‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 31 sur 45 · LES CENTURIES PREROGATIVES · texte numérisé non relu

LES CENTURIES PREROGATIVES

Tite-Live décrivant la constitution de Servius, dit que dans l'assemblée centuriate les chevaliers étaient appelés les premiers à voter, puis ensuite les quatrevingts centuries de la première classe 1 . Les dix-huit centuries équestres avaient donc le nom de préroga-

l Tite-Live, 1, 43. « Equités enim vocaiantcr pr iui : ocloginla imdb . primœ classis centuriœ. » Dcnys. moins ex ici que Tite-Live, fait entrer tl;ins l'enceinte, où volaient les centuries, les dix-huit centuries de chevaliers avec les quatrcvingls centuries de la première classe, dès les premiers siècles de la ltc|ml>liquc (Dcnys, IV, 18, VU, 5U, el X, 17. . miles ne furent appelées ensemble dans l'enceinlc de VOcile qu'après la première guerre punique (Tiic-Livc, X, 15. An 197 av. J.-C).

SOr, HISTOIRE

t:\os (prœrogativœ) que leur donnent Varron 1 cl Àseonius* ; el leur privilège dura jusqu'à l'époque des guerres puniques. Car nous trouvons encore les centuries prérogatives volant, en 296 ay. J.-C, en tête de l'assemblée cenluriate 3 .

Il semble même que le nom de centuries prérogatives ait été plus particulièrement appliqué aux six suffrages sénatoriaux des chevaliers Rhamnes, Tities et Luceres, qui votaient avant les autres chevaliers equo publico quoiqu'appelés en même temps dans YOvile. Les douze dernières centuries de chevaliers equo publico étaient désignées par l'épithèle de primo vocatœ, comme pour marquer qu'elles étaient les premières appelées de la plèbe, mais que, devant elles et à côté d'elles, les six centuries formaient un peuple plus noble encore (populusj. Pour désigner les dixhuit centuries, on disait donc avant les guerres puniques : prœrogativœ el primo vocatœ cenluriœ, de même qu'on dit arrès la réforme de l'an 240 av. J.-C, mais dans un ordre inverse : equitum cenluriœ cum sex suffragiis : les douze centuries et les six.

Toujours est-il que, jusqu'à cette réforme, les dixhuit centuries de chevaliers equo publico volaient à part du reste de la première classe, et on annonçait séparément leur vote. Au contraire, dès les premières années de la seconde guerre punique, on ne trouve

1 Varron dans Kestus, s. v. Prœrogativœ cenluriœ. — - Asconius, fit prcaemio aclionis in 1er rem, s. v. Dedil enim pnjuocvntAii. an ch. IX de celle Verrine. Asconius a tort de les appeler prœrogativœ tribus ; il devail dire, comme Varron el Tiie-I.ive, prœrogativœ centuriœ. — :* Tile-Live, X, 2i. An 206. . tïibium et rn.r.RO(;ATiv.K et m primo vocat* oinnes centurie eomiulem cum I. Yulumuiu di chant. • Forccllini is. v. Viœragaiiruxt dit à tort qu'il faut changer ce texte excellent, et lire prœrogativa au lieu de prœrogativœ ; il no faut rien changer.

plus, dans chaque assemblée, qu'une seule centurie prérogative qui est tirée au sort 1 . C'est qu'entre les années 296 et 215 av. J.-C. se place, vers l'an 240, une révolution politique liée à la révolution économique et monétaire que nous avons décrite. C'est dans cette révolution que les dix-huit centuries durent perdre le droit de voter au premier rang, qui passa à celle des centuries des tribus rustiques que le sort désignait. Jusque-là, les chevaliers avaient dirigé les suffrages dans l'intérêt exclusif du patriciat urbain et des sénateurs chefs de la population tout urbaine des curies.

Varron disait que l'institution des centuries prérogatives avait pour but de désigner les candidats aux Romains de la campagne qui ne les connaissaient pas. Verrius Flaccus croyait que c'était plutôt le mérite que le nom des candidats qui était indiqué au peuple par les centuries prérogatives, et qu'après leur vote, on causait de la valeur ou de l'indignité des personnes proposées, afin de faire un choix plus éclairé 2 . Ces deux opinions ne sont pas contradictoires. Elles s'accordent même pour présenter le vote des prérogatives, comme une direction politique exercée sur les suffrages des plébéiens de la campagne. Les six centuries équestres des Hhamnes, des Tities et des Luceres, qui représentaient le peuple des curies de la ville primitive,

1 Tite-Livc, XXIV, 7 ei 9, an 215 av. J.-C. XXVI, 22, an 211, et XXVII, 6, an 210 av. J.-C. Comp. Cicéron, Pro Plancio. 20, et Philip. Il, 33. — * Fesius, éd. de M. Ej^er, p. 107. - Prœrogalicœ cmturiœ » dicunlur, ut doect Varro rcrum humanarum, (ib. VI, qu.« «ts ,yto

• klsi ici, selon la conjecture d'Orsini) Romani, qui ignorarenl petitores, » facitius eos animadvertere passent. Verrius probabitius judicat esse, » ut.cum cssenl dcsignali a pu kuoi.ativis, in sermonem tes veniret po-

• puli de dignis indignisve, et fièrent cœteri diiigentiores ad suffragia

• de his ferenda. »

devaient voter les premières, et entraîner par leur décision les suffrages des douze autres centuries équestres, appelées avec elles et remplies des plébéiens amis de la noblesse 1 .

Les chefs des trente curies, les sénateurs, dont les fils remplissaient les six suffrages et qui, après l'an 400, y conservèrent eux-mêmes une place en restant chevaliers equo publico, se distinguaient encore trèsfortement dans l'assemblée centuriate de la plèbe des tribus rustiques. Ces patriciens qui avaient leur domicile héréditaire dans l'enceinte sacrée du Pomœrium, ces sénateurs qui, venus peut-être de Regilli ou de Tusculum, s'étaient faits citadins de Rome, en y exerçant une magistrature curule, n'avaient admis la plèbe des gens de la campagne 2 dans les centuries, qu'à condition d'exercer sur les suffrages une influence dominante. La distinction du peuple de la ville et du peuple des tribus rustiques était si marquée, que, pour Asconius, le vote des dix-huit centuries équestres formait, dans les comices consulaires, comme une élection à.part qui précédait et déterminait l'élection populaire: « Ç'avait été l'usage, dit-il, qu'afin d'établir

• plus facilement l'accord du peuple dans les comices, t on fit deux élections des mêmes candidats. Les

1 Tite-Livc, IV, fiO. • Quum senalus summa fide (X censu contu- » listel, ritmonts plhjis, nobilum aiiici, ex composite conferre inci » piuni... repente certamen conferendi est orlum. • An iOi^v. J. C. Tilc-Livc fait un récit tout semblable de la contribution de l'an 210 (liv. XXVI, ch. 3G). « JJunc consen um semlus equetter ordo rst .«<*-

• cutus ; equestris ordinis plèbes. • r.omp. Titc-Livr, I, 43 • Ex

• pi imoribus rivilutis Diot>tcm scripsil ckpitcrias. » — 2 ftiehuhr. Histoire romaine, l r ° partie, 4° éd., Berlin, 1833, p. fil 6. « Die «lie

• Rômischc Pi.riw bestnnd misschiesslich aus Linduirlhcn un ! Feld- » arbcilcrn.» L'opposition entre le peuple primitif do a ville de Home ipopulus) et la plèbe des tribus rustiques, est une des vues les plus profondes de ce grand esprit critique. Coinp. Denys, 11,28, et IX, 25.

Di:S CHEVALIERS ROMAINS

» tribus (il fallait dire centuries) appelées les pre-

• mières étaient nommées prérogatives, parce que » c'était à elles qu'on demandait d'abord qui elles

• voulaient pour consuls ! . Les secondes se nommaient » centuries, appelées légalement (jure vocatœ), parce ■ que le peuple s'y conformant, comme il arriva sou- » vent, a la volonté des centuries prérogatives, tontes

• les formalités légales se trouvaient accomplies *. » Ainsi les hommes de la campagne romaine étaient

presque réduits dans l'assemblée centuriate à légaliser par des voles approbatifs les choix que faisaient, cUns de premiers comices, les dix-huit centuries prérogatives, dirigées elles-mêmes par les six suffrages sénatoriaux 3 des chevaliers Rhaumes, Taies et Luceres.

l Comme il s'agit de l'élection des consuls, qui ont toujours été choisis dans l'assemblée centuriate, Aseouius a évidemment mis tribus prorogatives pour centuries prérogatives. Ce qui lui a fait commettre cette inadvertance, r est que, dans le passage de la première Vcrriue (ch. IX) qu'il commente, Cicëron accuse Verres d'avoir acheté des tribus prérogatives, pour l'élection au consulat de son ami Q. Meiellus. A cette époque, il n'y avait qu'une seule centurie prérogative, tirée au sort parmi les centuries des jeunes gens de la première classe des trente une tribus rustiques. La tribu, à laquelle cette centurie appartenait, s'appelait elle-même prérogative. Mais Verres, ne pou\ant deviner qui Ile centurie le sort désignerait, avait acheté, dans plusieurs tribus, les suffrages de plusieurs prérogatives possibles ; de là le pluiiel emp.oyé par Cicéron: pro prœrogativis. — ^ Asconius, In proœmio Âct. in Verrem, ch. IX, s. v Dédit enim prœrogalivam. « Mot enim fuerat, quo facilius in comitiis concordia

• populi firjnarelur, bina omnia de iisdem candidatis comitia fieri : » quorum tribus prima pp.«rocativ.k dicebtintur, quod prima rogaren

• tur, quos vcllent consules fieri: secundœjure vocalœ. quod in his, se-

• quente populo, ut sœpe contigil, pn^nubATivAtitiu volcitatcm, jure ont-

• nia eomplerentur. » La note d'Asconius. sur le ch. IX do la l r * t errine, est tirée du liv. V, eh. 18 de Tite-Livc : . Uaud invitis Patri- » bus P. I.icinium Calvum prœrogaliva tribunum mitilum non peten-

• lem créant.... omnvsque dvinceps ex collegio rjusdem anni refici » apparebat ... qui priusquam renunciarentur jure vocatis tribubus,

• permissu interregis P. Licinius Calvus ita verba fecit. » (Voir, à la fin du volume, la note 3 au livre II.) - 3 Voir plus haut, liv. I", ch. H, 8 3, fin.

Les chefs des curies, ou leurs fils, rangés dans les centuries équestres, formaient encore dans l'assemblée du Champ-dc-Mars un peuple au milieu du peuple, la cité du Pomœrium dans la cité plus vaste de tout le territoire.

Le Sénat trouva un moyen plus commode encore de n'être pas contrarié dans ses vues politiques par les plébéiens de la campagne. C'était, au lieu de diriger leurs suffrages, de s'en passer, autant qu'il était possible.

Les gens de la campagne ne venaient guère à la ville que tous les neuf jours, au marché des nundines ! . Ils employaient les sept autres jours au travail des champs. Les pontifes de l'aristocratie romaine avaient déclaré les nundines jour férié et néfaste, sous prétexte qu'une assemblée du peuple tenue ce jour-là aurait interrompu le marché et détourné la plèbe rustique de ses affaires 9 . Mais on eût dérangé bien davantage le paysan en le convoquant un jour de travail, s'il eût dû venir à Rome tout exprès pour voter. On comptait sur son abstention, et c'était là le but politique de la loi religieuse qui déclarait fériés les jours de nundines. Grâce à cette loi, les trois ou quatre dernières classes, qui, dans les comices, ne pouvaient former la majorité légale, ne

i Varron, De re rustiea, î, Proœmium. Comp. Dcnys, VII, 58, fin. « Tà; jiîtavj îTrxi f.fiîpa;. » « Annum ila diviseruni. ut nonU modo

• die bus urbanas res usurparent, reliquis VII ut rura cotèrent. ■ La semaine des Romains avait un jour de plus que la nôtre; ils disaient les nunditw$ parce que leur semaine avaii huit jours, comme nous disons la huitaine parce que la nôtre en a sept. — - Pline, Hisl. nat. t XVIII, cli. 3, fin. ■ Nundinis urbem revisitabant, et ideocomitia î uundinis habere non licebat, ne plebs rustica uvocarclur. • l\slus dit aiisM : « Nundttuu feriarum diem esse voluerunt, ul rustici conce- ■ nirent mercandi vendendique causa, bumqoe kifastcn, ne, ai liccrit

• CDU rOPOLO AGI, IHTEAPI LLAREHTUft NDND1NATORBS. »

s'apercevaient pas qu'elles avaient une immense majorité réelle. Leurs membres n'étaient jamais réunis en assez grand nombre pour mesurer ou essayer leurs forces et prendre quelque influence. L'élection était décidée sans contradiction par les dix-huit centuries prérogatives 1 .

L'aristocratie urbaine dominait donc l'assemblée du Champ-de-Mars, parce que les six suffrages composés de sénateurs et de ûls de sénateurs, votaient en tête des dix-huit centuries de chevaliers, et qu'ils n'avaient jamais en face d'eux des masses populaires compactes et confiantes en elles-mêmes.

On se demande seulement où votaient les trois cents sénateurs avant l'an 400, lorsque les six centuries ne contenaient encore que la jeune noblesse.

Ils se bornaient à voter dans les quatre-vingts cen-

1 Cicéron [Pro Plancio, XX) dit qu'au temps où il n'y avait qu'une centurie prérogative, jamais un candidat qu'elle avait nommé ne manqua d'être élu. « Vna cenluria prœrogaliva lanlum habet auclori- » talit ut nemo unquam prior eam lulerit quin renunlialus sit. » Cette influence, qui tenait aux idées religieuses des Romains sur les omina, devait être bien plus forte encore avant les guerres puniques, lorsque les dix-huit centuries équestres étaient prérogatives et qu'on annonçait séparément leur vote, comme on annonça plus tard le voto de la prérogative unique {Philippique, H, 33). . Ecct Dolabellœ comi.

• liorum diet: sortitio praiiogativa : quieteit. Rinuncutuii : Tacet. » Prima clattit vocatur. » Aussi Asconius, au ch. IX de la première Verrine, dit : « Seqwnte populo, ut tape eontigit, praiiogativarom vo-

• luntatem. ■ Tite-Live (I, 43) dit que la première classe, qui avait la majorité des centuries, rendait presque toujours, par son accord, l'appel de la seconde classe inutile. . Equilet enim vocabantur primi: » octoginta inde prima clattit cenluriœ : Ibi ti variant, qood haro

• iNCiDRBAT, ut tecunda clattit vocarentur. » Denys (IV, 20, ûn) appelle les deux dern^res classes superflues, et dit aussi que le vote était le plus souvent achevé par la première classe seule. En déclarant fériés les jours de nundines, l'aristocratie de Rome voulait faire entendro aux paysans des quatre dernières classes que, pour ce qu'ils avaient à faire dans l'assemblée centuriale, ce n'était pas pour eux la peine de se déranger. ■

tories des fantassins Je la première classe, laissant à leurs tils, chevaliers des six suffrages, le soin de diriger les voles. N'avaient-ils pas un moyen puissant d'en contrôler le résultat, puisque, jusqu'aux lois de Publilius Philo (337 av. J.-C.) et de Micnius (287), ils pouvaient annuler une loi ou une élection faite par les centuries, en refusant d'en proposer la confirmation à l'assemblée euriate 1 ? Enfin, depuis l'an 400 av. J.-G. les sénateurs n'eurent même plus besoin de confier à leurs fils ce rôle politique. Ils le remplirent à côté d'eux. Gardant le cheval que l'Etat leur donnait (equum publiawi), ils restaient, après leurs dix ans de service, chevaliers des six suffrages". Chefs des centuries prérogatives aussi bien que des curies, ils possédaient à la fois la direction et le contrôle des voles de l'assemblée centuriate.

Une loi du dictateur Horlensius ("280 av. J.-C.) vint ébranler cette domination que les sénateurs exerçaient au Champ-dc-Mars. Maerobe nous dit qu'il rendit fastes les jours de nundines, de façon que les paysans, qui venaient au marché de la ville, pussent en même temps arranger leurs procès 1 . Ce qui a empêché Maerobe de saisir le sens politique de cette loi, c'est la distinction qu'il fait entre les jours fastes et les jours de comices Celte distinction ne fut établie qu'en 136 av. J.-C, par la loi Fufia ou Fusia 5 , qui

l Voir plus liant, livre I« r , ch. il. §3. — * Cicéron, De Republica, IV, 2 a Equitalus in quo suffragia sunl etiam senatus. » — 3 M ictol c. Saturnales. \, 10. « Scd lege norlensia effectum, ut faslœ estent

• (nundina) uti ruslici, qui nundinandi causa in urbem veniebant,

• liles componcrent. Nefaslo enim die prœlori fari non licel. » — 4 Maerobe, lbid. « Comitialis sunt quibus cum populo agi licel; et

• (astis quidem lege agi potest, cum populo non potrst ; comitiatibus » utrumque potest. » — * Cicéi on, De provinciis consularibus, ch. \9. % Legem Fuflum non esse abrogatam, non omnibus fastis legem ferri » licerc' » Celte loi île Tan 136 fut rendue nécessaire par l'admission

DES CBEVALIËRS ROMAINS 303

détermina les jours fastes où l'on ne pourrait pas proposer une loi. Lps nundines furent mises au nombre de ces jours, comme le disait Jules César 1 dans son livre des auspices. Mais, avant la loi Fufia, l'action législative était permise tous les jours fastes aussi bien que l'action judiciaire ; et Hortensius, en effaçant les nundines du nombre des jours néfastes, avait aboli la loi aristocratique qui défendait aux plébéiens trop nombreux de former une réunion politique les jours où leurs affaires les appelaient à Rome. De 28G à 136 av. J.-C, la plèbe venue à Rome pour le marché des nundines, s'y occupait donc d'affaires politiques aussi bien que d'affaires civiles. Elle lisait sur des affiches, qui devaient être posées à trois jours de marché consécutifs, le texte des propositions de lois, sur lesquelles elle serait appelée à voter. Elle se faisait présenter, sur le tertre du comilium, les candidats qu'elle serait appelée à élire ; et ces deux usages, nous dit Macrobe, ne tombèrent en désuétude que lorsque la plèbe devint assez nombreuse pour qu'il y eût des plébéiens à Rome en grand nombre même dans l'intervalle des nundines 8 , c'est-à-dire à l'époque où la

des prolétaires dans les tribus, depuis 179 av. J.-C (Tilc-Live, XL, 51). Alors la plèbe allluait a Rome, non-seulement aux nundines, mais aux jours de la semaine (Macrobe, 1, 16). « Poslquam inlernun- » dinoeliam (lex le donne par Grono\ ïus) ob mullUudinem plebis ftc-

• quenles adestc cœperanl. » Les tribuns démagogues aui aient pu eu abuser pour multiplier les convocations des tribus et imprimer à l'action législative de la plèbe un mouvement désordonné, comme le fit plus tard Clodius, en abolissant la loi Fufia (Ciccron, ProSexlio, 15 et 51).

1 Macrobe, I, 16. • Julixu Casar, sexto decimo auspiciorum libro, ■ negal nundinis enneionem advocari posse, id est cum populo agi; » ideoque nundinis Romanorum haberi comitia non posse » — - Macrobe. Saturnales. I, 16. .« Rutilius srribit Romanos instituisse nundi-

• nos ut oclo (seplem y quidem diebus in agris ruxlici opus facerent,

• nono mtem die, inlermisso rure, ad mercaluras legesque aceipiendas

304 HISTOIR*

loi Fufia fui votée pour servir de frein à la démagogie el au prolétariat (13G av. J.-C.).

Les plébéiens réunis les jours de nundincs pouvaient aussi, de 286 à 136 av. J.-C, procéder aux élections et aux voles des lois dans l'assemblée cenluriate 1 . Ils se comptèrent au Champ-de Mars. Ils mesurèrent la différence entre leur influence légale, qui était nulle, et leur force réelle, qui était considérable; et ils conçurent l'espoir d'enlever aux dix-huit centuries le droit de prérogative. Venue après la loi Ogulnia (302) qui consacrait l'égalité politique des deux ordres, après les lois de Publilius Philo (337) et de Mœnius (287) qui assurèrent aux votes de l'assemblée centuriale l'approbation préalable du Sénat et des curies 9 , la loi Hortensia qui rendait fastes les jours de

» Romam venirenl: rr et scita àtque consulta prequiktiodi populo

• nerinitEKTtm ; quœ trimtndino die proposila a singulis nique ab unid versit facile nosccbanlur. Vnde eliam mos traclus ut leyct trinundino

• die promulgarcnlur. Ea re eliam candidalis usus fuit in Comi » tium nundinis venire, et in colle cotuislere : unde coram postent ab

• universis videri. Scd hœc omnia wgligenlius haberi capta, et post

• abolila, postquam inlernundino eliam, ob mulliludinem plebi*, fre-

• quentei adeste caperunt. •

l Denys (VII, 58, fin) qui ignore que les nundincs aient été jours néfastes jusqu'à la loi d'Hoileri<.ius, Î86 av. J.-C., décrit fort bien ce qui se passait à Rome les jours de nundincs, entre 286 et 136 av. J.-C., mais en reportant, par anachronisme, rette description aux premières années de la République. « Les marchés des Romains, » dit-il, avaient lieu, comme aujourd'hui, tous les neuf jours. Les » jours de marché, les plébéiens venaient des champs se réunir à la

• ville. Ils y faisaient leurs échanges y terminaien'. louis procès, el » ratifiaient par leurs suffrages toutes les décisions où les lois les » appelaient à intervenir, et toutes celle- que le Sénat leur confiait, i Dans l'intervalle des marchés, étant pour la plupart pauvres et i obligés de travailler de leurs mains, i s s'occupaient aux champs. » Denys, en ce passage, parle d'assemblées eenluriaics tenues les jouis de nundines ; car c'est au chapitre suivant qu'il mentionne l'institution des assemblées par tribus. M;iis 1rs centuries n'ont pu être convoquées pour les nundines qu'entre les lois Hortensia et Fufia, de î*6 à 136 av. J.-C. — ^ Tile-Live, VIII, 12, et Cicéron, Brutus, ch.

nundines rendit inévitable le triomphe de la plèbe. Elle prépara la révolution politique de l'an 240 av. J.-G. qui transporta le droit de prérogative des dixhuit centuries équestres à une centurie tirée au sort parmi les tribus rustiques 1 .

S II. — 1* DO SENS DBS MOTS populUS ET plebS, JUSQU'AUX CUERBIS VUNtQUBS.

2* Que les chevaliers equo publico des six suffrages, c'est-a-dire

DES SIX CENTURIES SÉNATORIALES. QUOIQUE INSCRITS PERSONNELLEMENT COMME CONTRIBUABLES DANS L'UNE DES TRIBUS LOCALES, ETAIENT, PAR UNE LOI POLITIQUE, EXCLUS DE L' ASSEMBLÉE DES TRIBUS, JUSQU'A LA RÉVOLUTION QUI EUT LIEU VERS L'AN 240 AV. J.-C.

Nous avons vu que, dans rassemblée centuriate, les chefs des curies, formant l'aristocratie urbaine des Patres 2 , eurent, jusqu'aux guerres puniques, un vote à part, celui des six suffrages auxquels se joignaient les douze autres ceuturies de chevaliers equo p; Liico, pour former les dix-huit prérogatives. Les sénateurs et leurs fils composaient donc une cité dans la cité, et cette distinction du peuple de la ville (popu-

XIV. Comp. Tite-Livc, I, 17. Tite-Live fait allusion, dans ce passage, à la loi de Mœnius, mentionnée dans le Brutus.

l Les trois centuries prérogatives des années 215, 211 et 210 av. J.-C, appartiennent aux tribus rustiques Aniensis, Veturia, Galeria. Tite-Live, XXIV, 7 et 9, XXVI, 22, et XXVII, 6. — 2 On nous permettra d'employer cette expression latine qui n'a point d'équivalent en français. Les Patres furent, à l'origine, les trois cents sénateurs chefs des trois races des Rhamnes, des Tilics et des Luceres, et des trente curies. Ce nom fut appliqué par extension aux patriciens, (ils des trois cents sénateurs. Lorsqu 'après le partage du consulat (366 av. J.-C), la loi Ovinia permit aux plébéiens sortis des magistratures curulcs d'entrer au Sénat, le mot Patres s'appliqua à ces plébéiens nobles et à leurs fils. La traduction la plus exacte de Patres serait aristocratie sénatoriale. De môme, nous emploierons le mot latin populus, parce que colui de peuple le traduit fort mal. Le populus, c'est, aux premiers siècles de Rome, l'assemblée de l'aristocratie sénatoriale, avec ou sans les clients qui formaient avec elle l'assemblée curiale.

msToi in-

fos) et de la plèbe rustique nous fera comprendre pour quoi, jusqu'à la fin de la seconde guerre punique, les nobles étaient exclus de rassemblée des tribus du Forum, quoique personnellement chacun d'eux fût inscrit dans l'une des trente-cinq tribus à titre de contribuable.

Il faut d'abord bien déterminer le sens primitif des mots populus et plcbs, et, dans celle recherche, il est impossible de ne pas suivre la voie si largement ouverte par le génie de Nicbuhr, et aujourd'hui trop délaissée par les savants de l'Allemagne. Nous essaierons de traduire ici une page de ce grand critique où la hardiesse et la profondeur des vues se joignent à un sentiment très-vif de la réalité historique l .

« Depuis le temps de Servius Tullius, la nalion » romaine se composait de deux étals, le populus » ou bourgeoisie de la ville, et la plebs 2 ou popu- » lation inférieure: l'un et l'autre, selon les vues » du législateur, également libres, mais inégalement » honorés. Dans cette opposition, les patriciens, » membres d'un corps politique beaucoup moins » nombreux (le populus), figuraient, pris isolément, » comme des frères aînés en face des plébéiens leurs » cadets, qui avaient sur eux l'avantage du nombre,

1 Nicbuhr, Hist<>ir<- rmnainr, S" éd., 1 r * part ie. Berlin, 1 83.1, p. 442. — 2 Nicbuhr Ibiil., p. (itti) complète sa pensée en disant : t La » vieille plèbe romaine se composait exclusivement de fermiers et » d'agriculteurs. » Nicbuhr ne mceonnail pas l'existence de la plèbe urbaine, mais il lui assigne pour métier la culture des jardins cl des champs les plus rapprochas de la ville. Nicbuhr dit encore {Hist mm., 3» éd., 2 Be p., Beilin, lS3fi, p. 3tC> : • Les deux cial> de In nation roi maine sont aussi appelés deux peuples, et ils étaient distingues par » une ligne de démarcation (dus profonde <|uo bien des peuples h.ibix tant des territoires éloignés les uns des autres. » Nous traduisons l'allemand Stàndr par le mot (Vêtais, pris dans le même sens où l'on prenait autrefois en France celui de tiers-état.

DFS CHEVALIERS ROMAINS 307

» ou comme des hommes de race supérieure, en face • de familles moins nobles. Je n'essaierai pas de pé- » nétrer d'un coup-dVd les mystères de la mélaphy- » sique des anciens. .Mais il est évident 0,11c les Ro- » mains se figuraient chaque partie de la nature, cha- » que force vivante et animée, comme partagée en deux » sexes, en deux personnes : ainsi Tellus eiTellumo, » Anima et Animus. De même la nation était envi- » sagée sous ses deux aspects comme populus et comme » plebs, et portait un nom masculin et un nom féminin. » La signification du premier mot populus pris dans » le sens d'assemblée souveraine des centuries appar- » tient aux temps postérieurs l . Pris pour la nation » tout entière, le mot est encore d'une époque plus récente. A coté de ces deux significations nouvelles » dura longtemps encore la signification primitive de » populus (celle de bourgeoisie noble de la ville de » T. .ne). »

Les formules les plus anciennes et les plus authentiques, qui seules - peuvent nous éclairer sur le sens

1 Nous prouverons qui» ce sens de populus date do l'époque qui suivit lu preniièio guerre punique. — 1 Le langage de Tite-Live, qui mêle les locutions de son temps avec celles du temps dont il parle, ne serait propre ici qu'à nous tromper. En voici une prouve : au livrclll, G4 et 6.') (an 410 av. J.-C). Tile-Live raconte que le sort désigna le tribun Duilins pour présider les comiivs où s'éliraient les nouveaux tribuns. Duilins déclare qu'il ne laissera' pas réélire par les tribus les tribuns sortant de charge. Il s'a\ ance pour parler à l'assemblée (in concionan ; puis il présente les consuls au peuple (ad popu(um). Duilius tient les comici s, où rinq tribuns sur dix sont nommés ; les cinq autres ne réunissent pas la majorité des tribus \tnbus non expient). Duilius renvoie l'assemblée (concilium) et ne la réunit plus (coiuilio. ru m causa, pour compléter les élections Un autre tribun, Trebonius, pour empêcher qu'à l'a\enir on se conten'.e, comme Duilius, d'élections incomplètes, fait passer une loi ainsi conçue: « n qui plesru » Komanam tribums plrbi rogant, usque eu rayant, dutn deem tribu- » nos ph bi facvril * 11 est évident que les mots plcbcm Romanam, employés dans le texte de la loi Trcbonia, conviennent seuls a l'asscor

primitif du mot populits, justifient pleinement toutes ces assertions de Nicbulir. Elles prouvent que le peuple Quiritaire ou des trente curies de la ville, celui que les trois cents Patres représentaient an Sénat, et les douze cents chevaliers Rhamnes, Tities et Luccrcs dans les six suffrages, s'appelait à l'origine populus Romanus Quiritiwn ; et que le nom de populus ne s'appliquait qu'aux Romains de Rome, tandis que celui de plèbe convenait surtout aux Romains de la campagne.

Fcstus définit ainsi le sens du mot populus 1 : « Le populus, lorsqu'on fait les lois, partage avec » la plèbe le droit de voler. Car les comices centu- » riatesse composent des Patres et de la plèbe. » On ne

blce 'les tribus de l'an Vif», et que les mots ad populum appliqués par Tite-Livo à la mémo assemblée, sont une locution inexacte empruntée à la langue usuelle du temps «le l'historien. Tile-Live (III, 63, III, 71, et VI, 21) emploie de même improprement le mot populus pour désigner rassemblée des tribus. Il met conciliant populi pour conciliant pleins l Feslns. s. v. Populi, éd. de M. I l'-ct, p. 42. « Populi counnunr » est in U ijibits // iv ndis cinn plèbe suffragium ; nam cumilia crnluriata « ex Pain bus <t plèbe constant incenlurias dieisis Al cum plèbes tint » Putribus, tribtilis comittis concenit, quod pleb s scirit plébiscitant td i> ea de causa appi -li dur. Pulrum commune cum populo suffragium : ■ qnibus suffraganltbus fit populi scilum • Feslus (s. v. Scilum populi, éd. de .M. lv.-er, p. i . 10, dit encore : « Scituin populi dicebulur quod » sine plèbe cunclus Pair ieius ordo, voyante Patricia, suis suffragits • jussil ; quod autrui ntiquu inti rroyante ex Putribus et plèbe suffra- » gante scilum rsset , idjam h-ges scribtœ dicebantnr. Sed illud plebisi cilum est q Tr. Pl. suie Patriçiis ptrbnu najavit, id est constitua* » plebcsque scirit. Plèbes aulem est omnis populus prater Senatorrs et « Pnlricios. » Ces de.ix p ssa^-s, qui se compilent l'un l'autre, ne sont pas explicables, .i iimins qu'on eiden le populus {excepté dans la dernière phrase) du peuple patricien et sénatorial de la \iile primitive. Il est vrai que le mot populus ayant, après l'an 240 av. J.-C , pris un sens plus étendu, celui dépeuple de rassemblée centeriale, l'eslus semble lui donner ce second sens dans la d« rnicre phrase, l'eslus distingue bien la loi eurialc [populi scituin), la loi cenlurialr fj.r\ le plébiscite plébiscitant}, et la loi faite dans l'assemblée mixte fies Iribus au Champ-de-Mais (Ux scnbta . Voir, à la lin du volume, note 3, au livre II.

peut identifier plus clairement le populus avec l'aristocratie des familles sénatoriales. Nous avons vu qu'au Champ-de-Mars, les sénateurs ou chefs des curies, et leurs fils, votaient à part dans les dix-huit centuries équestres, et surtout dans les six suffrages sénatoriaux ! . Ces dix-huit prérogatives, et spécialement les six suffrages , représentaient donc, daus l'assemblée centuriate. h populus, que Feslus appelle aussi du nom de Patres. 1jc vote du populus ou des dix-huit centuries était annoncé à part, comme le fut plus lard celui de l'unique centurie prérogative *\ La plèbe, compeséjî de ceux qui n'appartenaient pas au populus noble ou n'y étaient pas rattachés par la qualité de chevaliers equo publico, votait ensuite et formait les centuries appelées légalement (jure vocatœ centuriw).

L'identité du sens primitif des mots populus et Patres ressort encore de plusieurs formules anciennes, où la plèbe n'est pas comprise thuis le populus, comme le veut Aulu-Gelle \ mais au contraire, opposée et ajoutée au populus, comme dans le passage de Feslus que nous venons d'expliquer. Gicéron, au début du pro Muru ua, rappelle l'invocation antique 4 que faisait le consul présidant les comices centuriates, en annonçant le résultat des élections : « Quœ depre- * eatus a Dus immorluïïbus sum, judiecs, more insti- » tltooi F, MAJORIM, illo die quo , auspicato comitiis

l l.cssiv suffrages etairnl résoi \ és aux familles sénatoriales; mais il pouvait y avoir au^i <]»■> pu t j ic toits ou des lils de sénateurs dans l«>s duii/.e dernières eeiitni it:s oipuMres. — -'Cieéron, PhUippiqur II, J3. — i Aulii-lirllt , X. 2t>. ■ (Jih.ii-m,, ,n pnpnt» munis pars ctriUtli* » iHumstpir cjii» "nln>** ,-,iitm »itln>: » Nous avons déjà prouvé <pi'.\ulu-(ielle p.i> un ouide mu pour les historiens de l'aurienuc Rome. — « Cieéron. Pro Muiaum, I. «.!//« solrmnis cumiliurum pn- » calio cnmutoi ilutx nuspiciis amsecrtUii. •

» centuriatis, L. Murœnam consulem renuntiavi; ut » ca rcs milii magistraluique mco, populo plebiqle » Romane, bene atque féliciter evenircl. » Dans cotte prière solennelle, où l'esprit religieux des Romains se fût fait un scrupule de changer une syllabe aux mots consacrés par l'usage de leurs ancêtres, le consul distinguait le populus et la plèbe (ju'il venait de voir voter séparément, le populus, dans les dix-huit centuries prérogatives, la plèbe, dans les autres centuries appelées légalement.

Nous retrouvons la mémo formule < populo plebique, > dans les oracles de Marcius qui remontent à la seconde guerre punique. On y lit ces mots : « Le pré- » tcur qui réglera la procédure pour le populus et » pour la plèbe '. *

L'identité du populus primitif et des Patres est établie du reste directement par Tite-Live. comme par Festus. En parlant de la loi Yaleria-Horatia de l'an 44G av. J.-C., Tite-Live s'exprime ainsi : t Comme » c'était un point douteux de droit politique, de » savoir si les Patriciens (Patres) - étaient assujettis » aux plébiscites, les consuls proposèrent une loi » aux comices centuriales, afin que les décisions de la » plèbe assemblée par tribus fussent obligatoires pour » le populus. Cette loi arma les propositions tribuni- » tiennes d'une force redoutable. 11 »

1 Macrobc, Silurnolrs, I, 17. « Vru-lor qui jus popclo pi.ebiqce du- » bit. » — * Kn 440 ;iv. J. -!',., il n'y avait encore de familles sénatoriales que les familles patriciennes. — : ' Tite-Live. III, '> >. « Quum

• reluit in ctmtroirrso jure rsstt 1 1 nfiuntuink I'amiks pm.eciTis, » legem crnluriulis cumittis itihre, « n oiot. tuiuiti'i pi.ebfs ji'sMsstr » l-ui'ti.DM TiM tiFT » qitu Inji 11 ili ■)iil'i\ ) >ujii{n>n<lw.s l' ti.n, acerri » muni thtlmti <st. » M Mouiiiim u lIisl'itiT l'iwaine, I. Il, liai!, 'le M. Alexandre* appendice H, sccl I, i>< 3, p. :{ '»»>) dit: « i.'e<\ n une en eur énorme, et pi.iiriatn -éiiéi alcment lépandne. de croire

♦ que les décisions des tribus fussent, avant Tan 312 av. J.-C .ad"

Il est tout naturel qu'on ait réservé dans les premiers siècles de Rome le nom de populus aux patriciens, puisque, d'après Tite-Live. à l'origine, le palricial se composait de tous les hommes libres et devait former tout le peuple des ingenui de la ville 1 . Le peuple patricien conserva, même sous la République, ses assemblées particulières où aucun plébéien n'était admis. C'étaient les patriciens qui seuls nommaient l'interroi *

Mais déjà dans les trente curies de la ville étaient entrés les clients émancipés qui, élevés au titre de citoyens, fe raient la plèbe urbaine. Sans doute des liens de clientèle et de patronage, comme ceux qui unissaient les Marius aux Ilerennius, favorisèrent l'adjonction de tous les chevaliers equo publico à l'aristocratie sénatoriale de la ville dominante. Ainsi se forma le peuple romain des curies (pofwlus Romanus Quirilium). Plus étendu que le populus noble,

il comprenait: i° L'aristocratie :^nale, 2° les

chevaliers cquo publico, 3° les clients de la plèbe urbaine.

» mises à litre de l'Ubiscd > Xou.s croyons que c'est M. Momniscn qui se trompe en distinguant les plébiscites des décisions des tribus. Tite-Live les idt ntilie. Nous trouvons encore dans Tite-Live (VI, 38), un plébiscite rendu pur les tribus formant le coneUitim plebis, en 365 av. J.-C.

1 Tite-Live, X. 8. . En unqiuiiu fand'i oudistis patriews primo

• esse f'ictos non tir cœlo d> missos, .«'</ qui l'ntn m cirre passent, id

• est, nihil uKru quant î m. km os ? .. » — '-' Tite-Live, IV, 7, an 4S2 av. J.-C. • Piitricii,qitum siw curuli vtngtslrnlu rrspublicn rssrt, enicre » rl inlnrcgnn crenrrre. » Denys (XI, 62), parlant du même fait, dit: « 'Il ?ojXr, u-jvr/.eoOîa u.tm r ;,%7:\i%; i?:oô-:ixvj3'.. «C'est une traduction inexacte. Les trois cents scimleurs n'étaicnl que les chefs des curies et du patri<-::tt. Tite-Live dhenenre 1 1 V. l't, an 418 av.J -Ci: « Piofiibt ntilnis ii ifunii.s fniti tt ^ts tvi/iv ttd pn.ilinduni inti rrrgrin . et(V| t 4i): , S'ii nos qiiuqnr tfisi J'atrtri» siw suffntgin populi » nmpiaU» int-nryem pi'>dniiitt>. * Tite-Live prend ici populo* comme synonyme de phbt, selon sou habitude.

31t HISTOIRE

Nous allons montrer par les anciennes formules religieuses qui. comme des médailles d'or, ont conservé, mieux que tous les autres monuments, l'empreinte des temps antiques, que les Quintes étaient à l'origine les hommes des curies et qu'ils formaient la population urbaine.

Les six demi-tribus primitives des Luceres, des liliamnes, des Tities, qui se partageaient en trente curies, étaient représentées au foyer public par les six vestales l . Or, la Vesta romaine, dont les prêtresses gardaient le feu sacré au nom des trente curres, est appelée 2 Vesta du peuple romain des Quiritcs. La formule par laquelle le grand-prétre choisissait la vestale, portait qu'elle remplirait les fonctions religieuses qu'une vestale doit légalement accomplir pour le peuple romain des Quirites 3 . Les Quiritcs étaient donc les hommes des curies, et le nom de Junon Quirite donné à la Junon des curics } est une nouvelle preuve que ce mot n'avait pas d'autre sens 4 .

1 Fcstus, s. v. Sex Veste sacerdotes, édition de M. Eggcr, p. . Stx l'ester sacerdotes o>nsliluta> sunt ut populut pro sua quaque » parte haberet ministram sacrorum, quia ciritas Romana in si x est » dislributa partes, in primas secundosque Titienses, Rhamnes et » Luceres. » Voir liv. 1 er , ch. II, Si. — * Vesta P. R. Quiritiutn. Eekhel (De doctrine nummorum reterum, t. VI, p. :M7) cite deux médailles de Vilellius qui portent cette légende. — a Fabius Pictor, dans Aulu-Gelle, l, 12, n"l4. • Sacerdolem Vestalcm quœ sacra faeiat

• quœ jous siet sacerdolem Vestalcm facerc pro populo Romano » Quiritiutn utei quai opluma lege fouit ila te Amata capio. » — «Denys (II, 50) dit que Tatius dressa, dans toutes les curies, des laides, qui subsistaient encore au temps d'Auguste, en l'honneur de la Junon appelée Quirite : f 'Rv airaaat; ?t Tai; xo'jptat^llpa tpaïr^a; » Ifytxo KupiT(a AEYOjxévTQ, ar xa*. si< tooe ypo'vou xcivrai. » Or, celle Junon des curies s'appelle en latin Curis on Quiris (Voir Feslus, s. v. Curis cl Curiales mensœ). I.o nom de Quiris accompagne celui de Junon dans plusieurs inscriptions, notamment dans celle que rapporte (miter (308, I) : . Cineius Priscus ponlifex sacrarius Junonis

* Quiritis. • Quant aux étymolngies qui font venir Quirites du nom de la ville de Cures, ou du mot sabiu Quir ou Curis (lance), ce sont

Lorsque, par l'admission des chevaliers equo publico, el des clients de l'aristocratie urbaine, dans les tribus consacrées des R/iamnes, des Tities et des Luceres, le nombre des citoyens inscrits dans les trente curies se fut augmenté, on commença à distinguer dans les prières publiques, le peuple primitif ou la noblesse sénatoriale (po/mlum), des autres hommes des curies (Quiritibits) 1 . Dans tous les sacrifices et

des hypothèses grammaticales dos anciens qui sont plus que douteuses. Ne serait-il pas bizarre qu'on eut appelé tous les citoyens do Rome habitants de Curo< parce qu'une partie d'entre eux seraient venus de cette ville sabine? Il n'est pas plus naturel qu'on ail désigné, dans la langue politique, les citoyens romains par un ternie qui, en sabin, aurait pu signifier lanciers. La lance n'était pas propre aux Romains, et les citoyens de la cinquième classe d-u temps de Scrvius ne la portaient pas. (les étymologie* n'ont pas plus de valeur que celles qui font dériver le mot Rhamnes de Romulus, celui de Titienses de Titus Talius, et celui de Luceres de Lucamon; tut qui donnent pour éponymes aux curies trente Sabines de Cures. Sur des assonances dans le radical des mois, les anciens ont fait des conjectures sur lesquelles les modernes ont bâti des systèmes. On n'a tiré jusqu'ici rien de certain des discussions sur les trois éléments latin, sabin, étrusque, qui seraient entrés dans la Formation de la Rome primitive. Tite Live ne place même pas de Sabins parmi les trois cents premiers sénateurs. Deny.% aussi étranger que lui à la théorie des trois éléments, ne parle pas des cent sénateurs albains dont il faut, dans ce système, faire à tout prix des Étrusques.

i Fesius, s. v. Dici. « Dici mos erat in omnibus sacrificiis preci

• busqué: populo Romano Qiiritibusqle » Tite-Live (VIII, 6; : « Ut

• ab utra parte cedere Romanus exercitus cœpisset inde se consul » devoverel pro populo Roma>o Quiiutibusque. » Cette expression a la même extension que celle que Decius emploie dans la formule de dévoûment (VIII, 9) . « Du àlanes.... vos precor uti populo Romano d Quiriticu rim rictoriamque prosperelis. - Cette explication nous semble plus naturelle que la supposition qu'a faite Niebuhr, d'une ville sabine imaginaire de Quirium, dont les habitants se seraient appelés Quiriles, par opposition aux habitants du Palatin qui se seraient appelés Rhamnes ou Romains, tandis que le Cu'lius aurait formé une troisième ville, celle do Lucerum, dont les habitants se seraient appelés Luceres. Lorsqu'on entre dans ce domaine indéfini de la fantaisie historique, où se joue parfois lo génie de Niobuhr, il est difficile de s'arrêter. M. Ampère, dans son Histoire romaine à Rome

toutes les invocations, on implorait les dieux en faveur du populus et des Quiritcs (pro populo Romano Quiritibusque) . Le Romain se figurait des dieux faits à son image, formalistes et chicaneurs, et il ajoutait à la formule ancienne pro populo liomano les mots Quiritibusque, de peur qu'ils n'appliquassent le bénéfice de la prière exclusivement aux nobles qui formaient le populus proprement dit 1 . On trouve la même précaution de langage, dans le texte de la loi de Publilius Philo (337 av. J.-C), et dans celle d'Iïortensins (286), qui renouvellent la loi Valeria-IIoratia de 446 av. J.-C. pour obliger les nobles à se soumettre aux décisions des tribus 2 . « Les plébiscites, était-il dit dans les lois • Publilia et Hortensia, obligeront tous les hommes » des curies, omucs Quiritcs. » Le législateur spécifiait tous les Quiritcs, de peur que le mot Quiritcs seul ne parût désigner comme dans les prières publiques les citoyens des curies qui ne faisaient pas partie du populus noble.

Les mots populus Jtomanwt Quiritium étaient l'équivalent de omnes Quiritcs ou de la formule religieuse populus Homanus Quiritcsque.

Le peuple romain des Quiritcs pris dans son en-

(ch. IX, fin, t. I", p. 20*2), a tenté de letrouver muf Itottus avant Homo, et il donne les noms qu'elles oui pu porter, « tuais sans en rèpondre. » Co seraient: i* Valieanuin, 2" Saiurnia, 3'Ksqmlia. 4° Sikelia, 5*Tarquinium, 6'Roma,7 J Palatium, 8'Romuria, 9* Cœlium. Si nous y ajoutons le Quirium et le Luc.mun de Ni buhr, nous aurons un total de onze cites ante-historiques dont l'histoire serait fon embarrassée.

l Comparer l'expression nnnruptirc ro/«a\er le priueipe de la loi des Douzc-Taldes : a LU tinijmi nunrupnssil, itn jus esto. - — •-'Tito- Live, VIII. 12 « Très leges s< ■vumin>S)intrs plitm, adressas tuilnhOUi. » tu/il (J, Pu blilius Philo diefutm ; hwiiii, i( phbisnttt umnrs < % hn- » rites trnrrrnt. • la loi Hortensia portait . Quod pleins jussusrl » omnrs Quintes tetunt. » Pline, Uislom naturelle, liv. XVI, eli. 15, n" 10.

DES CïlEVALIEliS ROMAINS 315

semble ne contenait primitivement que la population urbaine de la ville de Home. On sait que Servius avait établi pour les habitants de la cité des fêtes appelées compitalia, tout à fait distinctes des fêles des habitants de la Vampagne appelées paganalia. Or, le préteur annonçait la première de ces fêles, qui n'était pas placée à jour fixe dans le calendrier 1 , par la formule suivante - : « Le neuvième jour il y aura fête des > compitalia pour le peuple romain des Quintes ; quand • la fêle sera commencée, les affaires vaqueront. »

Le peuple des Quintes était donc la population urbaine des trente curies, qui célébrait la fêle des compitalia; et quelquefois on distinguait de l'ensemble de celle population le populus noble qui dirigeait l'assemblée curiate, par les votes du Sénat, et l'assemblée des centuries, par le vote des dix-huit prérogatives. On disait alors populus liomauus Quiritestpte.

Le sens que nous donnons ici au mot populus (peuple de la ville de Home) est du reste conforme à l'emploi le plus fréquent du mol populus dans Tite- Live. L'historien désigne souvent par là le peuple d'une seule ville par opposition à une nation tout entière'.

11 faut donc traduire les mots populus Romanus Quiritittm par ceux-ci : le peuple de la ville de Rome inscrit dans les trente curies 1 .

1 Fcrur non stntu<r, non slotiv. Voir Miicrobc. S'tturniilei. 1. !'*>. cl F<vsUis. s. \. l'iri'f stiti f. — Aulu-Gclit', liv. X. ch 24. a Vrrba » gnlnnnifi prwtoris . .. qnibns morr uuijurnni prias ronciprrr totrt> » ipur app' thtnlitr l'ompd ■ih<i; nt mbu turc sunt : [)ir. n<im ihjpoi.o » ltnwAv> Qt 'iiini m cmiiptliilfi i ront. (>"> m' '■> n.nripln fmrint. nrfas — ;i Tilc- r, \ I . i l.i' \'i l'iKiinilt i s(. . m ,u »\ iimiui sKiirh n l'oit vn \> { Vohn>rum\ u< ratas script"», oii'ini/iutin i\u»w «h mi i k ci.xs » btttinn inlnlrril. » » "»"|». \MI. •»! « lu fret rr ml Pœtwx hi l'oni.i: » Ahlliini, Vatnlim, ittrptm. put in h<n Surmitiitt, lannttni, » Mftnponlini, Crotoiwtucs, Loniqnr, » — i Apres la première

31f> HISTOIRB

Le sens primitif du mot plèbe confirme ce que nous avons dit de celui de populus. Le mot plebs désigna d'abord 1 la partie de la nation qui ne contenait pas les génies patriciennes. Il s'opposait en ce sens au mol populus pris comme synonyme de Patres \ Bientôt les chevaliers des douze centuries équestres equo jmblico, qui, pour la plupart, avaient été les chefs de la plèbe (prhrwres plebis), furent en quelque sorte adoptés par les races patriciennes et rangés dans les tribus des Rhamnes, des Tities et des Lucercs* Ils votèrent au Champ-dc-Mars avec le populus patricien des six suffrages, et lui donnèrent ordinairement leurs douze voix. Le mot plèbe ne désigna plus alors que les centuries de fantassins. Plus tard, le sens du mot plebs se restreignit encore ; mais parmi les plébéiens des premiers siècles de la République, il faut distinguer deux plèbes qu'on a toujours confondues, la plèbe urbaine, et la plèbe rustique.

La plèbe urbaine se composait des affranchis que Servius Tullius avait fait inscrire parmi les plébéiens des quatre tribus de la ville en leur donnant le droit de cité 3 . Restés dans la clientèle des grands dont ils avaient été les esclaves, ils mettaient à leur* service leur vote à l'assemblée des curies 4 où ils figuraient dans la

guerre punique, l'expression populus Homanus eut un sens plus étendu.

l Aulu-Gelle.X, 20. d'après Ateius Capiton: « Plèbe» rero eu di- . cilur in qua genlrs cirium patriciœ non insunt. » Tile-Live, 11, 5ti. « Unie aclioni gratissinur plrbi quum su m ma ri résistèrent Patres. » Satluslii t pist. ud Ctrsamn, II, à : • In duas parles ego cirilutrm » dirisum urbitror. sicut u majoribus accepi, in Patres et plebem. »

— *Festus: « Popuii commune est in legibus ferendis cum plèbe » suffragium : nain comilia ctnluriala e.r Patribus et plèbe constant *

— » |Vn\s, IV, 22. « O ci Tù).*mo; xt\ tow è^yfiîfovjiÊvot; twv Hï?ii tovtwv.... tiixë/ïtv -rr,; '.ToroXtTsia; èxitpîyï'.... eU s'jXà; xxcrc»£ £v » autoùç xàt; xxca w>Xiv TEmpa; 'iTrap/oyaa;. » — 4 Uenj'S, VI, 8'J-

DES CfîEVALIERS ROMAINS 317

gens de leur patron, leurs bras 1 et leur voix pour troubler au Forum rassemblée des tribus rustiques. Cette tourbe, méprisée de ceux même qui l'employaient, vivait dans les loisirs de la ville, de gratifications ou de prêts usuraircs, qui en rejetaient une partie dans la servitude. Quelquefois on lui permettait de piller une ville qu'elle n'avait pas prise, comme celle de Véies*(395 av. J.-C).

Une partie des clients de la ville étaient employés à cultiver les jardins et les champs que les patriciens possédaient auprès de Rome. Pour les tenir dans leur dépendance, les grands les constituaient souvent leurs débiteurs, et pouvaient ainsi se venger de la moin :; j contradiction, en se les faisant adjuger comme insolvables. Manlius Capitolinus e?s?ya de les délivrer de cette servitude mal déguisée où l'usure les replongeait. « Comptez-vous du moins, leur disait-il,. et comptez » vos adversaires... Autant vous avez été de clients » autour d'un patron, autant vous serez contre un » seul ennemi \ ► Mais la lâcheté fut toujours le carac-

. Ne{iT,9s\< 6 2T t |iOs clç xit« vkt ojto; çpaTp(a;.... <S« txtîvw x«XoO«

• xoupî*;, Sp^ovra; èvtauTwio-j; tî-oSetxvtiouai tow; rtp\ Acûxiov 'Joûviov

• BpoGrov, xil riïov Iixiwtov BeXXcrjTov. » Comp. Cicëron, Iï.ïr. 1 du Pro C- Cor m- lin « Itaque auspicato. postero anno Xtribuni plebis comi- » liis cariait» crrtili sunt.» Tile-Livc, II, 5(i; »Volrro rogationrm tulit » ad populum, ut plcbiii maaistratut tributis anitiliis fièrent. Haud » par va m. sab tilulo prima specie minime alroci ferebatur ; sed » qwr pulriciis omnrm polestatvm pet cliektium *cffracia cpeamdi

• qios vbllent tribunos auferret. » Denys, IX, 41. « BoXépwv vdjiov » eio^ëpet itep\ ?û>v OT.jiap^ixwv dp^atpearttov, |iSTaywv aura èx t?,< » çaxpiaxr.ç ^çr.çopfaç , ?,v oî 'Pwjxaîoi xovpiiTT.v xaXoOsiv, èit\ tJ|v

• (pyXftTixTÎv. >

1 Denys, IX, 41. • K«6' 4tatpe£«c ol wa-rpfxtoi xort x«i irurrpap&ç fipux » TOÎ; èCtl>-.'J)V T.Ù/Â'.VLZ OÙ/. ô).t*/&i; GÙVl, icoUk (j^pn tt.ç iyo-

• pôç xemlxav*.... eopy|âoOvT£<.... » — »Tile-l.ivo,V, 20. «Avidas in di-

• uptioncs tua nus otiosoium cbhanohi m pra>rcpturas fortium bel lato- » rum pnrrm/j r<ir. » — Tiie-I,ivc\ VI, 18, et toute l'histoire de Manlius, du ch. 13 au ch. Î0. Celte plèbe urbaine formait, dès l'an

3IS HISTOinB

tère de cette plèbe urbaine ; et. par là, on la distingue de la vaillante plèbe rustique. Elle se laissa enlever son défenseur et forma des attroupements nuit et jour devant la porte de sa prison, sans oser la rompre. Enfin elle assista silencieuse au supplice de Manlius, comme plus tard, à l'assassinat des Gracques. Il est même à remarquer que ce furent les tribuns de la plèbe rustique, qui accusèrent et précipitèrent de la roche Tarpéienne, celui qui s'était dévoué aux intérêts de la plèbe de la ville.

Tout autre était la grande plèbe rustique, qui, dès les premières années de la République, forma seize tribus sur vingt l . Elle se composait de petits proprié-

503 av. J.-C, ce que Tite-Livc appelle la faction du Forum. Elle se composait des affranchis ci des plus pauvres citoyens que Quinlus Fabius Maximus fit rentrer dans les quatre tribus urbaines d'où ils (Haicnt sortis (Titc-Live, IX, 40, lin). Comp. Denys, IV, 23, fin. Servais dit aux patriciens qu'ils trouveront un grand avantage à donner b s droits politiques aux affranchis, parce qu'ils en feront des clients dévoues à eux et à buts (ils.

1 M. Mommsen, dans son livre sur t -s tribus r<>nt<iin>$ (Altona , 1844), a montré par une étude tirs-précise des manuscrits de Titc- Live, que, dans "le livre I", ch. 21, de cet auteur, où on lit:

/toMirp tribus uiuiit riyintt f<tcla\ » le Hidfrr vingt-un n'est pas authentique. Il se trouve pourtant i^ns Denys d'Ilaliearnassc. Mais le raisonnement que cet auteur prèn> .i C'.oriolan , qui fut absous par neuf tribus (Denys, Ml, ch lin), et r|ui dit «\oir été condamné à une majorité de deux voix (Mil, C. « Svri jjuivov éâXwv «j^90i<. »), ne suppose que un-' thUns - n i'.Ki av J.-C. La révolution qui chassa les Taïqm us eut ponr omsc [uenec de transformer l'organisation toute militai' e des cenuirics de Scrvius en une organisation politique. Les pleii ..'-iens des campagnes qui, depuis Servius, combattaient dans les lo-n.n*, furent admis à voter au Champ-de-Mars La premi.'io lui ccniuhate fut celle de Publieola sur l'appel au peuple iCiccion, I), Iltpubiim, II, 3l). « Publient» » Irgrm ad poputuin tulit cain qtttp c> lUur.nlis ctmiiliis prima lata » est. » La première élection cenfuriate fut ci lle des premiers consuls (Titc-Live, I, 60). En même temps, les plébéiens des campagnes formèrent seize tribus rustiques qui s'ajoutèrent, en 494 av. J.-C-, aux quatre tribus urbaines .Titc-Live, I, 21) ; ce qui amena, en 492 av. J.-C, la création des tribuns de la plebc.

laires de campagne qui remplissaient les centuries des classes moyennes et les rangs des légions Investie, depuis le renversement des Tarquins, du droit assez illusoire de voter au Chanrm-dc-Mars après les quatrevingt-dix-huit centuries de la première classe , elle ne tarda pas à former rassemblée des Iribus où seule elle dominait. Voici comment Denys en décrit la première réunion à propos du procès de Goriolan (490 av. J.-C.) 1 :

t Les patriciens et les plébéiens se préparèrent avec » ardeur à la lutte. . . Le troisième jour de marché » étant venu, la foule des plébéiens arriva des cam- •» pagnes plus nombreuse que jamais, et s'étant ras- » semblée dans la ville, elle occupa le Forum dès le • malin. Les tribuns convoquèrent celte multitude à » l'assemblée des tribus. Ils séparèrent avec des » cordes tendues sur le Forum, les places où chaque » tribu devait se réunir. Ce fut la première fois que » les Romains formèrent l'assemblée où l'on vote par » tête. En vain les patriciens s'opposèrent de toutes » leurs forces à celte innovation. En vain ils deman- » dèrent que le peuple fût convoqué par centuries. »

Si, à côté de ce passage, on relit ceux où Denys nous apprend 3 que les anciens Romains n'estimaient que deux métiers dignes d'un homme libre, l'agriculture et la guerre, et qu'une loi précise interdisait même à tout citoyen, le petit commerce el les profes-

1 Donys, VII, 59. Nous avons déjà remarqué que Denys ignore que les nundincs furent des jours néfastes jusqu'à la loi d'IIortensius, en Î86 av. J.-C. Mais sa description prouve deux choses : 1* que depuis la loi n»rlrruia. 2S6, jusqu'à la loi Fufia, t36 av. J.-C... c'est-à-dire dans lu période où les nundincs cessèrent d'être néfastes , les tribus étaient convoquées les jours do marché ; 2* que, pour Denys, les anciennes assemblées des tribus se composaient surtout de paysans. — * Denys, II, 28, el IX, 25.

sions ouvrières, on se persuadera que, pour cet historien, la plèbe ancienne se composait en très-grande partie de laboureurs. D'ailleurs, il est certain que de 494 à 386 av. J.C la plèbe urbaine n'eut dans les tribus que quatre voix sur vingt ou vingt-ct-une.

La plèbe rustique, au temps où elle prenait possession du Forum, avait déjà fait la loi aux patriciens. Par un traité où les Féciaux 1 étaient intervenus, comme entre deux peuples voisins et rivaux, les sénateurs, chefs des Romains de la ville, avaient accepté les conditions que mettaient à leur alliance les Romains de la campagne. Ceux-ci avaient obtenu d'être représentés dans Rome par des tribuns, véritables ambassadeurs de la plèbe rustique, accrédités auprès de l'aristocratie urbaine. Inviolables, parce qu'ils étaient couverts p^r une loi du droit des gens, les tribuns étaient chargés de veiller dans Rome à la sécurité de tous les plébéiens 2 . Ils les protégeaient contre les magistrats patriciens, contre les consuls.

Aucun des candidats au tribunat de la plèbe ne pouvait être patricien 3 , et primitivement l'assemblée des trente curies de la ville choisissait entre ces candidats 4 . Elle leur donnait une homologation de leurs pouvoirs

1 Dcnys, VI, 89. « 01 itspl -riv BfoyTOv, rn:otT|jjtivot "rit? t9}v i jîoiA^v ffvvftifxaç Sii TÔ>v elsT,vo£txûv, oû; v.<im~jh 'Pwaaîot 4>tTidXsi;. »

- 2 Aulu-Olle, XIII, 12, n* 9 u Trihuni phbis anliquitus créait « videntur non juri dicundn.. srd inl< »r. ssionibus faciendis quibus

- pra-senles fuissent ; ut injuria, qaa- curam fin i t, arerretur : ne » proptereu jus abnoctandi adonplum . » Aulu-Gellc cile un passage de Vairon qui [trouve que les iribuns de la plèbe, ayant chacun un viateur, avaient le droit d'arrestation (prmsionem), niai? non le droit de citation (rocalionein) , pan e qu'ils n'avaient pas de licteur. — 3 Tite-Live. II . 33. « Vt ph bi sut magislratus estent

- sacrosancti quibus auxilii iatio adeersus consults rsst t, nrvr cui » patrum capere cum magislralum licvni. » — J Ciceron, Pro C. Cornelio, frag. I. « Itaquc auspicato postera anno X tribuni plebis » comitiis curiaiis ereati sunt. » Comp. Dcnys, VI, 89, et IX. M.

assez semblable à Yexequatur que les consuls des puissances étrangères reçoivent de notre gouvernement. Celte formalité du vieux droit politique fut supprimée par la loi de Publilius Volero qui transporta l'élection définitive des tribuns, de l'assemblée curiate à celle des tribus (470 av. J.-C). Mais elle se conserva dans le souvenir des jurisconsultes l .

Les tribuns, représentants de la Rome extérieure, n'entraient point au Sénat où les trois cents Patres représentaient les trente curies de la ville. Ils restaient, comme étrangers au populus, dans le vestibule de la curie*. Leurs sièges étaient placés devant les portes du temple; mais ils ajoutaient aux sénatus-consultes par leur visa la ratification delà plèbe. Ils ne devinrent sénateurs que par le plébiscite d'Aternius 3 , postérieur sans doute à la révolution de l'an 240 av. J.-C, qui fondit en un seul corps de nation la plèbe elle populus. Jusque-là, s'était réalisée la craiute qui, selon Denys 4 , avait été exprimée par Menenius sur le Mont-Sacré, lorsque Bru tus demanda la création des tribuns : // y avait deux cités en une, celle qu'entourait lePomœrium et celle des tribus rustiques, le populus et la plèbe.

1 Messala, dans Aulu-Gelle, XIII, 15, n» 4. . Minoribus ereatis ma- ■ gistrulibus tribulis comiliix magislratus, sed justiim ci ri ata datur i.r.ce. » Majores centuriatis comitiis fiant » — * V;ilm* Maxime, II. î, n u 7. « Illud quoque metnoria rrpclnidum est, quod tribunis plcbU inlrare

• curiam non licebat. Anlc voiras autem, posilis subxclliis, décréta Pa- » trum attentissivia cura vxaminabant, ut, si qua ex eis improbassent, » rata esse non sinerenl. Ilaque veteribus seiuitus-consultis T l Ultra

• subscribi solebat, eaque nota significabatw iila Iribunos quoqwi » censuisse. » — : » Vairon, dans Aulu lidk\ XIV, 8, n° 2. . Namque

• et tribunis plebis senatus habendi jus erat quanquam senalores non » eranlante Alernium plebiscitum. » — * Oenys, VI, 88. • Moi « xort

• cppovrlç r ( {iâç tlstp/tm, pi itcrce 3Jo -noXttç Tonfakjjitv 4v px?. » Plulanjue (Vie de Coriolan, XVI, fin) appelle le tribunal : • Aidtowiv » tt.î TriXo*, oÙ'Aî'l /JUàç, w< itpdtefov, oû«w, &ôeYti<v»j< to^v

Si

3t2 HISTOIRE

Toute l'histoire de la création du tribunal nous est arrivée mêlée de contradictions et d'erreurs. Nous la dégagerons de deux idées fausses qui la rendent incompréhensible, et nous suivrons le récit des anciens, en remettant les faits sous leur véritable jour.

Tite-Live raconte, que les dix 1 légions de l'an 493 av. J.-C, levées par le dictateur Valeri us, avaient prêté serment aux deux consuls 9 ; qu'après l'abdication de Valerius, le Sénat, de peur de faire renaître les troubles, résolut de ne point les congédier, et de profiter de ce qu'elles étaient retenues au drapeau par la religion du serment, pour les envoyer contre les Eques. Cette résolution aurait hâté la révolte. Les soldats, pour se dégager du serment fait aux consuls, auraient d'abord projeté de les assassiner. Puis, instruits que ce crime ne les délivrerait pas de leur engagement religieux, ils auraient été, sur le conseil de Sicinius, et sans l'ordre 3 des consuls (injussu consu- /um), occuper le Mont-Sacré à trois milles de Rome, au nord de l'Ânio.

' Toute cette première partie du récit est fausse. Tite-Livo nous apprend lui-même que ce fut seulement en l'an 216 av. J.-C. que pour la première fois les soldats prêtèrent serment à leurs chefs, et jurèrent de se réunir sur l'ordre des consuls et de ne pas se séparer sans leur ordre. Auparavant, les cavaliers de chaque décurie, les fantassins de chaque centurie s'engageaient seulement entre eux par une promesse

1 Tite-Live, II, 30. t Legionet decetn effecta: ternœ inde datœ con- » sulibus, quatuor diclalor utus. » — :> Tite-Live, 11,32. • Quoniam in

• consulum verba jurauenl sacramento leneri mililem rati. » — 3 Tite-Live (III, 20) donne ainsi la formule du serment: « Quum » omnet in verba juraverinl convbutiros se jibsc gonsclis, nbc injosso

• AUTO*». > Dans ce passage, Tite-Live a aussi commis un anachronisme.

sacrée, mais volontaire, à ne pas fuir, à ne pas quitter leurs rangs, si ce n'est pour aller chercher une arme, tuer un ennemi ou sauver un citoyen. Les tribuns militaires de l'an 216 av. J.-G. transformèrent cet engagement spontané d'homme à homme en un serment légal exigé par les chefs l .

Ainsi toute l'histoire de la révolte de 493 av. J.-C, qui suppose que le serment établi en 216 av. J.-C. existait déjà aux premières années de laRépublique, et qui prête au Sénat d'alors des combinaisons, aux soldats, des projets et des scrupules fondés sur ce serment, est un récit plein d'anachronismes et de faits imaginaires.

Chez Denys 2 , l'erreur s'accentue plus fortement. Les soldats qui abandonnent leurs chef&, restent fidèles à leurs enseignes. Ils les emportent au Mont-Sacré, et, en violant la religion du serment, ils conservent la religion du drapeau. Mais, comme les légionnaires de 49.'; av. J.-C. n'avaient point fait de serment aux consuls et n'étaient liés qu'entre eux par un engagement personnel de ne pas s'abandonner sur le

1 Tite-Live, XXII, 38, an 216 av. J.-C. « Milites lune, qcod kvx-

• quah axtea facti'm ehat, jurejurando ab tribunis mililum adacti, 9 jtssu coN-uii\i cosvKYii hos, \r.Qvr ikjismj abitcbos A'am ad eam » diem nihil prater sacramcnlum fuerat, et ubi ad decuriaium aut

■ cenlurialum convenissent, tua voluntate ipsi inter te équités deev- » riati, centuriali pediles conjurabnnt sese fugœ alque formidinis ergo

• non abituros, neque ex ordine recessuros, nisi teli sumendi aut pe.

• tendi, aut hostis feriendi aut ci ris se i va ndi causa. Id ex vniuntario » inter ipsos fœdere a tribunis ad légitimant jurisjurandi adactiontm » translatum. • Du reste, la première partie de la formule du serment que les tribuns militaires exigeaient, au nom des consuls, est donnée par Cincius , dans Aulu-Gelle (liv. XVI, ch. 4); elle commence ainsi: . In magislralu C. Ixelii C. f\tii consulis, L. Cornelii P.

■ fllii consulis in exercitu dcccmquc mittia passuum prope furlum » non facics dolo maio solus ni que cwn pluribus pliais nummi arcentei.* Il n'y eut pas de monnaies d'argent frappées à Rome avant 269 av. J.-C; elles n'y étaient pas connues avant la guerre de Pyrrhus. La f ormule date donc des guerres puniques. — < Denys, VI, 46.

champ de bataille, les compagnons de SiciniusBellutus et de Junius Brutus n'avaient aucune raison de rester réunis après la fin d'une campagne victorieuse.

S'ils voulaient faire une démonstration politique, on ne comprendrait pas qu'ils en eussent placé le théâtre sur une montagne isolée, à une lieue au nord de Rome A quoi bon camper en hiver sur le Mont-Sacré? Et pourquoi des soldats, qui violaient les lois pour faire une révolution, n'imposaicnl-ilspas leurs volontés aux patriciens dans Rome même ?

D'ailleurs le séjour de presque toute la plèbe sur le Mont-Sacré présente des impossibilités de toute sorte. Tite-Live y fait aller les dix légions de 493 av. J.-C. et, comprenant l'invraisemblance de l'immobilité prolongée d'un camp de cinquante mille hommes, il ne fait durer cette retraite que quelques jours \ Mais, dans celte hypothèse, on ne comprend plus que la retraite de la plèbe, ayant été si courte, ait empêché les travaux de la campagne, et causé, comme il le dit, la disette qui vint deux ans après *.

Denys, qui a moins de critique que Tite-Live, n'atténue aucune invraisemblance. 11 ne met, il est vrai, que six légions, c'est-à-dire trente mille soldats, sur le Mont-Sacré. Mais les plébéiens de la ville viennent en foule se joindre à eux. (l'est une véritable émigra-

1 Tite-Live, II, 32. . Ibi, sine ullo duce, valto fostaque communUit » catiris, quieli, rem nullam nisi necessariam ad victum sumendo, » peu aliqiot dies, neque laerssiti neque lacessentes sesc trnuere. » — a Tite-Live, II, 3*. » Carila* pritnum annontB ex ijicilti< per » &ecessio3em plebis AcBis : famés deinde, qualit cl au tis solet • Tite- Live dit que la retraite cul lieu à la fin du consulat de Senilius et de Vetusius. Spurius Cassius et Postumus Cominius devinrent consuls pendant la retraite au Mont-Sacré. La disette commença avec le consulat de Gcganius et de Minucius. Mais, de l'aveu de Tite-Live (II, 21), il n'y a pas grand fond à faire sur la chronologie de celte époque.

tion qui laisse Rome presque déserte l , comme si elle eût été prise d'assaut. Les habitants de la campagne quittent aussi leurs demeures pour se rendre, les plus riches, auprès des patriciens de Rome, les plus pauvres, auprès des réfugiés du Mont-Sacré. La désertion des champs est telle que les paysans laissent périr leurs bestiaux 2 ; et cette division de la population accumulée dans deux camps opposés dure, selon Denys, depuis les jours qui suivirent l'équinoxe d'automne, jusqu'aux environs du solstice d'hiver. Cicéron dit même 3 que la création des tribuns n'eut lieu que dans l'année nui suivit la retraite de la plèbe au Mont- Sacré. Denys nous a donné, avec tous ses détails, le récit que Tite-Live a essayé de corriger en l'abrégeant. Mais ce récit n'est pas seulement invraisemblable. l\ ne se compose que d'une suite de faits impossibles.

Se figure-l-on des laboureurs quittant leurs travaux, négligeant à la fin de septembre de semer leur blé d'hiver, et laissant mourir leurs bœufs à l'établc, pour aller faire sur une montagne, avec des soldats révoltés, une démonstration politique qui dure jusqu'à la fin de décembre? D'un autre côté, comment admettre que, pour conquérir même la plus importante des garanties, les plébéiens d'une grande ville aient émigré en masse et abandonné leurs maisons et leurs familles; ou qu'ils aient entraîné dans un camp leurs femmes et leurs enfants à l'entrée de la mauvaise saison? Comment cette multitude se fût-elle nourrie, chauffée, logée? Le pillage des biens des nobles eût-il suffi à entretenir toute une population devenue oisive,

1 Denys, VI, 40. « Tô 3ï|]ior.x6v roXù èÇr/ctto, xa\ tô niGoç àXcteti > ztfXio; èjiïtpi;, ol(«.>f»i Te twv jTojxevovrwv, xa\ xa-c(i|iïjn{/u; &XXt(Xuv » ty£wro èpunouiiévriv ttjv iïoXiv ôpwvriov. » — 2 Denys, VU, ch. • Cicéron, Pro C. Cornelio, fragm, i« r .

où il y avait de trente ù cinquante mille soldais? Qu'eùt-elle fait pendant trois mois sur le Mont-Sacré, où il était pour elle aussi impossible de vivre, qu'il était inutile et peu sensé d'y aller ? Les Sabins qui étaient en armes contre Rome eussent-ils négligé l'occasion de la prendre, pendant qu'elle était désertée par ses habitants et par ses défenseurs, si dix, ou même six légions, se fortifiant dans un camp retranché, s'y fussent enfermées avec la plèbe, dans une inaction incompréhensible 1 ?

Le récit de Denys est donc rempli d'invraisemblances choquantes. L'idée qu'un serment fait aux consuls en 493 av. L-C, eût retenu autour des drapeaux les soldats révoltés, est une inconséquence et un anachronisme. L'émigration en masse de la plèbe et son séjour prolongé sur une montagne étaient impossibles. Qu'est-ce donc que cette fameuse sécession de la plèbe qu'on a fort improprement appelée la retraite au Mont-Sacré?

L'apologue de Menenius Agrippa, qui est la partie du récit primitif lu mieux conservée par Tite-Live, va nous en faire comprendre le sens 9 .

t Au temps où dans l'homme tous les membres » n'obéissaient pas à une même pensée, et où chacun

• d'eux avait sa volonté et son langage, les différentes » parties du corps s'indignèrent d'être au service du » ventre, qui seul profitait de leurs soins et de leurs » travaux. Le ventre, tranquille au milieu d'eux,

l La prouve que la ville ne fut point abandonnée, c'est que Q. Cicéron, dans le J)e hgibus, III, 8, parle ainsi de la naissance de la puissance Iribunitienne : « Cujus primum orfum si recordari rolu- » mus, inter arma ririuin et ocgitati* m ou^m^ i mus iou* procréa-

• tam ridt'tnu*. » • — '-' Tilc-Livc, 11, M. « Pmsco Mo dicendi et non.

• rido modo nihil aliud quam hoc narrasse ferlur. »

DES CHEVAtlERS ROMAINS 3*7

> n'était, disaient-ils, occupé qn'à jouir des plaisirs

• qu'ils lui donnaient. Ils conspirèrent donc, les

• mains, pour ne plus porter la nourriture à la » bouche, la bouche, pour ne plus la recevoir, les

> dents, pour ne plus la broyer. Mais en voulant,

• dans leur colère, réduire le ventre par la famine,

> les membres eux-mêmes et le corps tout entier de- » vinrent maigres et décharnés. Par là on s'aperçut » que le ministère du ventre n'était pas inutile, qu'il » avait moins pour fonction d'être nourri que de » nourrir, puisqu'il rendait à toutes les parties du

> corps le snng enrichi par la digestion des aliments,

> et qu'il faisait ainsi couler dans toutes les veines la » force et la vie. »

Sous cette allégorie transparente on aperçoit sans peine la réalité historique. La ville de Rome fut en effet affamée ; les bras de la campagne refusèrent de lui porter sa nourriture ordinaire. Les plébéiens des tribus rustiques, maltraités par des citadins orgueilleux, avaient transporté le marché des nundines du Forum romain sur le Mont-Sacré. Ils avaient exclu du marché les patriciens, et ils y admettaient la plèbe urbaine, qui s'était entendue avec eux pour compléter ce blocus du patriciat.

Nous allons reprendre tout le récit des historiens anciens à ce point de vue qui en rend tous les détails intelligibles et clairs 1 .

1 Nous n'essaierons pas de suivre un ordre minutieusement chronologique, qui serait d'ailleurs impossible. Titc-Live dit, en commençant le récit de ces événements (II, 21) : « TntUi errons implicant

• tèmporum, aliter apud alios ordinatit magistratibus, ut, née qui

• consul es tecundum quosdam, nrc quid quoque anno aclum sit in tarda vetustaU, non rt rum modo, sed etiam aucUtrum digerere pos-

p sis. » Le vrai ordre est donc ici celui qui, au milieu de ces incertitudes, subordonne les détails à une idée d'ensemble qui los explique.

La mort de Tarquin-le-Superbc mit fin aux ménagements que les patriciens de Rome avaient gardés pour la plèbe 1 . Jusque-là, la crainte du retour des rois les avait disposés aux concessions, et ils avaient accordé aux hommes de la campagne qui, depuis Servius, étaient enrôlés dans les légions, le droit de voter au Gliamp-de-Mars et celui de former seize tribus rustiques. Mais la sécurité leur rendit tout leur orgueil. Habitués à faire rentrer dans l'esclavage les affranchis de la plèbe urbaine, qui ne payaient pas les intérêts de leurs dettes, et à les enfermer dans leurs ateliers de travail, ils prétendirent traiter de même les propriétaires de la plèbe rustique. On vit un ancien centurion, un plébéien d'une grande maison *, qui avait possédé autrefois des champs et des troupeaux, s'échapper d'une prison de débiteurs esclaves où son créancier l'avait plongé. Il montra au peuple des Quirites la trace des coups que son maître lui avait fait donner. La plèbe de la ville, résignée à souffrir ces cruautés, tant qu'elle seule était frappée, se révolta dès qu'elle put espérer le secours des plébéiens de la campagne. Ni la hauteur insultante du consul Appius, ni les demi-concessions et les promesses de son collègue Servilius ne purent .empêcher la coalition des deux plèbes. La populace des clients, auparavant tremblante devant les tribunaux des consuls et sous le fouet de l'usurier patricien, osa élever la voix et réclamer la liberté, dès qu'elle vit arriver à elle la fière plèbe des tribus rustiques, les laboureurs propriétaires, dont le travail nourrissait Rome, et dont le sang payait ses

1 Tilc-Live, II. 21. « Plebi cuiadeam diem sumina ope inservitum » crut, injuriœ a primoribits ficri cœprre. » — ^Tite-Live, II, 23, dit:

« MACHO NATO QUIDAM. •

victoires 1 . Servilius put encore, en ordonnant de relâcher les prisonniers pour dettes, former une armée contre les Sabins. les Volsques et les Auronces. Mais, lorsqu'après trois victoires, les légionnaires virent qu'Appius recommençait à adjuger comme esclaves les débiteurs aux créanciers, le soulèvement éclata plus terrible. Sous le consulat de Virginius et de Vetusius, des conciliabules nocturnes se tinrent au quartier des Esquilies et sur le mont Aventin. L'Esquilin avait été autrefois habité par Servius, le libérateur de la plèbe urbaine, qui l'avait peuplé d'affranchis. L* Aventin, placé en dehors du Pomœrium, était le poste avancé de la plèbe rustique *. Opprimés de la ville et de la campagne se rapprochèrent, et concertèrent pour venir à bout des patriciens un terrible projet : Les clients et les fermiers des nobles de Rome refuseraient de cultiver les terres de leurs maîtres, et les plébéiens de la campagne les approvisionneraient en leur apportant le blé, non plus au Forum, mais sur la montagne située à la rive droite de l'Anio, au pied de laquelle se croisent les routes qui font communiquer le Latium, l'Etruric et la Sabine. Le palriciat serait réduit par la famine à capituler, ou Rome cesserait d'être le marché du Latium et perdrait bientôt par là, son rang de ville dominante. Un dictateur aimé du peuple parvint à arrêter encore quelque temps l'explosion de toutes les colères. Pour mettre fin à

1 Donys, VI, 27. • Tfl 8' é;T,ç ^[iipa irapT,v oit ilovov ô x«tÎi ictfXiv » ôyXo;, àXkk xal èx twv »6v£y?i>; àfpwv tô ôt 4 |iotixov itXtiOoç. » — s Tite-I.ive désigne assez clairement les conciliabules des «leux plèbes ^11, 2s): «yune in mille ccrias concioni^uc, quum al ta in Esqumis, ■ alla in Avr.vnso ftanl concilia dispersant et dissipalam esse rempu- • biicum. • Les plébéiens <les curies, réunis sur l'Esquilin, étaient ceux de la ville ; les plébéiens de l'assemblée du Forum (Concio), réunis sur l'Aven tin, étaient ceux des campagnes.

toutes les guerres extérieures qui fournissaient aux patriciens un prétexte de différer l'exécution de leurs promesses, dix légions s'armèrent sous la conduite de Valerius, et tous les ennemis de Rome furent abattus en peu de jours. Cette victoire fut suivie pour la plèbe d'une nouvelle déception. Valerius, dont les promesses aux débiteurs étaient désavouées par le Sénat, abdiqua la dictature.

Alors les deux plèbes, ne comptant plus sur la bonne foi du Sénat, mirent à exécution le dessein des conjurés des Esquilies et de l'Aventin. Dix légions, selon Tite-Live, six, selon Denys, se rendirent autour de la montagne de la rive droite de l'Anio, non pour y camper, ni pour y faire un séjour impossible, mais pour y marquer la place du nouveau marché. Elles y consacrèrent aussi à Jupiter 1 l'enceinte où devaient se réunir, aux jours de délibération, les plébéiens membres de la nouvelle cité. Sans doute, en se retirant, les légions laissèrent une garde pour veiller sur cette montagne sainte, désignée pour devenir le centre d'une ville future, rivale de la Rome patricienne.

Dans l'Italie ancienne, on rencontrait un grand nombre de ces places marquées du nom de fora ou de conciliabula 2 , qui, avant de se transformer en villes, furent à l'origine les rendez-vous 3 où se réunissaient à des jours fixes les habitants de plusieurs

1 Festus, s. v. Sacer. — - Tite-Live, VII, 15, cl XL, 37. Un grand nombre do villes italiennes gardèrent le nom de Forum : Forum Aurelhsm, R>rum Livii, etc. — 3 Tite-Live (1, 50 et 51) et Denys (IV, 45) nous montrent que, dans les temps anciens, le bois sacré de la déesse Fereniina, aux environs d'une source du môme nom qui coulait au pied du mont Albain, était le rendez-vous des peuples latins. De 346 à 337 av. J.-C (Tite-Live, VII. i5), les Latins firent une véritable sécession, analogue à cello des plébéiens de 493. • Concilia » populorum I/ithwrum ad lucum FcmUinœ habila ; responsumque • haud ambiguum imperanlibui miiiUs Romanis daêum: « abtislsrcni

villes ou villages pour traiter d'affaires commerciales ou politiques. Tel devait être le nouveau mont de Jupiter opposé à celui du Capitole, le }font Sacré,

En même temps les plébéiens de la ville refusaient de cultiver autour de Rome les jardins et les champs des patriciens, et de faire les semailles d'octobre : et, pour se mettre en garde contre la famine qu'ils prévoyaient, ils enlevèrent les blés des champs voisins dont ils étaient les fermiers l .

La famine se déclara dans la Rome patricienne comme dans une ville bloquée \ Une partie de la plèbe urbaine se jeta hors de la ville pour aller s'approvisionner aux nundines du Mont -Sacré. Les patriciens voulurent en vain la retenir pour contraindre les gens de campagne à revenir, faute d'acheteurs, apporter leur blé sur le Forum \

Les portes de Rome furent ouvertes de force, et les plébéiens de la ville furent admis au marché d'où le patriciat était exclu. Sans doute la partie la plus pauvre et la plus misérable 1 de cette plèbe, effrayée de la rigueur des usuriers romains, resta dans quelques cabanes bâties sur le nouveau mont de Jupiter, comme les fugitifs qui autrefois avaient cherché asile auprès de la

. imperure iis quorum au.rilin cycrent. » L'assemblée de la plèbe au Forum s'appelait aussi Omcilium.

1 Titc-Live, II, 34 (DUcouts de Coriolan). • Rapiant frumenta ex » agris nostris qurmndmodum tertio anno rapuere. « — ? Tile-Live, Ibid. « Carilas primum annonœ ex incultis per secessionem plebis » agris : famks iiçindk qialis clausis solet. » — 3 Deny», VI, 46. — 4 Dcnys (VI, G3, tin) fait «lire a Appius que les listes du dernier cens coinptenl cent ticnte mille citoyens en état de porter lesarnios, et que le nombre des réfugies n'en est pas la septième partie. Ils auraient donc été de quinze h seize mille, d'après Denys, dont tout le récit est empr eint d'exagération, llanstous les cas.il n'y a\ ait sur le .Monl- Sacré, ni dix, ni six légions romaines, ni une masse considérable de plébéiens émigrés.

33î HISTOIRE

ville naissante de Romulus. Echappés des prisons patriciennes, ils formèrent, sous la protection de la garde du Mont-Sacré, et des deux tribuns que la plèbe rustique s'était choisis dès le 10 décembre, le noyau de la population de la ville nouvelle. Mais, si faible que fût cette émigration, elle ne tarda pas à manquer de tout sur cette colline isolée ; et il fallut que les habitants des campagnes vinssent lui distribuer du pain. La légende avait personnifié la charitable plèbe rustique qui la nourrit sous la figured'Anna Perenna, vieille femme ou fée bienfaisante du village de Bovilke. qu'elle représentait apportant tous les matins des galettes de campagne aux réfugiés du Mont-Sacré 1 . Mais les distributions de Perenna devinrent bientôt insuffisantes, et Mcnenius Agrippa fit comprendre à ces malheureux émigrés qu'en s'associant à un projet pour affamer Rome, ils s'affamaient eux-mêmes. Les plébéiens de la campagne s'aperçurent de leur côté que le Mont- Sacré, trop éloigné du Tibre et de la mer, remplacerait difficilement Rome comme centre commercial de la Sabine, de l'Etrurie et du Latium. Les réfugiés de la plèbe urbaine, après un premier traité qui garantissait leur liberté (interposita fîde) ' J , quittèrent ce nouveau forum presque toujours désert dans l'intervalle des nundines, et ils rentrèrent armés dans Rome. Mais la plèbe rustique ne se prêta pas si vite à une réconciliation complète. Elle transporta le marché et le lieu de ses réunions sur la colline plébéienne de F Aventin, aux portes de la Rome patricienne, mais en de-

1 Ovide. Fastes, liv. III, vers 661 cl suiv. — «Cicèïon, Pro C. Cornetin, frnjrm. I er . <> Tttm, intrrposiltt flde, per très lt gains amptistimos

• riros, Romain armait meitirunt. In Âvcnlino consederunt. Indr ar- » malt in Cap Un Hum vmrrunt. Decrm Iribunv» plebis prr pontificem,

• quod magiitratut nullus erai, creavtrurU. »

hors du Pomœrium 1 . Ce premier rapprochement se fit en même temps que le retour des réfugiés de la ville que Denys place vers le solstice d'hiver. Le retour de la plèbe rustique au Forum n'eut lieu que Tannée suivante, lorsque le Sénat fit confirmer par l'assemblée des curies de la ville, la nomination des deux tribuns 2 . En attendant des concessions complètes du Sénat, les deux chefs de la plèbe de la campagne élus au Mont-Sacré :{ , Junius Brutus et Sicinius Bellutus, allèrent s'établir à l'Aven tin près du nouveau marché. La montagne de Remus 4 essaya une seconde fois de rivaliser avec la ville du Palatin.

L'occupatiou du Mont-Aventin qui suivit celle à\ Mont-Sacré ne fut pas davantage un campement des légions ni une émigration de tonte la plèbe. S'il était impossible que dix ou même six légions vécussent pendant trois mois d'hiver sur le Mont-Sacré, on ne peut admettre qu'elles en soient revenues vers le 22 décembre pour camper sur l'Aventin. Quant à un séjour de toute la plèbe dans ce faubourg déjà habité depuis Ancus Marcius, il était matériellement impos-

1 Cicéron, De Republicn, 11, 33. « m Nam , quum essel œre aliéna » commota civitas, plebs moniem Sacrum puits, dhnor Avenlinum » occupavit.» Sallustc, HUtoriarum lib. 1, frag 8, t'dit. Geriach, p. 213 (frag. 9 ou 10 dans d'autres éditions). « Quibus agilala savi

• tiis et maxime fœnoris onere oppressa plèbes, quum assiduis belli*

• tnbulum simul et mililiam tolerarel, armata montbm Sacroii atque ■ Aventim'm instdit. < L'autorité de Cicéron et de Salluste nous semble ici préférable à celle de Tite-Livc et de Denys, qui ne parlent pas de l'occupation de l'Aventin. — * Cicéron. Pro C. Cornelio, frag. l«r.

• Itaque auspicato postero anno X tribuni plebis ereati sunt. » Le chiffre dix est erroné. — 3 Cicéron, De Republica, 11, 34. • Duobu* » tribuni* plebis per sedilionem creatit... Cicéron, Pro C. Cornelio, frag. 1er « Tanta in itlis rirtus fuit ut ... duos tri bu nos crkareht,

• montera illum trans Anienem, qui hodie mons Sacer nominatur, in

• quo armati consederant, aterna memoria causa consecrarent. • —

• Feslus, s. v. Remurinus.

sible, si coart qu'on l'imagine, et il n'aurait eu aucune raison politique appréciable. Cicéron, dans le pro Murœna, nous fait comprendre le vrai sens de l'occupation de l'Aventin 1 :

« Si vous preniez pour principe, dit-il à Sulpicius, » que personne n'est de bonne naissance, à moins » d'être patricien, vous nous feriez croire qu'il faut » encore convoquer la plèbe séparément sur l'A- » ventin. »

La plèbe n'avait donc pris celle montagne que comme rendez-vous pour les jours de marché et de délibération politique. Mais elle n'y séjournait pas toute la semaine. Elle y laissait sans doute une garde pour empêcher que le Forum de l'Aventin ne fût, en son absence, envahi par les patriciens. Elle y venait en armes pour protéger ses réunions.

La réconciliation définitive de la plèbe rustique et du patriciat de Rome n'cul lieu qu'après rentrée en charge des nouveaux consuls '. Cicéron la remet jusqu'àl'annéequisuivitle soulèvement de 41)3 et comme l'année commençait le premier mars il n'est guère

1 Cicéron, Pro Murena, VII. « Si libi hoc su mi s, nisi qui pntricius » sil neminem botio esse yenere natutn, facis ul rursus i-i eb^ i.\ Avkjsti- • nu m stvoc*ni>A esse videatur. » Les mois lalins sccocurc pkbem signifient convoquer la plèbe hors du Poinu-nuin. Ln 3S4 av. J.-C, un des consuls ayant fait voler à son armée, réuni»* en assemblée par tribus (Iribuiim), une loi qui établissait l'impôt du vingtième sur le prix des esclaves affranchis les tribuns, pour empêcher les conséquences d'un précédent si dangereux pour la liberté, liront passer une loi queTite-Live résume ainsi (liv. VII. I<>) : o Me quùs postca rowi.ni » 6Evocarct capile sanrerunt. » Tiie-Live, selon son habitude (cornp liv. Ul, 63, 64,05, 71, et liv. VI, 2t ), mot ici pupulum pour plcbcm, en parlant de l'assemblée des tribus. Le consul de l'an 354 av. J.-C. avait convoqué ses soldats, divises par tribus, an camp de Su tri (sevocaverat plebem). — 2 Tite-Live, II, 33. . Pcr seeessionem ptebis » Sp. Cassiwt et Potlwniu* Continus consulalum inierunt « — 3 Cicéron, Pro C. Cornelio, frai:. 1". « Postera annu » — Les noms des

probable que les Romains de la campagne aient rapporté leur blé an marché du Forum avant ce mois de printemps où, depuis, on inaugurait l'année par des sacrifices à la déesse charitable Anna Perenna l .

Les plébéiens de la campagne se préparaient à empêcher qu'on ne cultivât au printemps les champs des patriciens qui entouraient la ville 3 , et cette menace obligea le Sénat vaincu par la famine à capituler 3 . Un traité, conclu par les féciaux, ramena enfin dans Rome, les plébéiens des tribus rustiques. Ils descendirent en armes de l'Avenliu,. et montèrent au Capitole pour reconnaître de nouveau le Jupiter Capitolin, auquel ils avaient voulu opposer le Jupiter du Mont-Sacré. Le marché des nundines fut reporté au Forum. Mais le Sénat dut approuver et faire approuver par les curies l'élection de Junius Brutus et de Sicinius Bellutus. Pendant plus de vingt ans, jusqu'à la loi de Publilius Volero (470 av. J.-C), il n'y eut que deux tribuns de la plèbe \ Les tribus désignaient les candidats au tribunat parmi lesquels les curies choisissaient 5 .

mois : quintilis, sextilis, september, oclober. november, december, en sont la preuve ; janvier et février étaient les deux derniers mois de l'année i Voirl'tfMofre romaine de M. Mommsen, liv. <•% ch. XIV, t. 1*'. p. 281 de !a trad. de M. Alexandre).

1 Ovide, Fastes, III, vers 145 :

■ Nec mihi par va fides annos hinc isse priores » Anna quod hoc eœpta est mente Perenna coli. » On demandait à Per««nna la nrùeo de passer l'année tout entière sans manquer de rien. « Sacrifkcia (lebanl ut annarb Perbnnarequk commode » licerei. » Macrobe, Saturnales, I, ii. — * Tite-Live, II. 34, discours de Coriolan, On. — 3 Tiie-Live, le partisan de l'aristocratie, exprime bien ici les colères patriciennes (II, 34). Il fait dire à Coriolan: • Cur Sicinium polcntcm ridfo sub jugum mi s tus? » — i Tite-Live, II, 58, an 470 av. J.-C. « Tum primum Iributis comiliit creali tri- » buni sunt . numéro etiam addilos très perinde ac duo anlea fuerint » Piso auctor est.* — ' J Mcssala, dans Aulu Celle, XIII, 15, n° 4. < Minorions creatis magistratitms Iributis comiiiis magistralus, sed » justius curiata datur lege. • Dcnys, VI, 90. « Toùç r«Tpixlou; «loavreç

Mais si la coalition des deux plèbes anima pendant quelques années les tribus et les curies d'un même esprit d'opposition au palriciat, les clients de la ville retombèrent bientôt sous l'influence de leurs patrons. Les hommes des tribus rustiques ne voulurent plus partager le choix de leurs tribuns avec ces Quirites, qui mettaient la magistrature plébéienue à la discrétion du palriciat \ La loi que firent passer en 470 av. J.-C, Publilius Volcro et LaUorius, réservait aux tribus seules le droit de choisir les tribuns de la plèbe. En même temps le nombre de ces magistrats était porté de deux à cinq 2 , et chacun d'eux devenait le représentant d'une des cinq premières classes 3 . La sixième classe, celle qui devait contenir presque tous les clients et les affranchis de la ville, demeurait sans représentation et tombait pour ainsi dire au-dessous de la protection tribunitienne. L'alliance de la plèbe rustique et de la plèbe urbaine était rompue, et les Romains de la campagne devenaient plus étrangers que jamais au peuple de la ville *.

Mais vingt ans auparavant, les deux tribuns chargés de défendre les plébéiens contre les consuls et le

» èitixupôwai r?,v dpjr?|V, <{/r,cpov èreWyxavtac » Comp. Denys, X, 4, Cl Niebulir, Hist. romaine, i" pari., 4e éd., 1833, p G48-649.

» Tilc Live. II, ri). ;J>.r Publiliu - Qua palriciis omnrm potesta-

• tem per clientium suffrugia creandi quosvellent Iribunos aufcrrel. »

— * Fison, dans Tite-Live, II, 58. — :\ Asconius. In Oral. Pro C. Cornelio.s. v. Tanin igitur in Mis rirtus. « Quinquc tradunl tum esse

• crealos singutos e sinyulis classibus » Tite-Live (III, 30, an 456 av. J.-C ) dil qu'on doubla io collège des tribuns. «• Tricesimo sexto anno

• a primis tribunis ptebis decem creali sunt bini ex singulis ctassibus. »

— i La loi dos Douze-Tables, faite vingi deux ans aprè» la loi Publilia, ôlait aux plébéiens le droil de s'allier par mariage avec les patriciens, droit qui s'accordait, dit Cicéton [De Jtepublica. Il, 37), même à des peuples étrangers. . Duabus labulis iniqwirum legum addilis, » quibus, etiam ou* m&junctis popclis tbibci solbnt, connubia, hwc Mi

• ui ne plebi et Patribtu estent, inhumanUsima lege sanxeruiU. ■

Sénat 1 , étendaient leur protection sur la plèbe de la ville qui, dans les trente curies, avait décidé leur nomination. Les patriciens s'indignaient que ces fondés de pouvoirs de la Rome extérieure vinssent leur faire la loi jusqu'au cœur de la cité, qu'ils osassent s'interposer entre le patron et le client révolté, et rompre les liens qui tenaient jusque-là l'affranchi et ses enfants attachés à la race de leurs anciens maîtres. Aussi les premiers efforts des patriciens après la création du tribunat, eurent pour but d'obliger les plébéiens de la ville à renoncer à cette protection.

Pendant que Rome était bloquée du côté de la campagne, les consuls avaient expédié des vaisseaux d'Ostie vers les côtes d'Étrurie et de Campanie, et même jusqu'à Gumes et jusqu'en Sicile, pour acheter du blé*. Afin de diminuer la disette qui tourmentait la ville 3 , ils avaient aussi envoyé une partie de la plèbe '-.rbaine coloniser Norba et Véiitres. Lorsque le blé de Sicile arriva, Marcius Coriolan conseilla au Sénat de ne le livrer à prix réduit aux pauvres de la ville, que s'ils abandonnaient tout recours à l'intervention tribunitienne. Mais ni les tribuns, ni les tribus rustiques n'abandonnèrent leurs alliés de la plèbe urbaine. Ils accoururent des champs en plus grand nombre que jamais 1 ; ils s'emparèrent du Forum, et la première

Canuleius, dans Tile-Live (IV, i), caraclérise ainsi cette loi : a ux

• qua dihtnatis societalem civilem duatque ex una cirilale faciatit » » Cicéron. De Republica, II, 33. . Contra consulare imperium Iribuni

» plebii comliluti ; . et II, 34: « Duobus Iribuni» plcbis per seditio- » nem creatis ut potentia senatus atque auctorltas minuerelur. » — *Titc-Livo H, 34. * DimUtis pas$im ad coemendum frumentum non

• in Elruriam modo dexlris ab Oslia UUoribus, Invoque per Volscos » mari usque ad Cutnas, sed quœtilum in Sieitiam quoque. » - 3 Denys, VII. 13. - H te dzopCa ^ tpo&i î xanèyoum t*,v wflUv. • — 4 Denys, VII, 59. « «0 yh, è* T ûv iypûv tf^oç, fc* ofct« *p<fr*pov,

• wttkTfrvbÙK <k t*ïv iwftiv, Eu6cv ««ci xattlp t^v *ropdv. »

assemblée des tribus tenue à Rome exila Coriolan.

Cette assemblée (concilium plebis) se réunissait sur le marché romain (forum), et les patriciens en étaient exclus, comme l'affirment expressément avec Laelius Félix l , Denys d'Halicarnasse et Tite-Live.

Denys fait dire à Junius Brutus, un des deux premiers tribuns de la plèbe 2 :

t Ne vous souvenez-vous pas, consuls, que lors du > traité qui mit fin à la sédition, vous avez fait avec

• nous cette convention : que , lorsque les tribuns » rassemblent la plèbe, quel que soit l'objet de la réu- » nion, les patriciens n'y assistent pas, et ne doivent » pas la troubler ? •

« Nous nous en souvenons, répond le consul

• Geganius. >

Lorsqu'en 470 av. J.-G. le tribun Lœtorius propose à l'assemblée des tribus de voter la loi Publilia sur l'élection des tribuns, il ordonne à son viateur d'écarter du Forum tous ceux qui ne doivent pas voler. « Les jeunes nobles, dit Tite-Live 3 , se tenaient ira- » mobiles sans se retirer devant le viateur. • Celaient donc les nobles qui étaient exclus de l'assemblée des tribus, et Tite-Live le répèle plus explicitement encore quelques chapitres plus loin 4 . « Le fait le plus re-

1 Laelius Félix, dans Aulu-Gelle, XV, 27. « Tnintitsi aitui pledis » TtBQVB advocant PATHicios, ne que ad eos Teftrrc de ulla re pottunt : /la

• ne leges qwdem proprie, $ed plébiscita appellantur quœ, tribunis ple-

• bit fereniibus, accepta sunt : qui but rogationibut anie patricii non

• tenebantur, donec Q. Hortentiut dictaloream leçon tulit ut, eo jure

• quod plèbe» statuissel, omnet Quirites tenerentur. •

8 Denys, VII, 16. t Mi t irapeiveu t$ auvo&p <roî* -jwtptxCou; |«î** » èvoyXrfv. > — 3 Tito Live, II, 56. « Submovcri Lœlorius jubet p»*-

■ TERQUAM QUI BDFPIAGICM INBANT. AdolCSCCHtet nObilCS SUxbaM, nihU

• cedentes viatori. » Comp. Denys, IX, 4i et 49. — 4 Tite-Live. U, 60.

• Plus dignitatis comiliit iptis dt trac tu tu eti, patribus eœ tonoiUo sub-

• nweendis, quam virium aut plebi additum est aut demplum pcUribus.»

DBS CHEVALIERS ROMAINS 33»

» marquable de cette année, ce furent les comices par » tribus. Mais, ajoute-t-il avec une sorte de dépit » aristocratique, on rabaissa plutôt la dignité des » comices, en écartant les patriciens de l'assemblée de » la plèbe, qu'on n'augmenta la puissance des plé- » béiens ou qu'on ne diminua celle des patriciens. > Ce n'est pas que les patriciens aient jamais été privés du droit d'être inscrits dans l'une des tribus. Chaque citoyen romain, plébéien ou patricien, avait la sienne. Après la prise de Véies, lorsqu'un nouveau Sicinius proposa, en 392 av. J.-C, de transporter le marché et l'assemblée de la plèbe dans la ville conquise \ pour empêcher cette sécession, tout à fait semblable à celle du Mont-Sacré 2 , les patriciens se répandirent parmi la plèbe réunie au Forum. Chacun d'eux, nous dit Tite-Live 3 , suppliait les hommes de sa tribu. On voit aussi Camille réunir chez lui les hommes

i Tite-Live, V, 24. — 8 Tite-Live, V, U, 30, 50, 55. L'idée que les Iribuns voulurent, avant comme après l'incendie de Rome par les Gaulois, transporter en masse tout le peuple romain d une ville dans l'autre, ou même partager la plèbe urbaine et le Sénat entre Rome et Véies, est tout à fait inadmissible. La proposition ayant été faite en 392 avant J.-C, et reprise en 387, il faudrait supposer que cette grande ville de Véies serait restée, pendant cinq ans, entièrement vide d'habitants, tandis que les Romains délibéraient s'ils devaient occuper ou non cette magnifique solitude. Comment les pauvres de Rome eussent-ils laissé tant de logements sans les occuper, tant de propriétés sans les prendre ? Tite-Live (V, 14) a entrevu la vérité : c nia quoque actio movebalur, quœ post caplam ulique Romam a Gai- • lis cclebralior fuit, transmiorandi Veios. t'aterum parlim plebi par- » lim senalui deslinabani habitandos Veios: duasquk mu** communis ■ reipublicœ incoli a populo Romano passe. • Mais il ne s'agissait pas d'un partage impossible du Sénat et du peuple entre deux villes. On eût laissé à Rome sa population, et Véies fût devenue la métropole de la plèbe rustique. Quatre tribus furent formées, en 386 av. J.-C. sur le territoire étrusque, dont Véies était le centre naturel (Tite- Live, VI, 5, fin). — 3 Tite-Live, V, 30. c ConeUali Paires unes juve- » nesque, quum ferretur lex,agmine fado in Forum venerunt, ditii- » palique per tribus boos quisqub tiubulm prémunies... ■

de sa tribu et de sa clientèle qui formaient une grande partie de la plèbe 1 .

EnGn, dès l'année 432 av. J.-C, l'ancien dictateur patricien Mamercus jErailius est chassé de sa tribu par les censeurs *.

Niebuhr 3 a cru que les patriciens et leurs clients n'avaient été inscrits dans les tribus, que par les Décemvirs, peu d'années avant cette dégradation politique infligée à jEmilius. Mais il ne donne aucune preuve à l'appui de cette hypothèse, et il est impossible de l'admettre, quand on réfléchit que les patriciens et leurs clients étaient la population primitive de la ville que Servius partagea en quatre tribus urbaines ; et que les plus anciennes tribus rustiques, établies avant l'époque des Décemvirs, porlaient les noms des plus anciennes races patriciennes, comme la tribu Cornelia, la Fabia, Ysfimilia, la Sergia, la Papiria, YHoratia.

Ainsi les patriciens ont toujours été inscrits dans une tribu urbaine ou rustique 4 , en qualité de citoyens obligés à payer le tribut et à faire le service militaire. Mais cette inscription, qui était aux yeux des Romains la condition et le signe du droit de cité 5 , n'empêchait

1 Tite-Live, V, -'2. « Accilis damum Iribulibut clienlibutque {magna o pars plebis erat). • — 8 Tile-Live, IV, îi. c Cent or es Mamercum trim bu moveruni. » — 3 Niebuhr, Hi$t. romaine, t part., 3« édit., Berlin, 1836, p. 355. — 4 L'histoire de la vi. ille tribu Claudia nous montre comment les tribus rustiques elles-mêmes étaient sorties des clientèles des familles patriciennes. Atta Clausus de Regilli vint à Rome en 503 av. J.-C. (Tite-Live, II, 16), et ses clients reçurent un territoire sur la rive droite de PAnio, entre Fidènes el Picentia (Denys. V, 40). On appela plus lard les habitants de ce pays la vieille tribu Claudia. Quant aux Claudius, ils s'établirent dans Rome, et ils eurrnt leurs tombeaux de famille au pied du Ca pi tôle (Suétone, Vie de Tibère, I). Les clients de la campagne acquirent bientôt l'indépendance que donne toujours la propriété ; ceux de la ville restèrent soumis à l'autorité des chefs de la race. — 5 Asconius, in proœm. Act. in

pas les patriciens d'être exclus de l'assemblée des tribus, par la loi politique spéciale que mentionnent Laelius Félix, Tite-Live et Denys d'Halicarnasse.

On peut déterminer la raison qui fit établir cette loi d'exclusion, et en préciser la durée.

L'aristocratie sénatoriale, en se réservant les six premiers suffrages de la chevalerie, avait voulu, dans les comices du Champ-de Mars, former avec les douze autres centuries de chevaliers equo publico, un peuple à part (populus), volant séparément et en tête des classes de l'assemblée centuriate. Par là, elle s'était attribué, dans l'élection des consuls et dans la plupart des décisions législatives, une influence dominante qui, en ralliant à elle tous les votes de la première classe, annulait le droit de voter des classes moyennes, composées en grande partie des propriétaires de la campagne l . Traités en étrangers par l'aristocratie urbaine 5 dans l'assemblée centuriate, les plébéiens des tribus rustiques ne furent point dupes des fausses apparences démocratiques de la constitution attribuée à Servius 3 . A leur tour, ils voulurent former un peuple à part. Pour être seuls maîtres du Forum, ils en écartèrent les membres des familles sénatoriales, les chevaliers des six suffrages, et ils contrebalancèrent

Verrem, eh. 8, s. v. Q. Vrrrem Romilia. • Tribus enitn urbanœ rus- » ticwqueomnes XXXV numrrantur ex quibus aliquam necesse est, eu- » jusque ordinis fuerit, ciris Romanus oblincal. •

i Voir le paragraphe précédent. — 3 Le patricien Manlius Torqualus traitait encore Cicéron d'étranger parce qu'il était d'Arpinum (ProSulla, ch. VII et VIII) « Illud quœro, peregrinum cur me esse • dixeris ? — Hoc dien, inquit, te esse ex municipio [Arpinatium). • — a Denys (IV, 21, VIII, 82, et XI, i.i, fin) dit que, par sa constitution, Servius Tullius trompa habilement le peuple en lui faisant croire qu'il lui donnait l'égalité des droits électoraux, mais qu'en réalité les patriciens dominaient dans l'assemblée centuriate, malgré leur petit nombre.

le droit de prérogative que ces chevaliers nobles exerçaient au Champ-dc-Mars, en leur interdisant de prendre part à l'assemblée des tribus. Sur le marché, où le Romain de la campagne venait vendre ses grains et ses bestiaux, les tribuns et les édiles de la plèbe régnaient sans contradiction l . Dans cette sorte d'enclave de la Rome extérieure placée au centre de la ville du Pomœrium, quand venait l'assemblée de la plèbe, le patricien, l'homme de famille sénatoriale, « n'avait plus, selon l'expression du grand tribun de 1789, ni voix, ni place, ni droit de parler. » Non seulement le tribun était inviolable, et, si quelqu'un attentait à sa personne, la tête du coupable était dévouée au Jupiter infernal, ses biens consacrés à Cérès, ses esclaves vendus auprès du temple de Liber et de Libéra, et l'on pouvait le tuer impunément 8 ; mais c'était un crime capital depuis la loi Icilia 3 de 490 av. J.-C, d'interrompre un tribun s'adressant à la plèbe. Le patricien qui avait osé élever la voix dans l'assemblée plébéienne, pendant que le tribun parlait, devait fournir caution de payer l'amende de cinq cent mille as d'une livre qui correspondait au crime de lèse-majesté ou de haute trahison \

1 Dcnys, VII, 46. • 'ESixorfouv r?,v èxx)>T,<riav éautuv eïveu ^toptov. » Sur les édiles, voir Dcnys, VI, 90. — * Denys, VI, 89. La même loi fui renouvelée; par Horalius et Valcrius, après le Dccemvirat (Tilc-Live, III, 53). C'est ce renouvellement des lois sacrées, en 416 av. J.-C, auquel Q. Cicéron fait allusion dans le De legibus (III, 8, lin), en parlant de la seconde naissance du Tribunal. « cel enfant monstrueux de la discorde civile. » — Dcn\s, VII, 17, lin. — > Dcnys, XVI, 18, fin. • KorrvrofTiOslç èv tm o^iacj» rirai; touî çuÀxtç x<x?axp£viTat, xt- > jit||i« tï,ç etjayTEAia; i/ojrr,; yp»,;i.aTix6v xévTE (ijfiaox; dfpfioj f (ôpayjta;). » Nous ù\oi)> remarque «pie Denys traduit les sommes exprimées en as d'une livre par des sommes de drachmes, en prenant uiiiî drachmo pour lequi\ aient de dix as. Cotte amende de cinq cent mille as devait dépasser la f >tlune do la plupart des riches patriciens .m temps où cent mille as formaient leçons de la première classe.

Autrement il était mis hors la loi, déclaré ennemi public (perduellionis judicatus) et précipité par les tribuns de la roche Tarpéienne 1 . Plus tard, l'auteur de l'interruption sacrilège était seulement condamné à l'exil 2 , parce que la peine de mort avait été supprimée pour les citoyens Romains par la loi Porcia*.

En vain les jeunes nobles essayaient de méconnaître cette autorité venue du dehors et qui s'était implantée dans Rome par une sorte de conquête ; et, lorsque le viateur du tribun les priait de s'écarter du Forum, ils feignaient de ne pas entendre, et restaient immobiles 4 . En vain, sommés de se retirer, ils disaient aux tribuns avec Appius : « Vous n'avez aucun droit • sur nous ; vous n'êtes pas des magistrats du peuple > (populi), mais de la plèbe ; nous ne vous nommons » pas, nous ne vous connaissons pas, nous ne vous » obéirons pas. » Le tribun n'avait, il est vrai, ni tribunal ni licteur. 11 n'était pas magistrat de la ville de Rome ; mais il avait le droit de résister par la f jrce à qui s'interposait entre lui et la plèbe. A la moindre atteinte portée à son inviolabilité, il pouvait répondre par un ordre d'arrestation 5 . Etranger à la ville, il opposait une voie de fait à quiconque se mettait en guerre contre la plèbe rustique. La rude main du

1 Titc Livc, VI, 20. Manlius Capilolinus, déclaré ennemi public iprrduelti»), fut précipité, par les tribuns, de la roche Tarpéienne. — 3 Tile-Live, XLlll, 16. . Tribunus C Claudio diem dixil quod cokcio-

, NUI A BE AYOCASSET, et UltïqUC CCMOTi PEItDUBI.LIONEM S€ judicaie p)V-

» nunliavit ... Grâce hus conceplis vtrbis jura vit, si collega damnalus • esset, non exspcclaln de se judicio, comilcm exbilu ejus fulurum. » Le crime de Claudius était d'avoir fait ordonner le silence, par le héraut, dans une assemblée de la plèbe, où il était accusé par le tribun. — 3 La loi Porcia est de l'an 197 av. J.-C. Voir le procès de Claudius de 169 av. J.-C. Tile-Livc, XL1II, 16, et X, 9. Salluslc, Catilina,tî, 50, 52. Cicéron, Pio Rabirio, 3 el4, et Terrines. Act. II, V, 63. — * Tilc-Live, II, 56. — * Aulu-Gelle, XIII, 12. Letribun avait le jus prehensionis.

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