HOLLANDE
Le 25 juillet i832, un bateau pécheur, ou plutôt contrebandier, dont le pilote et un matelot se trouvaient indisposés, arriva à Scheveniiigue , bourg hollandais de 4,8oo ames ; il venait du Sasde-Gand, où le choléra régnait alors. Ces deux hommes se rétablirent bientôt ; mais les trois jours suivans quelques autres personnes tombèrent malades , présentant les mêmes symptômes qu'on avait remarqués chez les deux premiers. Le 29 un autre individu fut frappé; d'autres le furent ensuite. Depuis le 25 juin , jour que l'on regarde en Hollande comme celui de l'invasion du choléra, jusqu'au 3o juillet, le nombre des malades s'éleva à 46, et l'on compta 17 décès.
(1) Gazette Médicale de Paris , t. m, n.
DU CHOLÉRA-MORBUS. 115 Le choléra gagna le 1 3 juillet la résidence royale de La Haye; douze jours après on y comptait yr malades et 33 morts. A cette époque Rotterdam était déjà infecté ; le machiniste du bateau à vapeur le Batave y avait apporté le germe de la contagion, et le 3o juillet il y avait 227 cas et 89 morts. Ce jour-là Kampen reçut les atteintes de la maladie. Leyde, Amsterdam, Dordrecht , Gouda, Shoklaid , Schiedam, furent envahis dans les premiers jours du mois d'août; puis vint le tour d'Harlem, de Katwich, de l'île de Schokland, de Bois-Le- Duc, Utrecht, Lieuv^^ardem , ZvoUe, Groningue , Berg-Op-Zoom.
Les observations faites sur la naissance du choléra-morbus à Berç-Op-Zoom sont vraiment curieuses, et méritent d'être reproduites dans Tintérêt des questions qui s'agitent sur la propagation de la maladie. Le premier malade fut un soldat revenant de Rotterdam, où il passa la nuit, et où le choléra régnait; arrivé le 28 août , il fut pris de diarrhée et de vomissemens le lendemain , et le 3o il présentait tous les signes du choléra. Le second cas se manifesta chez une dame qui arriva aussi de Rotterdam le 2 août; le 3 au soir elle fut assaillie par le mal. Jusqu'au r3 il n'y eut aUcun accident; mais ce jour-là on amena deux canonniers venant encore de Rotterdam, allant à la citadelle d'Anvers, et saisis du choléra en chemin.
H6 HISTOnVE Nouvel intervalle de 17 jours où la. maladie n'alleignit personne; mais un schuUer arrivé le a'i, £^vee sou corps, des lieux où le choléra exerçait ses ravages, en fut saisi dans la nuit du 29 au 3o août : le 3 et le 4 septembre quatre hommes convalescens d'autres affections et encore très faibles furent frappés par le choléra dans la salle où x:e schutler avait élé placé; le 7 trois des infirmiers qui les avaient soignés tombèrent aussi malades (t).
Le choléra fut importé à Dordrecht par les mariniers de la Meuse, à Gouda par un bateau naviguant sur l'Yssel, à Leyde par deux personnes venant de La Haye, à Amsterdam par le capitaine d'un navire venant de Rotterdam, à Harlem par un batelier.
Dans tous ces cas , les individus qui ont introduit la maladie dans une ville encore saine arrivaient directement d'une ville infectée.
Middlebourg, capitale de la Zélande, et Assem dans la Drenthe, n'eurent aucun malade. Amheim, dont la population est de i3,6oo haLitans, n'eut qu'un cas isolé. La localité la plus maltraitée est. celle qui reçut la première la contagion cholérique : Scheveningue eut 616 malades et aSa morts sur 4,800 habitans.
(1) Essais sur la connaissance et le Irailement du choléra asialique dans les Pays-Bas, par Arntzenius ( Anislerdam , 1832).
Dans l'espace de quatre-vingts jours compris enti*e le aS juin et le 12 septembre le choléra s'est étendu de l'ouest à l'est, depuis le littoral de la mer du Nord jusqu'au Rhin, dans une aire dont le diamètre est de plus de quarante lieues ; pendant la même période il s'est répandu du sud au nord, depuis la frontière belge jusqu'à Tembouchure des canaux de Groningue dans la mer d'x4llemagne , à une dislance de soixante lieues des limites méridionales du pays.
Aucune des dix provinces de la Hollande n'a échappé entièrement à l'attaque du fléau; cependant il semble n'avoir touché que quelques parties de la Zélande, de la Gueldre, de la Frise et de la Drenthe.
Si l'on apprécie par leur population les lieux qu'il a envahis, on voit que son action meurtrière a été renfermée dans une étendue de territoire qui n'excède pas la moitié de la Hollande, ce qui suppose que son germe ne s'est disséminé que sur une surface de 716 lieues carrées; mais si l'on considère comme infectée toute province où il s'est manifesté, sa sphère d'activité doit être portée au double, et comprendre tout le territoire hollandais, dont l'étendue est d'environ i,43o lieues carrées.
La durée moyenne de l'invasion fut seulement de G6 jours dans chaque lieu infecté, terme beaucoup momdre que dans la plupart des autres villes-
de l'Europe; cependanl à Rotterdam la maladie se prolongea jusqu'au i8 janvier i833, et régna pendant 182 jours; à Amsterdam elle en dura 107.
Voici le lableau officiel de ses progrès, pijblié par le gouvernement hollandais dans la Gazette de La Haje du 4 mars i833 :
NOMBRE l'OPDLATION NOMBRE NOMBRE
PROVINCES. Jes des cles des
lieux infeclcs. lieux infectes. cholériques. décès.
Brabant sept. . 19 63,653 246 106
Gueldre 15 67,467 80 46
Hollande sept. 25 279,752 1,769 920
Hollande mér. 8'(. 364,450 5,672 2,647
Zélande 5 4,616 16 11
Utrecht 26 86,397 1,149 499
Frise 17 40,000 190 89
Overissel 21 77,257 480 225
Groningue.... 13 68,034 565 247
Drenlhe 7 20,560 86 31
Totaux 232 1,072,186 10,253 4,821
Ce qui donne pour les contrées envahies 4,52 morts sur 1,000 habitans.
Comme on le voit par ces nombres, la violence du mal fut en Hollande aussi grande que partout ailleurs, puisque 4?854 malades ont succombé sur io,a53 ; seulement sa propagation fut moins puissante. Nous ne raisonnons ici que d'après les documens officiels; mais on croit généralement que le ministère hollandais, dans des vues politiques, et les autorités locales , dans l'intérêt de leurs relations commerciales et industrielles, ont atténué les effets du choléra-morbus.
DU CUOLÉRA-MORBUS. 119 Ces effets dans les différentes provinces n'ont point correspondu aux idées systématiques qu'on se fait communément des causes productrices ou excitantes de la maladie : un climat humide, un sol marécageux, les eaux stagnantes des fossés, de nombreux canaux, n'ont exercé sur le choléra aucune influence appréciable; la Zélande surtout, qui se compose d'iles marécageuses enveloppées d'une atmosphère saturée d'humidité et débrouillards infects, n'a eu que i6 cas de choléra; Flessingue, ville renommée par son insalubrité, a été complètement épargnée par ce fléau.
La Hollande septentrionale et la Hollande mérir dionale, qui sont comparativement beaucoup plus saines, ont été les plus maltraitées. C'est par cette dernière que le choléra commença son irruption, et ces deux provinces, contenant les grandes villes de La Haye, Rotterdam et Amsterdam, sont d'ailleurs de toutes les parties du pays celles où le mouvement des communications est le plus actif et le plus étendu.
Au contraire les provinces les moins peuplées, celles qui n'ont qu'un faible commerce, et conséquemment peu de relations extérieures , la Gueldre, la Frise et la Drenthe, n'ont eu qu'Un petit nombre de cas de choléra.
HISïOmE