‹ Histoire de ChartresChapitre 35 sur 79 · HOTELS-DIEU DES PAROISSES · texte numérisé non relu

HOTELS-DIEU DES PAROISSES

Au Moyen-Age , chaque église paroissiale , à l'instar de Notre-Dame, avait à sa porte une maison de charité. Les petites Aumônes de Chartres , dont la fondation remontait aux XIIIe et XTVC siècles et qui étaient administrées , sans règles fixes et* selon les temps et les ressources , par les marguilliers des paroisses , furent supprimées , a l'exception de celles de Saint-Hilaire et de Saint-André , lors de la création du bureau des pauvres, en 1555. Nous n'avons que des renseignements

' Les familles importantes ne dédaignaient pas les places de juges de l'Aumône. En 1401, M* Jehan de Laubespinc était conseiller et lieutenant du bailli de I* Aumône et recevait 10 livres 5 sous de gages annuels; en 1 i5l, les fonctions de bailli étaient remplies par Mc Jehan Grenct.

• I^s titres de l'Ho1 tel-Dieu font mention des lettres de sauve-garde ou chartesgardiennes données à la maison par les mis .fean (1351), Charles VI (13K1), Charles Vil (1U9), Louis XI (i iGl), Charles VII! <U83), Louis XII (liOS), Louis XV (1710). La charte de Charles VII, datée de Chinon, le i juin 1 119, la vingt-septième année de son régne, après avoir institué, pour gardiens de la Maison-Dieu. les sergents royaux Nicolas Hurault , Jacques Fournieaut , Nicolas Chamiau , Jehan de Chaïons, Jehan Doulcct, Michel Bauguet, Jehan Le Fachu et Jehan Aulart, dispose que les causes de l'Aumône ressortiront directement au Parlement de Taris, on. s'il ne siège pas, aux Requêtes du Palais.

fort incomplets sur ces établissements; mais, quels qu'ils soient, nous croyons devoir les donner, pour remplir notre lâche d'historien monographe, c'est-à-dire minutieusement exact.

La dame Jeanne la Chauvelle, veuve de Pierre des Fontaines, bourgeoise de Chartres , autorisée par lettres de Nicolas, abbé du Breuil , au diocèse d'Evreux , en date du 1er avril 1 369, laissa à l'église Saint-Aignan , aux termes de son testament du 8 octobre 14t0, une maison, rue aux Fèves, dans lacensive de cette abbaye , pour y établir un hôpital à l'usage des pauvres de la paroisse ; elle ajouta à ce don un revenu de dix livres et douze lits garnis1. En 1537, la ville, agissant au nom du Bureau des pauvres , mit cet hôpital , alors supprimé , en adjudication , et les gagers de Saint-Aignan , quoique dépossédés de leur administration , s'en rendirent preneurs à emphytéose de trois vies de 59 ans chacune, à charge d'un canon, des droits censuels et de certaines fondations* . Ce bail emphytéotique prit fin en 1 7 1 8, et, au bout des dix années de jouissance accordées, d'après l'usage, à la fabrique, au moyeu de la finance du sixième denier de la ferme , la maison fut vendue à des particuliers.

L'Aumône Saint-André , située dans la rue du même nom , était gouvernée au XVe siècle par un maître qui recevait son institution de la fabrique. Nous avons dit que les successions de ceux qui trépassaient dans l'hôpital paroissial appartenaient

1 Cette maison , qui devait un denier de cens à l'abbaye du Breuil , avait été acquise par Pierre des Fontaines , per devotionem , per facere guoddam hospilale seu Elemosinam, pro Christi pauperibns et vieudicuntibiis hospitandis, more domonan Dei aliarum parochiarum . et benigniter tractandis. Jeanne-la-Cliauvclle racheta, moyennant dix livres , le cens qui pesait sur l'immeuble et imposa à la fabrique la charge de faire célébrer à Saint-Aignan , tous les ans, le premier vendredi après Noël , une messe des trépassés pour elle et son mari. La délivrance du legs fut laite par le neveu de la donatrice le 3 juin 1417. (Extrait des litres de Saint-Aignan; communiqué, en 1719, par M. Aillel, gager de la paroisse, à l'abbé Brillon ; Mss. de la Bibl.)

» Adjudication, par décret devant l'évëque de Chartres, du Ornai 1557. après trois publications. (Ib.j

à l'œuvre de Saint-André 1 ; elle jouit de ce privilège jusqu'en 1555. La maison remise alors au Bureau des pauvres, ne fit que changer de destination de bienfaisance : au lieu de recevoir les malades de la paroisse , elle fut affectée aux pauvres femmes en voyage. En même temps, comme le terrain permettait de s'étendre jusqu'à la rivière, on y construisit un hospice pour les vieillards ou Bons-Hommes. En 1652, le vertueux évêque Jacques Lescot fonda un refuge , pour les petites orphelines , dans la maison dite de Morainville , voisine de celle occupée par les Bons-Il ommes ; quelques années après, les petits orphelins, placés d'abord par le prélat dans la rue Saint-Hilaire, furent réunis aux vieillards. Ces hôpitaux n'étaient séparés que par une seule maison dont le Bureau se rendit acquéreur en 1730 '; cette annexe permit la fusion des deux établissements, et l'ancienne Aumône Saint-André, devenue l'hospice des vieillards et des orphelins , subsista dans ces conditions jusqu'en 1791.

Aucun souvenir notable ne se rattache à l'Hôtel-Dieu Saiute- Foy , sinon qu'il touchait à la maison du prieur et qu'il servit , en 1571 , d'hôpital temporaire pour les pauvres voyageurs \ On le loua ensuite au profit du Bureau.

L'Hôtel-Dieu Saint-Hilaire , l'un des plus considérables de la ville, touchait, d'un côté , au presbytère de Saint-Hilaire, de l'autre, à une vaste habitation qui devint l'hôtellerie de la Corne-dc-Ccrf ; par devant , à la rue Saint-Père , et, par derrière , à la portion de la garenne et du clos de vignes des Bénédictins dans laquelle les Cordeliers édifièrent leur couvent après le siège de 1568. On prétend que cette Aumône, établie vers le milieu du XIIIe siècle, prit la place de la synagogue des Juifs. Elle fut conservée en 1555 , à titre d'hôpital des pauvres

' Voir suprà , p. 2i0 , note 3.

2 Cette maison appartenait au sieur Auvrav , tanneur , et dépendait de la censive des Cuénn. (Titres d* I Hôtel-Dieu; Bureau* des Pauvres.)

» Heg. des Eeherins; Séances du 10 octobre 1570 et du 23 mars 1571.

voyageurs; mais, comme nous l'avons fait connaître dans l'historique du couvent des Cordeliers, la ville, ayant prêté cet édifice à ces religieux, pour neuf années, à partir de 1560, ne put jamais rentrer en possession. Ce fut à grand peine que le petit bâtiment donnant sur la rue, usurpé d'abord comme tout le reste, fît retour à son ancienne affectation qu'il conservait encore au commencement du XVIll0 siècle. Pour s'emparer définitivement du grand corps de logis , les Cordeliers excipèrent d'une donation du roi Henri III en date du 2 août 1 575 et d'un arrêt du Parlement du 1 2 janvier 1 576 récognitif de ce don, fait, disaient-ils, pour les indemniser de la perte de leur couvent du faubourg des Epars et pour les aider, par l'emploi des matériaux, à terminer leur nouveau monastère. Ils commencèrent, en effet, la démolition, nonobstant l'opposition et l'avis motivé des échevins, du 14 novembre 1576. Le substitut du procureur général du Roi intervint à son tour et fit cesser momentanément l'entreprise des religieux, par le motif que l'hôtel en question était une église. A cette objection, les fils de saint François répondirent qu'à la vérité, on avait construit jadis, au bout de la grand'-salle de l'hôpital, un autel entouré de quelques vieilles images, entre autres de celle de saint Clet , et que le clergé et les paroissiens de Saint- Hilaire avaient l'habitude d'y venir en procession les dimanches de l'Avent et du Carême et d'y chanter les offices le jour de saint Clet; mais, ils soutinrent que ce lieu qui leur servait de bûcher , n'avait jamais été consacré , et ils firent offre aux gens de Saint-Hilaire, soit de leur rendre l'image de saint Clet pour la mettre dans une des chapelles de la paroisse , soit de la transporter dans l'église du nouveau couvent , où la fête du saint serait célébrée comme par le passé \ Quelle qu'ait été

1 Mémoire adressé par les Cordeliers à MM. du bailliage, pour faire lever l'opposition du substitut du procureur-général. ( Arch. départ.; litres des Cordeliers. > Dans cette pièce , les religieux racontent qu'ils ont demandé inutilement aux Echevins une somme de deniers pour rebâtir leur couvent dans la ville , mais qu'on ne voulut rien faire de plus que de leur accorder un refuge misérable et précaire dans

la résistance de la ville, toujours est-il que le bâtiment, objet du litige, demeura aux Cordeliers, qu'ils en démolirent une partie et louèrent le reste, en 1583, à François Lesgu, adjudicataire du Grenier-à-Sel , pour en faire un dépôt de cette denrée \ Après ce premier usage profane , l'antique hôpital tomba , en 1603 , entre les mains du sieur Lecesne , nouveau locataire, qui le transforma, malgré les plaintes des gagers et marguillieurs de Saint-Hilaire, en un jeu de paume baptisé du nom de Tripot de Charlcmagnc1. La mémoire de ce tripot se conserva jusqu'au milieu du XVIIIe siècle \

11 ne nous est parvenu aucun document sur l'aumône Saint- Martin-lc-Viandier; le silence des titres à cet égard nous fait même penser que cette paroisse n'en posséda jamais.

L'aumône Saint-Michel , rue Saint-Michel , à peu de distance de l'Etape-au-Vin , réparée par ordre des échevins, en 1556 , devint, quelques années après, le Grenier-à-Sel de la ville.

En 1304, l'hôtel-Dieu Saint-Saturnin, situé à cette époque hors de la porte des Epars , fut doté par Isabelle , veuve du chevalier Renaud de Boncigny , d'un lit garni , iinum lectum furttim, et d'une rente de soixante sous *. Cet hôpital, transféré dans la ville en 1357, en môme temps que l'église, ne put trouver place à côté d'elle , et fut installé dans une maison de la rue Vidée, près du pilori des Halles.

l'hôpital Saint-Hilaire; qu'alors ils se sont rappelés que, dés Tan 1359, sous le rè^ne du roi Jean , comme ou allait démolir, par crainte des Anglais, le monastère qu'ils possédaient dans le faubourg , Charles , lils du Hoi , intima aux gouverneurs de Chartres l'ordre de leur bailler intrà-mums un logis convenable, ce qui fut approuvé par le pape Innocent M; cl que, forts de ce précédent, ils se sont retirés vers le roi Henri qui, de sa pleine autorité, leur a fait l'octroi, en toute propriété, «le l'hôpital dont la |>osscssion leur est contestée.

1 liai! passé devant Bouvart, le 14 avril 1583.

* Lettre d'appel des gagers, du 22 oclobrc 1603. Fn 1628, la veuve Jacques Bréant reprit le bail de Lecesne, movennnnt 21 livres de rente aux Cordeliers. (Acte de Bouvart, du 8 août 1628.)

* « ['ne jtlace de maison ou anciennement estait le jeu de paume et de boule » de Charlemagnc. « (Méconnaissance d'héritages tenus à cens des Cordeliers; Acte <le Salomon, notaire de Saint-l'ère, du 21 décembre 1730.)

* Titre» des Conklier»; Acie du mardi avant l'Ascension 1301

Nous avons fait mention des aumônes de la Madeleine et de Saint-Maurice dans les articles spécialement consacrés aux églises Saint-Maurice et Sainte-Foy Nous ne savons absolument rien des aumônes Saint-Barthélemy, Saint-Cheron et Saint-Brice, si tant est qu'elles aient existé.

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