N^ XXIV
Sur l'opinion «e ceox qui refusent a Colomb i>'avoir bécouvert le premier le continent DE l'Amérique. — Amérîc Vespuce.
Animé d'un zèle généreux, l'â^uteur de Téioge de Colomb cherche à prouva ^le ce fat ce
grand hi(»nme qui le premier découvrit la t^re ferme de l'Amériqua; il s'appuie en particulier sur Tiraboschi, et^ outre les histoires de Ferdinand, il cite encore Pierre-Martin d' Angbiera , et la relation imprimée à Milan en 1 5o8. Il aurait pu citer beaucoup d'autres ouvrages^mais il a surtout en Yue d'assurer à Colomb la gloire de cette décou-^ verte, réclamée en feveur d'Améric Vespuce. Il seooble être contredit par les auteurs espagnols, (fsà placent le voyage du navigat^ir toscan dans les Indes occidentales , non pas dans l'année 1 497> ce qm serait une année avant le troisième voyage de Colomb, mais bien en 1 499« On pourrait croire que^ soit par une erreur de date, s(hI: pour s'attrilmer l'honneur àà la découverte, Vespuce aiurait anticipé dans ses lettres sur cette époque de devoL ans , car aucun témoignage ne vient déposer en sa faveur; bien plus, dans l'année 14969 Colomb se dirigea vers l'Espagne; il ne la quitta qu'en 1498, ce qui prouve qu'il se trouvait à la cour en ^497? ^ cette époque, cm avait donné sans ménagement à son préjudice de nombreuses permissions pour découvrir de nouvelles terres; il ^ fit de justes plaintes, et la cour, qui avait alors intérêt à le ménager, révoqua ses permissions. Il fendrait donc supposer que, dans cet intervaUe, Vespuce serait parti avec Ojeda,
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ennemi acharné de Colomb , qui jouissait alors des faveurs et des bonnes grâtes de la cour; et Colomb ne se serait pas amèrement plaint de ces injustices? et les historiens n'en feraient pas mention? Ojeda partit avec Vespuce une année après le troisième voyage de Colomb, lorsque celui-ci commençait à éprofuver la défeiveur de la cour, ou au moins lorsque Tesprit du roi, continuellement influencé par les discours des envieux, commençait à se refroidir à son égard et à douter de sa fidélité. En effet, Ojeda n'arriva à Saint-Domingue qu'en i499? long-temps après l'arrivée de Colomb, qui déjà avait parcouru les €Ôtes du nouveau continent. Qu'auraient fait pendant ces deux ans Ojeda et Vespuce, qui, d'après la relation de ce dernier, n'abordèrent même pas sur ces rivages qu'ils prétendirent d'ailleurs avoir vus les premier^. Comment Colomb lui-même n'en aurait-il pas parlé, lui qui remarque tout dans ses lettres,' et qui ne sait point étouffer ses plaintes lorsqu'elles lui paraissent fondées? Comment expliquerait-oai le silence des historiens contemporains à cet égard? « Et cependant Améric Vespuce^" s'écrie a avec douleur l'auteur de l'éloge de tk)loïûb, « eut la gloire imméritée de donner son nom 'à « cette partie du monde, et Tindifférente postë-
« rite sanctionna un arrêt que l'injustice a pro- (CAoncé contre Christophe, et que la succession «« des temps a désormais rendue irréparable! »
Mais ni Tirabôschi, ni l'auteur de l'éloge ne s'occupèrent de réfuter ces écrivains qui, pour assurer la gloire du voyageur florentin , prétendent, que Christophe ne s'est jamais éloigné de Saint-Domingue, de la Jamaiique, de Cuba et des autres îles de l'Archipel mexicain. Cependant, sans faire attention ici aux rapports de plusieurs historiens qui ont fait mention de ce voyage de Colomb le long des côtes de la Terre-Ferme , il nous semble que la lettre même du navigateur génois , publiée pour la première fois par Morelli, confirme ce foit jusqu'à l'évidence. Cette lettre est écrite avec une telle simplicité et un tel abandon qu'elle ne permet pas de soupçonner qu'il ait voulu nous en imposer; la confusion des époques, que l'on retrouve même dans le style, laisse entrevoir l'impression qu'avaient produite sur l'esprit de ce grand homme les malheurs et les dégoûts qui lie cessaient de l'assaillir; mais les faits, exposés. avec ingénuité, n'en méritent que plus •notre confiance. Colomb raconte dans cette lettre qu'étant malade il fut transporté par les vents et les tempêtes sur les côtes d'une terre appelée Cariai. Ne serait-ce pas encore là une
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des nombreuses erreurs du traducteur, du copiste ou de l'imprimeur, que Ton ne rencontre cgae trcfp souvent dans cette lettre? et ne devrait-on pas lire Pariai ou Paria au lieu de Cariai? La province de Ciguare, dont il parle ensuite, riche de mines d'or, et située à neuf journées de chemin par terre vers le couchant, fusait sans doute partie de la terre ferme. Si la position respective de ces terres , relativement au pays de Beragua, était la même que la position re^ective de Pise et de Venise, comme il le dit luiinéine, il ÊLUt nécessairement qu'elles fuss^it situées sur le continent. Les ports nombreux qu'il nomme * ensuite devaient être placés le long des côtes. La province de Mago , qu'il décrit dans cette même lettre, et qu'il considère comme limitrophe du CaiajOy devait également appartenir à la Terre- Ferme. En effet , il ajoute quelques lignes plus bas qu'ayant suivi la cote de la Terre-Ferme , on la mesura avec précision en employant le compas, mais qu'il était impossible de fixer sa position relativement au ciel. Il parle aussi du continent ,*en £edsant mention des « draps tissus « d'or que l'on voyait cl^ez les habitans de la îc terre ferme vers le €atajo. » Observons id que le nom même de Catajo signifie par son étymologie Terre-Ferme, et qu^Hornius, dans ses ort-
gÎBes amérîcames , cherche à prouver non-seulement l'émigration des Chinois en Amérique^ mais encore le passage du nom de Kitaï ou Cataï clans cette région* Du reste, si Ton ne se contentait pas du témoignage de Colomb dans cette circonstance, on pourrait encore citer un auteur contemporain, ce même Pierre Coppo distrie, dont nous avons Êiit mentipn dans la note i . Cet écrivain, après avoir fait l'énumération de toutes le$ îles que Colomb avait découvertes dans ses différens voyages, s'exprime en ces termes : « I<e « susdit Christophe trouva encore la province ^ « Paria, c'est-à-dire le Nouveau-Monde; «opinion qui nous porte à croire que le nom de Nouveau- Monde ne fut donné à l'Amérique qu'après la découverte du continent, attribuée également à Colomb par' cet écrivain contemporain. Ceux qui ont avancé que le navigateur génois ne quitta jamais le golfe du Mexique se sont donc étrangement trompés , erreur qu'auraient du signaler d'abord les écrivains qui ont cherché à rendre à Colomb la gloire de la découverte du continent d'Amérique.
Améric Vespuce, fils d'Antfstase, naquit le 9 mars 1 45 1 ; son père l'envoya en Espagne en 1 490 , pour y apprendre le commerce. Plusieurs écrivains rapportent qu' Améric, avant d'entrepren-
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dre son voyage pour le Nouveau-^Monde, visita l'Angleterre et l'Irlande* Ils ajoutent qu'en quittant ces contrées j il s'avança jusqu'à un point de la mer du Nord où les glaces l'obligèrent de rebrousser chemin ; mais tous ces récits ne sont fondés que sur la narration de Jérôme Bartolommei^ qui, dans le i6® siècle, composa un poème intitulé r Amérique y où, par une fiction poétique, il conduit Vespuce à la cour du roi d'Ethiopie, et lui fait raconter ses prétendus voyages dans les mers du nord. Il est certain que le navigateur florentin vit la terre» ferme de l'Anaérique, mais il n'est pas avéré qu'il soit parti d'Es* pagne pour cet hémisphère en i497? et qu'il ait visité cette année même le continent, c'est-à-dire un an avant que Colomb ne se rendît au pays de Paria. Il paraît plus vraisemblable que Vespuce ne reçut sa commission pour les Indes occidentales qu'en 1599; car il , n'est pas probable, comme nous l'avons' déjà fait observer, qu'il ait été envoyé pour tenter de nouvelles découvertes, pendant que Colomb était en Espagne, et. qu'il jouissait d'une grande faveur près de la cour de Madrid. Les partisans de. Vespuce nient même que Colomb se soit jamais éloigné des îles qu'il a découvertes pour s'approcher de la terre ferme, mais ils ne produisent d'autres preuves à l'appui
de leurs dénégations que le ténKHgnage deFrançoK Giuntini, qui vivait environ un siècle plus tard, taïKlis qu'en faveur de Colomb on invoque les témotgiiages -des auteurs contemporains , de Kare-Martire d'Anghiera, qui indique le pays de Paria comme le continent de F Amérique, et de Fauteur de la relation des voyages, imprimée dès le commencement du 16® siècle à Vienne et à Milan. Vespuce ftit-il le chef de la flotte envoyée en Amérique, ou ne s'embarqua -t- il que comme simple passager? voici encore des doutes qui ne sont pas entièrement éclaircis. Tous les écrivains espagnols qui rapportent l'expédition où Vespuce figura , affirment qu'elle n'eut lieu qu'en j499? ^^ ^^^ l'archevêque de Badajoz, ennemi de Colomb, envoya des ordres que lui seul avait signés à Alphonse de Ojeda, par lesquels on engageait cet Espagnol à s'a^ vancer vers le nouveau continent, et à tenter d'autres découvertes, dans l'espérance que ces découvertes obscurciraient la gloire de Colomb, qui se trouvait alors à Saint-Domingue, et qui devait ignorer les complots que l'on tramait contre lui en Espagne. Ojeda eut pour pilote Jean de la Cosa, biscayen; et, selon ces mêmes écrivains, Améric Vespuce ne s'embarqua que <;wnme simple passager, n'ayant en sa qualité de