CHAPITRE IV
ÉTYMOLOGIES DE CHOREY.
Faire des rechercbes sur TanUquité, ce ii'est pas conclare absolument, c'est noter toatce qui peut condaire à aoe conviclion.
(Autun arehéologiqne. )
Rien n'est aussi difficile à détruire qu'une erreur; pendant un siècle on a admis qu'une sorte de station ou plutôt de remise, située sur la voie romaine d' Autun à Besançon, avait déterminé le nom du village de Chorey. Je suppose que la principale cause, de cette opinion est l'existence signalée par les historiens locaux d'un abreuvoir romain placé à La Rochelle, au bord du cours de Rhoin. Il est évident que, pour faire boire les chevaux il faut arrêter les chars ; mais le n^ot car^ rettim n'a jamais désigné l'endroit où se faisait cette station. On n'a découvert sur
la voie aucune trace de fondations, aucun emplacement susceptible de recevoir un bâtiment. D'autre part, la voie romaine est trop éloign^^e du village, surtout à la hauteur de cet abreuvoir, pour avoir motivé le nom de Chorey. J'ajouterai que Texpression de carretum n'a pas été en usage : d'Anville, Bergier, Walkenaer, se sontparticulièrement occupés de la géographie et des routes de la Gaule ; ils ne font mention d'aucun établissement de ce genre, et le nom de carretum n'est pas une seule fois venu sous leur plume.
Une autre objection tout aussi importante, c'est que le nom de carretum donné par Gandelot et répété par Courtépée n'est écrit dans aucuns charte. A la vérité, beaucoup de titres, de documents et de livres ont disparu à la fin du siècle dernier, et il ne serait pas impossible que Gandelot ait relevé quelque part cette appellation. J'ai eu trop souvent l'occasion de constater la véracité de ce consciencieux écrivain pour supposer que le chapelain de Notre-Dame ait sciemment avancé un fait controuvé ; mais je crois qu'on aurait tort de s'appuyer sur une orthographe défectueuse ou sur une citation
mal reproduite pour étayer une opinion peu soutenable.
On m'accordera bien qu'il faut, autant que possible, s'appuyer sur les plus anciennes dénominations. Or, la charte d'Ansebert, reproduite dans les pièces justificatives, est bien antérieure à celles que Gandelot et Courtépée ont mentionnées. La liste suivante fera connaître les transformations successives du nom de Chorey :
En 667 Hauriaco .... Testament de l'évoque An-
sebert.
879 Auriaco Charte d'Adalgaire.
1004 Cariacum.... Chronique de Saint-Bénigne.
H 50 Cherriacuin. Cartulaire de Notre-Dame.
ll90jCherriacuni. Cartulaire de Moutiers-St-
1200) Jean.
1207 Gharrère Archives de la Côte-d'Or.
1223 Charre Inventaire des biens nationaux.
1237 Charey Inventaire des biens nationaux.
• 1256 Gharreinm.. Charte de l'évêque Gérard.
1304 Cherriey.... Archives de THôtel-Dieu.
1437 Chorrey.... Archives de la Maladrerie.
Les archives de Beaune contiennent plusieurs ibis le nom de notre village ; il est toujours écrit Chorey. Les deux plus
anciennes mentions sont de 12C0 et 1283.
Je n'entrerai pas ici dans le détail des pièces qui servent de base à cette liste ; la suite de cet ouvrage en donnera des extraits ou des analyses ; mais j'écarterai de prime-abord les noms de carretum et casletum donnés par les historiens précités et que je n'ai trouvés nulle part.
Les deux plus anciens noms, Hauriacum et AuriacOj sont identiques, car l'aspiration H, qui devait plus tard prévaloir et se changer en C, était assez fréquemment supprimée dans la prononciation.
La terminaison acum^ qui, chez les Gallo-Romains, signifiait habitation^ a été remplacée, dans le midi de la France, par la terminaison en ac^ comme Aurillac ou Montagnac. Elle est devenue iai et ieux dans les plaines du Lyonnais et de la Bresse, comme Viriat, Mézlriat, Maximieu, Migieu. Dans nos régions éduennes, cette terminaison acum s'est changée le plus souvent en ay ou ey. Nobiliacum a fait Nolay et Caiiacum, Chorey.
Les langues germaniques remplaçaient le mot acum par l'équivalent Ae;w, maison, habitation, qui se retrouve dans une foule de noms flamands, ou par celui de ig^ dé-
rivé du caxon ing^ qui a le même sens. Dans le nord de la France et dâos la Belgique, celte désinence s'est transformée en i(jnie ou egnie^ comme dans BcUigoies, Haudrcgnies, et notre Bourgogne renferme une grande quantité de villages dont les noms ont été formés par cette racine germanique. II me paraît évident que tous ces noms ont été imposés par les Burgondes. Il y a donc, après la chute de Teuapire romain, deux courants distincts :
l'un primordial, le celtique; l'autre fortuit et secondaire, l'allemand, Arnay et Sanlenay sont gaulois, Savigny et Serrigny sont bourguignons.
Il ne faut pas conclure de cette explication que les villages terminés en igny sont tous contemporains de Tinvasion allemande. Malgré leur forme germanique, Beiigny, Aubigny, Marigny existaient vraisemblablement à l'époque gallo-romaine : leur radical est évidemment celtique ; le premier est rhabitatioo consacrée à Bel, le second l'habitatiGo élevée (alb), le troisième l'habitation du Marais.
Dans beaucoup de cas, les Bouguignona ont babillé certains noms gaulois à k mode de leur pays.
Une troîsièmr; forme très-usitée en Bourgogne, et placée, non pas à la fin, mais au commencement des mots, a le même sens d'habitation, mais elle semble s'appliquer plus particulièrement à une exploitation rurale, à un enclos : elle se traduit par la syllabe cor on cour, restée en composition dans le vieux mot coriil ou coiirtil^ qui signifie jardin ; Corcelles et Corgoloin en sont dérivés. Cette forme est postérieure aux précédentes, et nous n'avons pas à nous en occuper ici.
Donc, si nous supprimons la terminaison acurrij qui signifie habitation, nous aurons, pour notre village, le mot Hauri ou Gauri. C'est dans ce radical qu'il faut chercher le sens primitif.
Il serait facile de donner à cette étymologie une couleur romaine en la faisant venir d*aurum^ à'aura ou de caurtis; mais on n'a trouvé, dans notre village, ni mines d'or, ni temples élevés aux divinités de l'air. On pourrait choisir entre le verbe haurio et le substantif caurium^ entre Orion et Oriens. Cette dernière pourrait être admise avec quelque vraisemblance : nous verrons plus loin que le domaine primitif du prieuré était exposé
au levant. Mais tous ces eflbrts de lexique n'aboutiraient à aucune certitude.
Le nom d'Borus a un rapport très-direct avec Hauriacum. Nous avons vu que la religion des Ralètes était un mélange de divinités orientales et phéniciennes.
Nous avons montré le culte d'Isis répanda avec profusion dans notre pays. Un village voisin, celui d'Aloxe» nous offri-^ rait, dans son radical et dans celui de Valozières que porte une partie de son territoire, le culte d'Osiris à côté de celui d'Horus. Mais cette supposition, ne reposant sur aucun monument, sur aucun fait iûstorique^ semblerait fort hasardée et ne paraîtrait pas plus iondée que les précédentes.
Il en est une autre, beaucoup plus simple et plus naturelle, que je suis disposé à adopter : c'est celle qui ferait dériver Chorey du mot grec chôra^ village. J'ai déjà parlé de l'influence grecque sur notre civilisation. Le passage, dans notre pays, des caravanes marchandes de Phocée et de Massilie, a laissé des traces qu'il est impossible de nier.
L'opinion que j'émets est d'autant plus admissible que le mot chôra est entré en
composition dans plusieurs mots anciennement usités, et notamment dans celui de corrévêque, qui signifie proprement évêque de village ou des campagnes, en opposition à l'évêque qui administrait les grandes villes.
Laissons de côté cette question si controversable et constatons l'antiquité de quelques lieux qui paraissent avoir une origine commune avec le nôtre.
L'ancienne station romaine de Chora se trouvait dans les environs d'Auxerre : l'abbé Lebœuf et Pasumot ont écrit des dissertations sur son emplacement. On a trouvé à Charrette, près de Mussy (Aube), des cercueils ciselés du VI' siècle ; il y avait dans ce village un pèlerinage fort ancien à la fontaine Saint-Hilaire. Charigny, dans l'arrondissement de Semur, dépendait de Saint-Rigaud ; on y a trouvé, près du canal, des objets en silex et des ruines gallo-romaines. Charrey, près Saint-Jean-de-Losne, appartenait à Tabbaye de Saint-Vivant, et son église fut donnée, au XIP siècle, à la collégiale de ïeaune; le cimetière de ce village renferme des cercueils de grès fort anciens. Carilocus, Charlieu, près de Roanne,
avait un prieuré dépendant de Cluny.
Carré-les-Tombes, placé sur le bord d'une voie romaine, possédait une fabrique de cercueils de pierre qui faisaient l'objet d'un commerce étendu.
La Cure, Choray est un hameau situé entre Saulieu et Château-Chinon ; il fait partie de la commune d'Anot, où existait un ancien prieuré. On fait remonter aa V siècle la fondation de l'église de Chéroy, autrefois placée dans la forêt de Chereyo^ au diocèse de Sens ; elle a été bâtie sur l'emplacement d'un temple de Diane.
On trouve, dans l'arrondissement de Vesoul, un lieu appelé Corre. On y a découvert des statues, des inscriptions, de; bas-reliefs, des ornements et ustensiles en bronze, des médailles, des cercueils de grès et un aqueduc. Enfm, Coriallum est le nom d'une station romaine indiquéesor la carte de Peutinger et placée près de Cherbourg.
Ces citations suffiront à démontrer l'origine reculée du radical chorre. Il noua eût été facile d'allonger cette liste bien au-delà des limites de la Gaule. Pour ne
pas entraver notre marche, nous relègue^ rons dans les pièces justificatives une série de noms que les chercheurs trouveront peut-être quelque intérêt à consulter.
(Voir la note D à la fin du volume.)