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CHAPITRE VIL

fWNATION A SAINT-BÉNIGNE DE DlJO?f. — LE PRIEURÉ» IREMIÈRE ÉGLISE DE GOOaEY.

Petras de Belitâ recogao? U qnrf prioratam Charreio (enebat a religio- 8is vlriS) abbate et coBieata iw mensa. Reomtos.

Au commencement du XI* siècle nous trouvons le nom de Chorey dans une charte extrêmement importante de la <iironiq.ue de Saint-Bénigne.

àll y avait alors à Dijon un grand per- «ojunage appelé Othe-Guillaume. 11 était lils d'ua Plémontais auq^iel les historiens "doDnent indiiïéremment les noms de marquis d'Ivrée et de duc de Loinbardi('« 5a mère Gerbeige avait épousé en secondes noces Henri, irère de Hugues Capet« le premier duc héréditaire de Bourgogne, Je fondateur de Notre-Dame de Beaune.

Adopté par son beau- père, Otbe-Guil-

Jaunie avait été créé comte de Dijon et doté de propriétés immenses. Après la mort du duc Henri» ce personnage, fort de l'appui de son beau-frère, Tévêque de Langres, se fit déclarer duc de fiourgo* gne, malgré l'opposition de Robert, roi de France, qui partit à la tête d*une armée et vint ravager les rives de la Saône. Landry, comte de iNevers, gendre d'Oihe^Guillaume, obligea le roi et son allié, Richard de Normandie, à lever le siège d'Auxerre et à retourner à Paris. Il revint deux ans après, .s'empara d' Avalion, mais ne put entrer à Dijon défendu par fiumbert de Mailly.

Plusieurs réunions tenues à Verdun et à Beaune eurent po«ir résultat de pacifier U Bourgogne ; le roi Robert prit le ûu^ de duc et Oibe*Guillaume celui de comte de Dijon.

La puissance des abbayes était grande; Saint-Etienne, la plus ancienne de Dijofn^ venait de recjÊVoir par donatioq le vaste cimetière de Beaune et l'église en ruii)e9 qui s'y trouvait. Mais une nouvelle .a)>« baye allait dominer Saint-Etienne. L'abbé Wilhelm, le beau-frère d'Othe-Guillaume, s'était installé avec ses doui:e ^iJ9e^

près du tombeau de saint Bénigne. Le roi de France et le vicomte de Beaune Oddo comptaient au nombre de leurs pa^ tisans les moines de Saint-Etienne, il fal* lait au comte de Dijon, son conipétitear, une puissance rivale ; le fils adoptif do duc Henri, Othe, F étranger^ n'eut garde de négliger la précieuse influence de Saint- Bénigne à laquelle il donna de grands biens parmi lesquels se trouvait une partie de Chorey.

On verra, dans les pièces justificatives, un extrait do la donation du comte Othe» Guillaume. Il suflira de noter ici que la principale cession est celle de Veuveysur-Ouche, Viv'ariensis , et que le village de Chorey, in Cariaco^ ne figure qu'eo seconde ligne avec ceu\ de Commario, Labussière, Colombier, Crugey, Lusigny, Détain, Chaudenay, Thury, Pulîgny et Aubaine. On remarquera qu'une partie de ces terres se trouve dans la région «• gnalée par le testament d'Ansebert. Il est . possible que les domaines de cet évoque et ceux de son frère Autarius aient passé, par .succession ou autrement, dans la fa» mille du comte do Dijon. (Voir la note F à la fin du vol u aie.)

Ces libéralités soat faites pour le repo» d^ râm43 du duc Henri, qui Ta adopté, de 3a mère Gerberge, de son fils Wido et de 3Qn épouse Jlermentrude.

II est fâcheux pour Thistolre que le chroniqueur n'ait pas spécifié la nature des propriétés de Chorey données à Saint*» Bénigne en lOOA. Aucun document n'indique que cette donation ait été exécutée ; aucun acte de possession n'a été fait par l'abbaye de Saint-Bénigne pendant les si^les suivants. Il y a de lieu de croire que la majeure partie de Ghorey resta entre les mainy de ce fils d'Othe-Guillaume, de ce Wido-le-Riche, marié à Hermentrude, dont la fille épousa Lethbald, dit le sage, vicomte de Beaune.

Lethbild-le-Sage, à l'exemple d'une foule de riches seigneurs, résolut de donner une partie de ses biens aux églises et djg se consacrer à Dieu. Taudis que sa femme s'enfermait dans un cloître, après avoir donné à» Saint- Bénigne le village de Chaignay (1), il adopta la réforme de l'dixbé Wilhelm, se fit moine à Moutiers-

(t> Qistoirei de Bemem», de Hoi«sigQol, pa;^ 9t.

persuadés qu'on aura de la pluie le joor de la faucbaison de ce pré.

Revenons à Tbistoire de ce prieuré et aux documents qui nous sont restés sur son administration.

La qualification de prieur paraît pour la première fois dans une charte datée dâ mois de janvier 1223. Girarde, veuve de Girard Petterer, abandonne au prieur de Charre le droit qu'elle a dcns une vigne joignant celle de Constant de Charre^ moyennant quinze livres dijonnaise.*) et douze mesures de froment. Cjtte vente est faite avec le consentement de Jehan Comillatei de Marion (1). La même année, Pierre Hodomare cède audit prieur son droit dans une vigne procbe de celle de Hubert de Charre^ ayant appartenu à Wilhelm^ fils du seigneur de Brie. Le village de Brie^ ou plutôt Bray^ n'est autre que le hameau de Gigny, et la sei- ^eurie est celle de la motte qui devint plus tard la propriété des moines de Cilesâtux.

(I) Jean Cornillat, aliàs Curmille, était de la famille de Henri, qui fut maire de Beàune eo

Les notes qui précèdent sont intéressantes en ce qu'elles nous donnent les noms de deux habitants de Chorey ; celui d'Hubert nous fait voir que la dévotion locale envers le patron des chasseurs remonte à une époque bien éloignée de nous; elles sont extraites des pièces à l'appui d'un inventaire des propriétés de Moutiers-Saint-Jean, lors de la vente des biens nationaux faits par le district de Beaune. Les deux notes qui suivent ont la même provenance.

Poursuivons nos investigalions et constatons qu'une habitation a existé dans la partie inférieure de ce teirain. Il ne s'agit plus ici de mortier romain, et les débris de tuiles antiques sont moins nombreux ; mais on a trouvé une marche de cavojuneépée à poignée de cuivre, des burettes d'étain, une croix en métal, une marmite de cuivre à goulot, un médaillon avecbélière, de la largeur d'une pièce de cinq francs, un fût de croix ou de colonnette et des fragments de carreaux vernissés. La plupart de ces objets ont été vendus à des brocanteurs (1). A l'est,

(1) Je meQlionnerai pour mémoire une médaille trouvée dans cet endroit, bien qu'elle ne se ratla-

sur le bord du chemin actuel le vigneron Battaut a découvert des traces de sépultures, et M. Jean Bard a déblayé un mui épais qui passe sous le chemin et qui se dirige dans le pré voisin.

Pass'jns aux étymologîes ; les appéllalions géographiques survivent aux désas très des invasions ; elles défient les révo' lutions, les guerres et les incendies. C'esi l'histoire locale écrite dans les noms des terres et des vignes, et le cadre de cèpe lit livre montrera, dans ces dénonainalions, la trace des Romains, des Bui^ondes, des moines et des seigneurs.. U es probable que le nom de Moix-Laure»

vient d'un prieur de l'abbaye. SmiOD ces fondements de murailles qui trafer sent le chemin vicinal ; nous sommes i< SiU pré Guillaume j et la propriété a pn le nom d'un abbé de Moûtiers-Saint-Jeaï de Guillaume II, qui vivait en i'anné

che pas à Texislencc du prieuré ; c'est un sol c Valais Irappé au commencement du dernier si cle. Il représente un écu sommé d'une mitre, d'u crosse et d'une épée. et chargé de chevrons 9td toiles. Légende F. FRID. aMBEL. ET. SB. . revers, un écu sommé d'une aigle à deux têt avec la légende COM. ET PRiE. REIP. Vk

4200^ vers l'époque présumée .d^ la coqs* tiniGtioQ de la chapelle, capella de Cadria* coy OD vient de voir que cet abbé fît un ac* cord avec le desservaat de Cborey, Cette petite source» obstruée; par les matériaux du chemio, se nomme le fuits Renaud.

Qr, le prédécesseur de Guillaume H était précisément Renaud, abbé en 1182, et c'est yraisemblablemeut; à cette date ^*on peut fixer la construction da prieuré.

En Â25, selon quelques auteurs»en ^ AA8, suivant d'autres, le fils d'un se* ualeur de Dijon, nommé Hilaire, avait i^ndé, près de Semur, une abbaye qui^ suivait la règle de saint Macaire. Cet abbé, nommé Jean, donna à son couvent le nom de Béôme, emprunté au ruisseau qui le traverse, et, dans peu d'années, un nombre considérable de moines vint peu-* pler ce premier monastère de la Bourgo- |[oe. Au codunencement du VIP siècle»

cette abbaye adopta la' règle de saint Colo(uban» abbé de Luxeuil. L'immense re-* nommée de saint Benoit et de ses monas* tëres de Lérins et du Mont-Cassin donna une nouvelle impulsion aux couvents et ntroduisit l'agriculture parmi ces hom^

mes voués jusqu'alors à la vie contemplative : a La culture, dit avec raison M. de u Saint-Aiglan, était une forme de prière, a une aumône sans mesure faite à une u contrée entière. »

. Le jeune Lothaire, fils de Charles-le- €hauve, avait été élevé à Réôme, et devint, en 864, abbé de ce monastère.

Cependant d'autres monastères avaient été bâtis. Lupicien et Romain s'étaient installés dans le Jura, à l'endroit qui fut appelé plus tard Saint-Claude. Contran, roi de Bourgogne, avait construit une abbaye, près de Chalon, sur le toaibeau de saint Marcel. Par les soins de Brunehaut, Tabbave de Saiut-Jeon-le-Grand d'Autun avait pris la place du temple de Bérécynthe. Enfin, Gérard de Rossillon avait fondé, vers 860, les couvents de Vézelay et de Pothières.

La barbarie, les malheurs des temps, l'avidité et l'omnipotence des seigneurs firent tomber l'abbaye de Saint-Jean-dé- Réôme aux mains des laïques, et c'est seulement en 98â, sous Mayeul de Cluny, qu'elle se releva de son abaissement.

Nous avons vu le redoublement de ferveur qui marqua le commencement du

icie ; les plus. [graDds persoifinuge»

t leurs biens aux religieux» Mai^ 1

ont pas seulement les ducs et lea :

; il n'est pas rare de* voir des eulti* , ces libertin dont parle letesta* ' Ansebert, se donner corps et biens ^

tint vénéré. Ne nous étonnons pas Tempressement de ces hommes à leur liberté pour devenir serfs iglise ou d'un monastère. I>ans ces de guerres et de pillages féodaux, \ la justice n'était qu'un mot, le qu'une prérogative, ils étaient à l'un puissant voisin, d'un seigneur , d'un souverain ambitieux ou jt. Ils étaient traités avec douceur»

ennemi semait dans la contrée l'inet le meurtre, les murs solides de fe les garantissaient ; si la maladie (inislres surven<iient^ ils trouvaient ns pocfr eux et mouraient tranquil* le sort de leurs enfants.

>que chacun des grands monastères reçu dans un village des terres certaine importance, il y établissait euré. Le plus ancien que l'on con- » dans nos environs, est celui de Hippolyte, à Comberiault, conflrmé

en 1030 par une charte du roi Robert.

Vers le même temps, les moines de Moutieramey, au diocèse de Troyes, fondèreat à Savigny le prieuré de Saint -Maurice, qui n'a laissé d'autre trace que son nom conservé à un moulin. Le prieuré de Saint Hilaire,au village de Saint-Romain, (ut fondé, un peu plus tard, par les sei« gneurs de ce village ; celui d'Arcenant, établi par les moines de Saint -VivaDl, date à peu près de la même époque. Enfin, vers le milieu du XIV siècle^ les religieux do Saint-Seine firent élever le prieuré de Serrigny, que l'on suppose avoir été remplacé par Notre-Dame-du- Ohemin.

Nous avons attribué àLethbald, di fieaune, la donation faite aux moines de Moûtiers-Saint-Jean d'une partie des terres de Chorey ; mais il ne s'ensuit pas que le prieuré ait été construit à cette époque. Les religieux, fort éloignés do notre village, ne pouvaient cultiver par eux-mêmes ; ils avaient sans doute des colons ou fermiers qui venaient leur apporter chaque année le prix ou les redevarxes convenus.

La propriété s'était divisée. Le voisi-

EaLLSE DE CHOREY.

Echelle de 3 millimètres par mètre.

nage de la ville avait nécessairement fa** vorisé les ventes et les échanges, amélioré la culture et attiré de riches particuliers, séduits par la position et la salubrité du lieu. De nombreux laboureurs Ht vignerons avaient morcelé l'ancien domaine de févêque Ansebert, défriché et planté de nouvelles vignes. Au milieu du XIP siècle, le nombre des habitants était assez grand pour nécessiter la construction d'une église. L'insigne collégiale de Beau* ne venait d*être achevée; il fallait créer des revenus pour l'entretien de ses chanoines et pour sa décoration intérieure. La nouvelle église, que les habitants de Chorey construisaient, parut, à l'archidiacre Radulphe, devoir donner de bons revenus. Dès l'année 11A8, le pape Eugène IV avait abandonné à Notre-Dame vingt églises des environs dont les vocables sont indiqués. En 1150, l'évèque d'Autun, Henri, accorda à l'archidiacre les trois églises de Meursanges, de Marigny et de Chorey, ecclesiam de Cherriaco. Aucune de ces églises ne porte le nom d'un saint ; elles n'étaient sans doute ni achevées ni consacrées. Les chanoines de Beaune mirent celle de Meursanges sous le voca-

]>le de saint Pierre et celles. de Marigoy et de Chorey sous le patronage.de févangéliste saint Luc. C* est donc dans Tintervalle de ces deux chartes, entre les années 11 Â8 et 1150, quil faut placer la première église de Chorey. On trouvera»

dans les pièces justificatives, à Ja note G, la lettre de donation de Tévêque Henri, extraite du cartulaire de Notre-Dame de Beaune.

Cette église de Chorey était fort petite, et son architecture rudimentaire accuse l'économie apportée par les habitants et par les chanoines. L'ancien chœur existe encore en partie; il forme le iranssept oriental et de l'église actuelle.

Les moines de Moûtiers-Saint-Jecnn considérèrent le don fait aux chanoines de Beaune comme une atteinte à leurs droits, un préjudice à leurs intérêts. Ils réclamèrent contre les prétentions de la collégiale sur une population dont le plus grand nombre était sous leur dépendance. 11 y eut résistance de part et d'autre; <:hacune de ces deux puissantes parties fit valoir ses moyens et ses titres. Quarante ans après la lettre de l'évêque Henri, Notre-Dame abandonna ses pré-

tentions et résigna, entre les mains de Tabbé Hugues, tous les droits qu'elle pouvait avoir sur l'église de Chorey : Si quia juris habebant in ecclesiâ Cherriad.

Cependant les donations continuaientà affluer ; on ne donnait pas seuloment des terres, mais des hommes. En H96, le duc Eudes TII donne à Moûtiers quemdam hominem apud Belnam^ Bridum cogno^ mine^ tabemarium et ejus kœredes. Ce tavernier vint peut-être se fixer sur les terres de l'abbaye, à Chorey ou à Gigny ; le nom de Bissey, qui subsiste encore, pourrait être une altération de Bricîus.

Il paraît que les moines de Moûtiers- Saint-Jean négligèrent d'établir un desservant à Chorey; car le chapitre de Beaune continua à envoyer un prêtre ou chapelain pour exercer les fonctions paroissiales. Naturellement ce chapelain s'adjugea une partie des oblations et des redevances. Nouvelle réclamation des moines, nouvelle résistance des chanoines. Le recueil des chartes de Moûtiers- :Saînt- Jean nous a conservé le texte curieux d'une transaction datée de 1200.

(Voir note I, aux pièces justificatives.)

Guillaume II était alors abbé de iMoû*

tiers, et Gauthier, évêque d*AutuD. C'est ce dernier qui termina la contestation entre les religieux et les desservants, presbytères Cadrtaci. On décide que le chapelain, capellusde Cherriaco, prendra la mo'tié des revenus et qu'il conservera pour lui le denier du baptême» de la communion et du pain bénit. Si le chapelain a un vicaire et qu'on donne à celui-ci douze deniers à titre d'aumône, il les conservera. Au-delà de douze deniers» la somme sera partagée. Les moines ne transignent pas sur leur droit primordial; ils se réservent formellement TacceptatioD du curé, jus instituendi presbytemm in predictâ ecclesiâ Cherriaci.

Dans le courant de la même année, an arrangement eut lieu au sujet des diimes de Gigny ; l'abbé percevait, dans ce hameau, la redevance annuelle de trois mesures d*avoine et une mesure de froment.

Nous avons supposé que les moines ne cultivaient pas eux-mêmes les terres de Choiey; cette opinion est appuyée par un acte de Tannée 1206. Le fermier de l'abbaye avait nom Pierre Laccordé, et sa femme s'appelait Ségille ; Tabbé

Hugacs lui donna la moilié des terrages de Taiy et de Charrère. C'est la seule fois que nous ajdons rencontré le village de Tailly à propos de Moûtîers- Saint-Jean ; mais la charte ne nous dit pas si Pierre Laccordé habitait Tailly ou

Chorev,

Jusqu'ici il n'a pas été question de prieuré proprement dit. Mais voici une bulle d'Innocent III qui nous parle de deux édifice consacrés au culte. Il s'agit d'une confirmation de privilèges pour toutes les propriétés de l'abbaye dan& l'année 1211^ et la charte cite ccclesiam de Cadrico fmm capellâ ejusdem villœi II y avait donc deux églises distinctes :

celle du prioratus regidaris et celle de Yecclesiœ jparœcialis. Nous savons que celle-ci occupait la place de l'édifice actuel ; essayons de déterminer le lieu où se trouvait la chapelle et les bâtiments du prieuré.

A l'extrémité du village de Chorey, du côté de l'est, existe u.j vaste terrain limité au nord par le chemin qui descend au lavoir,au midi parla rue et le chemin de desserte qui tire à Varennes par les MoutotSf à l'ouest par les maisons bordant

uoe des rues du village, à l'orient par le cbeoiin vicinal qui looge le pré Goillemotte et se dirige vers le passage à oiveaa du chemin de fer. Ce quadrilatère irrégulier porte le nom de meix Laurent C'est là que s*élevait le prieuré de Cborey, exposé aux rayons du soleil levant près du petit ruisseau qui devait avoir plus de volume qu'aujourd'hui. Voyons si l'état du sol peut appuyer ces indications.

On a découvert, il y a quelques années, dans la partie la plus élevée de ces jardins, derrière la maison Terrand, une aire en béton dont le travail paraibsait antérieur au VI* siècle. Toute l'étendue de ces jardins est semée de pierres mureuses et de tuiles à rebords. Le terrain, très-fertile et de coulenr noire, renferme des traces évidentes de fondations, de cendres, de charbon, de débris de toute espèce. N'est-ce pas là que se trouvait le centre primitif du village, la colonie^ fondée par les ancêtres de Tévêque Ansebert, est peut-être la maison de ces Lethbald qui ont tenu une place si importante

au XP siècle.

En 1246, le 7 janvic un accord fut

fait entre Pierre, dit de Chalemont et et Allix, sa femme, de Beaune, d'une part» et frère Lambert^ prieur de Charey^ d'autre part, au sujet d'une vigne située eD Beile-Paume. Vingt-deux ans plus tard, nous trouvons une note indiquant la présentation à l'évêque d'Aulun de la personne de Dom de Charre, A cette époque, les prieurs faisaient réellement partie de la manse abbatiale.

Le Reomaus renferme, à la date de juin 1257, une charte fort curieuse à raison des détails qu'elle contient et du soin minutieux que les moines apportaient îi leurs intérêts. Voici l'extrait sommaire de ce document dont on trouvera le texte latin parmi les pièccs justificatives, (Note J.)

Pierre de Beaune, dit d'Arnay, elerc^ reconnaît, par-devant Gérard, évêque d'Autun, qu'il tient à vie des moines de Réorae, la maison et prieuré de Chca^ rey^ près Beaune. Cette maison doit, après sa mort, retourner au couvent avee toutes ses dépendances, appartenances et améliorations, avec tous ses ustensiles et tous ses meubles. Le contractant promet de conserver et d'améliorer les édifices.

maisons, vignes, prés et aut'-es biens qu il laissera quittes et libres de toutes charges. Il s'engage à une rente annuelle de vingt livres dijounaises et de deux muids de vin, payables à la fête de tous les saints. Ces redevances doivent profiter au moine de Réôme, qu il y réside ou qu'il n'y réside pas « monaco réomacensi in loco prœdicîo commoranti vel non commoranti. » Par réciprocité, Pierre d'Arnay fait donation aux religienXy <« pour le remède de son âme et en aumône perpétuelle » de tous ses droits sur la dîme de Sarrignei, en retenant toutefois l'usufruit pendant sa vie.

Il ressort de tout cela que le prieuré de Chorey se composait d'un ensemble de bâtiments assez importants; les termes de la charte œdificia et domos semblent se rapporter à la chapelle et à la maison d'habitation. Celle-ci devait être asseï spacieuse pour loger non-seulement Pierre de Beaune, mais le moine de Moûtiers, c'est-à-dire le prieur. Ce Pierre de Beaune, qui donne les dîmes de Serrigny, ne serait-il pas le prieur de ce village que des circonstances majeures auraient obligé à quitter sa résidence* Nous voyons.

peu de temps après la date de cette damnation, la chapelle de Notre-Dame-du- Chemin prendre de Timportance, grâce à la libéralité des ducs de Bourgogne.; Pierre de Beaune fut peut-être le dernier sur la liste des prirt:'-; de Serrîgny, au sujet desquels nos .archives renferment si peu de documents.

Les moines de Moûtiers ne tardèrent pas à jouir de la donation du clsrc, car celui-ci mourut quatorze ans après ; au mois de septembie 1273, Jacques Can-.

quins^ de Beaiine^ et Sybille^ sa femme^ donnent à Tabbaye leur vigne en Champimont et deux ouvrées es prévôtés^ à la condition de jouir, leur vie durant, « des dixmes de Sarrignei qui appartenaient à cette abbave. »

Le lecteur me permettra de "donner quelques lignes d'une charte de Moûtiers- Saint-Jean concernant un village des environs de Nuid; elles nous montreront les mœurs d'une époque éloignée et les changements que notre langue a subis :

><(Milon li fis au Baut de Quincé a re- « congnu de sa propre volunté, sans nule « loi ce, sans conlraignement et sans paor -c que il est homs à Tabbé et au convent

« de Moustier sainct Jehan taillable et e^ti ploitable hault et bas, en la main « viorto de la dicte église aux uc et aux icooatumes des autres homs que li dis I abbé et lis convent ont en la dicte ville

* de Quincé » Cette curieuse pièce

est du mois de mars 1270. Quelquefois le ^er/ s'affranchissait au moyen d'une redevance; un acte de 1351 constate que Thomai Garnon, de Réôme, Jehannetle, sa femme, et leurs héritiers, 7îés ou i naître de leur propre corps, sont affranchis ipar Tabbaye de tontes tailles ^ quêtes, corvées, movennant une livre d*i c»re xiflnuelle.

Le 2 mars 1392, nous trouvons •une transaction entre le prieur de Cho- 4'ey et les chanoines de Notre-Dame au «ujet des dîmes de Gigny ; c'est la dernière fois qu'il soit question du chapitre dont les desservanis continuaient à remplir les fonctions paroissiales. L'insigne collégiale était alors à l'apogée de sa puissance. I^a prospérité des manufactures, rétablissement de la commune de Beaune par le duc Eudes 111 avaient accru ses revenus en augmentant la popution. Le nombre des habitants de Chorey

«c paraît pas avoir augmenté; le faubourg Saint-Nicolas^ ou plutôt le bouig neuf, donné par Gérard de Réon à Notre-Dame, s'était peuplé rapidement. Les habitations, groupées autour de la belle église de Saint-Nicolas, formaient une paroisse importante et les vingt-quatre chanoi^ •^nes de Beaune avaient des revenus consi- <lérables.

Le 19 janvier li38, Jean Bonnin prend, à titre de cens, des abbé et religieux de Moûtier-Saint-Jean, une maison et dts \ignns situées à Beaune. moyennant dix livres par an ; quinze ans p!us tard, le .31 mars 1453, le pi leur de Chorey amor ^:e, moyennant une rente annuelle, huit ouvréfts de vigne à Huguenin Gillioty de Chorrey.

Les revenus «du prieuré de Chorey paraissent avoir été irès-considérables à cette époque ; aussi les religieux qu'on y envoyait appartenaient-ils à des familles <le distinction. A la fin du XV»-' siècle, Dûuç trouvons Guillaume de Kabutiu insK ^allé dans notre tijlage ; ce prieur éiail .{xarent de Sébastien de Rabutin, abbé de Môûtier'-Salnt- Jean :, en 1492. .ÇuU-laume fut i*€iDplacé à Chorey par le rrèi:e

if

Pierre d* Aligny ; la lettre de provision dtj ce religieux lui fut donnée par l'abbé Guy de Lugny. Les bâtiments du piieu ré existaient encore ; ils devaient luôtiie comporter un certain luxe, puisque des personfïages comme les d'Aligny et les Rabutin -ne dédaignaient pas d'y faire leur ••ésisiden«:e. Les guerres de la succession de Bourgogne, après la mon de Charles-le- Téméraire, furent fatales aux maucirs féodaux, comme nous le verrons en parlant du château; mais le petit cloître du Meix- Lajrent, caché au pied de Téminence où lès sires de Frolois avaient bâti leur castel, resta encore longtemps debout.

Au commencement du XVI* siècle,

Georges de Vingle était prieur. En 1503,

il reçut de THôtel-Dieu de Beaune deux

sols tournois pour la dîme des vignes sur

€haurey. Trente ans plus tard, un de ses

parents, Edme de Vingle, chambrier de

Saint-Seine, prel^d le titre de prieur de

Beaune et de Combertault. La famille et

Vingle portait dor à la fascedaj^it; ^Mc

^posséda les seigneuries de Drée, Cutëti^ê

<«t Cùssy-le-Châtel. Les archive? de 1'^*

-^l'^ôieu font mention de Jeaitne deLctog-

*Vlc, rélicte de Ceôrges de Vîngte, i*cvâ-

lier, gouverneur de Dijon à la fin du XVI* siècle.

J'ai parlé de la maison que les moines de iMoûtiei -Saint-Jean possédaient à Bëaune. Un acte, reçu Vernet, le 6 mars 1517, nous apprend que les abbé et religieux abandonnent cet immeuble avec le jardin à Edme el Edmée de Collonges, moyennant une rente de quatre livres et deux blancs. En 1713, elle était occupée par un M. Bouchiu qui payait chaque année au monastère, le jour de la Saint- Martin d'hiver, le loyer de cette maison. Elle était située entre celle de Philibert Delàmare, au nord, et l'Hôtel-Dieu, au inidi. Elle fut vendue à M. Brunet, d'An*teiiil, seigneur de la Courtine, qui ta vendît à Jean Torchin, boulanger, moyennant 6,200 livres. Cette maison, qui porte le it* 43, rue Bretonnière, appartenait en 1790, à M. Guyard, de Bâlon.

Nous avons laissé Georges do Vmgie ÛÉits son prieuré. De grands' changements ^^iëtàîent opérés dans les iiioBut^ «t 4éà k^titutionii. Enrichifi par de trop neâi^bfèfuseis donations, les moines avaient né* g%é Tagricmltûre. Les ^bbés ^V^tettt pèt^ learprestigevét'ie temps était Mn^

OÙ ils si(5-geaient au Parlement à côté des plus grands personnages. La naissance et Ja fortune étaient, pour les fonctions d'abbé et de prieur, des titres plus certains que les talents et la piété. Il est prenable qu'une partie des bâti iients de Chorey, surtout celle qui servait à l'exploitation du domaine, était tombée en ruines, eî que la maison du prieur était fort négligée par suite de Tabsence prolongée des titulaires. La chapelle ellemême était restée sans entretien. Le centre du village s'était déplacé, se reportant du côté de Beaune et Je Gigny, et l'église paroissiale avait fini par annihiler l'oratoire isolé dans son marécage. On peut j^upposer que l'abbé de Moûtiers vendit çn détail les jardins du Meix-Laurent et du pré Guillaume. On sait que les grands qfionastères furent taxés à des sommes considérables pour la rasncon de François l**'. C'est à cette occasion que les pivoines, de Gîteaux vendirent à M. Ver-r ^nette, maître des lequêtes, leur Otf de la iM,ottei-do-fjigny. Fort éloignés de Çhofeyy le^i religieux de Moût^iers iujitè^'ébt probar yeipent ceux de Coteaux en âljé.nfint dés l)|itimepts dont l'entretlenéiait une tb2«*ge

sans compensation. Toujours est-il qu'après Georges de Vingle ies prieurs ne résidèrent plus dans notre village. Le seul nom que j'aie retrouvé postérieurement ^st J. Morelet, doyen de Notre-Dame de Beaune et de Chorey, élu du clergé aux Etats de Bourgogne en 1668.

A paitir de la réunion de Moûtier- Saint-Jean L l'évêché de Langres, au milieu du siècle dernier, les prieurs furent à la nomination du roi. Une partie des terres leur resta jusqu'à la révolution de 1789; nous retrouverons plus tard les derniers morceaux qui furent vendus comme biens nationaux par le district de Beaune.

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