TOME I
et une chappe noire; et messirc Louis Guillard, aussi évêquc de Chartres, procédant à la réforme du Grand-Beaulieu , selon rarrèt du dernier mars 1529, statua : qu'ils porteraient une grande lettre L, de demi-pied de long, de drap roux, en leurs robes, au côté seneslre devant leur poitrine, parce qu'ils faisoient l'épreuve des ladres; qu'ils dévoient les toucher, les visiter et parler à eux; qu'ils pouvoient être infectés, et qu'il étoit à propos qu'ils portassent cette marque , pour faire connaître au peuple l'état où ils étoient.
» Les frères clercs et les frères laïcs appelèrent de ce statut, et le parlement, le 23 décembre 1533, ordonna qu'il ne serait point exécuté à l'égard du prieur et des frères clercs, et par conséquent il le confirma à l'égard des laïcs \ »
Le changement introduit dans la nomination des prieurs par le concordat de François I", fut très-préjudiciable aux intérêts et à l'ordre intérieur du Grand-Beaulieu. Le 9 septembre 1523, les lépreux et malades saisirent la chambre de ville d'une plainte en forme contre le prieur Claude Andry, qu'ils accusaient de les traiter fort mal et de ne leur donner ni nourriture convenable, ni soins suffisants. Ce Prieur, qui ne résidait pas , confiait l'administration à un procureur peu scrupuleux. Les échevins déléguèrent deux d'entre eux pour faire une enquête, et d'après les conclusions du rapport, ils délibérèrent, dans la séance du 17 mars 1524, qu'il serait remontré à M* Jean Grognet, vicaire-général de l'Evêque, que Beaulieu a été jadis institué pour loger, substanter et soigner les malades de l'un et l'autre sexe, natifs de la ville, et leur administrer les sacrements; qu'il y avait jadis un Prieur et des religieux confrères jusqu'au nombre de vingt ou trente prêtres, et une Prieure avec vingt ou trente sœurs religieuses, pour le service et gouvernement des malades de lèpre; qu'à présent il n'y a ni prieur résident, ni relir-
1 Extrait «l'une intéressante Notice historique sur la nmladrerie du Grand-Beaulieu, par M. Lejeunv. Orléans, 1833. p. 8 cl 9.
gieuscs, mais un procureur aux deniers demeurant à Chartres et deux ou trois gens d'église qui ne sont suffisants pour le piieuré, qui a 5 ou 6,000 livres de revenu et que ce revenu est malversé quant à l'entretien des malades; qu'en conséquence, il serait prié d'y mettre ordre et d'y établir nombre compétent de gens d'église. A son arrivée dans son diocèse, l'évèque Louis Guillard prit l'affaire en main et commença une instruction pour parvenir à la réforme désirée; mais, à la fin de 1525, les anciennes rivalités se réveillèrent au sujet de la superintendance de la maison, la ville et le prélat contestèrent vivement, le parlement fut saisi et le procès ne se termina que par un arrêt de mars 1529, qui attribua à l'Evèque seul le droit de police sur Beaulieu \
La réforme se fit promptement et nous eu avons rapporté plus haut quelques particularités ; mais il paraît que l'œuvre de Louis Guillard ne subsista pas longtemps. Les malversations continuelles des prieurs et l'abandon complet dans lequel végétaient les malades attirèrent de nouveau l'attention du corps de ville auquel les lettres-patentes du Roi du 1 9 juillet 1556, sur l'établissement du bureau des Pauvres, et l'édit d'avril 1561, sur le gouvernement des hôpitaux, donnaient le pouvoir de pénétrer dans les murs de la Léproserie. A la réquisition des échevins , le procureur général du Roi au parlement de Paris ordonna la saisie du temporel du prieuré et en adjugea les fruits, revenus et émoluments au bureau des Pauvres, sauf les frais d'entretien des malades et infirmes. Le 1 8 janvier 1 562 , on fit élection de quatre notables pour fidministrer la maison, et le 7 juin 1563, une sentence du bailliage? afferma, par adjudication, le temporel saisi au sieur Jean Gauville. Cet état de choses dura huit ans, nonobstant les réclamations du Prieur. Enfin, le 22 juin 1569, M' Bertrand de Villemort, prieur, offrit de donner chaque
1 Arch. <lc la Mairie; Itey. des Echevins, passim.
année 800 livres à la caisse des pauvres, pour obtenir mainlevée de lu saisie; le corps de ville jugea cette proposition insuffisante, et, dans la séance du 19 juillet, il posa pour conditions au demandeur d'avoir à nourrir et soigner tous les malades de Beaulieu, avec l'assistance de six prêtres et quatre clercs, de verser annuellement 900 livres au bureau des Pauvres, et de consacrer par an 500 livres, jusqu'à parfait achèvement, à la réparation des bâtiments de l'hôpital, ruinés par les Huguenots. Une transaction sur ces bases fut passée, le 30 novembre, devant M* Jehan Guignard, notaire, et la ville consentit la main-levée; le parlement approuva cet arrangement par arrêt du 1er février 1570. Le droit des Pauvres, ainsi consacré, fut respecté, non-seulement par les prieurs commendataires, mais encore par les évèques, après la couversion de la léproserie en séminaire
La cessation presque complète de la lèpre, au XVIIe siècle, rendant moins utile l'hospice du Grand-Beaulieu , M. l'évêque de Neufville de Villeroi jugea qu'un séminaire y serait convenablement placé. Il obtint, au mois de mars 1659, la résignation de M're Charles-François de la Vieuville, prêtre,
1 Arch. de la Mairie; Hrq. des Erherins. passim. Vu des pièces de l'arrêt du Conseil du 17 novembre 1503. — I/*s prieurs, successeurs de M. de Villemort, soulevèrent encore quelques dillicultés; un procès engagé par la ville contre M« Yves le Breton, prieur, fut appointé par transaction du 2i octobre 1505, à la charge par ce Prieur de payer 800 écus au sieur Jacques de la Motte , son prédécesseur , et 100 écus, le jour de PAqncs, an bureau des pauvres. ( lieg. des Echevim.)
La sentence du bailliage, de 1503, donne des détails assez curieux sur la vie des malades et inlirraes de Heanlieu à cette époque : « On fournissait aux lépreux, savoir, à chacun , tant homme que femme, et par repas, un pain pesant une livre et demie , froid et rassis , six camuses et une pinte de vin par jour , plus ce qui leur était nécessaire pour leur pitance , en chair, poisson , sel , verjus , vinaigre et antres choses; plus, à chacun, 12 sous 8 deniers tournois lorsqu'ils communiaient les jours de Piques, de Noël, de la Pentecôte, de l'Assomption et de la Toussaint; plus, pour s'esjouir entre eux la veille des Rois, un gâteau où il y avait une fève, avec double pitance de vin; plus, pour quatre malades, une charretée de hois par chaque mois, depuis Pâques jusqu'il la Saint-Rémy, et une charretée et demie, depuis la Saint- Remy jusqu'à Pâques; plus, pour chaque malade, tant homme que femme, par semaine , deux sacs de charbon , le bois et le charbon devant être rendus et livrés devant leurs portes; les hommes avaient, chacun, pour leur vestiaire, 30 sous tournois, et les femmes 15 sous; on leur fournissait, pour trois, une chambrière, laquelle, outre ses gages, était entretenue de souliers. » fiïntire historique sur h mahtdrerie du Grand-Brauiieu, par M. Lejeune, p. 17 I
prieur commendataire du prieuré conventuel séculier du Grand- Heaulicu-lcz-Cliartres , de l'agrément du Roi et de son oncle Gaston d'Orléans; puis, par un décret du 12 novembre , il prononça la suppression immédiate du titre de prieur, l'extinction des places de prêtres et clercs desservants, au fur et à mesure des décès des titulaires, et la réunion de tous les biens, église, bâtiments, revenus, droits, domaines, au séminaire à établir en ce lieu. A cette occasion , le Roi donna, en décembre 1659, des lettres-patentes qui furent enregistrées au Grand-Conseil le 18 février 1660 et au Parlement le 29 mai suivant.
La maladrerie du Grand-Beaulieu avait existé à l'état d'hôpital pendant plus de six cents ans.
§ 9. — MALADRERIE DE SAINT-GEORGES DE LA BilNUElE.
Nous avons peu de choses à dire de la Maladrerie ou Léproserie de Saint-Georges de la banlieue, fondée dans la première moitié du XIII* siècle. La comtesse Isabelle , la vidamesse Marguerite, dame de Tachainville, et l'évèque Gauthier paraissent avoir été ses premiers bienfaiteurs \ En 1229, les religieux de Saint-Chcron , curés-primitifs de la paroisse de ce nom dans la circonscription de laquelle se trouvait l'hôpital naissant, permirent aux lépreux d'avoir un chapelain et un cimetière pour leur usage particulier *; on peut donc faire remonter à cette époque la fondation de la chapelle placée sous l'invocation de saint Georges 8. Les comtesses
» Voir snprà, p. 135.
* Histoire de Saint-Cheron . p. 25; Mss. de la Bibl. communale.
* Rouillanl , Pinlard et les historiens modernes attribuent, d'après uiiobit, la fondation de la chapelle de Saint-Georges de la Baulieue à un certain Bobon', qui 'iKKirul le i des kalcnde* de décembre 1240.
Mahaud (1256) et Jeanne (1291) donnèrent à la Banlieue des marques de leur munificence f, et, en 1304, cet établissement fut du nombre des maisons religieuses et charitables auxquelles le testament de la dame Isalxîlle , veuve du chevalier Renaud de Boncigny , assigna des aumônes \
Un édit de Louis XIV, du mois de décembre 1672, ayant uni toutes les maladreries et léproseries du royaume à l'Ordre hospitalier et militaire de Saint-Lazare de Jérusalem et de Notre-Dame du Mont-Carmel, on fit, des anciens hôpitaux de Saint-Georges de la Banlieue et de Saint-Maur du Pont- Tranchefétu, une petite commanderie dont le titulaire était, en 1693, le chevalier Pierre Vallier, seigneur d'Anjou et de la Boissière, capitaine d'une compagnie de chevau-légers s; les terres de la Banlieue rapportaient alors 900 livres de revenu. Mais l'Ordre ne jouit pas longtemps de la donation un peu irréfléchie du grand Roi; les anciens hospices annexés à Saint-Lazare, dont la plupart avaient changé de destination, intentèrent des procès aux chevaliers; les villes se plaignirent de leur côté , et Louis XIV se décida à prononcer, au mois de mars 1693, la révocation de l'édit de 1672. L'intendant d'Orléans confia l'administration provisoire de la Banlieue à M. Alexandre Pintard, bourgeois de Chartres *; puis, au mois de janvier 1695, l'Hôtel-Dieu de Notre-Dame fut mis
1 Voir suprà , p. 141, note 3, et 1 53.
* Titres des Cordelicrs; Arc h. dé p.
» Les chcvnliers de Saint-Lazare voulurent aussi revendiquer lu propriété de l'ancienne léproserie du Grand-Ileaulicti , convertie en séminaire depuis 1059; mais Us eurent à soutenir avec l'Eveque un long procès , dont je rendrai compte en parlant des établissements existant à Chartres à Tepoque de la Révolution.
La léproserie de Saint-Maur du Pont-Tranchefétu était administrée, au XIVe siècle, par un délégué du Chapitre (Itegistres cnpilul.; Chapitre général de la Saint-Jean 1354); en 1093, les biens de cet ancien hôpital rapportaient 84 livres au chevalier d'Anjou.
* Commission de Mire Jubert de Bouvillc, marquis de Bizy, intendant d'Orléans, en date du 24 avril 1094, qui charge le sieur Pintard de recevoir les revenus des maladreries et léproseries du diocèse de Chartres, à compter du 1er juillet 1603. Compte fourni par Pintard , en vertu de cette commission , des recettes effectuées par lui, depuis le 1« juillet 1093 jusqu'au 31 décembre 1094. (Arch. de l'Hôtcl-Dieu; Maladreries.)
en possession des biens île cette maison , par application de l'article 2 de ^déclaration royale du 24 août 1693.
La Léproserie, ou plutôt la ferme de la Banlieue, fil partie des domaines de l'Ilôtel-Dicu jusqu'à la Révolution ; vendue par les administrateurs du district, le 13 messidor an 111, elle passa , après plusieurs mutations , entre les mains de M. le Marquis d'Àligre, qui la lit entrer, en 1828, dans la dotation de l'hospice de Josaphat, dit Asile d'Aligre.
Ainsi, les biens donnés en 1200 aux lépreux de Chartres retournèrent de nos jours aux pauvres et aux infirmes de Chartres.
§ 10. — LOÉXS.
En sa qualité de seigneur ecclésiastique , gros-déoimateur et haut-justicier, le chapitre de Notre-Dame avait besoin de greniers pour conserver ses blés, de fours pour cuire son pain , de prétoire pour rendre sa justice et de prisons pour incarcérer les coupables de ses domaines. Les bâtiments appropriés à ces divers usages, étaient renfermés dans un enclos nommé Loê'ns l, voisin de la cathédrale, de la jiorle Neuve du cloître et des Lices.
La fondation des greniers de Loëns remonte probablement à une haute antiquité; toutefois nous n'en pouvons parler avec certitude qu'à partir du XII* siècle. 11 est question dans l'obit d'Eudes, fds du comte Etienne-Henri (1102-1109), d'uu étal à boucher de la porte Neuve , qui déversait les eaux
1 On Irouvc dans du Cange, IjhIwh : locatio, coudurtio; en français, loyer, ndjudication , criée. C'était a Loéns que se faisaient 1rs baux, les adjudications et les criées de la juridiction du Chapitre. Cette étyiuologie, déjà proposée, me parait asseï plausible.
«te pluie dans la maison du grenier eapitulaire '. En 1120, on employait habituellement dans les titres, les expressions: blé de Loëns, mesure de Loëns le blé de Loëns se disait du froment de choix , parce que les chanoines n'admettaient à Loëns que des grains de première qualité; on entendait par mesure de Loëns, les vases qui étaient adoptés par le Chapitre pour le mesurage des grains, et dont les étalons se conservaient à Loëns; ces mesures de capacité différaient, quant à la dimension , de celles en usage dans les terres du Comte *. Comme la plupart des établissements religieux du pays chartrain, et, par conséquent, leurs vassaux, suivaient la coutume des chanoines de Notre-Dame, il en résultait que les deux tiers des transactions dans lesquelles on stipulait un paiement en blé, imposaient aux contractants le blé et la mesure de Loëns; il arrivait même que, pour plus de sûreté, les parties convenaient d'opérer la livraison et le mesurage à Loëns \ La valeur du setier de blé de Loëns était fixée, cha-
1 Kecrologes de Noire-Dame , D des kal. de janvier; Mss. de la Bibl.
* .... Duos annone tnodios in 1/ien. (Acte de il! 0-1 128; Cartul. Sainl-Pere , vol. 2, p. 312.) .... Quatuor modius et dimidwm auiione de Loen. (Arlo de 1131- 1132; lb., p. 375.) On se servait aussi, à la même époque, dans le langage des affaires, des mots : Die du réfectoire de Suire-Dame . . . . Quinque modios annone advalens . et ad preciitm refectorii béate Marie Carnotcnsis. (Arte de 115<>; Titres de Josaphul; Arch. dép.) Dans le siècle suivant, on précisait mieux la signification des termes : Rte de Loëns Quuluor sextarios bladi, ad valorem hladi de Ijoeno.
' (Acte de 1223; Titres de l'Hôtel- [heu.) Knlin, on disait encore : mesure de Chartres, valeur de Loëns l'nuin modtutn bludi. ad mensuram Carnoit et ad
valorem Loenii. (Acte de 1257; Titres de Saint-Jean, n° 1,(J29 de l'invent.)
» F.n 1 338 , les mesures de capacité en usage à biens étaient plus grandes que celles du Comte. (lieg. capital ; Séance de la Saint-Jean-Baptiste.) Kn 1373, ces mesures étaient tellement fausses, que le Chapitre décréta leur réforme; on convint de faire une mine et un minot égaux en capacité aux mesures de même espèce usitées jadis à Loêns, de telle sorte que deux mitiats ne dépassassent pas une mine; on ordonna, de plus, aux chanoines et à tous autres soumis à la juridiction de l'église, d'apporter a Lo^ns leurs mesures pour les faire régler par le Maire, d'après les nouveaux étalons, (lb.; Séance de la Saint-Jean-Baptiste. ) Enfin, pour éviter les erreurs oui se commettaient continuellement, le Chapitre prit le parti, en 1402, de faire égaliser les mesures des grains et du vin de Loëns , aux mesures du Roi employées à Chartres, (lb,; Séance du mardi après l'octave de la Purification.)
* .... Provisum est ut monarhi Sancli Pétri, ad rnendum et reeipiendum supradiclam annone, avene et pisanon mensuram, aliqnem de suis in t/>en transmutant. (1131-1132, Cartul. Saint-Père. vol. 2, p 375 )
que année , dans les chapitres généraux , d'après les cours des marchés \
Deux officiers de l'église, ordinairement ecclésiastiques, nommés clercs deLoëns, avaient la haute direction des greniers. La mission de ces fonctionnaires, qui prêtaient serment en séance capitulaire , consistait à veiller à la conservation des grains, à presser les fermiers et autres débiteurs retardataires et à tenir registre des quantités en magasin et de celles livrées aux boulangers de Loëns et du four Boël. Les clercs rendaieut annuellement le compte de leur administration \
Dans le double but d'assainir les greniers et de faciliter l'approche des voitures, les chanoines avaient eu le soin d'asseoir le bâtiment, comme un rez-de-chaussée, sur le magnifique souterrain voûté qui subsiste encore. Construit et reconstruit à diverses époques , le bâtiment des greniers n'offre rien de remarquable s.
Nous ne saurions reconnaître aujourd'hui la place occupée jadis par les fours. Au XIVe siècle , les boulangers prenaient par adjudication ou à forfait l'entreprise du pain du Chapitre et recevaient, pour salaire, un avantage en nature, par chaque muid de blé *.
L'emplacement des prisons ne nous est pas mieux connu. Le geôlier et le portier, sergents du Chapitre, prêtaient ser-
* Voir, pour les estimations du blé, l'Appendice n° li, fin de ce volume.
* Hrg. capitul.; Séances du jeudi après Saint-Pierrc-Saint-Paul 1300, du vendredi après la Sainl-Arnotilt 1301), et pnssim. Les clercs de Loëns avaient la jouissance d'une maison située près de la porte Neuve du cloître. (lb.; Séance du jour de la lune après la Saint-Laurent 1323.)
* Au XIV» siècle , le mauvais état des greniers attira deux fois l'attention du Chapitre. En 1330, on consacra à l«ur ré|>aration 00 livres tournois, prix de l'affranchissement de Renaud de Reboulin et de sa femme. (Iteq. capital.; Séance du mercredi après la Saint-Vincent.) En 1391, on décida qu'iis seraient refaits à neuf et couverts en tuiles, (lb ; Séance de la Purification.)
4 Guillaume Georges , boulanger , s'engage à faire le pain cinquante pains de vingt-six onces chacun , par selicr de froment , et on lui fera un avantage de trois mines par muid. f lb.; Séance du merrredi après la Saint-Jean 1371.)
ment et portaient pour insigne de leur dignité , une verge de bedeau. Ces officiers, choisis d'ordinaire dans les rangs des marguilliers laïcs, des heuriers et des matiniers de Notre- Dame, étaient souvent renouvelés, à en juger par les nombreuses mentions consignées dans les registres capitulaires; ils résignaient leurs offices en Chapitre, par l'inclinaison des verges et par la remise qu'ils en faisaient aux nouveaux promus l.
Nous avons dit que la justice du Chapitre se rendait à Loëns; aussi, le juge portait-il le nom de Maire de Loëns, garde général de la juridiction temporelle de Notre-Dame. Dans l'origine, ce magistrat ne fut, comme les autres maires seigneuriaux, qu'un homme de corps chargé de la recette des amendes , de la collecte do la taille , de la conservation des biens, de la répression des délits de minime importance; il participait du garde-champêtre et du juge-de-paix. Au XIVe siècle, les chanoines connaissaient encore, en séances capitulaires, des crimes et délits graves, tels que vols, rixes, meurtres, profanations d'église, etc. mais déjà le maire de Loëns était un jurisconsulte. En 1319, la mairie appartenait à Pierre de la Porte, avocat en cour laïque, in foro seculari, et elle continua depuis lors à passer à des gens de robe, praticiens ou maîtres-ès-lois. Vers le XV0 siècle, le Chapitre remit entièrement à son maire le soin de rendre haute, moyenne et basse justice \ La charge de juge du Chapitre échut souvent à des familles bourgeoises assez rele-
» lieg. capit.; Séances du jeudi après Saint-Simon-Saint-Judc 1311, du samedi 20 juin 1303, et passim.
' Les registres capitulaires mentionnent un grand nombre de cas criminels jugés directement par le Chapitre. La senteuce prononcée en 1329, dans l'affaire d'homicide Gastellct, donne an doyen et à tous les chanoines réunis en corps, le litre de Juges ordinaires de l'église... Judices ordinarii , de antigua consiieludine, nostrt ecclesie Carnctensis. nactenus que pacifice observala. (lieg. capit.; Séance du mercredi avant la Saint-Barthélémy.)
s En 1371, le Chapitre chargea son maire, Simon de Lauhcspine, de faire dresser des fourches patibulaires dans tous les lieux du domaine de l'église où il y en avait eu jadis. (lb.; Séance du mercredi après les Brandons.)
vées; les Laubespine et les Grenet la possédèrent au XIVe siècle; les Haligro et les Nicole la frauchirent aux XVIe et XVIIe siècles , pour monter aux premiers emplois de la cité et de l'Etat*.
Les audiences du maire de Loëns se tenaient tous les mardis de Tannée dans la salle souterraine du XIIIe siècle, qui a bravé jusqu'à présent les injures du temps et des hommes \ Ce monument mérite une description particulière :
Descendons par l'escalier de quarante-ct-une marches qui prend naissance dans la cour; nous trouverons à la dix-huitième marche une porte ogivale pourvue d'un tympan circonscrit dans un trilobé, et vingt-trois autres degrés nous ferons pénétrer, à l'intérieur, jusqu'au sol du souterrain. Nous admirerons d'abord l'élégance sévère de cette vaste salle , dont les trois nefs sont soutenues par douze piliers du plus beau style ogival primaire , puis nous nous demanderons avec étonnement comment il est venu à l'esprit des chanoines d'édiûer un pareil prétoire pour un simple juge-de-paix. C'est qu'il est à supposer que cette pièce immense servait primitivement de cave au Chapitre; on disait autrefois le vin de Loëns comme le blé de Loëns; or on sait avec quel luxe les communautés religieuses construisaient les caves destinées à recevoir les vins et autres denrées de leur récolte ou de leurs dîmes \ Comme garde-général des biens do l'église, le Maire tenait dans ce lieu son bureau de recette et son petit tribunal de police; il y procédait aux baux , aux marchés, aux ventes à la
1 On peut consulter, sur la juridiction temporelle du Chapitre , \* Trèsw de Notre-Dame de Chartres, par Auguste de Santcul. Chartres, 18 il, p. 75 et suiv.; et le Supplément aux Affiches chartraines. Chartres, 1785 , p. 10 et suiv.
Le dernier maire de Loëns (1789) fut M. Louis Le Tcllier, avocat au Parlement fit au bailliage et siège prèsidial.
* Règlement fait au bailliage et siège prèsidial de Chartres. Chartres, 1773, p. 69. Six autres justices subalternes tenaient leurs audiences dans l'enclos de Loëns. (lb., p. 61.)
3 Voir à l'Appendice n° 15, fin de ce volume, une note de M. Lejcune, sur l'appropriation dn Loëns à l'usage du culte , pendant la reconstruction de Notre-Dame , après l'incendie de HîU.
t;riée intéressant le Chapitre. Peu à peu le cercle des attributions de cet officier secondaire s'élargissant , sou auditoire devint plus nombreux '; d'un autre côté, la division mieux tranchée des prébendes permit à chaque chanoine de toucher directement les fruits auxquels il avait droit ou de convertir en argent les redevances en nature; alors les caves et les greniers se désemplirent et Pantique souterrain fut acquis dans son entier aux gens de justice
Le voûtage ogival de Loëns est d'arêtes; les voûtes, pourvues de nervures ou arêtiers croisés , vont retomber par une courbe gracieuse sur les tailloirs octogones qui protègent les chapiteaux des piliers. Distribués par six , de chaque côté de la maîtresse nef, les piliers sont cylindriques et bien proportionnés. Huit fleurons à crochets, roulés en volute sous chaque angle du tailloir, décorent la partie supérieure du chapiteau; à la partie inférieure , de larges feuilles trilobées occupent Pentrc-deux des fleurons et reposent sur l'astragale qui contourne le fût. Chaque pilier , terminé par deux tores dont l'un affecte la forme déclive , s'appuie sur un socle polygonal élargi à sa base par une saillie à pans coupés. La cave de Loëns a 135 pieds de long sur 60 pieds de large.
L'enclos de Loëns est occupé depuis la Révolution par la manutention des vivres de la guerre *.
1 Déjà, en 1303, les affaires civiles ressortissant au maire de Loëns donnaient lieu à nés assemblées considérables et à des plaidoiries d'avocat. A cette époque , le Chapitre , sur le point de quitter Chartres mis en interdit , crut devoir assurer l'exercice continu de la justice de son maire, en disposant qu'au besoin les plaids de I.oëns seraient transférés dans l'église Notre-Dame, comme lieu d'asile. (Reg. capit.; Séance du mercredi après la Saint-Michel 1303.)
* L'enceinte de Loëns était souvent insuffisante. Aussi , en 1508, pour faciliter les opérations de ventes d'héritages , par décrets , criées et subhastattons , pratiquées par le inaire de Loëns , on fit insérer dans la coutume de Chartres , article 85 , une clause qui permettait an Chapitre de faire les criées de sa juridiction de ïjoing au marché de la ville , en demandant assistance aux officiers du Roi. (Coutumier général, de Rourdot de Richebourg. Cotttume de Chartres, ebap. XIV, vol. 3, p. 712.)
' En 1848, les cluhistes chartrains tinrent leurs séances dans la salle souterraine de Utfns.
§ 11. — MAISONS aOMANES ET OGIVALES.
Beaucoup d'autres monuments civils existaient à Chartres au commencement du XIV siècle; nous citerons, en particulier, l'hôtel ou plutôt le quartier de la Monnaie, les maisons fortifiées du Vidame, de Lèves, des Bretons, de Hubert Leroux ou Mallet et le four Boèl. Notre Topographie chartraine renfermera les renseignements incomplets que nous possédons sur ces édifices entièrement détruits aujourd'hui et nous nous bornerons à parler ici de trois hôtels Moyen-Age dont quelques parties encore intactes renferment de véritables beautés architecturales.
A l'entrée de la rue Chantault, près du cloître Saint-André, on voit, sur la droite, une maison décorée au premier étage d'une corniche et de deux ouvertures à cintres surhaussés. La double archivolte de chacune de ces fenêtres, lisse comme dans le pur roman , repose , du côté de la muraille , sur deux colonnettes engagées, placées dans les pieds-droits, et, au milieu , sur un faisceau central formé de trois colonnettes élégantes. La colonnette extérieure du faisceau se compose d'un tailloir massif et arrondi lequel s'appuie sur une sorte d'abaque à dentelures, d'un chapiteau à deux rangées de feuilles d'acanthe très-fouillées dont la rangée supérieure se recourbe en volutes sous les pointes de l'abaque, d'un astragale sans filet, d'un fût lisse et cylindrique et d'une base attique; les deux colonnettes intérieures du faisceau présentent les mômes dispositions. Les deux colonnettes engagées de la fenêtre de gauche ont des chapiteaux assez bizarres; celui de la colonnette extérieure représente deux oiseaux à long bec et à huppe, buvant dans une coupe, et celui de la colonnette
1 Voir Appendice n*> i, lin de ce volume
intérieure, une grande figure humaine encadrée dans un zigzag.
Ces chapiteaux rappellent, par leur fini , l'art de la fin du XIe siècle ou du commencement du XII*; ils sont traités avec la délicatesse qui signale les sculptures du portail de Saint-André. Aussi pensons-nous que les fenêtres cintrées dont il s'agit, véritables hors d'œuvredans la maison qui les contient, dépendaient jadis des greniers du chapitre de cette collégiale.
La seconde maison remarquable est située dans la rue du Cygne ; c'est un bâtiment à double pignon sous lequel s'étend une cave carrée à deux nefs et à pleins cintres. Les voûtes retombent sur huit colonnes latérales accompagnées de huit colonnettes engagées dans les murs et sur un énorme pilier central. Ce pilier est cylindrique, pourvu d'un tailloir, d'un chapiteau grossier et d'un socle massif; les colonnes ont plus de grâce; de larges feuilles composent leur chapiteau, qui est compris entre un tailloir en tablette et un astragale; leur fût, assez svelte , se termine par deux tores et repose sur une base carrée. Les chapiteaux arrivent à peu près à la hauteur de la rue , ce qui suppose un complet bouleversement du sol ; aussi pour rendre cette maison habitable, a-t-on établi sur les tailloirs des colonnes et du pilier, le plancher des pièces du rezde-chaussée. Les deux grands cintres d'ouverture de la cave vont toucher à la corniche sur laquelle s'appuient les fenêtres ogivales du premier étage. Ces fenêtres, au nombre de quatre, deux sur chaque façade, sont de simples lancettes dénuées de tout ornement.
Les caves des maisons voisines ont aussi des voûtes et des colonnes. Ces constructions dépendaient-elles du four Bocl, prison des hommes d'armes de PEvêquc, ou bien appartenaient-elles au grand hôtel du Cygne, dont les titres parlent si souvent? Nous laissons ces conjectures à l'appréciation du lecteur.
Une maison canoniale du XIII' siècle, sinon du XIIe, sub-
siste encore dans le cloître, en face du portail méridional, à l'angle gauche de la sortie sur la rue des Changes. Comme dans la plupart des habitations de cette époque, la seule partie de l'édifice qui nous soit parvenue sans détérioration , est le premier étage. On y admire un triplet ogival, d'une grande élégance, quoique d'une grande sévérité. Chaque ouverture est ornée d'une double archivolte torique dont l'extrados reçoit un cordon de zig-zags romans. L'archivolte do la fenêtre de droite s'abat, d'un côté, sur deux colonnettes romanes, à chapiteaux fleuris et à bases attiques, et, de l'autre côté, sur un faisceau central de colonnettes semblables ; les autres ouvertures présentent les mêmes dispositions. Le côté de cette maison qui donne sur la rue des Changes est également décoré de fenêtres ogivales de style primaire.