TOME I
Nous ne pouvons omettre de classer parmi les établissements publics de la môme espèce, les étaux ou tables des changeurs disposés dans la rue des Changes, depuis le cloître jusqu'aux Quatre-Coins, et dans la rue du Petit-Change, près de la place des Halles. On doit reporter à la seconde moitié du XIe siècle la fondation de ces boutiques qui , par suite de transactions entre deux autorités rivales, appartenaient en toute propriété au domaine du Comte, quoiqu'elles dépendissent, pour la justice, du ûef de l'Evèque et de son vidame. 11 y eut à Chartres jusqu'à trente-neuf tables de changeurs fonctionnant pour le service du commerce. Le domaine possédait encore , en 1464, vingt-deux de ces tables, mais elles tombaient de vétusté et dix seulement étaient louées moyennant 4 ou o livres par an. On prit alors le parti de bailler les places à cens et rente, pour y construire des maisons
Près des lices et de la halle aux merciers se trouvait la maison du Poids du Roi, dans laquelle les marchands étaient tenus de faire peser tout ballot de marchandises excédant le poids de 25 livres; chaque pesée donnait ouverture à la perception d'un droit au profit du domaine \ Cette maison fut démolie en 1740 pour dégager la rue du Yieux-Marché-aux- Chcvaux (Marché-à-la-FÙassc) \
Le métier de la Rivière avait aussi sa maison de haut pesage, suivant l'expression du censier domanial; c'était la Pcrréc, établissement dont nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de parler \ Annexée au moulin à Foulon de la petite
1 Rail passé le 0 juillet U<U, en vertu d'une autorisation de la chambre du Trésor, datée de Chartres le 22 février 1 if>2 et signée Danicli: Les preneurs furent les sieurs Geraudiu Pcraux, apothicaire; Colas Lelarge, libraire ; Guillaume Perdreaux, cordonnier; Pierre d'Kstampes et Gilot Mahoti, marchands; on leur imposa la condilion de construire les maisons en droite ligne, depuis la halle au pain jusqu'au bout des Changes , en venant devers la Tour. ( Pièces recueillies par Piutard; coll. Lcjeune.ï
* Etat sommaire des cens et renies dus au Domaine, en 1780, par M. Marchand. (Arcli. imp.)
3 Hrfj. des Eehrvins; Délibération du IN annl 17.10.
4 /V/rrm, l'cncla, Perrala , Pcrtrria , Purrela. Vrnju. La signification de ce*
rivière cl voisine de la porte Guillaume et des trois moulins , la maison de la Perrée se trouvait dans lacensive du Chapitre; elle existait dès le XIIe siècle et subsista dans le même endroit, sous le nom de Foulcrie , jusqu'à la dépréciation de la manufacture de draps, dans le courant du XVIe siècle. Cette foulcrie avait été donnée à l'église Notre-Dame, par Louis XI, au mois de décembre \ 480. Vers 1 500 , dans le but de rendre à la draperie chartraine son ancienne renommée, le domaine fit construire un moulin à foulon , avec poids public , près du pont des Filles-Dieu , dit le pont Bras-de-Fer ; on devait y peser les peaux de mouton et y fouler les draps , serges , étamines, tiretaines et couvertures, moyennant une redevance. Ce moulin , donné à cens et rente aux sieurs Bourdon et Poitevin, tanneurs-foulons, le 9 septembre 1575, ne fonctionna pas longtemps; il fut vendu et converti en moulin à farine vers la fin du XVIIe siècle \
mois, traduits par celui de Perrée, embarrasse singulièrement les étymoloeistes. Du Gange pense que les mois l'erreia et Preya rappellent que l'établissement dont il s'agit était situé dans le Pré du Comte; il l'ait venir les mots Perteria et Porreta de relui de Porta, parce que la Perrée était située prés de la porle de la ville. Charpentier trouve dans le mot Parée un synonyme de ceux Perruy et Perrail, qui signifiaient, en vieux français, parmi, hurds . rire : on disait le fïerroi/ de la mer; Perrée voulait donc dire le quai de l'Eure dont les marchands avaient fait une espèce de bourse et sur lequel élaienl dressées les halanres pour le pesage des peaux.
11 me semble que l'on peut trouver une explication tout aussi plausible des mots Porreta, Perreta . Parafa , en les tirant du mot Prtra. On lit dans la charte de Thibault VI, de juillet li'l?», déjà citée page : l'uusquixque emptor et venditor dabit mihi untun daiarium de unaquaque parafa , c'est-à-dire de chaque Pierrèe. Kn efl'et , la Pierre était le nom que l'on donnait dans les foires de Champagne et de Brie, au poids en usage pour le pesage des laines; la Pierre de Provins appartenait en à la comtesse de Bouev; en 1270, le Comte percevait un denier \x.mr cha/jue pinre du poids de Provins; il est question des pet ru: et des lapides de Provins, comme poids pour les peaux de moutons , dans une charte de Philippe-le-Bel de ulourquelot, Histoire de Provins, vol. Ier, p. il 7 et 118. — Exlenta émit Camp, et Lie.; gros cahier in-folio des Archives impériales. — Perard , in liurgundicis , p. 502.1 II n'y avait rien d'étonnant que le Pays ehartrain, la Champagne et la Brie, possédés longtemps par les mêmes princes, et unis par des rapports commerciaux sans cesse renaissants, eussent adopté, le même poids pour un produit commun aux trois provinces , et que Chartres , comme Provins , eût eu ses Pierre* et sa maison de la Pierrée ou Perrée.
1 Bail passé, à la requèle du procureur du Boi et du receveur du Domaine, par M» Noël de Bunes, notaire à Chartres, le 0 septembre 1575. (Arch. de la Mairie; Titre.* des Tanneurs et Corroyeurs.)
Les maisons de la Gorroierie et de la Mégisserie , autres bureaux de recette des droits domaniaux, étaient également situées dans la Petite-Rivière. On ne sait rien de ces établissements , que le Domaine parait avoir aliénés fort anciennement; en 1408, ils appartenaient indivisément, avec la justice qui en dépendait , à messire Michel de Crouy, seigneur de Saint-Piat , et à la veuve de Pierre Descourtils , bourgeoise de Chartres \ Le fief de la Mégisserie figure au nombre des fiefs pour lesquels il fut fait acte de foi et hommage à M. le duc de Nemours et de Chartres, en 1623 ; le propriétaire était alors M. de Baigneaux d'Orvilliers \
§ 5. — H0TEL-D1EI DE WIRF.-IUMF.
La fondation première de l'Hôtel-Dieu ou Aumône de Notre- Dame remonte probablement à Louis-le-Débonnaire qui prescrivit, en 819 , d'édifier, près de chaque cathédrale, un cloître et un hôpital. Toutefois, les nécrologes apprennent que la comtesse Berthe fit construire l'Aumône dans une place qu'elle avait achetée de Foncher , fils de Girard , et qu'elle y joignit un four pour l'usage des infirmes \ Cette comtesse Berthe est probablement la sœur de notre comte Thibault III , qui , après la mort d'Alain, duc de Bretagne, son époux, vint achever sa vie à Chartres dans les bonnes œuvres et dans la prière (1030- 1080). Un des vicomtes du Puiset , du nom d'Ebrard, gratifia l'Aumône nouvelle d'une somme d'argent pour l'établissement d'un aqueduc \ La pieuse maison, détruite par un incendie que
1 Titres de Sainl-Aignan ; Areh. dép.
* Pièces recueillies par Pintard; coll. Lejeune.
» NécrrJoge de Notre-Dame. » 39; Mss. de la Bibl.; 3 des idf$ d'avril
1 /t.. J 37; 12 des kalendes de septembre
Von croit être celui de 1134, dut son rétablissement complet aux libéralités du chevecier Bernard
Le projet de transporter l'Hôtel-Dieu dans un lieu plus convenable, n'est pas nouveau. En 1302, quatre chanoines furent délégués par leurs confrères pour s'occuper de cette translation, et l'enquête eut pour résultat, sinon le changement proposé , du moins l'agrandissement des bâtiments par l'annexe d'une maison canoniale Les remaniements succesifs de l'édifice en ont fait une sorte de mosaïque dans laquelle il n'est pas facile d'assigner la part de chaque siècle. Cependant on distingue , dans la maçonnerie du flanc septentrional donnant sur la place de la porte royale de Notre-Dame , des arcades cintrées et ogivales primaires , sans ornements , qui éclairaient jadis la chapelle. La lampe des malades ou des Poissonniers, fondée en 1104 par Thibault Vs, brûla pendant bien des siècles dans le sanctuaire de l'Aumône, et son maître-autel fut orné , en 1 490 , d'un beau retable de pierre , œuvre du rouennais Jehan Pasquier , représentant l'histoire de la Passion \
La haute administration de l'Hôtel-Dieu , au temporel et au spirituel , appartenait de toute antiquité au chapitre de la Cathédrale ; il nommait le Maître ou Proviseur , procurator magistralis, recevait les comptes et chargeait, chaque année,
' Xècrologe de Xulre-lfome , * 39; 2 des noues de mars. Iternard. chevecier. capicerius, ligure dans plusieurs litres importants de Saint-Père, delà première moitié" du XII- siècle. (Cad., vol. 2, p. 201, 307, 409 et 170.)
* fieq. rapit.; Séance du vendredi après la Saint-Nicolas d'été 1302. En 1320. le Chapitre, qui avait donné une maison canoniale pour agrandir l'Hôtel-Dieu, cessa de lui servir une aumône de 10 livres qu'il lui faisait, chaque année, depuis 1224 , sur les petites boutiques du cloître.
Il est question , depuis quelques années , de transporter IHotel-Dieu dans uu vaste terrain du pavé de Bonueval.
* Voir suprà, p. lOfi. Ou a des lettres de François Vr, du 26 juillet 1535. qui reconnaissent a l'Hotel-Dieu le droit de prendre chaque année 50 sous de rente , sur les étaux de la Poissonnerie , pour l'entretien de la lampe des malades. (Titre* de Motet-Dieu.)
* Ce retable coûta 17 livres tournois. (Titres de Motel-Dieu; compte de 1490- U91.I
une commission de chanoines do s'enquérir des besoins de Photel et de la vie des frères et sœurs infirmiers. Le Chapitre conserva sans contestation cette importante fonction , à l'exclusion de l'Evoque , jusqu'à l'arrêt rendu parle Conseil-d'Etat, le i 0 août i 700 , au profit de Mgr Godet des Marais. Les détails intérieurs de la maison étaient confiés aux soins d'une confrérie de prêtres et de laïcs, hommes et femmes, appelés frères et sœurs condonnés Il y avait ordinairement dans la communauté six prêtres , y compris le maître et le recteur ou curé de Chauffours *. l.a nomination du maître se faisait en pleine séance capitulaire et en présence des frères et sœurs s ; le récipiendaire prêtait aussitôt serment de bien remplir sa charge et de reconnaître en toutes circonstances la suprématie du Chapitre. Les frères et sœurs laïcs étaient reçus à la majorité des suffrages par la confrérie assemblée. Ils faisaient vœu de se consacrer pour le reste de leurs jours au service des malades et versaient à la caisse commuuc, quelquefois tout leur avoir, et toujours une certaine somme pour droit de joyeuse entrée \ On vit souvent des ménages se rondonner à l'Aumône.
1 Condnnati, Donoti. Laïei qui sesr et bona sua monasteriis donabaut et offerebant. (Du Cangc, Glossaire, v» Condonatus.)
* La cure de Chanffours appartenait à l'Hôtel-Dieu , ainsi que 1 1 mairie et la justice de ce lieu, comme je le dirai plus bas. Par lettres datées d'Orléans, le 31 janvier 1339, le roi Philippe fit remise aux confrères du dixième biennal octroyé à la Couronne par le Saint-Siège , sur les possessions du clergé , attendu que les revenus de la cure et de tout le domaine de Chauffeurs étaient affectés aux besoins des pauvres malades. (Titres de ÏHùtel-Dieu.)
8 « Lequel maistre tous les ans au chapitre général de la S. Jehan , rapporte les » clefs d'iccllc, pour sçavoir s'il sera continué, ou un autre subrogé en sa place. » (Parthêuie, deuxième partie, p. 101. ) En cas de mort du maître, les prêtres-confrères condonnés remettaient les clefs au Chapitre , qui ordinairement leur eu confiait ta garde et leur laissait l'administration provisoire de l'hôtel , jusqu'à la nomination d'un nouveau maître. (Titres de ÏH6tel-Uu>u; Séance capitulaire du 31 mars MSI.)
* Pro jncundo innressu Guillrlmi Chameau et dus uxnris, frai ru m Elemoxynœ. LA' lib. (Titres de i Hôtel-Dieu; Compte de 1381.) Les confrères de l'Hôtel-Dieu étaient très-jaloux de leur droit de nomination et des privilèges qui en résultaient. En 13.*k>, le roi Jean ayant pourvu, de son chef, .Mv Hichard Girard, clerc, d'une place de confrère de l'hôtel , le maître et les frères et sieurs ne voulurent ni l'admettre ni lui octroyer pension sur les biens de la communauté. Le bailli de Chartres leur décerna une contrainte, mais, sur leur opposition , le P>oi , mieux informé, annula les poursuites, et, par commission du 21 mai 135tî, renvoya l'affaire aux requêtes
Plusieurs règlements rappelèrent de siècle en siècle les olficiers et les simples confrères aux devoirs de leur mission. Une ordonnance de 1343 détermine les rapports des officiers de l'Aumône envers le Chapitre; une autre, de 1392, qui concerne spécialement les obligations des confrères envers les malades, renferme les dispositions suivantes : Défense aux frères et à tous employés de découcher de leurs chambres ou dortoirs; ordre au prêtre de semaine de célébrer assidûment l'office divin et de recevoir chaque jour les confessions des maLides; ordre de mettre les médicaments sous la garde d'une sœur; ordre à toules les autres sœurs de soigner, lever, coucher les malades, ainsi que le font les servantes; ordre à la sœur de service d'allumer la lampe de nuit au premier coup du couvre-feu et de veiller à ce qu'elle brûle toute la nuit; enfin défense à tous frères ou sœurs de remplir un office qui ne leur aurait pas été contié par les chanoines-administrateurs ou par le maître de l'Aumône *. Ce règlement fut en vigueur jusqu'en 1002, époque à laquelle le Chapitre, voyant que les condonnations de femmes se ralentissaient, composa avec le supérieur général des prêtres de la mission de France pour l'introduction , dans l' Hôtel -Dieu , des religieuses de son ordre, dites sœurs de la Charité ou sœurs grises*. En 1789, le personnel se composait de cinq prêtres, dont l'un était, tout à la fois, maître et receveur comptable, et de huit religieuses hospitalières; deux comités, formés de membres du Chapitre, se partageaient l'administration supérieure; l'un était chargé de l'ordonnancement des dépenses et de la vérification des comptes, l'autre, des procès, des constructions et des nominations de médecins, chirurgiens et
du p:il;iis, où elle reçut une solution conforme aux droits des opposant*. (Titres de t ' Hôtel-Dieu ; Notice manuscrite sur le service de l'hôtel. )
» lieg. capit.; Chapitre général de la Purification , séance du mercredi descendre*
* Titres de l'Hôtel-Dieu ; Articles déhaltus aver le supérieur-général des prêtres do la congrégation de la Mission.
aides '. Les prêtres furent congédiés à la Révolution, niais les religieuses demeurèrent à leur poste sans être inquiétées; cependant plusieurs d'entre elles quittèrent, en l'an H de la République, pour retus du serment civique \
Les rois , les princes , les comtes de Chartres et les seigneurs, grands et petits, du pays chartrain, se partagèrent la tâche d'enrichir l'Hùtel-Dieu de Notre-Dame. Les principaux domaines de cette maison dataient des XIe, XIIe, XIIIe et XIV siècles; il faut citer, parmi les plus anciens, les terres d'Erouville ou Saint-Gcrmain-le-Gaillard, aumonées en H 90 et H 90 par le chevalier Gaufrid d'Erouville et par Isabelle de Saint- Germain 3, les maisons de Beaurepaire et de l'Enfer, situées à la Barre-des-Prés et léguées par Pierre de Berou , en 1271 *, la maison et le four de Nicochet donnés par Philippe-le-Hardi, en 1279 la mairie de Chautfours, avec la justice du lieu, vendue , en 1 287 , par le maire Yvonnet et Gilette , sa temme 6, les maisons et places du Marché-au-Merrain , provenant des libéralités de la famille Chardonneau , en 1 293 7 , la Précarie
1 Titres de l'Hôtel-Dieu; .Notice manuscrite sur le service de l' Hôtel-Dieu. 11 résulte de cette notice que les registres et comptes étaient ternis .avec toute la régt»larité exigée par la déclaration du ±1 décembre Ui'JN, sur les hôpitaux.
5 îh ; Procès-verbal des ollicicrs municipaux de Chartres.
1 Voir supra , p. 11 i, note première. • - Titres de i Hôtel-Dieu ; Charte de 1190 vidimée par l'ollicial au mois de janvier 12(37. Cet acte, extrêmement important pour l'état des personnes au XII" siècle, fait voir que les hôtes, hospites, n'étaient pas toujours des colons ou fermiers: ces paysans, quoique assujetti? nu cens capital et à la justice seigneuriale, de même que les serfs, pouvaient, d'après l'usage de l'église de. Chartres, envaser et même vendre les terres qu'ils cultivaient; hospites predieti terra m quam ad exculendum suseipieut , secundum eonsuetudincm béate Marie , inradiare poterunt v>'l vendere.
Titres de i Hôtel-Dieu; Chirotrraphe de 1100. Les biens donnés par Isabelle, sa fille Marie et son Rendre Robert île Varize, dépendaient du fief de Robert, chevalier de Saint- Germain.
* ib.; Testament de janvier 127-1. Quoduuod twsiden versus huccam pratorum. La maison de Reaurepaire servit d'hôpital pour les pestiférés, pendant les grandes contagions des XVI" et XVIIe siècles.
* Voir supra , p. 151 .
" Titres de l'Hùtel-Dieu; Acte fait en Chapitre , au mois de juin 1287. La mairie de Chauflburs coûta 101 livres chartraines et trois pièces de terre.
7 Titres de i Hôtel- Dieu; Donations par Giles Chardonneau et par Marie Chardonneau, veuve de Renaud Chaillou. IVoembrp 1293.
ou Prêtrière du pont des Arches, cédée , en 1 299 , par le Chapitre , à la sollicitation du chanoine Sequance '. Au XIVe siècle, elle possédait, outre ces biens, des terres a Fontenay-sur- Eure , Blanville , Gasville, Danimarie, Amilly, Lucé, Seresville, Mondonville , Gàtelles et Boncé ; elle percevait une dîme de vin sur les vignobles de la Croix-Thibault et du Coudray; sa censive comprenait trente-trois maisons de la ville, les étuves Saint-Christophe, quelques étaux de la Poissonnerie, de la halle au Pain , des boucheries Porte-Neuve , de Forboyau et de Bourg, des halles auxFrippiers et aux Cuirs; le domaine lui payait une rente annuelle de sept livres sur les changes; elle avait, dans la rue des Ecuyers, un grand hôtel dit YEcu-delîrelagne ou la Cave-de-l Aumône. Son casuel se composait de la recette du tronc, de la location d'étaux mobiles à l'usage des marchands étalant devant la façade aux jours de foire du cloître, et du produit des quêtes faites annuellement par les confrères dans les diocèses de Chartres, Troyes, Sens et Orléans. Les dons de joyeuse entrée et les donations testamentaires, très-fréquentes alors, augmentaient encore son revenu \ L'Hôtel-Dieu eut de bonne heure une justice; V of/icial de l'Aumône est cité dans l'acte de Gaufrid d'Erouville, de U90. Cette justice s'exerçait par un bailli qui connaissait , en appel, des causes jugées par les maires ruraux. Au XVe siècle, le
' Titres de lHùtel-Dien . Acte du jeudi après la Purification 1299, vidimé par l'offre ùil le jeudi après la Saint-Clément 1 30."». Le chanoine Sequauce, personnage trèsaumonieux , donna au Chapitre, en récompense «le la cession laite a l'Hôlel-Dieu, quelques maisons sises au cloître , près de la Chanterie , in capile Canatorie. Le même chanoine lit creuser un puits devant l'Aumône, pour l'usage des infirmes, et constitua à la maison une rente de GO sous , sur la mairie de Bennes , pour l'achat des cordes nécessaires au service de ce puits.
1 Le compte des recettes, de la Saint-Jean 1381 à la même époque de 1382, rendu au Chapitre i>ar W Jehan de Drosse, prêtre, maître et proviseur de l'Aumône, présente les résultats suivants : 1° 115 rauids de Mé et autres céréales; 2° G muids de vin; 3° les cens et loyers ordinaires sur trente trois maisons et jardins; i" 1 10 livres chartraines trouvées dans le tronc; 5° i livres, pour les étaux mohiles; 0° 00 livres, pour jot/e mac entré? des époux Chau veau , cowhnnés; 7° 47 livres provenant des quêtes; 8° 80 livres de la succession de Marguerite de la Noue, saur condonnée; 9° 50 livres léguées par les chanoines Grégoire Chantault et Etienne Hoger. (Titres de l'Hôtel- f Heu >
bailli avait un lieutenant-conseiller pour suppléant, el des huissiers pour l'exécution de ses sentences
Plusieurs rois de France accordèrent, pendant les guerres, des lettres de sauve-garde à rétablissement charitable de Notre-Dame, et les panonceaux royaux préservèrent plus d'une fois du pillage les propriétés des pauvres infirmes ".
Aujourd'hui l'Hôtel-Dieu, qui est en même temps hôpital militaire , contient cent lits , et est desservi par les sœurs de Saint-Vinccnt-de-Paule , et par deux médecins et un chirurgien , sous la haute direction de la commission administrative des hospices réunis de la ville de Chartres.