‹ Histoire de ChartresChapitre 36 sur 79 · HOPITAL ROYAL DES SIX-YISGTS AVEUGLES DE SAITT-J11IEX ET DE · texte numérisé non relu

HOPITAL ROYAL DES SIX-YISGTS AVEUGLES DE SAITT-J11IEX ET DE

SAWT-GATIEX.

Nous avons déjà fait mention dans cette histoire de l'hôpital royal des Six-Vingts aveugles de Saint-Julien et de Saint- Gatien *, fondé en vertu de lettres- patentes adressées par Philippe-le-Bcl à son amé et féal , Renaud Barbou le vieux, et datées du château du Louvre de Paris , au mois de janvier 1 291 .

Ce titre important mérite d'être analysé :

Le Roi fait connaître que Renaud Barbou possède sur l'Argenterie de Chartres une rente de i 60 livres tournois qui lui provient tant de ses acquêts que des largesses de Jean de Chàtillon, comte de Blois, de Pierre, comte d'Alcnçon et de Jeanne, comtesse de Blois, et qu'en considération de la fidélité et du dévouement dudit Barbou pour ses auteurs et pour lui-même, il lui accorde la permission : 1° de fonder, hors des murs de Chartres, dans un lieu qu'il se propose d'acheter, contenant quatre arpents à la mesure de Notre-Dame, une maison et ses dépendances , pour héberger de pauvres aveugles et autres pitoyables personnes ; 2° de doter cette maison d'un revenu de 60 livres tournois, à prendre sur la rente susdite ; 3° d'y établir, en qualité d'administrateur des biens et de dispensateur des revenus, un bourgeois de Chartres exempté ,

1 Voir sttprà, p. 213 et 205, note première * Voir sttprà, p. 151

pour ce, de la taille. Philippe ajoute qu'il prend sous sa- protection l'hôtel, ses biens et ses habitants, et qu'il entend que son aumônier soit spécialement chargé dudit hôpital, qu'il le visite et reçoive les comptes de l'administrateur, soit par lui, soit par procureur, aussi souvent qu'il le jugera convenable '.

Cette marque de bienveillance anticipée , donnée par Philippe-le-Bel au projet de Renaud Barbou , et cette mise de la maison future sous la main de l'aumônier du Roi , par assimilation à l'hôtel des Quinze-Vingts de Paris, fit passer l'hôpital de Chartres pour une fondation royale.

Fort de l'autorisation de son souverain , Barbou acheta, d'abord , en 1 292 , une terre de deux setiers , faisant partie de l'héritage de Renaud dit Chambellan ou Chambcllenc, clerc, fils de feu Jean Chambellan, bourgeois de Chartres, située hors de la porte Drouaisc et tenant , d'un côté , aux vignes des lépreux de Beaulieu , et , de l'autre , aux murs du clos de l'abbaye de Saint-Jean-en-Vallée, dans la censive des chanoines de Notre-Dame, qui l'amortirent en chapitre général de la Purification de la môme année". Puis, le lundi après Pâques 1293, il compléta son œuvre eu se rendant acquéreur , moyennant 80 livres chartraines , du surplus du Liante Renaud Chambellan, consistant en une maison , un pourimsel une terre, dans le môme endroit. Les bourgeois Jean-le-Flamanc et Henri-le- Portier se firent garants de l'exécution du marché 3. L'amortissement de ces biens fut également octroyé par les chanoines, moyennant un cens et sous réserve de la justice, en chapitre général de la Purification 1294 \ L'hôpital était dès-lors établi, mais il lui manquait une chapelle. L'évèque Simon de Perruché y pourvut , sur la demande de Barbou , par une charte du

» Titres des Aveugles; Arch. de l'Hùtel-Diru.

« Ib. Il est exprimé dans cet acte que la fondation de l'hôpital a pour but le soulagement de pauvres gens de Chartres et de la banlieue.

s ïb. Acte passé devant le châtelain de Chartres, par Jehan de Porte-Neuve, rlerc juré de Nicolas Vassal, tabellion du Roi à Chartres.

* Ib ; Arch. de lHAtel-Dieu; Vidimus du vendredi après I" Ascension 1337.

mois de novembre 1294 qui augmenta singulièrement les privilèges du fondateur. En effet, le Prélat ne se contenta pas dfautoriser Barbou à ouvrir une chapelle pour l'usage des pauvres aveugles, il lui donna le droit de nommer et de changer à sa volonté le chapelain et voulut, qu'après sa mort, ce droit passât à Renaud Barbou, bailli de Rouen, son fils, après celuici à Bertaud Barbou, son autre fds, après Bertaud aux fils du bailli de Rouen , après ces derniers aux fils de Bertaud , après ceux-ci aux fils de feu Etienne Barbou, et enfin, après le décès de tous les sus-nommés, au plus proche parent de Renaud, et ainsi de suite , en allant de l'aîné au plus jeune. En outre, par une disposition qui empiétait un peu sur la prérogative royale, il régla que l'administration et l'audition des comptes appartiendraient au fondateur, après sa mort à Renaud , son premier-né, après celui-ci à Bertaud , son second fils, et ensuite à l'aumônier du Roi Les chanoines de Notre-Dame donnèrent leur assentiment a ce règlement \

Le vieux Renaud Barbou , premier maître et administrateur, mourut en 1 208, après avoir légué à son hôpital une rente de cent livres tournois sur la Prévôté de Paris 3 ; il fut remplacé dans la maîtrise par son fils Renaud , ancien baiHi de Rouen , auquel les actes donnent les titres de Familier du Roi et second fondateur de l'hôtel. Sous son administration , les aveugles acquirent des rentes sur la Prévôté de Paris (1304) * et sur plusieurs maisons de la Cordonnerie de Chartres (1308) *,

' Titres des Aveugles. Un titre de Philippe-le-Bel , de février 1292, avait déjà autorisé Barbou à donner 20 livres de rente sur l'Argenterie de Chartres, pour la fondation d'un chapelain. (Petit tartul. des Aveugle.s, fait vers 1 70 i ; Arch. de l'Hôtel-Dicu.)

* Ib. Acte du chapitre général de la Purification 121H. Les chanoines prétendaient que personne n'avait le pouvoir d'ouvrir une chapelle à Chartres sans leur autorisation.

» Voir suprà, p. 164.

* Acte passé devant Pierre de Dicy, garde de la prévôté de Paris, le mardi après la Sainte-Lucc, au mois de décembre 1304. Le vendeur est Jehannot, dit le Tailleur, fils feu Guillaume de Saint-Germain, jadis Tailleur le Roy de France. (Archives de l'Hôtel-Dieu; Titres des Aveugles.)

5 Amortissement de ces rentes, par acte de Charles de Valois, du mois d'avril TOME I. 23

une ceiftive possédée par le fief de la cuisine de Saint-Père sur des biens donnés à la maison (1309) \ des vignes, terres et maisons à Sèche-Côte (1314) \ En 1311 , Vévêque Jean de Gallande voulant imiter l'exemple de son prédécesseur Simon, consacra un cimetière pour la sépulture des gens domiciliés dans l'hôpital, sous la condition, par les aveugles, de payer aux marguilliers de l'église Saint-Maurice une rente de cmatre livres, «à titre d'indemnité \ Toutes les acquisitions faites dans le comté de Chartres par Renaud Barbou , deuxième du nom , jusqu'à concurrence de 40 livres de rente, furent approuvées en 1318 par le comte Charles de Valois \

Renaud Barbou quitta ses fonctions en 1322 et rendit, à son départ , le compte des recettes et dépenses , depuis le jour du décès de son père jusqu'au dimanche où l'on chante Cantate. 1320. Ce compte ne témoigne ni d'une excellente administration ni d'une grande prospérité. Les recettes se montaient à 2,302 livres chartraines et les dépenses à 3,612 livres, ce qui établissait le maître en avance de 1310 livres dont il déclara décharger les frères et sœurs aveugles. Barbou nomma, pour le remplacer dans la maîtrise, le chapelain Martin et le bourgeois Nicolas Salger ou Saugcr \

* Transaction avec Saint-Pore, du 10 des kalendes do juin 1300. (Archives de rmu-l-Dieu ; Titres des Anuqhs. ) , .

* Acte passé devant Sanee de la Fontaine , hailli de Chartres , et sous le scel de la Châtellenie, le samedi après Saint-Jacques et Saint-Christophe 1314, par lequel Etienne Barhou , fils de feu Etienne Barliou , vend à son oncle Renaud Barbou , fils de Benaud Barbou, premier du nom , des terres, vignes et maisons à Sèohe-CiHe, lui provenant de la succession dudit Benaud Barbou lor, son aïeul, moyennant -00 livres chartraines. ilb.)

* Acte devant Foflinal, du 3 des kalcndes de novembre 1311. (II.) Les curés de Saint- Maurice prétendaient hypothèque sur les rentes foncières des Aveugles , à raison des oblations , sépultures, cens et dîmes qu'ils revendiquaient sur l'église de l'hôpital, batic dans leur paroisse. Inc transaction consentie par Renaud Barbou , en présence de l'Evéque, le lundi après Oculi 1308, admit leurs prétentions, et Ton voit, par une quittance du 0 novembre 1311, qu'ils recurent, pour indemnité, trois muids de terre , six livres de rente et soixante livres comptant. D'autres reconnaissances des mêmes droits leur lurent données en 1 433 et 1481 . (Petit Cartul.; Ib>

4 Acte daté de Paris au mois d'avril 1318. Approbation , entraînant amortissement, donnée par le roi Jean, neveu du comte Charles , au mois de décembre 13f>2. Autre, consentie par Charles VI, au mois de mai 1374. (lh.)

* lb.

Le premier immeuble que les Aveugles possédèrent dans l'enceinte de Chartres [Mirait avoir été une petite c/zoscrappelée la Buffeterie dou Chaslelet de Chartres , en la censive des héritiers de Renaud Barbou , valant neuf livres de rente par an. Philippe de Valois leur en accorda amortissement par lettres de juin 1336 \ L'hôtel n'était encore a cette époque qu'un fmuvre hospital moult petitement fondé, suivant l'expression du titre royal.

Lors du passage du roi Jean par Chartres, en 1356, son aumônier M* Michel de Braiche , indigne maislre en Théologie comme il s'intitule, alla visiter Yospital monsieur Saint- Julian et monsieur Saint-Gratian , selon le devoir de sa charge, et reconnut qu'il était urgent de reformer la police de rétablissement. La congrégation des Aveugles accrédita immédiatement , près du seigneur aumônier, en son ostel du cloistre Nostre-Dame à Paris, une députation de quatre frères qui reçut, le 7 mars 13o7, une ordonnance réformatrice en 85 articles. L'examen de cette charte dont l'autorité dura jusqu'à la Révolution, révèle toute l'organisation intérieure de l'hôpital ; en voici les principales dispositions :

Dorénavant le nombre des pauvres , frères et sœurs , sera toujours de six-vingts, selon le commandement inséré dans la bulle du Pape (article Ier) *. Les prières et oraisons faites à la maison, seront mises en espécial entente et appliquées pour le bien du Royaume , du Roy , de la Roy ne , et de leurs enfans, pour Mr de Valoys , et sa femme et enfans , trépassez piéça, qui grands biens fisl à V ostel , et pour le fondeur et hoirs du fondeur... (art. 3). Le chapelain nommé par l'aumônier , sur la présentation du bourgeois maître de l'hôtel , sera curé de l'hôpital et maistre quant à respiritualité; il remplira,

1 Lettres données à Livry en Liunay , par le Roi , à la relation de l'aumonier Martin. (Titres des Aiwugles.)

» On croit qu'il s'agit d'une bulle du pape Céleslin V, de 1201. Le nombre des frères et sœurs avait été également fixé à six-vingts, par une lettre du roi Jean . d'avril 1350. (Petit Cartut.; Arrh. de l'HAtel-Dieu )

dans l'intérieur de la maison , et à l'égard des frères et sœurs < toutes les fonctions du saint ministère; il dira chaque jour une messe à notes, fera l'office de Matines comme on le fait aux Quinze-Vingts de Paris, et recevra , chaque année , outre vingt livres de rente 1 , la part d'un frère dans les biens et aumônes (art. 6, 8, 9, 21 et 37). Le chapelain sera secondé par un clerc qui touchera sept deniers par jour, se très grand pouvretc ne l'empêche , et à moins que il y eust unpouvre preudhomme clerc qui pour moins voulsisl exercer ledit office (art. 10). L'aumônier du Roi est et sera toujours souverain et patron du lieu , il nommera aux places sur la présentation de la congrégation, et nul ne pourra être privé de son office ou de sa place que par son ordre (art. 1 et 18) \ Un bourgeois de Chartres de la liuniéc ausBarhous, tant comme durera, sera maistre, et appelé Maistre et Garde de la communité, toutesvoies est sera pardessous laumosnier; et decest ligniagesera tousjours pris ccli maistre... Le maître sera, comme parle passé , exempt de toutes coutumes , taille , et chevauchées du Roi ; il prendra, chaque année, quarante sous, pour un pourcel (art. 19, 80 et 81) \ Le chapelain-curé et le bourgeois-maître visiteront et recevront les comptes de l'hôtel et ordonneront les corrections raisonnables , sous l'autorité du Roi et de son aumônier (art. 20). Les mêmes fonctionnaires éliront le plus

' Au lieu de 20 livres de la première fondation , le rhapelain-c lire" prenait . au XVIIe siècle, une somme de 120 livres, pour ses gages annuels. (Petit Cortul.; Archives de l'HAtel-Rieu.)

* Le Roi nommait quelquefois, de son chef, aux places d'aveugles vacantes; on connaît des lettres de nomination données par Louis XII, en 1501 et 1510; mais le plus souvent les places étaient conférées par le Grand-Aumônier ou par ses grandsvicaires, à Chartres. L'institution des vicaires-généraux du Grand-AumAnier, pour b surveillance de Saint-Julien, ne paraît pas antérieure à 152H; ces officiers n étaient pas toujours ecclésiastiques, car on compte parmi eux MM. Christophe de Hérouard. Jean de Minera) et Pierre Simon, lieutenants-généraux du bailliage, pendant le X» et le XVII' siècles. (Ib.)

' Cette dernière redevance fut contestée. Des lettres de chancellerie de septembre 1 400 font connaître que Mire Jean dr Rely, aumônier du Roi , ayant visité Saint-Julien , réforma plusieurs abus et fit particulièrement défense à Jean des Moulins , maître de l'hôpital , de prélever , chaque année , 20 livres , pour un pourceau ijras. (Ib.)

souflisant liomme votant de l'ostel, qui sera appelé Ministre. Chaque jour, ce personnage , aidé de sa femme , fera la distribution des aumônes et pitances aux frères et sœurs ; il remettra, chaque matin , aux frères et sœurs , les petites boîtes de quête et rendra , chaque dimanche, compte de leur contenu ; il fera les rondes de nuit et de jour dans les rues de l'hôtel. Ses gages sont fixés à dix sous quatre fois l'an, vingt sous vers la saint André d'hiver , plus à la part ordinaire d'un frère (art. 22 , 24 , 25 et 26). 11 y aura continuellement à la porte de l'hôtel un baçin (tronc) , sous la surveillance de frères et sœurs choisis àcet effet par le maître , le curé et le ministre (art. 28). L'argent sera gardé dans une huche à trois clés ; le maître , le curé et le ministre en auront chacun une. On observera la même règle pour la garde du scel de la communauté (30 et 33). Des chapitres seront tenus en un lieu commun de l'œuvre , pour ouïr les quêteurs sur leurs missions, entendre les plaintes, s'il s'en élève, et régler les affaires de l'hôtel pour le profit de tous (art. 35) \ Outre le chapelain-curé , il y aura un chapelain d'institution royale, qui chantera pour le Roi et les royaux trépassés; ce prêtre sera frère, prendra sa portion comme un frère et touchera, en outre, 12 livres par an, sur l'hôtel (art. 36). Il est ordonné à chaque frère et sœur de porter sur son vêtement une fleur de lis , à un croissant parmi , à la différence de ceux de Paris (art. 40) Nul n'est reçu en l'hôtel sans examen préalable de sa moralité et sans prêter serment de garder les statuts de la communauté ; tout entrant donne ses biens à l'hôtel , toutefois si un ménage reçu a des enfants, ces derniers prennent moitié des biens et l'hôtel le surplus (art. 44 et 46). Les punitions applicables aux frères et sœurs

1 Une ordonnance des grands- vicaires du (irand-Aumûnier, en date du 21 juin 1537 , prescrit aux frères de ne traiter des affaires de la maison que sous la présidence du maître ou desdits grands-vicaires. En cas de contestation entre eux, pour des questions d'intérêt particulier , ils seront jugés par le maître en prenuer ressort et par les grands-vicaires en appel. (Petit Cartul.; Arrh. de l'HAIel-Dieu. i

' Otle disposition est tirée d'une lettre du roi Jean, d'avril 1350 (lt> .)

sont de plusieurs sortes : pour sortie de l'hôtel sans permission . privation de portion pendant trois jours; pour médisance, même privation pendant le même temps; pour injures et jurements, si c'est un homme, le fouet, à raison de trois coups raisonnubles par frère , si c'est une femme, même châtiment administré par les soeurs, en lieu obscur; pour quête par la ville sans permission et dans l'intention de s'approprier les aumônes, perte de pain et d'argent pendant huit jours: pourvoi; exclusion sans rapj>el possible; pour ivrognerie habituelle ou coups de couteau, même peine... (art. 58, 00, 01 , 02, 05). La cinquième partie de toutes les recettes formera un fond de réserve pour l'entretien de l'hôtel et autres affaires communes (art. 31 , 32 et 73). Le chapelain-curé, le ministre et les clercs, voyants ou non, seront tenus à résidence continuelle (art. 82).

Ces statuts qui, par une faveur nouvelle, plaçaient à perpétuité dans la famille Barbou l'office de maître et garde de l'hôpital Saint-Julien, étaient calqués, quanta la partie religieuse et administrative , sur le règlement en vigueur aux Quinze-Vingts de Paris dont l'aumônier du Koi avait également la haute direction. Mais, quelque bien ordonné qu'il fût , un règlement ne pouvait donner à l'hôpital de Chartres les richesses qui lui manquaient. Or, non-seulement jamais les revenus ne permirent d'héberger 120 pauvres, mais les malheurs des temps forcèrent plus d'une fois la petite congrégation à chercher gîte dans la ville et à vivre de la charité publique.

Au moment même où les Aveugles recevaient la pancarte de Michel de Braiche, les habitants de Chartres, effrayés par lesNavarrais cantonnés à Evreux, détruisaient l'hôtel Saint- Julien et employaient les matériaux à la réparation des fortilications. Au mois de janvier 1 300 , les malheureux évincés erraient encore dans les rues, sans pouvoir se faire indemniser de leurs pertes qui montaient . d'après estimation , à 250 de-

mers d'or à Péeu L'abbé de Saint-Jean , voyant leur profonde misère, adressa en 1368, à Jean Barbou, leur maître, une charte qui les rendit participants aux aumônes et oblations du couvent \ Ils n'avaient encore rien touché de la ville au mois de mai 1376 J , et si l'hôpital était reconstruit, ils le devaient, moins à leurs propres ressources, qu'aux générosités de quelques particuliers. On voit, par lettres patentes de Charles VI, du mois de mai 1380, qu'il n'était alloué à chaque frère, pour vivre, qu'un denier tournois par jour

Cette première catastrophe rendit la congrégation plus prévoyante; elle appliqua ses faibles revenus et le produit d'une partie de ses quêtes à la création d'un refuge assuré dans les murs de Chartres, et, à force de privations, elle parvint à ce but vers la fin du XIVe siècle. L'endroit choisi par les Aveugles fut une petite rue détournée , de la paroisse Saint-André , peutêtre le lieu où se trouvait cette Buffcteric amortie par Philippe de Valois en 1 330. Us y bâtirent une vaste salle à laquelle Thibault (iousset , chanoine de Saint-André , joignit généreusement une maison en 1421 \

Bien leur en prit , car les Anglais , maîtres de Chartres , démolirent Saint-Julien vers 1432, peu de temps avant la réduction de la ville à l'obéissance du Hoi. En attendant la ces-

1 On voit , par un procès- verbal (J'enquête passé devant Barthélémy Pré vol eau , lieutenant du bailli , le mercredi après Heminiscere 1359, que le memiin pris par les habitante dans l'hôtel Saint-Julien, valait six vins et huit florins d'or au mouton , et que celui enlevé d'une petite maison voisine de l'hôpital , appartenant également aux Aveugles, était estime quarante émus de Jehan; d'où il résulte que la ville devait à la congrégation onze vins et douze exens de Jehan. (Titres des Aveugles.} Par lettres du 15 janvier 1300, le roi Jean fixa le dommage à 250 deniers d'or à l'éru et ordonna au bailli d'appeler les procureurs des habitants à sa barre et de les forcer à payer. (Ib.)

« ib.

* Lettre*dc Charles VI, au bailli, du fi novembre 1374. — Ordonnance du bailli, Uenis Prévotrau, du 23 mai 1370, contenant assignation aux procureurs des habitante, pour l'allaire de Saint-Julien. (Ib.)

* Lettres-patentes accordant aux Six-Vingts exemption de tout impôt. (Ib.)

& Cette maison , située au coin de la rue Dorée et de la rue Saint-Julien , était , en 1121, dans la eensivo des Hospitaliers de Sours, et, en H5i , dans celle d<» M< Jehan Grenet, à 17 deniers de cens, flh.t

sation des hostilités, les Aveugles se retirèrent dans leur nouvel hôtel ; mais les Français ne les traitèrent pas mieux que les ennemis ; loin de les défendre , les soldats de la garnison s'approprièrent le peu qui restait de l'ancienne maison ; il ne fallut rien moins, pour mettre un terme à ces vexations, que l'intervention directe du comte de Dunois qui donna aux pauvres gens des lettres de sauvegarde , en 1 434 \

On ne sait pas comment l'hôtel Saint-Julien du faubourg sortit de ses ruines ; toujours est-il que la congrégation y vécut assez paisiblement .pendant un siècle et demi. Elle profita de cette période de repos pour agrandir et compléter son établissement de la paroisse Saint-André. Au mois de septembre 1478, Jean Plumé, receveur du domaine royal, lui bailla à cens une place de \ 4 pieds de long sur 1 1 de large, dépendant d'une ancienne ruelle inhabitée, et donnant près de Yostelei appartenances de l'hôpital , en la rue Neuve-Saint-André (rue Saint-Julien) *.

Vers cette époque , un procès assez bizarre s'éleva entre les Six-Vingts de Chartres et les Quinze-Vingts de Paris. Les Aveugles chartrains qui puisaient dans le coffre des quêtes le plus clair de leur revenu, allaient fréquemment faire des tournées à Paris, revêtus de houppelandes à la tleur de lis; les Aveugles de Paris s'en émurent; ils prétendirent que leurs confrères de Saint-Julien trompaient le public et qu'eux seuls, Quinze-Vingts, pouvaient porter la fleur de lis, comme enfants du Roi. Les invalides de Chartres répliquèrent qu'eux aussi, étaient de fondation royale, que, de temps immémorial, ils avaient la fleur de lis pour enseigne , et qu'ils étaient autorisés par leurs règlements à quêter dans le royaume. Ces pré-

1 Lettres valables pour vingt ans, données à Blois le huitième jour de juillet MZi, par Jehan Bastard d'Orliens , comte de Pierreqort, seigneur de Romorenlin, grand chamberlanc de France , lieutenant général du Roy, noslre Sire, sur le faict de la guerre es duché d'Orliens, comtés de Blnis , Dunois, Ghartrain et environs. ( Titres de* Aveugles.)

• Ib.

tentions rivales engendrèrent un procès qui porté d'abord au tribunal du Prévôt de Paris, fut renvoyé par-devant Mire Jean , abbé de la Butoire-les-Senlis , conseiller et aumônier du Roi , seul commissaire en cette partie par le fait de sa charge. Ce haut dignitaire mit les plaideurs d'accord en prononçant , le 14 novembre 1477, une sentence par laquelle les Six-Vingts étaient nmintenus dans le droit de quêter à Paris et de porter la fleur de lis sur la houppelande, à la condition de joindre à cette marque honorable un croissant de couleur blanche, conforme à l'étalon approuvé par l'aumônier du roi Jean \ Il paraît , en effet , que les Aveugles de Chartres supprimaient le croissant distinctif et recevaient, au moyen de cette fraude, des aumônes que les bourgeois de Paris croyaient donner aux Quinze-Vingts.

Le siège de 1568 fut fatal à Saint-Julien. A l'approche des huguenots, M. de Linières, gouverneur, fit mettre le feu à l'hôpital, et, pendant les attaques, le canon duravelinde la porte Drouaise détruisit les murs respectés par l'incendie , qui servaient de retranchements aux assiégeants \ Ce dernier malheur détermina les Aveugles à quitter définitivement le faubourg; ils s'établirent dans leur hôtel de la ville, et obtinrent du roi Charles IX, le 7 octobre 1568, la permission de construire une chapelle sur le terrain donné à cens à l'hôpital, en 1478 \

1 Archives de l' Hôtel -Dieu ; Titres des Aveugles. Celle silence est datée de Paris, en l'hôtel des Quinze- Vingts.

* La brèche faite pondant le siège fut réparée en partie, avec les démolitions de l'église Saint-Julien, tas aveugles en retirèrent 30 écus sous, que la ville leur paya en 1 r»70 . Les pierres de l'hôtel furent employées à la réfection du dos-d'dne de la porte linhout. (Comptes des lteceveurs des deniers communs, 1570-1577; Archives de la Mairie.)

* Ces lettres disent que l'hôpital ayant été ruiné pour la luitton de la ville, a l'occasion des guerres qui ont eu lieu même en la présente année (1508), les Aveugles se sont retirés dans une petite maison sise à Chartres , paroisse Saint-André , entre laquelle et la dite église y a assez distance et pavé malaisé à cause du mont et du val, ce qui est de difficulté pour de pauvres aveugles, surtout en hyjtr. C'est pour ce motif que le noi accorde la permission demandée. (Titres des Aveugles. ) La congrégation avait déjà fait célébrer l'office divin dans sa maison de la paroisse

Si les pauvres île Saint-Julien ne furent jamais grandement dotés, malgré leur origine presque royale, ils ne manquèrent pas de bulles des papes, pour leur église, qt de patentes des rois de France, pour leur maison. Vingt-un litres pontificaux, de 1330 à 1685, accordent des indulgences à ceux qui visiteront, à certains jours de Tannée, la chapelle Saint-Julien \ et fulminent des anathêmes contre les détenteurs des biens de l'hôtel: huit titres royaux, de 1380 à 1730, prononcent, au profit des Aveugles, l'exemption de tout impôt, mettent leurs personnes et leurs possessions sous la garde du monarque, confirment leurs privilèges et invitent tous les évoques, curés et abbés du royaume, à les recevoir charitablement, avec leurs eampanes, boites et reliques1.

Il parait qu'à l'époque de sa plus grande prospérité, l'hôpital ne donnait asyle qu'à soixante-dix pauvres, voyants ou non voyants. Ce nombre alla toujours en décroissant , et il n'était plus que de quinze environ , dans la seconde moitié» du siècle dernier. En 1790, les revenus quf ne dépassaient

Saint-André, lorsqu'elle l'habitait, de 1&32 à 1 i 10 environ; le Livre dp IWs dp Saint-André , folio 203 , verso , fait eonnaitre que les Aveugles donnaient , chaque, année, pendant eetle |>ériode, nue redevance de cinquante sons à la paroisse . pour les oblations de leur chapelle. (Areh. dép.; Tares de Saint- André.) Les Aveugles louèrent, par bail du 12 décembre 1570, l'enclos de leur ancien hôtel, contenant quatre arpents, sous la réserve de la place de l'église et du cimetière, flb.)

' Nulle d'indulgence donnée à I.von le 2i novembre U87, par Charles, cardinal du titre de .Saint-Martin in montions, archevêque et comte de Lyon , primat des (•aules et légat en France , accordant cent jours d'indulgence à ceux qui visiteront la chapelle des Aveugles à certains jours de l'année, et entre autres aux fêtes de saint Julien et saint Catien. — Autre bulle d'Innocent XI , publiée le H novembre 1685, qui attache un privilège et une indulgence pour les Ames du purgatoire, à l'autel de saint Evroult, dans l'église des Six-VincLs Aveugles de Chartres, i Titres des Aveugles ,)

1 Los lettres-patentes de sauve-garde, données à Saint-Julien, par Louis XJ Y , au mois de mars 1661, témoignent de la confusion que l'on faisait alors de cette maison avec les Quinze-Vingts de Paris et de la persuasion où l'on était de son origine royale. Voici le préambule de ces lettres : Parmi toutes les fondations des Unix de France, il n'en est guéres de plus recommandables que ceile* des Quinze -Vingts Aveugles de Paris et des Stx-Yingts Aveugles de Chartres, instituées pour recevoir des gens de guerre nui s'étaient croisés et auxquels les Sorrazins avaient crevé les yeux. Le bienheureux saint Louis eut la pensée d'établir des lieux /mur les recevoir et les nourrir... Ces lettres furent enregistrées en Parlement le 10 mars iMi. flb. j

I»as 4,000 livres, ayant été réduits à 1,800, par suite de la vente d'une partie des biens, opérée pour subvenir aux besoins urgents de la maison , la position des Aveugles devint plus précaire encore. Longtemps il ne leur fut attribué que 12 livres par mois; en 1819, ils ne recevaient encore mensuellement qu'une rétribution de 21 fr., et l'insuffisance no toire de cette somme les obligeait à recourir, pour vivre, aux aumônes de la rue. A la même époque, Saint-Julien devait plus de 7.000 fr. aux autres hospices de Chartres et il fallut faire appel à la générosité chartraine pour empêcher la ruine complète de la fondation de Renaud Barbou \ Un secours inattendu vint heureusement tirer la vieille congrégation de sa misère; par testament du H novembre 1837, une pieuse dame, madame Renouard de Saint-Loup, lui laissa un domaine à Levainville, d'un revenu de -14,000 fr. L'exiguité du terrain de Saint-Julien se refusant aux agrandissements et aux améliorations que cette donation permettait de faire, l'administration des hospices réunis obtint , en 1839, la trans-

1 Notice île M. Billard, maire tl»? Chartres, sur la situation critique de l'hôpital des Avenus. Chartres, l'O janvier 1N1U; imprimerie de Durand-le-'i'ellier.

La famille Barbon lui, jusqu'en \ ~\)*>, en [tossession i!e la maîtrise «le Saint-Julien, selon l'art. 1e.) des statuts de l'A"i. Voici les noms des maîtres dont le chartrier des Aveugles fait mention : (121)1) Renaud Barbon le vieux; Renaud Barbou le

jeune; Nicolas Sauver; (KUiNi Jean Barbou; i vers 1 i in I Nicolas des Mou-

lins, procureur au parlement de Paris (ce Des Moulins descendait des Barbon par Martin des Moulins , l'un de ses ancêtres , qui avait épousé une tille du vieux Renaud Barbou); (1WJ) Jean îles Moulins, procureur en parlement; (1PJ2) Jacques des Moulins, M" ès-arts et bachelier ès-lojs; (1510) Jean Nicole, gendre de Jacques des Moulins, avocat et conseiller au bailliage, maître |>endant cinquante:huit ans; tloKN) Jean Tunais ou le Tunais, procureur au bailliage, époux de Robinet te Besmazis, fille de Jean Besmazis et de Catherine Barhou; ( i T> 7 1 > François le Tunais, procureur au bailliage; ( KilO) Guillaume le Tunais, procureur au bailliage; (I (>-'*(») Pierre le Tunais, procureur au bailliage (ce maître eut un long procès, au sujet de la prés'auce, avec le curé et le grand-vicaire du Grand-Aumônier; le cardinal de Coislin donna gain de cause à son grand-vicaire par sentence du lt> décembre I7lr2), ( 1 (>90 ) Charles Courtois, gendre de Michel le Tunais, avocat au bailliage; (17ill Michel Charles Comtois, avocat au bailliage. Ce. dernier étant mort en l'an R de la République, M. Masson , son neveu, revendiqua la maîtrise; mais sa requête fut rejetée par un arrêt du Préfet, du 10 germinal an XI , motivé sur ce que les titres fondamentaux de Saint-Julien, c'est-à-dire les lettres de I*J1 et de liîYl, mettaient l'hôpital sous la main de l'aumônier du Roi et n'accordaient aux Barhim que le droit de nomination du chapelain

lation des Aveugles dans un vaste bâtiment annexé à la maison de Saint-Martin-au-Val , au faubourg Saint-Brice, occupée par les vieillards et les orphelins. Aujourd'hui cet établissement compte vingt-cinq ou trente aveugles, dont huit sont entretenus aux frais du département

§ 8 — MALADRER1E DE LA MADELEINE DU GRAKD-BEALL1EU.

L'hospice de la Madeleine du Grand-Beaulieu , fondé vers 1054 par le comte Thibault III *, fut transformé en maladrerie ou léproserie aussitôt que la hideuse maladie, triste conquête de l'Orient , vint s'implanter en France. Nous n'avons pas omis de rapporter les donations exceptionnelles dont cette maison fut l'objet, telles que les droits sur la foire de Saint-Simon-Saint-Jude (1054 et 1 158) % les escuagcs sur la monnaie chartraine (1 158, 1 160 et 1 183) 4 , les redevances sur les bans de Pâques et de la Pentecôte ( 1 190, 1 193) 8 , les

1 L'administration des hospices vendit , il y a quelques années , l'ancienne maison de Saint-Julien , à M. Mondesir. curé duCoudray, qui la légua, en mourant, i M. le chanoine Bonnet, à la charge expresse d'entretenir la chapelle et d'y continuer b célébration de l'office divin. D après la volonté du testateur, cette maison devra être transmise , successivement et viagèrement , à des ecclésiastiques , sous la même condition. La chapelle, dont l'architecture n'a rien de curieux, est décorée d'une toile remarquable représentant Jésus guérissant des malades, due au pinceau de M. Camille Marcille.

1 Voir suprà , p. fiO.

3 lb., p. GO et 105. Pendant les huit jours que durait cette foire, les Lépreux avaient le droit de placer a chaque porte de la ville des gardiens qui percevaient , pour le compte du Grand-Beaulieu , les redevances de toute nature que les marchands payaieut habituellement au Domaine. Ils touchaient aussi les menues coutumes ducs par les acheteurs et les vendeurs , et cette recette ne laissait pas que d'être importante , patee qu'il était enjoint à tous les ménages de Chartres et de la banlieue de se pourvoir à la foire. (Titre de Thibault V; pièces recueillies par Pintard, coll. Lejeune.)

4 lb., p. 104, 105 et 111 « lb., p. 115 et 116

pitances sur la cuisine du Comte (1190) On sait, par un passage de Guillaume de Jumièges, que le roi Henri d'Angleterre acheva d'une manière magnifique les bâtiments de l'hôpital des lépreux de Chartres, Xenodochium Elephantisiorum, Carnoti mancnlium (c. il 20). Les biens de cet établissement si favorisé au XIIe siècle par les comtes Thibault IV, Thibault V et Louis, ne firent que s'augmenter dans la suite *; il possédait déjà, aux XIIIe et XIVe siècles, une censive qui s'étendait sur les paroisses de Saint-Cheron-du- Chemin, Umpeau, Champseru, Escorpain , Chàtaincourt , Louville, sur trente maisons avec vergers et jardins à Chartres, sur deux étaux de la boucherie de Porte-Neuve, deux tables de la rue des Changes, vingt-trois étaux de la halle au pain et un étal de la boucherie de Bourg; il avait une maison de refuge dans la ville , en face de la porte Cendreuse , à l'endroit dit la Croix-des-Ecuvers , aujourd'hui la Croix-de-Beaulieu; en 1524, ses revenus étaient évalués par les échevins à 6,000 livres tournois \

L'administration spirituelle et temporelle de la Léproserie était confiée à une confrérie de prêtres et de laïcs , hommes et femmes; les lépreux en faisaient partie et concouraient à

1 Voir suprà, p. 115. Ces pitances, dues par chaque jour où le Comte couchait à Chartres, consistaient en 12 deniers pour les vivres, 12 setiers de vin , 12 deniers pour le pain ou 60 pains de cour , curiales, si panes curiales habitent curia.

Pour compléter la nomenclature des biens de Beaulieu , le lecteur peut recourir aux pages 100, 107, 111, 1U, 1 15, 123, 153 et 267 de ce volume, et au Cartulaire noir de la Léproserie , curieux manuscrit de la Bibliothèque communale.

* Il faut citer parmi les plus illustres bienfaiteurs du Grand-Beaulieu , les comtes Thibault III, Thibault IV, Thibault V et Louis (de 1051 à 1205); les deux comtesses Adèle (1103-1192) ; la comtesse Jeanne (1291); les rois Henri I" d'Angleterre (1120) et Philippe-Auguste (1185); les vicomtes Ebrard du Puiset (1189), Miles de Bar (1210), Simon de Rochefort (1210) et Guy de Rochefort, cvèque de Langres (1253); l'archevêque Guillaume-aux-Blanches-Mains (1193); les vidâmes Jean, Robert et Guillaume (1196-1202); les chevaliers Simon de Montfort (1198), Ursion de Freteval (1186), Gauthier deFriaize (1158), Foulques de Marolles (1168), Ernaud de la Ferté (1176), Gauthier de Rambouillet (1189), Guillaume d'Aiguillon (1208), Robert de Bérou (1216), Bouchard de Marly (1226), Yves de Vieuxpont (1243), Philippe Chenard de Louville (1270).

» Comptes des cens et rentes du Grand-Beaulieu, années 1380, 1382, U87 et 1488. Titres de Beaulieu; Arch. de l'HAtel-Dieu.

l'élection du prieur ou maître. Ce fonctionnaire, toujours ecclésiastique, recevait tle l'Evèque les pouvoir spirituels, comme curé de l'hôpital, et restait soumis, quant au temporel, à la haute surveillance du Comte \ Les fondateurs, puis, après eux, la comtesse Adèle (c. 1103) et le comte Thibault IV (de 1 102 à 1 152), avaient su intéresser la ville au gouvernement du (irand-Beaulieu , en affectant à perpétuité au service des lépreux quatre bourgeois que cette fonction affranchissait de tout impôt et de toute autorité séculière, môme de la justice des prévôts, viguiers et sénéchaux du Domaine \ Cette institution eut pour résultat de donner au bailli et au procureur du Roi , puis aux éehevins, une sorte d'entrée dans l'administration intérieure et des prétentions à la garde de la maison ; mais ce ne fut pas sans opposition de la part de l'Evèque et des confrères. Au commencement du XIVf siècle, il y eut entre ces puissances rivales, des démêlés assez graves pour motiver l'intervention de Philippe de Valois; des lettrespatentes de ce Prince, en date de mars 1332, placèrent le (irand-Beaulieu sous la protection immédiate des rois de France, et confirmèrent les confrères dans la jouissance de leurs anciennes franchises, libertés, administration de la maison cl élection du Prieur \ Néanmoins on voit par une

' Les comtes tinrent toujours à conserver leur suprématie sur le temporel du < j rond- Hert ii lieu. Par lettres datées du Vivier-en-Bric , le lundi devant 131 1 , le romlc Charles de Valois donna à Kvrard de Thyeu»es et Pierre Honoré , ses plénipotentiaires. les pouvoirs nécessaires pour traiter avec l'évêquc Jean de Gallande, an sujet des contestations qu'ils avaient entre eux , mais il leur défendit expressément île rien accorder touchant la garde de la Maladrerie du (irand-Beaulieu , qu'il entendait se réserver pleine et entière , comme par le passé. {Voir Appendice n° 10, fin de ce volume.)

- .... Vnlo, erijo, rf institut) ut ueque Vtcariis, neque Prefecto. neque Dapifero nwo. nec cuiquam vidicarie pot estai i subjareant.... Si ver<> aliquando forisfecennt et in causant pro furis facto suo . me absente , vocati furrint , in présenlia t nua ejeequendi justicinm plegios dent, cum veuero ad justiciam vocati, me présente, respondeunt , justictam fartant et acetpiant. (Titre de Thibault V; 1152- 1191. — Cartui. noir du (irand-Beaulieu; Mss. de la Bdd.)

3 Le vu des pièces de l'arrêt du Conseil-d'Klat du 17 novembre 1693, relate une copie vidiméc de ces lettres, en daU; du 3 décembre 1 I3fi ; elles avaient été approuvées par lettres de Charles VI. de mars 1-410 ((h-donnances des Bois de France, vol. X. p. 397 \

délibération du corps municipal du 16 décembre loOo, que la ville n'avait pas renoncé à ses prétentions à la visite de la léproserie et au droit d'autorité sur les malades, les frères et sœurs condonnés et le Prieur.

Jusqu'au concordat de François YT (loi 5) les nominations du Prieur ou Maître furent faites en assemblée générale des confrères et approuvées par l'Evèque ou ses vicaires-généraux '. Il paraît résulter d'un acte de 1420 que les sœurs avaient à leur tète une prieure; du moins, une sœur, nommée Jeanne Laulioyne, prenait alors ce titre et adressait en cette qualité une supplique à l'Evêque, pour l'inviter, au nom des frères prêtres et des frères et sœurs laïcs, tant sains que lépreux, à désigner pour prieur un ecclésiastique de son choix. Les suffrages tombaient quelquefois sur un prêtre séculier, mais plus souvent sur un frère de la maison, chanoine affilié à l'ordre de Saint-Augustin \ A partir de 1516, les provisions des prieurs furent délivrées en cour de Rome, sur la présentation du Roi; le premier prieur nommé de la sorte fut Mire Claude Andry. En cas de vacance, le Roi donnait, pour l'administration du Grand-Rcaulieu , des lettres d'économat, comme pour les bénéfices consistoriaux et à nomination royale; on en vit un exemple sous Charles IX (août 1572), après le décès de Mire Guillaume Rertrand, sieur de Villemort, maître des requêtes et prieur.

Les sœurs condonnées semblent avoir eu au XIVe siècle le

1 Election, en chapitre de la confrérie, de Nicolas de Villcfranche , prêtre, frère profès de la maison (13-18); idem, de Jean de la Fontaine, prêtre et frère profès (13G3); élection par l'Evèque, sur la demande expresse des frères et s<eurs, de Jean Loiselcur, prêtre et frère profès <U20); élection en chapitre de Michel Perrin , prêtre et frère condonné (1WG); idem, de Mathieu Lelièvre prêtre (1456). Ce dernier prieur ayant obtenu en 1157, du pape Calixte 111, des bulles de permutation avec Itobert lkmnejoyc , pourvu en comrncnde de réjïlise paroissiale de Saint-Maxe de Menue, les confrères de Beaulieu et l'Evêque firent des protestations, attendu que Bonnejoye n'avait pas été élu en chapitre. ( Renseignements puisés dans le vu des pièces de l'arrêt du Conseil-d'Etat du 17 novembre 1093.)

5 On pense que ce fut Yves de Chartres qui donna, vers 1H5, aux prêtres ei frères de Beaulieu la règle de Saint-Augustin.

monopole de la connaissance des cas de lèpre. On lit, en effet, dans les registres capitulaires de Notre-Dame, sous la date du mardi après le Synode 1328, (pie Guillaume Marel, recteur de l'église paroissiale de Mignières, fut déchu, comme infecté de lèpre, d'après la visite des sœurs rie Bcaulieu, expertes à connaître et palper les lépreux et pour ce instituées '. Comme la maison du Grand-Beaulieu était la principale léproserie du diocèse de Chartres, les personnes attachées à son gouvernement passaient pour fort habiles en fait de lèpre, et leurs consultations faisaient loi dans toute la Beauce. Il arririvait souvent que des individus suspects rie lèpre, étaient conduits aux épreuves à Bcaulieu; le jugement" des experts décidait, sans appel possible, du sort de ces malheureux \

Un acte du 3 mai 1440, rapporté dans le vu des pièces d'un arrêt de la chambre royale du 22 septembre 1676. relate quelques-uns des statuts de la Léproserie, en ce qui touche les malades. Tout lépreux dont l'admission au Grand-Beaulieu était autorisée, arrivait professionnellement avec le curé, les marguilliers et les paroissiens, croix et bannière en tète; le

1 .... Exportas et slalutas ad cognwtccndum H palpandum infectas, (lie*}, capit.; Mss. de la Bibl.)

» La terreur qu'inspirait In lèpre avait fait adopter au Moyen-Age les mesures de précaution les plus grandes pour éviter le contact des malheureuses victimes de cette horrible maladie : « Aussitôt qu'un cas de lèpre était constate , le malade était condamné à une séquestration perpétuelle, les prêtres l'emmenaient à l'église en chantant les prières des morts , puis quand il était arrivé devant l'autel , on le dépouillait de ses nabits, que l'on remplaçait par une robe noire, et le malheureux omêset (lépreux), après avoir entendu , entre deux tréteaux , l'olficc pour les trépassés , était conduit , soit dans une léproserie , soit dans une cabane située loin des habitations. Si la misère le forçait à venir mendier sur les grandes routes , il avait à la main une crécelle ou claquette pour avertir les passants de sa présence, mais il devait toujours se tenir éloigné d'eux. 11 lui était défendu d'entrer dans les églises, les moulins, les lieux où l'on cuisait le pain ; de se laver dans les fontaines et les ruisseaux ; toujours vêtu de sa robe noire , il ne devait toucher aux denrées ou aux objets qui lui étaient nécessaires, qu'avec une baguette. » (Dict, encyclopédique, par Le Ras, tomeX, p. 181.)

Les lépreux riches ou nobles n'étaient pas autrement traités que leurs coufrères pauvres ou de condition servile. La léproserie du Grand-Beaulieu compta parmi ses habitants Roger Fortin, seigneur de Réveillon en partie (1122) (Cari. Saint-Père, vol. 2, p. 543); Nivelon, fils de Gaufrid de Grand-Pont (1188) (Livre noir de Beaulieu; Arch. départ.); Barthélémy, fils de Sulpice-le-Changeur (1222) flb.f; Gauthier de Gonvillc, oncle de Gilon, seigneur de Gonville (Ib.J; Guillaume Marel. curé de Mignières (1328) (Rey. capit., cités).

Prieur-Maître, en le recevant au nombre des confrères, lui intimait l'ordre de ue jamais sortir sans permission de l'enceinte de l'hôpital , de fournir une déclaration de ses biens meubles et immeubles et de no pas les aliéner sans son consentement; puis il lui faisait jurer, sous peine d'être chassé , de ne frapper personne, de ne point dérober, de ne commettre aucune luxure, et de laisser en toute propriété à la maison les meubles garnissant sa cellule , le tiers de ses biens patrimoniaux et la moitié de ses acquêts.

« Les Frères ladres du Grand -Beaulieu portaient des manteaux de couleur gris-brun, appelés sarrots, à l'instar des Minimes, pour les distinguer des prêtres et des autres hommes. Ils faisaient faire et payaient eux-mêmes leurs habits; ils achetaient et portaient des chaperons à bourrelets, à l'usage des séculiers; ils étaient logés dans des petites chambres ou cellules.

» Les sœurs avaient leur logement et leur chapelle dans la cour, du côté du grand chemin , et se trouvaient ainsi séparées de la maison commune et de la chapelle des hommes 1 ; elles étaient vêtues d'étoffe de laine grise.

» Le Prieur et les prêtres confrères étaient vêtus de robes noires, agrafées par devant, de même que les prêtres séculière; ils portaient un bonnet violet, avec le chaperon à bourrelet sur l'épaule gauche; et pour pourvoira cette dépense, comme a son entretien, ils avaient droit , sur les revenus du Grand-Beaulieu, à une somme même plus forte que celle qui leur était nécessaire pour cet objet.

» En 1443, Pierre Beschebien, évêque de Chartres, ordonna que les confrères condonnés porteraient un habit roux

1 La chapelle , ou plutôt IVglisc de la Madeleine du Grand-Beaulicu , fut consacrée en H 34, par lYvèVme Geoffroy de Lèves.

Au Moyen-Age, les chantres et les enfants de chœur de Notre-Dame faisaient, chaque année, dans le courant d'oclohre, une chevauchée à Beaulieu, pour y chanter les nbits des lépreux trépassés. En retour, la confrérie était tenue de fournir un hon repas à ces visiteurs. Ce droit de pitance fut converti plus tard en une redevance en argent. (Arch. dép.; Titres du Chapitre, invent., p. 247 )

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