‹ Histoire de ChartresChapitre 26 sur 79 · ÉGLISES ET CHAPELLES HORS 1A VILLE · texte numérisé non relu

ÉGLISES ET CHAPELLES HORS 1A VILLE

1Q Église paroissiale et collégiale de Saint- Maurice , au faubourg de la porte Drouaise. — Chapelle Saint-Lazare de Lèves.

L'église paroissiale et collégiale de Saint-Maurice, dont remplacement est à peine reconnaissable aujourd'hui, était située dans le faubourg de la Porte-Drouaise , sur le haut de la colline, à gauche de la grande route de Lèves. On prétend que sa fondation première est due à saint Eman ' et qu'elle appartenait à des religieux que l'évêque Geoffroi de Lèves transféra vers 1 H 8 dans son monastère de Josaphat. Après cette translation , Saint-Maurice, possédé par des laïcs comme dîme inféodée, ne serait rentré dans le domaine ecclésiastique que sous l'épiscopat de Guillaume aux Blanches-Mains (H 64-

1 Rey. capit.; Séance du mercredi avant la Saint-Arnoull 1317.

* Je parlerai de la chapelle de l'Hôtel-Dieu dans le chapitre que je consacrerai à cet établissement. On aperçoit aussi dans le cloître, à l'angle de la rue Percheronne, à peu de distance de l' Etroit-Degré , les murs latéraux de la chapelle Sainte-Môme , fondée au XVe siècle.

5 Voir suprà, p. 21. Il existait une histoire manuscrite de Saint-Maurice par Claude Savart, ancien juge consul et premier gager de la paroisse, en 1706. La plupart des renseignements que je donne sur Saint-Maurice sont puisés dans les notes de l'abbé Brillon sur cet ouvrage , et dans le cartulaire déposé aux archives de la mairie.

H 69); c'est ce qui résulterait d'une bulle d'Alexandre III qui confie l'église Saint-Maurice , arrachée des mains infidèles , à la sollicitude et au patronage des évèques de Chartres *.

On sait que cette église fut détruite entièrement au XIIIe siècle et reconstruite bientôt après. Le nouvel édifice ne dura probablement pas longtemps sans avaries. La tour faite horsœuvre derrière l'abside avait 36 toises de hauteur: les Huguenots la démolirent en 1568 et elle fut remplacée après les guerres par un clocher peu élégant \ Pendant le siège de 1 568 , le prince de Condé ayant fait jeter bas la couverture de Saint-Maurice, braqua son canon sur la ville, du haut des voûtes. Les échevins et gouverneurs de Chartres interdirent d'abord la reconstruction de cette couverture; elle ne fut refaite qu'en i 585 , presque à plat , et sans porter sur les pointes des pignons \ En 1591 , Henri IV fit de Saint-Maurice une écurie et un poste de mousquetaires \

A l'intérieur, l'église avait douze toises de hauteur et 72 pieds de longueur dans œuvre. Les bas-côtés étaient soutenus par douze piliers ronds, accostés de quatre colonnettes s'élançant vers les hautes voûtes ; douze arcades donnaient ouverture aux bas-côtés sur la nef centrale. Au-dessous et à gauche du maître-autel , une crypte dite de Saint-Biaise contenait , dans trois tombeaux de pierre , les corps de saint Biaise , de saint Eman et de saint Pellegrin. La dévotion à saint Biaise était en grand honneur dans le Moyen-Age; on amenait devant son sépulcre les frénétiques ou épileptiques qui espéraient guérison par son intercession. Comme les cris de ces pauvres malades troublaient le prêtre à l'autel , un chanoine de Saint-Maurice , nommé Guillaume Fabri ou Lefebvre, qui mourut en 1 201 , fit

1 Copie du XVIIÎ* siècle. (Cart. de Saint-Maurice; arch. de la mairie.)

* On construisit, en 1678, une sacristie sur une partie de l'emplacement de l'ancienne tour. Le nouveau clocher, qui appuvait trop sur les voûtes, fuUtayo" en 1671. (Ilist. de Savait. - AhM Brillon.)

1 Ih

établir derrière l'église , dans un lieu retiré, une chambre appelée le berceau de saint Biaise, où les frénétiques étaient séquestrés pendant le temps de leurs neuvaines l. Au côté droit de la crypte se trouvait une arcade habitée aux XIIIe et XIVe siècles par une recluse préposée à la garde de ce lieu saint

L'entrée du chœur était, selon l'usage , fermée par un jubé construit en 1 572 ; ce monument intérieur fut démoli , sauf la croix du milieu * , en 1679, et ses débris servirent à faire une chaire à prêcher. On remarquait encore les fonts baptismaux adossés au quatrième pilier de la nef, près de l'autel Sainte- Anne et Sainte-Radegonde ; un foyer , sorte de calorifère , pavé en échiquier et disposé au bas des fonts , servait à réchauffer les petits enfants après le baptême par immersion \

Peu d'églises en France étaient aussi riches en reliques que celle de Saint-Maurice ; elle en possédait huit châsses toutes pleines \ La tradition conservée par le chroniqueur Savart,

1 Hist. de Savart. — Abbé Brillon.

» La incluse de Saint-Maurice était quelquefois nommée Dame des Saints-Lieux- Farts de la Cathédrale. iHcg. capit.; Chapitre général de la Saint-Jean 1357. Jour des kalendes de novembre 1:591. »

5 On avait une dévotion particulière |iour cette croix , parce qu'elle resta debout lors du sac de l'église par les Huguenots, en 15G8. (Hist. de Savart. lb.)

* On trouva, en lt>7-4, un puits sous les marches des fonts baptismaux. Trois autres puits existaient dans les dépendances de Saint-Maurice , le premier devant le portail royal de l'éplisc, le second prés du presbytère, et le troisième dans une vigne près du cimetière. (Ib.; et notes de l'abbé Brillon.)

8 Au mois d'avril 1227, l'évéquc Gauthier mit dans des châsses neuves les corps des bienheureux Eman et Pellegrin ou Pérégrin ; il résulte du procès-verbal de cette opération , que les reliques ont été reconnues authentiques par la constante tradition des prêtres et clercs de Saint-Maurice , et par /es vieilles écritures trouvées dans les anciennes châsses:.

Un antre enchâssement fut fait par l'évéquc Pierre Beschehicn , le samedi 23 avril 1-457. L'inventaire dressé à cette occasion donne la nomenclature suivante des reliques contenues dans les châsses :

Première Châsse.

Vraie Croix.

Saint André.

Saint Germain.

Vestement saint Solein.

Vestement saint Pierre.

Vestement saint Paoul.

Saint Sepulchre.

Saint Maurice.

Saint Serveslre.

Saint Subite.

Saint Paoul.

Saint Liqier.

Saint Jehan et saint Paoul.

Quatre corotinés.

Pierre du Calvaire.

Bras d'un Innocent.

Doigt saint Laurent, liras saint Siméon.

Doifjt saint Symphorien.

Doigt saint Cheron.

fait connaître que le nom de Saint-Maurice fut donné à cette basilique parce que les Bourguignons fuyant devant Attila lui confièrent , en 630 , la châsse du glorieux chef de la légion thébaine. Elle restitua probablement ce trésor qui appartenait alors à Saint-Germain d'Auxerre, car ce ne fut qu'en 1217 qu'elle dut à la munificence de l'abbé et des religieux de Saint-Maurice d'Agen quelques fragments des reliques de son patron \

La petite église Saint-Lazare de Lèves , fondée en 1 1 20 et reconstruite en 1409, était une annexe do Saint-Maurice. Deux vicaires ou curés perpétuels desservaient alternativement les deux églises, soit par périodes biennales et triennales, soit viagèrement \ La paroisse comprenait Lèves, Chavannes,

Huitième f.bâsse.

U chef saint Eman , couitrt de la peau et de partie des dieveux , et encore sanguineui.

Saint-Maurice possédait aussi la ceinture de sainte Thècle; c'était une bande verte, entrelacée de trois cordons et longue de cinq quarts. On la faisait loucher aux femmes en mal d'enfant.

Les reliques des autres châsses n'avaient point d'ècriteau.

Le 21 décembre 1573, les reliques de Saint-Maurice, déposées à Saint-André depuis 1508 par crainte des Huguenots , furent rétablies dans leur église par les soms de l'évéque de Thou , qui en dressa procès- verbal. (Arch. de la mairie ; Cart. de Saint-Maurice.)

Un dernier enchâssement eut lieu le 21 septembre 1608, sous la direction de messire Louis Patin, grand-vicaire de l'évéque Godet des Marais. (Extrait de l'Histoire de Saint-Maurice . par Savart.)

1 Acte de 1217, dans la fête de Saint-Jean et Saint-Paul, par lequel Milesard, abbé de Saint-Maurice d'Agen, et lotit le couvent, a la prière du doyen de Chartres, donnent à l'église Saint-Maurice de Chartres , et délivrent à M" Robert du Coin du Mur, chanoine de celle église, quelques ossements des bienheureux martyrs de la légion thébaiue. (Arch. de la mairie; Cart. de Saint-Maurice; Copie collatiomiée par Claude Blanchard, chanoine, au mois de septembre 1527.)

» Ilist. de Savart; Ib. Il existait à Saint-Lazare de Lèves une confrérie dite de la Charité , pour l'ensevelissement des morts ; elle avait été fondée au XVII« siècle par un certain Jacques Petit , natif de Lèves , et ancien compagnon du Père Claude . ermite du bois de lièves. (Ib.)

C'était à Saint-Maurice que les cordiers fêtaient leur patron. On avait iastitné dans

lioiuiènie Châsse.

Cheveux Rostre-Dame.

Yesiemenls Noslre-Dame.

De son sepulehre.

Saint Eman.

Saint Pèlerin.

Saint Père et saint Paoul.

Chère saint Père.

Mâchoire saint Laurent avec les dents.

la Barre-des-Prés , le Bourg-Neuf , Seresville, le faubourg de la Porte-Drouaise , et une partie de la rue Muret. Comme collégiale , Saint-Maurice possédait un Chapitre de neuf chanoines pourvus de cinq prébendes entières et de quatre demiprébendes, à la collation de l'évèque ; le premier chanoine en dignité portait le titre de Chevecier. Les curés étaient à la nomination de ce Chapitre \

Il est question de la terre des chanoines de Saint-Maurice dans plusieurs titres du X' siècle *; en 1060, le domaine de l'église s'étendait assez au loin du côté de Mainvilliers \ Au XIVe siècle, la censive de Saint-Maurice frappait un grand nombre de maisons de la ville parmi lesquelles se trouvaient l'hôtel des Etuves, la Salle Saint-Cheron et laFoulerie du Roi; les chanoines, en leur qualité de curés primitifs de la paroisse et comme donataires de plusieurs seigneurs, possédaient aussi des dîmes sur les territoires de Béville , Levéville, Laideville, Ensonville, Tessonvillc, Serez, Magny, Houville, Abonville, Gignonville, Mainvilliers, Lèves, et sur les vignes du faubourg *.

cette église, en 1539, une confrérie dite du Saint-Sacrement ou des Apôtres; les douze confrères ou apôtres , élus chaque année , faisaient leurs dévotions vêtus à la judaiaue et portaient à la procession le dais et les instruments de la passion. La sobriété n'étant pas la vertu favorite de ces bons apôtres , on fut forcé de supprimer la confrérie, à ce que nous apprend une note de l'abbé Brillon. On cite encore, dans l'église Saint-Maurice, une confrérie dite de Notre-Dame-dc-Liesse , établie par Jean Dubois Nattier, soldat luthérien, resté à Chartres après le siège de 1568, et converti au catholicisme. (Ib.)

1 Hist. dp Savart. Ib. Il fut décidé, par un acte de l'évéque Renaud de Moucon, de 1215, que les curés seraient choisis de préférence parmi les chanoines. (Cari, de Saint-Maurice ; arch. de la mairie.)

* Charte de l'évôgue Eudes, du 9 février 974. — Autre, de 986, du temps de l'abbé Widbert, de Saint-Père. (Cart. Saint-Père, vol. 1", p. 59 et 75.)

3 La limite de cette terre était la route publique se dirigeant vers la porte Saint- Jean-de- Vallée , aujourd'hui la route de Chateauneuf. (Cart. Saint-Père, vol. 1er, p. 24.)

* Le Cartulairc de Saint-Maurice donne les comptes de cens et rentes et des baux à ferme pour les années 1208, 1219, 1257, 1264, 1304, 1358, 1377, 1387 et 1389. Des arrêts du Parlement des 26 août 1606, 14 mai 1611 et il août 1612, maintinrent les clianoines de Saint-Maurice , comme curés primitifs de Saint-Maurice et de Saint-Lazare , dans la jouissance de la dîme des vignes appartenant aux

roissiens; cette dîme fut calculée à raison de trois pintes par quartier de vignes ou quatre pintes par poinçon de vin , au gré des débiteurs.

Ils étaient administrateurs de l'Aumône ou Hôpital de la paroisse \

Le chapitre de Saint-Maurice avait autrefois une justice qui s'exerçait près de la maison des Aveugles de Saint-Julien , hors la porte Drouaise; il la vendit dans le XIII* siècle au sieur de Chambon , sous-doyen , qui donna en retour une terre nommée Cocatrix, près de Chàteauneuf, et le Bois-Hamon, paroisse de Bailleau-rÉvêque \

2° Eglise paroissiale de Saint- Barthélémy.

L'église paroissiale de Saint-Barthélemy, détruite pendant la Révolution, était située dans le faubourg conduisant à Saint- Cheron , au point de jonction de ce faubourg avec la rue qui descend vers la porte Guillaume. C'était un prieuré-cure dépendant du monastère de Saint-Cheron. On ne sait à quelle époque remonte la fondation de cette église dont il est question dans des titres de la fin du XIe siècle s. Vers 1115*, les religieux , pour satisfaire aux besoins spirituels des paroissiens , divisèrent la cure en deux portions; l'une , annexée à l'église même du couvent , desservit les habitants du Puits-Drouet et des environs ; l'autre , conservée à Saint-Barthélemy , fut la paroisse d'une partie des faubourgs Morard et Guillaume et de quelques maisons de la ville, voisines de la Porte-Guillaume. Néanmoins , pendant plusieurs siècles , les fiançailles des pa-

1 Cet hôpital était situé orès de l'arche de Saint-Maurice , sous laquelle passe le torrent des Vaux-Houx. Il lut vendu au XVI» siècle, à la charge par îe propriétaire de nettoyer l'église toutes les fois qu'il en serait besoin. (Hist. de Savait. Ib.)

* Les chanoines vendirent le Hois-Hamon le 13 mai 1577, pour payer leur quotepart de l'aliénation de 50,000 livres de rentes du clergé , accordée au Roi par le Pape. (Cortul. Saint-Maurice; arch. de la mairie.)

* Vignes nrcs de Saint-Barthélcmv. — Actes de Saint-Père , antérieurs à 1077 et 1091. (Cart. Saint-Père. vol. 1«, p. 203, 216 H 238.) Voir suprà , p. 37, note in.

* Voir sttprà, p. 93

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