QUARTIER DU CHATEAU
44* Hue au Laii.
(De la rue des Changes à celle Saint-Eaan. )
Cette rue est l'ancienne rue Evière, Aquaria, qui fut, au XIIIe siècle, comme nous l'avons fait connaître ailleurs *, le théâtre de scènes violentes entre les gens du Comte et ceux du Chapitre. Le marché aux légumes, au lait et a la volaille, s'y tint pendant plusieurs siècles; aussi un titre des Aveugles , de 1308, apprend-il que l'on lui donnait quelquefois le nom de rue de là Poulaillerie ; les noms actuels de rue au Lait et de ruelle aux Herbes rappellent probablement cette affectation primitive.
On voyait dans la rue Evière lo grand hôtel de la Galère, ou Galèe, situé près de la porte Evicre du cloître et donné au Chapitre, en 1336, par le sous-doyen Soubiran do Beauchàteau. Les autres édifices remarquables étaient la maison de la Tête-Noire, dont lo chanoine Bidault fit présent au Chapitre en 1300, la maison des Trois-Morts et des Trais-Vifs, voisine de la porte Evière (1410) , le grand hôtel du coin du mur de la Savaterie, autrement dit des Quatre-Fils-Aymon , au coin de la ruelle de la Cordonnerie et vis-à-vis la porte de la Petite-Cordonnerie du cloître, que M* Simon de Laubespine, bourgeois et maire du Chapitre, occupait en 1364.
(Titres du Chapitre et des Aveugles.)
43° Bue Serpente.
(De la me du Soleil-d'Or a la rue des Chaages.)
Cette rue fut appelée, pendant tout le Moyen-Age et jusqu'au siècle dernier, rue au Ligneau, ou. par corruption, aus Laigneaus (1 3 15), au Laigneau (1410), aux Aigneatix (1632), noms qui nous paraissent venir du
• Voir supra, p. 173, noU> première.
» Voir suprà , p. 139.
bas-latin linagium, Ugnuyium, droit sur le lin et le chanvre ou marche au lin. Elle faisait partie du quartier de la Poulaillerie, ainsi que les rues des Trois-Maillets et du Soleil-d'Or, ses voisines.
On remarquait dans la rue au Ligneau une grande maison fortifiée, dite d'abord tour Hubert-Leroux, du nom de ce personnage, préfet ou prévôt de Chartres en 1138 puis tour Malet, du nom de Caufrid Malet, prévôt de Chartres en 1.315, et enfin maison de Vilaine, du nom de Me Robert de Vilaine, ehanoine-chambricr de Notre-Dame, qui la possédait en 13i0; elle était située, d'après les titres, dans la Poulaillerie, donnait, d'un côté, sur la rue au Ligneau et, de l'autre, sur celle de la ljormcrie (des Trois-Maillets) et faisait partie, en 1260, de la censive du chevalier Ansold de Saint- Yon, qui abandonna tous ses droits au Chapitre; M« Robert de Vilaine la rendit canoniale par acte du 26 mars 1310. Près de là se trouvait, au XVe siècle, l'hôtel de la Serpente, qui donna plus tard son nom à la rue (1410).
(Titres du Chapitre et de l'Hôtel-Dieu.)
46° Tertre Janvier.
(De la nie de la Pelitc-Boucheric à la place de la Poissonnerie.)
En 1669, les R. P. Picpus, de Limours, possédaient plusieurs maisons dans ce tertre, appelé alors tertre de la Poissonnerie. (Titres des Echevins.)
47° Tertre aux liais.
(De U rue Saint-Eman a la place de la Poissonnerie.)
Ce tertre était ainsi nommé de l'hôtel dit des Rats , situé , en 1 187 , en la Poissonnerie d'eau de mer, faisant le coin à destendre à la Koutissciïe. L'hôtel des Rats dépendait de la censive de Beaulieu.
(Titres de Beaulieu.)
48° Place de la Poissonnerie.
Nous avons parlé de cette place dans notre article sur les Halles, p. 328; il nous reste à donner la description des hôtels du Saumon et de la Truieqtii-ftle, spécimens assez curieux de l'architecture civile au XVI8 siècle.
Ces hôtels sont contigus ou plutôt ils ne forment qu'une seule maison dont la façade se déploie de chaque côté d'un angle très-obtus. Deux étages en encorbellement coupent la façade dans toute sa longueur; chacun d'eux est soutenu par une grande poutre en saillie, qui présente à sa partie inférieure des moulures et des retombées décrivant cinq baies à cintre très-surbaissés , lesquelles reposent sur des consoles sculptées. Plusieurs de ces consoles ont conservé leurs figurines; on remarque sur celles du premier étage, deux anges et un grand poisson assez semblable à un saumon; au second étage, on distingue un ange, quelques modifions simples, et, dans le coin de la dernière console de droite, une truie renversée qui lile une grande quenouille maintenue sur son flanc gauche par une courroie. Les ouvertures ont été refaites el n'offrent rien de remarquable; quant aux intervalles laissés libres entre les fenêtres, ils présentent, selon l'ordinaire de cette époque, dos colombages losangés dont les interstices sont remplis par des plâtras.
1 Cette maison était encore appelée , en 1503, Tour-Hébert, probablement par souvenir de son ancien nom ; le chanoine Robert Tr.nache l'occupait a cette époque. (Livre <Us Privilèges du Chapitre; Arch. départ.}
49* Hue des Changes.
( Du clullre Notre-Dame à la rue Porte-CeodrcoM. )
Entre autres monuments, la rue des Changes possédait la halle au Pain, le château des Comtes et l'hôtel ou perron des Trois-Hois Aux XVe el XVIe siècles, les autres tklifices remarquables de cette rue étaient la maison de l'Ave Maria, dont il est fait mention dans un titre de Saint-André de 1138 et qui subsistait encore en 1753; l'hôtel du Porc-êpic (1507), la maison de l'Ecu-de-France (1587) et la maison de la Roche, chargée de 55 sous de rente envers le chapelain de la chapelle Pellegrue , à Notre- Dame (15711).
On voit, presque en face de l'entrée de la Poissonnerie, sur la rue des Changes, une maison en bois, du XVe siècle, dont les deux étages et le pignon aigu font saillie sur la façade et sont ornés, dans quelques partics, de sculptures assez curieuses. De chacun des deux poteaux corniers qui soutiennent le premier étage, se détache une console composée d'un génie ou d'un ange placé sur une base à tête grimaçante et circonscrit dans une sorte de niche ogivale à rampants flcuronnés; la pointe de cette niche semble fichée dans un ovale pourvu de deux ailes et surmonté d'une tète cornue. Le second étage repose sur deux consoles d'un autre genre : la partie supérieure présente une grosse tête? toute ronde, posée en masearon au bout de la poutre de saillie de l'étage; au-dessous de cette tète se trouve le corps de la console dont le fût carré est décoré, sur le plat de face, d'un enroulement de cep de vigne, avec larges feuilles découpées et grappes de raisin; un oiseau a long col, à longue queue, et aux ailes éployées à demi, est perché dans un mouvement gracieux sur le sommet du cep ; la partie inférieure de la console s'appuie sur deux tètes jiixla-posécs. La saillie du pignon est supportée par une grande ogive dont chaque côté retombe sur deux figures à genoux en guise de consoles. Une guirlande de vigne, cep, feuilles et fruits, sortant de la gueule d'un monstre, garnit la pièce d'appui de la fenêtre du premier étage, et l'on croit reconnaître, sur la pièce d'appui de la fenêtre du deuxième étage, îles ligures couchées soulevant des espèces de tambours ou de timballes. Des colombages très-variés forment les pleins de chaque étage. Toute cette ornementation, à l'exception de la sculpture des consoles du second étage et de l'appui de la fenêtre du premier, est trèsdétériorée.
On lit , en 1507, de grandes réparations au pavage de la rue des Changes.
(Titres de Saint-André, du Chapitre, de Beaulieu, et Registres des Echevins.)
30» Hue des Trois-Maillets.
(De la rue des Chanta à celle An SolcilnlOr. )
Aux XIIe et XIIIe siècles, cette rue s'appelait la Sellerie et la Lormerie; à la tin du XIIIe siècle, elle prit le nom de la PonhnUn't- . sans quitter absolument celui de Sellerie . qu'elle parait avoir conservé jusqu'au XVIe siècle; vers le milieu du XVll" siècle elle quitta le nom de la Yieille-Pmlaillerie, pour prendre celui des Trois-Maillets. Cependant quelques titres des XIVe et XVe siècles mentionnent déjà une ruelle des Maillets (1381, 1183, 1107), mais nous pensons que cette dénomination s'appliquait a une impasse qui longeait le cimetière de Saint-Martin-le-Viandier et qui est
» Voir suprà, p. 329, 322 et 325.
appelée la rue qui n'a point de liants dans un litre de Sainl-Aignan de 1 180. Parmi les édifices notables qui se trouvaient dans cette rue à différentes époques, on peut citer les hôtels du Frein-Doré, situé au coin de la rue Saint-Martin (1381), îles Trois-Vixatjes, tenant à la Queue-de-Reqttard (rue du Soleil-d'Or) (1180), de Milleville, appartenant en KîtO à noble homme Jacques de Milleville, commissaire de l'artillerie de France, la maison du Soleil-d'Or, occupée en 1731 par Nicolas Besnard, imprimeur, et celle des Trois-Etoiles (17.10).
On fit, en 1388, des travaux de pavage dans la rue de la Poulaillerie.
(Titres de Saint-Père, de Saint-Aignan , de l'Hôtel-Dieu, de Saint-Martin-le-Viandier, du Chapitre, et Archives impériales, sect. adrain., série Q, carton 205.)
51" fine de Chuisnes.
(De la me du Trois- JlailleU à «Ile do la Monnaie.)
La rue de Chuisnes avait porté au Moyen-Age le nom de rue du Haume. Le grand hôtel du Haume, situé au coin de cette rue et de celle dite «le la Pie, et dont les vastes bâtiments regagnaient le cloître Saint-Martin, fut donné au Chapitre, en U03, par le chanoine Pierre Plume; il existait encore en 1530. Le nom actuel de la rue lui vient d'une prétrière que le prieur de Chuisnes détenait aux XVe et XVI» siècles et qui était comprise dans une partie de la censive du Chapitre déléguée au sous-doyen en sa qualité de collateur de Saint-Martin-le-Viandier.
On voyait, il y a quelques années, au coin de la rue de Chuisnes et de celle du Soleil-d Or, une vieille maison en bois? du XIV» siècle, dont lo poteau cornierf chargé de sculptures, représentait, d'un côté, Saint-Martin donnant la moitié de son manteau à un pauvre, et, de l'autre, une femme agenouillée devant un autel Iji grande maison, entre cour et jardin, à usage de café, placée à droite, en entrant par la rue du Soleil-d'Or, à peu de distance du cloître Saint-Martin, et dans laquelle le tribunal consulaire tenait ses audiences avant la Révolution, a probablement été construite sur l'emplacement du premier hôtel-de-ville acheté en 1377, moyennant 160 livres, et vendu en 1571. C'était aussi près de là que se trouvait l'hôtel du Cygne ou du Cisne, dont Charles VI fit cadeau à la ville en 1111 et qu'il ne faut pas confondre avec le grand logis du Cygne de la rue For-Boyau ».
Au XIIIe siècle, le point de rencontre des rues de Chuisnes, du Soleild'Or et des Trois-Maillets, dites alors, du Haume, de la Queue-de-Hegnard et de la Sellerie, était appelé carrefour de Raime (1297).
(Titres du Chapitre, de Saint-Martin, do l'Hôtel-Dicu , et Livre de Guillaume Bouvart.)
• Ce poteau est conservé à l'hôtcl-dc-ville.
» Voir suprà, p. 324 et 325. — On lit dans un compte de l'hotel-de-ville , sous la date de septembre 1377: « A Symon de Laubcspine maire de Chappitre pour les ventes de » vin** livres que fu achaptee la maison de la ville assiste devant Saint Martin le ' Viandier xih ' vi » via A
» Pour les cens de la dite mai>on dù au chapitre de Chartres, le
• jour de la Suint Rém\, paie audit Simon • • xmi *
» Pour la lettre de là vente de la maison de ville • v » »
• Pour refaire la lettre de l'acquéremcnt Tait par feu Jehan Per-
• dour d'icelle maison » il • vi d
L'inventaire du Chapitre conservé aux archives du département mentionne un acte «lo
l'assemblée de l'hôtel-de-ville , du 18 août l.'i!7, portant surseance du paiement do dix-huit années d'arréragrs de cens dus au Chapitre, par la Ville, pour raison de la maison commune (aujourd'hui l'hôtel consulaire, dit le rédacteur de l'inventaire ) , tenue a quatorze deniers de cens dudit Chapitre.
ô'2« Hue du So!eil-dOr.
( De la rue des Trwl^-ShiUeU à celle da Grand-Cerf. )
Cette rue prit son nom d'une enseigne; elle était appelée au XIVe siècle la Queue-de-Regnard ou la Pelleterie et on la nommait encore la Yieille- Pellelerie au milieu du siècle dernier (1743). Le carrefour dit aujourd'hui Forboyau, qui la termine du côté de la rue du Grand-Cerf, portait anciennement le nom de carrefour de la Pelleterie.
On fit «les travaux de pavage dans cette rue, en 150i.
(Titres de l'Ilotel-Dieu, Registres des Echevins.)
ô> Hues de la Boucherie et du Cygne.
{ De la rie du Solell-4'Or a la place Marceau.)
Ces deux rues, quoique séparées au Moyen-Age dans toute leur longueur par les étaux de la boucherie du Four-Boël, n'étaient considérées que comme une seule voie et portaient le même nom ; ce nom fondamental, si l'on peut s'exprimer ainsi, était celui de rue du Four-Boël, Four- Boileau, Four-Boyau et enfin For-Boyau ; il tirait son origine de l'antique four de la famille Boël , dont nous parlerons ci-après. Mais à différentes époques on donna à la rue du Four-Boyau d'autres noms pris également des principaux édifices qui s'y trouvaient. Dès le XIIIe siècle, on l'appelait rue du Cul-Salé, à cause de la maison dite du Cul-Salé, dont fait mention un litre du Chapitre de 1207. Un acte de 1110 la nomme rue du Cul-Salé, autrement dit rue où est le For-Boyau. Le grenier à sel ayant été établi dans celte rue au XY> siècle, on continua (le plus belle à lui appliquer le nom de Cul-Salé. Le dernier acte dans lequel nous ayons rencontré cette dénomination peu élégante date de 1ôi7. Nous voyons paraître pour la première fois le nom de rue du Cygne au commencement du XV* siècle. Le Cygne était un grand hôtel situe près du four Boël et du Chariot-d'Or, et dont l'emplacement correspond assez bien avec celui des maisons anciennes décrites à la page 374 de ce volume. Quelques titres du XV** siècle désignent aussi la rue de For-Boyau sous le nom de rue de Feuillet, parce que l'hôtel de Feuillet , de la Foillée ou de la Feuillée, appartenant anciennement à la noble famille chartraine de Feuillet , puis vendu en 1303, par ordre du Boi, sur Philippe de la Porte, occupait une partie du côté droit de la rue actuelle de la Boucherie, et touchait par derrière les jardins de l'hôtel-de-ville (1122-1187).
Le four Boël, dans la censi\e épiscopale, était un des plus anciens édifices de Chartres ; situé à l'entrée de la rue du Cvgne, vis-à-vis les maisons qui firent place, en 1304, à l'église Saint-Saturnin, et près de la chapelle Saint-Sébastien, il servait de prison, aux XIe et XIIe siècles, pour les hommes d'armes de lKvëque. Le Chapitre, qui en devint propriétaire au XII 1** siècle, donna une partie des hàtiments à omphytéose à des gens de distinction (I2ô0), plaça des hôtes dans le surplus et loua le four à des boulangers (1308-1331) ». Les ëchevins prescrivirent, le 6 sep-
1 l/hôlel du Four-Roel était tenu en 1359 par Hervé Lanier, chevalier. < Titre* du Chapitre; Arch. départ.) Ce seigneur possédait à cote du lour une maison qu'il vendit au Chapitre en 1263. ilb.i
Fin 1349, les gens du Comte, admonestés en séance capitulaire, furent forcés de renoncer aux droits qu'ils avaient perçus sur les hôles du Chapitre demeurant au Four- Boël. (I(ea. capititt.; liibl. commun.)
Kn 1308. le Chapitre donna son pain à faire, pendant quatre ans, à Ligicr de Villehousl et à Simon «le Ruelle, houlangers du four Boel, moyennant un avantage de
lembre 1689, d'abattre le porche du four Boôl ou Grand-Four, pour élargir la rue fort étroite en faee de Saint-Saturnin, ce qui fut exécuté en lanvier lt>91 par les sieurs Galois, boulanger, et Henry, hôtelier, auxquels le vieil hôtel appartenait alors. A la fin du siècle dernier, le Grand-Four fut transformé en salle de spectacle, et quelques-uns de nos contemporains se rappellent encore les représentations qu'y donnait la Société des Arts.
On pava la rue du For-Boyau, en 1389, depuis l'hôtel de Feuillet ou de Philippe de la Porte, jusqu'à la maison à la Troillarde ». D'autres travaux de pavage furent exécutes en 1505.
(Titres du Chapitre, de l'Hôtel-Dicu, de Saint-Saturnin , de Saint-André, et Registres des Echevins.)