‹ Histoire de ChartresChapitre 9 sur 79 · REPONDS · texte numérisé non relu

REPONDS

Stirps Jesse virgam produxit , virgaque (lorem , Et super hune (lorem requiescit Spiritus almus , Virgo dei genitrix virga est . (les filins ejus.

UEl'ONDS.

Ad Huium Ihmitu nostrum ditaults houorcm ,

Les travaux scolastiques de Fulbert fureut interrompus, pendant la seconde moitié de son épiscopat, par une série d'événements désastreux. L'an 1020, la veille de la Nativité de Notre-Dame, la* basilique de Marie fut incendiée par la foudre. Le prélat, dévoué à l'œuvre de la reconstruction de ce temple, sollicita les secours des seigneurs de France et de l'étranger, qui tous répondirent à son appel. Parmi les plus empressés, Fulbert trouva son amiGuilhem, duc d'Aquitaine, et Canut, roi de Danemarck l. Mais l'entreprise fut traversée par les violences de Gauzfrid , vicomte de Chàteaudun. On ne sait qui poussa ce seigneur à chercher querelle à l'évèque de Chartres; l'ambition et la cupidité peuvent avoir été ses seuls mobiles , car les grands vassaux du comte Eudes , modelés sur leur suzerain, ne devaient pas être très-scrupuleux sur les moyens d'augmenter leur puissance. Gauzfrid, pour opprimer les tenanciers de l'église au nord et au midi , avait rebâti le château deGallardon , détruit jadis par le roi Robert, et venait de construire une tour à llliers , au milieu des possessions de Sainte-Marie \ Vainement Fulbert s'adressa-t-il au roi Hugues, fils de Robert et au comte Eudes; l'autorité souveraine fut indifférente ou méconnue. Hugues lui fit répondre qu'il était trop loin , et Eudes ne bougea pas. Le roi Robert, grand ami de Fulbert , n'aurait sans doute pas demandé mieux

Sic ut spina rosam garnit , Judœa Mariant , Ut vitium virtus operiret, gratia culpam.

(OEuvres de Fulbert , M. de 1608 , p. 177, verso.)

Ces réponds ont été , fort mal à propos selon moi , rejetes en 1783 du bréviaire de Chartres.

» Lettres de Fulbert, n°» 16 et 87. — Guill. Malmesb., liv. 2. D. Bouquet , vol. 10, p. 217.

* Gaufridus vicecomes... castellum de Galardtme, a vobis olim dinttum restituit, de quo dicere possumus : ecce ah oriente panditnr malum ecclesie nostre ; et rursus alterum edificare presumpxit apud Isleras , intra villas Suncte-Murie , de auo et rêvera dici potest : en ab accidente malum. (Lett. Fulbert, n°» 2 et 105, ib.J

' Le jVime prince Hugues avait reçu Ponction royale à l'ag»; de. 10 ans , le 29 juin 1007. Hrouillé avec son père et sa mère vers 1020, Fulbert s'entremit pour le faire rentrer en grâce auprès du roi Itobert. (Lettres de Fulbert, n° 3, ib.)

que de le tirer d'embarras, mais l'agitation des armes convenait si peu à la vie monacale de ce prince, qu'il ne se dérangeait que lorsque l'intérêt de sa couronne était tout-à-fait en jeu. Cependant les guerres continuaient de telle sorte que le prélat, resserré dans d'étroites limites , ne put se rendre à un concile provincial convoqué par Léothéric, archevêque de Sens !; les mêmes désastres, joints à l'incendie de la cathédrale, l'empêchèrent d'aller en procession à Orléans comme c'était la coutume*. A défaut des secours humains, Fulbert s'était servi contre Gauzfrid des armes spirituelles; cette défense canonique ne fit qu'exaspérer le Vicomte , qui , à la tête d'une bande de gens sans aveu , parcourut les terres de Notre- Dame en brûlant toutes les métairies D'un autre côté, Herebert, comte du Maine, furieux de la protection que Pévêque de Chartres avait accordée à son ennemi Avesgaud, évêque du Mans, se mettait de la partie avec les seigneurs du Vendômois, qui tenaient en bénéfice des domaines de l'église de Chartres *.

Dans sa douleur, Fulbert se tourna de nouveau vers le Roi. C'était dans un de ces moments si fréquents où la foi du comte Eudes semblait manquer à son suzerain ; Fulbert manda donc à Robert qu'il pouvait bien encore retenir les Chartrains, sur lesquels il avait quelque influence, dans le respect de son autorité; mais que Gauzfrid et Herebert secouaient tout frein et faisaient au domaine royal le plus de mal possible. «Ces malfaiteurs, ajoutait le prélat, ont attaqué quel- » ques-uns de vos tenanciers do Villermon % lesquels ont » déchargé leur colère sur nos terres en pillant les fruits et » les récoltes. Nous souffrons ces choses en silence, confiant

1 Lettres de Fulbert, n° 32

* lb., n° 62.

s lb., n° 70.

* lb., n" 19 el 90.

* Hameau de la commune d'Allaincs

» dans votre justice. . . . Mais bientôt les ravages des Seigneurs » et l'incendie de notre église auront anéanti les ressources, » déjà si minimes, que nous devions consacrer à l'hospitalité » et à l'aumône \ »

Pendant ce temps, le comte Eudes continuait sa carrière aventureuse. Déjà nanti du comté de Champagne, sur lequel son titre de descendant de la comtesse Leudgarde ne lui donnait que des droits fort douteux (1019), il voulut disputer à l'empereur Conrad-le-Salique la succession de Raoul-le-Fainéant, roi de Bourgogne , son oncle (1027). Ses prétentions, justifiables cette fois, n'eurent pas la sanction delà fortune; il dut céder après une campagne malheureuse. Mais les affaires de France donnèrent bientôt un nouvel aliment à sa passion d'intrigue.

Le roi Robert était mort en juillet 1031 , et deux de ses fils, Henri et Robert, se disputaient l'empire. Dès l'année 1025, après la mort du prince Hugues, leur fils aîné, Robert et la reine Constance avaient longuement disputé sur le choix du futur héritier de la couronne. Le Roi, conseillé par Fulbert, évèque de Chartres , se prononçait pour Henri , Constance pour Robert. L'avis influent du comte Eudes de Chartres et de Guilhem, duc d'Aquitaine, fit pencher la balance en faveur

1 Lettres de Fulbert, n° 90, il). Le vicomlc Gauzfrid , qui possédait de grands biens dans le Perche, fonda, vers 1031 , le monastère de Saint-Denis de Nogcntle-Rotrou. Ses déprédations dans le pays chartrain furent cruellement vengées; il p«Jrit, en 1010, assassiné sur les marches de la cathédrale de Chartres. (Chron. percher, de l'abbé Fret, vol. 2, p. 155. — Hist. du Dunois , Bordas, inss. de la Hihl.) Fulbert eut encore d'autres affaires épineuses à traiter; entre autres, le différend du chevalier Amulf, tenancier «le l'église de Notre-Dame, avec Léothéric , archevêque de Sens (Lettres, n°» 23 et 2i), et le meurtre du sous-doyen du chapitre par l évéque de Scnlis et son frère , qui avaient fait cacher des assassins dans une. maison du cloître. (Lettres . n°» i5 et 00. )

Quelques écrivains locaux , Doyen , Chevard , etc., ont cru devoir rapporter au long l'histoire des hérétiques d'Orléans dont le moi ne Paul ( Cart. Saint-Pere , vol. 1er, p. 109) a donné un récit très-circonstancié. Cet épisode esl étranger à Chartres; seulement Arefasle , seigneur normand , dénonciateur des hérétiques , fui dirigé dans cetle affaire, en l'absence de Fulbert qui était à Rome , par un clerc de Notre-Dame nommé Kbrard Arefaste donna de grands biens à Saint-Père dans le pagus de Contrôlées. (V)., p. iOX )

du prince Henri, qui fut couronné le 14 mai 1027. Mais, après la mort du Roi , la manie d'opposition d'Eudes reparut, et il ne manqua pas de passer dans le camp du prince Robert , moyennant la moitié de la ville de Sens que lui donna la reine Constance. Longtemps il batailla contre Henri; cependant il finit par céder aux armes du nouveau Roi , qui lui reprit le don de la reine-mère (1033).

La mort de Pévêque Fulbert, arrivée en 1028 *, avait attiré un instant les regards d'Eudes sur son comté de Chartres \ Quoique les suffrages du chapitre eussent appelé le doyen Albert au siège épiscopal, un certain Théoderic, créature de la reine Constance, fut intronisé par l'archevêque de Sens. Les chanoines humiliés invoquèrent la protection du Comte , qui , pour contredire sans doute la volonté royale , déclara qu'il n'ouvrirait pas sa ville à ce Théoderic avant que les évéques de Beauvais, d'Orléans et de Tours ne l'eussent examiné, car il passait pour peu lettré, idiotam. Ce conflit dura quelque temps, mais Albert s'étant fait moine, Théoderic finit par réussir. Toutefois Eudes ne négligea pas l'occasion de le molester: elle se présenta vers 1033. Le couvent de Saint- Père était en tel désaccord avec Pévèque, que l'abbé Arnulf , craignant sa colère, s'était retiré à Jusiers le Comte fit

1 I*a mort de Fulbert inspira à sou élève Adclmann uno touchante élégie. ( Mabillon , Vetera analec, p. 382.) Il fut inhumé dans l'église du couvent de Saint-Père, devant le maître-autel, à côté de l'évéque Ragcnfroy (Cari. Saint-Père, Agnn., vol. 1er, p. 12); une plaque de marbre fixée à l'un des piliers du choeur de Saint- Pierre rappelle le lieu de sa sépulture. L'illustre évéque de Chartres fut honoré comme un saint dans quelques églises : â Chartres on célébrait son anniversaire avec pompe et sa mémoire était en vénération ( Nécrol. de Notre-Dame , i des ides d'avril); à Poitiers, son nom se trouve dans les litanies composées vers 1G21 par l'évèque Chateignier de la Rocheposay ; au couvent de Lagny , sa fête avait lieu le 2 juin. Pourquoi ce culte de l'un des pontifes les plus émments de l'église gallicane est-il tombé en désuétude? (Voir Raillet, Vie des Saints , 10 avril. Annal. Baron. Martyrol. de Fr., par du Saussay. Vie de Gcrbert (Silvestre II), par Hock.)

* Les vieilles chroniques font mention , à l'année 1031 , d'un incendie de la ville et d'une partie de la cathédrale. (Souchet, Extrait du chan. Etienne, vol. 1er, p. 105, mss. de la Bibl.)

J La naix se rétablit entre Saint-Père et Théoderic , car ce prélat , qui mourut vers 1018 , fut inhumé dans l'église du couvent , à la droite de Ragenfroy et près de r.ancelme et de Fulbert Le moine Paul dit . dans un style assez ampoulé , que ses

rétablir ce religieux dans l'abbaye de Chartres avec la plus grande pompe. Peu après il gratifia le couvent du ban de Barmainville et l'en investit en déposant sur l'autel un rameau de sabine (1033 à 1037) \

Vers la même époque (1036), la veine aumônicuse d'Eudes allait chercher une petite église de chanoines bâtie depuis peu en l'honneur de saint Jean-Baptiste, dans le lieu nommé Vallée. Il lui fit don, en présence de ses fidèles, des droits de fisc et de justice qu'il avait sur le bourg Muret, voulant, disait-il, contribuer à sa splendeur de son propre bien et semer de larges aumônes pour recueillir do larges bénédictions. Cette église devint plus tard l'abbaye de Saint-Jeanen-Vallée \

Cet acte est le dernier que nous connaissions du comte Eudes dans le pays chartrain. Ce Prince, qui guettait depuis longtemps l'occasion de prendre sa revanche avec l'empereur Conrad, crut la trouver en 1037. Les embarras de l'Empereur en Italie le décidèrent à se jeter sur la Lorraine , gouvernée par Gothelon , vassal de Conrad ; une dernière infidélité de la fortune l'y attendait. Assailli par Gothelon , près de Bar-le- Duc, il périt criblé de blessures, le 15 octobre 1037 \

Eudes II , malgré ses constants revers , éleva bien haut la maison de Chartres. 11 prenait le titre de Comte palatin ; ses officiers étaient nombreux; il avait des vicomtes, un sénéchal

richesses ambroi sien nés complétèrent l'œuvre renommée de la cour céleste de la Mère de Dieu. (Cart. Saint- Père , vol. 1er, p. 12.) C'est, sans doute, une allusion à l'achèvement de la nouvelle église de Notre-Dame que Théoderic dédia le 17 octobre 1037. (D. Bouquet , vol. 2 , p. 29 et 217. )

1 Cart. Saint-Père, vol 1er, p. 119 et suivantes. lb.y vol. 1", p. 125. Bannum Dermerii Villœ , quem semper ibi me habuisse officiaks mei testantur. Le mot ban s'entend ici du pouvoir administratif et exécutif et des amendes imposées aux contrevenants. {Voir Cart. Saint-Père, Guérard , Prolégomènes t, n° 102.)

* Acte fait en présence du vidame Renaud , de Nivelon , d'Albert de Gallardon , du prévôt Haudry , du vicomte Gilduin et de Gauslin de Lèves. (Archiv. dép., Saint- Jean , feuille n° 18 .)

8 Rad. Glabcr, liv. 3, C. 9. Cet événement est reporté au 13 novembre 1038 par le nécrologe de Pontlevoy. (Voir Hist. du Dunois , Bordas-Rossard , Mss. de la Bibl.)

nommé Sansgualo, un prévôt de Chartres nommé Haudry, et un gand nombre de fidèles \ Ceux qui appartiennent au pays chartain sont Nivelon, fils ou neveu de Foucher, abbé de Saint-Lubin, Gauslin de Lèves, Albert de Gallardon, Landryle-Large, Herbert de Chartres, Gautier ou Walter d'Alluyes, Ingelger d'Illiers \ Ce comte avait épousé, vers 1020, Ermengarde, fille de Robert, comte d'Auvergne, qui lui donna plusieurs enfants.

Le partage des immenses possessions de Eudes II entre ses fils fut fort inégalement fait. Thibault eut Chartres, Blois et Tours; Étienne, la Brie et la Champagne; Hugues, l'abbaye de Marmoutiers. Sa fille Berthe devint la femme d'Alain , duc de Bretagne \

Pour suivre les traditions de ses ancêtres, le comte Thibault III, d'accord avec son frère le Champenois, commença par refuser hommage au roi Henri , sous prétexte que ce prince n'avait pas secouru leur père Eudes dans sa guerre contre l'empereur Conrad. Avant d'agir, les deux frères s'étaient assurés du concours du prince Eudes, frère du Roi. Henri I déjoua cette ligue. Tandis que les troupes royales tenaient tête à Etienne de Champagne, le Roi dépêchait contre le comte de Chartres, Geoffroy-Martel, comte d'Anjou, digne fils de Foulques-Néra, qui vainquit et fit prisonnier son adversaire au combat de Bléré, sur le Cher, le 22 août 1044 \

Pendant la captivité de Thibault, qui dura six ans, le vicomte Gilduin fit sans doute les affaires du comté de Char-

1 Cart. Saint-Père, vol. p. 125, et vol. 2, p. 271. Geile , fille du prévôt Haudry, épousa Rodolphe, neveu de l'évéque Fulbert. (Cart. Saint-Père, vol. 2, p. 271.)

• Cart. Saint-Père, vol. 1er, p. 125, 161 et pass.

s Une autre fille du comte Eudes , nommée Agnès , figure dans une charte de l'abb. de Saint-Père. (Cart., vol. 1", p. %.)

4 Ou 10i2. Quelques écrivains disent que la bataille se donna près de Fréteval. (Voir Histoire du Dunois , Bordas-Rossard , Mss. de la Bihl.)

très. Ce seigneur, à l'imitation des comtes, ses suzerains, voulut se montrer libéral envers l'abbaye de Saint-Père. Le 29 avril 1046, il donna à ce monastère, du consentement de sa femme Emmeline et de son fils le vicomte Harduin , toutes les coutumes qu'il percevait dans le bourg de Saint-Père \

Étienne, comte de Champagne, mourut en 1048, et Thibault, délivré par Geoffroy d'Anjou, moyennant la cession du comté de Tours, se saisit de la Champagne et de la Brie, au préjudice de son neveu Eudes, qui disparut de la scène politique. Des hostilités sourdes continuèrent longtemps encore entre Thibault et Geoffroy au sujet de la délimitation de leurs territoires. Le prince angevin poussa môme ses excursions jusque dans le cœur du Blésois, où il s'empara de Fréteval, propriété de Nivelon, l'un des fidèles de Thibault. Payen, tils de Nivelon , voulut reprendre le manoir paternel , mais il fut tué à la première attaque. On ne sait trop quand finirent ces querelles \

Vers 1054, le Comte fonda dans la banlieue de la ville, la maladreric du Grand-Beaulieu , qu'il dota de droits fiscaux sur la foire de Saint-Simon-Saint-Jude, tenue à Chartres pendant les huit jours qui précèdent la Toussaint s. Des maladies extraordinaires, les guerres, les incendies, la famine, qui venaient de désoler presque toutes les possessions de Thibault, l'engagèrent vraisemblablement à faire cette fondation *. L'évèque Agobert , successeur de Théoderic, prouvait à la même époque son amour pour les œuvres pies en donnant une prébende de son chapitre aux moines de Marmoutiers, ses anciens

1 Cart. Saint-Père, vol. 1" , p. 161. On entendait par Coutumes les droite fiscaux établis par l'usage , tels que le cens , le tonlieu , le ban du vin . etc. ( Cart. Saint-Pere. (iuérard , Prolégomènes, n° 101.)

• ///., p. 25. Kouchcr, second fils de Nivelon et héritier de ses biens, donna à Saint-Père l'abbaye de Saint-Lubin , domaine de sa famille , j»our remplir les intentions que sa mère Ermenlrudc avait manifestées à sou lit de mort. ( ib.. toco cit.)

s Voir : Soucln'1 , Doyen , Ghevanl , et une Notice historique sur la maladrerie du Grund-lkauiieu . par M. Kejeune. Orléans, 1833.

4 Voir : Histoire de Prorius , par iWuirquelot , vol. i,r, p 81*.

confrères Le séjour au château de Chartres de la comtesse Berthe, veuve du duc de Bretagne et sœur de Thibault, fut aussi très-proûtable aux établissements religieux. Saint-Père reçut de cette princesse, en 1069, Passurance du retour de certaines vignes situées près de Saint-Lubin \ Mais les bienfaits de la paix n'eurent pas le temps de cicatriser les maux de la guerre.

Vers 1058, le Comte suivit les étendards de son souverain Henri Ier contre Guillaume, duc de Normandie s; il entra, par Mantes , sur les terres du prince Normand , avec tous les hommes d'armes de ses domaines. Cette invasion ne fit que ramener les combattants dans le Drouais et dans le Chartrain. Les troupes normandes occupèrent le château de Thimert ; il y eut un siège de Châteauneuf et une guerre acharnée entre Albert, fds de Riboult, seigneur de Brezolles, tenant pour Guillaume, et Guazon, seigneur de Châteauneuf, partisan de Thibault \ Après beaucoup de dévastations sans résultat, le Roi fut obligé de renoncer à ses projets. Il mourut en 1060, et le comte Thibault, que les revers avaient rendu plus pacifique, prolongea sa carrière jusqu'en 1089.

I^es chartes nombreuses du règne de Thibault 111 permettent de suivre avec plus de certitude la filiation des principaux

' Charte de 1018 à 1060 (Arch. dèp.f Chapitre, Iteq. des privil., p. U7), vidiméc par l'ofliria! de Tours en 12i0. C'est un pacte d alliance entre les moines de Martnoutiers et les chanoines de Chartres , comme il y en eut tant aux XIIe et XIIIe siècles : échange de prières , inscription des évèques de Chartres sur le martyrologe de Marmouticrs , service solennel a la mort di; chaque chanoine , telles sont les conditions de l'acte qui fut confirmé par les seings du roi Henri , des seigneurs de sa cour , de l'évéquc et des chanoines de Chartres , de Yves de Courvillc , de Jean (le sourd ) médecin , de Hugues , fds du Vidame , et d'Ehrard du Puisct , second fils du vicomte Gilduin.

* Cart. Saint-Père, vol. 1", p. 210.

s Fist li Rei mander è banir Et à Meante à H venir

Cels d'Orliani è de Vastineiz , Ceh del Perche è del Chartrain.

(Robert Wace, livman de Hou , vol. 2. p. 71 M » Cart. Suint-Père, vol. 1", p. 136 , 137. 152 et 153.

seigneurs du pays chartrain. Nous voyons d'abord la puissance des Vicomtes poindre avec Gilduin , grandir sous ses fils Harduin et Ebrard I , et présager sous Ebrard H et Hugues II , les prouesses et les guerres d'Ebrard III et de Hugues III. Puis, viennent Nivelon et Foucher de Freteval, Gauslin de Lèves, Robert d'Aiguillon, Hervé de Gallardon, Yves de Courville , Guazon de Châteauneuf , les vidâmes Hugues , Albert et Guerry. Bientôt les croisades vont mettre en relief un grand nombre de seigneurs d'un rang inférieur \

La maison particulière de Thibault III comptait un sénéchal nommé Henri , un échanson nommé Durand , un sergent nommé Hugues, et un prévôt de Chartres nommé Guillaume*.

Ce Comte, dont les alliances ne sont pas bien connues, laissa deux ûls: Hugues qui obtint la Champagne, etÉtienne dit Henri , qui eut en partage les comtés de Blois et de Chartres \

Il est curieux d'étudier les tendances matérielles et intellectuelles de la société chartraine au moment où la féodalité , poussée vers les hasards des Croisades , va travailler , sans le vouloir, au développement de l'idée communale. Jetons un coup-d'œil rapide sur la topographie de la ville et sur l'état des personnes au XI' siècle.

On est très-fondé à croire qu'avant la seconde moitié du IX* siècle l'enceinte de Chartres était fort étendue. Déterminer les limites de cette enceinte est chose impossible. On sait cependant que le bourg de Saint-Père n'y fut jamais compris , car du temps de sa plus grande prospérité , avant l'é-

1 Voir la notice sur les principales familles chartraines au Movcn-Agc , fin de ce volume , n° 3 des appendices.

* Cart. Saint-Père, vol. 1", p. 133, 158, 161; vol. 2, p. 231.

8 On sait par un titre de 1083 mie la femme de Thibault 111 se nommait Alix. (Souehct-Etiennc , vol. 1"-, p. I33\ mss. de la Bibl. — Arch. dép . , Cltapitre , in vent., p. 280 et M , caisse 10. ) La souscription du prince Etienne se trouve au bas d'une donation de son père. Thibault III en faveur de Saint-Père, vers 1080 (Cart., vol. 1", p. 158); cependant Doyen (vol. 1", p. 142) et Ozerav (vol. Ier, p. 18G) écrivent que ce Comte mourut sans enfants.

vèque Hélie et les Nordmans , le couvent était situé hors de la ville et non loin des remparts'. « Après le sac de Chartres , » en 858 , les habitants, dit le moine Paul , sentant leur court rage insuffisant pour réédifier toute la ville , se conten- » tèrent de choisir pour leur habitation ce petit coin de l'an- » cienne cité qui est encore, de nos jours (i060 environ), » enceint de murailles ; ils essayèrent donc de s'y fortifier de » leur mieux, en bâtissant des murs, sans ciment, avec les » pierres abruptes des vieilles fortifications \ » Cette nouvelle assiette des murs nécessita la coupure de quelques propriétés enclavées autrefois dans la ville. La grande charte de Ragenfroy, donnée vers 954, nous apprend que plusieurs terres de Saint-Aignan , de Saint-Père et de Saint-Hilaire de Poitiers se trouvèrent dans ce cas. Un domaine que les moines de Saint-Père possédaient dans l'ancienne cité et qu'ils avaient reçu jadis de la munificence d'un chevalier, à la charge de bâtir au chevet de leur couvent une église sous le vocable de saint Hilaire, fut morcelé de telle sorte , par suite du rétrécissement de la ville, qu'un quart seulement demeura dans l'intérieur des murs ; il en fut de même d'une autre terre de Saint- Père qui occupait une partie du plateau et du revers de la colline et que le mur construit depuis la porte Evière jusqu'à la porte Cendreuse coupa dans toute sa longueur. Ce fut sur ce terrain que Thibault- le -Tricheur éleva le château des Comtes.

Vers le milieu du XIe siècle, à l'époque où écrivait le moine Paul , des groupes de maisons jetées dans la vallée formaient le bourg Muret , le bourg Saint-André , le bourg proprement dit, le bourg et le bas-bourg de Saint-Père. Si les fortifications anciennes n'étaient pas rétablies dans toute leur étendue , les portes subsistaient au moins de nom et servaient de points de

1 Memaralus locus , non longe a menibus Carnotinœ urbis nornuilitcr situs. (Cari. Saint-Père, titul. Agan., vol. 1cp, p. 4, nn2.) » Cart. Saint-Père, vol. 1» p. 5, note; leçon du Codex B.

raccord aux héritages. Dans la description qu'il nous a laissée des biens de Saint-Père, le chroniqueur du couvent parle de 27 arpents de vigne situés près du cimetière Saint-Cheron , à la croix Saint-Barthélemy , le long du chemin qui descend à la porte Morard. Dans le bourg môme , la terre de Saint-Père commençait au chemin qui conduit de l'Eure à la porte Morard ; puis , de cette porte , elle allait gagner la poterne Tireveau , Trievitulus , revenait , à gauche , jusqu'à l'Eure qu'elle passait sur le pont de l'abreuvoir , mergcntis pediculi , probablement le pont Taillehart, traversait la voie des Fumiers, merdosa , et allait aboutir à la nouvelle enceinte près de la poterne de Foucher flls de Nivelon , maintenant l'Etape-au- Vin. Au bourg Saint-André, Saint-Père possédait deux sous de cens non loin du pont qui regarde la porte d'Ainbolt , Imbout. Enfin , près de la porte Drouaise , le fils de Girard , négociateur de Saint-Père , tenait en bénéfice une terre rendant 10 sous de cens.

Du côté du plateau , les titres antérieurs au XIIe siècle nous font connaître trois sorties de la ville : la porte Saint-Jean-del'allée, la porte Percheronne, et la porte qui est près de Saint -Michel. Le mur construit sur la crête de la colline après les ravages des Nordmans était percé par les portes Neuve , Evière , Cendreuse , et par la poterne de Foucher fils de Nivelon. En dehors des murs de la haute ville, se trouvaient les bourgs de Beauvoir, du CMtelet, de Saint-Michel, qui avaient peut-être fait partie de l'ancienne cité et qui à la fin du XII* siècle rentrèrent dans l'enceinte.

Les chemins principaux étaient la route royale , regia strata , allant de Saint-Michel au couvent de Saint-Martin-au-Val , le chemin venant de ce couvent au bas bourg de Saint-Père, le grand chemin de la Beauce traversant Beaulieu , le chemin de Saint-Cheron à la porte Morard, celui de Saint-Père à la porte Cendreuse , et celui de Mainvilliers à la porte Percheronne.

Presque toutes les propriétés cernant la ville à l'extérieur

étaient possédées par des établissements religieux. Saint-Père s'étendait du côté de Saint-Martin-au-Val , de Saint-Barthélemy, de Saint-Lubin, de Lucé, de Mainvilliers et de Seresville; le couvent de Saint-Lomer de Blois avait ses biens à Luisant et près du chemin de la Beauce; une partie du domaine de Notre-Dame comprenait les terres et les vignes situées entre la porte Percheronne et Mainvilliers et entre la porte Saint-Michel et Saint-Lubin ; PÉvéque avait son clos, le Clos-V Evcquc et les prés du bord de PEure, les Grands-Prés et les Petits-Prés , dits des Reculés; Saint-Maurice et le couvent naissant de Saint-Jean , Saint-Cheron et Saint-Martinau-Val , se partageaient les terres de leur voisinage.

Quant aux monuments intérieurs de la cité, ils consistaient, outre le château des Comtes, en édifices religieux dont Péglise de Notre-Dame était le plus remarquable. Le médecin Jeanle-Sourd venait (vers 1060) de faire construire un magnifique portique au côté méridional de cette nouvelle basilique \

Autour des habitations du Comte, de l'Évêque et des moines de Saint-Père , s'établirent peu à peu les artisans , serfs pour la plupart , mais dont la condition , déjà améliorée par le droit d'héritage , gagnait de jour en jour à la création des classes. L'instinct naturel aux faibles , ou plutôt la puissance de la classification féodale , poussait ces pauvres gens à se réunir dans les mêmes quartiers; les corporations du Moyen-Age, si importantes et quelquefois si redoutées, n'eurent pas d'autre origine. Il y avait à Chartres le quartier des monnayeurs ou de la monnaie, Moncta, celui de la boucherie, Maccllum, celui des changeurs, Cambitum, celui de la sellerie, Sellaria, celui des orfèvres, Domus aurifabrorum; dans quelques échoppes du bord de l'Eure , berceau du fameux métier de la rivière de Chartres , travaillaient les foulons , les corroyeurs et les tein-

1 Voir Topographie chartrnine . pioces jiisiificarives , fin de ce volume , n» 4 des appendices.

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