PORTUGAL
Au commencement de i832 le choléra, comme nous l'avons dit, laissait encore e,n Angleterre des traces de sa funeste existence, lorsqu'il se manifesta dans Oporto , seconde ville du Portugal , avec laquelle les Anglais ont toujours eu des relations nombreuses. A cette époque don Miguel et don Pédro se disputaient le pouvoir dans une lutte acharnée, et le royaume était en proie à tous les maux de la guerre civile. Une foule d'étrangers, la plupart venus d'Angleterre, grossissaient sans cesse les rangs de l'armée de don Pédro, concentrée à Oporto. Vers le i5 février i833 les premiers cas de choléra-morbus se montrèrent dans les hôpitaux militaires de cette ville, et à peu près en même temps au village de Saint-Jean-de-la-Foz, situé à l'embouchure du Duero (i). Le mal régna à Oporto pendant six mois.
Les opérations des deux armées et les événemens politiques favorables à la cause de don Pédro facilitèrent le développement de la maladie, qui passa bientôt dans le camp de don Miguel. Aux premiers jours du mois de mars elle se déclara à Belem, l'un des faubourgs de Lisbonne. Don Mi-
(1) Chronique de Gibraliar du 21 février 1833.
DU C110LÉUA-M0«BUS. 12* guel, qui possédait alors cette capitale, ordonna le 23 avril au corrégidor de Belem de s'entendre avec le cardinal patriarche et don Joachim Gomez da Silva pour nommer une commission de trois membres chargée de faire des souscriptions au profit des indigens atteints du choléra. Don Miguel fit dire des prières publiques dans toutes les églises de Lisbonne pour implorer la miséricorde divine, et en même temps il voulut que le prieur du monastère royal de Saint-Vincent-de-Fora augmentât les aumônes et les distributions d'aîimens que cette communauté avait coutume de faire. Les ordres du prince furent ponctuellement exécutés, et les principaux habitans de Lisbonne s'empressèrent de fournir un généreux concours (i).
Le choléra ne tarda pas à envahir la ville entière, et l'autorité publia le 3 mai un bulletin duquel il résulte que le mal indien depuis son invasion à Lisbonne jusqu'à ce jour-là avait frappé 876 personnes, sur lesquelles 3a5 étaient mortes (2). Le 1 1 mai une diminution considérable se faisait sentir dans le nombre des cas, qui d'ailleurs devenaient beaucoup moins meurtriers. Les hôpitaux souffraient le plus. Du 26 au 27 juin il y eut une recrudescence, et l'on constata 233 cas en vingt- Ci) Extrait (le la GazeUe de Lisbonne du 3 mai de la même année.
fâ) TfoUj lournie par la commission sanitaire de Lisbonne.
12-2 HISTOIRE quatre heures. Le 1 1 juillet on comptait à Lisbonne 3,280 'décès sur 6,770 malades. Le i3 la période de décroissance commença, et selon les derniers bulletins elle se soutint tant dans les hôpitaux que dans la ville et les faubourgs; il n'y eut que 36 cas le 17. Les relations sociales, longtemps interrompues, se rétablirent, et les rues commencèrent à s'animer. La maladie, comme partout ailleurs , avait souvent touché les mêmes maisons, et dans quelques-unes tous les habitans moururent jusqu'au dernier.
Au commencement du mois d'août le choléra était considéré comme n'existant plus à Lisbonne; il avait enlevé 3,474 individus sur 7,3o5 malades.
Il s'était étendu dans toutes les provinces, et principalement dans les Àlgarves. A la fin de juillet Villaréal en était à peu près délivré, car on n'y vit qu'un seul cas le 3 1, et deux cas, dont un mortel, le i^"" août; mais à Tavira, à Faro , et dans les autres villes des Algarves, le mal continuait de décimer la population conjoin tement avec la guerre que se faisaient les troupes régulières et les guérillas des deux partis. A la fin de i833 le choléra avait complètement disparu du sol portugais.