TOME I
monte4 378 marches, on arrive à l'étage du timbre ou tocsin qui renferme la cloche d'alarme. Cette lanterne octogone, figurant seize baies à tympans trilobés et à frontons aigus , enveloppe de ses festons élégants la base d'une flèche ou pyramide à huit pans, en écailles imbriquées, avec arêtes à crochets, qui termine d'une manière splendide l'admirable conception du maçon , ou, pour mieux parler, du grand artiste Jehan de Beaucc.
L'étude des façades ne présente pas un moindre intérêt.
La façade occidentale, dite Royale, se compose « d'un perron » de six marches, d'un porche à triple baie historiée de » sculptures , d'un triplet ogival et vitré, d'une rose, d'une » balustrade avec trottoir, d'une galerie de Rois et d'un gable » ou pignon orné d'une niche et terminé par une statue *. » Les chambranles, les tympans, les voussures , les parois et les colonnettes de chacune des baies sont tapissés d'un fond d'ornements de style roman ou bizantin sur lequel se détachent des groupes de statues formant diverses compositions religieuses ou allégoriques.
La baie centrale, aux proportions grandioses, est consacrée au triomphe du Christ. Le Sauveur, assis sur un trône, au sein d'une gloire ovoïdale, occupe le milieu du tympan ; autour de lui, les animaux évangélistiques , les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse , les anges , les prophètes, forment plusieurs cordons dans le tympan et dans la voussure. Huit statues colossales, sur dix qui existaient autrefois, se dressent, entre socle et dais, contre les parois de la baie; à la longueur des bustes, à la justesse des corsages, à la raideur des draperies à plis serrés, à l'immobilité et surtout au caractère religieux des figures , on reconnaît la manière bizantinc transmise par l'art roman aux imagiers du XHe siècle*. Des scènes de la vie de
1 Bulteau, ouvrage cité, p. \H.
* On pense que ces statues , ainsi que celles qui garnissent les parois des baie> latérales, représentent les donateurs du portail.
Jésus-Christ et de Marie sont représentées sur les chapiteaux des colonnettes intermédiaires; les pilastres qui séparent la porte centrale des deux autres sont ornés de statuettes, parmi lesquelles on reconnaît un charcutier, un musicien , un armurier, un marchand, un boucher, un roi, saint Paul et saint Jacques-le-Mineur.
Le sujet sculpté dans le tympan de la porte latérale de gauche n'est pas déterminé d'une manière bien certaine par les savants ; quelques-uns y voient la descente aux Lymbes , d'autres l'Ascension. Les apôtres et les anges environnent le Christ. Les cordons de la voussure sont remplis par les figures symboliques des douze mois de l'année et des douze signes du Zodiaque ; une suite de scènes de la vie du Sauveur et de sa Mère garnit les chapiteaux , et cinq statues colossales , entre socle et dais, sont placées le long des parois.
La baie latérale de droite célèbre la sainte Vierge. Elle est assise sur un trône , au milieu du tympan , couronnée et tenant son fils sur ses genoux; deux anges lui présentent des parfums. Les cordons du tympan et les chapiteaux des parois offrent des épisodes de la vie de Jésus et de Marie ; on y remarque , entre autres , l'Annonciation , la Visite à Elisabeth , la Naissance du Christ, l'Adoration des Bergers, la Présentation au Temple. Les cordons de la voussure sont occupés par les anges et par les figures allégoriques des arts et des sciences; on croit reconnaître la Musique avec Pythagore , l'Arithmétique avec Gerbert, la Rhétorique avec Quintilien , la Géométrie avec Archimède, la Philosophie avec Socrate , l'Astronomie avec Ptolémée et la Grammaire avec Chilon. Les parois de cette porte donnent place à six statues colossales , entre socle et dais.
Le triplet ogival qui domine le portail royal a des proportions grandioses et des contours d'une pureté sévère ; la fenêtre centrale est d'un tiers plus haute que les deux autres. Au-dessus de ce triplet, on admire la disposition d'une magnifique rose du XIIIe siècle, dont lès douze colonnettes, surmon-
fées d'arcades tréflécs, rayonnent autour d'un moyeu commun. La naissance du pjgnon est ornée d'une galerie royale contenant seize niches et quinze statues de rois; les iconographes ne sont pas d'accord sur les personnages représentés par l'artiste \ Au milieu du triangle du pignon , on voit dans une grande niche trilobée et flanquée de clochetons, une statue de la sainte Vierge, et, au sommet de ce triangle, une statue colossale de Jésus-Christ.
La façade septentrionale qui termine le transsept du coté de Pfivèché est composée d'un perron de neuf marches, d'un porche en saillie protégeant trois baies ogivales, d'une balustrade avec trottoir, d'une galerie vitrée, d'une rose, d'une galerie couverte , d'une seconde balustrade et d'un gable.
La statue colossale de sainte Anne tenant dans ses bras sa fille Marie., s'élève sur le trumeau de la baie centrale; ce principal personnage indique que le portique est dédié à la sainte Vierge. Les statues colossales de Melchisedech , d'Abraham , de Moïse, de Samuel, de David, d'Isaïe, de Jérémie, de Siméon , de saint Jean-Baptiste et de saint Pierre garnissent les parois de cette baie ; les figures d'Élie et d'Élisée occupent les angles des passages latéraux. Aux trois étages du tympan, le sculpteur a représenté la mort , l'assomption et le couronnement de Marie. On suit dans les cordons de la voussure un arbre de Jessé, accompagné des statues des prophètes et des femmes fortes de l'Ancien-Testament et de l'histoire d'Adam et d'Èvc.
Les deux étages du tympan de la baie latérale de gauche sont consacrés à la naissance du Christ, au réveil des bergers et à l'adoration des mages. La paroi de gauche est tapissée des statues colossales d'Isaïe , de Parchange Gabriel et de Marie , symbole de l'Annonciation ; celle de droite montre les
1 Je pense, avec l'abbé Dultcaii , que la huitième statue est celle de Pépin-lc-Bref . et la dixième celle de Philippe Vr; Pliilippc-le-Hardi , sous le règne duquel la galerie a été chvse, occuperait la seizième niche. (Voir Bulteau. ouvrage cité, p. (U.)
figures de Marie, d'Elisabeth et d'un prophète, symbole de la Visitation. Les nombreux cordons de la voussure sont remplis par les figures allégoriques des dix vierges de l'Évangile, des douze fruits du Saint-Esprit, des degrés de la vie contemplative et de la vie active, et des quatorze béatitudes de l'àme et (Ui corps \
Le jugement de Salomon et Job sut son fumier sont sculptés aux deux étages du tympan de la baie latérale de droite, et, au-dessus de ces tableaux , le Seigneur émergeant des nuages semble appeler les saints personnages au partage de sa gloire. Autour de lui et dans le premier cordon de la voussure, les anges adorateurs portent les ouvrages de la toute-puissance : le soleil, la lune , les étoiles, la torche, le glaive, le bouclier, la couronne. Les faits principaux de la vie de Sanson, de Gédéon, d'Esther, de Judith, de Tobie, se déroulent dans les cordons suivants de la voussure, dont l'extrémité extérieure est occupée parles signes du Zodiaque , des mois et des saisons. Les parois de cette porte sont ornées des statues colossales de Sanson, de la reine de Saba, do Salomon, de Jésus, fils de Sirach , de Judith et de Gédéon.
Autour des piliers qui soutiennent le porche, se dressent
' Plusieurs ouvrages ont été consacrés à la description explicative des figures de cette haie. (Voir, entre autres, le savant travail de M. Didron, inséré dans le tome VI des Annales archéologiques , et l'intéressant mémoire de madame d'Ayzac , intitulé : Statues du porche septentrional de Chartres.)
Parmi les béatitudes figure la Liberté. Qu'est-ce que la liberté? — C'est /'innocence, dit Alcuin dans son fameux dialogue avec Pépin. A ce propos, M. Ozanam s'écrie : • Quand le monde barbare ne connaissait de liberté que celle de mépriscf » toutes les lois , il était beau de mettre la liberté dans l'accomplissement de la loi , ■ dans le calme d'une conscience sans reproche , dans l'essor de l'àme , que rien ne
• sépare de Dieu. Cette Liberté, entrevue par le génie chrétien, ne s'elTaça plus de
• son souvenir; et lorsque au Moyen-Age les sculpteurs de la cathédrale de Chartres
• en peuplèrent les porches de cette multitude de statues qui figuraient tout*? l'cncy- » clopédie du temps , ils représentèrent une jeune fille d une pureté parfaite , les
• yeux lews au ciel , les pieds détachés de la terre; et au-dessous ils écrivirent le » nom qu'ils lui donnaient : LlBEnTAS. » (Ozanam, Im civilisation chrétienne chei les Francs, Paris, 18i9, p. 52t.) En voyant la statue chartraine, dont la main droite brisée portait un étendard et qui appuie la main gauche sur un bouclier chargé en relief de deux couronnes ravales, on peut douter que la pensée exprimée par le savant professeur ait guidé le ciseau de l'imagier du XIII- siècle
les statues des bienfaiteurs de l'église. On croit reconnaître , dans celles des piliers de la baie centrale , les figures de Philippe, comte de Boulogne, et de Mahaut, sa femme, de Louis VIII , et d'Isabelle, sa fille, fondatrice de l'abbaye de Longchamps. Les statues des piliers de la baie latérale de gauche seraient celles de saint Ferdinand de Castille, de saint Louis et de Philippe-le-Hardi . Enfin , un archéologue distingué donne les noms de saint Savinien et de sainte Modeste aux deux statues du pilier de la baie latérale de droite qui fait face au clocher Neuf
Ce résumé très-sommaire des richesses artistiques de la façade septentrionale de Notre-Dame ne peut donner qu'une idée fort imparfaite de ce monument, construit avec la chasteté de pensée et la conscience d'exécution de l'art roman, moins la raideur des figures et l'incorrection du dessin \
La façade méridionale, dont les proportions sont plus majestueuses encore, présente de semblables merveilles. Elle se compose d'un perron de dix-sept marches, d'un porche protégeant trois baies, d'une galerie vitrée, d'une rose, d'une galerie couverte et d'un gable.
La figure colossale du Christ , entre socle et dais, est adossée au trumeau de la baie centrale ; sous le socle, on voit les figures de Pierre Mauclerc, comte de Dreux et duc de Bretagne, et d'Alix de Bretagne, sa femme \ Autour du Sauveur, et de chaque côté des parois , s'élèvent les statues colossales des apôtres foulant aux pieds leurs persécuteurs. Au centre du
« Bulteau, ouvrage cité, p. 98.
* Le portique septentrional excite à juste titre l'admiration des archéologues. (Voir : Archéologie chrétienne, par l'abbé liourassé*, p. 233. — Iconographie chrétienne et Annales arcJtcologiques , par M. Didron. — Mélanges d'archéologie , par les H. P. Cahier et Martin.)
O portique, qui menace ruine, va être démonte" pierre à pierre et reconstruit dans son *5tat primitif, sous l'habile direction de M. Lassus, architecte du Gouvernement
» Voir*M/>m, p 133.
premier étage du tympan , Jésus , assis sur un trône , accompagné de sa Mère, de saint Jean , des anges tenant les instruments du supplice de la Croix , assiste au jugement dernier , symbolisé par le Pèsemcnt des âmes. Les morts sortant il u tombeau , les esprits célestes, les prophètes et les vierges occupent les cordons de la voussure.
La baie latérale de gauche est consacrée aux martyrs. L'histoire de saint Étienne est écrite dans le tympan; dans la voussure se trouvent les principaux martyrs, les vierges sages, les vierges folles et les anges. Les statues colossales des parois représentent , à ce qu'on croit , les martyrs spécialement honorés à Chartres : saint Théodore, saint Étienne, saint Clément, saint Laurent, saint Vincent, saint Denis, saint Piat et saint Georges.
Le sujet de la baie latérale de droite est la glorification des confesseurs. L'histoire de saint Martin et de saint Nicolas remplit les deux parties du tympan ; la hiérarchie des confesseurs est reproduite dans les cordons de la voussure. Les statues colossales de saint Lomer, saint Léon, saint Ambroise, saint Nicolas, saint Martin, saint Jérôme, saint Grégoire-le- Grand, saint Avit, décorent les parois.
Les piliers de ce porche admirable , accostés de colon nettes cylindriques d'une seule pierre, offrent sur leurs plats de nombreux tableaux représentant des martyrs, des confesseurs, les vieillards-rois de l'Apocalypse , les vertus et les vices. Parmi les statues qui s'y trouvent, on croit reconnaître celles de saint Théodore, saint Saturnin, saint Piat, saint Thomas de Cantorbéry, saint Biaise, saint Vincent , saint Laurent, saint Cheron, saint Savinien, saint Aventin, saint Bacche, saint Serge, saint Lubin, saint Calétric, saint Avit, saint Solemnis et saint Mesmin.
U nous est impossible de décrire les richesses des clochetons, des pinacles, des socles, des chapiteaux, des ornements de toutes sortes jetés h profusion dans l'œuvre du sculpteur. Ter-
minons cet aperçu en disant que le portique du midi , couronné par une rose d'un goût exquis, par une splendide galerie de Rois et par un gable pourvu d'une statue colossale de la Vierge, fait le plus grand honneur à l'architecture du XIIIe siècle ; comme au portique septentrional, les statues, étudiées avec un soin extrême, ont perdu de la raideur bizantine sans rien perdre de la naïveté chrétienne; c'est l'art réel inspiré par la religion.
A droite de ce portique, et dans la cinquièmo travée de la nef méridionale, on remarque l'abside d'une chapelle bâtie hors-œuvre dans le style ogival tertiaire. Cette élégante construction, qui date de 1413, est ornée de quatre statues parmi lesquelles se trouvent les images du fondateur, Louis de Bourbon , comte de Vendôme , en habit monastique , et de Blanche de Roucy, sa femme; les autres semblent représenter le patron et la patronc de ces hauts personnages \
Maintenant que nous connaissons l'extérieur de l'antique cathédrale, pénétrons sous ses voûtes mystérieuses.
L'aspect intérieur de Notre-Dame illuminée au soleil couchant par les mille facettes de ses vitraux , transporte d'admiration ; on comprend qu'un pareil monument n'a pu être édifié que par la foi et ne peut être habité que par Dieu. A cette admiration se joint un sentiment d'effroi , lorsque l'œil contemple la voûte dont les nervures retombent à uue hauteur prodigieuse sur 52 piliers et 40 pilastres gigantesques. Trois parties bien distinctes se partagent la hauteur du vaisseau : les bas-côtés percés de verrières, en forme de lancettes, la galerie
1 Au XlV'e siècle , alors que la statuaire d« l'église était toute neuve , le Chapitre veillait avec grand soin à sa conservation. 11 résulte d'une mention insérée dans la séance capitulaire du samedi après la Sainl-Turian 1307, que Gilot, dit VendAmcau, jetnc fils de Jean Vendôineau, pré vol de la ville en 1208, fut condamné à une amende pour avoir frappé avec ses flèches, en tirant aux oiseaux, les mains, bras et visages des statues placées dans les portiques. En 1340 (séance capitulaire du mercredi dans la vigile du Saint-Sar rement) , le Chapitre ordonna qu i! serait publié au prAnc , dans les églises de Chartres et banlieue , un mandement sévère contre ceux qui tirent de l'arc et de l'arbalète contre Notre-Pame , au risque d'offenser les statues et verrières.
ou triforium avec ses arcades légères et les grandes fenêtres géminées qui atteignent presque le voûtage. Ces ouvertures multiples, en faisant disparaître le mur, contribuent puissamment à la légèreté du saint temple.
Selon Pusage du Moyen-Age , le chœur est dérobé aux regards profanes. Malheureusement, du côté de la nef, l'antique Jubé 1 a fait place à une grille en fer et bronze doré et à deux bas-reliefs d'une pauvre exécution , représentant le Baptême et l'Annonciation * ; mais la ceinture qui revêt les flancs et l'abside , subsiste encore pour la gloire de la sculpture d'ornements. Cette dentelle de pierre, commencée en 1514 par Jehan do Beauce , dans le style ogival tertiaire , continuée dans le style Renaissance, n'a été terminée que dans les premières années du XVIIIe siècle. Au-dessus d'un mur plein, décoré d'arcades ogivales ou surbaissées, de colonnettes, de bas-reliefs, de rinceaux et d'arabesques, se trouvent quarante niches séparées par des travées à claire-voie , ornées de quarante groupes presque tous relatifs à la légende de la Vierge , et couronnées par un dais à clochetons multiples. Toutes les formules de l'admiration ont été épuisées par les écrivains qui ont parlé de cet écrin magique de Notre-Dame de Chartres; des monographies d'une exactitude mathématique et du plus grand intérêt pour l'art lui ont été consacrées ; nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer nos lecteurs à ces ouvrages spéciaux , en nous associant à la pensée de leurs auteurs \ L'intérieur du chœur a
1 Le jubé fut démoli dnns la nuit du 21 au 25 avril 1 7G3 , et les débris , mutilés par les ouvriers , servirent à réparer les entrées du chœur. Des fouilles, faites en 1849 par M. Lassus, architecte du Gouvernement, ont heureusement restitué j>lusieurs fragments de cette construction remarquable; ils sont conservés dans deux salles de la crypte. Le jubé, pulpitrc ou ambo , suivant les expressions des historiens , avait douze toises de long sur deux toises de large , et était ouvragé tout autour d'histoires de l'ancien et du nouveau Testament , de figures et de compartiments en relief. (Pintard , Histoire de Chartres, inss. de la Bibl.)
* Ces bas-reliefs , œuvre du sculpteur Dernier, sont accompagnés de quatre statues colossales représentant la Charité , l'Espérance , la Foi et l'Humilité.
» Voir : Doven, Histoire de Chartres, t 1", p. 387 — Sablon . Histoire de I Eglise de ilhnrtre*. p 21). — Rnurassé , Cnthédrnles de France, p. 563. —
été mutilé, a la fin du XYlll* siècle, selon le goût pitoyable tic l'époque. Huit bas-reliefs en marbre, fort médiocres, ont remplacé les grandes tapisseries qui étaient tendues autrefois derrière les stalles. Derrière l'autel, fait en forme de sépulcre, s'élève un groupe colossal en marbre blanc représentant l'Assomption. 11 est composé de quatre ûgures hautes de huit pieds ; la Vierge s'élance vers les cieux « soutenue par des nues et trois anges qui semblent l'enlever et la soutenir \ » Cette œuvre du sculpteur Bridan n'est certainement pas à sa place dans une cathédrale gothique , mais elle ne manque pas de mérite comme composition et comme métier.
La cathédrale comptait autrefois trente-neuf chapelles dans l'église supérieure; il n'en reste plus aujourd'hui que onze mesquinement décorées. Nous devons citer d'abord la chapelfe de la Vierge-Noire , incessamment visitée par les fidèles ; l'image peinte et dorée repose sur un pilier de pierre que les pèlerins baisent dévotement '. Il convient ensuite d'examiner la chapelle dite des Martyrs , fondée par le comte de Vendôme ; un triptyque du XIII0 siècle du travail le plus curieux est placé sur l'autel en guise de tabernacle \ Les autres chapelles, destituées de leurs vocables primitifs, ne présentent plus aucun intérêt pour l'art.
Bcrty, Dictionnaire de l'architecture du Moyen-Age, p. 93. — Bulteau, Description de la Cathédrale de Chartres, p. 138. — Histoire du tour du Chœur, imprimée et annexée au mss. intitulé : liecueil de mémoires pour servir à Ihistoire de Chartres; Bibl. de la ville.
1 Phrase du programme tracé par les chanoines au sculpteur Bridan, en 1767 M. Doublet de Boistlribault a oublié un intéressant mémoire sur les mutilations que le chœur a subies depuis 17G3 jusqu'en 178G.
* Cette image de la Vierge était anciennement placée devant le jubé , du c<Hé septentrional , sur une colonne ■ cavée des seuls baisers des personnes- dévotes et catholiques. » (Rouillard, Parthénie, p. 135.) Jetée dans un coin de la crypte en 1793, elle fut rétablie, vers 180G, dans l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui, parjes soins de M. Maillard , curé de Notre-Dame. (Bulteau , Descript. de la Cathèd., p. 172 ) Quoique moins célèbre que la Vierge-Noire de la Crypte , la Vierge-Noire du t*ilier, livrée à la vénération du peuple en 1514, Ait toujours l'objet d'une dévotion fort vive. (Voir la notice de M. Lejeunc , insérée sous le n° 1 1 des Appendices , fin de ce volume )
' La description de ce triptyque a été donnée par M. l'abbé Bulteau. (Ouvr. cité, p. 175.)
Nous avons déjà parlé de la chapelle Saint-Piat, bâtiment hors-oeuvre qui se rattache à l'abside de la cathédrale par un escalier pratiqué à droite de la chapelle du rond-point, dite de la Communion, Cet édifice du XIV0 siècle a intérieurement la forme d'un parallélogramme ; sa voûte est formée de quatre croisées d'arêtes dont les nervures toriques retombent sur des demi-colonnes engagées dans lo mur. Les chapiteaux et les clefs de voûte sont délicatement sculptés. Six belles fenêtres de style ogival tertiaire percent les murs latéraux ; le mur oriental n'a qu'une fenêtre fort large, du môme style, qui présente un dessin d'une belle disposition. Au-dessous de la chapelle supérieure se trouve une vaste pièce dont les chanoines avaient fait leur salle capitulaire et qui contient aujourd'hui des débris de sculpture , entre autres le tombeau de l'évôque Calétric l. Les archives du Chapitre étaient conservées dans la tour de gauche de la chapelle ; la tour de droite, appelée Pai ncliaud, servait de prison aux officiers de l'église. Avant 1793, Saint-Piat avait une flèche élégante qui ôtait à l'édifice la lourdeur que l'on serait tenté de lui reprocher maintenant \
Le cimetière des chanoines, appelé cimetière Saint-Jérôme, était situé à l'extérieur de la Cathédrale , à gauche du lieu capitulaire, près de l'évèché et de la maison du Vidame. Pour le former, le Vidame avait distrait de son terrain, en 1358, deux toises et demie, en large et en long, à la condition d'y avoir sa sépulture. Le cimetière fut béni la même année par Pévèque de Reusse , suffragant de l'archevêque de Varize sous le patriarche de Constantinople , qui faisait les fonctions épiscopales pendant l'absence de l'évêque Simon le Maye. En 1 50 1 , M* François Baudry, chanoine-chambrier, fonda, dans le cimetière, sous le vocable de saint Jérôme, une petite chapelle
1 Voir suprà , p. 22 , note 1 .
* L'évoque Aimery Je Château-Luisant fonda, en 1349, dans la chapelle Saint- Piat , douze canonicats , pour huit prêtres . deux diacres et deux sous-diacres , h la collation du Chapitre. Ces canonicats furent spécialement affectés aux chantres d< musique, secrétaires et clercs de Ouvra.
qui fut dédiée par l'évêque René d'Hliers, le jour de Saint- Jérôme 1502 \
L'intérieur de la sacristie est remarquable par ses riches dispositions ; elle est voûtée de deux croisées d'arêtes à nervures toriques qui s'appuient sur des faisceaux de colonnettes et prend jour par quatre fenêtres ogivales très-bien dessinées.
L'immense vaisseau de Notre-Dame est éclairé par les plus belles verrières du monde. Les trois grandes fenêtres placées sous la rose occidentale , qui sont du XII8 siècle , offrent un magnifique spécimen de la peinture sur verre à son point de départ; presque toutes les autres verrières, roses et fenêtres, sont du XII? siècle, c'est-à-dire de l'époque la plus splendide de l'art du peintre-verrier. Notre cadre ne nous permet pas de donner la description artistique de tous ces tableaux éblouissants*; nous ne pouvons que les envisager au point de vue historique , c'est-à-dire par rapport aux donateurs.
En général, les verrières de l'étage inférieur sont dues à la piété des corps de métiers de la ville de Chartres , au siècle de saint Louis ; celles de l'étage supérieur ont été données par des rois , des princes , des seigneurs , des prêtres du même temps. Suivons les bas-cotés en commençant par les lancettes de gauche , à partir du clocher Neuf :
Le premier vitrail est consacré à l'histoire du patriarche Noë , depuis la construction de l'arche jusqu'à la malédiction de Cham. Il a été donné par la corporation des charrons,
1 Ordonné, on chapitre général de la Saint-Jean 1358, que la place donnée parle Vidamc, située entre la maison épiscopale et la chapelle Saint-Piat, continue par le has au chevet de l'église, et par le haut à l'hôtel ou tour dudit Vidamc, sera bénie et consacrée , et qu'on y fera une chapelle oratoire et un cimetière pour y ensevelir à l'avenir les chanoines. (Heg. capit., mss. de la Bihlioth.; Souchet, p. 1i et 20: Rouillard, Partliénic , p. U5; histoire manuscrite ayant appartenu à M. Marie Saint-Ursin; mss. de la Bilil.) Du temps de Sahlon (lf»>*0), on n'enterrait plus dans cet endroit que les domestiques et les otlieicrs du cloître. (Histoire de l'Eglise de Chartres , p. il.)
1 M. l'abbé Bultean a consacré à l'étude des vitraux le chapitre IV de son excellente monographie de Notre-Dame
charpentiers et tonneliers, représentés, sur les médaillons inférieurs , dans l'exercice de leurs professions.
Les vignerons et taverniers sont les donateurs du second vitrail dédié à saint Lubin , le pâtre du Poitou qui devint évôque de Chartres. 11 n'est pas sans intérêt d'étudier dans la bordure et dans les médaillons circulaires de cette fenêtre les us et coutumes des marchands de vin du XHP siècle.
La vie de saint Eustache remplit le troisième vitrail. C'est un présent de la riche corporation des pelletiers-fourreurs et drapiers dont les attributs occupent quatre petits cercles annexés au second médaillon losangé.
Le quatrième vitrail, qui retrace les principaux faits de l'histoire de Joseph , a été donné par les changeurs et monnayeurs; on voit, dans les deux médaillons inférieurs, ces négociants occupés à peser des pièces d'or et d'argent.
Les épiciers et apothicaires ont fait faire le cinquième vitrail dédié à saint Nicolas. Les trois médaillons inférieurs donnent la reproduction de scènes de ventes, et de manipulations de marchandises du métier \
On doit le sixième vitrail à la munificence des forgerons et maréchaux, figurés par des personnages qui forgent le fer sur l'enclume et ferrent un cheval. Ce tableau, auquel il manque sept panneaux, retrace l'image mystique de la nouvelle alliance.
Le dixième vitrail , dont le sujet est inconnu , a été donné par Gaufrid Chardonel , chanoine et archidiacre de Dunois, en 1242 \
Le onzième vitrail , dédié à saint Nicolas, est dû au cardinal Étienne, évêque de Palestrine, en 1240.
Les fenêtres n" 1 2 et 1 4 sont garnies de belles grisailles ;
• Il y avait au cloître une maison dite de H Espiciers. (lieg. capit., Séance du samedi après Saint-Barnabé 1327.)
■ Cette famille jouissait à cette époque d'une grande considération à Chartres. Voir suprà , p. 140.
les châteaux de Castille décorent leur bordure , en mémoire de la reine Blanche de Castille , donatrice.
La corporation des charrons, charpentiers et tonneliers, a donné le dix-septième vitrail , qui représente la vie de saint Julien-PHospitalicr.
Le dix-neuvième vitrail , hommage des texiers ou tisserands, offre les légendes de saint Savinien et de saint Potentien, premiers apôtres de Chartres , et de sainte Modeste , fille et victime du proconsul Quirinus , gouverneur de la province.
On suit dans le vingtième vitrail, aumôné par les maçons et tailleurs de pierre, la légende de saint Cheron , zélé missionnaire de notre ville.
Le vingt-unième vitrail a été offert parles cordonniers; il retrace la vie de saint Étienne.
Le vitrail suivant , dit de saint Quentin , porte le nom du diacre Nicolas Lescine \
Les confrères de saint Vincent et les texiers sont les donateurs du vingt-troisième vitrail , dédié à saint Théodore et à saint Vincent.
La légende merveilleuse de Charlemagno et de Roland, qualifiés du titre de saints , et accompagnés de l'archevêque Turpin , du traître Ganelon et des autres personnages des romans du Moyen-Age, se déroule dans le vingt-quatrième vitrail , magnifique hommage de la corporation des pelletiersfourreurs et drapiers.
Le vitrail suivant , dédié à saint Jacques , est encore un don de cette corporation.
Le trente-unième vitrail , placé au-dessus de la porte qui conduit à la chapelle Saint-Piat , reproduit l'image de ce saint au centre d'une grisaille rehaussée de médaillons chargés de fleurs de lis d'or. On pense que cette verrière a été faite vers
' Il y avait alors à Chartres une famille considérable du nom de Lescine , Lescine , ou Le Sehenne. Voir suprà, p. 157. Ce nom subsiste encore dans la Bcauce, avec «me orthographe différente.
1349, par ordre de l'évôque Aimery de Château-Luisant.
On est redevable aux maçons et tailleurs de pierre du trentedeuxième vitrail consacré à saint Sylvestre. Les ouvriers de ce métier au milieu de leurs travaux , et les outils à l'usage de leur corporation, comme l'équerre, le niveau, le marteau, sont peints dans les médaillons inférieurs.
La Iwdurc de la grisaille qui remplit le trente-troisième vitrail est aux armes de Castille.
Deux chevaliers, dont l'un porte de gueules à lu bande d'argent accompagnée de six merlettes de même , et l'autre de gueules fretté d'or de trois traits , ont donné le trentesixième vitrail, relatif à l'histoire de sainte Catherine et de sainte Marguerite \
La légende de saint Thomas de Cantorbéry est représentée dans le trente-septième vitrail , offrande de la corporation des tanneurs.
Les cordonniers ont fait présent du trente-huitième vitrail dédié à saint Martin. On pense que cette peinture est l'œuvre de Clément, verrier chartrain, à cause de sa ressemblance avec des verrières de la cathédrale de Rouen, sorties des mains de cet artiste *.
Une inscription qui se trouve dans le vitrail n° 43 , dit du Zodiaque et des mois , porte à croire que ce bel ouvrage est dû à la piété du comte Thibault VI , le lépreux , qui aurait accompli , par ce présent, un vœu du comte du Perche tué en 1 21 7 . Le prince chartrain , à cheval et portant un écu d'azur à la bande d'argent , est peint dans un médaillon inférieur. Cependant on voit dans le médaillon voisin des personnages piochant et travaillant la vigne, qui ressemblent à des donateurs.
Le môme Comte a donné le vitrail suivant, consacré à sainte Anne et à la Vierge.
1 Le premier blason est celui de la maison de la Frctte au Perche , el le second appartient à la famille d'Estrés (Bresse) ou à celle de Montéjcan.
■ Hulteau, ouvrage cite, p. 189 et 251.
Le vitrail quarante-cinquième, connu sous le nom de Notre- Dame-des-Neiges ou de la Belle-Verrière, a longtemps attiré les visites des pèlerins ; il offre la figure de la Vierge tenant Jésus sur ses genoux. C'est une des plus belles productions de la peinture sur verre des premières années du XIII* siècle. Le pilier le plus rapproché de cette fenêtre avait un autel dédié à Notre-Dame-des-Neiges; un service particulier, avec procession , fondé par le sous-doyen Ebles du Puits , qui devint évêque en 1376 , solennisait le pèlerinage de la Belle-Verrière \
Les vanniers sont les donateurs du quarante-sixième vitrail consacré à saint Antoine; ces artisans sont représentés dans les médaillons inférieurs.
Le vitrail quarante-neuvième, dit de saint Appollinaire , dont la partie inférieure a été garnie de nouveaux vitraux en 1328, par les soins du chanoine Thierry , seigneur de loys, offre, entre autres images, celle de saint Liphard, patron de quelques églises de la Beauce.
Les miracles de la Vierge étaient reproduits dans le cinquantième vitrail ; mais quinze médaillons ont été remplacés par du verre blanc. Cette fenêtre provient des libéralités de la corporation des bouchers et charcutiers.
Les bonnetiers et feutriers ont donné le cinquante-deuxième vitrail dédié à la sainte Vierge * ; le cinquante-troisième, qui retrace la parabole du bon Samaritain , est dû aux cordonniers, sutores.
Le cinquante-quatrième vitrail, consacré à la Madeleine, est un hommage de la corporation , fort ancienne à Chartres , des
1 Rouillard, Parthenie, p. 141. — Nécrologe de Notre-Dame, jour des nones d'août, g 37, mss. de la Bibl.
* M. l'abbé Bultcau attribue cette verrière aux cordonniers. (Ouvrage cité, p. 259.) Les trois médaillons inférieurs représentent une scène de vente et des ouvriers en travail. Je ne puis reconnaître une chaussure dans l'objet vendu ou fabriqué; sa forme ronde par le haut et tronquée par le bas , me semble se rapprocher de celle d'un bonnet. L'ouvrier figuré dans le deuxième médaillon inférieur tient à la main un véritable chapeau avec ses bords. I„es fabricants de chapeaux en laine feutrée formaient, au XIFI* siècle , une des corporations du métier de la rivière.
éviers ou porteurs d'eau, aquavii, ou de celle des étuviers-' baigneurs.
Enfin le vitrail le plus rapproché du clocher Vieux, dédié à saint Jean l'évangéliste , a été exécuté par le commandement des armuriers et selliers-lormiers.
Passons maintenant aux vitraux supérieurs de la nef, du transsepl et du sanctuaire qui sont composés de deux lancettes et d'une petite rose , et partons de la fenêtre de gauche la plus voisine de la rose occidentale.
Le quatrième vitrail , décoré de la figure de saint Etienne , a été donné par les tisserands, fileurs et peigneurs de laine. On y voit des artisans du métier tissant ou tenant des peignes à la main ; une femme prépare des bobines. La rose supérieure, avec l'image- de saint Lubin, est due aux taverniers.
Les pelletiers-fourreurs et drapiers sont les donateurs du cinquième vitrail , dans lequel ils occupent les médaillons inférieurs ; quatre apôtres sont peints dans les quatre médaillons supérieurs.
On doit le vitrail suivant , dédié à saint Nicolas , aux corroyeurs et mégissiers.
Le huitième vitrail, qui renferme l'image colossale d'un apôtre, est un présent de la corporation des changeurs. Le peintre a placé dans la partie inférieure de son œuvre des personnages vidant des sacs d'argent sur une table.
La corporation des portefaix, ancienne à Chartres, paraît avoir aumôné le neuvième vitrail dédié à saint Gilles.
Une inscription placée dans la rose des vitraux M et 12, qui représente une scène de labourage, semble indiquer comme donateurs les habitants d'un lieu nommé Nogent.
Dans la rose qui couronne les verrières 13 et 14, dédiées a saint Martin , on lit ces mots : Viri Turonenscs dederunt has F FF, les gens de Tours donnèrent ces trois vitraux.
Le vitrail n° 16, dans le transsept septentrional, sur lequel est reproduite la scène de la présentation au temple, a été