GHOREY ET SES ENVIRONS PENDANT LA PÉRIODE CELTIQUE
Pas une désignntiaii relti(^e qui n'emporte avec soi sa signiQcalion et son image. Va travail féricnx et approFond serait une mine it révélations du plus tiaut intrjët.
«Artuur Ponrotj
Pendant toute cette longue période, Chorey n'existait pas à l'état de village. Tout au plus y avait-il du côté de l'Est, dans le voisinage du puits Renaud quelques huttes édiiennes, quelques maisonsnettes entourées d*un enclos ou plutôt, selon l'expression celtique, quelque Mé entourée d'un cor. Il serait possible que la vénération attachée à cette petite source ait une oi^igine di^uidique ; mais aucune trouvaille n'est venue confirmer jusqu'à présent l'existence d'habitations gauloises.
Il est certain que noire village n'était pas occupé ao temps drs Gal!s primitifs, pendant cette époque que les savants modernes appellent l'âge de pierre, car on n'a trou\é sur cotre sol aucun de ces instmmeots en silex dont j'ai parlé. Les premK:rs babiUnts de notre pays vivaient danslescavemes;er, il n'en existe s^ucune à Cborey .* il faut aller jusqu'à Magny pour trouver quelque vague souvenir de ces temps si éloignés. La grotte de fôle^ terre a pu être anciennement habitée et c'est peut- être delà qu'est venu le surnom di sorciers de Magny. Le mot mcàr gnie signifie, dans la langue des Celtes une maison, et par extension une famille de cullivaieurd ; en s'en est servi jusqu'au XIII*" siècle. Le point actuellement occupé par la ferme de Cbenôve était vraisem* blablement occupé par les Kalètes; on y a trouvé différents objets de l'âge de pierra et notamment des pointes de flèches et et des cornes de cerf disposées pour enchâsser des hachettes.
Aloxe était certainement habité. Que l'on dérive son préfixe de Tarticlo oriental al ou du mot gaulois alb qui signifie élevé ; que Ton admette, pour sa termi-
naison le mot d'Esus ou d'Osiris, il est hors de doute qu'AIoxe remonte à la plus haute antiquité. Il en est de même de Pernant où l'on a trouvé une hachette en silex, et dont le nom Gaulois signifie source pérenne. Un objet semblable, découvert à Fussey assigne, à ce village la même origine lointaine.
J*ai déjà parlé de Beaune, qui doit son nom à Belisana. M. Ch. Aubertin a trouvé sur la montagne voisine des traces de foyer, des objets en silex et des poteries celtiques. Je mentionnerai epcore, bien qu'il soit à quelque distance de Chorey, le retranchement du Montmélian, audessus du village d'Auxey. Ce point important, dominant toute la plaine et commandant plusieurs défilés de nos montagnes, avait été fortifié par les Kalètes^ Educs. La triple enceinte de fossés et les remparts en pierre sèche existent encore : M. Changarnicry arecueilli un assez grand nombre d'objets de cette époque.
Les hachettes, pointes de flèches, couteaux et rasoirs de silex étaient taillés par éclats et ensuite polis par le frottement. Le musée de Troyes renferme un rocher de gré fort curieux, sur lequel on les po-
— Salissait ; il présente des entaiLes aigûes pour le tranchant et des excavations arrondies pour les plais. On Ta découvert à Marc'.lIy-le-H;iyer. Je n'ai jamais compris que i'un ait pu tirer de l'usage des armes en pierre la conclusion forcie d'une antiquité qui se perd dans la nuit des temps. Sans parler des sauvages de l'Amérique il est cqnstant que les peuples du Kamtchatka et de risland se servent encore d'armes semblables. Au XI* siècle les Anglais lançaient, cont; e les Normands envahisseurs, des haches et des pierres appliquées à des morceaux de bois : « lignisimposita saxa. )>
Jusqu'alors les Celtes ne connais-^^entpas les métaux, ni, par conséquent les monnaies. Ils n'élèvent pas de temples à la divinité, si ce n'est quelques longues pierres, plantées debout en l'honneur de Bel -ou disposées en forme de cabane trilithe pour servir de sépulture et en môme temps d'autel à Isis, la déesse de la terre« Il faut aller jusqu'à Pierre-pointe^ entre Arnay et Saulieu pour trouver une de ces pierres debout auxquelles on a donné le nom breton de menhir ; quant aux dolmen ou tables dç pierre, M. Truitard en a dé-
couvert, sur la commune de Volnay, une très remarquable dont j'ai donné ailleurs la description. Plus récemment, M. Hum-
bert a reconnu, sur la montagne depierrefrite^ (petra fracta), au-dessus de Monthelie, lesénormes fragments d'un dolmen brisé.
L'Anjou, la Bretagne et la Touraine possèdent encore un très grand nombre de ces monuments. Il ne faut pas s'étonner si notre Bourgogne en a peu conservé.
L'empereur Auguste interdit aux galloromains le culte national et Claude le défendit à tous sous peine de mort. Au IV* siècle le concile d'Arles et au VIP siècle le concile de Nantes prescrivent d'ensevelir les pierres druidiques. Uncapitulaire de Charlemagne sanctionna plus tard ces dispositions qui motivèrent très-probablement Tenfouissement du dolmen de Vollenay. La région de l'Ouest, placée plus en dehors du courant civilisateur fut moins romaniséâ que la nôtre.
Un savant danois, M. Worsaae, a prétendu à tort que les dolmens n'existaient que sur les côtes. Le monument de Vollenay vient détruire cette allégation qui avait une portée d'autant plus grande que
-Mtélèbre archéologue partait de là pour prouver l'existence d'une race aborigèDe antérieure aux Celtes et ne quittaiiT parles rivages de l'Océan.
Après les dolmens , les plus ancieDS monuments trouvés dans nos environs scoi les tumulus en pierres sèches. Les âpres sommets qui bordent la partie orientale du grand plateau d' Au venet présentent on assez grand nombre de ces tombeaux répartis sur les Theurots de Bel-air, de Bruilly, de Meloisey et de Mandelot. M. de Saulcy en a fait fouiller plusieurs sur h montagne du Cingle. Ces sépultures semblent préparées pour une famille. Les cadavres, disposés en cercle, n'étaient pas couchés, mais accroupis. Au milieu da cercle était la consécration, foyer funèbre dans lequel on brûlait les animaux et les objets du défunt, et quelque fois les femmes et les domestiques. Une montagne de pierres brutes recouvrait le tout. Les plus anciens tombeaux ne renferment que des armes en silex ; ceux qui leur sont postérieurs contiennent des grains de collier et surtout des bracelets et des torques de bronze.
En 1869 on trouva, dans une province
d'Amérique, des instruments en silex de grande dimension, destinés au labourage et à la culture ; aucune découverte de ce genre n'a été faite dans notre pays^ ni même en Europe.
A cette barbarie primitive succède un état plus sociable : les Celtes quittent les cavernes et construisent des demeures auprès des grandes sources. La belle doix qui sort de terre au pied de la montagne de Gorton dût attirer les habitants. Elle formait une rivière abondante appelée Lauve, mot celtique qui signifie eau et qui s'est conservé jusqu'à nous. Les colons grecs qui fondaient dans notre pays des stations commerciales n'avaient garde 1 de laisser inhabité le pays qu'arrose la ' Doix, C'est sur le monticule où s'élève maintenant Notre-Dame du chemin que ce - paysage développe à l'œil toutes ses splendeurs. Notre compatriote Joseph Bard a bien saisi la poésie de ce site enchanteur : a les montagnes qui l'abritent offrent des accidents remarquablement beaux, un jeu extraordinaire de rouges larrés ot de murées, la mosaïque la plus variée de cultures et cet imprévu qui fait le charma des paysages, o
Notre-Dame du chemin avait, comme Chorey, ud puits dont les eaux passaient pour miracjileuses : on y éleva plus tard un prieuré dont la riche chapelle existe encore. Deux climats voisins portent les notus de Valozière et de Paillard et semblent rappeler le cuite de Bel-Apollon et d'Osiris. Ilest probable que les Kalètes- Edues habitaient ce côieau sur lequel la tradition place un ancien village.
L'art d'eniployer et de fondre les métaux ayant été introduit dans notre pays, les instruments d'os et de pierre furent abandonnés peu à peu. On a trouvé à' Chorey plusieurs objets correspondant à cette époque.
Le plus ancien est un anneau de bronze qui fait partie de ma cjllection : il a été ti ouvé au treugarnier^ dans une vigne maintenant enclavée dans le clos de M.
Bigarne. Un autre semblable, découvert prés du chemin de Gigny, a été vendu à M. Léchênaut. La dimension de ces objets exclut l'idée qu'ils aient pu servir de bagues. Quelques archéologues y voient la représentation de la couronne de gui dont se servaient les druicies ; d'autres, considérant les boutons dont ils sont ornés à
leur pourtour, ont supposé qu'ils servaient de cbapelel pour la récitation de certaines prières ; d'autres encore y ont vu un calendrier, destiné à supputer les jours de la semaine ou du mois ; mais lenombre des boutons étant différent sur tous les anneaux que j'ai eu l'occasion de voir, il est difficile d'admettre ces suppositions. Le troisième objet de cette époque a été trouvé par Pierre Loichetenl868, au lieu dit Maladérottes^ dans une vigne appartenant à la famille Collas. C'est une petite monnaie d'argent parfaitement conservée qui appartient vraisemblablement à l'époque delà ligue éduenne dont j'ai parlé. Elle présente à l'avers une tète de Bel-Apollpn entourée d'un grénetis. Le profil est tourné à gaucbe, les cheveux sont frisés et une aile est attachée à l'épaule ; le mot ATEVLA est écrit sur le côté. Au revers un taureau fantastique passant à droite, la tète levée, accompagné d'un co indique la double marche du soleil montant et descendant, c'est-à-dire Tannée entière. Entre les jambes du taureau un signe stellaire dénote que cet animal est employé comme symbole astronomique. Devant la poitrine est le mot
VLATOS et, sous le champ, le demi-disque de la lune. Plusieurs pièces seaiblables ont été trouvées en Bourgogne et ailleurs. M. de Saulcy les attribue aux Kalètes du nord, mais le dessin et l'excellente facture de ces monnaies semblent indiquer une idée artistique plus développée que celle des peuples de la Flandre. Il ue serait pas impossible qu'elles aient été frappées chez les Edues.
Il est de mode, depuis quelques années, de rejeter, au sujet des monnaies, toute interprétation astronomique et religieuse. Je n'en persiste pas moins à voir dans l'avers de notre pièce la tète de Bel. Les attributs de Bel et d'Isis et notamment la fleur de lotus empreinte sur les. monnaies du Languedoc sont une preuve delà haute idée que les Kalètes avaient de ces divinités. Presque toutes les pièces représentent des disques, des croissants et des étoiles. Le type hiératique de ces monnaies s'est conservé dans les ateJiers du moyen-âge. Les deniers des évêques, des cOântes et des ducs, notamment ceux de Bourgogne de la première race ont porté jusqu'au XIV' siècle les signes de la religion druidique.
J'ai parlé plus haut du peuple celtibérien qui habitait l'Espagne et b midi de la France. Une curieuse monnaie de cette nation a été trouvée près du territoire de Chorey, aux Maladières, sur la route de Dijon à Beaune. Elle représente la tête de Minerve , assimilation de Belisana et au revers un cheval ailé. Cette monnaie de moyen- bronze porte le moi EMPOR, nom de la ville A' Ampurias. La même fouille a donné une gauloise en argent portant la tête de Bel et le cheval fantastique, une consulaire de même métal où Ton voit une tête de Minerve et les lettres L F L A M. Les Romains qui nous ont pris nos divinités celtiques ont également adopté nos signes monétaires : Lazius assure que le bige et le quadrige sont une imitation gauloise.
Quelques autres monnaies de la première époque ont été trouvées à Chorey et vendues à des orfèvres; elles étaient d'or ou d'argent et frappées d'un seul côté. Enfin on a découvert sur notre sol plusieurs rouelles à jour en bronze ou en potin. On a prétendu que ces petites roues étaient les premières monnaies des Kalëtes ; je croil3 qu'elles servaient tout sim-
plement d'anneaux pour suspendre des armes ou de5> bijoux. •
On voit par tout ce qui précède que les matériaux de l'histoire celtique locale sont peu nombreux. Les villes d' Ali^^eet d' Autan ne possèdent dans leurs annales qu'on nombre de faits excessivement restreint Que sera-ce s'il s'agit d'un petrt village ? Mais si nous n'avons pu signaler que trois ou quatre objets trouvés à Cborey, nous avons appris à connaître ce qu'étaient nos pères.
Terminons ce chapitre par quelques lignes empruntées à l'histoire des Gaulois de H. Thieny : «Aucune des races de notre occident n'a rempli une carrière plus agitée et plus brillante. Les courses de celle-ci embrassent l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Son nom est inscrit avec terreur dans les Annales de presque tous les peuples. Elle brûle Rome, enlève la Macédoine aux vieilles phalanges d'Alexandre, force les thermopyles et pille Delphes, puis elle va planter sa tente sur les ruines de l'ancienne Troie, dans les places publiques de Milet, aux bords du Sangarius et à ceux du Nil. Elle assiège Carthaga, menace Memphis et compte parmi ses tri-
butuiies les plus puissants monarques de l'Orient. A deux reprises elle fonde dans la Haute-Asie un grand empire et elle élève au sein de la Phrygie cet autre empire des Galates qui domina longtemps toute l'Asie mineure. »