‹ Histoire de Chorey et de ses seigneursChapitre 13 sur 51 · LES BURGONDES · texte numérisé non relu

LES BURGONDES

Je crois cis Borgnignons sont de • fer oa d'acier.

GÉRART DE ROUSSlLLOff.

Politiquement parlant Tinamense empire romain se désorganisait de toutes parts. AnV siècle les Gots et les Huns envahissent toute la vallée de la Saône, détruisent les cités gallo-romaines et bâtissent des fortifications avec leurs débris. Les Arabes font Irruption par le Midi, les Burgondes parTOrient, les Francs parle Septentrion. La malheureuse Gaule, présentait une proie facile : ces barbares achevèrent de ruiner le pays, de détruire les derniers éléments de stabilité que Tayarice de Rome avait laissés debout. Us apportèrent une nouvelle sève au corps usé de l'empire ; mais cette sève, toute

physique ne pouvait avoir sur la morale el sur les institutions aucune influence heureuse.

Ne suivant d'autres lois que celles de la nature, entièrement novices dans les arts, ces barbares belliqueux répartirent dans la Gaule amollie leur activité, leur force, leur jeunesse ; mais comme ils ne possé« daient aucune idée de stabilité, aucun fond acquis d'institutions paisibles, aucun goût pour les lettres ou pour les choses purement scientifiques, la civilisation, au lieu de reprendre immédiatement une marche ascendante, vit éteindre les derniers flambeaux que les fortes idées des druides^ adoucies par les mœurs faciles de Rome entretenaient dans notre pays : « Qu'on se figure, dit M. Perreciot, l'état de la Gaule lorsque ces torrents connus sous les noms de Vandales, Sarmates, Alsdns, Gépides, Yisigots, l'eurent ravagée dans toute son étendue. Quelques Gaulois échappés au massacre «t épars ça et là en èlait^nt les seuls habitants. »

Les Bourguignons appartenaient à la grande femille germanique. Les travaux les plus récents placent le berceau de ce pieuple dans le royaume de Danemark. Un

de nos compatriotes, M. Beauvois, de Corberon^ aécritàce sujet un livre fort remarquable. Au premier siècle de noire ère, ils étaient fixés sur les bords de la mer Baltique. Certains historiens reportent à Tannée àOd les premières incursions des Bourguignons commandés par Chonedomar. Au commencement du V' siècle, ce peuple^ sous les ordres de son roi Gondicaire, s'installa chez les séqoanais. Il avait été converti par S. Séver, évêque de Trêves, à la fin du siècle précédent. Ammien Marcellin nous apprend qu'ils avaient des rois électifs appela Bondins^ des chefs de tribu nommés Kermans et une suite de Leudes ou fidèles, sorte de noblesse formant Tentourage des chefs.

On a fixé à Tannée Â56 Tétablissemeot des Bourguignons dans notre pays« Cette date est rapportée par Thistorien Frôdégaire, qui vivait trois cents ans plus tard. En A7S ils s'étaient emparés de Lyon et. Tempereur Majorien leur avait abandonné une partie de la Provence, en récompense de Tappui qu'ils avaient donné àsonéleo tion. Après la destruction de TencpirepiU?. Odoacrd et la déposition de Tempereoi,

Augustule en A76, les Bourguignons furent les seuls maîtres du pays édaen.

La conquête bourguignonne n'eut aucune ressemblance avec celle que les Romains avaient faite cinq siècles auparavant, non plus qu'avec les irruptions violentes que firent les Francs dans le nord de la Gaulepour y établir leur monarchie : elle s'effectua avec l'autorisation des empereurs, à la condition que les nouveaux venus reconnaîtraient et défendraient la souveraineté de Rome.

L'administration et la religion restèrent les mêmes : tandis que les missionnaires convertissaient les habitants des villes, le peuple des campagnes continua à vénérer ses dieux gallo-romains. Il y eut bien moîns de changement chez les Kalètes Edues devenus bourguignons, que chez les Rémois ou les Nerviens devenus francs. Il découle de ce fait que nos mœurs ont dû conserver les traces des civilisations antérieures et que les noms donnés aux villages et aux divisions du sol continuèrent à être en usage. Aussi verronsnous dans le cours de cette histoire que la région où se trouve Chorey a gardé dans ses termes géographiques, dans son lan-

gage et dans ses mœurs les traditions des premiers âges. Malgré l'invasion de la barbarie, les guerres ne furent ni longues, ni durables. L'immobilité des serfs qui faisaient partie du domaine et quis'intéressnîent médiocrement aux querelles de leurs maîtres fut certainement une des causes de cette persistance des anciens usages et surtout des anciennes appelations. Toutefois ce nom de serf ne doit pas être accepté comme synonime d'esclave. Dans la dégradation de la langue latine le mot scrvtis n'a plus le même sens que dans leHaut-Empire. Une lettre d* Avitus au roi Clovis qualifie de Servus un grand Seigneur bourguignon nommé Laurent (1). Dans la même charte le roiGondebaud est appelé Miles ChlodoveL

Les terres furent divisées en trois parts : les Bourguignons en prirent deux, ainsi que la moitié t!es forêts et le tiers des esclaves. Le pays qui forma plus tard le duché et le comté de Bourgogne échut à Combault, l'un des quatre fils de Gon-

(1) Il se pourrait que ce riche personnage ait été le fondateur du prieuré de Ghorey, d'où le nom de Meix Laurent qu'il a toujours conservé.

dioc : ce roi édicta un code remarquable qui est venu jusqu'à nous sous le nom de Loi G om bette.

L'invasion des Burgondes eut pour résultat de morceler les immenses propriétés du fisc romain, devenues improductives par le dépeuplement des campagneSy à l'époque du Bas-Empire. La division du sol entre les Bourguignons et les gallo-romains, les terres d'alleux, données en récompense par les rois et les comtes ont dû nécessairement amener ûue grande amélioration dans la culture. Les terrains donnés en récompense du mérite militaire se transformèrent en fiefs et furent l'origine de la noblesse seigneuviale.

La loi Gombette divise les citoyens en quatre classe : optimates^ médiocres infi--^ mi et nervi. Les affranchissements étaient fréquente : le maître d'un esclave se présentait devant l'évêque ou devant le comte, assisté de cinq ou de sept témoins.. n en était de même pour les testament» et les codiciles. Cette forme de procédure est restée dans nos assemblées de famille pour les mineurs et les interdits.

Le royaume de Bourgogne avait alors-

one étendae coDsidt r&ble : il renfermait sept ?illes métropolitaines : Lyon, Vieone. Embrun, Arles, Moutiers-en-Tareotaise. Aotun et Besaucon.

Sigismond, fils aioé de Goudebaui, était plos pietn que guerrier. Sa faiblesse détacha de lui les grands seignears bourguignons. Il convoqua, en 517,1e concile d*Epaone et prit l'habit religieux à Aganne- en- Valais. Théodoric, le beaupère de Sigismond, s'allia contre lui aui princes français qui se firent livrer le faible roi. Godomar, le frère de Sigismond, essaya de se maintenir en Bourgogne; mais il fut attaqué dans Autun par Clotaire et par Childebert, fils de Clovis et obligé de se rendre prisonnier.

C'est ainsi que, dons l'année ô3&, la Bourgogne passa sous la domination des Francs.

Sous les rois bourguignons et sous les rois francs, la Gaule resta divisée, à peu près comme sous la domination romaine : les peuples, les cantons, les villes et les villages conservèrent leurs anciens noms» Les lois gombettes renferment des détails extrêmement curieux : la majorité arrivait à Tâge de quinze ans. Il en était de

même chez les Visigoths ; mais les Anglo-Saxons avaient fixé cette majorité à dix ans. Parmi les pénalités, un simple coup, de quelque manière qu'il fût porté» était puni par un sol d'amende. S'il y avait effusion de sang, on était obligé de payer dix-huit sols. Une fracture d'os avec plaie ouverte était taxée à trente-six sols. Ces sommes étaient considérables, car il s'agit ici du trions d'or, qui vaudrait aujourd'hui plus de 15 francs de noire monnaie. Certaines prescriptions de C3 code nous font voir que les Bourguignons s'adonnaient au plaisir de la chasse. l\»

avaient au moins dix espèces de chiens. Tout homme convaincu d'avoir volé unr chien d'une des trois meilleures races subissait la'peine humiliante de rendre l'animal « après l'avoir baisé au derrière » r Jubemus ut convictus coram omni populo posteriora ipsius osculetur. Ils dressaient les cerfs à servir d'appeaulx, tendaient, comme aujourd'hui, des pièges à prendreles loups, et se servaient de faucons et d'éperviers; l'homme coupable d'avoir volé un de ces oiseaux était puni en laissant manger à ce carnas^^ier six onces de sa propre chair.

Les cooquéraots consenrëreDi presque tontes les coutumes édueunes : la grande assemblée du Mallum, d'ouest venu notre mot mail^ continua à se tenir an printemps. C'est à cette époque que nos an* cêtres faisaient commencer l'année : le premier jour de Tan coïncidait, chez les Bourguignons, avec la fête de l'incarnation du Christ. La grande assemblée du Mallum se tenait au mois de mai ; elle subsista jusqu'en 1790, sous le nom de Parlement de Bourgogne.

Les Bourguignons introduisirent dans notre pays le nom et l'usage du mot ban. Le chef de chaque canton, comte ou vicomte, levant le ban ou bannière pour appeler le peuple à la guerre ou aux assemblées. Un peu plus tard, on désigna sous le nom de ban toute ordonnance publiée à cors et à cris par un héraut d'armes \ c'est l'origine du ban de vendanges et du mot banale qui signifie « commun à tous les habitants d^un village ». Jusqu'à la révolution de 1793, ce mot banal est resté appliqué aux cours d'habitation et aux lavoirs ou fours publics pour lesquels on payait aux seigneurs une légère redevance.

Le village de Chorey a conservé quelques souvenirs des Bourguignons dans le nom des Champ-Varnier et des Trogar^ nier. Warnaîre, Warnier ou Garnier est un nom essentiellement burgonde, et l'habitation gallo-romaîne dont j'ai parlé fut sans doute reconstruite par un des nouveaux venus, d'où elle prit le nom de Treuil de Garnier. Le précepteur et maire du palais de Thierry, roi de Bourgogne en 597, portait le nom de Garnier. Il serait possible qu'une partie du territoire de Chorey ait appartenu à ce personnage. Un autre souvenir de cette époque, s'est conservé à Chorey jusqu'à la fin du moyen-âge. Nous trouvons au XIV* siècle la famille Lietbault établie à côté du prieuré. C'est la prononciation adoucie du nom bourguignon Lethbald ; or, plusieurs personnages cités dans diverses chartes et mentionnés Abxï?^Y Histoire de Beaune^ de Rossignol, ont joué dans cette ville un rôle important dans le courant du XP siècle.

En résumé, l'invasion des Burgondes ne fut pas une une calamité pour les Kalètes-Edues ruinés et amollis par l'occupation romaine. Leur conquête fut toute

pacifique, et, malgré le peu de durée leur dominHtion, le mélange des d races s'opéra sans aucune difficulté, gi à la douceur de leur caractère et à 1 attachement sincère aux croyances cal liques : Biirgundiones blande^ mansu innocenter que vivunty non quasi c subjectis Gallis sed vere cùm fratn ehristianis. [Orose^ liv. VII, chap. xn

CHAPITRK III.

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