LES FRANCS
Qae nos intérêts soient commans, que le même bouclier nous couvre, que la même lance nous défende.
Grégoire de Tovrs.
Parmi les peuples d'origine germanique lancés sur la Gaule romaine se trouvait la nation des Francs, qui habitait les provinces allemandes de la Hesse et de Westphalie. L'empeieur Constance-Chlore leur avait donné des terres à cultiver sur les rives de 1* Aube et de la Somme, et ils s'étaient répandus peu à peu dans toute la légion du Nord. Clodion, un de leurs chefs, avait poussé ses conquêtes jusqu'à Cologne; son fils Mérovée s'avança jusqu'à la Seine. Childéric s'avança jusqu'à la Loire et Glovis jusqu'à Dijon.
Ce guerrier farouche et sanguinaire.
digne chef de ces barbares qui avaient pris leur nom du verbe fracken, briser, avait épousé Clolilde, nièce de Gondebaut, roi de Bourgogne. Codant aux ardents désirs de son épouse, et peut-être à une pensée de conquête, il se mit à la tête d'une armée nombreuse et pénétra jusqu'aux murs de Dijon. Le roi de Bourgogne appela à son secours son frère Godégésile, qui lui avait amené Fes guerriers de la Suisse et de la Séquanie ; mais le trattre, vendu à Clovis, se joignit à lui pour écraser les Bourguignons dans une grande bataille livrée près de Dijon. L'armée de Gondebaut effectua sa retraite sur deux colonnes : l'une se dirigea le long de la Saône par Longvic, Brazey et Saint- Jean-de- Losne. Les nombreuses sépultures de celte époque trouvées sur ce piarcours sont autant de jalons qui indiquent la ligne de retraite.
L'autre colonne s'engagea dans les montagnes qui forment le premier plan de la Côte-d'Or. M. Mignard a indiqué vaguement la marche do cette armée siu sortir de Dijon, en se guidant sur les sfr^ pulturesde Biochon, iMeuilley, Chaux et Pommard. 11 convient d'ajouter à celte
nomenclature les tombeaux d'Echevronne, les magnifiques sépultures de Saiute-Sabine, dans lesquelles M. Rocault a trouvé de si beaux bijoux, les tombeaux en pierre de Lusigny et surtout le vaste polyandre des Vaselles, i.rès de Painblanc, fouillé par M. Auberiin. Les lignes de retraite de l'armée de Gondebaut sont ainsi parfaitement déterminées.
La perte de cette grande bataille ne mit pas fin au royaume de Bourgogne, et Clovis fit la paix avec Gondebaut, qui reconnut sa suzeraineté. C'est seulement ep 53â que les frères de Clovis, Clothaire et Childebert, vinrent incorporer définitivement la Bourgogne à la France par. la prise d'Autun et de Godomar, fils de Gondebaut.
Ce changement de domination ne mtr difia pas sensiblement la condition de nos ancêtres. Quoique moins civilisés que les Bu^^gondes, les Francs adoptèrent presque tous les usages romains. Toutefois, ils ne soumirent pas tous les fonds à l'impôt public : les terres «//orf/a/e^ furent exemptes de cens ou trib.it, que leur possesseur fût noble ou roturier, gaulois ou français. De; aiême les propi-iétés tribulaires «étaient
sujettes à l'impôt, quel que fût leur détenteur.-
Les terres maîn-mortables furent données, dans l'origine, à la charge du service militaire, et leurs possesseurs étaient les soldats de la nation. Les fiefs furent donnés aux nobles, c'est-à-dire aux oflSciers de cette milice agricole. En cas de guerrre, tous ces hommes, chefs et soldats, servaient à leurs irais, et, à la fin de la campagne, chacun retournait à son domaine. En acceptant ces propriétés, tous ces hommes avaient reçu d'un seul coup la solde que nos militaires reçoivent en détail.
Peu à peu les rois détachèrent de leur fovaume des fiefs considérables et les donnèrent à leurs grands officiers, le plus souvent à vie, à la charge d'un nombre de soldats déterminé. Inseisiblement les lonctions^ et par suite les donations qu'elles rémunéraient, devinrent héréditaires.
Un édit de 877, promulgué par Charles^ le*Ghauve, confirma les possesseurs de ces fiefs.
Sous les rois francs, où la royauté est presque élective, on prend les leudes et les ministres dans tous les rangs de la so-*
cîété. La liberté s'accroît, avec les colons ou cultivateurs libres, par les institutions religieuses qui admettent le principe éîec" tif et favorisent les idées d'égalité et d'émancipation. Nous verrons cette démocratie, presque étouffée sous les Mérovingiens et sous la féodalité, se réveiller, au XIP siècle, par l'affranchissement des communes.
Dan^les villes, lajustic,e est rendue par les comtes et les vicomtes ; dans les bourgs et les villages, il y a des tribuïQaux dont les juges sont choisis parmi les hommes libres. La constitution de Clotaire, en 560, ordonne que chaque nationalité soit jugée suivant ses lois ; que les Francs, les Bourguignons, les Allemands qui seront cités en jugement, se défendront selon leurs coutumes particulières.
J'ai parlé plus haut des tombeaux francs trouvés dans nos environs ; le territoire de Chorey n'en recèle aucun, et les objets de cette époque recueillis dans notre village se réduisent à des agrafes en bronze et plus souvent en potin, destinées à fixer le manteau. Elles se composent de deux petites plaques, de dimensions égales, or-
Tiées de dessins fort simples entourés d'an listel et terminées, Tune par un crochet, l'autre par un petit anneau. Les endroits où on les trouve en plus grand nombre sont les Maladérottes, le Mëtx-LaureDt, les F!^tres, les Corvées, les Montotsetles terrains avoisinant la voie romaine.
Aucun fait particulier relatif à Thistoire de Chorey ne signale la période occupée par les rois francs de la première Vace. Noî lecteurs se contenteront d'un résumé rapide dans lequel nous mentionnerons seulement les événements qui intéressent le pays. Ceux qui ne voudront pas s'en tenir à ces généralités pourront consulter les nombreux ouvrages écrits sur l'histoire de France et de la Bourgogne.
Dans le partage qui fut fait entre les fils de Clovis, Théodebert, roi de Metz, eut en propriété Besançon, Langres, Genève, Viviers et Chalon-sur-Saône, où il résidait quelquefois. Childebert, roi de Paris, eut le reste de la Bourgogne ; après sa mort, son frère Clotaire eut toute la France. Chramme, fils de ce dernier, 96 révolta contre son père, envahit la Bour<gogue à la lête d'une nombreuse armée.
pilla la ville de Chalon et vint à Dijon^ dont il ne put s'emparer. Il fut fait prisonnier peu de temps après ; on l'étrangla dans une cabane et on mit le feu au bâtiment. Sa femme et ses filles furent consumées avec lui.
Contran, second fils de Clotaire, eut Orléans, Sens et toute la Bourgogne. Il résida souvent à Chalon et fonda, près de cette ville, le monastère de Saint-MarceU OÙ il fut inhumé. Ce prince, donna de grands biens à Tabbaye de Saint-Bénigne de Dijon, à celle de Tourhus et à celle de Saint-Symphorien d'Autun.
Nous trouvons, dans les êdits de cette époque, une ordonnance concernant lea vignobles : chaque arpent de vigne devait l'impôt d'une mesure de vin. Il est impossible aujourd'hui d'apprécier cette quantité. Le terme modius a dit-on, formé plus tard le mot muid; il s'agirait, dans ce cas, de deux ou trois cents litres.
Childebert, fils de la reine Brunehaut et neveu de Contran, gouverna la Bour^ gogne pendant trois ans. Le jeune Thierry ,son fils,^levé par Syagre, évêque d'Au** tun, sous la tutelle de son aïeule Brune»
haut, hérita du royaume de Bourgogue ei fit sa résidence à CbaloQ et au château de Rouvres. La vie déréglée de ce personnage révolta ses sujets. D'aatre part, TambitioD et !a cruauté de sa tutrice eo- •2^aogIactè^eot la Bourgoguo et allumëient des guerres et des convoitises dans toute ]<• France. Saint Colomban, le moine austère dont j'ai parlé, fut exilé pour s'être élevé contre les prostitutions de la cour de Bourgogne. A côié de ces débauches et de ces crimes se placent quelques faits utiles. Les anciennes voies romaines, réparées par Brunehaut, ont perpétué dans nos campagnes le nom de cette reine indomptable.
Après la mort de Thierry, arrivée en 613, Brunehaut voulut faire passer notre pays aux mains de son fils Sigebert; mais le roi de France, Clotaire II, lé fit égorger et livra au plus aflreux supplice la vieille reine. Promenée pendant trois jours dans le camp français, liée sur un chameau, elle fut attachée à la queue d'un cheval fougueux qui réduisit son corps en lambeaux. Ses restes furent inhumés dans l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, dont elle était la fondatrice.
Dagobert, fils et successeur de Thierry, vint dans nqtre contrée pour réparer les ruines amoncelées par des guerres barbares et jiar les déprédations des naaires du palais. Langres, Auxerre, Dijon, Saint- Jean-de-Losne et Chalon furent successivement visités, dans Tannée 629, par ce bon roi, qui s'efforça de réprimer les abus et de ramener la prospérité dans nos campagnes.
Clovis II, Clotaire III et Chilpéric sont successivement rois de France et de Bourgogne ; le dernier, dit Courtépée, dut son élection à Saint-Léger, évêque d'Autun, qui devint son piemier ministre. Rien d'intéressant à noter sous ces rois fainéants gouvernés par des maires du palais et des favoris aux noms barbares : OËga, Flaochat, Wuilbaut, Erchînoald, Ebroïn. Au milieu de l'ignorance où la France est plongée, le clergé seul conserve, au fond des monastères et des cloîtres, les restes d'une civilisation qui se noie. Dans les premiers temps de la monarchie franque, les barbares étaient exclus des prélatures, réservées aux seuls Gallo-Romains.
Saint-Léger, aussi grand politique qu'é-
vêque éclairé, fut un deshpmtnes les plus remarquables de son siècle. Le souTenir de ses talents, de ses vertus et de son supplice est resté populaire dans toute la Bourgogne. Un grand nombre d'églises furent mises sous son patronage, et notamment celle de Ruffey-Ies-Beaune. Victime de ]a jalousie d'Ebroïn, il fut assiégé en 676 dans sa ville épiscopale *it se livra à ses ennemis pour épargner la vie de son peuple, après avoir fait distribuer tous ses biens aux pauvres. On lui fit crever les } eux, arracher la langue, et on l'emmena dans l'Artois, où il fut décapité. Son frère Guérin fut lapidé à Saiot-Vivant-sous- Vergy, près de Nuits.
La royauté n'est plus qu'un jouet entre les mains des ministres omnipotents. On fait sortir le jeune Thierry de son abbaye de Saint-Denis pour l'asseoir sur un trône qui n'a de royal que le nom. En 690, son fils Clovis III, aussi imbécile que loi, laisse à Pépin d'Herstal, son maire du palais, le soin de poursuivre les Suèves et les Saxons ; il est remplacé par son frère Childebert IL
C'est pendant le règne de Ghildebert que se place le premier fait relatif à Cho-
rey, fait capital dont nous parlerons bientôt. Mais avant d'entrer en plein dans l'histoire de notre village, nous consacrerons quelques pages aux recherches étymologiques du nom de Ghorey.