‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 17 sur 45 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

HISTOIRE MILITAIRE COMMUNE AUX DIX-HUIT CENTURIES ÉQUESTRES JUSQU'A L'AN 4O0 AVANT JÉSUS-CHRIST

S 1. — LBS DOUZE CENTURIES EQI I S TEKS ÉTAIENT KSSENTIKI.LMIENT

militaires. Mais les six centuries k étaient pas inutiles a la «.ierre

Tite-Live 1 dit que Servius Tullius, « après avoir » équipé et distribué par centuries l'armée de pied, • leva parmi les premiers citoyens douze centuries de » cavaliers. » L'organisation générale des centuries par ce législateur étant présentée par l'historien latin comme essentiellement militaire, celle des douze centuries équestres, qui y correspond, devait être une institution de même nature. Ces douze cents cavaliers formaient donc la cavalerie des quatre légions qu'on metlait annuellement en campagne sous les derniers rois 1 et sous les consuls \

Le caractère pui-cirn-nt militaire des douze dcr-

iTilo Live, I, 43. — Ih'ms, IV, 19. — * Tite-Live. XUI, 31 Polybc, M. 10.

nières centuries équestres ressort aussi de cette circonstance, que leur création ne fut accompagnée d'aucune des cérémonies religieuses qui avaient inauguré celle des six premières. Toutefois, il ne faudrait pas en conclure que les chevaliers des six centuries ne fissent point de service dans les légions.

Jusqu'au temps de Tarquin l'Ancien Rome n'avait pas eu d'autre cavalerie, et c'est dans une guerre contre les Sabins, et pour renforcer une arme reconnue trop faible, que Tarquin avait doublé les six centuries \ D'ailleurs, Denys 2 et Tite-Live 5 mentionnent avant l'année 400 av. J.-G. , c'est-à-dire avant rétablissement des cavaliers equo privato , dos levées de dix légions qui supposent la mise en campagne de plus de douze cents cnvnliers, quand même ces légions n'auraient été que du cadre le plus restreint, ou de quatre mille fantassins et de deux cents cavaliers 4 . Dans ces levées extraordinaires, les six centuries équestres devaient donc fournir les ailes au moins de quatre légions.

A l'origine, les trente curies avaient choisi pour cavaliers trois cents jeunes gens 5 . C'est seulement après l'an 400 av. J.-C, que Ton trouve, dans les six centuries équestres, des sénateurs qui conservent, jusqu'à l'âge de la vieillesse, le cheval fi que l'Etal leur a fourni (cquum publicum)

Jusqu'à la fin du premier siècle de la République, les chevaliers des six premières centuries étaient de jeunes nobles. Ils étaient souvent appelés à un service actif dans les légions. Mais la cavalerie régulière des

i Tite-Live, I, 36. — « Denys, VI, 42, et XI, 23. - 3 Tito-Live, II, 30, et III, 41.— 4Polybe, 111,-107. — * Denys, II, 13. — «Tite-Live, XXIX, 37, et XXXIX, 44-

Ht HISTOIRE

quatre légions de levée annuelle se composait des douze cents cavaliers des douze dernières centuries.

$ II. — FOC! PBfeUCI. JSA EQOesTRB. jEs HOftOEAMtM

Tite-Live, après avoir mentionné l'enrôlement de douze centuries nouvelles de chevaliers par Servius, et le dédoublement des trois anciennes centuries en six, qui gardèrent leurs noms consacrés, ajoute 1 :

« Pour acheter les chevaux, Servius fit donner par » le trésor dix mille as a chaque chevalier; et, pour » nourrir les chevaux, il leur fil attribuer l'impôt des • veuves qui devaient payer à chacun deux mille as » par an. »

Ces paroles de Tite-Live s'appliquent sans distinction aux douze centuries nouvelles, comme aux six centuries consacrées 9 ; et Gicéron s , qui attribue à Tarquin l'Ancien l'organisation définitive des chevaliers et l'établissement de la double subvention qu'ils recevaient, supprime même toute différence entre les deux corps qui formaient les dix-huit centuries. Pour lui, les deux mille quatre cents chevaliers sont deux moitiés d'un même corps deux fois doublé par Tarquin. Tous recevaient donc de l'Etat de quoi acheter un cheval, et de quoi le nourrir. Gains, dans ses Institutes \ nous apprend que la somme donnée par l'Etat pour Tachât du cheval s'appelait œs équestre, et celle qui était destinée a payer l'orge pour la nourriture du cheval, œs hordearium.

1 Tite-Live, I, 43. — 2 M. Naudet, dans son livre de La noblesse chez tes Romains i$' II, p. 29 cl suiv.), dit que les chevaliers des six centuries recevaient seuls le cheval payé par l'État. Nous n'avons trouvé dans les auteurs anciens aucune preuve à l'appui de cette distinction. — 3 Cicéron, De Republica, ÏI, 20. — * Intitules Mé dius, IV, 27, éd. GoBschen. Berlin, 1842.

Au temps de Caton le censeur, il y avait encore deux mille quatre cents chevaliers equo publico. Car, ce nombre étant réduit à deux mille, sans doute par suite des grandes guerres d'Orient \ il demandait au Sénat que le nombre des subventions destinées à l'achat d'un cheval {œrum equestrium) ne fût jamais au-dessous de deux mille deux cents *. Cette explication s'accorde avec cette pensée de Cicéron, que la chevalerie resta, jusqu'au temps de Scipion Emilien, telle que Tarquin l'avait constituée, c'est-à-dire composée de deux mille quatre cents chevaliers equo publico \

;ES EQUfcSTRE

L'a* équestre, c'est-à-dire la somme donnée par le Trésor pour acheter un cheval, n'était à l'origine que de mille as d'une livre (mille assariorum) L'archaïsme de la forme assariorum, dont Varron croit devoir expliquer la latinité, montre que le prix du cheval, . qu'il rappelle incidemment, était en usage dans les temps anciens. Mille as d'une livre romaine, ou 327 kilogrammes 180 grammes de cuivre 5 , de-

1 Cliarisius, I, 97 : Cala, ut plura a-ra iqueslria fiant: « de et ri bus » equestribus de duobus millibus aclum. » — 2 Caton^ Velerum oratorum fragmenta, par II. Me\er, rée,li;ion de M. Oubner. Paris, ls37. Fragm. 81, p. 190. • Oportere inslitui, ne quo minus duobus millibus * ducentis fit œrum rqucsfriurn. » l'.est l'ancienne leçon donnée par Gronovius, De pecunia ntrri, p. 1-25. Voira la fin du volume la noie 3, au livre I' r . — : » Ci» non, J)e Itcpubiica, 11, 20. — 4 Varron, De Lingua latina, liv. VII, 38. Cliat isius. I, p. 58. Denys [IX, 27), parlant de l'amende imposée au constilaiic .Menenius, en 476 av. J.-C, dil qu'elle élaii de 2,000 as. AtT/iVwv dp.Ori^ «"jçasiav t.v 5> à?**f iov, )(4Xxeov vo'jitjjia, 'piyA /.'.Tf.ïîov, cjttc -h <rû;j.rav fi; Ar.ux ?ot asvtcjv ixxatôîxa tl< i\xiy ^otXxoO vevésôat. (Voir, sur la valeur de Viusarius. la note 7, au livre I' r , à la fin du volume. j — La livre romaine était, selon M. Letronnc, Considérations générales sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines , de 327 grammes 18 contigrammes ; selon

vaient, en elîet, être le prix d'un bon cheval de guerre. Aujourd'hui (août 1805), le cuivre fin ayant la valeur de 245 francs les 100 kilogrammes, la quantité de métal qui composait primitivement Vœs équestre, se vendrait 800 Irancs, prix actuel d'un cheval de cavalerie 1 .

L'œs équestre de dix mille as qui est indiqué dans Tile-Live ? , ne peut se composer d'as d'une livre romaine (librales). Car, à ce compte, un cheval aurait valu- 3.271 kilogrammes 800 grammes de cuivre, qui se vendraient, en 1805. plus de 8,000 francs ; et la subvention payée par l'État, pour l'achat de 2,400 equi publici. eût été de 7.852,320 kilogrammes de cuivre, qui coûteraient aujourd'hui 19.238, 184 fr. Un tel prix serait exorbitant, et la richesse d'un Étal qui, sous Servius, ne comptait que 80,000 hommes en état de porter les armes, ne permettait pas de si fortes dépenses.

11 est évident que Yœs équestre de dix mille as, est l'équivalent de mille drachmes ou deniçrs 3 d'argent, de l'époque de la seconde guerre punique. Tile-Live, en écrivant les chapitres xliu et xliv de son livre premier, avait sous les yeux les Annales de Fabius l'ictor. Ce vieil historien, contemporain et ami de Fabius le temporiseur, avait employé la langue grecque et il devait, selon l'usage de son temps,

M. Guérard, Proleg. au polyplique d liminon, de 320 grammes; cl, selon M. Mommsen, Histoire Romaine, de .V27 grammes 46 centigrammes.

1 La valeur relative du cuivre à l'argent est aujourd'hui do ~; elle était de 7 ^ nu w-mps des guerres puniques. 3'27 kilogrammes de cuivre auraient valu, au temps d'Annihal, seulement 519 francs. — s Tile-Live. I, 43. — 3 Pline. Ilisl. nal., liv. XXI, ch. 109, n« 34. « Drachtna AUica denarii aryenki hnbet pondus.» Comp. Oise, V, 17. — » Dcnys, I, 6.

exprimer en drachmes, les valeurs monétaires. Or, Pline nous apprend 1 que, lorsqu'en 218 av. J.-C., le Sénat fit faire des as d'une once de cuivre, il ordonna que, dans le commerce, la drachme, ou denier d'argent, fût donnée pour seize as nouveaux, mais que l'on continuât à payer la solde en as anciens de deux onces fsextantarii), en donnant un denier pour dix as.

La solde, en effet, à la fin des guerres puniques, s'appréciait en as, mais se payait en deniers d'argent ou drachmes *. Il devait en être de même de Yœs équestre. Tite-Live a trouvé dans Fabius Pictor, le chiffre de mille drachmes pour Yœs équestre, et il l'a traduit par dix mille as, comme eût fait un questeur militaire.

Mille drachmes, dont chacune 3 pesait 3 grammes 88 centigrammes d'argent fin, vaudraient aujourd'hui <SG2 francs 22 centimes, et c'est un prix un peu plus élevé de Yequus publiais, que celui où nous sommes arrivés pour l'époque antérieure aux guerres puniques. Mais il n'a rien d'exagéré ni d'invraisemblable.

Ainsi, par suite des changement qui eurent lieu dans le poids des monnaies, au milieu du m e siècle av. J.-C, la valeur nominale de Yequus publicus fut décuplée. Avant les guerres puniques, Yœs équestre était de mille as d'une livre de cuivre. Depuis l'époque d'Annibal, il fut de dix mille as de deux onces (sextan-

l Pline, /7i*l. nal., XXXIII. 13 —2 Polybe, VI, 39, n° 12. La solde du fantassin ('•tait de 1.200 as, qui se payaient par 120 drachmes d'argent, — a Letronne. Considérai ions générales sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines, lé 17. Conclusions. La drachme ou le denier est évaluée à un peu plus de "73 grains */, d'argent fin. Il y avait un peu plus de 84 drachmes dans la livre romaine de 327 grammes ou de 6,154 grains.

tarit), représentés par mille drachmes d'argent. Mais la valeur effective de celte subvention publique ne fut pas décuplée, et l'on peut calculer l'augmentation réelle du prix de Yequus publiais. On rachetait d'abord mille as d'une livre, ou 327 kilogrammes de cuivre, qui, entre les deux premières guerres puniques, valaient -iîh = 2 kilogrammes 335 grammes d'argent, ou 519 francs 1 . A partir de 218 av. J.-C, Yws équestre fut de mille drachmes ou do 3 kilogrammes 880 grammes d'argent, qui valent 802 francs 22 centimes. L'augmentation réelle du prix de Yequus publiais fut donc dans la proportion de 51 à 80 ou de 3 à 5. On arrive directement au même résultat enrcmarquautqu a la fin de la première guerre punique *, le Sénat fit couper les as d'une livre en six as de deux onces (sextanlariï). L'as équestre de mille asses- Itérâtes aurait dû être désormais de six mille asses sextantarii, mais il fut porté à dix mille asses sextanlarii ou à mille drachmes. La valeur réelle de Yequus publiais s'éleva donc seulement dans la proportion de 0 à 10 ou de 3 à 5, tandis que la valeur nominale était décuplée et avait pour expression dix mille as au lieu de mille 3 .

L'élévation de la valeur réelle venait de la quantité d'argent versée dans le commerce de l'Italie par les conquêtes romaines qui suivirent la guerre de Pyrrhus.

1 M. Leironnc (Considérations générales sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines, paire 17) lixe la valeur du cuivre relativement à celle (le l'argent, dans l'intervalle des deux premières guerres puniques, a M. Bœckh, dans ses Recherches mélrologiqucs, fixe ce rapport à — 2 Pline, Hisl nal . WXIII, IX — M Zumpi, dans son mémoire inlidi.é: Cher die Rœmischeu Hitler und den RilUrstand in Rom. lu à l'Académie de llerlin en mai et juin 18.J9. a déjà donné cette demuiistiaiion. .Nous l'avons seulement précisée par des chiffres tirés de ia valeur des monnaies romaines.

L'élévation do la valeur nominale de reçut» ptiblicus, produite par cette même cause combinée avec la diminution du poids de l'as, tient à une révolution économique, dont nous trouverons plus loin d'autres preuves. Toutes les valeurs nominales tous les chiffres du cens furent décuplés au siècle «les guerres puniques, et ces changements correspondent à une révolution politique, dans l'organisation des classes et des centuries.

.Es HOKOEARILM

Tite Liye dit- que pour nourrir les chevaux 3 donnés par l'État, on attribua aux chevaliers l'impôt des veuves, et Cicéron :l v ajoute le tribut des orphelins \nrborum): il comprend même peut-être sous ce nom les vieillards sans enfants. C'était une règle que tous ceux qui pouvaient être appelés au service militaire payassent le tribut destiné à la solde des légions. Mais les veuves, les orphelins, les vieillards sans enfants, étant incapables de servir, et pouvant être propriétaires, leurs noms étaient inscrits à part sur les registres du cens 4 . Ils élaient exempts du tribut ordinaire 5 ; mais, en revanche, leurs biens fournissaient à l'entretien de la chevalerie equo publico.

Lydus fi . contemporain de Juslinien, dit que c'est à partir du siège de Véies que le trésor public fournil à la dépense des fantassins. Il ajoute : « Ce qu'on appelle les capita fournit à la dépense des cavaliers. » L'auteur byzantin confond la solde des cavaliers equo

1 lue dénonei;il ion importante était payée par le Sni.it dix mille :is d'une livre en IKiav. J.-C. (Tite l.ive, IV, {.*»). Mile était pajée cent mille as de deux onces en 186 av. J.-C. Tite-Live, XXXIX, 19. — a 'I'ite-Live, I. 4lJ. - :l Oeron, De Repttblica. II. 20. — » Titc-Livc, III, 3. — •'' l'luiar<|ue, Vie de Pubticola, XII. - 0 Lydus: I)c mayistralibm romanis, 1, 4li.

iU HISTOIRE

privato, instituée pendant le siège de Véies, avec Yœs hordearium, qui était payé depuis le temps des rois aux chevaliers equo publico.

I^a solde des cavaliers, comme celle des fantassins, était fournie par le trésor public. Quant à Yœs hordearium, il est possible, quoiqu'un mot de Lydus ne suffise pas pour établir celte hypothèse, qu'il ait été levé d'après le même principe qu'on appliqua plus lard à l'impôt territorial. Les capita dont parle Lydus étaient, depuis l'époque de Constantin 1 , des blocs de terre d'inégale étendue, mais de valeur à peu près égale, et payant le même impôt. On peut croire que les biens des veuves, des orphelins et des vieillards sans enfants furent partagés en 2,400 paris à peu près équivalentes, et que le tribut de chacune d'elles fut affecté à la nourriture d'un cheval donné par l'Etat. Celte supposition s'accorderait bien avec l'expression de Tite-Live, viduœ aitribuiœ, qui semble indiquer une assignation spéciale faite à chacun des chevaliers, sur les revenus des veuves.

L' œs hordearium attribué à chacun des chevaliers equo publico était, selon Tite-Live 2 , de deux mille as par an. Celle expression, d'après ce que nous avons dit de Yœs équestre, doit représenter deux cents deniers d'argent de l'époque de la seconde guerre punique, ou 77G grammes d'argent, qui valent 172 francs 44 centimes.

L'État, qui faisait donner celte somme à chacun des cavaliers equo publico pour acheter à son cheval la provision annuelle d'orge, fournissait en nature à chaque cavalier equo privato sept méuimnes 1 d'orge

« Candi de Vesmo, Mémoire sur les impôts de la Gaule. — Tite- Live, I, 43. — * l'olybe, M, 30.

par mois, ou par an 84 médimnes qui avaient une capacité de 372 décalitres 1 .

Ces 372 décalitres d'orge devaient donc valoir, au temps des guerres puniques, 172 francs 44 centimes. Aujourd'hui (août 18G5), le décalitre d'orge étant à 1 fr. 40 c. f la même quantité se paierait 520 fr. 80 c. Ainsi, le pouvoir actuel de l'argent par rapport aux céréales étant pris pour unité, le pouvoir de l'argent à Rome au temps des guerres puniques serait exprimé par ?72*.»r = 3,02 ; c'est-à-dire que la valeur relative de l'argent a dû, si nos calculs sont justes, être en Italie, à l'époque d'Aonibal, triple de ce qu'elle est de nos jours.

Or, ce résultat se trouve d'accord avec ceux où est arrivé M. I.etronne. 11 a démontré* que. le prix du blé à Athènes, en 410 av. J.-C., étaii le tiers de ce qu'il était en France en 1817 \ et, qu'au temps de Cicéron, le pouvoir de l'argent, au lieu d'être à son pouvoir actuel dans le rapport de trois à un, comme au temps de Socrale, n'était plus que dans le rapport de 2.553 millièmes à l'unité 1 . Comme l'argent a dû s'avilir à Rome depuis le siècle d'Annibal jusqu'à celui de Cicéron, on aurait pu induire des calculs de M. Letronne, que la valeur relative de ce métal étant de 2 '/., à Rome 70 ans av. J.-C, elle a pu être de 3 en l'année 218, c'est-à-dire égale à ce qu'elle fut à Athènes en 410 av. J.-C.

l M. Letronne (Considérations générales sur l'évaluation des monnait s grecques rl romaines . fixe la capacité du médimne à du selier de 151 Mires 40, c'est à-dire à 44 litres 16 centilitres. — 8 Ibid.. page 117 Voir à la tin du volume l i note 5, au livre I"". — 3 L** blé valait, en 1*17, 16 francs 43 centimes l'hectolitre. C'est à peu près le même prix qu'en lS6b. — * Letronne, /&«/.. p. 119. Tableau des valeurs de l'or cl île l'argent par rapport au blé.

Ainsi Yœs hordearium, qui fut fixé apri's la première guerre punique a 2.000 as, était une somme «le 200 drachmes ou deniers d'argent, el valait 172 francs 44 centimes.

Cette sommn est trois fois moins forte que celle qu'il faudrait aujourd'hui pour acheter les 372 décalitres d'orge qui étaient donnés chaque année pour nourrir le cheval du cavalier equo privaio.

Mais, comme l'argent avait alors trois fois plus de pouvoir qu'aujourd'hui par rapport aux céréales, Yœs hordearium de 200 drachmes et la subvention en nature de 84 médimnes d'orge avaient, au iu r siècle av. J -(]., des valeurs égales 1 .

Quelle était la valeur de Yœs hordearium sous Servius Tullins? Rien ne peut nous l'indiquer directement. Mais l'analogie de Yœs hordearium et de Yœs équestre doit faire supposer que la première de ces subventions avait une valeur nominale dix fois moins forte au temps de Servius qu'au temps d'Annihal, et qu'elle était de 200 asses libralcs, puisqu'elle fut plus tard de 2,000 asses sertanlarii.

% III. — Rapports générau! de la chevalerie avec l'infanterie

LEGIONNAIRE, DF LA tUtma AVEC LA COHORTE

Bien que l'organisation de la chevalerie ait été

1 On pourrait s étonner que Yœs équestre lût équivalent à cinq fois Yœs hordearium, c'est-à-dire qu il fallût employer pour l'achat d'un cheval la somme nécessaire pour le nourrir pendant cinq ans Cela prouve la rareté et la cherté des chevaux dans la \irille Italie. L<s Romains n'attachaient que trois cents cavaliers à une lejjion de cinq mille hommes. Le cheval coùtail, au premier si< de delà Kcpubliqtit , mille as d'une livre, tandis que le Itu uf. d'après les estimations de la loi Alcrmii de l'an 453 av. i -('.., ne v.tlait que cent as, et la Inclus dix as. IfQt Aie r nia constitua sunl in mes tingulas œris drni, in * bovetœri* ccnlrni. » Aulu-Golle, XI, i. (Comp. Festus, s. \. Peeu-

!>ES CHEVALIERS ROMAINS ist

beaucoup plus stable que celle de la légion 1 , comme les Romains n'ont eu, jusqu'à l'an 400 av. J.-C. *, d'autre cavalerie que les 2,400 chevaliers cquo publico divises en deux groupes de 1,200 hommes, un coupd'œil rapide jeté sur l'ensemble de l'histoire militaire de Rome nous fera voir si nous ne nous sommes pas égaré dans celte recherche, et éclairera la route qui nous reste à parcourir.

La légion de Romulus se composait de 3,000 hommes de lourde infanterie, et chacune des trois tribus des lihamncs. des Tities et des Luceres y envoyait 1,000 guerriers commandés par un tribun*. Os 3,000 hommes, qu'on ne voit manœuvrer dans aucune bataille connue, formaient des rangs serrés semblables à ceux de la phalange macédonienne 1 , et ce fut assez lard qu'on les divisa en manipules. Ovide 5 , qui en qualité de poète se dispense parfois d'être exact, confond les l rois rangs de la phalange de Romulus avec les trois rangs des hastats, des princes et des pilant ou triaires. Il veut que le fondateur de Rome ait partagé chacun de ces rangs en dix corps (ordines ou manipulï). Mais nous ne trouvons cette division établie qu'aux temps de la République.

Ce qui a donné lieu à cette erreur, c'est que la légion républicaine décrite par Polybe", est composée de 4,200 fantassins, et contient 3,000 hommes de lourde infanterie, comme la phalange du temps des premiers rois. Seulement on y a ajouté 1,200 hommes

latut). Aujourd'hui un bon cheval ne vaudrait pas dix bœufs. Il en vaudrait loul au plus quatre.

I Mommsen, Le* tribus mmatiict ( Allona, 1844. page 49, remarque « 4i>. — a Titc-Live, V. 7. — » Vairon, IV.. 16. ctV. 81. — * Tile- Live, VIII, ch. x. — •'> Ovide. Faste», liv. III. vers 127 et suivants. - opolyho. VI, 21.

m HISTOIRE

d'infanterie légère (pilam). Toutefois, chez un poète ancien qui nous parle d'une époque où la chronologie est si incertaine, on n'a guère le droit de relever un anachronisme. Les vers d'Ovide renferment même une observation très-juste et féconde en conséquences : c'est que 1 les trois cents chevaliers de Romulus, dont il fait des chevaliers equo publko, étaient partagés en dix corps comme chaque partie de l'infanterie. En effet, pendant toute l'histoire romaine, l'escadron de 30 hommes ou turma, dixième partie de la cavalerie légionnaire, correspondait à la cohorte composée du dixième des fantassins de la légion*. A la bataille de Bœcula (Baylen) livrée en 206 av. J.-C., et racontée par Polybe et par Titc-Live 3 , nous voyons trois escadrons (turmas) marcher sous un même chef avec trois cohortes 4 . Tacite 5 , pour dire que le rebelle Taefarinas (17 ap. J.-C.) sut faire observer à ses troupes la discipline romaine, emploie l'expression per vexilla et lurmas componere. Or, le vexiltum est le drapeau de la cohorte 6 .

Pour comprendre le lien qui unit la cohorte à la turma, il suffit de regarder un instant le camp romain décrit avec tant de précision par Polybe 7 . Si l'on met ensemble les trois manipules de hastats, de princes et de triaires et l'escadron, turma, portant le

1 Ovide, Fastes, III, v. 127 et suivants: « légitima quique mer e bat »equo.» — - Cincius, De rc militari, dans Aulu-Golle, XVI, 4. — 3 Polybe, XI, 23, et Tile-Liv»', XXVIII, 14. S< hwvighaniser a voulu corriger ici Tite-Live par Polybe. Mais ks deux écrivains sont d'accord. Ils parlent tous deux de trois cohortes et non de trois manipules.— 4 Com p. Cicéron, Pro Mmretto, cli 2. • Ex ista lande

» mhii. con'»ns, nihil turma deerrpil. » - 5 Tacite Annales. II. îi2 — 6 Tacite, Annale». I. 34: « Vexilla prœfrrriut id sattrm disrrrnrret » cohorte». . — 7 Polybe, VI, 27.

même numéro d'ordre 1 dans leurs corps respectifs, et campés sur une même ligne parallèle à celle des lentes des tribuns militaires, on arrive à composer une cohorte avec sa cavalerie de 30 hommes.

Cette corrélation tient du reste à une autre cause plus profonde et plus ancienne : c'est qu'en changeant les bases du recrulement, Servius et les autres réformateurs de la milice, ne portèrent aucune atteinte à la constitution intime de la légion. C'était un principe de l'organisation militaire léguée par les rois à la république, que chaque partie de l'Etat fût également représentée dans chaque corps de l'armée". Ainsi, quand furent levées les trois premières centuries de chevaliers fournies par les trois tribus anciennes, chacun des dix escadrons de 30 hommes fut composé de 10 cavaliers Iihamnes, de 10 Tities et de 10 Luccres. Varron et Festus 3 font même dériver pour cela le nom de turma d'un vieux mot latin qui signifie triple. De même, au temps de Polybe, quand les vingt-quatre tribuns militaires procédaient au recrutement, ils faisaient paraître devant eux, (maire par quatre, les jeunes gens des trente-cinq tribus, et ils les répartissaient également dans les quatre légions de la levée nouvelle 4 .

De ces observations on peul tirer les conclusions suivantes :

La chevalerie romaine avec ses centuries en nombre

i 11 y a, dans la légion, dix turma de cavaliers, dix manipules de triaires, dix de princes, dix dp hastats. On peut en former dix cohortes contenant chacune quatre corps, un de chaque arme. Chaque peuple allié d'une ville ilalienne fournissait, comme contingent, une coliorte et une turma Tite-I.ive, X. 33, XXII, 42, XXV, 1l t XUV, *0, XXIII, 17, XXIII 7, XXII!, 19. - * Nous empruntons cette remarque à M. Mommsen. Elle s'applique fori bien à la chevalerie. — 3 Varron, De finyua latinn. IV. 16. Festus, $. rerbo, Turmam — «Polybe, VI, 20.

1»i IIISTniKK

multiple de trois , ses escadrons de 30 hommes commandés chacun par (rois dédirions, était organisée sur le modèle de la triple cité de Komulus. Au contraire, l'ancienne infanterie, avec ses quatre classes de phalangiies\ ses quatre légions de levée annuelle, ses. quatre légions de jeunes gens de la réserve appelées légions urbaines *, rappelait les quatre tribus de la ville de Servius.

Malgré celle différence de plan et d'origine, l'analogie entre la chevalerie et l'infanterie provenait d'un principe commun de composition : la centurie de fantassins se composa par quart des contingents des quatre tribus serviennes: et la décurie de chevaliers, en se triplant, constitua la turma, qui représentait les trois tribus de Romulus. L'infanterie et la chevalerie purent se combiner dans le même système militaire par une autre raison : c'est que les trois cents chevaliers de la légion étaient divisés eu dix corps, comme chaque rang de l'infanterie. Cette division analogue prépara l'association, qui se lit plus tard, de la turma et de la cohorte, pour former un corps dix fois plus petit que la légion, mais qui en contenait tous les éléments.

$ IV.— HlSTOIRB DE LA LÉGION AUX PREMIERS SIÈCLES DB ROME, CONSIDÉ DAN» SES RAPPORTS AVEC LES DIX-HUIT CERTURIBS DE CHEVALIERS

Le nombre de quatre légions formait, dit Polybe, la division générale et primitive des armées romaines 5 . Tous les ans on mettait en campagne quatre légions

' Itenys, IV. 18. l a rinquiéinu cl.issi' formait l'infantont» lepere servant hors dos ran^s. - lïrc-l.ivr. \\.\\, ch. 3i, 35 et 10. Dcnys. IX, 5. — 3 Polybe, VI, lî».

nouvelles. Chaque consul en commandait ordinairement deux 1 , et cet usage, dont nous trouverions des preuves à chaque page de l'histoire de Tilc-Live 2 , depuis l'époque d'Annibal, était déjà établi au premier siècle de la République.

En l'an 446 av. J.-C. le consul Valérius va combattre les Eques et les Volsques sur VAlgide 3 avec la moitié de l'armée nouvellement enrôlée. Son collègue Horatius mène le reste contre les Sabins, et il se trouve sous ses ordres six cents chevaliers, nombre ordinaire delà cavalerie de deux légions'.

C'est à Servius Tullius qu'il faut faire remonter l'usage de mettre sur pied, chaque année, quatre légions de cinq mille fantassins et de trois cents cavaliers 5 ; de tenir en réserve dans les centuries civiles des juniorcs, un cflectif suffisant pour en armer facilement quatre autres ; et de former des seniores les cadres de huit antres légions destinées à la défense de Home et des places 11 . Cette distribution des forces militaires explique et la constitution des centuries de Servius, et l'emploi des 2,400 chevaliers auxquels ce législateur avait fait donner des chevaux par l'Etat.

Tant que le recrulemeul eut pour base les trois tribus des Rhamnes, des Tilies et des Luceres, qui étaient trois races 7 , il y eut trois rangs de mille hommes dans la phalange romaine, ou armée civile 8 ,

i PoIvImî, VI, 2(5. — Tilc-Live, XL. 1, ci XLII, 31. — 3 Tite- Livc.III. KO. - » Titi'-Liv< . III, G2: « Demi m lphioni m fouîtes sexcek- » il FERt » — •'•Tiie-I.ivo, VIII, * : « Scribihasiir «jiatior fere lkgiones

» QUMIK UILURlb IH.JTIM, tQl'ITIHCS l\ MM.IU5 l.l r.lO*ES TRECEM8. » —

fi Tite-I.ive, V, 10: « Seniors coacti nouima dark, i'T irbis cistodiam » Ar.KREAT. . — 1 Ik'iHS. IV, U. — • H II esi clair «pie la phalange de Romulus a trois ratios île mille homme*, cl • «•lie de Servius à quatre rangs, subili\ isi'e on n-ntu-ies très-inégales, el formée d'après 'e principe du cens, ne sont pas ries armées j>ropre> a entrer en cam-

I5fi HISTOIRE

à la tête de laquelle étaient trois tribuns. Lorsque Servius eut substitué à la distinction des trois races la division en quatre tribus locales 1 , la Suburane, la Colline. l'Esquiline et la Palatine, la phalange eut quatre rangs au lieu de trois'*, et les hommes de la cinquième classe formèrent une infanterie légère combattant hors des rangs. Ce furent plus tard les pilani. On peut croire que chacune des quatre tribus 3 fournissait 250 hommes à chaque rang de l'armée active divisé en dix centuries militaires. Dans la phalange et dans l'armée active les rangs étaient égaux, et pourtant ici les hommes du premier rang, c'est-à-dire la classe la plus. riche, formaient quatre-vingts centuries politiques, quarante de jeunes gens et quarante d'anciens, tandis que la seconde, la troisième et la quatrième classes ne comptaient chacune que vingt centuries', et devaient pourtant remplir le second, le troisième et le quatrième rangs. Ne faut-il pas en conclure que chaque centurie politique des classes moyennes était quatre fois plus nombreuse qu'une centurie de la première classe? Autrement, on ne pourrait constituer avec toutes les centuries politiques un certain nombre de légions complètes ; l'on serait forcé de supposer que. dans la Rome de Servius, les riches auraient formé à eux seuls plus de la moitié de l'armée, et que les grandes fortunes étaient plus nombreuses que les médiocres.

pagne. L'armée civile, urbancs exercitcs, (Vairon, VI, 93. Tilc-Live. XXXIX, 15) ne présentait que dos cadres d'où l'on tiraii une armée active tout autrement distribuée.

1 Denys. IV, 14. Vairon, V, 4!i. - s Hcnys, IV. 17. n IV. 22. — 3 M. MoininsMn (Us tribus romaines. Aliéna, 1844, p. 4 et 5) prouve qu'il n'y avait que quatre tribus sous Servius. Voir, à la lin du volume, la noie 6, au livre I", <>ii la di'-monstialion est complétée — • Dcnys, IV, 16 et 17. Tite-Live,I, 43.

Denys nous explique la raison de l'inégalité des centuries politiques 1 : • Tous croyaient participer » également aux droits politiques, puisqu'on deman- » dail à chacun son avis dans sa centurie. Mais ils se » trompaient. Car chaque centurie n'avait qu'une voix > collective, qu elle renfermât un grand nombre de » citoyens, ou qu'elle en renfermât peu. •

Admettons donc la proportion de quatre citoyens dans chaque centurie politique des classes moyennes, pour un dans celles de la première. Nous compterons dans chaque centurie politique de la première classe deux cents * citoyens en état de porter les armes, et nous aurons, pour les 80 centuries de cette clashs 16,000 hommes.

Les trois classes suivantes, contenant chacune vingt centuries de huit cents hommes 1 , contiendront trois fois autant de citoyens, soit 48,000 hommes; et si à ces 04,000 phalanghcs*, nous ajoutons 16,000 hommes pour les trente centuries de la cinquième classe, qui combattait hors des rangs, nous arrivons au chiiïre de 80,000 hommes en état de porter les armes.

C'est le nombre que Tite Live mentionne, d'après

1 Denys. IV, 21. — 2 Une centurie politique de 200 juniores pouvait fournir 2*i hommes à chacune des quatre lésions actives et des quatre légions de reserve, de façon que chique centurie militaire fut composée, par quart, des jeunes 1:0ns des quatre tribus. — a Sur Us dii centuries politiques de K0O juniores dans une classe moyenne, deux centuries et demie, c'est-à-dire 2,000 hommes, devaient appartenir à chaque tribu. Les cinq classes de juniores d'une tribu fournissaient 10,1)00 hommes, c'est- à-dire l'effectif de deux légions. Le nombre de quatre lésions étant, selon Polybe, !a division primitive et générale de l'armée, on voit pourquoi les tribus entrèrent dans la cité deux par deux, quatre par quatre, ou niiime seize à la fois, en 49i, (selon M. Mommsen.) - * Denys, IV, 18.

m HISTOIRE

Fabius Pictor, comme le résultat du ceos de Servius Tullius l .

Les 40,000 jeunes gens (juniores) pouvaient former huit légions de 5,000 hommes, dont quatre destinées à la levée annuelle, et quatre étaient la réserve capable de faire campagne. Les 40,000 hommes des centuries d'anciens (seniores) étaient distribués dans les cadres de huit légions chargées de la garde des murs. Telle est, du moins, la pensée des auteurs de l'antiquité. Denys'dit que, lorsque Servius avait besoin de dix mille ou de vingt mille hommes, c'est-àdire de deux ou de quatre légions de 5.000 fantassins, il partageait entre les centuries politiques le nombre total, et demandait à chacune son contingent. Le même auteur ; ' compte, dans la guerre de Véies, de l'an 479 av. J.-C, quatre légions recrutées à Rome, et quatre légions envoyées par les colonies cl les villes soumises. Les quatre légions annuelles, ordinairement fournies par les tribus rustiques, avaient été mises eu campagne, avec les quatre légions urbaines de la réserve.

Nous avons déjà vu les quatre légions consulaires conduites par Horatius et Valérius dés 440 av. J.-C. Les quatie légions des jeunes gens de la réserve paraissent moins dans l'histoire, parce que le plus souvent leur service n'est pas nécessaire Mais il reste toujours à Uome un consul, ou. en l'absence des consuls, un préfet de la ville, quelquefois un tribun mili-

1 Tiie-Livc. 1 . 4 i Deuys (IV, 22) porte le nombre dos dlo\ens à 8i,7ti0, if.qué* Us Ulù-s des t enseurs. — I)en\s, IV, 19.— 3 Oenys, IX, îi. Les quatre levions «les eolmiies et des villes soumises sont bien celles des tribus rustiques. (*.<ir le nmliiiL'ent des Latins et des Herniques est compte: à part des huit levions. Comp. Deuys, IX, 1J.

taire, pour les armer au besoin '. Un fait curieux, rapporté par Tite-Live 9 , nous révèle encore plus directement leur existence que le cens de Servius.

Des trois tribuns militaires de 410 av. J.-C, L. Scrgius Fidenas, M. Papirius, et G. Servilius, le dernier est désigné pour la préfecture de la ville (qui prœesset urbi). Sergius Fidenas et Papirius se chargent de conduire les légions contre les Eques et les . habitants de Lavicum. « Le Sénat décide que le re- » crutement ne se fera pas dans le peuple tout entier. » On tire au sort dix tribus, parmi lesquelles les deux » tribuns choisissent les jeunes gens qu'ils mènent à » la guerre. » Sergius et Papirius, qui avaient pouvoir consulaire, ont dû, selon l'usage des consuls, mettre en campagne quatre légions ; et, comme il y avait alors vingt ou vingt et une tribus *, les jeunes gens des dix ou onze tribus, qui n'avaient pas été soumises au recrutement, ont dù former quatre légions de réserve. Servilius, tribun préposé au commandement de la ville, les arma, en effet, pour secourir ses collègues

Enfin, au temps où Rome pouvait armer plus de huit légions déjeunes gens, l'usage se conserva de' tenir, dans les grands dangers, derrière les quatre légions consulaires, quatre légions urbaines de réserve à la disposition du Sénat.

En 172 av. J.-C. les deux consuls, Licinius et Cassius se partagent les légions de la levée nouvelle.

i Tite-Live, III, .i, 6 et 8. — -'Tite-Live. IV, 46 — aitenys, VII, 64, MU, 6. Tilc-Livc, II, il, cl V, 30. La viii£l-i'l-uniome tribu, la Cnulumine, fut ajoutée avant av. J.-C. Tite-Live précise les dates de l'admission dos quatorze dernières tribus, qui cul lieu Je 386 à 241 av. J.-C — nile-Livc. IV, iti - - Tite-Live, XLII, 32, 3o et 49.

Licinius, avec la première et la troisième, passe en Macédoine pour combattre Persée; Cassius, avec la seconde et la quatrième, reste en Italie, pour surveiller Carlhage et la Grèce. Mais l'Orient tout entier s'agite. Trente mille Bastames remontent le Danube. L'Espagne, la Sardaigne, la Corse, la Cisalpine, l'Istrie, viennent à peine d'achever leur soumission, et les Ligures, contre lesquels on a été obligé d'envoyer deux consuls, dix ans auparavant, résistent encore dans leurs montagnes. Le Sénat comprend que la crise est décisive, et il ordonne au préteur C. Sulpicius Galba d'enrôler quatre légions urbaines, ayant un effectif complet de fantassins et de cavaliers Sur les vingtquatre tribuns militaires, quatre devaient être choisis dans le Sénat, pour que chaque légion urbaine fût dirigée par un sénateur.

Il y eut donc, depuis Servius Tullius jusqu'à l'an 400 av. J.-C, huit légions déjeunes gens (juniorum), dont quatre étaient ordinairement appelées à faire campagne; quatre restaient en réserve, à la disposition du Sénat, et étaient, au besoin, mises en mouvement par le préfet de la ville. A côté de ces huit légions, se rangent naturellement les 2,400 chevaliers equo pttblico, institués par Tarquin ou par Servius, seule cavalerie romaine jusqu'à Tan 400 av. J.-C. Chacune des huit légions comptait trois cents cavaliers 3 .

Les 1,200 cavaliers des douze dernières centuries équestres, ces corps essentiellement militaires, créés sans consécration augurale formèrent, jusqu'à

1 À cette époque les cavaliers equo privalo avaient remplacé les chevaliers equo publico dans les ailes des légions. — * Titc-Livo, lit, 6t. Tite-Live, I, 43.

l'an 400. la cavalerie permanente des quatre légions consulaires

Les six centuries consacrées furent la cavalerie des légions de la réserve. Tirées de la population urbaine des curies ' 2 , elles étaient naturellement adjointes aux légions urbaines recrutées parmi les clients et les affranchis de Rome 3 .

Composées de (ils de sénateurs et de patriciens, elles cessèrent, après l'an 400, de servir en corps dans les légions où les cavaliers cquo privato les remplacèrent; mais chaque légion urbaine de réserve devait encotc, en 172 av. J.-C, avoir un sénateur parmi ses tribuns militaires. Les chefs des légions urbaines étaient donc choisis dans ces mêmes familles qui remplissaient les six centuries équestres .

Comme les quatre légions de réserve n'étaient pas toujours appelées à servir, et qu'après l'an 400 av. J.-C, les six centuries équestres furent dispensées de les accompagner, ces centuries mirent dans tous les temps à la disposition des chefs militaires une brillante élite de chevaliers nobles, où ils pouvaient choisir des lieutenants (legati), des préfets de la cavalerie, comme Servius Sulpicius 4 , des préfets d'un ou de plusieurs escadrons, comme T. Manlius 6 , fils du consul de Tan 337 av. J.-C. C'est sans doute des six centuries que sortait le tribun militaire Cornélius Cossus, lorsqu'il remporta, dans un combat à cheval, les secondes dépouilles opimes sur un roi étrusque 6 . En-

1 V. plus haut, ch. III, §1, fin.— s V. plus haut, ch. II. § II, n' 1— Tite-Uve, XXV1I,7 et 8. XXII, 11. Dcnvs, IX, 13. aùtwv filv r ap wv

rtÇwv lybtiw), xal twv owTSTay[iivu)v toîç ■rfrra&ri xàf\iaaiv hor^wv ô;xov ti giX(uv xal StaxoaUiiv, dhcoCxuv Si xal njp.jii/wv Ittpi toTaûrrj, an 479 av. J.-C. — 4 Tite-Li\e, I II. 7o . — * Titc-L i ve, VII 1 , 7. — « Tite-Li vc, IV , 19.

fin, c'était dans les six centuries qu'on devait choisir ces chevaliers qui souvent accompagnaient un sénateur dans une ambassade ! .

Malgré l'éclat de ces emplois civils et militaires qui illustraient personnellement quelques-uns de leurs membres, les six centuries équestres, attachées à des légions de réserve, dont le commandement était méprisé 3 , tombèrent dans une situation de véritable infériorité politique vis-à-vis des douze centuries, moins nobles par leur origine, mais toujours associées en corps 3 aux travaux et à la gloire des légions consulaires.

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