ESPAGNE
Dès les premiers mois de i832 une junte centrale de santé avait été élablie à Madrid sous la
DU CHOLÉKA-MORBUS. 123 présidence de don Manuel Fernandez Vardla , et deux ordonnances royales rendues par Ferdinand VII le 19 avril et le 19 niai de l'année suivante avaient mis en vigueur contre l'invasion du cboléra-morbus les mesures sanitaires jadis opposées à la fièvre jaune (i). Les voyageurs venant de Portugal et les provenances du même pays étaient soumis à une surveillance rigoureuse, à une quarantaine fatigante, à divers actes d'isolement et de séquestration mal compris et encore plus mal exécutés, de sorte qu'on avait tous les inconvéniens de l'institution sans en avoir les avantages.
Le choléra , passant de Portugal en Espagne , parut le 9 août 1 833 à Huelva , ville de 7,88a ames, avec un port de mer, dans la province d'Andalousie, à peu de distance des Algarves : selon les instructions du cabinet de Madrid, le capitainegénéral marquis de Las Amarillas fit entourer Huelva d'un cordon de troupes et mit en interdit toutes les communes à dix lieues à la ronde. Cela n'empêcha point le choléra de se manifester le a5 août à Ayamonte, petite ville de 6,347 habitans, encore plus rapprochée de la frontière du Portugal. C'est une des villes qui ont été le plus maltraitées par la contagion, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les chiffres suivans :
f ; GazeUe de Madrid du 23 avril et du 23 mars 1833.
BVI.XiETXM' OFFICIEI.
(les cas el des décès cholériques constatés dans la ville d 'Ayamonlc du 28 août au 13 octobre 1833.
LiBS.
Dect'Si
Ire
. . . . du 28 août au Icr sept.
. . . . 2 id. au 8 id.
9 id. au 15 id.
16 id. au 22 id.
. . . . 23 id. au 29 id.
ge
. . . . 30 sept, au 8 oct.
. . . . ■? id. aul3 id.
Ce
résultat
donne sur 1,000 habitans
397,5 malades
33,55 morts.
Huelva souffrit aussi beaucoup, on y comptait le premier septembre 349 malades et 126 morts. Le choléra , bien loin d'être calmé à cette époque, n'était pas encore manté à son plus haut degré de violence.
Dans les premiers jours de septembre le fléau envahit Séville , capilale de l'Andalousie; il fit d'abord d'épouvantables ravages au faubourg de Triana, et ensuite indistinctement dans tous les quartiers de la ville. Conformément aux ordres de la cour, les autorités administratives et militaires sortirent de la place; mais les autorités municipales demeurèrent à leur poste. V audience royale
DU CHOfLÉRA-MORBUS. 125 al^andonna aussi Séville , à l'exception de la chambre criminelle, qui resla pour contenir les malCaiteurs et veiller au maintien de l'ordre. Le marquis de Las Amarillas, suivi de la junte de santé, se relira à Alcada de Gu<idaira. Les habitans du faubourg de Triana, dans un mouvement de désespoir, voulurent quitter leurs demeures empestées et pénétrer de force dans la ville; il fallut garder en armes le passage du pont et en défendre les approches. Don Joachim Beneito, lieutenant du corrégidor, d'accord avec la municipalité, qui craignait de plus graves désordres, prit des mesures pour calmer cette irritation et secourir les indigens atteints, du choléra : trois hôpitaux temporaires furent établis par ses soins; il employa au nettoiement du Guadalquivir et à d'autres ouvrages d'utilité publique douze cents malheureux (i) qui furent ainsi arrachéa à l'oisiveté et aux mauvais sentimens qu'elle inspire. Le gouvernement, de son côté, distribua quelques secours en argent et en denrées tirées de divers greniers de la province; il abolit aussi les droits d'octroi sur les objets de première nécessité.
Cependant le choléra ne ralentissait point sa marche ni ses coups. Le i3 septembre il enleva, personnes à Séville, et iSa le lendemain. Le
(1; Gazette de Madrid du 2i scplemljre 1833.
nombre des malades et des convalescens était
énorme; on ne voyait que des Scènes de deuil,
des objets de pitié, des choses lamentables. Le
bulletin qu'on va
lire
donnera une idée
des rava-
ses du mal :
CAS
DÉCÈS
Le 28 septembre.
30 id....
2 id
3 id
5 id
7 id....
8 id..,.
La diminution s'étant soutenue plus ou
moins ré-
gulièrement, il y
eut
DÉCÈS