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CHAPITRE X

Notices sur les sires de frolois.

LA MilSON FORTE DE ChOREY.

Le dernier décembre iUi Jehan de Frolois , sire de Mulinet recognoit tenir du doc de Bourgogne sa maison forte de Chorey , emprès Beaune, close de fossés.

Archives de la Chambre des Comptes.

Le village de Frolois, dans l'arrondissement de Semur, a donné son nom à une ancienne famille qui a jeté un vif éclat pendant plus de cinq siècles.

Saint-Julien do Baleure a avancé que les sires de Frolois sont de la race des premiers ducs de Bourgogne, ce qui expliquerait la ressemblance des armoiries:

celles de Frolois sont bandé cT or et cT azur de six pièces à la bordure engrêlées de gueules. Le plus ancien personnage connu est Miles de Frolcis, dont le fils parut

comme témoin en 1038 dans Tacte de fondation de Giteaux. Nous donnerons dans les pièces justificatives la généalogie de cette famille, et nous parlerons seulement du seigneur de Chorey.

Eudes de Frolois eut cinq enfant"^ : Jean le plus célèbre, nous intéressé particulièrement à raison du château do ^Chorey dont il a été le propriétaire et probablement Tédificateur. En 1315, là duchesse Agnès, par ses lettres datées de Volnay envoie Jehan de Frolois et Guillaume de Mello à Paris^ c tous deux en grand renom d'éloquence et de prudhomie. »

C'était après la mort de Louis-le-Hutin, et les Bourguignons voulaient donner la couronne de France à Jeanne, la petitefille d'Agnès. L'éloquence des deux ambassadeurs fut vaincue par les exigences de la loi salique, mais elle valut à Jean de Frolois la charge de Bourgogne qu'Eudes IV lui donna à son avènement. L'année suivante, le lundi après la Saint-IIilaire^ le duc, par ses lettres datées du château de Volnay, donne à ce maréchal qui était déjà chevalier et seigneur de Molinbt, les fiefs et arrière-fief de madame Marguerite de Gergy. Gette noble cousine d'Eudes

IV était alors veuve de Hérart d'Arcies, ou d'Arcey ; une partie de la seigneurie de ce village resta à son fils Jean de Darcey, que nous retrouvons conseiller du duc au parlement tenu à Beaune par le roi Jean en 1361.

Ces seigneuries dont le duc de Bourgogne disposait en faveur de Jean deFrolois, du vivant de la propriétaire étaient situées à Gergy , Sarrigny et dépendances. Une contre-lettre du sire de F rolois portait que « dans le cas ou madame Marguerite ne voulut entrer dans ma foi, monseigneur le duc puisse ordonner et faire dudit doo à sa volonté. »

Ceci a tout l'air d'une intrigue de famille : le maréchal convoitait la riche veuve, mais celle-ci repoussait ses prétentions. Pour la décider à conclure cette union le duc retira à sa cousine Marguerite les fiefs qu'elle tenait de lui. Il est probable que le mariage eut lieu puisque les propriétés conditionnellement accordées restèrent dans la famille de Frolois.

Il serait possible que la terre de Chorey ait fait partie du douaire de Marguerite; d'autre part il se pourrait qu'etle ait été dès lors comme elle le fut dans la suite»

une dépeodanc e de celle de Savigny ; lUilon, le grand-père de Jean de Frolois, était seigneur d'une partie de ce village.

L'époque où vivait Jean de Frolois fut à la Bourgogne ce que le siècle d'Auguste fut à l'Italie. L'architecture nailitaire était arrivée à son apogée. Les plaines se peuplent de maisons forte«, les moLtagnes se hérissent de cbâleaux: Argilly , Mont- Saint-Jean» Corabeuf, Antigny, MeursauU, Villers-la-Faye, Thil, Chaudenay, Cbateauneuf, nous montrent, dans leurs parties anciennes, le lype du XIV'^ siècle. Jean de Frolois fit construire en 13Â0 le beau cbâteau de Savigny. Quelques vestiges de celui de Serrigny semblent indiquer la même époque. La maison forte de Cborey date du même temps. Il est certain qu'elle existait en 13i8. Les re» gistres de la chambre des comptes vont nous donner des indications positives.

(c Le dernier décembre 13A8, Jehan de ce Frolois, sire de Molinot reconnaît tenir (f du duc de Bourgogne la ville et chastel « de Molinot, les villes et appartenances « de Pernant et de Cucey- la-Colonne, sa « maison forte de Sarrigny, sa maison tt forte de Chorey, emprès Beaune, filose

(( de fossés, plus le chastel de Pousanges « et le tiers des appartenances étant à a Mlles de Frolois son frère, et promet (( le dit duc ne les ôterni démembrer par « aucun acte que ce soit que du propre Cl consentement de Jehan. >y

Le duc Eudes IV habitait souvent son château de Beaune d'où il allait en retraite à la chartreuse de cette vilk . Jean de Frolois, son parent et son gnind maréchal avait un hôtel à Dijon et un autre à Beaune. Gourtépée, qui nous a laissé des détails intéressants sur les résidences seigneuriales de ces deux villes ne iaài aucune mention de ces demeures. En ce qui concerne Beaune^ l'ancienne habitation des Damas, qui fut plus tard celle des Bourrée me paraît avoir antérieurement servi d'hôtel à Jean de Frolois et à sa femme Marguerite de Gergy. Après l'extinction des Frolois, les familles Damas et Bourrée ont possédé, comme nous le verrons, la terre de Chorey: l'hôtel aura suivi la destination de la seigneurie. Cette maison, achetée dans la suite par les Ursulines , occupait une partie de THôtel-de-ville actuel.

Gourtépée prétend que Jean de Frolois

construisit en i 3AÔ le château fort de ce village. Le château (Je Molinot était placé SU milieu de la vallée, sur un petit monticule entouré par le ruisseau de Belle- Combe. Il ne reste de cette forteresse que la base ruinée d'une tour, dans laquelle M. de Gharodon, propriétaire actuel, a

^ fait disposer, au milieu d'une niche, la statue du fondateur placée dans Téglise de Molinot et mutilée en 1793. Cette

- statue à laquelle manquent les bras et la partie inférieure est une des belles œuvres de la statuaire du XI V« siècle. Le grand maréchal est dans 3on costume de cour.

Une licbe ceinture ornée de petits quatrefeuilles inscrits dans des carrés j etient sa longue tunique fermée. Une couronne de baron, finement travaillée, enserré ses

^ grands çfieveui^ qui se déploient sur un coussin ouvragé. L*expresslon cte la ligure est d^uiie fermeté et d'une noblesse incoinparablesi. Les détails des cheveux et

^ de la barbé et lé fini du modelé font de ce

' débris lup des plus remarquableà objets d'art qu il y ait dans les environs de Beau ne.

Le'grând'màréchal eut deux'fils : Guy, ràfne, hérita de là^eigï^eurerie de molinot.

Lorsque les Anglais eurent fait prisonnier le roi Jean le 19 septeaibre 1356, h Bourgogne était gouvernée par Jeanne de Boulogne, mère et tutrice du jeune Philippe de Rouvres. Pendant trois mois les troupes étrangères tinrent leur qoar* tier général à Flavigny et ravagèrent tons les environs. Pour se débarrasser de ces hôtes dangereux, la Bourgogne offifit 10,000 moutons d'or et vingt-trois ôtàfgn parmi lesquels fut Guy de Frolois qd resta à Londres jusqu'en 1 35S, en la compagnie de Philibert Paillarc, riche bourgeois de Beaune. Guy était chevalier banneret , c'est-^- dire qu'en temps de guerre il avait sous ses ordres un certain nombre d'écuyers. Le 3 juillet 1859,81 compagnie fut reçue à Dijon : parmi les nobles qui figurèrent dans cette montre se trouvait Poinceot de 5firrigney. En 136S nous voyons Guy de Frolois transiger avec les moines de Saint-Béoi^ au sujet de la seigneurie de Crugey.

Nommé gouverneur de Bourgogne f Guy prit part à la bataille dé Cocherd en 1 3.6A et mourut peu de temps après.

Guy de Frolois n'ayant pas eu <}e postérité la terre de Molinot a()partint en eo-

tîer à son frère Jea ), deuxième du nom, scSgneur de Ghorey. C'est en 1347 que ce personnage nous apparaît pour la première fois aux noces de Jeanne de Bourgogne avec Amé, comte do Savoie : il est alors qualifié d'amé et de cousin du duc £ttdes IV. Je crois pouvoir lui attribuer la construction de la ferme de Neuvelle* sous-Serrigny dont il possédait la seigneurie. On voit encore dans ce bâtiment une belle fenêtre à tête d'ogive» construite vers le milieu du XlV* siècle. Une stèle gallo-romaine, incrustée dans le mur d^une petite tour, est encore appelée Saint- Feurlat par les habitants du village. Ce mot ne serait-il pas une aUération de Frolois. Lors de sa découverte, ce basrelief H dû passer, dans Tesprit des pay* sans, pourla8tatue.de TuD des anciens seigneurs du ^liec^. - •

Jean de Frolèîs fut un des' chevaliers

d'IiiQnneur aun; Grands jours du parléirii^pt déBeàùnë, aii mois de déceitibre J357. La flèdr de ïa iioble's&e bourgW-^^ gnoune lut alors réunie dans ranciennë ' résidence des ducs. Hugues de Vienne^' Eudes de, Montaîgu, Geoffi-oy" de Dlaisy, Etienne de Musîgny, y figiïrèreût ù c6té

de Guillaume de Thury, évoque d'AutoHi et de Jean de Rougemont, abbâ de Citeaux.

Deux ans après, Jeaa II ^siste à la confirmation de la charte communale de Beaune, faite sur Tautel de Notre- Dame par le jeune duc Philippe. Les autres témoins <le cet acte important sont Codes de Grancey, Hugue de Vienne et Eudes de Montaigu. Les propriétés de Jeao U étaieot considérables ; elles se composaient du château et d'une partie de la terre de Savigny, des châteaux et.^gneori ries de MoUnot«i Po&anges, Cussy*]i^ Cor lonney Bouey, Pernand, Aloxe» Serrigny^ Neuvelle, Gborey» Demigny, Qergy, Mobtigny^Montiort et . Rougemon^t. On oa connaît pas la date précise de sa mor$ ; cette date doit être antéiieure 4 iStfd

puisque c'est cette ^nnée-là que son geii-

dre fit 3a reprise de Jief, .

Jeao de Fr(dois n'eut pas d'enfant mâle et la. terre de Chorey revint à ^sa fille unique, iemme de Jeao» sire de GhfttiUpnen-Bazotai, d'une ancienne famille du m* vernais. G' est le ^9 août 1306 que ce seigneur entra en possession. L'acte dé cette reprise, déposé aux archives de la

Côte-d'Or, contient le scel de ce sire de Châtillon qui portait lozangé d argent et de sable.

Jean de Châtillon mourut en 1371. Le 5 novembre de cette année, nous trouvons une lettre de Marguerite de Frolois, dame de Châtillon et de Molinot, qui reconnaît tenir du duc de Bourgogne t( le château et la viile de Molinot mouvant du chastel deSalmaîse. , — Item les villes de Perçant et de Cucey-la-CoIonne mouvant du chastel de Frolois. — Item le fief de la terre de Gergy. — Item la moitié de la maison forte de Bouex. — Item la maison forte de Sarrigney et tout ce que j'ai en la ville de Demigney, plus tout ce que j'ai à Charrey-sur-Saône et à Arconsey.

Item le fief de la maison forte de Pouranges que tiennent les hoirs de Miles de Frolois. »

L'année suivante Marguerite de Frolois épousait en secondes noces Guichard Dalphin, sire de Jaligny,baron delaFeurtey- Chauderon, sénéchal du Nivernais ; la reprise de fief de ce seigneur est du 14 mars 137*2. C'était le frère de Louis Dalphin, chevalier, qui devint en 1385 chambellan du Philippe-le-Hardi. Un acte de

1382 assigue à Guicbard Dalphin de.

gny les villes de SarrigDei^ de la Doi Navelles et de Courcelles ; ces trois Dières soDt actuellement des hameai Serrigny. Tous ces villages joaiss alors d'une sorte de commune : ils et abonnés à la dixme, de même que nand et Aloxe qui appartenaient ai Guicbard. L'abonnement dîAlousse de dix livres dijonnaises par année, rey n'était pas affrancbi: le docui porte u Cbaurrey est taillable et main-mortable. »

Les armes de Dalpbin étaient : d à un dauphin d argent^ à la bordure grêlée de sable. L'béritage des Frolo resta pas dans la famille Dalpbin. I immenses propriétés revinrent aux fants de Geoffroy de Frolois. Vaut seigneur de Saint-Germain eut le châ et une grande partie des terres de linot, de Cussy et de Bouey ; Alix, fe d'Etienne d'Oyselet, bérita de Gei Cbarrey-sur-Saône et Demigny ; les teaux et seigneuries de Cborey, Serrij Pernand, Aloxe et la sixième partie Molinot devinrent la propriété de Hu de Frolois, veuve de BertbaultdeC

très. Cjtte dame se remaria à Thomas de la Rochette ; un acte de lâ07, cité par Dom Plancher, contient la cession faite par ces époux de la troisième partie de la terre de Molinot. La famille de la Rochette en Maçonnais est fort peu connue.

Quand à Berthault, il était fils de Philippe de Chartres, chambellan du duc, seigneur de Saint-Marc vers 1376.

L'arbre des Frolois touchait à sa fin.

La sève [ uissante qui avait produit les gouverneurs et les maréchaux ne donnait plus de rejetons mâles ; les hauts donjons et les immerises propriétés de ces favoris des ducs tombaient en quenouille et la puissante féodalité dispar.âss;iit dans l'omnipotence des princes. Le centre de gravité était déplacé : les commerçants et les artistes de la Flandre supplantaient les âpres barons de nos montagnes bourguignonnes.

11 serait difficile de se faire une idée exacte de ce qu'était la maison forte de Chorey construite par les Fiolois. Les fossés existent encore, mais les bâtiments ont disparu, à l'exception peut être des deux tourelles placées dans la cour et servant de colombier. Il n'y avait aucun

de ces hauts pignons aux riches su)ptares, aucune de ces SciUes somptueuses surmontées de lucarnes fleuronoées qui caractérisent les châteaux gothiques de Thoisy-la Berchère et de Chateauneuf.

Les seigneurs y résidaient peu ou point, et le but principal de ces forteresses était de servir de retraite aux paysans et aax denrées. Le château de Posanges^ possédé par les mêmes seigneurs peut être pris comme terme de comparaison avec le nôtre ; c'est un quadrilatère assez régulier, flanqué aux angles par des tours à peine éclairées. De hautes murailles, appelées courtines^ au sommet desquelles circule un chemin de ronce relient ces tours entre elles. Un bâtiment d'habitation et d'exploitation renfermait le logement du principal fermier plus une ou deux chambres pour servir de pied à« terre aux maîtres. Il était adossé iniérieorement à cette courtine, de même quel;^ granges, les écuries et les pressoirs.

L'entrée principale du château de Chorey était du côté l'ouest, vers le jardin anglais actuel. La rue de Serrigny^ dtnt la largeur est hors de proportion avec celle d'un simple chemin de desserte ét&itrao-

cienne voie de Beaune à Notre -Daaie-du- Chemin et au château ; une petite avenue s'ouvrait à driHte. et pénétrait dans la maison forte par le pont qui se trouve sur le fossés du cété de f Ooest^ et qai était alors mobile. L'aRée de buis n'existait pasi et la porte actue le du château n'était qo'tme sortie donnant sur le clos et le jardin. Là petite source qui sort de terre à Tangte nord-otrest dés fossés était bien plus ftbôUdante^ qù's^ujou^rdfbiiir li f a quarante an» i^on' votume d'eaia ètaticii>^ core ib&^z eorisidéi^ble. A|Uiè9 avoir rem^ pH lé foM dof fesâè ëtler Bet vai«^Mii»éoii<s * à rafiûJerrtatkm' d^ un vivier , pai^ die . aSaR tnéler' 9é& ëftcrxi vers' te" prieuré^ à U ^ fottt^krèdo lawir. i ' .

Les dimerjfsâotis die la maison forte dé/ Ctiorey, mes^trr ées à PintëH^r dis to^Jf») étaieut dé 53 aiètt«§ de k)irg, sur 36mètres de largeur.

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