‹ Histoire de ChartresChapitre 59 sur 79 · QUARTIER DES ÉPARS · texte numérisé non relu

QUARTIER DES ÉPARS

09" Hues de la Tonnellerie et du Bois-Merrain. ( De la place des Halles a la porte des Epars. )

Ces deux rues et celle dite aujourd'hui Marceau et anciennement du Chapelet et au Beutre, formaient le quartier de la Croix-aux-Moinrs-de-Thiron, ainsi nommé parce qu'il y avait une croix en pierre au point de rencontre des rues en question , devant l'hôtel des religieux de l'abbaye de Thiron.

On disait, au XIIIe siècle, rue du Marché-au-Merrain (1202), et au siècle suivant, rue de la Cruix~aux-Moines(\'.iH[). A cette dernière époque, la rue de la Tonnellerie, du côté des Halles, portait aussi la désignation de Hanterie, c'est-à-dire marché au gros bois.

Outre l'hôtel de Thiron ou Court-Bâton, on remarquait dans ces rues l'hôtel de la Chaux, ancien four à chaux appartenant au Chapitre, et donnant, par derrière, sur la ruelle Mithouard (1328-1430), les maisons du Lion-d'Or{ 1154-1538), de l'Ours et des Chiches-Faces (1587).

(Titres de l'Eau, du Chapitre, de l'Hôtel-Dieu , de Bcaulieu, et Registres des Echevins.)

70" Huelle Mithouard.

(De la rue du Bois-Merrain a celle du Cygne.)

Cette nielle, qui n'a plus qu'un tronçon donnant dans la me Marceau, conduisait de la rue du Bois-Merrain au grand hôtel du Cygne. Il en est question dans une délibération des échevins du 9 mai 1559.'

71' Hue du Grand-Cerf.

(De la rue du Solefl-d'Or a U porte des Epare.)

Cette rue était appelée anciennement la Grande-Rue; elle prit son nom actuel, vers la fin du XVI* siècle, d'un hôtel dit le Grand-Cerf (156(9 Qui existait encore au siècle dernier.

i Ce fut peut-être cette maison qui donna son nom à la petite rue du Pwtt-dt l'Ours . qui va de la rue des Bouchers à celle du Bois-Merrain.

Nous avons déjà parlé de la maison renaissance construite dans la rue du Grand-Cerf par un médecin artiste *; la porte de cet édifice et les deux fenêtres qui la surmontent, méritent une description particulière. L'ouverture plein-cintre est ornée d'une archivolte à moulures et tombe sur des pieds-droits munis d'impostes. Deux colonnes d'ordre corinthien, engagées près des pieds-droits, supportent une architrave et sa cymaise dentelée, ainsi qu'une frise lisse au-dessus de laquelle règne un rang de consoles simples qui servent de points d'appui à la corniche. Cette décoration est d'une pureté digne des temps antiques. La fenêtre du premier étage présente aussi de riches dispositions. Deux consoles élégantes, postées sur la corniche de la porte, soutiennent deux colonnes corinthiennes sur lesquelles s'étendent une architrave lisse, une frise et un entablement dont la corniche forme la base d'un fronton triangulaire; les moulures et les denticulcs de la corniche se reproduisent, selon l'usage, sur les deux rampants intérieurs du fronton. Entre les consoles et au-dessous de l'appui inférieur de la fenêtre se trouve un cartouche qui contient l'inscription que nous avons rapportée au chapitre I" de cette histoire Cette construction, purement grecque, encadre uno fenêtre rectangulaire et divisée par deux meneaux prismatiques qui se coupent à angle droit. L'ornementation de la fenêtre du deuxième étage appartient à l'ordre cariatide usité dans l'architecture de quelques temples grecs et employé avec prédilection par les artistes du XVIe siècle, pour la décoration des portes, fenêtres et cheminées. Deux modillons sur lesquels s'appuie une bande en saillie profondément moulée, servent de piédestaux a deux statues de femmes, guênées, aux bras pendants, dont le corsage est colant cl la chevelure façonnée en bandeaux tombant sur les épaules; ces statues d'un beau style portent sur la tête des vases qui soutiennent une architrave lisse et une frise ornée; au-dessus, sont assises de petites consoles, supports de la corniche. Un fronton circulaire, garni à l'intrà-dos de petites consoles, se rattache à la corniche dont il adopte toutes les moulures; un modillon fruste occupe le milieu du tympan du fronton. La fenêtre placée dans le centre de cette construction est semblable, quant à la disposition des meneaux, à celle du premier étage.

Le frontispice que nous venons de décrire est riche, élégant, pur d'exécution et harmonieux dans toutes ses parties; son architecture, heureuse combinaison de l'art grec et de la fantaisie renaissance, reporte la pensée vers les beaux châteaux de Touraine, gloires artistiques des derniers Valois.

Les autres maisons remarquables de la rue du Grand-Cerf étaient, au XVIe siècle, les hôtels du Mouton-Blanc (1550), do Saint-Georges, de la Barbe-d'Or, du Barillet, des Jeux-de-Paume (155G), tous dans la censivo des Courtins, et ceux du Chaudron et du Croissant (1587).

(Agenda du prieur de Sainte-Foy, Livre de Guillaume Bouvart, Titres de Saint-André et de Beauhcu.)

1 Voir suprà , p. 4 et note première. J'attribuais dans cette note la construction de la façade de la maison en question à un médecin du nom de Huvè ; cette conjecture est confirmée par les documents que possède M. de Masclary, propriétaire actuel du joli édifice dont je donne la description. Il résulte d'un acte passé devant Thomas Dumoustier, notaire à Chartres, le 24 juillet 1582, que M1** Jean de Toutteville, baron du Chesne- Doré (probablement le même que Jean d Kstouteville , seigneur de Villebon. Voir suprà, p. 297), donna celte maison à cens, à raison de 2 » 6 deniers; qu'elle fut ensuite aoeenséc par Guy de Dalon, comte du Lude, baron du Chéne-Doré, à honnette femme Perrine liieher, veuve de deffunt honorable homme Me Claude Uuvè, vivant docteur en médecine ; et que , saisie sur les héritiers de ce médecin , elle passa entre les mains de noble homme Claude de Monlescot. Un autre acte reçu par Bouvart, notaire à Chartres, le 14 juillet 1607, fait connaître que ce dernier propriétaire vendit le logis dont il s'agit à Gcrvaisc Brosse, marchand, moyennant 2,100 livres tournois.

Page 1