‹ Histoire de Chorey et de ses seigneursChapitre 19 sur 51 · JÊTABLISSEMENT DE LA COMMUNE DE BEAUÎCE. LA MAISON ES MEZEAULX · texte numérisé non relu

JÊTABLISSEMENT DE LA COMMUNE DE BEAUÎCE. LA MAISON ES MEZEAULX

J'ai (loué et accordé aux homs fit» Benuliie le droii-t d'avoir one commune à toujours.

Le duc Eudes lU.

Nous avons laissé la Bourgogne entre les mains du loi Robert de Frarxe. Ce prince confia celte province à son fils, le duc Henii. Celui-ci, étant monté sur le trône de Franco, céda la Bourgogne à son frère Robert « pour jouir en toute propiiété. »

Toute cette période est marquée par une série d'alTreux désastres ; les années 1005, 1010, 1015 et 1017 virent mourir ■de la lamine une foule de personnes ; «jais la plus épouvantable arriva en 1031. On fut obligé de se nourrir avec les rac

nés de certaines plantes des forêts, avec les herbes des marécages. Dans une forêt du Maçonnais, un raalheureux avâit bâti une maisonnette d'où il assommait lesvoyageurs. Hugues de Flavigny, qui s'est fait l'historien de ces événements épouvantables, écrit, dans sa chronique, que Ton trouva chez ce misérable les têtes de quarante-huit victimes.

Le nom d'Eudes III restera célèbre dans nos annales locales par les libertés que ce duc accorda à la ville de Beaune.

Pendant le cours des Xh et XIP siècles, un travail immense s'était lait dans la société française. Les races romaine, gauloise et germanique s'étaient fondues Tune dans l'autre ; une langue nouvelle et véritablement nationale commençait à &e former.

Dans quelques villes, les gens du peuple se réunissaient et piêtaient le serment de se soutenir les uns les autres^ ce qui les fit appeler conjurés, confrères et communiers. lis se choisissaient un chef, Dommé major ou maïeur^ et obligeaient le seigneur à traiter avec eux ; telle est l'origine des premières chartes d'affranchissement. Les ducs et les comtes»

voyant qu'ils ne pouvaifmt résister à ce mouvement populaire, voulurent, dans beaucoup d'endroits, avoir le bénéfice de Tinitiative.

Le départ de la noblesse pour les croisades fut aussi une des causes de ces libéralités. Il lui fallait battre monnaie et ramasser, pour ces dispendieuses expéditions, le plus de numéraiie possible.

Mais la cause principale, celle qu'il est utile de proclamer bien haut, pour protester contre les injusteis attaques livrées à la religion et à ses prêtres, c'est l'effort du clergé tout entier. Nous avons vu, aa VII° siècle, notre évêque Ansebcrt affranchir ses esclaves. Depuis longtemps, prêtres et religieux cherchaient à relever la dignité humaine, à prêcher la vraie li* bcrié.

Les évêques avaient fait entendre à Louis-le Gros qu'il fallait, pour la sûreté du trône et la tranqt^^illité des provinces, à opposer un contre-poids àrénormepuissance de la noblesse. Il aida les classes infé* rieures à se réhabiliter, et Tédit de Philippe-le-Bel, en 1301, admit enfin le peuple dans la politique en le faisant eo* trer aux Etats-Généraux.

Le mouvement , comaiencé dans le Nord, se propage dans la Bourgogne. Après Laon et Beauvais, nous voyons Sens, dont la charte futoctreyée en 118S, Auxerre, en 1194 ; Dijon, en 1187 ; Aval- Ion, en 1 ^'^^

Cette dernière fut accordée aux habi tants (. en l'an du verbe incarné mil deux cens trois, sous le règne de Philippe, roi des Francks. Elle fut copiée presque textuellement sur celle de Beauvais. Le préambule de cet acte est digne de remarque : « Que tous présens et futurs apprennent que moi, Oddo, duc de Bourgogne, j'ai don^^ et accordé aux homs de Beaulne le droict d'avoir une commune à tousjours sans rien loucher aux libertés qu'ils avaient antérieurement dans la ville de Béaulne. » Quelles étaient ces libertés, c'est ce que la charte ne spécifie pas ; mais il est utile de constater ce que nous disions plus haut qu'il y avait depuis assez longtemps une organisation communale jouissant de certaines prérogatives.

Mais cette liberté, écrite en tête de la charte communale, atteignait seulement les hommes de l'intérieur. Le vaste faubourg Saint-Nioolas, le Bowrgf-Netif,

comme on l'appelait alors, resta sous la dépendance de Notre-Dame.

Presque tous les villages des environs restèrent sans t:ommune. On voit cependant, en 11S3, Aymon, maire de Bèze; en 1224, Maliot, maire de Meloisey. Le maïeur suppose la commune. Notre vîHage de Chorey n'eut pas le bonheui d'obtenir une charte de franchise. Néanmoins, il échappa en partie au joug féodal, grâce à la fermeté d'Eudes IV, qui reçut en sa commandise tous ceux qui voulaient y entrer.

La liberté des villes voisines aurait pu occasionner le dépeuplement des campagnes ; les seigneurs furent obligés d'être moins exigeants, et les campagnes, loin de devenir désertes, virent angflaefiter leur population, Chorey surtout, dont la situation était un attrait pour les riches bourgeois de Beaune. En 1285, nous y voyons un total de quarante-huit feux> c'est-à-dire de deux cent quarante personnes. Tous ces hommes n'appartenaient pas au seigneur ; il y en avait un assez grand nombre à Moûtîers et quelques-uns aux chevaliers de Malte.

Notre vills^e doit en partie son exis*-

tence à raffranchissement de Beaune.

Avant cette date mémorable, il ne s'y trouvait vraisemblablement qu'un petit nombre d'habitations groupées autour de la maison de Moûtiers-Saint-Jean, près du puit3 Renaud et du prô Ciuillaume, et quelques construciions plus récentes élevées dans la partie haute du village, auprès d'une maison qui devint plus tard seigneuriale.

La certitude d'une possession tranquille livra à la culture beaucoup de terres en friches. Un riche habitant de Beaune, Gillot Bauduin, parvint à acquérir à Chorey un domaine assez important pour mériter le nom de seigneurie, qui lui fut donné h la fin du XIII» siècle, soixante ans après l'érection de la commune.

Avant de commencer l'histoire du château et de ses différents propriétaires, nous parlerons de la léproserie dont la fondation est contemporaine de l'affranchissement de Beaune. Le principal revenu de cet hospice portait sur des terres et vignes sises à Chorey.

Le duc Eudes III, animé du désir de soulager les misères du peuple, fonda, pour les pauvres lépreux, une maladrerie

placée fort en dehors de la ville, du côté de Dijon, sur les ruines de constructions romaines, à côté des sépultures qui bor- -daient Tancienne voie d'Autun à Besançon. La maison et le jardin de M. Flasselier occupent l'emplacement de la maison du recteur; la salle et le jardin des malades se trouvaient de l'autre côté de la route.

L'affreuse maladie de la lèpre était signalée à Autun dès Tannée 448. En 582, le concile de Lyon ordonne que les lépreux seront nourris par les églises. A la fin du IX** siècle, un hôpital pour ces malades existait près de Chalon-sur-Saône.

C'est donc à tort que certains historiens ont prétendu que cette terrible maladie avait été importée d'Asie par les croisés.

Le testament de Louis VIII nous apprend que, dans Tannée 1 '226, il y avait en France deux mille léproseries ; Nolay, Gevrey, Pouilly-en-Auxois, Châteauneuf, Meursault et Pommard en possédaient chacun une.

Les mesures les plus rigoureuses furent prises pour limiter autant que possible cette contagion. Les lépreux pouvaient sortir et mendier dans les villages à la condition de ne jamais s'approcher d'un

être humain ; ils avaient un costume spécial, composé d'une longue robe et d'un capuchon jeté par-dessus. On voyait à leur ceinture une tasse en bois et des cliquettes qu'ils faisaient sonner Iréquemment pour éloigner les passants de leurs personnes maudites : « En allant quérir les aulmônes, ils auront une cliquette, chemineront par le milieu de la charrière €t au-dessus du vent, afin que aulcun ne puisse pis valoir. Ils ne laveront mains, pieds, robes, draps, linges à puits et fontaines communes. Ils avertiront les magistrats s'ils savent que certaines gens veulent empoisonner les eaux, les vivres ou aultces chouses qui puissent grever le corps humain. »

Dans la plupart des villages on avait désigné une source spécialement affectée aux lépreux. Nous avons à Chorey une de ces fontaines que l'on appelle encore des meuzias : le nom vulgaire de ces malheureux était ladres et Mézeaux.

Bouze avait également sa fontaine des ladres sur laquelle on a construit un lavoir il y a quelque:, années.

En. outre de la foutaine, le village de Chorey a conservé le souvenir des lépreux

dans le nom de Maladèrotte donné à un climat, du côté de la route de Dijon. Il ne faut pas conclure de là qu'un hôpital a existé dans cet endroit : Chorey et Bouze n'ont jamais eu de maladrerie.

L'acte le plus ancien concernant la maison ès-mézeaux est une donation faite vers le milieu du XIIP siècle, par les époux Laurent de Beaune, d'une parcelle de vigne en la Champagne et d'une autre en Baiimont. Vient ensuite un arrêt du bailli de Dijon, daté de 1260 qui condamne la veuve Girard, de Beaune, à rendre à la maladrerie trois pièces de terre près de la croix de Vignolles. En 1301 le duc Robert II confirme les biens de cet hôpital et lui donne la propriété entière du hameau de Buissons, à la charge de dire trois messes le Jeudi-Saint, et d'augmenter de vingt sols Taumône qui se faisait ce jour là après l'office « de sorte que les ladres qui n'avaient qu'une maille puissent avoir chacun un denier. »

La maladière possédait des vignes à Gigny et à Chorey à la fin de ce même siècle : les archives de Beaune contiennent la reconnaissance laite par Jehan Naudin, clerc, des cens qui lui étaient dûs daDS

ces deux villages. Nous trouvons, à la date du 12 juillet 1673, un marché « pour rebâtir et faire la maison ès-mézeaux, au lieu appelé la Maladière. » L'administration était réservée à la collégiale : le 29 juillet 1697 le doyen de Beaune donne à bail pour dix années une partie des bâtiments et des vignes. Il y avait une chapelle dont la place exacte est inconnue; le clergé et le magistrat de Beaune y faisaient chaque année, le lundi de. Pâques une procession solennelle. Elle fut démolie en 1710 avec la permission de l'évêque.

En 1423 Nicolas ( hevalier et Guillaume Podechard^ de Gigny, prernent à bail un champ appartenant à la maladerie et situé « près du pasquier de Cîteaux, avec les saulces. ^ II s'agit d'un terrain voisin du château de la Motte à Gigny. Trois ans après eut lieu l'amodiation « d'une soyture de pré sise à Chorrey, près la planche ; » l'Hôtel-Dieu de Beaune possède encore cette propriété qui aboutit à l'ancien chemin d'Autun à Besançon. En 1468 nous retrouvons ce même « pré de la Rochelle^ férant d'un bout de dessus au chemin ferré et du bout Dessouby sur l'eau du Cours-

de-Roin. » La maladerie avait une autre propriété dans le mène climat: «(L'an 1454, Jeannin Haudebert, coutelier à Beaune, prend une toppe de huit ouvrées, assise au finage de Chorrey, auprès la toppo de Me Regnault-Brenot d'une part et la toppe de Pierre Vlllers, d'autre part, aboutissant du bout dessus à la vigue de Perrault Poiset et du bout dessous sur le cours de Rouin. » Quatorze ans plus tard, Jean Calardot prenait à bail la moitié de cette toppe a pourniettre en vigne. » Une troisième propriété de la léproserie se trouvait dans la môme région : le 0 décembre 1478 le recteur de la maison esmézeaux passe avec les frères Coquehier un bail de vingt-neuf ans pour six ouvrées de vigne ès-crais^ moyennant seize gros par an. En 1531) la môme pièce de vigne était louée à J. Leblanc^

Des lettres-patentes de 1639 confir- .mèrent à THôtel-Dieu la propriété de la léproserie de Beaune. C'est seulement en 1696 qu'intervint l'arrêt du Grand- Gonseil ordonnant la réunion immédiate à cet hôpital des biens meubles et.immeu- Mes des maladeries de Beaune^ Pomard et Nolay.

L'affreuse maladie avait disparu de nos contrées et les grands bâtiments restaient • vides. Une grande partie était en ruines : ^ on y prit des matériaux u pour parer la ^ route » lors de l'arrivée du roi en 1701. La chapelle fut démolie en 1710 et l'année suivante THôtel-Dieu amodia les ibnds à Vivant-Bornier , son successeur -, Philibert Cornée, les cultivait encore en 1721.

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