiit-Pnr , vol. 2, [>. <»î»7-r>!)H.
* XktoL de Solre-lfome , f 37, i de» ides de mars; Mss. do la Bibl.
* MU', de Mathieu, vidame, daté d'avril .Mss. de Piutard , coll. l-ejeune. — Guillaume de Chartres, < liaiiclain de .saint Louis et historien de ce pions monarque, accompagna son maître à la croisade.
' X*rn>l. di' Xntrc-lhmr , l 37. 5 des ides d'avril.
viguicr du Viilame sur les habitants de cette maison ; le Chapitre se lassa, un procès fort long s'ensuivit, et, après enquête contradictoire, le prévôt fut condamné à verser 80 livres d'amende entre les mains du chantre , à titre de réparation de ses offenses 1 .
Ce n'était encore là que les accessoires d'une affaire plus compliquée.
Depuis longtemps les chanoines poursuivaient la pensée de clore le cloître dont ils possédaient presque toutes les maisons. En 1251 , Henri, archidiacre de Chartres, acheta, de l'abbaye de Saint-Jean , une place située entre sa maison et le jardin du prieuré de Saint-Étienne *. Un gros mur fut immédiatement élevé entre les vendeurs et l'acheteur, de sorte que, de ce côté , le cloître se relia presqu'à l'ancienne porte Évière. Comme les maisons canoniales régnaient sans interruption depuis cet endroit jusqu'à celui où se trouvait la porte Percheronne , avant la nouvelle clôture de la ville , le Chapitre se mit à revendiquer la propriété et la justice de la moitié de la rue longeant ces maisons. Il arriva que, vers la Saint-Pierreaux-Liens 1 251 , le prévôt de la Comtesse saisit des pannerées de légumes et de verjus étalées dans cette rue , qui portait le nom de rue Évière (rue au Lait). Comme les marchands pourchassés se trouvaient sur la moitié de la voie publique touchant les bâtiments du cloître, une sentence d'excommunication alla frapper l'audacieux prévôt et l'interdit fut lancé sur la ville et la banlieue. Déjà l'officier châtié avait déposé
1 Areli. dép., Chapitre.. — Rôle de témoins et transaction du jour de la lune après le dimanche de LtPtarc 1*256. Les maires de Sandarville n'étaient nas toujours prébendiers de cette maison ; elle fut souvent afl'ectéc aux chambriers du Chapitre , qui exerçaient la justice sur les hôtes y demeurant. Le Chapitre l'aliéna en .... moyennant une rente de 6 livres. (II)., Caisse des petites rentes. Par. Sainte-Foi.) La "mairie et la prébende furent rachetées, par le Chapitre, d'un maire nommé Thomas, (lli., Sandarville , A, n° 2 , caisse 110.) Une autre maison, dite aussi de Sandarville , située au bout des rues du Grand et du Petit-Bcauvais , Ht retour an Chapitre en vertu d'une transaction passée entre lui et un curé de Sandarville , le I!) décembre 1G28. (lb., Petites rentes, Note de l'archiviste du Chapitre. \
* Ar.h. dép., Snint-Jeun. invonl., n" 12X1».
uo
son appel à la cour de l'archevêque de Sens, métropolitain, lorsque , pour éviter une procédure éternelle , la Comtesse donna pouvoir à son fidèle, Gaufrid Rallier, châtelain de Chartres, de composer aimablement avec le Chapitre. 11 fut accordé, le vendredi après la Pentecôte 1 252 , que le prévôt rapporterait sur les lieux du litige des pannerées de légumes et de verjus semblables à celles saisies; que, pour obtenir la levée de l'interdit, il consignerait provisoirement les amendes d'usage entre les mains de la reine Blanche, régente pendant l'absence du Roi , et que la question de propriété serait remise à l'arbitrage de Me Renaud de Lépine , chantre , pour le Chapitre, et île Me Michel de Cornouailles , dit Scot, pour la Comtesse. En cas de partage, le tiers-arbitre devait être frère Renaud Chardonel, de l'ordre des Prêcheurs \
Or, l'arbitre du Chapitre , Renaud de Lépine , fut assassiné pendant la nuit de l'octave de l'Assomption 1253, sur les marches de la cathédrale, au moment où il entrait à matines. Ce crime, qui avait été commis par Colin de Chavernay, frère du chanoine Hugues de Chavernay, de complicité avec deux chartrains nommés Gilbert dit Cocus, et Jacques dit Bcsoce, était la suite d'une rixe survenue le jour de la Pentecôte entre certains bourgeois de Chartres et quelques valets de chanoines, et dans laquelle deux de ces derniers avaient été tués. lapine voulait provoquer une répression sévère ; Chavernay , au contraire, qui tenait à une famille du pays , avait avoué les meurtriers pour les soustraire à la justice. Le Chapitre, consterné de ce crime, porta plainte au synode métropolitain assemblé
* Arch. dép., Chapitre. — Acte passé devant ('officiai. L'arbitrage devait se faire stne strepitu advocatorum . el il fut statué quoi neutra Partium ejfrenatd multitudine testium in dicto négocia vteretnr. \& Comtesse choisit pour cautions ou fidejusseurs. Jean Haudry, son clerc , Etienne Périer, son argentier, Mathieu Gucspin . Etienne Lambert, Nicolas Chaillou, Gilbert de Saint-Hilaire , Michel de Cornouailles. dit Scot , Renaud et Foulques Barbon , Gilbert Colroujîc , Etienne de Saint-Martin , prévôt , tous bourgeois de Chartres. Les fidejusseurs du Chapitre furent , outre Renaud de Lépine , Barthélémy , ehambrier , Pierre de Rordpaux , archidiacre de Vendôme , Guillaume d'Aulnav*. Gauthier de Freseot . el Philippe de la Porle-Morard . chanoines
alors a Paris; des informations furent faites par ordre de Gilon, archevêque de Sens; Pexcommunication des coupables et Pinterdit sur la ville et la banlieue furent publiés par Guillaume, évêque d'Orléans, le mercredi après la Saint-Martin d'hiver, et on donna aux chanoines la permission de se retirer à Mantes, sous prétexte qu'ils n'étaient pas en sûreté dans les murs de Chartres. Le pape Innocent IV ratifia ces mesures \ Les procès n'allaient pas vite à cette époque * : pendant l'instruction , le Pape , l'archevêque Gilon , la reine Blanche, la comtesse Mahaud 3, passèrent de vie à trépas 1255-1256).
Le comté de Chartres fut dévolu , à titre de parenté , à Jean de Chàtillon , comte de Blois , qui prit possession vers la fin de 1 256 , au milieu de ces embarras \
1 Innocent avait relevé les chanoines du serment de résidence ; mais , comme il mourut avant l'expédition des lettres, Alexandre IV, son successeur, renouvela la dispense octroyée par son prédécesseur et adressa , à cet effet , au Chapitre une bulle datée d'Agnanîe, le 2 des kal. d'octobre 125"». (Arch. dép., Chapitre. Privilèges. Original sur parchemin.) Il approuva aussi , par une autre bulle datée de La Iran , le 2 des kal. de mars 1257, la délibération prise par le Chapitre au sujet de la clôture du cloître. (Ib.) On doit à ces deux papes des bulles défendant expressément de recourir à la voie du duel judiciaire dans les contestations survenues entre le Chapitre et la Comtesse, au sujet des avoués et des hommes de corps. (Arch. dép., Chapitre. Livre des privilèges fait en 1 t!H.)
s On arrivait à l'époque où les légistes ou chevaliers ès-lois allaient marcher de pair avec les chevaliers ès-armes Tout devenait texte à procès , sujet de prétentions, objet de méfiances ; en voici un curieux exemple : L'évéque Mathieu allait souvent visiter à Garnav, prieuré-membre de l'abbaye de Saint-Jean, le chanoine-prieur, qui était son chapelain et son ami. Les, religieux de Saint-Jean s'émurent de ces visites réitérées et exigèrent du prélat, au mois de mai 1255, une déclaration portant qu'il n'avait aucun droit de jtasl et gite sur le prieuré de (iarnav. (Arch. dép., Saint-Jean . invent., 19G1. )
3 La comtesse Mahaud avait épousé, vers 1251, Jean-le-Bon . comte de Soissons. Souchet rappjorte un titre où le nom de ce Prince est énoncé ( Souchet-Etienne , vol. I", p. ;>f>9; Mss. de la BibL); on ne sait rien de plus de son passage momentané dans la dignité de comle de Chartres. Doyen (vol. 1er, p. 105) et Chevard (vol. 2, p. 01 et Oi) sont dans une complète "erreur sur les alliances de Mahaud. Cette Princesse laissa à la léproserie de la Banlieue, par son testament vidimé au mois de décembre 1250, par Kudes, doyen de Blois, 10 livres de rente à prendre sur son tonlieu de Chartres. \ Mss. l'intard, coll. Lejeune.)
4 Voici la filiation de Jean de Chàtillon : Marguerite , comtesse de Blois , sœur de la comtesse Isabelle et tante de la comtesse Mahaud , eut , de son mariage avec Gauthier d'Avesncs , une fdle nommée Marie , qui épousa Hugues de Chàtillon , mort en partant pour la croisade, en 1248. Jean de Chàtillon était fils d'Hugues et de Marie, el, par conséquent, cousin issu de germain de la comtesse Mahaud, dont il hrnto.
Cependant Henri , successeur de Gilon à l'archevêché de Sens, avait convoqué ses suffragants à Corbeil, après Pâques 1 255. Par une sentence du mardi devant la Saint-Arnoult , les frères Chavernay furent condamnés à aller passer cinq ans ù Oxfort, et Cocus et la Besocc à s'expatrier pour le reste de leurs jours En même temps, le synode conseilla au Chapitre d'acheter du Comte le droit de clôture du cloître, moyennant 1,000 livres une fois payées et 20 livres de rente. Cette proposition de rapprochement souffrit d'abord quelques difficultés; mais le roi Louis, qui voyait avec peine le pays chartrain sous le coup d'un interdit aussi prolongé, intervint et facilita la transaction. Au mois de mars 1256, Jean de Châtillon autorisa le Chapitre à fermer le cloître de murs, avec portes ou poternes, garnis de créneaux d'une moyenne hauteur, à la condition de n'élever ni tours, ni arceaux, ni aucune construction qui pût ressembler à une fortification * , et enfin de renoncer à toute prétention sur le domaine et la justice de la rue Évière , cause première du débat.
Lorsqu'on en vint à l'exécution , on trouva des opposants parmi les laïcs qui possédaient quelques maisons dans l'intérieur du cloître. Levidame Mathieu objecta que, soumis au bon plaisir du Chapitre pour gagner son hôtel par le chemin ordinaire , il devait au moins avoir la liberté de faire une ouverture sur le sentier descendant vers la basse ville et le séparant de l'église Saint-Étienne. La cause fut portée devant la cour du Roi et terminée au mois d'octobre 1258 par l'arbitrage de Philippe, sous-doyen, de Renaud de Beaumont et de Renaud Ligier, chanoines, qui décidèrent que le droit de clôture ayant été accordé, il n'appartenait à personne autre qu'au Chapitre de pratiquer des ouvertures extérieures dans
1 Arch. dép., Chapitre , Chunterie, A , n° 3, caisse 1 1 ter.
* in clausurâ, se» portis, seu portallis, qnrenellos altitudinis mnderaU»
farient , turres aliquas seu arrhias non facient , ner alimind alimi nuod ad fnrteleriam se extrndat. (lb.. Chapitre. Acte de mars 1256.)
les bâtiments compris dans l'enceinte du cloître Pour que sa volonté ne fût plus entravée, le Roi envoya à Chartres Guillaume de Centignonvillc et Simon de Sépère, en qualité de commissaires à la fermeture du cloître. Le Chapitre , qui avait quitté Mantes pour Étampes en 1257 , revint à Notre- Dame l'année suivante , lorsque les démêlés furent entièrement apaisés.
Ce moment de paix entre les Seigneurs temporels et spirituels de Chartres fut mis à profit par l'institut des frères Prêcheurs ou Jacobins , fondé récemment , comme on Ta dit plus haut , près de l'hôpital des chevaliers du Temple de Jérusalem. Ces religieux, protégés par le Roi et par le Comte, avaient une réputation de science qui attirait la foule dans leur église et leur faisait de nombreux amis. En 1 258 , quelques bourgeois généreux leur donnèrent ou vendirent à prix modéré les maisons, les hébergements et autres héritages qui les avoisinaient; de sorte que leurs possessions s'étendirent promptement depuis l'ancienne forteresse ou Breièche , située à la tète du bourg Muret, jusqu'au four de PÉvêque, et de là, jusqu'à la maison des Templiers. Par une charte du mois de juin de la môme année , le comte Jean leur abandonna ses droits de domaine et de justice sur ce quartier de la ville, qui portait le nom de bourg des Prêcheurs *.
L'évêque Mathieu mourut le 2 des kalendes de janvier 1 259. Dans les querelles du Chapitre avec le Comte , ce prélat s'était rangé du côté de ses anciens confrères les chanoines; aussi donnèrent-ils les plus grands éloges à sa mémoire \ Il avait
' Arch. dép., Chopin, frivilètjt*.
* Donations aux Prêcheurs par la vidamesse Marguerite, femme de Robert de Taehainville , et par Nicolas, maire de Saint-Cheron. (Arrh. dép., Titres de Saint- Cheron.) Ventes consenties aux mêmes religieux par Barthélémy, dit le Cordonnier, Jean Haudry , chanoine de Champeaux en Brie , Gauthier de Freseot , chanoine de Notre-Dame, et Michel de Gallardon. (Arch. de" p., Titres des Jacobins.)
1 Le nécrologe de Notre-Dame célèbre surtout l'incomparable humilité de Mathieu ; il n'avait ni vêlements mondains , ni chevaux de luxe , ni domestiques de parade , ni nombreuse clientèle ; il s'occupait d'agriculture , faisait défricher les bois
obtenu tic saint Louis lu renonciation au droit de pust et gîte, que les rois percevaient chaque année dans les seigneuries épiscopales de Chartres et de Fresnay ; le pieux monarque assigna les 50 livres de rente , prix de cette renonciation , à la fondation des anniversaires du roi Louis son père, de Blanche sa mère , de sou frère Robert comte d'Artois, et à la dotation des chapelles des Saints-Anges et des Saintes-Vierges dans la Cathédrale Mathieu eut pour successeur le doyen Pierre de Mincy, neveu de l'évèque Henri de Grez.
Ce pasteur eut la joie d'inaugurer sa mission par la dédicace de l'église de Notre-Dame presque entièrement terminée. Cette auguste cérémonie se fît le 17 octobre 1260 , au milieu d'une foule immense , avide de gagner les indulgences accordées, pour la circonstance, par le pape Alexandre IV \ L'administration vicieuse de l'abbaye de Saint-Jean attira ensuite l'attention de Pierre de Mincy : après avoir réglé ou approuvé, en 1261 , certains dons ou achats de dîmes à Thivars, qui ajoutaient au bien-être de la communauté a, il rédigea, au mois de mars 1262, une ordonnance destinée à rappeler les religieux aux devoirs de la vie monastique. On trouve dans cette pièce une disposition qui témoigne du goût de PÉvêque pour l'étude des lettres et la conservation des livres ; aussi était-il docteur en droit civil et canon \
improductifs cl manier les terres du domaine de l'évèché ; on lui dut l'acquisition de tout ce que Mathieu , chevalier de Berchères , possédait à Ermenonville , Mondonville et Berchères , ce qui fit cesser l'obligation imposée aux évèqucs de Chartres , lorsqu'ils venaient à Berchères , de fournir à ce chevalier et à son écuyer , le vivre , le loin , l'avoine et la chandelle.
1 Fondation de 1259. Arch. dép., Chapitre, Chapelles, C, n° l«r, caisse 6.
1 Bulle du jour des kalcndes d'avril 1260. (Mss. de Pintard , coll. Lejeune. — Souchet , p. 317. — Gallia Christ, ad inslrum., vol. 8 , p. 370. )
* Acte du mardi après le premier dimanche de Carême 1261, par lequel Pierre de Mincy approuve le rachat fait par l'abbaye de Saint-Jean , moyennant 1 40 livres chartraines , des dîmes jrrosses et menues que Guillaume de Goindreville , Guillaume de Dolmont et Eudes de Breuil , miyers , percevaient , par droit héréditaire, dans là paroisse de Thivars et au lieu de Goindreville. (Arch. dép., Titres de Saint-Jean.)
1 Au début de cette ordonnance , Pierre de Mincy fait l'exposé suivant : Qiium riobis esset denunrialum quo<l mnnaximam sanctî Jahannh in valleia carnot..
In violent incendie , qui, cette fois, épargna la cathédrale, détruisit , le \0 juin 1 262 , une grande partie de la ville. Cet événement frappait les chartrains dans leurs biens matériels au moment où leur état spirituel était très-peu satisfaisant , car la cité se trouvait sous le coup d'un nouvel interdit. 11 parait que lu mésintelligence fut occasionnée par la rivalité de deux familles puissantes de la bourgeoisie , les Barbou et les Colrouge. Dès Tannée 1259, Renaud et Ci lot Colrouge, disgraciés par le Comte , avaient été avoués par les chanoines ; Gilot était même devenu maire du Chapitre. Delà, réclamations, violences exercées par les officiers du Comte et son familier Barbou sur les personnes et les biens de ces avoués, interdit sur le comté et excommunication du châtelain , du prévôt et de Barbou : tel fut , comme d'habitude , le début de cette querelle \ Le Pape pria saint Louis d'intervenir; une sentence arbitrale, prononcée en 1263 par les évéques de Beauvais, d'Auxerre, d'Évreux, par Simon , prieur des frères Prêcheurs de Paris, et Henri de Yezelay, chanoine d'Auxerre, condamna le Comte et ses gens à des amendes honorables et pécuniaires ; mais la situation n'en fut pas améliorée. Il y eut, de part et d'autre , un système de vexations fertile en incidents de pro-
tam in temporalibus quam in sj)hitualibus , essel multipliciler collapsum , et pluresde monasterio super vicio incontineneie etaliis fjruvibus criminiùus itreticos.... ad dictum locum accessimus.... Puis il impose des règles sévères pour la discipline intérieure et extérieure des religieux , et termine par celte disposition : Item , stntuimus quod omnes libri armarioli quemulur dilujenler et de cetero annis singulis . die tth'rrurii post Penlti., ad abbntittm eos dr/jerant omnes canunici et ulii qui eos habuerunt.... tt nomina illorum scribantur et tradentur custodi librorum, net de cetero alicui tradentur sine htieris vel bono memoriali. (Artli. dép.. Titres de Saint-Jean. )
1 Ine enquête préalable, entamée à la fin de l'année 1-50 par le doyen de Chartres, pour le Chapitre, et par le trésorier de lieauvais, pour le Comte, arbitres auxquels on adjoignit, comme tiers-expert , Guy de Neaullc, doyen de Saint-Martin de Tours , fait connaître les conditions exigées pour passer de la bourgeoisie à Yawuerie. Les arbitres devaient, avant tout, rechercher si, au jour de l'avouerie, les bourgeois discutés étaient hors d'état de marchandise et de vire d'usure , et , à l'égard de Gilot Colrouge , si l'avoué pourvu de 1'oflice de maire du Chapitre pouvait marchander ( faire le commerce ) et être cependant hors de la bourgeoisie et de la justice du Comte. ( Arch. dép.. Papiers du Chapitre. Ade fait après l'incarnation J.-C . m ce 1 noviesme. Pierre, doyen . Jean , comte. \