‹ Histoire de Chorey et de ses seigneursChapitre 17 sur 51 · ET COUTUMES, DUELS · texte numérisé non relu

ET COUTUMES, DUELS

;Por dett amor epor cbristi»!

poblo c nostro common salBment.

Premier docament écrit Mlangue romane : c'est le partage fait ^Mâconeatre les fils de Loots-le* DéboDoaire.

Le roi de France, Ghildebert II, fut remplacé en 711 par son neveu Dagobert, deuxième du nom, qui ne régna que cinq ans.

Clotaire IV, Chilpéric II et Thierry II vinrent ensuite : ombres de rois qui ne gouvernaient que de nom.

Cependant une nouvelle invasion s'apprêtait à fondre sur la France à la faveur des désordres amenés par rincapacité de ses rois. Les Sarrasins ou Maures d'Espagne envahissent nos provinces méridiona* les sous la conduite d'Abdérame. En 7S1,

ces Musulmans remontent le Rhône et la Saône, s'emparent de Tournus et de Cha* Ion, et font subir à la ville d'Autun des pertes considérables. Beaune et la contrée qui l'environne eut aussi la visite de ces étrangers ; mais elle eut moins à souffrir que les pays voisins, parce qu'en sortant d'Autun le gros de l'armée poursuivit sa route parSaulieu, Auxerre et Sens. Cette dernière ville leur résista avec succès : i'évêque Elbon leur fit lever le siège et les rejeta dans la Touraine, où ils furent complètement battus en 732 par Charles Martel, fils du maire du palais, Pépin de Herstal.

En 768, Charlemagne, fils de Pépin^ maire du palais, monta sur le trône de France et fut nommé peu de temps après empereur d'Occident par le pape Léon IIL Depuis un demi-siècle la religion catholique s'était affaiblie. Charles Martel, importuné par les leudes^ leur avait jeté les crosses des évêchés et des abbayes. Les pratiques druidiques avaient reparu en dépit des règlements élaborés dans le sy-' node d' Auxerre. Les Bourguignons s'étaient remis à sacrifier des boucs et des taureaux. Dans son Essai historique sur

Paris, Sainte-Foix prétend qu'à la fin de la première race plus d'un tiers des Français était encore idolâtre. Charlemagne réprima ces abus et rétablit partout le culte catholique : un de ses édits puniissait de mort toute personne qui mangeait <te h chair pendant le carême.

Jusqu'alors il était admis que tous ceux qui n'appartenaient pas à l'état religieux devaient rester dans l'ignorance : on était obligé d'appeler un moine pour rédiger les contrats. Le palais de Charlemagne devint l'asile des talents échappés de cette nuit barbare, et des écoles lurent ouvertes dans toutes les cathédrales de son empire : « Nous trouverions utile que dans les évôchés et les. monastères on s'appliquât à enseigner les lettres, caries épîtres que nous avons reçues de plusieurs monastères contiennent des expressions barbares. »

Le concile tenu à Chalon-sur-Saône en 818 s'occupa principalcn.ent de la question d'enseignement. Veut-on avoir une idée des connaissances astronomiques de cette époque :

H Le soleil se nourrit d'eau ; il est pluô grand que la lune et la lune plus grande

que la terre ; celle-ci est un miroir... Les étoiles bgillent de leur lumière ; elles ont chacune une couleur que l'éloignement empêcle de distinguer. Le ciel est un fru subtil ; il est rond, concave, et la terre seule est immobile. »

Dijon avait un comté et Beau ne une vicomte dont les titulaires, nommés parles rois depuis le VIP siècle, n'avaient pas tardé à devenir béréditair es. Mais ces fonc • tions étaient mal remplies. Les officiers qui en étaient chargés avaient des tribunaux .dans les villes; dans les campagnes, la justice était rendue par des hommes libres désignés à cet effet. Ces cours n'existaient guère que de nom. Charlemagne, pour réformer ces abus, édita une sorte de code appelé les Capitulaires. 11 institua des inspecteurs de tribunaux et de fmances appelés missi dominici^ et chargés de parcourir toutes les provinces; il créa ies 'cours ecclésiastiques et délimita leurs attributions. En 863, on trouve, parmi les missi du pays beaunois, Tutbaldusy episœpus ; Jonas^ episcôpus; Abbo et Izembardus^ abbés. Soixante-dix ans plus tard, un diplôiàè du roi Raoul cite le comté de ^^tixm^^ cofhitatus Belneiisis.

Gharlemagne mourut en 81A, hissant à son fils, Hugues, le titre de duc béo.^ficiaire de Bourgogne. Le règne de Charles le Chauve fut marqué par Us invasions terribles des Danois, des Suédois et des Norvégiens, connus sous la dénonaiination générique de Normands ; les longues barques de ces barbares paraissaient sur la Manche et TOcéan, puis remontaient le Rhin, la Seine et la Loire : n Alors, dit M. Ozanam, les moines fuyaient^ enoportant sur leurs épaules les reliques des saints, tandis que les pirates, accroupis dans les ruines des abbayes incendiées, vidaient ensemble la coupe du dieu Thor.» Les environs de Beaune eurent beaucoup à souffrir de cette invasion.

Jusqu'alors la Bourgogne était restée, géographiquemont parlant, dans les limites tracées {.ar Gondebaud ; elle fut divisée sous le règne de Louis-le-Bègue, fils et successeur de Charles-le-Chauve.

Bozon eut la Provence et Rodolphe le Valais ; la Bourgogne proprement dite continua à être gouvernée par des ducs béoé(iciaires.

Lq flambeau civilisateur allumé par («hçLrlemagne s'éteignit sous la faiblesse

de ses successeurs et sous la barbare puissance des gros propriétaires du sol. Les comtes, les seigneurs, voilà les véritables héritiers de Charles-lo-Chauve ; la féodalité fut créée par le besoin de sauvegarder sa vie, car les peupUs n'aviiient que haine et mépris pour des rois qui ne savaient pas les défendre.

Après Tinvasion des Normands vient celle des Ogres ou Hongrois dont le nom est reslé l'épouvantail desenfants. Toutes ces dévastations avaient rendu le pays inculte. Les souveraifis donnèrent de grandes terres à leurs soldats et favoris. Presque tous les héritages libres des pauvres et des affranchis tombèrent ainsi sous la main des grands propriétaires et devinrent terres censables^ c'est-à-dire soumises à un cens ou redevance, tandis que les biens immeubles des gens aisés furent transforniés en fiefs de reprise^ c'est-à-dire que ces biens revenaient, f^ute d'héritiers, aux grands propriétaires. De même les petits nobles, ne pouvant se défendre par eux-mêmes, donnaient leurs biens aux grands nobles qui les leur rendaient à titre de fief. Malgré Coûtes tes donations et tous ces contrats,

une portion de la terre resta sous le nom de francs-alleux.

Les hommes de fief y dont les propriétés immobilières n'étaient, dans l'origine, que le paiement des services militaire^, constituaient une milice permanente personnelle ; mais les hommes libres de la campagne, propriétaires de francs-alleux, devaient fournir un soldat lorsqu'ils possédaient au moins trois meix. S'ils n'en avaient qu'un ou deux, ils s'associaient à une autre famille pour fournir ensemble un soldat.

Le clergé ne fut pas toujours exempt du service militaire et de ses charges : au milieu du IX* siècle, Loup, abbé de FerriOres, se plaignait d'avoir perdu huit chevaux dans la guerre de Bourgogne.

A partir de la fin du Vlil* siècle, la puissance du clergé, déjà si considérable, s'accrut par les donationâ : il était pêi^mio à tout homme noble ou libre de se donner, liii^ sa femme, ses enfants, ses biens, à un saint ou à une église. Un bboime cénsablie rie le pouvait ptis,^ attendu qiife le censîiuiaii été perdu pour le t'Oi ou ^^Ôur

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■i.es dispute.^ sur 1a propriété des bièhs,

<iuând le droit n'était pas clair, se lerminaieni en combat singulier: les deux •champions se battaient à l'arme blanche ou payaient des gens qui se battaient à leur place.

Il y a, dans notre beau pays de France, un préjugé universel que je voudrais bien voir anéanti ; ses racines séculaires ont tellement envahi le sol que' toutes les classes de la société en sont infestées. Ce préjugé, qui a pris naissance à l'époque dont nous parlons, est celui des duels, des déiis ou des combats de citoyen à citoyen. On se croit obligé de répondre *à une injure par un coup d'épée ou par un soufflet. Une sorte de point d'honneur a décidé que celui qui se laisserait injurier ou frapper sans se battre contre son provocateur devait être traité de 2âche.

Les Grecs et les Romains n'ont jamais connu cet usage insensé. Plutarque nous a conservé un trait que je veux rapporter : au milieu d'un conseil de guerre, un chef de l'armée grecque, Euribiade, leva son bâton et menaça de frapper un autre chef nommé Themistocle, qui était d'un avis contraire. Un Français de nos jours eût

immédiatement porté la main à son épée, Themistocle courba le dos en disant :

frappe mais écoute. Ce n'étaic pourtant pas un lâche, ce guerrier qui gagna la bataille de Salamine.

Les Bourguignons ne connaissaient pas, dans l'origine, cette folie qu'on appelle « le point d'honneur. » Les coups portés avec la main, le fouet, le pied, le bâton étaient punis comme coups et non pas comme outrages^ car ils ne flétrissaient pas ceux qui les recevaient. Les législateurs ne punissaient que le préjudice réel et ils n'ont jamais eu la pensée de considérer comme des délits les démentis^ les injures légères et les propos inconvenants.

Avec nos idées modernes, un soufflet est un outrage plus sanglant qu'une volée de coups de poing, et cependant l'humiliation ne devrait pas être plus grande... au contraire.

Malgré les progrès de l'instruction et des sciences, malgré l'adoucissement des mœurs et la diffusion des connaissances, la coutume abominable des combats singuliers est toujours pratiquée. Dans l'affreuse anarchie où ils vivaient, nos ancêtres, ne pouvant obtenir justice de

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personne, se crurent autorisés à se la rendre à eux-mêmes: le duel avait sa raison d'être ; mais aujourd'hui que lea lois veillent sur la fortune et sur Tbonneur de tous les citoyens, il n'y a aucune rai^ son plausible qui puisse justifier les yoies^ de fait. Arrière donc à ces préjugés d'un autre âge qui font qu'on se croit oiïensë parce qu'on a reçu .un démenti ; arrière à cette sotte et cruelle manie qui nous fait jouer, pour une cause huile, une existence que nous devons à notre famille et à la société. .

J'espère que les lecteurs me pardonneront cette digression philosophique, et je reprends la suite de mon histoire.

Les fantômes de rois qui succédèrent à Charles-le-Chauve n'eurent aucun pouvoir sur les provinces. La Bourgogne commença à se faire une existence à elle, à vivre d'une vie propre, sous l'omnipotence de ses ducs et de ses comtes.

A l'heure où tout était ténèbres et chaos dans le pays qui avait été l'opulontc Celtique, quelques lueurs de liberté brillaient encore dans notre contrée. St- Julien de Baleure nous apprend que sous l'administration de Richard, en 809, la

Bourgogne avait chaque année une réunion délibérante qu'on appelait déjà Its Etats.

Richard, surnommé le Justicier, ^t comte d'Âutun lorsqu'il fut noofuné par le roi Carloman duc bénéficiaire de Bourgogne. Cette province cooiprenait alors les villes d* Autun, Dijon, Beaune, Chalmisur-Saône, Mâcon, Nevers, Auxerre, Setui et Langres. La Bresse, le Beaujolais, ia seigneurie de Salins et tous les pays entre la Saône et le Doubs se trouvaient cooi* pris dans ce duché. En 887, ce duc Richard battit les Normands, qui venaient de dévaster l'abbaye de Bèze. Vingtquatre ans après, il les culbuta de nouveau, dans les environs de Chartres, avec l'aide de la noblesse de la Bourgogne et en particulier de Manassés de Vergy, comte d'Auxois et de Dijon, dont le donjon en ruines domine encore, àdeuxlieues de Nuits, la [pittoresque vallée du Mofli.

Raoul-le-Noble succéda à Richard et s'empara de la couronne de France aa détriment de Louis. Il résida souvenià Auxerre et quelquefoi i à Autun : c'est i«i qui reprit la ville de Dijon à Bozon, rei ie Provence.

En montant sur le trône, Raoul avait cédé la Bourgogne à Gilbert de Vergy»

son beau-frère, qui administra pendàùt quelques années et fut remplacé par Hugues-le-Noir, frère de Raoul, mort sanà enfants en 951.

Au milieu du pouvoir despotique ded grands vassaux, les principaux fiefs restèrent à peu près en dehors de Tactioti gouvernementale des rois et des ducs. Le comté de Beaune, dans lequel se trouvait Chorey, était échu par succession à ]â seconde fille de Raoul, Alix, qui épOusâ: Robert de Vermandois, comte de Trojeà.

Huguesle- Blanc, comte de Paris, de Nevers et d'Autun, obtint de Louis d^Où* tremer le titre de dus bénéficiaire de Bourgogne.

Pendant la triste période que nous Venons de traverser , notre riche contrée conserva quelques vestiges de Fancieûne civilisation apportée par les Phénîcieûs, les Grecs et les Romains. Parmi ceft maires du palais, ces ministres tout-ptiïdariis, ces évoques qui conserveirt le dépôt ëÀtté dé Ik science et de la littérature, te {âdd grâiid n<mibré sort de notre glorreirde protMce, maîd la- masse du petfple eM

plongée dans la plus complète îgnoran:e et c'est seulemt^nt au XI" siècle que l'oo voit poindre l'aurore de la civilisation.

Il est remarquable que cet aurore coïncide dans notre pays avec la construction de la basilique de Notre-Dame. Dans les premiers siècles du christianisme, les chrétiens de Beaune et des environs se rendaient à Autun pour leî* fêtes principales de l'année et se faisaient porter après leur mort dans le cimetière de cet:e ville. Au cinquième, le nombre des fidèles ayant augmenté, ou avait construit, eo dehors du castrum, sur remplacement actuel du palais de justice, une église consacrée à Saint-Etienne. A l'entour se trouvait un immense cimetière compris entre les rues des Tonneliers, St-Etienne, des Buissons, Poterne, des Bouchers et St-Pierre. Aucun village ne possédait encore d'église, et tous les chrétiens des. environs étaient inhumés dans ce polyandre. Le retour à la barbarie et au druidisme rendit presque inutile ce temple primitif qui fut, d'ailleurs, ruiné par les Sarrasins dans le VIII* siècle, Oiv cottstruiSât alors dans Tintérieur la petite égliàë de Saiût-Baudële, qui devint bieiK tôt iûsuifisàcite.

Le lîls d'Hugues- le-Blarc, Henri, duc -de Bourgogne, dont les sentiments religieux se sont traduits par une foule de pieuses fondations, commença en 976 la construction de la collégiale de Beaune» qui ne devait être achevée qu'un siède et demi après.

La renaissance artistique du moyen* âge s'essayait sur les édifices, en attendant qu elle puisse créer la statuaire et la peinture. Mais Tétat de liberté ne progressait pas encore. Au X* siècle, nous trouvons une masse de droits seigneuriaux : albergas^ droit de gîte chez le vassal ; segnis^ droit de mener le vassal à la guerre ; venationes^ droit de chasse / firmandœy amendes ; persulira^ contributions extraordinaires ; usatici, les renies d'usage; qnestus^ les quêtes qui obligent à donner ; (1) On y voit le terrage, solagium; la redevance en blé, bala-gium: et le droit de mutation, acceptation

Le droit de juger, qui appartenait à la royauté, fut usurpé par les propriétaires

(l) Donation faite en 936 par Raymond, «omte de Toulouse.

de fiefs. Un des plus anciens titres relatifs aux procès se rattache à l'histoire de UQtre village : c*est un diplôme de Glovis qui exempte de la juridiction des jugea publics le monastère de Saint-Jean-de- Réôme. (1) Ce couvent a possédé pendant sept siècles une partie du territoire dç Chorcy. Nous en parlerons bientôt.

Cependant, les inféodatious et sousinféodations multipliées à Tinfini, anéantissaient toute liberté : les sujets étaiem devenus aussi esclaves que les serfs. Nous voyons ïludes, vicomte de Beaune, donner en 1006 à St-Bénigne de Dijon le village 4*Ampilly-le-Sec avec les esclaves de Tun €it de l'autre sexe, les censés et les pr«îslaiions que devaient les hommes libres. (2)

En Tan mil, dit M. Rossignol, la solitude est autour de Beaune. Les Bourguignons, venus avec le consenteaieot des Romains, avaient eu les deux tiers des terres, mais des terres incultes. Depuis la décadence de TEmpire, les pilleries des Bagaudes, le£> dévastations dQ$

(4) Histoire de France de Dom Bout^uet. (Vj Recueil de Pérard, p. 170.

Barbares, les incursions des Sarrasins et des Normands avaient arrêté le développement de la culture. Les villas romaines cachaient leurs débris sous les ronces. La colonie du Poillean avait disparu. La voie romaine, réparée par Brunehaut, ^tait envahie par les épines ei les [mûres sauvages. Les maisons des Pois et des Chaux-Bains étaient en ruines. Le treuil de Garnier et celui d'Ânsbert n'existaient plus : quelques terres que les maîtres eu!tivaient à la hâte, des cabanes de peu de duiée, car il fallait fuir à chaque instant, ^el était le village de Chorey.

Il est à croire cependant que notre territoire était moins désert que d'autres à -cause du voisinage de la ville : l'abbaye de St-Jean-de-Réome possédait vraisemblablement une partie des terres, et des familles burgondes l'autre partie ; nous verrons que les premiers seigneurs de ■Chorey ont conservé leur nom d'origine allemande.

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