‹ Histoire de Chorey et de ses seigneursChapitre 37 sur 51 · COUTUMES · texte numérisé non relu

COUTUMES

A la grande raocbée Qui promen' les époisèflk (Ronde populaire).

Le. XIX* siècle comaience par deux mauvaises années : en 1801 les pluies et les orages anéantirent les trois quarts des récoltes. 1802 ne fut pas plus heureux r les gelées du printemps firent un tort considérable à la vigne. Deux ans après M. Denizot, cafetier à Beaune, fils derancien jardinier du château, construisit, près de l'église, la maison qui appartient actuellement à M. Robeliu. (1) E!le fut vendue

(1) Ce jardinier mort à Ghorey eu 1789 était originaire de Ste Sabine : il avait épousé Pierrette, fille d'Authide Bourgeois. Deux de ses fiUes épousèrent deux Vautheleret, une autre se maria à Béranflrer. Son fils Michel fut, comme je Tai dit, le chargé d afFairos du seigneur pendant la "Rôvovolution. Il épousa une demoiselle Bouey, d^Arnay, et tint un café dans la ville de Beauoe. C*esl lui qui fit bâlir la maison Bonuard. 11 mourut sao» postérité dans Tannée 1836.

Il h. Masson et peu de temps après à M. BoDDard-Dusserre qui l'habita pendant longtemps. Dans l'origine, cette maison n'avait d'autre jardin que celui qui est à côté du cimetière ; lorsque M. Girard^ acquéreur du château, morcela le parc seigneurial, M. Bonnard acheta la portion où s'élève maintenant)a maison commune.

C'est dans la pièce d'eau de ce jardin que le jeune fils de M. Bonnard se no}a acci-dentellement , il y a une quarantaine d'années.

La récolte de 1810 fut des plus mauvaises : l'Etat fixa le prix maximum du blé à 35 francs Thectolitre. Les habitants de.Chorey vendirent une partie de leur bétail, et le pâtre, Claude Grivot, fut réduit à une grande misère.

En iSli, un décret impérial ordonna aux communes de vendre à TEtat leurs biens affermés, en échange de rentes à trois pour cent. Le conseil municipal voulut comprendre dans cette vente certaines terres cultivées par le fermier du château, prétendant que ces fonds avaient été anticipés sur les pâquiers. Ilj eut un long procès qui donna gain de cause aux fermiers. C'est à cette occasion que la corn*

mune vendit, pour payer les frais, lé ter* r&in de la Scie à Bouillot.

Le ^?. février 1814, les Autrichiens arrivent k Beaune sous les ordres du bafoo Scbeiter. La seconde invasion eut lieo dans le mois de juin 1815. Les poissances alliées firent leur entrée le jour de riaceo- ^ie de rHôtél-de-Ville. De nombreux détachements furent envoyés dans tes villages. Chorey en fut surchargé ; une seule famille , celle des Chevalier dût toger soixante-di\ soldats pendant plusieurs jours. Des réquisitions de toute nature furent ordonnées par le Préfet. EUw étaient faites par le maire de chaqnetom* mune qui envoyait chez tou^ les habitants son secrétaire munr d'une liste de répv* tition. Ces réquisitions furent écrasantes pendant les quatre derniers mois dô4'année 1815.

Après l'invasion, la disette ! En 1816 des pluies continuelles anéantirent la récolte. La moisson ne fut 'terminée qu'en septembre et le prix du blé s'éleva. Tannée suivante, à quarante francs rheciolitre.

La révolution de 1830 n'amena aucun changement important k Chorey. M. Bon*

4)ard, nommé maire à la place de M. Gras* Uutin, fut élu commandant de la garde 4)ationale. Le bataillon se composait des xoiDpagnies de Chorey, Pernand, Aloxe et Serrîgny. L'inévitable peuplier fut planté sur la petite place, près de Tégli- Be. On versa sur ses racines quelques litres de blé; on le pavoisa des couleurs na- 4ionales et de copieuses libations arrosé* Tant cet emblème éphémère. Au propre «iomme an figuré l'drbre de la liberté ne devait pas prospérer.

Les années 1837 el 1839 furent marquées fatalement par l'invasion des chenil- 4es. II y avait alors beaucoup d'arbres sur le finage de Churey et presque tous les chemins étaient bordés de haies gigantes-* jqaes. Les lois sur l'échenillage furent exécutées avec vigueur.

Dans l'année 18Â0, M. Baptiste Girard, propriétaire du château, modifia assez malheureusement la physionomie du pavillon élevé par les Bourrée. Le pont de pierre jeté sur le fossé fut élargi outre mesure, les créneaux destinés à passer les chaînes du pcnt-levis furent bouchés, et un balcon du style le plus mesquin fut suspendu au premier étage. M. Gvt^tdi

était poëte et homme de goût, littérairt* ment parlant ; mais il était aussi oégociut en vins et les nécessités du commerce remportèrent sur les considérations archéologiques.

18âS amena une nouvelle révolution a Vingt-cinq hommes du peuple,» lisaiton dans le journal la Démocratie pad' figue, « mirent en déroute toute une année qui occupait la place du Carrousel.! U roi Louis-Philippe se sauva en Angletm« et le 24 Février vît paraître une jaune république présentée à la France par MJL Dupont de TEure, Lamartine, Crémiealf Arago, Ledru-RoUin, Garnîer-Pagès et Marie.

Les Beaunois n'avaient pas attendu cette proclamation officielle. A peine ataiton reçu la nouveile de l'abdication du roi et de la régence de la duchesse d'Orléans que M. Coppens convoquait la garde na»

tionale et ouvrait un registre pour la formation d'un bataillon de volontaires destiné à marcher sur Paris. Aussitôt qu'âne émeute éclate da ;s la capitale, lesexaltéi de la province éprouvent invariableoieitf le besoin d'une promenade démocratiqoe 8ur\es me^ à^X^^wv^,

Les événements de 1848 eurent peu

d'influence sur Chorey. On se contenta,

, suivant l'usage, de changer le naaire, de

..jouer au soldat et d'aller manger du veau

jSLU banquet fraternel de La Doix. A défaut

d'arhre.de la liberté, les enfaiits du villa-

ge plantèrent une borne au milieu de la

^ place; cette pierre informe a été plus tard

montée au clocher où elle est encore.

Après la révolution, la peste 1 En 1849 le choléra fit de grands ravages dans la X]!6te-d*0r. Chorey n'eut aucun décès à •constater ; il en avait été de même dans la grande invasion de 1832. Ceci vient à l'appui de ce que j'ai dit, dans le cours de ■cet ouvrage, sur la salubrité du climat.

Cette même année 1849 vit se produire jin tait important. Le 1*' septembre eut lieu Tinauguration de la section de chemin de fer de Dijon à Chalon-sur-Saône .«t en même temps celle du télégraphe ^électrique. (1)

(l) La première ligne ferrée de la France fût -ceUe d'Andrézieux à Roanne, autorisée par Louis XYIII le 26 février 1823. L'ancienne ligne de télégraphie aérienne entre Paris et Lyon passait sur les monlagnes de la Côte-d^Or. Elle faisait partie d'une des cinq grandes lignes établies le 24 juillet 4793. M. Chappe, TinveuteuT^ hnbW. ^Vfe

lÉ.

Cette seule section a coûté quinze m'illions troîs cent vingt-quatre oîîlle francs; ^es voies et ses gares occupent deux ceof trente et un hectares quatre-vingt-on»

ares. Le service entre Dijon et Lyon M coonporiait alors que trois trains montants et trois descendants. La ligne entière de Paris à Lyon ne fut livrée à la circulatioD que le premier juin 1851.

La compagnie de$ sapeurs -pompiers de -Chorey remonte & 1851. Le 23 février une délibération du conseil municipal décida Tachât de la pompe à incendie. Les officiers et sous-officiers furent nommés au scrutin dans Tordre suivant : Piisrre Dubois, lieutenant ; James Girard, souslieutenant ; François Cornu , sergentmajor ; Claude Pralon, fourrier ; François Voillery et Pierre Bard-Meurger, sergents. La nouvelle compagnie eut Toccasion de se signaler au mois de mai de la même année. Un incendie se déclara à une heure de Taprès-midi chez le sieur Lacâllc,

nommé inspecteur de la télégraphie de France. Lorsque le temps était favorable il fallait huit mi nules pour transmettre un signal de Paris à Lyon. Le télégraphe le plus rapproché de Ghorey ôUit

dans la maison du docteur Bard. Le feu .se communiqua par un réchaud de char- •boD placé élourdîment sur du linge sale. Le sinistre fut promplemenl arrêté et le pompier Patriarche fit preuve d'un dévouement qui lui valut uno prime d'encouragement.

Les incendies sont heureusement très- Tares à Chorey. En 1SJ2 le feu fut mis chez une veuve Henrîot par des cendres chaudes. Les dégâts furent peu considérables. Le 2û décembre 1822 eut lieu Tincendie le plus violent dont le souvenir se soit conservé. Il se déclara chez un aieur Desbois, près de la maison d^ Mt Lagarde, par le fait Involontaire d*ud |>e5gneur de chanvre. Le vent et la pluie glacée paralysèrent les efforts des travailleurs et une dizaine de maisons couvertes en chaume furent complètement détruites.

Un autre sinistre, dont la cause est inconnue, consuma, en 18A3, une petite maison de la rue Pinguet, appartenant à M. Vallon-Forget. Le dernier incendie eut lieu dans l'année 1S6S et détruisit, dans la cour du château, une écurie et une remise appartenant i M. Chauvelot.

Voici le résultat du scrutin de 1852

4)our le rétablissement de Tempire: llil inscrits^ 98 votants, 9à oui.

Dans Tannée 1866, deux secoussesil tren^blemtnt de terre se firent sentir dm Ja Côte-d*Or, les premier et quatoA septembre. Lasecor^de, n- oins foi te q« celle de 1783, fut seule remarquéeàCb rey.

L'inauguration delà nouvelle maîrieel de l'école communale eut lieu en 1867.

Au moyen âge les villages ne posijdaient pas d'écoles. Au XVP siècle qo* ques abbayes établirent sur leurs doB»nés des recteurs chargés de l'insiructioo des enfants. Une ordonnance royale de 1678 décida que tous les villages en «• Talent pourvus ; maïs l'obligation d'envoyer les enfants des protestants pour être instruits au catéchisme entrava l'exécotion de cette loi. Un règlement de 16Ô5 -ordonne a que les régents, précepteurs, maîtres et maîtresses d'école des petits villages seront approuvés par les curés, sous l'autorité des archevêques pour instruire/02/5 les enfants de l'un et l'autre sexe .des principaux mystères de la religion, comme aussi pour y apprendre à lire d même à écrire » . L'organisation de ces

3 demanda plusieurs années et c'est ment en 1706 que nous voyons paî à Chorey un recteur d école. Au lencement de ce siècle Napoléon, de- Tétablissement d'une école dans cha- :ommune. L'instituteur devait avoir :ents frariCS de traitememt ; mais Teionneputavoir]ieu.Enl82Aetl830,- :igea dei brevets de capacité et des lés canlonnaux furent établis. Enfin la ion des écoles normales, instituées le lin 1833, vint assurer un nombre suN L de professeurs.

ti éié assez beuieux pour établir la complète des recteurs d'école^ r^r des basses écoles et instituteurs de: ey, depuis leur formation.

1706 Florent Paillot.

1707 Philibert Trapet.

1713 André Moralet.

1717 Denis Ragonoeau.

1719 François Ragonneau».

1735 Antoine Nicolin.

1743 Pierre Quinard.

1749 Jean B*' Denizoï.

1773 Paul Bernard.

1781 Nicolas Frémy.

1785 Antoine César Carpeniier.

1796 MaiBj^iès Séjournant.

1802 Charles Edouard.

1S03 Jean Poupon.

1806 N. Lamugnière* 1818 Pierre Flagey.

1820 Pierre Corcol.

1825 Jacques Boiteux.

1832 François Cornu.

1860 Victor Thevenin.

1865 Louis Riger.

II m'a été impossible de trouver le local ailecté aux écoles dans le siècle dernier. Lors de la vente des biens nationaoi une partie de la cure fut conservée pour servir de classe et de logement à l'inslitutcur. Ce local insalubre et mal disposé a conservé sa destination jusqu'à ces dernières années.

En 1862 le conseil manicipal acquit de M. Delagrange, moyennant 7,600 Irancs, le jardin qui avait appartenu aux seigneurs eten.-uîteàM. Bonnard. ta. Degré, architecte à Dijon, fut chargé de faire les plans et les devis et l'on eut beaucoup de peine à obtenir Tautorisation du conseil de Préfecture qui trouvait le projet

trop élégant et trop coûteux pour une petite commune. L'adjudication des tra* vaux fut faite b, MM. Porrot et Vernet, de Beaune, le 7 janvier 1865. Le devis primitif était de 2A,07â francs, mais les ad* judicataires exigèrent un supplément de 1,350 francs.

Deux ans après, l'édifice était achevé, mais la réception n'eut lieu que le 10 août 1867. Le total des dépenses s'éleva à la somme de 30,0^7 francs, et les honoraires de l'architecle à 1604 francs. La terrasse et son escalier n'étaient pas compris dans le devis : on y consacra une soocme de 1016 francs. Des aménagemenls indispensables furent en outre exécutés par M. Chabaux - Forget , entrepreneur , pour une somme d'environ 2000 francs. La nouvelle maison a donc coûté à la commune de Cborey une somme ronde de A2,000 francs. La rentrée des classes eut lieu dans ce local le 3 novembre 1867. .

Le gracieux édifice s'élève à l'extrémité d'une place rectangulaire défendue par des bornes monumentales qui supportent des traverses en fer forgé. L'élégance des proportions et le bon goût des détails produisent réellement un effet grandiose et l'on

peut considérer la mairie de Cborey a me le meilleur type qu'il y ait dans 1 le département.

Avant de quitter la maison commao donnerai la liste des maires de Chor

1789 Louis Arnouz.

1791 Jean-B*' Bard-Forneret.

1793 Joseph Bard-Durey.

179A Philibert Robelin.

1797 JpanB** Bard.

1800 J.seph Bard'Dorey.

1805 Michel Denizot.

1813 Gaspard Baudut.

1816 Jean-B'' Gras-Mutin.

1830 Bonnard-Dusserre.

1837 Jean-B»* Girard.

48A3 Benoît Bard.

18A8 Claude Durandin.

1852 Girard-Panslot.

1805 Antoine-Justiu Bigarne.

1870 Hubert Girard.

Les années 1868 et 1869 furent d quées par le réveil des opiriions répol caines. Les agitateurs politiques prof rent adroitement des fautes gouvef mentales de l'Empire et notamment d< malheureuse guerre du Mexique. Dea|

^. dlications injurieuses parmi lesquelles il ïiut mettre en première ligne la Lanterne de Rochefort firent pénétrer dans les mas-

^^ la haine contre le chef de TEtat et ses ^ministres, contre le clergé et la magistra- ^ tare. Napoléon III crut devoir céder à ^rl'opinion libérale et changer de minis-

[ftère. Il parut dès lors évidmt à tous les ^^esprits éclairés que l'Emplie courait à sa ^ perte, car on peut appliquer au parti dé-

^^ mooratique les vers de Lafontaine:

^' Laissez-leur prendre un pied chez vous,

ii Ils en auront bientôt pris quatre.

La Prusse, qui se préparait depuis cinquante ans, sut mettre à profit ces circonstances et se faire déclarer la guerre. L'infériorité numérique de notre armée, lé manque de munitions et de vivres nous firent perdre les premières batailles. Enfin l'empereur se rendit à Sedan avec le xeste de son armée.

Le h septembre 1870 eut lieu à Paris une nouvelle violation de l'Assemblée.

Les Allemands arrivent à marches forcées Bur Paris, qu'ils enveloppent d'un cercle de feu. L'un des membres du gouverne* inent provisoire, M. Léon Gambetta, s'é-

chappe en ballon et va former à Tocrs un duplicata de gouvernement. Au lico de signer une paix inévitable, on décrète la guerre à outrance. Après la garde mobile on appelle la garde mobilisée, et h jeunesse française, mal commandée» volée parles fournisseurs républicains, manquant d'armes et de munitions, se traine sans résultat des Vosges à la Loire, t* commune de Chorey a envoyé dans te différentes armées une quinzaine déjeunes gens... deux d'entre eux ne sont paa revenus !

Le 28 octobre, les Prussiens approchent de Dijon. Un munsienr Lavalle, docteur en médecine, qui prend le litre de général, donne le signal de la déban* dade. La route de Dijon est encombrée de fuyards. La Doix, Serrigny, Aloxe, Chorey reçoivent des malheureux, mal vêtus, exténués et mourant de faim. Deux jourt après, Dijon était occupé par les brigades allemandes de Guillaume de Bade et de Keller.

Un engagement assez important eut lieu dans nos environs le A décembre. On a donné à cette rencontre ,où les mobilisés français eurent l'avantage, le nom de

'COtobat de Ghâteauneuf. Le 18 du même moisnutUeu la bataille de Nuits dans laquelle la victoire fut indécise.

Un nouveau corps d'armée, destiné à faire lever le siège de Belfort, se forme à Lyon et Chagny, sous le commandement de Bourbaki. Les Prussiens évacuent Dijon le 29 décembre pour renforcer leur armée de Belfort. Le lendemain 10,000 Français rentrent dans Dijou avec Cremer et Garibaldi.

Le manque de vivres força Paris à capituler. Le *28 janvier, MlM. de Bismark et ^X Jules Favre signèrent un armistice de 21 jours. Malgré ce traité, et bien que Beaune et ses environs n'aient iamais été occupés pendant la gueire, le général prussien ManteufTel somma Garibaldi de quitter Dijon et toute la Côtc-d'Oi*.

Rendons au trop célèbre italien la jusUce que lui est due. 11 se bâta d'obéir et le 3 février douze cents Allemands vinrent, au ^pris des conventions, occuper la ville de Beaune.

Les villages, situés au nord de Beaqqe, eurent leur part de cette invasion. Le 8 février un détachement vint loger à GhojTjB^. Pendant quelques jours, il y eut cinq

cents soldats : ce cbiflre fut réduit à dect cents. Beaune et Chorey furent évacués le 7 mars. Aucun fait important ne vint signaler cette occupation, cent fois plas humiliante pour notre gloire que l'invasion de 1815.

Depuis près d'un siècle la société française, bouleversée périodiquement par des commotions politiques, semble vouloir renier son passé. Dans l'inextricable la« bjrinthe des utopies et des réformes humanitaires elle a laissé échapper le fil qui la dirigeait depuis quinze cents ans. Que sont devenues ces respectables légendes populaires, ces usages bons et naifs^ cet* te union des familles, avec leurcortégede réjouissances. « Tout était occasion de joie et de plaisir chez nos aïeux. Le retour d'un parent longtemps attendu, le couronnement d'un enfant dans une écotef la guérison d'une maladie, le gûn d'un procès, la construction d'une maison, ce qu'on appelait s\ors pendre la cremaillèrei la fête d'un parent, la fin de la moisson ou des vençlanges, terminée par une pau^ lée^ enfin les repas de famille. Ils étaient sans faste, ces repas, mais les convives étaient nombreux ; il n'y avait pas d'éti'

guette, mais les mets étaient abondaDts. -On y mangeait selon son appétit et sacs contrainte : on n*y redoutait ni le luxe de son voisin qui ne vous humiliait pas, ni sa propre médiocrité qui ne rendait pas le voisiu plus fier ; on y avait le ton de sa maison et son attitude de tous les jours. On était là avec ses goûts, son humeur, son caractère ; on y chantait comme on eût chanté chez soi ; on n'était pas honteux d'avoir bien ri, d'avoir eu beaucoup de plai8Îr et d'être resté soi-même. »

«Quelle différence aujourd'hui. Les dieux s'en vont et la gatté les a suivis. On ne trinque plus guère dans les repas ; les joyeux refraics sont remplacés par d'ennuyeux speechs. On ne dîne plus, on mange les uns chez les autres, en attendant qu'on se mange les uns les autres. •

Ce tableau, peint il y a vingt ans par H. Simon Gauthey avec une verve humoristique, est plus réaliste que jamais. Depuis lors, la toile a passé au noir et la prédiction du poète s'est réalisée : nous BOUS mangeons les uns les autres.

Fixons au moins sur le papier quelques unes de ces vieilles coutumes que nos pères aimaient tant et qui se pratiquaient

àCborey et dans tous les villages de la <6le.

La grande f&te de Noël onvrat le cycle des réjouissances : Tannée commençait jadis à cette époque. Pei:dant rAveot,lef ménétriers et vielleux parcouraient les rues en chantant des cantiques et des noêb écnts presque toujours en patois bourguignon. Voici deux couplets inédits :

Suleuve-tai, chamblelre, Blleume de lai leumelre, Regarde por lai barreire.

J'entends remuer net ' châssis ?

J^eotends beo quéque parsoDoe Ou les éroueilles me couroent Ou ç^a notre chet qui grougne Dans quéque cola por iqui

La servante va voir à la porte et trouve deux beaux vQyageurs, deux anges, qui vont voir Tenfant Jésus et qui demandent rhospitalité.

A diront, notre mâtrôsse . Qu'a sont de Torient de rose

Qu'a sont venus por les airs

Voi Jésus, de Nazarer.

A demandoDt eun peiliesse

Pou reposer leu querqueisse ' fù seulement jeuqu'é ce seir.

Les montagnards de TAuxois ont conservé la coutume de chanter les Avents.

11 y a quelques années, un sieur Gally obtint du maire de Semur l'autorisation fle jouer ces nocturnes sérénades. Enfin arrivait Lai chuche de Noël^ cet arbre mystérieux qui comblait les enfants de friandises. Jusqu*au XW*" siècle on conserva d'une année à l'autre un tison noirci de cette souche préservatrice, La messe de minuit venait ensuite, avec son cortège de petites chandelles bariolées des plus vives couleurs. (1)

Dans beaucoup de paya on lâchait des petits oiseaux dans l'église au moment de de l'élévation. Les bons paysans étaient persuadés que leur vache et leur âne se mettaient à parler dans cette mère des nuits.

Le pain bénit de Noël, appelé fouéej fouasce et fougasse était un composé de farine, de jaunes d'œuf, de lait, de safran

(t) Aux fêtes (le Noël 1.865 j'ai été témoin d'ua spectacle conservé pieusement dans la ville de Rheiro<« : pendant tonte la nuit, les enfants font flotter sur les ruisseaux et môme dans des cuves pleines dVau, des plancheties supportant de p«^tites chandelles allumées. Ce souvenir gaulois est astronomique : la petite lumière, c'est réquinoze d'hiver, c'est le soleil qui vient de naître.

et de grûûs d* anis ; la pâte ne deTait ptf être levée.

C'était la saison des longues veiDéci d'hiver pendant lesquelles les jeunes go» ieil latent le chanvre ou mondaient lei noix, tandis que les vieilles tournaiot leur rouet en racontant la légende des tto du TroU'TJger^ près de Nuits, les protteises effrayâmes de la Mère Lousine^ ou b visite que le diable avait faite, sor lei chaumes de Meursault, au ménétrier de Gamay.

C'était aussi la saison des mariages. Le Raind amour ét^it un arbre vert orDfrde fleurs, de fruits et de rubans, et porté solennel lement à repensée par les jeune filles au retour de l'église. H. Bavard i raconté,dansnes légendes Bourguigoonnâ cette coutume si poétique. « Parvenues iU porte de la maison nuptiale, elles s'adressaient a rbumble mariée comme si eik eût été une noble et riche châtelune et lui criaient en chantant :

^vrez, ouvrez vos portes, abaissez vos ponU

Les gens de la noce ouvraient la ports

en chantant :

Entrez, entrez les filles, saluez la compagnie Saluez la belle, la plus belle de toutes.

La jeune fille qui portait l'arbrisseau, feignant de se tromper, l'offrait d'abord à une femme âgée :

Tenez, tenez la tanle, voici le rain d'amour.

Et quand la pauvre vieille y portait les mains, la jeune espiègle lui répondait avec un malin sourire :

Tout bas, tout bas, la tante ; ce n'est point pour

[vous

C'est pour une épousée plus belle que vous.

La mariée recevait le rain d'amour (1) et se mêlait à la ronde de F épousée. Le gamay^ les chants et les danses échauf» faient toutes ces jeunes tèies : on courdt les rues en chancelant et les vieux grands pères coiffés de leur bonnets de ségovie regardaient en souriant :

— La grande ranchée Qui promène les épousées Tout du long du paradis....

Ik)qué iqui, boque là-bas...- choit dans i'ia.

Il n'est resté, de ces coutumes des épousailles, qu'une ronde d'enfants dont Toriglne est oubliée et l'usage dangereux de tirer les aiguillâtes à coups de fusil^

(1) Du latin ramus qui. signifie rameau.

la veille du mariage. Quant à la trempk au vin ^ucré qu* on olTrait aux mariés b lendemaiD du mariage, dans la \am d'argent bourguignonne, il n'en reste qoi le souvenir.

Le jour de Tan arrivait ensniteavecie»

cadeaux de toutes sortes. Janvier, /e/)^ aux quafbonnots, descendait par la cheminée et remplissait de bonbons les saboU que les enfants avait mis sous ràtff la veille au soir. Des troupes de jeoMi garçons allaient de grand matin chanter le guy fan neuf aux portes des maisoQS et recevoir des œufs et du lard. La plapart de nos fêtes avaient conservé lestnditions gauloises : nous trouvons ici le guy des druides, la panacée universelli qui partageait avec les tisons de NoSi k pouvoir d'écarter les maléfices.

Le festin des Rois est connu de tous.

Il avait en Bourgogne un caractère particulier à raison d'une invocation faite ta dieu de la lumière, au viei x Bel de3 £duens,ou plutôiau Phœbus gallo-romaiiL On met .ait dans un petit sac un nombre de fèves égal, plus deux, à celui des assistants ; Tune de ces fèves était noire, ks autres blanches. Le plus jeune enfant de

famille les sortait l'une après l'âatre ef tsait la drstributtod : Phœbe domine^ yxX pionr le bon Dieu ; Phœbe domine ï)ici pour la Saiiite-Tierge; Phœbe domine E>îci pour mon gnlnd père, eic.,. et ainsi e suite jusqa*à ce qae la bienheureuse )Ve noire soit sortie du sac, ce qui cons • toait la noiiïi^àation du roi d'un jour. Nielquea rares familles ont conservé* le ^tin des RoiSf mais on se contente de tisser une fève ou une amande dans le âteau traditionnel. Le souverain de lasard paie son élévation par quelques riandises. Il accepte gravement les vivats le <( le roi boit » et les prévenances de ses ujets qui essuient ses lèvres augustes près chaque libation.

Ceux de mes lecteurs qui ont cinquante ns d*âge se souviennent d'avoir joué à .ne soi te de cache-cache appelé le Phibo. fos enfants sont sérieux avant l'âge : le i\x du Phébo^ renouvelé des Romains, st complètement oublié.

Là fête des Brandons était encore un este des coutumes gauloises. On parcou* ait les champs avec des sarments alluaés, pour obtenir de bonnes récoltes.

Dans notre pays beaunois celle fête coîocidaît avec celle du Grand Cotre.

Ce mot de Coire a été roccasion de quelques recherches. M. Joseph Bard le dérivait du grec et U. Pautet le rapp«H chait du nom gaulois de Couhard pris d'Autun. Pour moi, je pense que le Grand Coire, Couard ou Coêsre était no chef de Bohémiens, qui vînt camper a?ec sa troupe dans le faubourg S* Nicolas, et vendre aux habitants des pâtisseries et des échaudés. Dans le langage de ces nomades, coêsre veut dire chef : c'est une alténlion du mot César analogue à celle de Czar chez les Russes.

Eniââ7, dit M. Rossignol, se troovaà à Beaune le comte des Egypciens dont 1» femme mourut en cette ville. Ces manodeurs « menaient une vie orde et dissolue, » disparaissaient subitement et revenaient de même, à pied ou à chcvil c bien garnys d'or et d'argent, i En 1575 il y eut, dans les campagnes voisines de Beaune, une véritable invasion decoyem, bohémiens j bélitres et maux gaumiu La race de ces bordes errantes n'est ptf éteinte; en 1869 une nonabreuse troupe vin i camper hors du faubourg BretooDière

Lears costumes bizarres et chamarrés de couleurs éclatantes, leurs grandes tentes rayées, le type oriental de leur figure/ les atours de leurs femmes, dont !a noire chevelure ^t ornée d^ pièces d'or, toui cebi impressionna vivement ceux qui Jes ont

?ttS.

C'est le premier dimanche de mars, que les enfants de Beaune et des environs accouraient à ia porte S. Nicolas, où le grand Coire, conduisant une immense voiture d'échaudés, devait faire une dis- 4iîbution générale et gratuite. Mais il était très «difficile de le rencontrer,- car le fabuleux roi des Truands passait très-vite et changeait ses heut es.

Les mercredi, jeudi et vendredi-saint* Jes eûfants de clxceiur couraient dans les rues du village, agitant d'énormes crécelles qui annonçaient les heures de l'Angélus et des Ténèbres. I.es cloches se taisent pendant que le Christ est au tombeau ; on faisait croire aux enfants qu'elles étaient allées faire un voyage à Rome, pour se «confesser au Saint-père. Que de fois n'airons-nous pas fixé sur le clocher nos yeux d'enfant pour voir partir les voyageuses aériennes.

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Tous le^diioBDchesuneoCsiDtdectMni; portant le gooptilon et l«.iiénit.er d'étaio, s^otrait dans chaque maison et jetakqiriques gouttes d'eaa lustrale eD rédua une prière. Cet usage s'est copsené i Cborex jusqu'en 18AS.

La fête de l'invention de la Site Croix ramenait chaq ne année une piatfl coutume. Chaque vigneron faisait béâr despaisseaux disposés en forme de croii En 1S72, une seule personne en a prfsenté. Notons aussi qu'on ne sonne plii l'angélus. Encore quelques progiës àA' lisateurs et nous serons tout-à-fait corM des animaux.

L'usage de placer le premier mai du branches d'arbre ornées de bouquets àb porte des maisons où habitent les jeooei filles, s'est conservé jusqu'à ces deroiM années, mais les fleurs avaient perds hv ancienne signification. Dans l'origiflCf chaque plante était renablême d'une qnilité ou d*un défaut. Il y en avadt poor l'amour timide et pour l'amour partagé.

Le sureau témoignait le dégoût pour cdle qui se livre. L'aubépine signifiait refroi* dissement et le noisetier rpndcs-vous. U bouleau était synonyme de virginité i>

c'était uD grand honneur pour une jeune fille d'apporler à son mari quelques fagou de ces branchée religieusement conservées. Le cerisier fleuri indiquait le relâchement ; le saule la coquetterie, le houx l'abandon.

Le mois des fleurs voyait le corcège de la petite mariée ". j'emprunterai à THistoire de Vol nay le gracieux récit de /'epousée du mois de mai,

0 Dans la soirée, après les ofiices divins, on voyait se dérouler dans les rues un long cortège de petites filles aux visages frais et épanouis comme les fleurs du printemps. Elles conduisaient Tépousée.

C'était une enfant oe cinq à six ans, belle et ingénue comme on l'est à cet âge. Sa blonde chevelure était couronnée des fleurs du pommier et de Taubépine. Sa poitrine portait un bouquet de marguerites et de roses, et sa robe blanche était couverte de rubans et de dentelles. Elle avait pour filles d'honneur les deux plus sages futures communiante). Cette troupe était joyeuse comme les hirondelles et chantait comme le^ fauvettes. On s'arrêtait au seuil de chaque maison, redisant la baU lade dont voici le refrain : •

Parfait ^ santé et bonne aoDée.

Etrennez-Yous notre épousée.

Voici que vient le mois de mai:

OuTrez la porte, s'il vous plait?

(I Cette fête, instituée pour saluer k retour des fleurs et des beaux jours, n'a cessé à Volnay qu'en 1840. »

Le jour de la Saint-Jean d'été, nos ancêtres pratiquaient une cérémonie conservée depuis les druides : je veux parler des feux de borde^ ou de Saint-Jean^ allumés pendant la nuit au milieu de la place do village et sur les hauteurs qui l'enviroonent. Mais \q^ travaux de la culture K laissaient pas à nos vignerons le loisir de s'amuser. Qu3lquefois une sécheresse eitrêine engageait les habitants de Cborey à se réunir à ceux de S. Nicolas pour la grande procession de S. Révérien, à Villy. C'était plutôt une cérémonie qu'une fête, et la tristesse devait faire partie du voyage. J'ai parlé ailleurs de ce pèlerinage.

Les vignes sont dépouillées de lecrs fruits : Adieu pénés^ venoinges sont faites. L'énorme vis du pressoir va garder le silence jusqu'à l'an prochain. Les» poinçons sont alignés au cellier et le vin blanc comaience à s'éclaircir. Il faut remercier

Dieu de la bonne récolte, Dieu et monsieur Saint-Luc, scn greffier, patron delà paroisse. Tous les travaux sont terminés : nunc est hora bihendi. Aussi nos Ghoréiiiens s'en donnaient-ils tout à leur aise, menant de front les splendides cérémonies ^u culte et le6 joyeuses délices de la table. Oh ! bonne fêie deSaini-Luc que j'ai tant fêtée dans mon enfance ! Appétissants cochons de lait bourguignons dignes d'être servis au sacre des rois, (1) avec quelle coquetterie vous faisiez votre entrée dans la loichefrite^ aux mains de lai Mâtrâsse ! Splendides gâteaux au (romage, détrônés par les tartes sucrées et les petits fours! Châtaignes crépitantes sur la tôle, « toutes chaudottes, tontes frigolottes ! i Harmonies criardes et délicieuses de crin-crin^ accompagnées de pétards et des notes aîgties de sifflets de deux sous ! jusqu'à ces grandes feuilles de platanes que nous allions cueillir deux jours avant la iête pour recevoir les petits flans h la courge.

(l) Une cuisinière de Beaune, consommée dans l'art d'appréler les cochons de lait, fut mandée à Reims pour le dîner du sacre de Louis XYI. Anne d'Autriche s'était arrêtée à Beaune en 1630 et avait appré'cié les qualités de cett« préparation <le haut goût.

Comme tout cela est déjà loin denooi On a tant vieilli depuis quarante aDsI

A la fin du siècle dernier et au coofoencement de celui-ci, la fête avaitlieB dans l'allée du château. Cette avenue de peupliers, placée dan» l'axe de l'allée des buis, dans le jardin actuel de H. Graver, a disparu depuis cinquante ans. On transporta la fête sur la petite place à côté de Téglise : elle se tient maintenant sur 11 magnifique place de la maison comaQuiie.

La série des fêtes annuelles se terminait par la cérémonie de Saint-Hubert dont j'ai parlé précédemment, mais les réunions particulières se continuaient jusqu'au mercredi des cendres : Dans chaque maison, on invitait les parents et les amis k tns^ngev l'âme de cochon.... et on n'y parlait pa3 politique.

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