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CHAPITRE V

TESTAMENT d'aNSEBERT. — DONATION

d'adalgaire.

In Chrlsti nomine, Ansebertus peccator, episcopas, banc epistolam scripsi.

(GalUa christiana^

Les misères du bas-empire, rinvasion des peuples du Nord et la conquête des Bourguignons, suivies de près de celle des rois francs, retardèrent dans notre pays Fextension du catholicisme^ dont les commencements avaient eu tant d'éclat chez les Kalètes-Edues et chez les Lingons.

Léodégaire, le savant conseiller des rois, devenu si populaire sous le nom de Saint-Léger, étant monté sur le trône épiscopal d'Autun, s'appliqua de toutes ses forces à reliever la relgion. Il s'attacha particulièrement à l'instruction des jeunes gens destinés à l'état ecclésiastique. Le

prieuré de Saint-Symphorien, où ces lévites étaient formés, devint une pépinière de sujets distingués, parmi lesquels il faut citer Saint-Germain de Paris, natif d'Autun, Virgile, archevêque d* Arles, Commenaire et Ansebert , évêques d'Autun.

La plus ancienne c harte de cet évêché est la donation faite par Léger, en 677, des terres de Marigny-sur- Yonne, de Chenôve, de Tillenay et d'Ouges ; la seconde est le premier document connu où il soit question de Chorey. Son importance mérite une attention et des détails particuliers.

Cette pièce est le testament del'évêque Ansebert dont je viens de citer le nom ; il date de Tannée 706. Les secrétaires de la société éduenne pensent que Tévêque Racho, mort en 825, est le premier Franc qui ait occupé ce siège et que tous ses prédécesseurs étaient gallo-romains. Le mot Ansebert me paraît cependant avoir une origine germanique : la terminaison ber est synonyme de chef ou de prince.

Quoi qu'il en soit, Ansebert lègue à sa cathédrale le village de Chorey, oui voca^

bulum est Hauriaco, situé dans le canton de Beaune, in pago belnem^e. Noire ville avait pris de Timportancc : après avoir servi de garnison à quelques vétérans romains, elle avait attiré, par le charme de sa situation, une population nombreuse.

Afln de résister aux invasions sarrasines ou gothiques, les Burgondes avaient jeté, tlans les fondements de ses murailles énormes, les statues et les tombes galloromaines.

Beaune était devenu un castrum et, en même temps, la petite capitale d'un pagus démembré de TArebrignus des Eduens.

Ansebert donne le village entier, k fond et la superficie, cùmsoliditateet appenditiis. Il abandonne à sa cathédrale les champs, les prés, les bois, les vignes, les pâturages et les eaux ; il lui cède les esdaves, les hommes libres et les colons; se dépouille de tout ce qu'il possède au temps présent et de ce qu'il acquerra dans l'avenir, en un mot de tout ce que contient le village, qtddquid dici aut normnari potest.

Le testament de l'évêque fait revivre comme dans un tableau les temps prîmi-

lifs de Chorey en nous initiant aiîx usages de cette époque lointaine. Il nous apprend que le jeune Ansebert, dont les parents habitaient peut-être Chorey, avait été élevé dans ce prieuré de SaintSymphorien d'Autun, fondé en 421 par Tévêque Euphrône et devenu en peu de temps si nombreux qu'on y pratiquait la psalmodie perpétuelle. 11 nous décrit l'oratoire ou crypte renfermant le tombeau de Saint- Léger, au-dessus duquel l'évêque veut être enterré. Les cryptes de la Gaule, construites à l'imitation des catacombes de Rome, étaient disposées pour recevoir dans leurs murailles plusieurs rangs de cercueils de pierre, ce qui explique la clause relative à sa sépulture.

Cet acte nous fait voir la famille d' Ansebert possédant à titre d'alleud le village de Chorey, de alodo parentum meorum.

Il n'y avait pas alors de droit d'aînesse; mais les femmes paraissent exclues des héritages.

Ansebert reconnaît que son frère Autariusa droit à la moitié de la succession, mais il espère qu'il ne voudra pas diviser les domaines et quMl acceptera tout Bé*

coup en échange de toutChorey. La douce Sicoline, leur sœur, dulcissima Sicolina, aura T usufruit de tout le mobilier et veillera à ce que les volontés du défunt soient exécutées.

Le testament nous initie à l'état des personnes : il veut que les esclaves, mancipii^ achetés dos deniers de Téyêque, soient déclarée affranchis, ingenui. Il s'agit sans doute de sa maison d' Autun et de ses serviteurs particuliers ; nous sommes encore dans les termes et dans les usagres de Rome. iMais la famille d'Ansebert est, semble-t-il, d'origine burgonde, puisqu'elle a eu sa part des alLuds. Dans les villages peuplés de Bourguignons, l'état des personnes n'est plus le même. A la place des mancipii et des ingenuî, nous trouvons les différentes classes des cultivateurs : les colons, colonie espèce de chefs de culture ; les hommes libres, lir Aertiy qui sont sous la dépendance des premiers, malgré leur apparence de liberté ; les serfs, servi, attachés à la glèbe, que Ton doit considérer comme des immeubles par destination. Nous apercevons les maisons oe maître, domus, et cdle des paysans, villœ. Enfin^ chose bien îna-

portante poar notre histoire locale, nous apprenons que la culture des vignes était pratiquée à Chorey avant le huitième siècle.

Le testament d'Ansebert ne parle pas seulement de Chorey et de Bécoup, caria fortune du testateur est considérable ; on y voit figurer le village de Tagetès^ qui est peut-être une altération du mot Tapete, aujourd'hui Notre-Dame-du-Chemin, et celui de Solempniaco, Sampigny, près Santenay. Il mentionne plusieurs • fermes isolées, coloniœ, qui n'ont pas encore de nom particulier et ns sont dési-' gnéesque par celui du pagus.

Il y en a in pago Magnimontense^ Mémont ; in pago Auiissiodorense^ Auxerre; in pago Vertudensi, Verdun. Ansebert lègue spécialement à cette crypte de Saint- Léger, creusée sous l'église de Saint-Symphorien (1) 2 il y fonde une lampe perpé-

(1) Le prieuré deSaiot-Symphorien fut comme le conflueut où vinrent se mêler les deux grandes sources de la vie monastique, la règle de saint Bazile arrivant de Cappadoce, et celle de saint Antoine, qui venait d'Egypte. C'est là qu'on vil se fondre, dans une harmonieuse unité, la vie cénobitique et la vie solitaire. (Histoire de Saint- Symphorien^ ^BivU. Dinet.)

tuelle et une messe ; il y institue quatre bedeaux, matncularios, çcurls. desservir.

Si quelqu'un veut attaquer le testament, qu'il soit comme le traître Judas : Judœ traditori similis efficiatur^ et qu'il paye une amende de six livres d'or ou soixante livres d'argent.

C'est surtout lorsqu'il parle de Saint- Symphorien que le pieux évêqne laisse voir ses sentiments affectueux : c'est dans ce couvent qu'il a puisé la science et la piété, c'est de lui que vient toute sa substance intellectuelle, unde substantia mea • • processif

Deux évoques paraissent comme témoins, Adoneus et Aglius ; mais leur domicile n'est pas indiqué : c'est le scribe Winebert qui a été chargé de rédiger cette charte, d'après les ordres d'Ansebert, jubento domno Ansberto^ le cinquième jour du mois d'août, la onzième année du règne de Childebert.

L'analyse que nous venons d'esquisser a fait connaître l'homme et son œuvres Thomme, le prêtre riche et libéral /dotant les séminaires pour sauver la civilisatioD, affranchissant ses esclaves, l'évêque sa» vaut, assis sur l'un dea plus anciens sié^

ges de France, dans cette église Saint- Nazaire, qui inscrivit sur ses monnaies : HEDVA. CHRISTI. CIVITAS; lœuvre, qui consacre à Tentretien des chanoines et à l'éducation des pauvres clercs une partie du riche patrimoine transmis par un leiide^ compagnon du législateur Gondebaud.

La religion catholique commençait à l'emporter sur le paganisme et sur ledruidisme. Si elle n'avait pas encore de temple dans l'intérieur du castrum de Beaune, elle avait élevé, au pied des murailles, l'église de Saint-Etienne et l'immense cimetière où l'on inhumait tous le.o chrétiens des environs. Le testament d'Ansebert était destiné à favoriser ce mouvement religieux.

Pendant plus d'un siècle les ravages des Normands ruinèrent la France : leurs vaisseaux et leurs barques longeaient les côtes et remontaient les fleuves et les rivières. Malgré leurs hautes murailles et leurs portes massives, les couvents étaient pillés. Les religieux portaient leurs reliques et leurs trésors dans les villes fortes.

Le corps de saint Baudèle fut apporté

derrière les murs du castruui et déposé dans une petite église souterraine qui subsiste encore en partie. Le corps de saint Jean de Réôme, dont nous parlerons à propos du prieuré de Chorey, fut porté au château de Semur en 888. Il serait possible que tous ces événements eussent empêché l'exécution du testainiiît d'Ansebert. Nous savons que certains legs ont eu leur effet ; mais les chartes autunoises et les comptes de la cathédrale sont muets à l'égard de notre village.

L'absence de tojte indication relativeà la possession de Choroy par les chanoines pourrait faire supposer qu'Autarius, le frère d'Ansebert, n'avait pas ratifié ces dispositions. Ce qui fortifie celte conjecture, c'est que nous allons retrouver, dans le même village, des donations importantes, émanant de personnes considérables par leur naissance. Il semble que, si le legs d'Ansebert avait été exécuté dans son entier, on ne verrait pas, dans les siècles suivants, le village partagé entre plusieurs grands propriétaires.

Poursuivons notre tâche à l'aide des rares documents, et laissons le lecteur adopter les conclusions qu'il jugera convenables.

Il faut franchir l'espace de près de deux siècles pour retrouver la trace de Chorey. M. Bulliot, le savant président de la société éduenne, mentionne, dans son His* toire de r Abhaye de Saint-Martin^ une donation sans date^ faite à son église par Tévêque Adalgaire. Parmi les différents legs qui y sont relatés, on remarque un moulin situé sur Chorey : In Auriaco molendinum L

J'avais d'abord eu quelques doutes sur l'identité du nom. 11 fallait aller chercher le moulin à l'usine actuelle de Bouillot, sur le cours de Rhoin, à deux kilomètres de Chorey. Il y a plus : le ruisseau du cours de Rhoin passait, par cours naturel^ dans la Champagne de Beaune et traversait le faubourg Saint-Nicolas; cela résulte de textes positifs. Il ne pouvait donc y avoir, au moulin Bouillot et à la Rochelle, qu'un filet d'eau à peine suffisant pour alimenter l'abreuvoir romain dont j'ai parlé. Ce moulin me semblait impossible ; mais j'ai retrouvé, à l'extrémité du village, le long de la route de Dijon, l'emplacement d'un moulin à vent dont es ruines ont subsisté jusqu'au siècle dernier.

L'archiviste de la Côte-d'Or, M. Joseph Garnier, dont l'opinion a une valeur inco testable, est persuadé que l'Hauriacum d'Ansebert et l'Auriacutn d'Adalgaire ne peuvent être que Chorey. Ce dernier personnage a voulu sans doute compléter le domaine de son église en ajoutant le moulin dont il s'agit aux vastes propriétés léguées par son prédécesseur. Une circonstance semble prouver également en faveur de Chorey : c'est que les autres villages cités dans cette pièce font partie de la même région. Le point imimpurtant est Aloxe, Alussam cùm omni integritate; à côté se trouvent : Scabrona, Echevronne; Bolianthum^ Bouilland; Arcegnacum, Arcenant; in C7is'peis^ Crêpée ; Magnacum^ Magny.

La date de cette donation, dont Toriginal existe à Autun, peut être fixée à l'année 879.

Le nom de l'évêque y est, indiqué de cette manière ;

« Ego Adalgarius^ sanctœ matris ecclesiœ Augustodunensis episcopus sulh scripsi. »

La lumière apportée dans l'obscurité barbare de notre région par les deux ac-

tes qui précèdent s'éteint subitement. Il faut attendre plus d'un siècle pour voir reparaître le nom de Chorey.

Reprenons donc succinctement la suite des faits historiques qui intéressent notre pays.

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