‹ Histoire de ChartresChapitre 75 sur 79 · PRIVILÈGES DES CHANOINES · texte numérisé non relu

PRIVILÈGES DES CHANOINES

USAGES ET CÉRÉMONIES BIZARRES A NOTRE-DAME. PROCESSION DE LA SAINTE-CHASSE.

/<• Privilèges des Chanoines.

Li clerc nostre Dame de Chartres », disait-on proverbialement au XIVe siècle, lorsque l'on voulait parler d'un clergé réunissant à la fois les distinctions du mérite, de la naissance, de la fortune, et célébrant avec magnificence les cérémonies du culte. Les privilèges de toutes sortes que les papes et les rois se plurent à octroyer au chapitre de Chartres, contribuèrent puissamment a le mettre en honneur parmi les dignitaires de l'église gallicane; c'est à ce titre quo nous croyons intéressant de rappeler sommairement la nature de ces privilèges et les documents authentiques qui les constatent.

1° Bulles portant protection de l'église Notre-Dame aitisi que des biens et des prébendes du Chapitre, confirmation de privilèges, permission aux serfs ecclésiastiques de témoigner en justice, défense de les mettre à la taille au Comte, pouvoir de les affranchir sans f intervention du Comte, franchises du cloître et des maisons canoniales, — Honorius II (1130). Innocent II (1132), Alexandre III (1170), Urbain III (1185-1187). Célestin III (1195), Clément IV (1260), Martin IV (1281), Honorius IV (1280), Nicolas IV (1290), Paul II (U83).

La bulle d'Urbain III (1185-1187) est remarquable en ce qu'elle fait connaître l'étal du cloître avant sa clôture. Toutes les maisons qui environnaient Notre-Dame n'appartenaient pas au Chapitre; or, ce mélange d'habitations séculières et canoniales et ce contact continuel des gens d'église avec les gens du peuple eurent, à la fin du XIIe siècle, de fâcheuses conséquences pour la paix du cloître et pour les mœurs de ses habitants. Urbain jugeant indispensable de porter remède au mal, s'exprima en ces termes dans sa bulle datée de Vérone le XII des kalendes de mars : t Nous apprenons avec étonnement que certains laïcs, qui possèdent » par héritage des maisons au cloître, y reçoivent telles personnes que » le repos des clercs en est troublé et que les esprits en sont détournés • des choses divines; nous savons que ces maisons sont ouvertes ou » louées à des baladins, des tripotiers, des taverniers et des femmes » perdues. Dans notre volonté do veiller de toutes manières à l'honneur de » l'église, sous notre autorité apostolique, nous faisons prohibition abso-

> lue au Chapitre de louer ou de donner gratis des maisons canoniales à » des laïcs qui ne les tiendraient pas honnêtement, et nous ordonnons » aux laïcs possesseurs de maisons au cloître, dans le cas où ils ne vou-

> draient pas habiter ces maisons eux-mêmes, de ne les vendre, louer ou » donner gratis qu'à des clercs ou à d'autres personnes régulières. »

• Recueil de TApostoile, éd. Crapelet. Paris, 1831. — Petite encyclopédie des Proverbes français, pur Uilaire-le-Gai (M. Gratet-Duplessis), p. 153, édition Passard. Paris, 1852.

2° Bulles donnant pouvoir d'interdire et d'excommunier tous ceux qui molesteraient l'église dans ses biens meubles ou immeubles. — Alexandre III (1160-1181), Luee III (1181-1185), Urbain III (1185-1187), Célestin III (ll!»5), Innoc-nt III (1205), Innocent IV (1211)).

Pour assurer l'exécution de ces bulles et sauvegarder plus elïicaeement les libertés et franchises du Chapitre, les papes Céiestin IV (I2i5) et Grépoire XI (1371) instituèrent des conservateurs des privilèges et des biens de l'église de Chartres. Ces fonctions furent attribuées, selon l'usage, à «le hauts dignitaires ecclésiastiques, abbés crosses et initrés ou prélats, et même à de grands personnages laïcs.

3° Bulles donnant pouvoir d'autoriser ou d'interdire la fondation de tout oratoire, chapelle ou cimetière à Chartres ou banlieue. — Alexandre III (1160-1181), Clément III (1188-1101), Alexandre IV ( 1255-1201 ).

4° Bulle portant exemption de la juridiction ecclésiastique de l'archevêque de Sens, métropolitain. — Clément VI (22 décembre 1350).

5° Bulles donnant le droit de nomination exclusive aux douze canonicats de la chapelle Saint-Piat et à six chapellenies de l'église, à la condition de ne conférer ces titres qu'aux seuls heuriers et matiniers. — Martin IV (Fulminée par l'abbé de Josapbat, délégué, le II mai 1 130), Paul IV (2i janvier kwi).

G0 Bulle faisant défense, sous peine d'excommunication, aux ecclésiastiques de Chartres d'appeler d'autres ecclésiastiques devant les tribunaux séculiers, au détriment de la justice du Chapitre. — Alexandre IV (1250).

7° Bulles exemptant l'église de Chartres de faire preuve par le duel judiciaire, dans les causes où il s'agit de la propriété d'hommes de coiys réclamés par des laïcs. — Innocent IV ( !2i0>. Alexandre IV ( 1250).

8° Bessort de la justice canoniale. — La détermination du ressort de la justice canoniale, dite de Loèns, donna lieu à de nombreux et longs conflits entre le Chapitre et le Coude. Nous avons rapporté à l'appendice n° 10 de ce volume la mémorable composition intervenue en I3<M> entre ces deux autorités rivales. Le Chapitre ne reconnut en aucun temps la supériorité de la justice du Coude et, toujours, les causes jugées à Loëns furent portées directement en appel devant un magistral royal. En 1301, les affaires du Chapitre ressorlîsr-aîcnl au siège de .lanvilfe. devant le Préud royal de ce lieu, commis et délégué parle bailli d'Orléans1. Le roi Philippe de Valois ayant donné le duché d'Orléans en apanage à son tïls, retira au prévôt de janville, devenu juge seigneurial, la supériorité d'ap-

« Registres capitul.; Séances du vendredi après la Pentecôte, du mercredi après la Saint-Mathieu, du vendredi après la SatalrLttc 1301 et autres. — On a prétendu que les baillis royaux de Cisors et de Verneuil avaient eu la connaissance des causes du Chapitre avant le bailli d'Orléans; je n'ai trouvé aucun titre formel à l'appui de cette assertion. L'acte de 1286 qui signale la présence, à Chartres, du bailli de Gisors, intéresse non le Chapitre, mais la Ville et l'abbaye de Saint-Père (voir suprà, p. 310, note première). Le fait de la reintégration d'un prisonnier enlevé de Loëns par un sergent royal de Gisors (voir suprà, p. 177, note première) constate non un droit au profit du Bailli de ce lieu, mais une violence et la réparation de celte violence. Le Supplément aux a/flches chartraines , p. 63 , |>arle , d'après Souchet , de certaines lettres de Philippe-le-Long , du 19 décembre 1320, portant attribution au bailli d'Orléans de la connaissance des causes du Chapitre, et ajoute que ces lettres furent signifiées, par le Chapitre, au bailli de Verneuil venu à Chartres pour les assises, en présence du bailli de Chartres, Sance de la Fontaine et d'Ki'cx de Vieux-Pont, seigneur de Courville. Les lettres peuvent avoir été données, quoiqu'on fait l'appel à Janville eut lieu depuis longtemps, mais leur signification est une invention, car Sance de la Fontaine avait quitté ses fonctions même avant 1315, et le seigneur de Courville était, avant el après 1320 , le sire Jean de Vieux-Pont.

Digitiz

pel des causes du Chapitre, et décida, par lettres-patentes datées du bois de Vincenues au mois de décembre 13.15, qu'à l'avenir la justice canoniale relèverait en appel du Prévôt royal de Paris au siège de Poissy. Enlin, le roi Jean reconnaissant que le prévôt de Poissy était trop chargé d'affaires, lui relira, par lettres du :K) août 1350, les causes du chapitre de Chartres et les porta, sans moyen, c'est-à-dire sans intermédiaire, au parlement de Paris, pour y être jugées au jour du bailliage de Chartres. Celte ordonnance du roi Jean fut continuée par lettres de Charles V, du mois d'août 1300 et du 19 juillet 13(57, de Charles VI , du 8 août 1101, de Charles VU, de juin 1132, et généralement de tous les rois, jusqu'à Louis XIV Pour compléter cette indépendance de la justice canoniale, le Parlement décida, par plusieurs arrêts, et notamment par celui du 9 juillet 1511, que les sergents royaux ne pourraient instrumenter dans le cloître et autres endroits de la juridiction du Chapitre, sans obtenir au préalable le parent h du maire de Loëns.

9° Sauvegardes et patentes royales pour les biens et privilèges du Chapitre. — Charles VI cio novembre 138(1). Par cet acte, le Roi commet, pour la garde du Chapitre, Guy de Chartres, dit Lemaire, Jehan Martin, Gaciotle- Bourrelier, Jehan .Marraine, Jehan de Villebon, Gaciot Lestaroust, Jacques «le Champrond et Jacques Rellechièvre, ses sergents, et autorise, le placement des panonceaux et hâtons royaux sur les bâtiments, maisons, fermes, etc., de l'église. — Le même monarque ('28 avril 1385), Louis XI (17 juillet 1102), Charles VIII (8 avril 1 185), Louis XII (12 juillet 1198)

10° Lettres patentes portant exemption des charges de guerre et du logement des gens de guerre. — Charles M ( 10 août 1388, 27 mars 1113 et 15 février ! 12 I). Charles VU ("21 octobre 1133». Louis XI (3 janvier 1170), Charles VIII (18 novembre 1183), François I" (1511. 1533, 1515). Henri 11 (1517, 19 avril 1551, 1550), François II (1500). Charles IX (1503, 1508). Le 19 octobre I50i>, ce dernier prince donna ordre au sieur d'Eguiliy, gouverneur, de faire sortir des maisons canoniales, les gens de guerre que les échevins y avaient placés, et il délivra, le 1 1 novembre suivant, de nouvelles lettres-patentes d'exemption aux chanoines. — Catherine de Médicis (1571), Henri III ( 1580), Louis XIII (1011).

Le marquis de Paulmy écrivit au Chapitre, le 5 septembre 1750. pour reconnaître ses droits à la décharge du logement des soldats du régiment volontaire-étranger, dit Fischer, en garnison à Chartres. Nonobstant cette lettre, les chanoines, pour cette fois et sans tirer à conséquence, consentirent à loger une partie de cette troupe dans les greniers de Loéns.

Le 22 décembre 1758. le maréchal de Helle-Isle, ministre de la Guerre, invita le Chapitre à ne pas prendre ombrage, au sujet de la visite de certaines maisons séculières et canoniales, à laquelle on venait de procéder pour s'assurer s'il ne serait pas possible de placer à Chartres une compagnie des gardes-du-corps du Roi.

2° Usages cl cérémonies bizuires à Sotre-Datne.

Réception des chanoines. — La réception des chanoines avait lieu à Chartres avec une solennité beaucoup plus grande que dans la plupart des

* Registres de» Privilèges du Chapitre , Arcli. départ., et Ordonnances de» Rois de France, vol. 4, p. 177, vol. 3, p. 24, vol. 8, p. 465.

» Ordonnances des Rois de France, vol. 6, p. 532, vol. 7, p. 114, vol. 15, p. 507, vol. 19, p. 575, vol. 21, p. 90.

autres chapitres. Sauf les cas d'empêchements majeurs où l'Evoque se faisait suppléer par ses grands-vicaires, il était tenu de procéder en personne à la cérémonie de collation qui se pratiquait de la manière suivante : la veille de l'installation, le Prélat présentait son candidat au Doyen, au Chantre, au Sous-doyen et au Sous-chantre et le laissait entre leurs mains pour qu'il pût être examiné selon les lois canoniques. Cette épreuve terminée, l'Evêque venait prendre connaissance du résultat, ot? si le Chapitre n'élevait aucune objection, il faisait de vive voix la collation au nouveau pourvu agenouillé devant lui. Ensuite le chanoine-élu prétait en pleine séance capitulairc le serment de garder les libertés, privilèges et immunités de l'église de Chartres et de ne jamais solliciter lettres closes du Roi, des princes ou grands seigneurs, pour obtenir des prébendes ou prêtrières canoniales au préjudice de ses anciens. Le lendemain, le Chantre auquel appartenait spécialement l'installation des chanoines, conduisait le récipiendaire devant l'autel de Sainte-Anne 1 et lui faisait jurer, sur le chef de cette sainte, qu'il était né de légitime mariage * : puis il l'introduisait, au chœur, dans les rangs de la compagnie. Un procès-verbal était dressé de cette installation.

Le chapitre de Chartres lit toujours à ses membres une règle sérieuse «lu stage et de la résidence; ceux qui ne s'y conformaient pas perdaient leurs1 distributions et jusqu'aux fruits de leurs prébondes. Les exemptions ne pouvaient être accordées qu'en séances capitulaires générales; elles étaient rares et, à moins de cas do troubles, de peste ou de missions extraordinaires, on ne les octroyait guères qu'aux chanoines conseillers du Roi ou médecins 5.

Processions. — Le Chapitre faisait chaque année un grand nombre de processions dans les églises paroissiales et dans les couvents, et il recevait, à certains jours, des redevances en nature ou en argent dans les lieux où il se transportait. Les chanoines de Saint-Jean-en-\ allée lui donnaient un repas aux processions du mercredi après Pâques et de la veille de la décollation de saint Jean-Baptiste. Cette coutume fut transformée, par transaction de 1227, en un présent de six deniers aux enfants do chœur de Notre-Dame, à chaque Jour de procession. Nous avons déjà parlé * de la procession qui avait lieu à Saint-Cheron pour la cinquième féric après Pâques et du dîner fourni à cette occasion, par les religieux, aux clercs de chœur de Notre-Dame; deux autres processions étaient faites au même couvent, l'une, le mardi des rogations, à l'occasion de laquelle on offrait aux chanoines une boisson pimentée appelée Borgerastre, l'autre, la veille de Saint-Cheron, pour chanter vêpres, à l'issue desquelles messieurs du Chapitre se réfectionnaient de pains de façon ou petits pâtés et de vin de Chartres. Le jour de Saint-Piat (1er octobre), le Chapitre se rendait processionnellement à la chapelle dédiée à ce saint et

1 Voir suprà , p. 124.

* Voir suprà, p. 79 et 80.

» A ce propos , je ferai remarquer que la médecine était fort en honneur au Moyen- Age dans le clergé chartrain. J'ai dit ailleurs, en parlant de l'évèque Fulbert, que ce prélat médecin avait étudié son art à l'abbaye de Saint-Père. Chartres renfermait alors un médecin distingué nommé Uéribrand , qui faisait école et aux leçons duquel accourut, en 911, l'historien Ricbcr, disciple de Gerbcrt de Reims comme Fulbert. Aux XI1« et MU'' siècles, la médecine avait pour représentants, parmi les prêtres chartrains, Constantin, chancelier de Notre-Dame, Pierre Lombart, chanoine, Nicolas Haudry, chantre de Notre-Dame de Paris. Au XIV» siècle , les registres capitulaires nous font connaître, entre autres, le prêtre Olivier, physicien, le chanoine Jean d'Auxcrre, médecin, et le chanoine Jean Alande, apothicaire et physicien de la comtesse de Montfort. L'évèque Pierre Bcschebien continua au XV siècle cette tradition curieuse.

i Voir suprà, p. 287, note i.

y célébrait tous les offices, à commencer par Matines; chaque chanoine assistant avait droit à un coup de vin et a un petit pâté de volaille, si c'était un jour gras, ou d'anguille, si c'était un jour maigre; le Doyen faisait les frais de cette collation, qu'un chanoine du XVIe siècle appelle une coutume très ancienne et excellente, mos antiquus et optimus Le Doyen et le sous-doyen devaient aussi, chaque année, à l'octave de la Quasimodo} après les offices, une certaine quantité de Piment, ou vin miellé, et d'echauaes; en 1331, l'année étant stérile en vin, on convertit cette redevance en un cadeau de cinq sous par chanoine et de deux sous par chaque clerc de chœur.

Un chroniqueur nous a conservé la liste dos processions extérieures faites par le Chapitre pendant l'annéo 1538 »; nous la donnons pour servir de point de comparaison avec ce qui se pratique aujourd'hui.

Le jour des Cendres, procession à la chapelle Saint-Nicolas, au cloître (à la porte de l'évêché).

Le dimanche des Rameaux, procession générale à Saint-Cheron et retour par Saint-Père-en-Vallée. (Cette procession était obligatoire et les citoyens qui s'abstenaient d'y assister sans motifs plausibles, payaient une amende au Chapitre ".)

Le jour de Pâques, tout le Chapitre, en chappes de soie, va chercher processionnellement l'Evôque, dans la cour de i'evôché, et le conduit aux vêpres.

Pendant la semaine de Pâques, processions, savoir : pour la deuxième férié à Saint-Martin-au-Val , pour la troisième, à Saint-Pcre, pour la quatrième, à Saint-Jean-en- Vallée, pour la sixième, à Saint-André, et pour la septième, à Saint-Maurice. A cette dernière station, une table est préparée par le Doyen, pour ceux qui veulent boire et manger.

Le dernier vendredi d'avril, procession à Saint-Père-cn- Vallée.

Le jour de l'Invention de la Sainte-Croix, grande procession dans laquelle on se rend à Saint-Jcan-en-Vallée, à Saint-Maurice et à Saint-André. (La pluie y mit obstacle.)

Le deuxième jour des rogations en mai, procession à Saint-Barthélemy, Saint-Cheron , Saint-Hilaire et Saint-Père.

Le troisième jour, procession à Saint-Michel, Saint-Martin-au-Val, Saint-Lubin, Saint-Saturnin et Sainte-Fov.

Jour de l'Ascension, procession générale à Saint-Aignan; mais, à cause de la pluie, on va à la chapelle Saint-Piat.

La veille de Saint-Cheron , procession au couvent de ce nom.

Le jour de la fête du saint-corps de Notre-Seigneur, procession générale à Saint-Saturnin.

Le jour de l'octave du Saint-Sacrement, procession générale dans la partie haute de la ville et stations devant Saint-Aignan, Saint-Saturnin, à la porte des Epars et au carrefour de Samarie (de Jérusalem, alias du puits Sainte-Foy?).

La veille de Saint-Pierre et Saint-Paul, après Vêpres, procession à Saint-Père. Autant le lendemain.

Le A juillet, jour de la translation de saint Martin, procession à Saint- Martin-au-Val.

Le 2 août, jour de saint Bethaire et veille de l'Invention de saint Etienne, procession au prieuré de Saint-Etienne, au cloître.

> Rituel {mur chaque jour de l'année 1538 , compose par le chanoine Joseph Lefaivre tl inséré dans le livre dit de Guillaume De

1 Livre de Guillaume Douvart, p. 776.

» C'est ce qui arriva à Michel Jourdain, en 1301. ( Registres capitulants; et Restitutions.)

.•us

La veille do la décollation de saint Jean-Baptiste, après vêpres, procession à Saint-Jean-en-Vallée. On y retourne le jour, pour chanter la messe avec les religieux.

La veille de Saint-Mathieu, procession à Saint-Maurice. On y retourne deux Jours après pour la fête de Saint-Maurice.

Le jour de Saint-Jérôme, procession et messe solennelle à la chapelle Saint-Jérôme, au cloître.

La veille de Sainte-Fov, après vêpres, procession à Sainte-Foy. Le même jour, vêpres de Saint-Serge et Saint-Bacche, à Saint-Nicolas, au cloître, où l'on retourne le lendemain pour la grand'messe.

La veille de la Toussaint, procession à Saint-Jérôme, au cloître.

La veille de Saint-Martin, procession a Saint-Martin-au-Val et à Saint- Martin-le-Viandier. On retourne le jour à Saint-Martin-au-Val et l'on y chante la grand'messe.

La veille de Saint-Aignan. procession à Saint-Aignan, où l'on retourne le jour pour la grand'messe.

Le premier dimanche de l'Avent, procession à Saint-Saturnin.

La veille de Saint-André, procession à Saint-André, où l'on retourne le jour pour la grand'messe.

Les processions, comme on petit voir, ne manquèrent pas en 1538, et cependant le narrateur que nous citons fait observer qu'on en supprima plusieurs, parce que la peste sévissait à Chartres celle année-là.

Prière pour la ville. — On trouve dans le missel de Chartres, imprimé en 1529 et donné au Chapitre par D. Gravelle de Beverseaux (Bibl. communale), la prière suivante en usage à Noire-Dame : Pro ciritate carnotense collecta. — ineepugnabili tnuro tuœ potentiœ quesumus , Domine, ciritatem istam ab omnibus iuimicorum insidiis défend'.', et quant in honore matris tua' rirginis pariturœ pi imam apud fiallos de mt/sterio tua' incarnations instttuere coluixti, meritis ejtisdem rirginis in rinculo pacis uuitam, ad celestcm llierusatem transfère digneris. Qui riris, etc.

Fête des Fous. — Noire-Dame de Chartres, à l'exemple de beaucoup d'autres églises en France, avait, au Moyen-Age. sa fête des Fous, oui se célébrait le 1" janvier, jour de la Circoncision. On sait que ce jour-là les heuriers. les mariniers et les clercs du bas-chœur, revêtus de costumes grotesques et présidés par un pape et ses cardinaux nommés au scrutin, parodiaient de la manière la plus indécente les ofliecs religieux, se livraient dans le sanctuaire aux danses les plus dissolues et couraient la ville en faisant mille extravagances. 11 semble résulter de quelques mentions des registres capitulaires, qu'une autre fêle des Fous avait lieu au mois de février, probablement pendant le carnaval, après un service commémora tif pour les morts inscrits au nécrologe. On autorisa celte fête, en 1300, à la condition qu'elle serait célébrée dévotement; mais ou l'interdit à tout jamais en 1301, avec menace, envers les récalcitrants, d'être privés de leurs distributions de la journée. La fête du 1er janvier se maintint deux siècles de plus que celle du carnaval. Un acte capitulaire du jour de la Purilicatiou 1470, considérant les scandales, insolences, turpitudes, abus et autres méfaits commis plusieurs fois par les heuriers et mariniers, lors delà fête des Fous, célébrée le l,r janvier de chaque année, à la honle et au déshonneur de l'église, déclare abolir, casser et annuler de tous points cette prétendue fêle, et vouer ses fauteurs et leur pape, aux censures, anathèmes et fulminalions ecclésiastiques. Malgré celle défense, il paraît que les gens du bas-chœur continuèrent leurs folies quelques années encore, car Souchet nous apprend que les saturnales des premiers jours de janvier ne cessèrent complètement qu'en 15(14.

Fête des Innocents. — C'était encore une fête des fous, qui échappa à l'ostracisme de U70. grâce au jeune âge des acteurs. Chaque année, le

28 décembre, les enfants d'aube députaient au seigneur Doyen un orateur qui, dans un discours en latin de circonstance, lui demandaient la permission de célébrer, selon l'usage, la fête des Innocents. Cette licence octroyée, les Innocents élisaient un évêque auquel ils rendaient des hommages ridicules, singeaient une procession, chantaient, dansaient et faisaient une collation aux dépens du Chapitre. Cette fête bouffonne avait encore lieu au siècle dernier.

Offerte du jour de In Purifient ion. — A l'offerte du iour de la Purification, on appelait à trois reprises différentes le doyen de Chartres, le prévôt d'Ingre, le prévôt de Normandie, le prévôt 'de Mesangey , le prévôt d'Anvers, le vidame de Chartres, le sire d'Alluyes, le sire du Chêne-Doré, le sire de Longny, le sire de Tréon , les religieux prieur et couvent des Célestins d'Eclimont, le baron de Gallardon, le sieur de La Louppe et le sieur de Villeneuve, qui devaient, chacun, un gros cierge a l'Lvêque, soit à cause de leurs dignités, soit comme vassaux relevant de lui. Ces cierges se brûlaient à Notre-Dame

Offerte du jour de l'Assomption. — A l'offerte du jour de l'Assomption, le sire de Maintenon était appelé par trois fois en ces termes : l<e sire de Maintenon doit aujourd'hui un éperrier bien réclamé , sain et entier et prenant proie. Cette redevance dont nous avons déjà parlé *, était due à cause de huit arpents de pré à Bouglainval (pie le seigneur en question tenait du Chapitre. Le p!us souvent l'oiseau était rendu par les chanoines à son propriétaire; quelquefois on en faisait hommage au personnage le plus qualilié assistant à l'office du jour 3.

Iji Lamproie. — Chaque année., en chapitre de la Purification , on faisait une masse «le l'argent provenant des droits féodaux, tels que rachats, lods et ventes, perçus dans les domaines «le l'église, et on la divisait entre les chanoines capitulants. C'était ce que l'on appelait le partage de la Lamproie, roulant dire, nous apprend Rouilliard, que relie distribution sera prou (instante pour avoir une bonne Lamproie en Caresme, qui d'ordinaire n 'est pas loing de la Chandeleur l.

Jeu de dés chez le Charnbrier. — Le jour de Pâques, après le diner, les chanoines se réunissaient chez le Chamhrier pour faire une partie de dés; on allouait cinq sous à chaque joueur*. Cette coutume, abolie par un acte capitulaire du jour de la Puriliealion Cioil, fut remplacée par le sermon dit de Pâques, et les cinq sous donnés jadis à chaque joueur de dés furent attribués à chaque chanoine auditeur.

Le Dragon. — On trouve dans le Livre rouge de l'évêelié (p. .11:1) la mention suivante : « Aux complies de Pâques, celui qui défend le dragon reçoit cinq sous, eu outre des cinq sous qui lui sont dus pour le bàlon dont il est armé et la paille ou les etoupes qui brûlent dans la gueule du dragon 6. »

« Parthénie, vol. 1", p. 167, v«. — Sablon, llist. de l'église de Chartres, p. 106. ' Voir supra , p. 179.

3 Parthénie, vol. 1", p. 173, \<>. — Sahlon, llisl. de l'église de Chartres, p. 108.

♦ Parthénie, vol. 2, p. 115.

s Etait-ce en souvenir de ce jeu que I on disait proverbialement au XVI' siècle :

« Le chanoine de Chartres l'eut jouer aux dés et aux cartes. »

(Petite eneyelopédie des Proverbes français, p. 153.)

* L'usage d'exposer l'image d'un monstre à une procession ou pendant un office u'était pas particulier a l'église de Chartres. Rouen avait m Gargouille , Paris son

L' Alléluia fouetté. — On cessait de chanter Alléluia aux premières vé-

Sres du dimanche de la Scptuagésimc , suivant les rubriques de l'église e Chartres. A ce moment, les enfants de chœur lançaient dans la nef un sabot, sorte de toupie, et le chassaient à grands coups de fouet jusque dans le cloître. Cet usage bizarre existait encore en 17/5.

ÏjC bon homme blanc. — On faisait, chaque année, à l'issue des premières vêpres de la veille de la Toussaint, une procession solennelle dans la crvpte, et le clergé descendait par la porte qui se trouve au-dessous du clocher neuf. En tète de la procession, marchait un chapelain du baschœur, vêtu d'une aube, coiffé d'un amict, et portant sur un plateau fixé au bout d'un long bâton, une pyramide de soixante-douze cierges allumés, nombre égal à celui des chanoines. Le peuple donnait au porteur de ce plateau le nom de bon homme blanc et croyait qu'il mourait autant de chanoines dans l'année qu'il s'éteignait de cierges dans la crypte.

L'Agneau pascal. — Les chanoines de Chartres avaient jadis l'habitude de manger en commun Y agneau pascal, le jour du Jeudi-Saint. Cette coutume judaïque fut abolie en 1043.

La Perche. — On appelait ainsi un riche baldaquin dont on parait l'autel les jours de grandes fêtes et auquel on attachait des vases sacrés, des reliquaires, des lampes et des emblèmes de diverses sortes. Il résulte d'un acte capitulaire du vendredi après l'Ascension 1327, que la Perche coûtait, d'entretien annuel, neuf livres dix sous assignés sur la maison du cloître appartenant alors au chanoine Louis Pate. Le supplément au Glossaire de du Cange nous apprend que la Perche était également en usage dans la cathédrale de Mayence.

Nous avons parlé ailleurs de la Chevauchée des enfants de chœur à Josaphat, des Fantômes blancs du Vendredi-Saint au même couvent, et de la Chevauchée des chantres à la maladrerie du Grand-Bcaulieu ».

.3° Processions de la Sainte-Chasse au couvent de Josaphat.

Les processions de la Sainte-Châsse à Josaphat étaient réservées pour les cas de calamités publiques. Fort raresjadis, elles devinrent plus communes à partir de la fin du XVIe siècle. Divers manuscrits font mention de celles qui eurent lieu en 1583, 1615, 1628, 1636. 1681, 1693 et 1708; nous allons raconter, d'après D. Fabien Buttereux, historien de Josaphat, la procession du 18 juin 1681, qui fut une des plus solennelles :

t Le mercredy, 18e du mois de juin 1681, la 5e année du souverain pontificat d'Innocent XI, pape, la 38* année du règne de Louis quatorzième, surnommé le Grand, roy de France et de Navarre, la (en blanc) année du pontificat de Messire Ferdinand de Neufville , évesque de Chartres, la 30e année depuis nue Messire Gabriel de Rothelin fut fait abbé commendataire de l'abbaye de Josaphat et la première année du R. P. D Nicolas Sacquespré, Prieur de Josaphat;

Dragon de Saint-Marcel , Taraseon sa Tarasque , Provins son Dragon et sa Léuirde.

Le dragon île Chartres, la pucule ■ nllanin , se montrait le jour de Pâques, pendant

les complies , et tout aussitôt une lutte s'établissait entre le porteur de l'animal et certains assaillants. Il me semble que l'on peut reconnaître dans cette scène bizarre la

mise en action de ce verset du troisième psaume des Complies : Super aspidem et

conculcabis Leonem et Draconem.

1 Voir suprà, p. 491 , note première , et 361 , note première.

» Il fut fait une procession générale «le la Sainte-Châsse, dans laquelle est renfermée la chemise de la sainte Vierge Marie, mère de N. S. J. C, en l'abbaye de Josaphat lès Chartres; à cette procession assistèrent tous les chanoines de l'église cathédralle de Chartres, tous les religieux tant exempts que non exempts, avec Messieurs les Curés tant de la ville et banlieue que de beaucoup d'autres ès environs qui curent la dévotion d'y assister, quoique ils n'y eussent pas été mandez; ils estoient tous revêtus de chappes.

t Pour s'y bien préparer. Monseigneur de Chartres ordonna trois jours de jeûne, à seavoir le lundy. le mardy et le vendredy ensuivant tant à ceux de la ville que de la banlieue, afin d'obtenir, par les mérites et intercession de la très sainte Vierge, de la pluie, d'autant qu'il y avoit plus de deux mois qu'il n'avoit plu, ce qui faisoit craindre une grande stérilité. De plus, il ordonna que le jour de la procession, l'office se feroitde la Sainte-Vierge comme aux festes doubles pour la ville et banlieue, et pour la cathédrale, l'office se feroit avec la solemnité des festes de seconde classe.

» L'office du jour estant donc dit à la cathédrale sur les six heures du matin, l'on tira la Sainte-Châsse du trésor, qui fut portée sur le grand autel par les deux premières dignités, et cependant quatre enfants de chœur ayant chacun en la main un flambeau chantèrent : Domine, non secttndum pecrata, etc. La prière estant finie l'on fit partir la procession sur les six heures et demie pour aller à l'église de Nostre Dame de Josaphat. Tout le clergé estoit revestu de chappes et au milieu du clergé toutes les reliques estoient portées par des ecclésiastiques à qui appartenoient les saintes reliques. La première qui marchoit estoit celle des R. R. Pères Jacobins, la seconde de Saint-Prez, la troisième de Saint-Maurice, la quatrième celle de Saintc-Foy, la cinquième celle de Saint- Aignan, evesque de Chartres, la sixième celle des R. R. Pères chanoines réguliers de Saint- Jean en vallée, la septième celle des chanoines de Saint-André, la huitième celle de Sainte -Soline des R. R. Pères religieux bénédictins de Saint-Père en vallée, la neufvième celle de Saint-Thaurin, evesque d'Evreux . portée par le curé de Paysi et un autre ecclésiastique et supportée par plusieurs habitants dudit Paysi qui estoient nuds-pieds et revêtus d'aubes, ayant des couronnes et chapeaux de fleurs à leurs testes, la dixième le reliquaire du bois de la vraie croix de N. S. J. C, et la dernièro la Sainte-Châsse portée par M. M. les chanoines, chacun à son tour, selon les stations qui furent marquées par M. M. de l'œuvre, tant pour aller que pour revenir, selon l'ordonnance de M. M. du Chapitre, et tous la portèrent depuis la première dignité jusqu'au dernier des chanoines qui estoit dans les ordres majeurs.

» La Sainte-Châsse estoit accompagnée de quatre marguillicrs clercs (lui tenoient, chacun de son costé, le coin du drap d'or qui estoit attaché dessous la Sainte-Châsse, de crainte qu'il ne tombât par terre quelques t pierreries dont elle est toute couverte, avant aussi le chaperon sur l'épaule et de l'autre main tenant une verge blanche. Suivoient ensuite deux orpneuvres qui marchoient derrière la Sainte-Châsse.

» Toutes les rues par où devoit passer la procession estoient tendues de tapisseries. La susdite procession estoit accompagnée de Messieurs du Présidial, de ville, de l'élection et du grenier à sel et aussi du corps des marchands. L'on mit plusieurs tables le long du chemin pour y reposer les saintes reliques en la nécessité; mais la Sainte-Châsse ne reposa sur aucune, car lorsqu'il estoit besoing de changer, les quatre marguillicrs qui l'accompagnoient, la soutenoient pour faciliter le changement. Pour empescher la foule du Peuple qui n'est (pie trop ordinaire à ces sortes de cérémonies, Messieurs de ville mandèrent le Vidame avec sa cinquantaine dont il y eut une partie qui accompagnoit la procession et l'autre fut envoyée à l'abbaye pour en garder les portes et empescher le monde d'en-

trer en l'église ; te qu'ils exécutèrent fidèlement tenant tousjours la grande porte fermée, et on ouvroit la petite porte seulement pour la nécessité, jusqu'à eeque la procession arrivast au monastère, car alors ils ouvrirent l'une et l'autre et se mirent à la porte de l'église pour empescher non seulement le peuple, mais même tous ceux qui tenoient les torches allumées qui estoient en grand nombre, car chaque corps de métier en avoit plusieurs, sans compter celles de M. M. les chanoines, de M. M. de ville, du Présidial, de l'Election, et du Grenier à sel. Ils alloient tous deux à deux en bel ordre; suivaient les bannières et les croix de toutes les paroisses tant de la ville que des champs qui demeurèrent tous aussi à la porte de l'église sans y entrer; après les croix tous les petits pauvres

après eux les prieurs, les curés, les prestres du séminaire qui alloient de côté avec M. M. les curés, les chanoines réguliers, les chanoines de Saint-André, les religieux de Saint-l'ère en vallée, et les derniers tous les chanoines avec la Sainte-Châsse, le reliquaire du bois de la vraie croix et de Saint-Thaurin. Les autres châsses et reliquaires marchoient au milieu du corps soit de religieux soit de curés à qui appartenoient lesdites reliques, en sorte que les reliquaires des Jacobins marchoient au milieu des Jacobins et ainsi îles autres.

• La procession arriva à l'église de Josaphat sur les huit heures et demie, qui estoit magnifiquement ornée et tendue de double rang de tapisseries de boute lice, tant dans toute la nef que dans te cixeur et pour la chapelle de la vierge et le tour du chœur estoit seulement tendue d'un seul rang de tapisseries. Les deux ailes de la nef estoienl par bas parées de beaux parements d'autels, de croix, etc.; sur le haut de la clôture qui sépare le chœur de la nef (te jubé), il y avoit quatorze chandelliers avec chacun un cierge de demi-livre pesant " et entre chaque chandellier il y avoit autant de beaux vases de porcelaine avec de beaux bouquets dedans.

» Pour le grand autel, il estoit paré magnillqiiciuenl de nos saintes reliques, d'une grande croix d'argent et de quatorze grands chandelliers d'argent, dont il y en avoit six du thrésorl île Nostre Dame de sous-terre, et six autres appartenoient aux R. H. Pères Jacobins avec la grande croix d'argent, sans compter tous les flambeaux d'argent et beaucoup de gros vases d'argent qui estoient poses de cosié et d'autre du grand autel.

» Aux deux rostc* du grand autel , assez proche des galeries, estoient posées deux longues tables couvertes de grandes tapisseries et sur icelles de grandes tavaiolles où furent posées les Saintes reliques; et pour la Sainte-Châsse, on fit un petit thrôsne à part au milieu du presbitère où elle fut mise et y demeura pendant toute la grande messe.

» Ceux qui entrèrent dans le cho'ur fuient les chanoines de la cathédrale, les religieux de Saint-Père en vallée, les chanoines de Saint-André, les chanoines réguliers de Saint-Jean et M. M. les curés tant de la ville que de la banlieue. Les autres curés des villages et les prestres avec tous les religieux mandianls estoienl dans la nef et autour du chœur. Il y avoit tout le long du chœur, de chaque costé, quatre rangs de bancelles tout couvertes de tapisseries à fleurs de Lys qui estoienl suffisantes pour asseoir tous ceux qui estoient dans le cho-ur. On avoit préparé, de plus, trois escabeaux de tapisserie pour les trois chantres.

» Dans le preslntère (l'abside), tout estoit rempli de bancelles couvertes aussi de tapisseries pour M. M. du Présidial, de Ville, de l'Election et du Grenier à sel. Pour le corps des marchands, ou avait préparé des bancelles dans la chapelle de la vierge qui estoit 1res bien parée, estant toute tendue de belles tapisseries de haule-liee; et pour l'autel rien ni manquoil pour sa beauté et son ornement. Outre les tableaux, il y avoit grand nombre de flambeaux d'argent, avec autant de cierges d'un quarteron qui furent tous allumés, au commencement de la procession.

venoient ensuite; après les

> Tout le clergé estant entré dans l'église, on chanta la grande messe en musique, oui fut célébrée par M. Pinard, chanoine et grand Pénitencier, que M. M. du Chapitre choisirent pour cet effet. Pour les ornements nécessaires pour le célébrant, le diacre, le sous-diacre et les trois chantres, nous eusmes les ornements de M. M. les chanoines. On mit dès le commencement de la grande messe le calice sur le grand autel. On avoit préparé une écharpe pour le sous-diacre, qui ne servit point, à cause

* Le célébrant etc. ne s'assirent point pendant le gloria in exceUis et le credo. (Je spécifie ceci, afin qu'on y prenne garde, quand la même cérémonie arrivera une autre fois.)

» La messe fut chantée de la sainte Vierge, dont la première oraison estoit de la Vierge, la seconde de la Croix, la troisième de saint Thaurin, la quatrième des saintes reliques, la cinquième pour la pluie, la sixième pour le Roy, et la septième pour la paix. La grande messe estant finie, la procession s'en retourna dans le mesme ordre qu'elle estoit venue, en chantant en musique les litanies de la Sainte Vierge. Elle arriva a la cathédrale un peu après midy.

» Les prières des fidèles ne furent pas si tost exaucées , pareeque nos péchés estoient trop grands. Nous n'eusmes de la pluie abondamment que sur la fin du mois, qui fit changer en peu de temps toute la surface de la terre. L'année fut très fertile en tout; il n'y eust quo les herbages qui en . souffrirent; le bled ramanda d'un tiers et devint à très grand marché. Ainsi l'abondance vint au lieu de la famine que l'on croyoit arriver, et ce par les mérites et intercession de la glorieuse vierge Marie. Il y avoit 45 ans que la Sainte Châsse n'avoit été descendue. On ne la descend que dans l'extrémité, et toutes les fois qu'on le fait, ce n'est que pour la porter à nostre Dame de Josaphat lès Chartres ». >

» Histoire manuscrite <ie Josaphat, par D. Fabien Buttereux, religieux de cette abbaye. (Riblioth. communale.)

Page 1