‹ Histoire de ChartresChapitre 28 sur 79 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Saint-Jean de leurs bienfaits pendant les siècles des croisades. Il faut croire que cette grande richesse reçut de funestes atteintes lors des guerres de religion , car, au siècle dernier, les revenus de la maison ne dépassaient pas 7,150 livres en argent, 880 setiers de blé et 190 minots d'avoine.

La dignité d'abbé fut possédée, par des réguliers, jusqu'en 1 55G , et, depuis cette époque jusqu'à la Révolution , par des commendataires dont le dernier fut M. l'abbé Dromgold.

Les officiers municipaux chargés de visiter Saint-Jean , en 1790, trouvèrent dans la maison onze religieux qui se sécularisèrent '.

5" Abbaye de Saint-CIteron, ordre de Saint -Augustin 2.

Le tulle de saint Choron , apôtre du pays chartrain , remonte à l'époque de sa mort , fixée au Ve siècle par les Bollandistes \ Les chroniques ecclésiastiques enseignent qu'un citoyen nommé Secran ayant bâti une église de clercs-chanoines dans le faubourg de Chartres, lieu présumé de la sépulture du martyr, une vision miraculeuse de l'abbé Aper, contemporain de révoque Pappolus (vers 570), fit découvrir l'endroit où reposait le corps du saint *. Le bruit des miracles opérés par son intercession donna naissance à un pèlerinage, et pendant plus de quatre cents ans, dit l'historien du couvent , le peuple de Chartres lit élection de sépulture dans l'en-

1 Procès-verbal de la visite tics officiers municipaux au couvent de Saint-Jean . le 23 avril 1700; Arch. de la Mairie. Le passif consistait alors en 15,900 livres, capital de rentes constituées, et eti 1 ,900 livres de dettes.

* 11 existe à la Bibliothèque de la ville une histoire manuscrite de l'ablHivc de Saint-Clicnm , composée par un religieux de celte maison vers le milieu du XVlf* siècle. J'y ai puisé plusieurs détails intéressants.

3 Voir suprà , p. 20.

» PaillH, Vie desStiinh, vol. 2, p. VW. — />« IMIatxItstcs , t. 6, Mai, p. S02. Il y avait dans la haute Iteauce, une famille puissante du nom d\4ner. sanglier; en 10%, Pierre Aper était un des fidèles du vicomte Hugues du Puiset iCart. Sa ml -Père. vol. 1", p. 240.)

clos de Saint-Cheron '. On rapporte que, vers 658, le roi ClotherlII aumôna de grands biens au nouveau monastère, en reconnaissance de la guérison d'un de ses fils.

Les Nordmans détruisirent Saint-Cheron en 858, lors du sac de Chartres; toutefois cet événement n'empêcha pas le couvent de prospérer, car les titres font connaître qu'au milieu du Xe siècle ses domaines étaient considérables et sa censive étendue'. L'évêque Geoffroy de Lèves, qui paraît s'être beaucoup occupé de ce monastère au spirituel et au temporel, reconstruisit les bâtiments vers 1 138. Mais cette maison était destinée à passer par une alternative périodique de ruines et de restaurations. Les habitants de Chartres détruisirent la grosse tour do l'église en 1357, dans la crainte que les Anglais n'en fissent une forteresse, et les guerres de cette époque portèrent un tel préjudice aux religieux placés entre les assiégés et les assiégeants, que la misère les obligea à vendre une partie de leurs propriétés rurales \ Lorsque les temps devinrent meilleurs, des quêtes abondantes suppléèrent à l'indigence de la communauté , et l'abbaye fut complètement réédifiée de 1462 à 1501. Survinrent les Huguenots, qui l'incendièrent en 1568 \ Pendant un siècle et demi, une demeure

1 II est question du cimetière de Saint-Cheron dans un titre de l'abbaye de Saint- Père, du 13 juin 911). (Cart. Saint-Père, vol. 1«, p. 33.) Le clos de Saint-Cheron portail dans les temps reculés le nom de Pierre couverte , Pelra pertusa ; c'était probablement un souvenir druidique.

* Au X« siècle, la vallée de l'Eure s'appelait vallée de Saint-Cheron ; le couvent possédait plusieurs moulins , des maisons et de vastes champs de vignes. La dotation que l'évéquc Kagenfroy constitua à Saint-Père, en 919, porta sur des terres de la censive de Saint-Cheron. (Cart. Saint-Père, vol. 1er, p. 33, 31, 57, 58 et 76.)

3 Acte de l'abbé Robert {c. 13S0); Titres de Saint-Cheron; Arcli. départ. Le début de cette pièce peut donner une idée du style ampoulé de l'époque : .... domus nostne crumpnusam attendent! s pauperiern , quœ debitorum pené irrefragabili volutaltatur flumine ; cnni ex facultatif noslr.e tenuitate nobis non daretnr resurgere , eleginius de rébus noslris quasdam vineas et quasdain terras , qua* nobis , tmii pro loci rr motion e , tuin pro babitautitmi dampnosa frequentationc , tuin pro ipsius loci infriM tuosa laboratione , plus ineommodi conferehant ipiam commodi . plus oneris quant honoris, et eas, m debitorum solutionem, statuimus venundandas.

* Ijc 9 mars 1570, acte d'association aux prières du couvent, pour tous ceux qui contribueront de leurs deniers à la restauration de l'église ruinée par les guerres

mesquine suffit aux moitiés, qui parvinrent il rebâtir leur grande église en 1640; mais ce ne fut qu'en 1722 que l'abbatiale et les bâtiments réguliers, dont une partie subsiste encore , s'élevèrent sur les débris accumulés des trois premiers monastères \

L'église Saint-Cheron était « longue de 27 toises, non compris le rond-point, et large de 6 toises 4 pieds » ; elle n'avait ni bas-côtés, ni transsept, ni galerie. De larges tombes, parmi lesquelles on remarquait celles des évêques de Chartres Pierre Beschebien (1458) et René d'illicrs (1507) , et de l'abbé Jacques Ricoul, évèque de Termes (vers 1520), formaient le pavé du chœur. On voyait sous le sanctuaire une grotte disposée en forme de reposoir pour recevoir la chasse de Saint-Cheron. Les autels principaux étaient ceux de la messe de Prime, derrière le maitre-autel , de la Vierge , de Sainte-Môme 1 , de de Saint-Liénard et de Saint-Sébastien ; on admirait, avant 1568, des stalles hautes et basses et un jubé élégant, exécutés en 1501. A. l'extérieur, le monument n'avait de remarquable qu'une tour construite en 1401, massive, carrée, voûtée et servant de porche à l'église , dont elle ne dépassait pas la muraille en hauteur.

L'eau de la fontaine de Saint-Cheron, improprement appelée de Sainte-Mémc, conserva beaucoup de crédit jusqu'au siècle dernier pour la guérison de la fièvre ; la tradition ap-

1 La première pierre du çrand bâtiment fut posée le 17 avril 1722, par Mir* François Boule, chevalier, trésorier du Roi, et par dame Jeanne Mandat, son épouse. On Ut de grands embellissements intérieurs en 1757 et 1769.

* Sainte Même ou Mcsmc , Marima , était , suivant la légende insérée dans le nouveau bréviaire de Versailles , fille de Maximin ou Mesmin , préfet de Dourdan au Ve siècle. Convertie à la foi chrétienne, elle eut la tête tranchée par ordre de son propre père. Ce dernier se fit ensuite chrétien et devint évêque d'Orléans. 11 est fait mention d'une translation des reliques de cette sainte pendant les guerres des Nordmans , au IXe siècle ; peut-être furent-elles déposées à Snint-Chcron , car on croit que les ossements conservés dans l'église de la petite paroisse de Sainte-Mesme , près Dourdan , proviennent de notre abbaye. Toujours est-il que le culte de Sainte- Même fut en grand honneur à Saint-Cheron pendant plusieurs siècles et qu'une chapelle lui fut dédiée dans la rue de Chartres qui porté encore aujourd'hui son nom. bourdan , patrie de sainte Même , fit partie du diocèse de Chartres jusqu'en 1 791 .

prenait qu'après son assassinat sur le chemin du Parisis, saint Cheron, tenant sa tète dans ses mains, s'était rendu au bord de cette fontaine, où on Pavait trouvé en prières, avec un cerf buvant à ses côtés

La relique la plus précieuse de l'église était le corps de son patron. L'évèquc Pappolus, au dire des nécrologes du couvent, le plaça dans un édicule de bois lamé d'argent, soutenu par des petits piliers de cuivre doré et orné d'une crette et de boulettes sur le couronnement et sur les pentes des quatre cotés*. Le chef, séparé du tronc, reposa d'abord dans un vaisseau d'argent en forme de coupe ; puis il fut renfermé, en 1507, par l'abbé Ricoul, dans un autre vaisseau d'argent doré porté sur quatre lions de même matière, donné par Fr. Pierre Chanipnoir, prieur des Granges-le-Roi. Pendant les guerres de religion , les religieux avaient caché la chasse de saint Cheron dans leur Salie de la rue de la Foulerie; ils allèrent processionnellement retirer ce dépôt sacré le 18 octobre 1614. Ou ouvrit, en 1650, la châsse primitive, qui tombait de vétusté y et on la remplaça par un élégant coifret de bois doré et ciselé. Une seconde ouverture fut faite le 15 avril 1681 par M. de Brisay, vicaire-général et procureur de M. l'évèquc de Xeufville de Villeroi ; il en retira un morceau d'ossement du bras, long de deux travers de doigt, qui fut donné à la paroisse de Saint-Cheron-Moncourone, sur la demande de M. de l^amoignon , marquis de Bàville , avocat-général au parlement \

' Le grand sceau tic Saint-Cheron représentait , d'un côté , le saint portant sa tète, et, de l'autre , un cerf.

Les armoiries du couvent, enregistrées au droit de 25 livres le 15 juin 1697, étaient de gueules , au cerf d'argent , en chef d'une bande d'asitr à trois fleurs de lis engagées dur, avec mitre et crosse d'or.

■ D'après cette description , la châsse de saint Chcron devait ressembler beaucoup à la châsse de saint Potentien , qui fait partie de la collection d'émaux du musée impérial.

» Procès-verbal de Pintard, notaire apostolique Archives départementales; Titre* de Saint-Cheron, boîte première.

Le chapitre de Notre-Dame posséda , on ne sait trop comment, l'abbaye de Saint-Cheron depuis le milieu du X* siècle jusqu'à l'épiscopat de Goslin de Lèves (1 148-1 150). Ce prélat fit cesser cet état de choses anormal en donnant le couvent aux chanoines-réguliers de Saint-Augustin \ La discipline claustrale s' étant relâchée pendant les troubles du XVe siècle , une réforme radicale fut jugée nécessaire. Le 6 octobre 1524, deux religieux de Saint-Victor de Paris se présentèrent à Saint- Cheron , assistés des chanoines de Notre-Dame Thiersault et Taillebois, et de MM. Christophe de Herouard, lieutenantgénéral du bailliage, et Jean Plume, procureur du Roi; ils exposèrent le projet de règlement et le firent accepter séance tenante par la communauté. Les principales dispositions de cet acte prononçaient l'exclusion absolue des femmes de l'enceinte des lieux réguliers, l'obligation de garder la clôture, le rétablissement de tous les offices de jour et de nuit, la défense d'aller trop souvent à la ville, de fréquenter les jeux de paume ou les étuves et de porter des habits moudains. Les réformateurs prescrivirent en outre l'affiliation immédiate de la maison do Saint-Cheron avec les autres maisons de son ordre \

Une seconde réforme, entreprise en 1623 sur l'invitation du cardinal de la Rochcfoucault, fut complétée en 1625 par M. l'évêque d'Estampes de Valançay. Les religieux réformés commencèrent eu 1629 à se livrer à l'éducation de la jeunesse.

Une paroisse , avec titre de prieuré-cure , était annexée à l'église abbatiale; elle desservait le faubourg de Saint-Cheron et les hameaux voisins. L'abbé Ricoul sépara, en 1511, le cimetière des paroissiens de celui des gens de la ville , et , lors

1 Le pape Eugène 111 donna, en 1154», une bulle d'approbation pour l'introduction des Augustin* dans le monastère de Saint-Cheron par l'evequc Goslin de Lèves. (Arrh. dép.; Cliapilrc, inv., p. 250.)

* Histoire manuscrite de &iint~Cheron , p. 42; Bibliot. romnwnalc

de la réforme de 1524, le presbytère du curé, qui était peu convenable, fut reconstruit en dehors des bâtiments réguliers. M. de Neufville de Villeroi jugea utile, par décret du 9 avril 1684, d'unir les biens de la cure à la mense conventuelle; toutefois le titre de curé-prieur fut conservé au religieux chargé de la desserte de la paroisse. Jadis l'office paroissial se célébrait dans la grande nef, à Pautcl de la Vierge; après la réforme du XVIIe siècle , les religieux, pour être plus isolés, reléguèrent les fidèles dans la petite chapelle Sainte-Même , annexe hors-ceuvre de l'église. Les habitants de Saint-Cheron , devenus très- nombreux, adressèrent à ce sujet des plaintes à M. l'évèque Godet des Marais; ce prélat intervint au mois de mars 1696 et prescrivit le rétablissement de la paroisse dans la nef, ce qui fut exécuté non sans protestations !.

L'époque la plus brillante de l'abbaye de Saint-Cheron , au point de vue temporel , parait avoir été le XIIIe siècle. Entourée do la protection des papes et favorisée par les princes et les seigneurs *, elle possédait les prieurés de Saint-Germain

1 Les paroissiens disaient , par l'organe do leurs gagers Mathurin Vivien et Etienne Feray, qu'étant plus de 500, par suite de l'augmentation de la imputation de Saint- Cheron, lieu de franchise non sujet à la taille, ils ne pouvaient tenir dans la iielife chapelle Sainte-Même. Le prieur Trudainc répondait qu'il ne serait pas convenahlc de commettre à des paysans les jeunes gens distingués dojit l'éducation était ronliée à la communauté, et qu'il en référerait à M. Testu, ahhé commendataire. (Procèsverbal du 12 mars 1603, par M. Godet des Marais, assisté de François Hegnault, chanoine de Saint-André , son aumônier, et de Jean Peluche , acolvle, son secrétaire. — Autre, du 18 du même mois, par M. Louis Isambcrt, docteur en Sorhoune et chanoine de Notre-Dame, délègue par l'Évêquc pour remettre l'ordre dans la paroisse de Saint-Cheron. Arch. dép., Titres de Satut-Cheron.)

1 Bulles de protection par les papes Eugène III (1115-1153), Alexandre 111 (11 78), Luce III (118-2) et Honorius III (121 G). Donations par la comtesse Isabelle et le comte Jean d'Oisy (voir suprà , p. 131 et 137), par Ilcnaud de Montmirail et (îislcbert de Tardais "(voir suprà , p. 111), par l'évèque Mathieu (c. 1250). Dans les siècles suivants , les principaux bienfaiteurs de Saint-Cheron furent les évêques Beschebien (1458) et René dlllicrs (1507), et M. Louis le Boulanger, bourgeois de Paris, qui donna 12,000 livres au couvent, en 1755.

En 1211 , les religieux, de concert avec Etienne, doyen du chapitre de Notre- Dame, couvertirent en une redevance de 10 livres et 12 deniers, le repas d'eschaudez, de chair de porc et de vin de Chartres qu'ils étaient tenus de fournir aux clercs de choeur de la cathédrale, à la procession do la cinquième féric après Pâques. (Acte de l'ahbc Denis, avril 1241 ; coll. Lejcunc.) En 12ii, ils obtinrent du chevalier Rallier de Arcagio un désistement formel au droit qu'il s'arrogeait , de prendre , ave<-

de Dourdan, de la Gaudaine, de Saint-Cheron-du-Cheniiu , do Saint-Barthélémy et des Granges-le-Roi 1 ; sa censive frappait un grand nombre de maisons de la ville et de la banlieue , et l'hôtel de la rue de la Foulerie, connu sous le nom de Salle Saint-Cheron , lui assurait un refuge dans les murs de la cité En 1320, le comte Charles de Valois octroya aux chanoines le droit de colombier8; une charte-gardienne leur fut accordée par Louis XI, le 18 août 1474, en échange de prières pour lui , son père et les trépassés \

L'abbaye fut occupée, jusqu'en 1541, par des abbés réguliers, et, depuis cette époque, par des commendataires dont le dernier fut M. l'abbé Rivière \

Le 23 avril 1790, jour de la visite à Saint-Cheron des officiers municipaux de Chartres, il ne restait plus dans cette maison que quatre religieux , y compris Mlre Nicolas- Etienne Malot, curé-prieur de la paroisse. Les revenus an-

deux amis, quand bon lui semblait, un repas chez le prieur de la Gaudaine. (Arch. dép.; Titres de Saint-Clieron.) Tout en se débarrassant de ces redevances incommodes, les chanoines savaient profiter des redevances de même nature attribuées à leur maison par l'usage ou par des titres. Les prieurs étaient tenus, pour concourir à la solennité des obiîs , de verser à l'économe du couvent des f aisances eu nature , dites Pitances; par un règlement de 1215, l'abbé Joscelin prescrivit de consommer

chaque pitance le jour de l'obit auquel elle correspondait ut sic, de bonis tem-

poraiibus refecti, dominum collaudamus pro defunclis, et uberiores Deo gracias referamus. (Arch. dép.; Saint-Cheron, boîte première.)

1 Acte capitulairc de janvier 1218. (Arch. dép.; Saint-Cheron, boite première.)

* Dans les temps reculés , la salle Saint-Cheron porta le nom de salle Ysambert de Gallardon (Compte de Saint-Maurice , 1389; Arch. de la Mairie); ce seigneur,

?iui vivait à la fin du XIIe siècle , en avait probablement fait don au couvent. L'abbé ^abriel de Galifet fut autorisé , par arrêt du conseil du 26 février 1 746 , â fcrire démolir cette vieille maison.

8 Acte du jeudi devant les Cendres 1320. (Arch. départ.; Saint-Cheron , boite deuxième.) En 1402, Jean Michon, citoyen de Chartres, donna six-vingt écus d'or à la couronne pour la fondation du grenier et du colombier de Saiut-Cheron.

* Cette pièce est datée de Chartres. (Arch. dép.; Titres de Saint-CJieron.)

5 Les principaux abbés de Saint-Cheron furent Jacques Rieoul , évéque de Termes ( 1501-151 4); Barthélémy Simon, évéque de Sébastc (1511-1536); Claude de Saincles , docteur de Navarre, député au concile de Trente et évéque d'Evreux (1536-1511) ; Hugues Satel, premier couimendataire , poêle traducteur d'Homère et de Virgile (1511-1552); Guillaume d'Aubermnnl , chanome-chambrier de Notre- Dame, échevin ecclésiastique de Chartres (1571-1580) . l'abbé Teslu. membre de l'Académie Française (1710)

iiuels s'élevaient à 8,391 livres en argent, 175 setiers de blé et 230 minots d'avoine; les dettes se montaient à 10,000 livres environ.

Le petit séminaire est établi aujourd'hui dans les bâtiments de l'ancieu couvent do Saint-Cheron.

4° Abbaye de Josaphat, ordre de Saint- Benoit.

L'abbaye de Josaphat , que l'évèque Geoffroy de Lèves et son frère Goslin construisirent vers 1117 1 dans un des sites les plus riants de la vallée de l'Eure, à l'instar du couvent des Bénédictins fondé dans la vallée même de Josaphat , en Palestine, eut, comme les autres maisons religieuses de la banlieue chartraine , des phases d'infortune et do prospérité.

Un historien du couvent ' dit que la communauté confiée par Geoffroy aux soins de l'abbé Girard, se recruta, dès son origine, parmi les religieux de l'ancien monastère de Fermetot, près Pont-Audemer, ruiné par les guerres d'Henri V d'Angleterre et de Louis-le-Gros. La maison de Fermetot passa, en effet, aux moines de Josaphat et leur servit de lieu de refuge dans les jours de malheur. Ils s'y retirèrent en 1 432. après la destruction complète de leur couvent sous l'abbé Jean, lors de la surprise de Chartres par le Dunois s. Josaphat ne sortit de ses ruines et ne rendit un gîte à ses anciens habitants que sous l'abbé Michel, qui siégea de 1443 à 1471. 11 est probable que les guerres de religion apportèrent à l'abbaye leur contingent de désastres; néanmoins elle ne périt pas par

1 Voir supra , p. 92.

1 Histoire de Josaphat, par l). Fabien Buttereux, if»0>8; mss. de la Bibl.

* Extrait des cnrtulaires rouge et blanc de Josaphat; Arcli. dfy. Les religieux étaient encore a Fennetot en 1 4 41). (Ib.) Les guerres du XI V* siècle avaient déjà occasionne* la ruine presque complète de Josaphat ; il résulte d'une information faite par i'omcial de Chartres, en que les religieux , appauvris, ne pouvaient trouver dans leurs propres ressource cinq millo livres à consacrer aux réparations du couvent, flb )

l'incendie, car nous savons qu'Henri IV, malade, y séjourna pendant le siège de 1 59 i . De grandes réparations aux lieux réguliers, entreprises vers 1650 sous l'abbé Henri d'Orléans de Rothelin , furent continuées jusqu'à complet achèvement par son frère et successeur, Gabriel d'Orléans de Rothelin. La plupart des bâtiments qui existent encore aujourd'hui datent de cette restauration.

L'église, dédiée vers 1 169 par l'archevêque Guillaume-aux- Blanches-Maius, partagea le sort bon ou mauvais du couvent. On y voyait, au XIII0 siècle, une chapelle dite des Infirmes , qui communiquait avec l'infirmerie des religieux 1 ; une autre chapelle, sous l'invocation de saint Nicolas, renfermait la tombe de l'abbé Girard , mort en 1 1 52 en odeur de sainteté ' ; d'autres sépultures, dont les plus remarquables étaient celles des évoques Geoffroy de Lèves (H 48) , Goslin de Lèves (H 55) et Robcrt-le-Breton (1164), décoraient la basilique. L'église, bâtie après la destruction de 1 432, avait une large nef et des latéraux autour du chœur.

Josaphat possédait quelques reliques do prix; en 1449, Pofficial de Chartres dressa procès-verbal de l'ouverture d'une châsse dite de Saint-Biaise, qui avait stationné auparavant dans la paroisse de Saint-Marcoul de Mantes et chez le prieur de Saint-Biaise de la Brosse; un autre reliquaire dont M. l'évèque de Neufville de Villeroi fit l'ouverture solennelle , en 1671, contenait le chef entier de sainte Euphémic et des ossements de saint Théodore. Mais ce qui donnait surtout de la réputation à l'église de Josaphat, comme lieu de pèlerinage , c'était le souvenir du dépôt que Philippe de Valois y avait fait

1 Radulf de Saunières, doyen de Brou, donna h Josaphat, en 1221, plusieurs maisons à Chartres, Lacé, Saint-Maurice, et une terre à 011(5, pour l'entretien de la chapelle des Infirmes et le service de l'infirmerie du couvent. (Arch. dép.; Extrait des cartulaires rouge et blanc de Josaphat.)

* Avant la ruine du couvent , en i 132 , les infirmes venaient faire des prières sur le tombeau de l'abM Girard et obtenaient souvent guérison. (Ilist. de D. Ûuttereux; mss. de la Bibl.)

de la sainte couronne d'épines. Depuis cette époque (c. 1328), jusqu'au milieu du siècle dernier, le peuple de Chartres venait, chaque année, dans la nuit du Vendredi-Saint, faire ses dévotions au monastère ; les plus zélés remplissaient ce devoir pieds nus, la tête couverte d'un grand drap blanc. Par un autre usage dont l'origine est peut-être duc au même souvenir, jamais la chasse de la Sainte-Chemise ne sortait de Notre-Dame, en procession générale, que pour être portée à Josaphat

Avant la ruine du couvent par le fait des guerres, la communauté était des plus florissantes; on y comptait jusqu'à cinquante religieux. Une réforme y fut introduite en 1546 par Louis Millet, abbé et grand-archidiacre do Mcaux. En 1622, M. François de Loménie, abbé et évèque de Marseille, voulut faire réformer de nouveau le monastère par des religieux de Saint-Germain-des-Prés; cette mesure, retardée par quelques obstacles intérieurs, fut exécutée en 1640, sous Pépiseopat et d'après l'injonction de M. l'évèque Léonor d'Estampes de Valançay.

L'abbaye de Josaphat, quoique moins bien partagée que celle de Saint-Père, ne laissa pas que de réunir, dès le Moyen- Age, de très-vastes possessions. Au XIIIe siècle , elle gouvernait un grand nombre de cures réparties principalement dans les archidiaconés de Chartres, de Pincerais, dcDunois et de Dreux elle avait encore au XVII0 siècle onze prieurés, dont

1 On peut admettre aussi que ces processions de la Sainlc-Chàssc à Josaphat furent instituées en mémoire de la déroute que l'évèque Gancchnc lit éprouver aux Nordmans, dans la vallée de Lèves, en Ull.

rendant plusieurs siècles, les enfants de chœur de Notre-Dame furent dans r usage de faire , chaque année , au temps des vendanges , une chevauchée « «ne au couvent de Josaphat. Tous les ans, le doyen de ces enfants élevés à la maîtrise, adressait un discours latiu au Chapitre pour lui demander la permission d'exécuter celte procession kmftonne. L'usage n'en cessa que peu de temps avant la Kévolution. (Documents sur le Cliapitre; coll. Lojeune.)

s Confirmation par levéque Uciiaud de Mouçon des droits et privilèges de Josaphat sur un grand nombre de paroisses de son diocèse. (Acte de septembre 1215, adressé à l'abbé Guérin. Aich. dep.; 'litres de Josapliat.)

les plus importants étaient ceux de la Brosse, près Mantes, etdeChalo-Saint-Mard, prèsEtampcs l. A Chartres, sa censive frappait plusieurs maisons; elle possédait deux fours banaux et une maison de refuge dite Salle Josaphat , près la porte Drouaise * ; à Lèves, son enclos comprenait les fertiles prairies du bord de la rivière et des moulins V Ses principaux bienfaiteurs , dans les temps anciens , furent les seigneurs de Lèves, les comtes Thibault IV et Thibault V, les rois Louisle-Gros, Philippe de Valois et Charles V , et le comte Charles

d'Orléans \

Il résulte du procès-verbal dressé par M. Poulin de Fleins,

1 Les terres de la Brosse provenaient au couvent de la donation qui lui en avait été faite par Hugues Le Koux , seigneur des environs de Mantes. ( Acte d'amortissement, par Louis-le-Gros , de 1123. Vidimus par Jean Berziau, bailli de Chartres, du 13 octobre 1505; Arch. dép.) Le domaine de Chalo avait été aumAné à Josaphat par divers personnages, et, entre autres, par Menier, châtelain d'Etampes. (Acte daté de Saint-Gcrmain-en-Layc , au mois de décembre 1222; ib.)

Dans le pays chartrain proprement dit , la possession la plus importante et la plus ancienne des religieux était la seigneurie de Saint- Amoult-des-Bois. Le fief principal de cette paroisse relevait de Josaphat en foi et hommage , à charge d'aveu , de dénombrement, de cheval de service et autres droits. En 1681 , les demoiselles de Raimbcrt, héritières de ce fief, remplirent le devoir féodal envers l'abbé Gabriel d'Orléans de Rothclin et payèrent 100 livres de rachat, prix de l'abonnement alors fixé pour chaque mutation. "(Arch. dép.; Titres de Josaphat.)

* Actes de 1170-1173, par lesquels la vidamesse Marguerite, ses fils Jean, Robert et Guillaume cl l'archevêque Guillaume-aux-Blanches-Mains , renoncent à toutes prétentions sur le four de Josaphat , situé près de la porte Drouaise. (Arch. départ.; Titres de Josaphat.) Li maison appelée salle Josaphat avait été aumônée aux religieux par Bérenger, prêtre-recteur de Champhol. (Acte de janvier 1224, passé devant l'oflicial Robert de Cuneo mûri; Arch. dép.) En 1459, une maison rue Saint- André, aujourd'hui rue de la Brèche , fut donuée à Josaphat pour y établir un pressoir. (Extrait des cartulaires rouge et blanc; ib.)

9 En 12i8, Thomas de Bruyères, seigneur de Lèves, autorisa les moines de Josaphat à clore de murs de pierres leurs prés de Josaphat joignant la rivière , mais à la condition que cette clôture ne nuirait pas au cours de l'eau vers les moulins inférieurs, nui lui appartenaient. (Acte daté du Plessis, près les Bruyères, la veille de la Saint-Martin doté; Arch. départ.) Déjà en 1156, sur ta plainte de Milon de Lèves , on avait fixé un repère aux moulins des religieux , pour empêcher la retenue arbitraire des eaux au préjudice des moulins inférieurs. (Acte devant l'évéque Robcrt- Ic-Breton. Xoirstiprà, p. lOi.)

* Les biens de Josaphat relevant du Comté et de la Couronne furent amortis par Thibault IV, au XIIe siècle, et par le roi Charles V, en 1367. (Livre de Jean Mar-

2 janvier Mi l, Charles, duc d'Orléans et de Valois, comte de Blois et de Beaumont, seigneur de Coucy, donna aux religieux de Josaphat une rente de 10 livres tournois, sur le comté de Dunnis . payable par Pierre Renier, son trésorier fArch dép : Titres de Josaphat i

chand, avocat. Mss. du WIU siècle

maire de Lèves, les 4, 5 et 17 niai 1790, que la communauté de Josaphat se composait alors de sept religieux , y compris D. Renard, prieur, qui manifestèrent tous l'intention de se séculariser. La bibliothèque était riche de 3,000 volumes. Les revenus s'élevaient à 27,190 livres en argent et 40 muids de blé; le chiffre des charges annuelles (pensions, gros et demigros aux curés et vicaires de Feuchcrollcs, Ablis, Gas, Boutervilliers et Neuvy) se montait à 3,531 livres \

L'ancien couvent de Josaphat , auquel des bâtiments nouveaux et une chapelle ont été ajoutés , est occupé aujourd'hui par un hospice d'incurables et de vieillards infirmes, qui a pris de son fondateur le nom d'Asile d'Aligre.

5° Chevaliers du Temple, et chevaliers de Saint- Jean-de- Jérusalem.

Nous avons donné , dans le chapitre VIII de cette histoire , les seuls renseignements qui nous soient parvenus sur les Templiers de Chartres \

Les Hospitaliers ou Chevaliers de Saint-Jcan-de-Jérusalem , connus plus tard sous le nom de Chevaliers de Rhodes , puis de Malte, réunirent, en 1312, aux biens de leur ordre, à Chartres, les maisons que possédaient les Templiers. Néanmoins cette agglomération de propriétés ne forma en aucun temps une commanderie, et le chapitre de Notre-Dame s'opposa toujours à ce que les Hospitaliers fissent bâtir dans leur hôtel une chapelle ou même un simple oratoire*. En 1496,

1 Les principaux abbés de Josaphat furent Girard (1117); Michel (1443); Jean Neveu, évéque de Sentis, premier commendataire (1472); Jacques du Terrail, frère du chevalier Bavard et évéque de Glandèves (1523); Louis de Charni , évéque de Glandèves (1535); René dcBirague, chevalier et chancelier de France, puis cardinal (1578); François de Loménic, évéque de Marseille (1622); Henri d'Orléans de

* Voir suprà , p. 173.

» Arch. dép.; Beg. des Privilèges du Chapitre, Cap. de CapePis et oratorits. folio 5, recto.

le procureur des Chevaliers, chargé de la régie des revenus de Chartres, et demeurant dans la maison de l'Ordre voisine de celle des Jacobins, fut obligé, malgré la prépondérance militaire et religieuse de ses maîtres en France , de composer avec les gagers de Saint-André, moyennant quelques sommes de deniers, pour éviter d'être mis à la taille comme un simple paroissien *.

Cette position subalterne dans les rangs de la milice monacale chartraine décida probablement l'Ordre à se défaire de ses domaines urbains. Vers 1656, il céda aux Carmélites l'antique maison des Templiers et disparut définitivement de la liste des gens de main-morte de Chartres.

6" Frères- Mineurs, dits Cor délier s, ordre de Saint-François.

Les Cordclicrs, dont l'établissement dans le Grand-Faubourg remonte, comme nous l'avons déjà dit % a l'année 1231, virent augmenter assez promptement leurs possessions chartraincs. Un siècle après leur fondation (1325), ils avaient censive sur vingt-cinq maisons de la ville, ce qui ne laissait pas (jue d'être contraire au vœu de pauvreté absolue exigé par la règle de Saint-François.

L'importance morale de ces religieux grandit en même temps que leur fortune matérielle. En 1270, le pape Clément IV les autorisa à prêcher et à confesser une école de théologie fut établie dans leur couvent en 1391 *; l'évéque

1 Arch. dép.; Livre de bois de Saint-André. * Voir stiprà, p. 135 et 153.

s Voir supra, p. 15,3, noie 2. La bulle de Clément IV fut promulguée à Paris le 7 des noues de mars 1270, par Radulf, évèquc d'Albe, légat du Saint-Siège. — I.e (î novembre 15511, le ÏWi donna permission aux religieux de l'ordre de Saint- François, nommés Cordeliers, de préclicr dans toutes les paroisses du rovaume. (Arch. dép.; Titres des Cordeliers.)

4 Autorisation nar le Frère Jean , général des Frères-Mineurs , en date , à Paris , du iH février 1301. (Ib.J

Kené d'Illiers, par décret du 6 avril 1494, leur permit d'administrer le sacrement de l'Eucharistie aux fidèles étrangers au diocèse \ Us firent bientôt concurrence aux frères Prêcheurs ou Jacobins pour les prédications officielles de l'Avent et du Carême; aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, le corps de ville les avait en même recommandation que leurs confrères, et, chaque année, l'aumône municipale venait grossir les revenus de la maison*. La sainteté de la vie des fils de saint François, durant la première période de leur séjour à Chartres, leur attira de si vives sympathies, que beaucoup de personnages considérables firent élection de sépulture dans leur église \

Mais, avec le temps et la richesse, les mœurs des Cordeliers perdirent de leur pureté, et, eu 1502, le Pape fut forcé de prescrire la réformation de tous les établissements de l'ordre dans la province de France. Cette œuvre ne s'accomplit pas sans difficultés; des désordres éclatèrent en plusieurs endroits du royaume, et, pour les prévenir à Chartres, le roi Louis XII crut devoir enjoindre aux magistrats de la ville de prêter au besoin main-forte aux religieux réformateurs \ En 1503, les Cordeliers de Chartres se rangèrent si strictement au vœu de pauvreté, qu'ils congédièrent la confrérie de la Croix, érigée, chez eux , moyennant une redevance annuelle, par les compagnons du Vidame \

Cependant cette réforme radicale faillit compromettre

1 Acte du jour de la lune après le dimanche de Judica. ( Arch. dép.; Titres des Cordeliers. )

* L'aumonc municipale, d'abord de 100 sous, fut portée à 10, puis à 20 livres, applicables à la provision de harengs pour le Carême, (fiey. des Echevins, passim.)

8 J'ai raconté dans l'article de Saint-Saturnin , les démêlés qui s'élevèrent au XIV' siècle entre les curés de cHte paroisse et les Cordeliers , au sujet des sépultures. L'évêquc Jean de Gallande fut inhumé dans l'église du couvent, en 1315. (Voir suprà, p. 171, et Heyistres cnpit.) Par testament du mardi avant l'Ascension 1301, la dame Isabelle, veuve du chevalier Renaud de Boncigny, paya 70 livres sa sépulture chez les Cordeliers. (Arch. dép.; Titres des Cordeliers.)

* Lettre du roi Louis XII, en son conseil, datée du 1 1 novembre 1505 et contresignée Brulart, adressée aux magistrat, bailli ou son lieutenant à Chartres. (Ib.)

* Histoire manuscrite de Souchet, p. 20, recto; Bibliot. communale.

l'existence du couvent, car, en 1516, la détresse extrême des religieux les aurait empêchés de réparer leur église qui tombait en ruines , si la vigilance de l'autorité civile ne leur fût venue en aide. Mc Regnault de Gyvès, licencié ès-lois, juge et garde do la prévôté do Chartres, voyant que les Cordclicrs auxquels la règle défendait de manier argent étaient obligés d'avoir recours à des receveurs laïcs, d'ordinaire peu fidèles, et que les ressources précaires de la maison diminuaient chaque jour, rendit, le 4 juin 1516, à la prière de plusieurs notables personnes , un arrêt portant autorisation de placer un tronc dans l'église du couvent pour les offrandes destinées aux réparations de l'édifice \

Les Cordeliers avaient été plusieurs fois sur le point d'entrer en ville, d'abord, sur leur sollicitation, en 1291 , et, ensuite, à cause des guerres, en 1358 \ La destruction totale de leur couvent, par ordre de M. de Linières, gouverneur de Chartres, lors du siège de 1568, les fit admettre enfin dans l'intérieur des murs \ On consentit à leur donner asile, pour neuf ans, dans l'hôpital Saint-Hilairc , rue Saint-Pierre, et ils durent s'occuper pendant ce temps à construire une nouvelle habitation. L'emplacement choisi, dépendant de la vigne de Saint-Père, était compris, au midi, entre la porte Saint-Michel et la tourelle de Saint -Père, au couchant entre cette tourelle et un point correspondant au second pilier du clocher carré de Saint-Père , au nord entre ce point et la maison dite le Mont-Saint-Michel, rue Saint-Michel, et au levant entre les derrières de cette maison et la porte Saint-Michel.

1 L'arrêt porte qu'il est rendu pour le cas spécial et par dérogation aux règles de l'ordre. (Arch. dép.; Titres des Cordeliers.)

« Voir suprà, p. 153. Lettre de Charles, fils aîné du roi de France, régent du royaume , duc de Normandie , dauphin de Viennois , datée de Louvre-lès-Paris , le dernier mai 1 358 et adressée au hailli de Chartres , prescrivant à ce magistrat de trouver aux Cordeliers un lieu convenable dans la ville , attendu que leur couvent extra-muros doit être rasé, pour empêcher les ennemis de s'y loger. (Ib.)

» Voir Afemoi're à consulter pour ks religieux Cordeliers. Chartres, 17fi6. (Arrh. dép.; Titres des Cordeliers.)

Mbe Charles d'O, seigneur de Vérigny, chevalier des ordres du Roi, remit aux religieux une somme de 1,000 livres pour le paiement de ce terrain , dont la désignation et le mesurage définitifs furent faits par les échevinset les gens du Roi, le 10 février 1369 *. Pour avoir une entrée sur la rue Saint-Michel, les Cordeliers achetèrent, le 13 décembre 1568, une maison appartenant au sieur Denis Boilleau, marchand, moyennant 400 livres tournois que leur donna la dame de la Barre, veuve de messire Jean d' Estoute ville , seigneur de Villebon, chevalier des ordres du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes et lieutenant-général au gouvernement de Normandie \ Les constructions furent poussées avec activité, et les Frères purent quitter l'hôpital Saint-Hilaire avant l'expiration des neuf années ; mais, sous prétexte d'indemnités, ils ne voulurent plus restituer à la ville ce vieil édifice. Il y eut , à ce sujet , une longue contestation dont le récit trouvera place dans cette histoire.

Les bâtiments du couvent des Cordeliers, qui subsistent encore pour la plupart, renfermaient une église avec sacristie', un cloître, une salle capitulaire , une bibliothèque, un réfectoire et un dortoir à cellules. La communauté avait con-

' Acte entre les Cordeliers et Saint-Père , passé" devant Nicole , tabellion , le 3 juillet 1508. Procès-verbal de visite et mesurage, après débats contradictoires, présents à l'assemblée de ville, MM. de Mineray, lieutenant-général du bailliage; Jean Thomas , premier avocat du Roi ; Pierre Simon , procureur du Roi ; Léonard Chailloii , second avocat du Roi ; M'rM Macé Cochard et Jean Bodin , chanoines , échevins ecclésiastiques ; Sieurs Macé Trossarl f Jean Moreau , Marin Compaignon , Thomas Gervaise, Jean Lambert et André Durand, échevins laïcs; M* Pierre Nicole, licencié ès-lois , avocat de la ville , et M* Martin Upoustoire , procureur des manans et habitants. (Arcb. dép.; Titres des Cordeliers.)

1 Actes devant Nicole, tabellion, du 13 décembre 1568, et devant Pastey, tabellion, des 3 janvier et G février 15(19. (lb.)

* La première pierre du chœur de l'église fut posée, le 12 janvier 1583, par un délégué du Chapitre , qui avait contribué pour 100 écus aux dépenses de la construction. La ville vint plusieurs fois au secours des religieux pour l'entretien ou l'embellissement de leur couvent. (Hcg. des Echevins; délibérations des 18 février 1625 et 20 juillet 1627.) L'église reçut, en 1710, une grille à l'entrée du chœur, et, en 1712, de belles orgues de la façon d'Adrien Labbé, facteur à Evreux. (Archives départementales; lb. )

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