TOME I
lées à celles de S. A. R. le duc d'Orléans, apanagiste, dans un pan de mur construit à neuf près de la porte Châtelet
La porte ou plutôt la poterne Saint-Jean, dont le cintre a été détruit il y a peu d'années, rappelait par son nom le vieux couvent de la vallée; elle n'eut jamais une grande importance et resta bouchée pendant des siècles entiers \ La muraille qui, de cette poterne, allait regagner la porte Drouaise, et dont on suit le développement tout le long de la butte des Charbonniers, était protégée par la tourelle du Groin-Pasteau, ainsi apj>clée du nom d'une famille de la Imute bourgeoisie chartraine aux XVe et XVIe siècles et par le cavalier dit de la Prècherie, à cause de son voisinage avec le couvent des Jacobins ou Frères-Prècheurs. Cette dernière fortification, construite sur une ancienne tourelle, à l'approche des armées protestantes, couvrit efficacement la porte Drouaise pendant les sièges de 1568 et de 1591, en battant les Filles- Dieu et le clos l'Evèquc, occupés par l'ennemi *.
• Hrij. des Ec/ierins; Délibération du "21 avril 1702.
* Cette parte fut bouchée depuis les guerres de la (in du XVI" siècle. Antérieurement , la ville la louait à des particuliers , moyennant une redevance annuelle , et à la charge de l'ouvrir et de la fermer à l'heure accoutumée. (Arch. de la Mairie; Maux de 1517 et de 1557.) Au XY1I< siècle , «mi fil de la porte Saint-Jean un magasin à poudre dont le chanoine Le Pérou , érlievin ecclésiastique , obtint la suppression comme nuisible aux voisins, (Ile;/, des Erhevins; Délibération du 21 février 1086.)
Les fossés creusés entre la porte Saint-Jean et la porte Drouaise furent refaits en I i!)2. (Itea. des Echetins; Délibération des 2 et 9 octobre 1 1!)7.) La contrescarpe ■le ces fosses, fortement labourée par les mines des Huguenots, eu 1501, longeait le chemin dit des Charbonniers de limlleau et les murs du clos de Saint-Jean- en- Vallée; on l'applanit en 17^2 pour en faire une promenade qui reçut le nom de Nouveau-Cours ou Bulle des Charlwnniers . Les travaux se prolongèrent longtemps, »;ir, en il'iï . la nulle neuve des Charbonniers, de la Couronne à Saint-Maurice, n'étant pas encore praticable , on fut obligé de réparer , |>our le passage des voitures publiques venant de la route de Paris, le chemin du Pélican ( aujourd'hui les Carmélites) et de la Croix-Jumelin. On commença à combler, en 1771, pour faire une contre-allée à la butte des Charbonniers , les fossés suivant les murailles, à partir du jeu de Paume jusqu'à la tourelle de l Eperon ou du Fer-ù-Cheval. flierj. des Erltevirts, passim.)
3 Mr Ksprit Pas! eau ou Poteau fut échevin et receveur des deniers communs en 1525. La me Planchc-aux-Carpes porta longtemps le nom de rue de l Orme-Pa.\teau. En 1580, le moulin des Cinq-lluellcs était appelé moulin des Pasleau. ( Hey des Erhevins, passim.)
4 Je parlerai plus au long du cavalier de la Prècherie , en racontant les sièges de 1508 et de 1591. Le jeu de longue-paume qui existe encore aujourd'hui dans l'an-
3 1 ii
Dominée pur les collines île Saint-Jean, île Saint-Maurice et des Filles-Dieu, la porte Drouaise devint naturellement le point de mire des canons huguenots, lors dos grands sièges du XVIe siècle. C'était une lourde masse carrée, précédée par un énorme ravelin de forme ronde contenant des logements de gens de guerre \ En lo08, Jean Lemaire, marchand mercier, obtint du corps de ville la permission d'asseoir contre cette porte, au-dessus des armes du Roi, une image belle et honneste de Notre-Dame, en bonne pierre, de quatre pieds de hauteur ". Si l'on en croit la tradition populaire, cette statue recueillit dans son giron les boulets tirés contre elle, en 15G8, par l'artillerie du prince de Condé; demeurée intacte au milieu des ruines, elle fut pendant longues années l'objet de la vénération du peuple \ Sous une voûte souterraine de la porte Drouaise se trouve une fontaine assez abondante, dont les eaux vont se perdre dans la rivière, en suivant le fossé; c'était dans ce petit ruisseau que l'on remisait le grand bateau de la ville servant à la navigation de l'Eure , aux XVe et XVI* siècles4. La muraille encore debout, qui faisait communiquer la porte Drouaise à la rivière, est célèbre dans nos annales sous le nom de la lirèche; rasée presque au niveau du sol pendant le siège de 1568 par les batteries ennemies braquées du Clos-l'Evèque et des Filles-Dieu, elle fut défendue avec tant d'acharnement par la milice bourgeoise et les
cirn fossé , en dehors de la porte Drouaise et au-dessous du cavalier de la Préeherie , fut établi eu 1(>27 par Guillaume Macé, maître paumier. (Heg. des Echevins; Dclil»énition du 19 janvier ifrll.)
1 En 15.X(i, la ville fit marché, moyennant vingt-six écus, avec le maçon Macé Dmuault, pour la sculpture et le scellement, dans le mur extérieur du ravelin de la porte Drouaise, nouvellement reconstruit, des armoiries du Koi, de M. le Chancelier, de M. de Sourdis , de M. de Uéelainville , de M. l'Eveque et de MM. du Chapitre, avec colliers d'ordres et chapeaux de triomphe. (Heg. des Echcrin»; Délibération du 29 juillet I5S0.) La porte avait un réduit llanqué de tourelles, dans lequel se trouvait un bâtiment dit te f'ctit-daillon (gniola, ijeole , prison); pendant la paix, la ville louait cet édifice, (lieg. des Echevins; Délibération du l,rmars 1529.)
» Heg. des Echevins; Délibération du 19 septembre 1508.
3 Sablon, Histoire de l'église de Martres, p. 17G et 177.
* En 1520, on refit à neuf la fontaine Drouaise. (lieg. des Echevins.)
troupes de la garnison , que tous les assauts des Protestants échouèrent et qu'ils abandon lièrent leur entreprise. En mémoire de cet événement, on scella dans le nouveau mur une statue de la Vierge dont il ne reste plus que d'informes vestiges et une inscription en vers latins que le temps a respectée \
Pour ne pas rompre la chaine des fortifications , on avait jeté sur l'Eure deux arches massives qui soutenaient une tourelle carrée. Cette construction était connue sous le nom de la Lethinière; on l'appelait aussi la tour des Grandes-Herses, parce que l'ouverture des arches pouvait être interceptée par de lourdes herses de fer qui tombaient du haut de la tourelle dans la rivière au moyen de rainures pratiquées sur les côtés des cintres \ De la Lethinière à la porte Imbout ou du Château , la courtine s'appuyait sur deux tourelles qui subsistent encore en partie ; la porte et les tourelles protégeaient la pointe du vieux Château ou Massacre \ La porte Imbout , murée vers
1 Celte inscription sera donnée in extenso dans le chapitre relatif au siège de 1568
* Je ne sais pas d'où vient le nom de Lethinière que j'ai rencontré pour la première fois dans un titre de l'Hôtel-Dieu, de 146t. Cette tour fut refaite en 1508 pour faciliter la navigation de la rivière; elle était pourvue d'un cadran que Ton vendit à la même époque, f Ikg. des Echevins; Délibérations des 7 novembre et 7 février 1508.)
» Il y avait derrière Saint-André, près de l'arche de Lethinière, à l'intérieur des murs , et dans la pointe de terre formée par la jonction de la rivière de la ville avec le bras dit tes Vieux-Fossés , un jardin et une masure contjue sous le nom de Vieux- Château. Quelques historiens pensent que là s'élevait, dans les premiers siècles, le château des Rois, à Chartres; aucun document, aucun titre, n'autorisent cette opinion , et l'on ne trouve aucune mention de ce château avant la fin du
Uuiis XI avait un jardin à Chartres , paroisse Saint-André , où il wutait faire bâtir un château; ce prince vint, en elîet, visiter fréquemment Notre-Dame de Chartres pendant son règne; il data de Chartres un grand nombre d'ordonnances cl l'on peut admettre sans uilliculté qu'il désira posséder un logis dans nos murs. De cette circonstance sera venu le nom de château donné au jardin et à la petite maison du Roi . Ce terrain qui passa, en 1528, du domaine royal entre les mains de madame Renée, duchesse de Ferrare et de Chartres, avait été accensé à la ville, en 1520, moyennant 10 livres tournois de rente, pour y établir un abattoir ou massacre. Les compte» municipaux justifient des paiements de la redevance dont il s'agit , faits par la ville à la caisse du domaine du Itoi ou du prince apanagistc, jusqu'à la fin du siècle dernier. (Comptes de 1531, 1558, 1571; Délibération du 8 octobre 1G67; Arch. de la Mairie. — Note sur la consistance du domaine de Chartres, par M. Marchand „ avocat et garde des terriers de l'apanage ,1786; Archives de l'Empire.)
XVe siècle. U
ne pièce recueillie
la fin du XV siècle , était située près du batardeau du Vieux* Trou , point de jonction du petit bras de l'Eure avec le fossé de la ville; elle présentait une face épaulée par deux tourelles crénelées \ Le siège de 1591 lui fut fatal , ainsi qu'à la porte aux Corneurs, sa voisine. Cette dernière porte, également murée, appartenait en fief à l'Evôque; elle était construite à l'extrémité de la rue dite encore aujourd'hui impasse des Cornus *. Plusieurs petites tourelles en encorbellement flanquaient la muraille entre la tour aux Corneurs et la porte Guillaume.
L'aspect grandiose du donjon de Guillaume de Ferrières peut consoler de la destruction presque générale des fortifications chartraines 8. La porte Guillaume offre, en effet, aux re-
1 Porta Ainboldi (Cart. de Saint-Père. Hagan., p. 25), porte d'AinltoU on d'Ambault, dite par corruption Imbout. C'était une des plus anciennes portes de la ville-, on la trouve mentionnée dans des titres du XIe siècle. Peut-être dut-elle son nom à son fondateur. Un personnage appelé Huncbold , souscrivait, avec Oda , épouse du vidante Renaud, à un titre de ^aint-Père antérieur à 1080. (Cart. de baint-Pth-e, vol. l«r, p. 142.)
En 1438, on transporta le marché Saint-André près du pont Bras-de-Fer (pont des Filles-Dieu), hors porte Imboust, par quoi il est à présumer que ladite porte ouvrait lors. (Arch. déû.; Livre de Bois de Saint-André, folio 201, verso. Ecriture du commencement du \V1« siècle.) ta porte Imbout, déjà murée à l'époque où ce passage du Livre de Bots fut écrit, demeura bouchée jusqu'à sa destruction. La ville la donnait à cens et rente au propriétaire du jardin limitrophe; elle était possédée à ce titre , en 1 729 , par M«* Bordel du Vaugouin , chanoine de Notre-Dame , qui en rendait 22 sous par an. (Arch. de la Mairie. Acte de ville du 27 avril 1721), signé Bouvart, Bouvet de Guignonville, Duhan de Mézières, Sénéchaux et Vaillant; dans cette pièce la porte est nommée lmbault.)
En face de la porte Imbout , se trouvait le batardeau , dos-d'âne ou déversoir du Vieux-Trou, destiné à maintenir le fossé plein ou à vider son eau dans la fausse rivière , suivant les besoins. On rencontre les mentions suivantes dans les comptes municipaux et les délibérations des écbevins : « 1577 , on refait les caves du aos- ■ d'dne de la porte Imboult. > — « 1506, i l mai . sur l'ordre de M. de Sourdis, • gouverneur, on répare le batardeau du Vieux-Trou , devant la porte Imboust. » proche la brèche au siège de 159i. » — « itii8, 20 novembre, rupture du » dos-d'âne et versoir près porte Imboust. » Le lit du fossé ayant été mis de niveau avec la fausse rivière (Vieux-Fossés), on a supprimé le batardeau du Vieux-Trou; on dit qu'il existe encore au foud de l'eau quelques traces de la maçonnerie des caves du dos-d'âne.
* La porte aux Corneurs, Cornculx, Cornus, c'est-à-dire aux Corroueurs . Porta Coronatorum , s'apjwlait aussi , au XIIIe siècle, porte Gillard ou Gaillard . sans doute du nom de son constructeur. (Voir suprà, p. 231, note 2.) Cette porte n'est pas mentionnée dans les titres antérieurs au XIIe siècle.
5 Le vidante Guillaume de Ferrières, deuxième du nom, fds de la vidamesse Elizabeth , auquel on attribue la construction de la porte Guillaume , vivait dans b seconde moitié du XII* siècle
gards de l'amateur un admirable spécimen de l'architecture militaire de la fin du XIIe siècle. A l'extérieur de la ville . le massif central défendu par deux tours d'une belle structure, présente dans sa partie basse une porte ogivale sans ornements; au-dessus des jambages de la porte, on voit deux ouvertures longues et étroites occupées autrefois par les leviers du pont-levis ; dans une troisième ouverture pratiquée près de la tour de droite, jouait le levier de la passerelle. Des niches et des socles privés de leurs statues ou écussons , se trouvent au milieu de l'enfoncement cintré qui circonscrit les deux premières ouvertures. Toute cette construction est couronnée à son sommet par un parapet à créneaux taillés en biseau , qui repose sur une série de consoles formant mâchicoulis. Du côté de la ville , la porte est cintrée et la façade tronque les deux tours au tiers de leur épaisseur. Dans la basse-cour intérieure, un vaste escalier de pierre, bâti en dehors comme un perron , conduisait , il y a peu d'années encore, au premier étage de la porte. Les trois étages divisés maintenant en petites chambres, sont dénués de tout intérêt artistique ; on cherche en vain Tau tel de saint Fiacre et de saint Pantaléon , placé jadis dans une salle supérieure à laquelle on pouvait monter par des marches donnant sur le rempart. Au XVIe siècle , la forteresse communiquait par son pont-levis avec une bastillette à deux tourelles, assise dans une île dessinée par le fossé *. Telle était, et telle est encore à peu de choses près, la porte Guillaume; quoique dominée par les hauteurs de Saint- Barthélémy et de Saint -Chcron , elle en imposa toujours à l'ennemi et jamais la ville ne fut entamée de son coté.
Entre les portes Guillaume et Morard, on remarquait la tourelle Tireveau , Trievitulus , ancienne poterne dont il est
1 Celle fortification avancée fui détruite eu 1730, en vertu a un arrél du Conseil (Heg. des Echevins ; Délibération du 17 janvier 1730.)
fait mention dans des titres du XI0 siècle \ La porte Morard \ édiûce informe détruit il y a peu d'années , ne conservait plus dans les derniers temps aucun vestige de son architecture primitive; elle avait une basse-cour, mais elle était dénuée de grands ouvrages extérieurs, ce qui lui valut quelques avaries pendant les guerres. Cependant sa position était importante, car elle battait la Courtille et les petits bras par lesquels l'ennemi eût pu détourner l'eau de la rivière. Près du batardeau qui alimente les fossés creusés au XIVe siècle , l'Eure était traversée , à son entrée dans la ville , par des arches semblables à celles de Lethinière s. La tour construite sur ce point et de laquelle on faisait jouer les herses , j>ortait le nom de tourelle de Launay * ; de l'autre coté, une petite prise d'eau , dite le fossé de Barbon (Bas-Bourg), côtoyait la muraille jusqu'à l'escarpement de la colline \ La défense de cette partie de la muraille qui allait se rattacher par une courbe au ravelin de la porte Saint-Michel , était complétée par deux tourelles principales :
* La rue du Puits-d'Or, qui aboutit à la rue du Puits-Berchot , priait encore eu 1773 le nom de rue Tire veau. (Titres de l'Ilùtel-Dicu; Pièce relative à une maison rue Tirevcau, paroisse Saint-Ililaire.)
» Cette porte, de même que les portes Ainholt (Iiuhout), Cillant (aux Conteurs I et Guillaume , parait tirer son nom de celui de son fondateur. Un seigneur appelé Murardus signait, avant 1070, un titre de Saint-Père, avec le comte Thibault, le vicomte Gilduin et le vidante Hugues. Le nom de ce personnage se trouve encore au pied d'un autre acte de Saint-Père, antérieur à I Hr2. (Cari. Stiint-l'ère , vol. Ier, p. 123 et 140.) Une des familles les plus puissantes de Chartres, au XIIe siècle, avait adopté le surnom de Vortc-Mwurd , l'orti-Moralus ou de l'orta-Mvrardi.
5 Le hatardeau construit à la Courtille pour alimenter les fossés neufs, donna lieu à de fréquentes réparations. Au mois de janvier I i99 , les grandes eaux remportèrent , et la rivière , se précipitant par l'ouverture , abandonna, presque son lit ordinaire à travers la ville; d'autres dégâts très considérables eurent lieu en 1500, 1558, 1015 et 1091 . (Reg des Echevins. passim, et Comptes municipaux.)
Le pont de la Courtille fut édifié en bois au mois de juillet 1513 par le charpentier Jean d'Ingauville; on l'appelait le l'ont qui tremble., et il portait encore ce non) au siècle dernier. Il fut reconstruit en 15X9 et en 1090, également en bois et pour les piétons seulement. En 1703, les echevins firent des démarches près de l'intendant d'Orléans pour obtenir qu'on le remplaçât par un nont en pierre; mais ce ne fut qu'en 1707 que ce projet reçut son exécution. (Heu. des Echerins, passim .)
* Cette tourelle prenait son nom de la courtille de Launay, paroisse de Saint-Hiï» e. aujourd'hui hameau de 18 habitants, dépendant d«> la commune de Chartres
* Voir suprà. p. 310, note 1
l'une, située à la hauteur du clocher carré de Saint-Père, s'appelait la tourelle de Saint-Père ; l'autre , placée sur la terrasse de la garenne du couvent, se reliait aux débris de l'enceinte du IXe siècle1.
Seule forteresse de la ville du côté du Midi , la porte Saint- Michel, composée d'un corps de bâtiment flanqué de tourillons élancés, était pourvue, à l'extérieur, d'un ravelin de grande dimension , pareil à celui de la porte Drouaise \ Cette entrée
1 Au commencement du XVI0 siècle , les religieux de Saint-Père firent construire dans leur enclos, mais à six pieds seulement des murailles, \u\ corps d'hôtel qu'ils appelèrent le Petil-Gaillon. Les habitants réclamèrent parce que ce logis avait vue par dessus les fortifications et que , d'ailleurs , il n'était pas à la distance légale de quatorze pieds du rempart. L'aiïaire fut portée devant le bailli de Blois |>ar lettresroyaux du 13 août 1511, et ce magistral ordonna la démolition immédiate du bâtiment en contravention. (Iieg. des Echevins, année 1511.)
En 1023, la ville jugeant nécessaire d'élargir le fossé et le chemin de la Courtille à la porte Saint-Michel , prit aux religieux de Saint-Père , moyennant une indemnité de 130 livres, vingt-six perches de terre sur leurs jardins des Bas-Bourgs. En 17 il, sous la mairie de M. Bouvart, les échevins firent combler une partie notable du fossé Saint-Michel , ce qui donna plus de développement a la rampe de la Courtille. Enfin , vers 1770, M. des Ligneries, alors maire, rectifia la pente du chemin et planta à droite et à gauche les massifs de tilleuls et d'ormes qui ont été abattus en 1846. Ce dernier travail exigea des emprunts de terrain aux riverains; Saint-Père y perdit une partie de sa Courtille, dite des Grands-Xogers ou de Mon-Plaisir, située à gauche de la route , en quittant le Pont qui tremble.
Ce fut à l'occasion de ces expropriations que les religieux intentèrent à la ville le procès du Iiarbou, dont j'ai parlé plus haut (p. 310, note 1). En 1771, sous la mairie de M. Parent, ils joignirent à leur première demande la revendication 1° de tous les remparts bordant les murailli's du roté île leur couvent; ils s'en disaient propriétaires, d'abord à titre gratuit, depuis 1084, par don de la ville, qui, ellemême, avait été gratifiée par Henri IV, en 151)1, du droit de rempart, fossés et fortifications , puis , à titre onéreux , moyennant 1 ,500 livres versées à la caisse du Domaine, suivant le rôle arrêté au Conseil le 13 mars 1096; 2° d'un terrain vague, situé au bout de la ruelle Saint-Michel et séparé de leur garenne par les débris de la clôture du IXe siècle ; ils reconnaissaieut bien que la ville leur avait accensé cet endroit le 1 1 juin 1607 , fHirce que les mauvais garnements qui s'y donnaient rendez-vous incommodaient fort les Pères Cordeliers; mais ils s'en prétendaient propriétaires primitifs et sans interruption depuis Lothaire jusqu'à la construction de la citadelle , et ils justifiaient de leurs droits nar les chartes de leur cartulaire du XIIe siècle; 3° du lieu dit les Poulies ou la Mégisserie de Saint-Père, situé hors la porte Morard et planté d'arbres par les échevins en 1730 (c'est le terrain triangulaire, bordé d'allées de marronniers, qui longe le fossé, à gauche, eii sortant de la porte ) ; ils soutenaient que cette place , servant , dans les temps anciens , d'étendoir
{>our les drapiers et les mégissiers, et, dans les temps modernes, de champ pour la oire Saint-Barthélemv, leur avait été vendue, suivant acte de juillet 1221, par Alix, fille d'Hermann de Èxclusis. (Arch. de la Mairie; Mémoire pour les religieux de Saint-Père, 1774.)
Ces griefs, dont la plupart étaient soutenables, furent mis à néant par la Révolution. ' Le ravelin de la porte Saint-Michel fut démoli en 1737. L'année suivante on
de Chartres, que les soldats du comte de Duuois surprireut eu 1432, subit de vives attaques pendant le siège de 1568. La citadelle qu'Henri IV fit bâtir après le siège de 1591, ayant compris dans son enceinte tous les abords de la porte et la moitié de l'église Saint-Michel , on augmenta la force des ouvrages avancés en construisant le cavalier à redans dont il reste une partie et qui avait pour mission de couvrir le chemin par lequel la garnison descendait à la rivière *. La muraille très-cintrée qui séparait la porte Saint-Michel de la porte des Epars, était épaulée par plusieurs tourelles; Tune d'elles, dont on peut encore admirer les vastes proportions, était située au-dessus de la porte royale de l'église Saint-Michel ; une autre, dite la tour Gaillard, se dressait à peu de distance de la porte des Epars , en face de l'ancien cimetière Saint-Thomas.
Les fortifications ont subsisté , presque intactes , jusqu'au commencement de ce siècle. Les démolitions successives des portes et les aliénations des murailles au profit des riverains ont fait disparaître en moins de cinquante ans ces vieux débris d'un autre âge , témoins glorieux des prouesses de nos pères.
abattit la guérite de la porte , dans laquelle les évoques étaient reçus lors de leur entrée; cette guérite menaçait ruine depuis longtemps, (lien, des Échevins; Délibérations des 20 septembre 1737 et 12 lévrier 1738.)
En faisant des fouilles dans les fossés de la porte, en 1615, après la démolition de la citadelle , on découvrit des fondations de brique et une mosaïque représentant des serpents et des oiseaux, émaillés de vert et d'azur, dans un petit caveau où se trouvaient une forge et un puits. (Hist. mss. ayant appartenu au médecin Marie Saiut-Ursin , p. 22; Bibl. commun.) Les fossés, murailles et remparts, de la porte Saint-Michel â la porte des Epars , ont été aliénés il y a vingt ans environ et remplacés par les constructions assez élégantes qui bordent aujourd'hui la bulle Saint- Michel. Cette promenade , nivelée et replantée lors de ces derniers travaux , avait été garnie de plantations d'ormeaux en 1730. ( Heg des Echevins; Délibération du 21 novembre 1736.)
* Une partie des fortifications de la porte Saint-Michel servait déjà de citadelle avant la construction faite iwr Henri IV. Une délibération des échevins, du 21 mars 1552, prescrit la visite des murs de la citadelle, derrière les jardins de Saint- Père, pour savoir quelles sont les entreprises de l'abbé, (firg. des Echevins; Arch. de la Mairie.)
§ 2. - CHATEAU DBS COMTES.
« Cet ancien palais a son frontispice haut et élevé vers » l'orient et son aspect sur la rivière d'Eure, les prairies el » les coteaux des vignobles. Bâti tout de pierre dure, il a sa » forme en tour carrée. Les murailles surpassent la couver- » turc , lesquelles sont par le haut bordées de créneaux à façon » antique. Tout le bâtiment est composé de trois étages et » gros piliers de pierre en forme ronde , et , par le dehors , » appuié d'autres gros piliers carrés à forme plate qui pren- » nent le bâtiment de bas en haut où ils vont en aménuisant » et sans lesquels piliers longtemps y a que tout le bâtiment » fut tombé. . . En l'enclos duquel bâtiment sont deux grandes » salles l'une desquelles est à présent fondue , plusieurs cham- » bres hautes et basses, l'audience où l'on plaide et autres » chambres où l'on tient le conseil. Y sont aussi les prisons » qui sont des cachots bien étroits et de bonne garde pour les » prisouuierset le tout bâti à la façon de très-grande antiquité, » comme appert môme par la première porte de son entrée qui » porte marque do l'entrée d'un fort château... J'ai spécifié » tout ceci , parce que je vois cet ancien palais fort proche de » sa ruine \ »
Lorsqu'un chroniqueur chartrain du XVIe siècle donnait cette description , le manoir de Thibault-le-Trichcur, quoique délabré , était encore , à l'extérieur, à peu près tel que l'avaient vu les comtes de Chartres. Ses distributions intérieures changèrent avec ses hôtes, lors de la réunion du comté à la couronne; les grandes salles des princes charlrains furent transformées en prétoire , en chambres du conseil , en écrUoircs pour les greffiers tenant les écritures de la grosse tour, en an-
1 Hist. ms*. de l'huissier Duparr , p. 144; <oll. Lojounc
parlements à l'usage des baillis. La chapelle de Saint-Blanchard resta seule, pour rappeler le passage des anciens maîtres.
Le bâtiment priucipal, qui occupait presque tout l'espace compris entre la porte Cendreuse et la Poissonnerie, était cerné du côté des Changes par une enceinte de fortes murailles. Une espèce de donjon carré s'élevait dans la cour intérieure; il fut démoli en 1587 \ On admirait les jardins de ce palais dont les terrasses, soutenues par des voûtes profondes, étaient protégées, du côté de la rue des Ecuyers et de la Boucherie-de-Bourg, par une muraille flanquée de tourelles et munie de contreforts à ressauts. Les tourelles et les voûtes servirent de magasins à poudre pendant les guerres du XVI' siècle \
Plus d'un souvenir intéressant pour les Chartrains se rattachait au château des comtes; la justice s'y rendit pendant cinq siècles; les États provinciaux furent plusieurs fois réunis dans ses murs; c'était dans sa grande salle que se tenaient les assemblées générales des habitants ; c'était dans sa chapelle que TÉvêque, à son entrée, jurait de ne pas aller à l'encontre des droits du Prince ; c'était à son greffe que les grands-baillis et gouverneurs venaient , en personne , faire enregistrer leurs provisions; c'était à sa porte que les tenanciers, ûeffés et vassaux, faisaient acte de foi et hommage, aveu et dénombrement, à cause de la grosse tour de Chartres.
Le vieux palais trompa pendant deux siècles et demi les sinistres prévisions de l'huissier Duparc; plus d'un membre de la génération actuelle se le rappelle encore, et ses prisons, qui savaient si bien garder leur monde, ne se fermèrent pour toujours qu'après la destruction des brigands de la bande d'Orgèrcs. La place Billard occupe aujourd'hui la plus grande partie du terrain du château ; on peut lui reprocher, sans doute,
' Reg. des Echevins; Délibération du mois d'août 15*7. * lb ; Délibération du 21 octobre 1550.
d'avoir brusquement rompu avec le passé féodal de ce quartier, mais elle embellit la cité, et elle conserve la mémoire, sinon de l'époque héroïque des Thibault , du moins de l'administration bienfaisante d'un vertueux magistral.