PÉNINSULE ARABIQUE
Le choléra, qui ravageait la côte du Malabar depuis 18 18, parvint en 182» à traverser le golfe
DU CIIOLÈRA-MORBUS. 31 lie Guzarate avec les navires anglais, et à surgir d'abord à l'entrée du golfe Persique et bientôt sur tout son littoral intérieur. 11 éclata à Mascate, située à l'extrémité de la presqu'île arabique , et qui est le port le plus fréquenté par les caboteurs de Bombay. Là, comme ailleurs, des idées superstitieuses, des erreurs ridicules, circulèrent au sein d'uoe foule ignorante et la mirent en émotion : les Arabes ayant été frappés les premiers , les Indous prétendirent que le Ciel en courroux les punissait du crime de manger de la chair de "vache; mais ils furent bientôt eux-mêmes atteints du fléau , qui frappa sans distinction toutes les classes d'habitans. Le nombre des morts devint si considérable qu'il ne fut plus possible de les enterrer, et on les jetait à la mer, eu les conduisant au large pour que les vagues ne les rapportassent pas sur le rivage. .
La contagion parut presque aussitôt dans les lies d'Ormus et de Kischmé, à l'ouverture du golfe Persique , et sur le passage des navires qui entrent dans cette mer. Elle enleva plusieurs officiers et un grand nombre de soldats de la garnison anglaise qui occupait la dernière de ces îles, et les officiers de santé furent les premiers qui périrent.
A.U mois d'août de la même année 1821 le choléra avait entamé l'intérieur du golfe et désolait toutes les côte* de l'Arabie j il ravageait surtout
l'île de Bahreim , où la pêche des perles rassemblait une population considérable.
Mais pour s'étendre avec plus de rapidité il fallait que la contagion s'introduisît dans quelques-unes de ces villes maritimes qu'une position favorable rend l'entrepôt du commerce oriental et le point central des caravanes : telles sont Bassora, qui lui ouvrit la Mésopotamie j et Bender-Abousfchir, qui par ses communications avec les provinces de l'intérieur de la Perse lui permit d'atteindre les extrémités de ce vaste royaume (i).
PERSÈ.
Le choléra, qui régnait en 1821 à Bombay, et qui avait déjà été importé dans les îles de Kischmé etd'Ormus, éclata au milieu de juin parmi les habil^ins de Bender-Abouscliir, et en peu de ternps il en fit périr le sixième.
Schiraz, qui est à cent lieues de Bender-Abouschir^ mais en communication directe et constante avec cette ville, vit se manifester la maladie au milieu de septembre ; sur trente-cinq mille liabitans six mille furent victimes.
En continuant de se diriger au nord le choléra atteignit la ville d'Yerd, y enleva le cinquième
(1) Moreau de Jonnès, ouv. cité.
BU CUOLfcRA-MORBUS. 33 de sa population , qui était de vingt-cinq mille ames, et parut vers la fin de l'automne à Ispalian, ancienne capitale du royaume, à deux cents lieues du port de Beuder-Abouschir, qu'il avait envahi six mois auparavant.
Il s'éteignit avec promptitude ; mais au printemps de 1822 il se développa de nouveau au centre de la Perse, et gagna lentement, h travers ses provinces mal peuplées, d'un côté la ville de Kermanscliah, à 80 lieues au nord-ouest d'Ispalian, et de l'autre les régions septentrionales, vers lesquelles se dirigent les caravanes les plus nombreuses. Il désola dans son passage les villes de Cacban, Kouis, Carbin et Tauris, suivant constamment la ligne des communiciltions commerciales entre les provinces du midi, où débarquent les marchandises de l'Inde, et celles du nord, oiî siège le gouvernement, et qui possèdent la population la plus condensée. De Tauris il s'étendit vers l'Arménie, et envahit successivement Khosr, Erivan, Erzeroum et une foule de villes secondaires.
En 1823 la maladie continua de renaître en divers endroits du nord de la Perse, et de dévaster les lieux qu'elle n'avait pas visités l'année précédente. Elle remonta leKhour jusqu'à son confluent avec l'Araxe, s'étendit sur le littoral de la njer Caspienne, et fit ainsi des progrès menaçans
34 HISTOIRE pour l'Europe. On verra bientôt comment les communications commerciales des provinces maritimes de la Perse et de la Russie portèrent le germe de la contagion à travers celte mer Caspienne , et l'introduisirent à Astrakan dès l'automne de 1823.
En traversant la Perse du sud au nord, le choléra s'approcha à moins de quarante lieues de Téhéran, qui est la résidence du shah , et il est vraisemblable , dit avec raison M. Moreau de Jonnès (i)j que les caravanes l'y auraient introduit, comme dans Joutes, les A'illes situées sur leur route; mais un ordre royal leur défendit d'approcher de la ville, qui échappa par ce moyen à l'irruption dont elle était menacée (2).
MIÎSOPOTAMIE ET STRIE.
En 1821 le germe du choléra fut porté à Bagdad parles caravanes, les voyageurs isolés, ou les flolilles qui remontent le Tigre; tous les environs . furent infectés. En s'éloignant de Bagdad la maladie remonta l'Euphrate jusqu'à Anah, \ille si"
(1) Ouvrage cité.
(2) En j829 une sécurité funeste fit négliger les mesures qui avaient obtenu ce succès , et lé clioléra envaliit Téhéran ; endormi pendant l'hiver, il reparut dans celte capitale vers le milieade juin 1830.
DU CllOLÈKA-MOUBUS. 35 luée à cent lieues de Bassora , à l'entrée du désert qui sépare la Mésopotamie de la Syrie; elle ne franchit point cet obstacle avec les caravanes, et l'hiver étant survenu, elle disparut jusqu'au printemps de 1822 : mais alors elle reparut inopinément entre le Tigre et l'Euphrate , et s'avança de nouveau vers la Syrie én prenant une direction différente de celle qu'elle avait suivie la précédente année. Au mois de juillet le choléra ravagea Mosul, situé à 60 lieues au nord de Bagdad; de ce point il s'étendit à l'occident et franchit les frontières de la Syrie.
Au mois de novembre il envahit Âlep. M. dé Lesseps, consul de France, se réfugia avec tous les Francs qui voulurent l'accompagner, dans un jardin clos de fossés et de murs , et situé à peu de • distance de la ville; il y demeura pendant toute l'irruption, soumettant ce qu'il recevait du dehors aux précautions usitées dans les lazarets : quoiqu'il y eût deux cents personnes ainsi séquestrées, le choléra qui régnait autour d'elles, dans la ville et dans son territoire, n'en atteignit pas une seule.
Le froid mit un terme à la contagion , mais le printemps lui permit de se ranimer dans les lieux où son germe avait été porté. Au mois de juin 1823 elle décima Lataquié (i). M.Guys, consul
{ij L'ancienne Laodicéc.
à Tripoli, se renferma pareillement dans son jardin ; tous les autres Européens suivirent son exemple; et en prenant contre le choléra les précautions qu'on prend contre la peste, ils y échappèrent tous.
A la même époque Antioche reçut les atteintes du mal ; Tortose, Tripoli, Suedié (i), furent à leur tour attaqués; à la fin de juilletle choléra s'avança dans la direction de la Caramanie; dans l'hiver de 1824 il parut à Tibériade en Judée, à lieues au nord de Jérusalem : ainsi on le vit suivre dans sa marche meurtrière des directions souvent opposées, et pour la première fois il envahit un pays en s'avançaut par deux lignes itinéraires presque parallèles , l'une prolongeant la côte de la Méditerranée depuis Tripoli jusqu'à Tarsous, et l'autre s'étendant au delà des montagnes dans l'intérieur des provinces syriennes.