TOME I
Au Moyen-Age, les tanneurs, attirés ù Chartres par la ljonne qualité des peaux, la facilité avec laquelle ils s'en procuraient , les vertus de l'eau de la rivière pour la préparation des cuirs et l'abondance de l'écorce produite par les forêts voisines, rassurés d'ailleurs contre toute concurrence par les privilèges du métier , travaillaient avec courage et avec profit. Les cuirs forts, sortis de leurs ateliers, trouvaient un débit assuré sur les marchés de Paris, Orléans et Tours. Ils occupaient une place honorable parmi les corporations de la ville T portaient aux cérémonies publiques un bannière liercêe , en fasce, d'or, d'hermine et d'azur, et célébraient avec pompe à l'église Saint-André, la fête de saint Louis, leur patron. A l'époque de la Révolution , l'antique splendeur de la tannerie chartraino était déjà fort éclipsée et Ton attribuait la stagnation des affaires à la difficulté de se procurer des peaux , «les huiles et des dégras , ainsi qu'au défaut d'aménagement des forêts et aux coupes anticipées.
La présence continuelle à Chartres d'une foule de religieux, gens d'études et de savoir , favorisa particulièrement l'industrie des parchemin iers. Ces ouvriers devinrent assez nombreux , au XIV* siècle , pour former avec les mégissiers une communauté distincte de celle des tanneurs. Leur bannière , qui empruntait ses pièces aux armoiries des tanneurs et des cordonniers, était tiercée, en fasce, d'or, d'hermine et de voir ; ils avaient de vieux statuts dont ils obtinrent une confirmation en 1670 \
Les sueurs ou cordonniers en gros cuirs, alimentaient, au XIVe siècle, les halles de la Petite-Cordonnerie et quelques étaux des grandes halles. La bonne qualité de la matière
1 Lettres patentes de Louis XIV , de décembre 1670. (Archives imper., section administ., F, 2,591 . — Parlement de Paris, Ordonnances. 3, Z, folios :W> et 307.) Plusieurs familles se perpétuèrent dans la parcheminerie ; la plus importante fut la famille Chahin , dont un membre , qui exerçait encore la profession de parebeminier au commencement de ce siècle, fit aux hospices une donation consignée sur une pierre que I on conserve à la mairie.
première devait naturellement faire estimer la marchandise ouvrée; aussi les fréquentes mentions de ventes ou de locations dY'taux à souliers , et de cens perçus sur les échoppes de savetiers, qui se rencontrent dans les Cartulaires, portent-elles à croire que le nombre des marchands et des acheteurs était très-considérable. Les chaussures confectionnées à Chartres s'enlevaient pour la haute Bcauce et pour l'Orléanais, dans les quatre foires do Notre-Dame. Quoique réunis au métier de la tannerie , les cordonniers avaient une bannière particulière tiercée, en fasce, (Tor, de vair et de pourpre \
En 1484, les cordonniers furent constitués en corporation particulière et reçurent des statuts auxquels on apporta des modifleations en 1507 *. Les courvoisiers, savetiers et carreleurs se séparèrent du métier en mars 1526 3 ; ils obtinrent un règlement qui fut confirmé par ordonnance de décembre 1674 *; mais un arrêt du Conseil, du 22 mars 1774, prononça la fusion des deux communautés en une seule qui prit le nom de métier des Maîtres Cordonniers en neuf et en vieux *. Pendant un certain temps, les cordouaniers , ouvriers employant le cordouan (cuir île cordoue) et travaillant de mégie,
1 Chaque cordonnier devait au domaine un cens annuel de 9 deniers , et 30 sous , une fois payés , pour prix de la maîtrise. Le tarif des menues coutumes était ainsi fixé : de chaque cordonnier vendant souliers de cuir de vache , un denier le jour des Hameaux; de chaque courvoisier et cou|>eur débitant morceaux de cuir, une pite ou obole, par chaque marché de samedi et jour de foire. (Consistance du domaine et Menues coutumes.)
« Ordonnances des Rois de France, vol. XIX, p. 332. Ces statuts, établis pour parer aux abus que commettaient les mauvais ouvriers du métier , au grand aommaige , destriment du peuple et chose publique , victupère et déshonneur desdits cordonniers et maîtres jurés de la ville , contiennent les dispositions suivantes : 1° chef-d'œuvre par tout aspirant à la maîtrise; 2° réception des aspirants, par les maîtres , au vu du chef-d'œuvre et après payement des droits et devoirs appartenants à la confrérie de Saint-Crépin et Saint-Crépinicn; 3° réception , sur chef-d'œuvre, mais gratuite, des fils de maîtres; 4° examen de la suffisance des aspirants à la maîtrise , d'après les ordonnances et coutumes de la cordonnerie de Paris.
3 Trésor des Chartes, reg. CCXLI1I , folio 253. — Parlement de Paris, Onionn., 4, B, folio m * Parlement, Ordonn., 4, B, folio 233.
» Arch. irapér.; section administ., E, 1,500.
formèrent une corporation à jwrt 1 ; ils rentrèrent vers le XVI* siècle dans la grande communauté des artisans en chaussure.
La cordonnerie chartraine n'a plus aujourd'hui qu'une importance purement locale.
3° Métier de la Queue de Hegnard.
Li communauté de la Queue de Rcgnard comprenait les lunetiers-fourreurs, les gantiers, tes guêtriers, leslingers et les fripiers.
Le goût prononcé des seigneurs et des membres du haut clergé pour les fourrures précieuses, rendit très-florissant, au Moyen-Age , le métier des pelletiers. Nous savons par le moine Paul que le couvent de Saint-Père avait, au XI' siècle, un atelier de pelleterie 1 ; au commencement du siècle suivant , nous voyons le roi Louis-le-Gros demander à l'évèque Yves deux paires de peaux de chats sauvages du pays chartrain *; vers la même époque , le chevalier Thibault Claron donnait , comme pot de vin, à Payen de Fains, duquel il avait acheté une terre, trois magnifiques peaux de chats sauvages, valant 35 sous, et un anneau d'or du prix de cinq sous enfin , en 1 1 89 , le comte Thibault V aumonait aux lépreux de Beaulieu une rente de cent sous , sur la caisse du maître de la pelleterie \ Ces mentions portent à croire que la réputation des pelleteries chartraines franchissait, au XIIe siècle, les murs de la cité ; toujours est-il que la corporation des pelletiers de notre ville devint assez riche pour donner , au XIIIe siècle ? plusieurs verrières à Notre-Dame.
1 ta maîtrise des cordouaniers coûtait GO sous. 1 Cartul. de Saint-Père, vol. 2, p. 301.
3 Lettres d'Yves de Chartres, ii0202; Mit. Cotlereau, * Cartul. de Saint-Père, vol. 2, p 315.
4 Smsuprà. p. 114 «I 115.
Les pelletiers étalaient leurs belles marchandises dans la rue qui porta successivement les noms de rue de la Pelleterie et de la Queue-de-Regnard et qui s'appelle aujourd'hui rue du Soleil-<FOr. On plaçait les fourrures dans des bahuts ou coffres, archœ , dont les portes étaient ouvertes et qui se présentaient aux amateurs par l'embrasure de la fenêtre de la boutique. En temps de foire , les pelletiers vendaient sur des étaux, comme les autres marchands, et, pour favoriser le commerce de ceux de Chartres, le domaine n'avait ûxé qu'à deux oboles par an la menue coutume de chaque bahut de pelleteries, tandis que tout marchand étranger jwiyait une obole par chaque garniture d'habillement et deux deniers par chaque robe fourrée, vendues sur le marché
Les statuts des pelletiers de Chartres , aussi vieux que la corporation, furent confirmés par Charles VIII, en 1485. Voici leurs principales dispositions : 1° établissement de quatre maîtres jurés, élus et choisis par les autres maîtres, pour faire la visite des marchandises et des marchands de la ville et banlieue; 2° apprentissage d'une année chez un maître, et chefd'œuvre par l'aspirant à la maîtrise ; 3° payement , par l'aspirant , de 60 sous tournois à la confrérie et de 5 sous à chacun des quatre officiers du Roi à Chartres . pour droit d'assistance au rapport des jurés sur la capacité du récipiendaire ; 4° défense à tout marchand de mettre en vente, à Chartres, en ouvroir ou fenêtre ouverte , des marchandises de pelleterie , s'il n'est maître du métier ; 5° défense aux maîtres d'employer en manteau des peaux de mouton avec des peaux d'agneau , ou do mettre des peaux de saison avec des peaux hors de saison; 6° confiscation, au profit du Roi, des peaux reconuues mauvaises par les jurés et amende contre les délinquants; 7° réception des fils de maîtres, sur examen de capacité, par
1 La maîtrise coûtait 30«ous et chamie pelletier devait 0 deuiers de cens, jwr an. (Consistance du domaine et Tableau des menues coutumes.)
les jurés , mais sans chef-d'œuvre ni autres déboursés qu'une livre de cire à la confrérie et un déjeûner à tous les maîtres; 8° défense à tout maître de continuer une robe ou fourrure commencée par un autre, sans motif raisonnable ou sans avoir appelé celui qui aurai t, entrepris le premier le travail, sous |>eine de 10 sous tournois d'amende au profit de la confrérie *.
La mode des habillements en fourrures disparut vers le milieu du XVI' siècle.
4° Métier des Fèvres et Maujnans, et communauté des Orfèvres.
Le métier des Fèvres (forgerons) et des Maignans (chaudronniers) comprenait les armuriers, éperonniers, fourbisseurs, chaudronniers, cloutiers, épingliers, maréchaux, œuvres-blanches, serruriers ayant forges, et tous marchands vendant clous , fer , et marchandises de fer ouvré. Cette corporation était une des plus anciennes de Chartres. Dès le XII* siècle , les forgerons donnaient leur nom à une rue voisine du grand marché; cette rue, dite aujourd'hui de la Clouterie» s'appela jusqu'au XVIIIe siècle rue aux Fèvres \
La matière première ne manquait pas dans notre pays; nous avons déjà rapporté une charte de 1208 qui parle d'une dîme sur le minerai recueilli à Oinvillc '; le poème des Miracles de la Vierge nous fait connaître que les pieux habitants de
I Ordonnances des Rois de France, vol. XIX, p. 533. — Trésor des Charles, rcg. CCXI, folio 183. Ces statuts furent révisas, à la requête tic Jehan Merle, procureur de la communauté des pelletiers de Chartres , en présence des avocats et procureur du Roi, par M0 Jehan Baudry, licencie es-lois, lieutenant-général du bailliage.
* La maîtrise coûtait 60 sous tournois; chaque maître devait à la Saint-Rémi un cens annuel du 10 deniers, augmente' de 8 deniers pour les maréchaux, à cause «le leur fitsse à embatlre; chaque marchand forain du métier devait, par an, un cens de 8 sous G deniers.
II était dû, en outre, comme menue coutume , pour chaque cent de fer vendu au marché, un denier par le vendeur et un denier par l'acheteur. (Consistance du domaine; Tableau des menues coutumes )
* Voir suprà. p. 5, note 2.
la Beauce fournissaient aux constructeurs du temple détruit par riucoudie de H 94 :
Fer et pion estret de minières, Et métal de toutes manières. 1
Au Moyen-Age, parmi les ouvriors chartrains qui mettaient on œuvre ce produit du sol , les armuriers occupaient la première place. Le poète provençal , historien de la guerre des Albigeois, s'écrie, dans le récit du sac de Béziers par les Truands, le 22 juillet 1209, « tout brûle alors, les palais et » les maisons, et dans les palais les armures, maint heaume, » maint jambart, qui avaient été faits à Cluirtres , à Blayes, *> a Edessc.... * »
Les armuriers et les autres artisans travaillant pour l'équipement des chevaliers et des coursiers de guerre, tels que les fourbisseurs, les selliers-lormiers et les éperonniers, demeuraient près du château , sur la paroisse de Saint-Martin-le- Viandier. La Sellerie était le nom que portait anciennement la rue des Trois-Maillets; et quelques titres font connaître <me la rue dite aujourd'hui rue de Chuisnes , s'appelait autrefois rue du Heaume.
Dans une ville aussi religieuse que guerrière, le métier des fondeurs de cloches marchait de pair avec celui des armuriers. Il est à croire que cette industrie fut en pleine prospérité dans les siècles des croisades , qui dotèrent la cité et la banlieue d'un nombre considérable d'églises; la beauté des sonneries de la cathédrale et des monastères semble prouver que l'on avait sous la main le métal et les metteurs en œuvre. Au XVI* siècle, le métier de Chartres fournissait encore d'habiles ouvriers fondeurs; Georges d'Amboise, fameux bourdon de Rouen, « qui bien 36 mille poke » , fut coulé, le 2 août 1 501 , par maître Jehan le Maçon , de Chartres , home de façon , qui
« Poème des Miracles, mir. IV, p. 40. - Voir supra . V. Mi .
» Ilist. de la guerre des Albiijeois , en vers provençaux , traduci. de Faune] , \t. 421 .
mourut de joie Savoir réussi ; la cloche donnée à la cathédrale de Chartres par Aime de Bretagne, en 1510, sortit des ateliers du chartrain Pierre Noël; en 1556, Jehan Cadet, autre chartrain , fondit quatre cloches pour l'église Saint-André
Les orfèvres devaient être habiles, dans la patrie adoptive de la mère de Dieu. Nous savons que, dès le XIe siècle, ces artistes habitaient un quartier qui portait leur nom , domus aurifabrorum ■ ; ce quartier n'était probablement pas éloigné de l'église Saint-Martin-le-Viandier, car les industries unies par le lien syndical se déplaçaient rarement , et nous voyons qu'au XVIe siècle la confrérie des orfèvres célébrait dans cette paroisse la fétc de son patron. L'art des premiers siècles a produit, à Chartres ou pour Chartres, quelques ouvrages d'orfèvrerie extrêmement remarquables, tels que la crosse de l'évôque Ragenfroy , le livre d'argent de Saint-Père , la châsse de la Sainte-Chemise , et le triptyque de la chapelle de Vendôme ' ; nous voudrions pouvoir attribuer avec certitude ces beaux morceaux aux orfèvres chartrains. Quoi qu'il en soit, le pèlerinage de la Vierge-aux-Miracles, fertile en ex voto, enri-
1 Voir la Notice historique concernant ta sonnerie ancienne ci moderne de la cathédrale de Chartres; (iarnier 1811 , p. 10 et suivantes.
* Voir supià, p. 05. — Cartul. de Saint-l'ère, vol. 1er, p. 24.
a ta crosse de Ragenfroy est due à un orfèvre émaillcur nommé frère Guillaume ; «• est un magnifique ouvrage des premiers temps de l'émaillerie. Ragenfroy étant mort en {155 , on l'ait naturellement remonter à la première moitié du Xe siècle la cios.se qui porte son nom, c'est l'opinion la plus accréditée parmi les savants; toutefois, M. de Labordc conteste cette date et pense que les émaux de la crosse dite de Hayenfroy, ne sont pas antérieurs au XIIe siècle. (Notice sur les émaux du musée du Isomre , p. Xi.) (jette crosse n'est plus en France.
Le (.artulairo de Sainl-I'èrc, dit Codex aryenteus , manuscrit de la Bibliothèque impériale, était revêtu d'une couverture d'argent, enrichie de pierreries et de figures émaillées, fiyuris encausto pietin; cette riche couverture du \lle siècle disparut en 17911. Un orfèvre du nom de Robert vivait vers 1115 dans l'intimité des religieux et souscrivait, comme témoin, à plusieurs des actes du coutcuI; peut-on lui attribuer la couverture du Codex aryenteus ?
La châsse de la Sainte-Chemise , si l'on en juge par les descriptions qui nous en •■estent , avait des pièces de toutes les époques de l'orfèvrerie. Il est probable que les artistes du pays contribuèrent à l'ornementation de ce monument patriotique.
On n'a aucun renseignement certain sur l'origine du joli triptyque émaillé conservé dans la chapelle de Wudome, à Notre-Dame; avant la révolution il appartenait à l'église Saint-Aignan
chit la corporation des orfèvres et la rendit très-importante. Eu 1556 , les gardes-jurés du métier demandèrent à la chambre de ville la réduction du nombre des maîtres au chiffre de huit, suivant l'édit du Roi , de mars 1554; mais les échevins, considérant la population de Chartres qui est siège présidial, et les conditions favorables dans lesquelles se trouvait la confrérie, décidèrent que le nombre des maîtres pouvant occuper compagnons et apprentis, serait fixé à douze \ En 1 789 , la communauté n'avait plus que cinq ou six agrégés. La bannière des orfèvres chartrains était tiercée, en fasce, tfargent, de gueules et de sable.
5° Banquiers et Changeurs.
Le commerce d'argent, pratiqué depuis les temps mérovingiens par les usuriers Juifs, fut perfectionné, aux XHl° et XIVe siècles, par les banquiers Italiens, soumis à la juridiction des maîtres et gardiens des foires de Brie et de Champagne. Les relations suivies de la draperie chartraine avec les foires de Troyes , Lagny , Châlons , et Provins , amenèrent dans nos murs ces célèbres banquiers; ils y firent, comme partout, le change, le prêt et le courtage des marchandises. Plusieurs documents fournissent la preuve et de leur immixtion dans les affaires privées des chartrains et du crédit dont jouissait leur papier sur la place de Chartres.
En 1312, nous voyons un simple clerc , nommé Guillaume de Montmirail , porteur d'une lettre des maîtres des foires sur la dame de Mignières, se faire mettre en possession, sans débats, de la terre de cette dame, à défaut de paiement d'une dette de cinquante livres chartraines \ Le Chapitre lui-môme, malgré sa puissance, s'empressait d'obéir aux
1 Heg. des Echevins; Staline il» 1er juin 1557.
* Reg. capitui.; Stances du merrredi et du vendredi après Jubilait 13I2.
réquisitions de ces négociants. 11 arriva, en 1314, qu'un italien nommé Guillaume Barthélémy, compagnon banquier de la société des Escarcheleux de Sienne , quitta furtivement les foires de Champagne et alla se réfugier à Chartres chez un de ses amis , familier du chanoine Pierre de Rochefort , où il mourut. Les gardiens des foires, à la requête des compagnons changeurs de la société des Angoissoles, créanciers du fugitif, sommèrent le Chapitre de procéder à la saisie des biens laissés par Barthélémy ; on s'empressa de satisfaire à cette demande et d'expédier aux requérants l'inventaire exact de l'avoir de leur débiteur. Cependant ces gardiens s'appelaient Caïn de Sainte- Ménéhould et Macar de Maruel , noms qui devaient sonner bien mal aux oreilles orthodoxes des chanoines l. En 1315, le Chapitre fut mêlé plus malencontreusement aux affaires commerciales des banquiers champenois. Ayant été sommé par les gardiens des foires de Champagne, de payer, en sa qualité de légataire de l'évéque Jean de Gallande, au marchand Wascelin de Gaudano, une somme de 120 livres due par le prélat, le Sénat de Notre-Dame chargea les exécuteurs testamentaires de se présenter à la barre du tribunal consulaire des foires , pour faire valoir des motifs d'excuse. Mais toutes les démarches furent inutiles, et, comme les affaires de la compagnie, alors en mauvais état , l'obligeaient à retarder la libération , l'archidiacre de Gàtinais en l'église de Sens, prébendier de Notre-Dame et l'un des exécuteurs testamentaires de Jean de Gallande, fut forcé, pour éviter aux chanoines le désagrément des poursuites, d'engager au paiement de la dette tous ses biens meubles et immeubles, droits, créances, actions et fruits de sa prébende. Le Chapitre, sous cette caution, put obtenir délai jusqu'au jour de l'Assomption 1317 \ Un exem-
1 lien, capittil.; Séances du vendredi après la Nativité Saint-Jcan-Baptislc et dn mercredi après la Saint-Picrrc-Saint-Paul 1315.
* Reg. capital.; Séances du mercredi après les Rameaux 1315, du vendredi après la Saint-Martin A'tHi et du mardi après la Saint-Bartiicïemy 1317.
pie, plus frappant encore, de l'autorité des maîtres et gardiens des foires de Champagne dans les lieux qu'ils exploitaient, quelle que fût la condition des personnes, se produisit à Chartres en 1343. M' Guillaume Chollet, chanoine de Notre-Dame, d'une famille illustre du pays, accusé de déloyauté, dans une opération commerciale, eut à subir, en face de sa compagnie, les poursuites du sergent des foires, et se vit privé préventivement de ses distributions, même de l'entrée de l'église, jusqu'à preuve complète de son innocence \
L'établissement des foires de Lyon, en 1445, porta un coup funeste aux foires de Brie et de Champagne; d'un autre côté, la décadence de la draperie chartrainc au XVe siècle , fit cesser les grandes affaires d'argent qui se traitaient sur notre marché ; les banquiers retournèrent dans le Midi , et quelques pauvres changeurs, locataires des vieilles tables du domaine, suûrent aux besoins du petit commerce qui continua périodiquement à venir détailler sur les étaux du cloître , à la suite des pèlerins de Notre-Dame \
Certaines causes particulières, telles que les guerres, les épidémies, les concurrences, la rareté fortuite des matières premières, la dépréciation , dans les temps plus modernes, de marchandises recherchées au Moyen-Age , ont contribué , sans doute, à la ruine des industries diverses qui vivifièrent si longtemps Chartres ; mais il faut attribuer à une cause générale et prédominante la décadence de ces grandes réunions
* Reg. capitul.; Chapitre général de la Purification 1343.
• Je me suis borné à parler , dans ce chapitre , des métiers qui influèrent pendant plusieurs siècles sur les destinées commerciales do la ville; on trouvera, sous le n<> 7 des Appendices , fin de ce volume , quelques renseignements sur les métiers
dont le pèlerinage de la Vierge-aux-Miracles fut le prétexte , et le commerce le véritable but. A l'époque où les communications étaient lentes et difficiles, où les objets de luxe et ceux même de nécessité ne se trouvaient que dans des lieux éloignés les uns des autres, on se réunissait en caravanes, on se dirigeait vers les foires, immenses bazars où les marchands se donnaient rendez-vous de tous les points du royaume, on échangeait les produits de sa terre ou de son métier contre les denrées étrangères , on approvisionnait quelquefois sa maison pour plusieurs années. Aujourd'hui que les distances n'existent plus, que le moindre village est abondamment pourvu de tout et en toute saison, que chacun se procure facilement le nécessaire et le superflu , les déplacements sont inutiles et les foires n'ont plus de raison d'être.
L'intérêt commercial qui s'attachait jadis aux manufactures de la ville s'est heureusement reporté sur l'agriculture du pays , et si nos foires de mai et de septembre ne conservent plus la moindre trace de leur splendeur passée, nos grands marchés de blé, de laines, de moutons, de chevaux, prouvent qu'en cessant de compter parmi les cités industrielles, Chartres n'a pas abdiqué son titre de capitale de la Beauce.