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CHAPITRE II

CAKNUTES. - DOMINATION ROMAINE.

<»8 »». J.-C.; WO op. J.-C.)

Pendant plusieurs siècles , les invasions des Gaulois inspirèrent aux peuples civilisés de la Grèce et de Rome une terreur mystérieuse. D'où sortaient ces farouches guerriers? Personne ne le savait, car personne ne s'était aventuré au-delà des limites restreintes de la cité marseillaise. César, et ses conquêtes, en détruisant le prestige, tracèrent pour la postérité la première page authentique de notre histoire nationale.

Ce fut en Tan 58 avant Jésus-Christ, que Caïus-Juli us-César fut nommé proconsul des deux Gaules. Il était loin d'abord de se présenter en conquérant ; Rome avait appris qu'une bande de 300,000 Ilelvétiens se disposait à franchir les montagnes des Allobroges , elle voulait éviter cette nouvelle irruption. Le génie de César sut accomplir une plus grande entreprise \

De Genève, le Proconsul reconnaît les ennemis qui s'avançaient lentement, rejette leurs offres, mande à lui cinq légions, court assaillir cette horde près de Bibracte, capitale des Eduens % et la détruit presque tout entière. Puis, sous prétexte de venger les alliés de Rome , il va présenter le combat aux Germains d'Ariovist , oppresseurs des Eduens et des Sequancs \ La bataille se livre à quelques journées de Vésontio \

1 Commentaires de César, coll. Pankoukc. * Peuples d'Aulun, Lyon, Mâcon.

' Francs-Comtois. — 1 Besançon.

et les légions unies aux troupes gauloises forcent les barbares à repasser le Rhin.

Cette intervention officieuse de César dans les affaires de la Gaule déplaît aux Belges (57 ans avant Jésus-Christ); ils forment une ligue pour repousser l'amitié romaine. Le général l'apprend et les soumet en quinze jours ainsi que les Nerviens et les Attrebates, leurs voisins \ Pendant ces rapides succès , P. Crassus s'empare des côtes de POcéan. Dès lors , toute la Gaule est romaine.

En partant pour l'Italie , César met ses troupes en quartier d'hiver chez les Andes, les Turons * et les Carnutes \

Voilà pour la première fois le nom des Carnutes prononcé par l'histoire ; examinons le rôle que cette nation jouait alors sur le sol gaulois *.

Les Kiniris, peuples orientaux , premiers envahisseurs de la Gaule, avaient apporté aux Gais une religion ténébreuse et cruelle: c'était le Druidisme. On trouvait parmi ses dogmes, la dualité de l'esprit et de la matière , un autre monde avec ses châtiments et ses récompenses; à l'extérieur, son culte semblait emprunté aux atrocités Bramhiniques. Cette lutte du bien et du mal, ces dieux inconnus qui parlaient par les vents et les tempêtes, exigeaient du sang. Il coulait dans toute la Gaule, mais surtout sur les autels de pierre des forêts des Carnutes. Là se convoquait le collège général des prêtres ; là se faisaient les initiations; là se formaient les médecins, les devins, les bardes ; là se cueillait le gui de chêne ; là s'élisait chaque

1 Peuples du Hainaut.

* Angevins, Tourangeaux.

3 LYtymologie des noms Carnutes et Carnutum a occupé* Ions les romains. Les uns les font venir du celtique Carns, autel; les autres de ihéhreu Carnoth , charte, traduit par le mot Autricum que l'on trouve dans Ptoleniée et dans la notice de t'arch. Magnns écrite vers 804. Un manuscrit du X\T" siècle donne sur ce point litigieux l'explication suivante qui n'est pas la moins curieuse : caunitfs a caune nuam offert i rjrarioribus morbix, aut in preliis versai i . homincs immnlalmnt vel se, imtnnlnturtis rmehant prn virtiiuis.... fier César ut rommnitariis (i. ( Arrli dép., lÀvre. dit de Cuill., Mouvait , p. 1"2\.)

* llist ries Canins, par AmcMéc Thierry, t. 1 et 2

année le chef suprême de lu religion. Le pays des Carnutes était une terre sacrée ; tous venaient y chercher des inspirations ; tous s'inclinaient devant ses oracles , et l'autorité du Grand-Prêtre créait du fond des bois arrosés par l'Eure et le Loir une unité théocratique dont le vaste réseau enserrait les cent peuples de la Gaule \ La jeunesse Carnutc, peu sensible aux émotions de la guerre, briguait dans le silence des forêts les fonctions sacerdotales, car la puissance du prêtre était supérieure à celle du soldat. Il ne faut donc pas s'étonner de l'absence de nos ancêtres de la scène des premières luttes. Hommes de la religion, ils ne durent se lever que lorsque le vainqueur vint frapper la religion jusque dans son sanctuaire ; mais alors ils ne se reposèrent plus.

En l'an 56 , César soumet les Venètes * et pacifie l'Aquitaine. L'année suivante, il tombe sur des peuplades germaines appelées par les Belges , passe le Rhin derrière elles , brûle ses villages et part pour la conquête de la Bretagne.

1 Quelques autours ont longuement disserté sur le lieu du pays rliartraiii où se rassemblait le collège général des Druides. Doyen le place à Chartres même , Clievard à Lèves, Ozeray à Dreux, dom Martin à Senantes, M. Lejeune h Alluyes. Ces trois derniers, après* avoir décrit les circonstances topographiques qui militent en faveur de leur opinion , en trouvent la consécration dans cette phrase de César : Ji (Driiidi), rerlo amii tempore , in FINIBTS r.An.S'L'Tl'M , quœ regio tnlius gallirr média habclnr, ronsidunt in luco conserrato. (Comm., liv. (î, ch. i.) Dreux, Senantes et Alluyes se trouveraient, en effet, d'après eux, sur les confins, finibus, du pays des Carmites. Mais ils me semblent s'être écartés du sens véritable de l'expression de César. 1-e mot fuies a , pour cet historien, la simple signification de territoire. Aujourd'hui même, dans quelques provinces , le mot fmage est employé en langue de pratique comme synonyme de territoire. Lorsqu'il veut exprimer l'idée de frontière, Césir ajoute un adjectif qualificatif , comme per erlremos fines , in ullimis finibus. (Comm.. hv. 7, ch. f><». Liv. 8, ch. 31.) La difficulté n'est donc pas résolue et me paraît iimiluide. Toutefois il faut reconnaître que le pays rhartrain est, «le toutes les provinces de la France centrale, celle qui possède, dans l'espace le plus resserré , le plus grand nombre de monuments druidiques. 11 convient de citer le dolmen de Crogneul, W buttes de la prenne de Poisvilliers , les dolmens et la pierre levée de Saint-Maur, et la suite non interrompue de monuments semblables qui s'étend sur les bords du Loir, prés de Saumeray, de Monlemain, d'Alluyes et de Saint-Cormain-les-Alluyes. (Voir le travail que M* Lejeune a inséré dans le premier volume des Méni. de la Suivie dtsAntHj. de h'ranre.) Du temps de Chevard (an IX de la llép.i, il existait enrore beaucoup de pierres druidiques dans les communes de Morancez, Ver et Conuffl. (Ilist. de Chartres, par Chevard, vol lrr, p. 03.)

Peuples de Vannes

César présent, les Gaulois baissaient la tétc ; mais à peine avait-il franchi les frontières que l'amour de l'indépendance se réveillait dans tous les cœurs. La conduite du Proconsul pendant ces deux dernières années avait heurté de front les habitudes nationales des Gaulois. Il s'était arrogé le droit de convoquer et de présider leurs assemblées , de changer les formes du gouvernement en imposant des rois à certains peuples républicains. Attaquer les institutions, c'était attaquer la théocratie ; les Carnutes le comprirent et résolurent de secouer le joug. Des ouvertures de révolte furent faites par l'éburon Ambiorix et le trévire Anduciomar 1 ; le complot , mûri pendant les deux campagnes de César en Bretagne f devait éclater aussitôt après la rentrée du général en Italie et la dispersion des légions. Malheureusement la haine est aveugle; celle des Carnutes , longtemps comprimée , déborda par une injure personnelle et leur impatience compromit le succès de l'entreprise.

Depuis trois ans César leur avait imposé un chef de race royale nommé Tasget , espion des Romains ; ses ennemis le massacrèrent publiquement au moment où le Proconsul allait passer les monts. La nouvelle de ce meurtre le retint en Gaule et il ordonna sur-le-champ à L. Plancus d'aller avec sa légion châtier les coupables. Cependant l'initiative des Carnutes avait déterminé le mouvement d' Ambiorix et d' Anduciomar. Les débuts furent heureux; L. Cotta'et T. Sabinus tombèrent sous le fer des Eburons avec les troupes qu'ils commandaient. Mais César , à la tète de deux légions seulement , court attaquer dans le pays des Nerviens les 60,000 Gaulois d' Ambiorix , les disperse et délivre Q. Cicéron prisonnier dans ses retranchements.

La tranquillité qui suivit cette victoire fut de courte durée. Les Senons * subissaient aussi la tyrannie d'un Roi nommé par

1 Ebiirons , peuple» de Liège; Trévircs, peuples du territoire de Trêves. 1 Senonais . peuples du territoire de Sens.

César. Forts de l'exemple des Carnutes, ils décrètent sa mort en plein conseil , puis , unis à leurs complices , ils supplient Anduciomar de les conduire au combat. La voix de ce chef est entendue ; un malien convoqué chez les Trévires lui donne une armée formidable ; mais il la perd , comme toujours , par une imprudence. Avant d'opérer sa jonction avec les Senons et les Carnutes , il veut ravager le pays des Rémois , alliés des Romains ; il est surpris par Labiénus et périt dans une escarmouche.

César profita de la terreur causée par la mort d' Anduciomar pour faire venir d'Italie de nouvelles recrues ; il en avait besoin , car la guerre n'était pas terminée. Les Carnutes et les Senons, adversaires d'autant plus acharnés des Romains qu'ils devaient moins en espérer merci , avaient trouvé le moyen de renouer dans l'ombre avec Ambiorix l'alliance anéantie avec Anduciomar. Déjà les habitués de la révolte , les Trévires , les Nerviens, les Menapiens 1 , les Germains d'outre-Rhin, étaient en armes, lorsque, sans attendre la fin de l'hiver, César fondit à l'improviste sur les Nerviens, dévasta leurs terres et les contraignit à livrer des otages.

Si cette cinquième ligue était dissoute , le ressentiment des anciens confédérés n'en restait pas moins vivace. Au commencement du printemps (53 ans avant Jésus-Christ), le Proconsul convoqua , suivant sa coutume , l'assemblée générale de la Gaule; les Trévires, les Senons et les Carnutes refusèrent de s'y rendre. Cette provocation ne pouvait rester impunie. Les légions victorieuses des Nerviens attaquèrent les Senons au milieu de leurs préparatifs, les châtièrent et reçurent des otages. Privés du secours de leurs alliés, les Carnutes n'eurent plus d'autres ressources que de prévenir l'arrivée de l'ennemi par une apparente soumission. Grâce au patronage des Rémois, ils firent agréer leurs excuses à César, qui exigea deux

1 Teuplcs de Clêvçs et Gueldrc

cents citoyens à titre de cautions. Restait Ambiorix avec les Trévires, les Eburons et les Menapiens. César écrase successivement les trois peuples alliés et bat les Germains qui les avaient secourus. Mais le but principal de sa campagne était manqué, Ambiorix avait échappé avec quatre cavaliers au fer des soldats romains qui le traquaient comme une bête fauve.

Le Proconsul ne regardant pas l'affaire des Scnons et des Carnutes comme terminée, malgré la remise des otages, convoqua, pour en délibérer, une assemblée à Durocortore, capitale des Rémois. Acco, chef des Senons, et les principaux citoyens de cette nation furent décapités; quant aux Carnutes, leur qualité de clients des Rémois semble les avoir sauvés du courroux du vainqueur. Après ces exécutions, le Général fit hiverner les légions dans les lieux même de ses désastres, et se rendit en Italie où l'appelaient les intrigues du sénat.

Le départ de César fut encore le signal de la conspiration. C'était du fond des forêts chartraines que devait partir ce nouvel élan de la liberté gauloise. Apprenant les embarras de César en Italie, les Carnutes réunissent, dans leurs bois sacrés, les ennemis du nom romain; un conseil se forme, on décide qu'il faut fermer au Proconsul le retour vers les légions, et accabler ses lieutenants dans leurs quartiers d'hiver. La question ainsi résolue, dit César que nous copions ici , les Carnutes déclarent qu'ils ne reculeront devant aucun péril pour le salut commun , et qu'on les verra toujours les premiers aux champs du combat. Comme la crainte de se trahir aux yeux des légions les empêche d'échanger des otages , ils adjurent les alliés de prêter le serment solennel sur les étendards. A ces mots , des cris d'enthousiasme font retentir le cromlech , les glaives s'agitent , et les conjurés se séparent après avoir fixé le jour de la vengeance. Le moment venu, les Carnutes, conduits par Cotuat et Gonctodun, hommes déterminés, surprennent à la

iKiinte du jour la cité de Génabe 1 , entrepôt des Romains sur la Loire, massacrent les étrangers, entre autres l'intendant des vivres C. Fusius Cotta, et pillent leurs biens. La nouvelle de cet heureux coup de main, transmise de bouche en bouche par des gens apostés , fut connue avant la nuit dans le pays des Arvernes • , à 160 milles (80 lieues) de l'action. Aussitôt une commotion électrique ébranle toute la Gaule. L'arverne Vercingetorix se fait le drapeau de l'insurrection ; chassé de Gergovie ' par les partisans de Rome , il appelle à lui tous les mécontents , voit bientôt grossir ses bataillons , s'attache en peu de temps les Senons, les Parisiens, les Pictons, les Cadurques, les Turons , les Aulerces , les Lemovics , les Andes et les Bituriges \ Quelques succès partiels signalent ses débuts , et déjà son lieutenant , le cadurque Lucter , s'était jeté dans la province romaine, lorsque César reparut.

(52 avant Jésus-Christ.) Le Proconsul secourut prompteinent les alliés de Rome et força Lucter à se retirer. Puis , franchissant les Cévennes , remparts que les Arvernes croyaient inexpugnables, il arriva comme la foudre au milieu des contrées soulevées. Vercingetorix revint au secours de sa patrie; mais César n'avait fait que traverser l'Auvergne, et, courant vers le nord , il avait repris l'offensive à la tète de ses dix légions.

Le général romain , après avoir confié à son lieutenant Trebonius le siège de Vellaunodum 5 , marcha en toute hâte sur Genabe, au pays des Carnutcs. Le soir du second jour, il se présenta devant la place , que les révoltés se disposaient à secourir. De peur que les habitants ne lui échappassent pendant la nuit, il fit garder par deux légions les abords du pont de la

1 Orléans.

* Auvergnats.

' Clermont-Ferrand.

* Poitevins, Monceaux, jrcns du Qucrcy, Limousins, Déridions.

* Chateau-Landon.

Loire. Les Carnutes de Genabe sortirent en effet vers minuit pour passer le fleuve; mais les deux légions, les refoulant aussitôt, incendièrent les portes et s'emparèrent de la ville. Le carnage fut horrible ; ceux qui échappaient, à l'intérieur, au fer des Romains, périssaient dans les eaux de la Loire ou tombaient sous le glaive des soldats qui veillaient aux issues. Pour compléter son œuvre de destruction , César flt piller et brûler Genabe.

Laissant les Carnutes de la Loire sous ce coup terrible, le Proconsul regagna le pays des Bituriges , et commença contre Vercingetorix cette guerre de désespérés, dans laquelle le Gaulois fut peut-être plus grand que le Romain. Après cent combats, César parvint à bloquer étroitement son ennemi sur le mont Alesia !. Vercingetorix fit alors un dernier appel aux enfants de la Gaule ; toute la Gaule lui répondit. Chaque peuple fournit un contingent de guerriers ; malgré leur défaite récente , i 2,000 Carnutes prirent les armes , et 250,000 hommes parurent dans la plaine d' Alesia. Cette fois encore la fortune de César et la tactique romaine remportèrent sur l'impétuosité barbare. Cette multitude, rompue par la cavalerie, se dispersa après de vains efforts , abandonnant à la merci du Général les derniers gardiens de l'indépendance gauloise. Le lendemain, Vercingetorix vint offrir son sang au vainqueur pour racheter celui de ses frères; il n'obtint que des fers comme sa malheureuse patrie.

La défaite d' Alesia ne découragea pas les Carnutes. Les Bituriges s'étaient donnés à Rome, les Carnutes leur déclarèrent la guerre. César alla se mettre aussitôt à la tète des deux légions de la Saône et se dirigea vers Genabe, où il établit son camp. Lançant de là jusqu'au fond des forêts sa cavalerie et son infanterie auxiliaire , il accabla promptement , avec l'aide de l'hiver et des tempêtes, les restes de ce malheureux peuple.

1 Ik)urg-SainU'-Rciiie-cn-Auxois , Bourgogne.

Chassés de leurs cabanes, cherchant inutilement dans l'épaisseur de leurs bois sacrés un abri contre la rigueur de la saison et les armes romaines, les Carnutes , souvent battus, toujours indomptés . furent contraints de demander un refuge aux nations voisines.

Mais ils apprirent bientôt que la liberté comptait encore des défenseurs. Les Andes, sous la conduite de Dumnac, assiégeaient dans Lemnonn 1 le picton Durac, allié de César; les Carnutes, se joignant aux Andes, luttèrent dans cette campagne contre les forces combinées de C. Caninius et de C. Fabius. Le combat eut l'issue ordinaire. Les légions romaines enfoncèrent par leurs manœuvres régulières les masses d'ennemis indisciplinés qui se ruaient sur elles , et la cavalerie écrasa les guerriers de Dumnac. Plus de 12,000 hommes périrent dans cette rencontre , et le massacre des fuyards ne cessa, dit César, que lorsque les chevaux n'eurent plus assez de force pour les atteindre , ni les bras pour les frapper. C. Fabius se porta avec toutes ses troupes contre les Carnutes ; il pensait que la promptitude de l'attaque pouvait seule les empêcher de se reconnaître. Mais la lutte n'était plus possible; les Carnutes n'avaient plus de guerriers , ils se soumirent et donnèrent des otages.

A son retour du pays des Belges , où l'avait appelé une révolte des Bellovaques, le Proconsul apprit l'heureuse issue de la guerre. Il parcourut immédiatement les états soumis, exigeant des otages et soutenant le courage de ses alliés. Les Carnutes , premiers champions de cette dernière tentative , devaient assouvir la vengeance de Rome. Leur chef Gutruat, conduit devant le Général , expia par le supplice des verges et par la hache du licteur le crime d'avoir cru avec son peuple à la nationalité de la Gaule.

Ainsi finit la lutte des guerriers carnutes contre les Romains.

1 Poitiers.

Elle fut digue tlu haut rang que cette uatiou généreuse tenait dans la Gaule Les Garnutes combattaient pour leurs autels plus encore que pour leurs foyers, car ils regardaient le lien fédéral de la religion comme la sauve-garde des Gaulois. La mort seule lit cesser leur protestation ; l'astuce , la corruption , la politique, en un mot, jointes à la force du glaive, opprimèrent leur patrie , mais les guerriers carnutes ne la virent pas dans les fers.

Depuis cette époque et pendant bien des siècles, l'histoire des Carnutes se fond avec celle de l'Empire. C'est à peine si quelques géographes prononcent le nom de leur pays, qui, nivelé par la civilisation romaine , reçut comme les autres parties de la Gaule , une nuée d'agents du fisc , de questeurs et de procurateurs impériaux.

En l'an 28 avant Jésus-Christ , Auguste divisa la Gaule che* velue, comme on rappelait alors, en trois grandes provinces : l'Aquitaine, la Belgique et la Lyonnaise; le territoire des Carnutes fut compris dans cette dernière. Quant à l'état des personnes, il fut mieux respecté que l'on ne devait s'y attendre de la part d'un vainqueur irrité. Les Carnutes, considérés comme alliés, ne furent assujétis qu'au service militaire. Leur courage semble avoir commandé la magnanimité de Rome ; peutêtre aussi l'intérêt du peuple romain le força-t-il à ménager les ministres d'une religion dont la voix pouvait encore armer les Gaulois divisés. Mais, avec le temps, l'influence impériale parvint à détruire ce dernier lien des vaincus. Proscrit par Tibère et Claude (48 ans avant Jésus-Christ), le druidisme se réfugia dans les rochers de l'Armorique, et dès-lors, nous dit Dion Cassius, on navigua sur la Loire avec autant de sécurité que sur le Pô et sur le Rhône \ Pendant son consulat ( 1 4 ans de Jésus-Christ), le gendre d'Auguste, l'illustre Agrippa, avait ouvert en Gaule ces immenses voies ferrées qui toutes venaient

' Diou-Cassius, lib. 14.

aboutir au milliaire de Lyon. Si la cité des Carnutes ne fut pas d'abord traversée par une voie romaine, de nombreuses roules cernèrent son territoire. Deux grands chemins la bordaient au * nord, celui de Juliobone au pays des Durocasses, et celui de Rothomagum à Lutèce \ Au midi, la voie de Lutèce à Augustodunum * passait par Genabe et favorisait ainsi le commerce des Carnutes de la Loire \ Cette facilité de communications engagea de bonne heure les plus considérables citoyens de la Grèce et de Rome à venir étudier les nouvelles conquêtes. Dans ses voyages en Gaule, le géographe Strabon n'oublie pas le pays chartrain , et le poète Tibulle invoque en témoignage de son courage de touriste : la Loire , onde azurée du Carnutc aux cheveux blonds \

Vers le milieu du IIIe siècle de l'ère chrétienne ( 253 de Jésus-Christ), les divisions de la Gaule furent encore modifiées; la province de Lyon , partagée en quatre , eut plusieurs métropoles. Placée sous la juridiction de Sens , la cité des Carnutes occupa le second rang parmi les villes de la 4e Lyonnaise Peu de temps après (273 de Jésus-Christ), l'empereur Aurélien détacha du territoire des Carnutes la ville de Genabe, reconstruisit son enceinte et l'éleva au rang de cité en lui imposant son nom. Enfin , pour en finir avec les notions incomplètes que nous ont léguées les nomenclateurs impériaux , nous dirons que la cité des Carnutes était la résidence ordinaire du préfet des Letes Teutons (425 de Jésus-Christ) \

Mais le christianisme va briser les chaînes de l'esclavage; le

1 Dieppe ou Lillebonne , gens de Dreux , Rouen. 1 Autun.

* Ex itinerario Anton. -Aug. de Gallià, D. Bouquet, vol. 1er, p. 108. Certains vestiges , qui existent h Chuisnes , canton de Courville , portent à croire qu'un embranchement do la roule de Genabe à l'Armorique ne passait pas loin de Chartres.

1 Testis Arar, Rhodanus que celer, magnus que Garumna , Carnuli et flavi cœrula lymp/ia Liger.

(Tibulle, lib. 1", élég. 8.)

» Ex noticid provinc. et civil. Coll., D. Bouquet, vol. I", p. 122.

' Ex noticid Dignitat per Coll.. D. Bouquet, vol. 1"\ p. 128.

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