PREFACE
courte analyse, et d'en faire aj^récier tout le mérite.
L'auteur a groupe, avec un talent digne de tous les éloges, les différentes circonâtjances de la vie de Colomb , dans un es^ pace assez rapproché pour que le lecteur puisse l'^nbrasôer d'un seul coup-d'œil.
Rien d'important n'est oublié et cependant rien d'oiseux ne vient ralentir la marche des événemenSf Cet oijvrage réussit parfaitement à faire connaître le grand caractère de cet honmie qui sut également résister aux assauts répétés des |dus afifreuses tempêtes et aux efforts jaloux de l'envie et de l'ignorance conjurées.
Mais ce ne fut pas assez que la jalousie eût empoisonné l'existence de cet homme immortel ; il fallut encore que des écrivains h^itastsent en quelque ^orte de la haine de ses persécuteurs^ et que poussés par cet affreux sentimienjt^ ils cherchassent à ternir la gloire de Christophe Colomb. Bossi dans ses notes , qui présentent à-la-fbis la plus grande érudition et le plus vif inténêt, a po(mbattu victorieusement le^ allégatioHs de
DU TRADUCTEUR. xj
ces écrirains et vient répajidre sur plusâears circonstances de ce grand ëvënement un jour précieux.
La partie la plus intéressante de ce re- €ttdl est sans contredit la correspondance deCihmtopiie Colomb lui-même. Quoi de plus curieux que d entendre de la bouche même de l'illustre Génois, ses projets, ses craintes, son espoir, le récit de ses mal^ heurs, des injustices qu'il éprouva et ce-^ pendant des succès qu'il a déjà obtenus et de ceux qu'il semble entrevoir ; mais nous n^ajouterons ici aucune réflexion, persuadés qu'en annonçant de pareils documens c'est exciter un assez vif intérêt.
Quant à notre travail, il s'est réduit à une traduction fidèle; cependant nous avons ajouté quelques notes qui nous ont semblé • indispensables surtout pour donner quelques détails sur la vie et les ouvrages de plusieurs écrivains orientaux peu connus.
Enfin, nous sommes persuadés qu'après la lecture de cet ouvrage, l'on connaîtra l'état des découvertes occidentales avant Oolomb et celui des connaissances que l'oii
Xij PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
pouvait avoir à cette époque sur l'autre hémisphère; et l'on saura sur quelle base est appuyée la gloire de tel homme illustre^ que l'on se contentait d'admirer^ sans daigner s'informer si l'admiration qu'on lui accordait était en rapport avec ses mémorables exploits.
Un voile mystérieux semble cacher l'origine delà plupart des hommes qui se sont illustrés par de grands talens; et l'on vit souvent des nations, qui les avaient dédaignés pendant leur vie, prétendre augmenter leur gloire en les réclamant après leur mort au nombre de leurs en- Êuis. Plusieurs villes de la Grèce se disputèrent l'honneur d'avoir été le berceau du père de l'Épopée ; de même quelques provinces de l'Italie se vantèrent d'avoir doni^é naissance à l'homme célèbre qui a découvert le Nouveau^Monde.
Néanmoips lé rapprochement des temps où vécut Colomb éclairçit bien des doutes au sujet de son origine, et nous sommes même autorisés à croire qu'il naquit dans les États de Gènes, appuyés par des monumens authentiques et par une série non interrompue d^ traditions que l'on chercherait en vain dans les temps où vécut Homère (i)^
On trouve encore quelques incertitudes sur le lieu véritable où il a reçu le jour et sur l'année de sa naissance; mais tout porte à croire qu'il est né à Gènes même (a) , vers le milieu du 1 5* siècle (3); siècle heureux auquel il était réservé de voir propager et assiwer à jamais, par une nouvelle invention (l'Imprimerie), les lumières que l'écriture seule avait transmises jusqu'alors, et de donner naissance à l'homme qui, par la découverte du Nouveau-Monde, allait remplir d'admiration les âges les plus reculés.
Coloiïib naquit de parens pauvres et d'un état c^scur.Son père, appelé Dominique , était artisan; il avait pour femme Susanne Fontanarossa (4) dont il eut trois fils, Christophe, Bar^ thélemy et Diègue, et une fille dont le nom est ignoré , mariée à un certain Bavarello qui partageait avec eux l'obscurité de lé?ur état. « Heu- <;< reuse condition pour un grand homme, dit «( avec raison l'auteur de l'éloge de Colomb, qui « peut se vanter de ne devoif qu'à lui-même son « immortalité! »
Si les résultats importans qu'offre la vie des grands hommes dispensent leurs historiens d'entrer dans aucun détail sur leurs études premières, il n^en est pas de même de^ hommes d'un médiocre mérite, qui semblent réclaniei*
de lears biographes la plus minutieuse exactitude. Néanmoins nous savons que Christophe et son frère Barthélémy, doués tous les deux d'un génie vif et profond, quittèrent de bonne heure le métier de leur père pour s'appliquer aux études qui ont rapport à la navigation. On assure que Christophe, dès son enfance, lisait avec avidité les ouvrages des géographes : heureux prélude au développement du génie devenu célèbre par ses découvertes! Plus tard, il s'adonna entièrement aux mathématiques , à Fastronomie, au dessin, et acquit en peu de temps toutes les connaissances nécessaires à un navigateur. Il est à propos d'observer ici que si Gènes a droit de s'enorgueillir d'avoir donné le jour à Colomb, Pavie, l'Athènes de la Lombardie, peut se vanter à juste titre de l'avoir introduit dans le sanctuaire de ces sciences , principale cause de sa grandeur (5).
Colomb touchait à peine à sa quinzième année lorsqu'il fit ses premiers essais dans la navigation. Jean d'Anjou avait équipé une escadre contre Alphonse d'Aragon; il avait réimi sous son pavillon plusieurs vaisseaux appartenant à des particuliers; parmi ces derniers, il y en avait qui étaient commandés par un certain Cokwnb, neveu d'un autre navigateur célèbre
du même nom. Ce fut avec lui que Christophe affronta, pour la première fois, les périls de l'élément qui le rendit immortel (6). Il ne le suivit pas seulement dans cette expédition contre le royaume de Naples; il l'accompagna dans plusieurs autres voyages, et s^tant formé en peu de temps dans l'art de la marine, il obtint le commandeinent d'un navire avec le grade de capitaine. Dès qu'il fut maître de ses actions , ses vues n'eurent plus de bornes ; il traversa la Méditerranée (7); il franchit le détroit ; il parcourut l'Océan et atteignit la mer du Nord, après avoir visité les côtes de l'Irlande. Ce fut dans ce voyage, qu'au rapport de quelques historiens, il s'est avancé vers un point du pôle inconnu jusqu'alors ; c'est probablement au rétour de cette expédition qu'il s'enrôla de nouveau sous ce même Colomb, avec qui il avait feît ses premiers essais sur mer. Quoi qu'il en soit, c'est en commandant un. des vaisseaux de cet amiral qu'il assista à un combat terrible que l'escadre eut à soutenir, dans les mers du Portugal, contre quatre galères vénitiennes qui revenaient de Flandre. Le carnage fut sanglant de part et d'autre ; les deux escadres s'étaient serrées de près, et le navine que commandait Colomb s'étant trouvé engagé avec un vaisseau
vénitien auquel on avait mis le feu, était sur le point de sauter : Colomb voit le danger imminent qui le menace, s'élance dans la mer, saisit ime rame qui tombe sons sa main , et , par des efforts redoublés, il aborde sur les côtes de Portugal, non loin de Lisbonne. Bientôt après il se rendit dans cette ville, où il reçut l'accueil le plus amical de la part de ses compatriotes.
A cette époque les Portugais commençaient à faire d'importantes découvertes dans les mers de l'Afrique, découvertes qui avaient rempli d'enthousiasme toutes les imaginations ardentes. Déjà les navigateurs étranges, et principalement les Génois^ s'empressaient à l'envi d'offrir leurs services à cette coUr. Les insinuations de ses amis, et plus encore une noble émulation, engagèrent Colomb à se fixer à Lisbonne. Là^ il se lia d'amitié avec d'habiles navigateurs, et il obtint en mariage la fille de Mognez Perestrello, un des plus célèbres capitaines de son temps, qui, sous les auspices du duc de Viséo, avait entrepris la découverte des côtes de la Guinée. A la mort de ce navigateur, Colomb alla demeurer chez sa belle-mère, qui lui fit part de détails intéressans sur tous les voyages entrepris*pàr son mari, et lui confia les écrits et les cartes marines qu'il
avait laissés à sa veuvç comme le fruit de ses entreprises, l^e jeune Colomb, brûlant du désir de l'inciter, partit bientôt pour les côt^ de l'Afrique, où les Portugais s'étaient déjà signalés par des tentatives hardies couronnées du plus heureux succès. De retour à Lisbonne il forma des plans plus vastes encore , et pour les exécuter il ne songea qu'à étendre ses lumières , tantôt en parcourant les écrits des astronomes et des géographes, tantôt en s'entretenant des théories de son art avec son frère et les savant les plus habiles de son siècle. Pès-lors il conçut Teaitreprise la plus gigantesque que l'esprit humain.eùt ja^tais imaginée. Après la découverte du Cap-Vert, ce fut dans cette direction que les Portugais por^ tèraat toutes leurs vuesj ils se flattaient qu'en côtoyant l'Afrique vers les régions australes, ils parviendraient à en trouver l'extrémité e\ à s'ouvrir une nouvelle route aux Indes, fréquentées seulement jusqu'alors par quelques peuples d'Italie, et surtout par les Vénitiens. Mais^ Colomb, laissant à d'autres navigateurs le soin de celte entreprise, soit qu'il 1^ regardât comnae infruc-tueuse, soit qu'il aspirât à une gloire plus durable, soit enfin qu'il ne voulût pas établir sa renommée au*préjudice de sa patrie, par ujq élan sublime de son imagination , il conçut l'idée de
traverser la mer Atlantique vers rOccident, jus- ([u'à ce qu'il trouvât de nouvelles régions.
Remarquons ici, en Thonneur de lltalie, que Colomb dut la première pensée de son projet aux mémoires de Marc-PaUl (*) et de ' quelques
(*) Nous croyons qu'on nous saura gré d*offrir ici quelques détails sur la vie de Marc Paul. Marc Polo , qu'on nomme plu* commnnépient Marc PÀil, eut pour père Nicolas Polo, Yénitieu qui partit avec son frère Mathieu, yers Pan laSS, pour Constantinople, où régnait alors Bédouin H. H avait laissé sa femme enceinte , qui mit au monde notre fameux* voyageur. Nicolas et Mathieu , après avoir quitté Constantinople, traversèrent la Mer- Noire, parvinrent en Arménie , et delà passèrent à la cour de Barka , où régnait un des princes les plus puissans de la Tartarie. Mais ce dernier ayant été vaincu par un 4e ses voisins , nos deux voyageurs se sauvèrent au milieu de mille dangers , tiraversèrent les plus vastes dé9erts et parvinrent à la ville hahîtée par Kablaï, grand Kan des Tartares. Ce prince , émerveillé des récits des deux Em'opéens et de la (lifférence de leurs usages et de leurs mœurs ^ résolut de les connaître plus particulièrement : aussi envoya-t-â mie ambassade dont ils firent «uxrmémes partie pour engager le Pape à lui accorder cei^ missionnaires. Arrivés en Italie, ils n'ohtinrent du Pontife que deux dominicains, l'un Italien, l'autre Asiatique; ils retournèrent aussitôt dans la Tartarie, emmenant avec eux le jeune Marc Paul, pour qui ILahlaï conçut uuq affection toute particulière. Qp voyageur ne tarda pas à posséder les différens dialectes tartares, et, au moyen de cette précieuse connaissance, il fut employé dans plusieurs négociations et parcourut la Tartarie, le Kataî et la Chine. Déterminons précisément ici les pays compris sous le nom de Katai, nom vague, affecté dans le moyen âge 4 plusieurs régions qui pourtant sont des contrées bien dis-
autres voyageurs italiens (8). Il est vrai que les écrivains de l'antiquité et un petit nombre de
tinctes et que Ton ne saurait confondre sans commettre Terreur la plus grave* Quelques géographes ont cru que ce nom désignait . la Grande-Tartarie, mais ils se sont trompés, et il est avéré, tant par les relations des voyageurs européens que par les oiiyrages des Orientaux eux-mêmes , que c*est la Chine Septentrionale qui est indiquée par le nom de Kataï.
Après le séjour de 17 ans à la cour du gran Kan| les Polo ' revinrent dans leur patrie ayant amassé de grandes richesses. Ce fut alors que Marc, rendu à une vie plus tranquiUe, écrivit la relation de ses voyages , en italien, sous le titre: Defle MaravigUe del MondOfdalui'vedute,
On trouvera des exagérations dans les récits de ce voyageur. Il a usé dans toute sa plénitude du privilège que Ton accorde volontiers aux voyageurs de ne point toujours dire la vérité, et au défaut de toute autre , une seule remarque suffirait pour constater ses exagérations; c'est qu'on les rechercherait vainement aussi grandes chez les historiens et les géographes orientaux, qui ne peuvent pourtant pas être accusés de ménager les hyperboles. Cependant on lit dans ses relations un nombre mfîni de choses aussi vraies qu'intéressantes , et dont l'existence a été confirmée par les derniers voyages faits dans ces* régions. L'ouvrage de Marc Paul a toujours été de la plus grande utilité pour les voyageurs; son courage, sa persévérance dans des' longues et pénibles expéditions , ses travaux encore utiles lorsqu'il fiit rendu à une vie moins agitée , lui méritent la reconnaissance de l'Europe , puisque toute sa vie fut employée à reculer les bornes des faibles connaissances qu'elle possédait alors. Si l'on réfléchit à l'ignorance qui régnait parmi les contemporains de Marc Paul, et à l'indifférence qu'ils témoignaient pour toute espèce de science, on sera surpris de voir un homme traverser les mers pour ap-
voyageurs et de géographes du moyen âge font mention de quelques régions situées dans les mers d'Occident (9). Les navigateurs qui fréquentaient , à l'époque de Colomb , les îles Açores et Madère en avaient aussi donné quelque faible renseignement (10). Mais les opinions des premiers n'avaient été considérées jusqu'alors que comme les rêves d'une stérile érudition. Quant aux rapports des seconds , ils étaient pour la plupart trop vagues, trop incertains et souvent trop suspects pour compter avec quelque fondement sur une entreprise dont l'exécution exigeait beaucoup de frais et de grands préparatifs. C'est donc à Colomb qu'appartient la gloire d'en avoir conçu le projet, comme il n'appartient qu'à lui d'avoir
prendre ^ tandis que ses concitoyens faisaient à peine un pas dans le même but. Ce sentiment de surprise approchera de Tadmiration, lorsque Ton verra ce même homme parcourir des nations barbares, exposer sa vie, affronter mille dangers, se résoudre à des fatigues de toute espèce, et renoncer aux douceurs d'une vie tranquille pour chasser une ignorance qui alors paraissait toute naturelle, et pour acquérir des connaissances qui risquaient défaire passer celui qui les avait pour sorcier et de le faire brûler comme tel. Aussi avons-nous pensé que c'était en quelque sorte notre devoir de faire mention de ce voyageur fameux dans un ouvrage où Ton a voulu célébrer le. plus grand des navigateurs; et nous nous sommes flattés que l'éloge de Marc Paul ne déparerait pas un livre consacré à la gloire de Christophe Colomb/ (Note du tra^ ductèir).
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imaginé, d'après la rqtondité du globe, forme qu'il lui soupçonnait, .que la région des Indes Orientales, ou plutôt le continent de l'Asie, s'étendait jusqu'aux îles situées au couchant de l'Afrique , et que l'Océan Atlantique offrait une nouvelle route vers les contrées de l'Orient Ce grand homme ne voulant point s'en rapporter à ses propres Imnières, soumit ses plans à quelques savons qui jouissaient alors d'une grande célébrité dans la géographie et la cosmographie. De ce nombre était PaulToscanelU, Florentin, surnommé Paul le physicien. Colomb lui écrivit de Lisbonne en 1474^ ^^ 1^ ^^ P^^*^ ^^ pl^^ c[d% avait conçu. Le physicien de Florence approuva ses projets , et l'engagea à les mettre à exécution. Dans la lettre qu'il lui écrivit à cette occasion, il ajoutait que le trajet de l'Espagne aux Indes, en naviguant le long de la ligne équinoxiale, devait être le plus court chemin pour aller' aux Indes ; qu'il donnait à cette région de l'Asie le nom de couchant, puisqu'on devait y arriver par la mer Atlantique; enfin, qu'en faisant voile à l'Occident on devait trouver un vaste et florissant empire, empire que Marc-Paul avait désigné sous le nom de Tartarie et de Cataï, dans sa Chorographie (^ i). Ainsi ce physicien semble avoir partagé l'opinion des anciens, qui n'admettaient
rexisten<;e d'aucun continent entre les Indes et les côtes occidentalesi de l'Europe; c'est aussi d'après le système des anciens géographes qu'il considérait la Tartarie et la Chine comme ne formant qu'une seule région avec les Indes; mais il pensait que les terres de l'Asie s'étendaient tellement au loin, qu'en s'y rendant par le couchant leur distance n'aurait pas été considérable. Toscanelli se trompait à la vérité dans la conclusion de se^ principes , et particulièrement dans cette dernière hypothèse, m^s il raisonnait juste lorsqu'il assurait qu'en cinglant à l'Occident on finirait par trouver les Indes.
Cette, réponse du physicien de Florence fat accompagnée d'une carte marine et de quelques autres renseignemws précieux ; et ces encouragemens d'un homme célèbre, en flattant les premières idées de Colomb, vinrent l'enflammer d'uue nouvelle ardeur. Dès lors il ne songea plus qu'à chercher les moyens de donner de la réalité à ses conceptions en soumettant son projet à ceux qui pouvaient seuls en ordonner l'exécution.
Heureux les génies créateurs qui, par un élan de leur imagination, se» frayent de nouvelles routes et se rendent immortels par dès découvertes utiles ! Plus heureux encore s'ils trouvent
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SOUS leur main les moyens nécessaires à Fexécution de leurs projets ! Leur sort est bien préférable à celui de ces hommes dont les vastes desseins réclament pour leur exécution Tappui des gouvernemens les plus puissans, et qui se voient obligés d'aller de cour en cour mendier un secours refusé par leiu* patrie. Les découvertes- d'un naturaliste ou d'un physicien demandent du génie, de l'adresse et de la persévérance; mais celles d'un géographe exigent plus encore ; et si le génie et des connaissances profondes en sont les premières conditions, l'exécution de leurs projets exige souvent des moyens extraordinaires que les monarques ont seuls en leur pouvoir. Il fallait à Colomb des vaisseaux, des armes, des munitions de toute espèce, des matelots et des soldats; il lui fallait son éloquence persuasive pour faire apprécier aux hommes puissans la justesse de son projet; il lui fallait surtout une force de caractère capable de résister aux refus et à l'opposition que devait lui susciter la nouveauté même de son dessein. Inspiré par les nobles sentimens d'un cœur patriotique, il se rendit d'abord à Gènes et lui offrit l'honneur de le seconder dans ses projets ; mais les Génois , engagés alors dans des guerres dispendieuses et lointaines (la), se rappelant peut-
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être la catastrophe arrivée à deux de leurs concitoyens qui, en voulant découvrir de nouvelles régions ,4Ktaient perdus dans l'Océan (i3), rejetèrent la proposition de Colomb , et avec elle les feveurs que la fortune semblait leur offrir, pour les dédommager des pertes qu'ils ne cessaient de faire en Orient, Après avoir rempli les devoirs d!un bon citoyen, Colomb se reaadit à Savonné pour s'acquitter de ceux que lui imposait la nature; il reconduisit son père à Gènes, et pourvut à son existence. On prétend qu'il partit po<*r Venise, afin de soumettre à ce gouvernement kSs iji^mes offres qu'il avait faites à so, patrie (i4). Mais, par un sort funeste à l'Italie, ce projet, qui avait été conçu et mûri par des Italiens, ne dût être accueilli et exécUté què-par un prince étranger. Colomb s'étant rendu de nouveau à Lisbonne, fit part de ses desseins à Jeaii II, qui venait de monter sur le trône de Portugal. Mais, soit ignorance, soit jalousie de la part des savans de ce pays, sa proposition ne fut point accueillie. On fit plus; on envoya sous de feux prétextes une caravelle (navire portugais) pour tenter d'effectuer le voyage . proposé par Colomb, et frustrer ainsi ce grand homme de l'honneur de cette belle découverte. La fortune dans cette circonstance ne favorisa pas ce projet perfide, et
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le pilote, devenu te jouet des vents et des tempêtes, regagna les bords du Portugal, couvert de honte et de confusion. Colomb ^M^âit instruit, et dédaignant désonnais un pays ingrat ou aucun lien ne l'attachait plus depuis qu'il avait perdu sa femme, il envoya son frère en Angleterre, et se rendit lui-même à Cordoue, dans l'espérance d'intéresser à ses projets Ferdinand et Isabelle qui occupaient alors le trône de l'Espagne. Malgré l'appui qu'il trouva auprès de cette cour, cependant il n'obtint pas un meilleur succès, son plan ayant été soumis au jugement d^ommes qui, n'ayant aucune connaissance de cosmographie et de navigation, en déclarèrent rêxécutioft impossible (i 5). Mais loin de se rebu*ter^ ^et homme sage et persévérant réfuta les objections, éloigna les difficultés, éclaircit leis doutes; il voulut même, mais en vain, com-.
battre l'ignorance, hydre fiitale qui semblacit re-naître sous l'égide du pouvoir. Les Maures , autrefois puissans en Espagne, étaient alor^ réduits au royaume de Navarre, où ils se défendaient' encore contre les Espagnols dans une lutte qui touchait à sa fin. La coiu* prit pour prétexte cette guerre , et remit à d'autres temps l'examen du projet.
Colomb chercha ailleurs un appui. Il écrivît
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au roi de France, et fut sur le point de passer en Angleterre, où s^était déjà rendu son frère Barthélémy (i6). Mais il ne voulut point quitter l'Espagne sans avoir vu son fils, qui était à Palos chez Ferez son précepteur, ecclésiastique éclairé digne d'une étemelle mémoire, pour avoir épargné, à l'Espagne la honte dont elle se serait couverte si elle eût laissé échapper la gloire de cette entreprise, à*Colomb les dégoûts que devaient lui causer tant de refus, et à l'Europe entière la perte des brillans avantages qui se rattachent à la découverte du Nouveau -Monde, avantages dont elle aurait été privée, du moins pendant plusieurs générations , si Colomb eût emporté dans la tombe son plan avant qu'il fût exécuté. Jean Ferez entra dans les vues du navigateur Génois, et, pénétré de la justesse de ses conceptions, il en fit part à la reine, qui l'honorait de sa confiance. Colomb est rappelé à la cour, et son projet examiné une seconde fois; de nouvelles objections sont faites de la part des prétendus géographes que la cour avait désignés pour l'examiner. A la vérité le cardinal , président du conseil, rendit justice aux talens de Colomb, mais il n'eut pas Pénérgie de le protéger ouvertement. Rien ne fiit épargné pour le rebuter; les unà marchandaient un projet dont l'exécution pouvait
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centupler les revenus > du royaxune; d!autres, repoussant les propositions les plus équitables^ regardaient comme insuffisante l'offre qu'il fit d'intervenir lui-même pour la huitième partie 4es frais nécessaires à l'armement. Les conférences se succédaient sans résultat, et Colomb^ indigné des cabales des intrigans,, quitta de nouveau la. cour. Cependant Grenade tombe au pouvoir du roi , et l'empire des Maures est jdétruit. Au milieu de^ fétes et des réjouissances publiques, deux personnages distingués, Saint -Ange et Ventimiglia, saisirent un moment fevorable pour parler, de nouveau à la r^eine des projets de Colomb. Rgippelé à la cour, il est accueilli avec intérêt et bienveillance par les princes, qui lui confèrent le titre, d'amiral et le chargent de reculer les limites du naonde coniiu (17).
Dans cet intervalle, Colomb avait épousé en.
secondes noces Béatrix Enriquez d^e Cordoue, dont il eut Ferdinand, l'historien de sa vie. On. ignore l'époque précise de ce mariage; mj^i^^. comme l'on sait qu'en 1 5o3 Ferdinand avait en-, viron treize ans, il est vraisemblable qu'il ait eu lieu vers l'année 1489.
Cependant Colomb mit à 1^ voile de Palos, le 3 aoiit 149^^.?. avec trois caravelles et quatrevingt-dix hommes d'équipage. U mouilla d'abord
aux Canaries pour s'approvisionner; il dirigea ensuite sa route vers FOccîdent/et se knça îe pr^Mier au milieu de l'Océan, n'ayant d'autre guide que la boussole, nouv^le invention sortie de ntalie, mais qui jusqu'alors n'avait été emfployée que dans les mers méditert'toéés et près des côtes. Il appartenait donc au plus célèbre des navigateurs de mettre à ceftte nouvelle épteuve l'instrument qui promettait les pflus brillkns succès à l'art nautique.
Heureux encore si les dégoûts dont il fut abi*euvé à la cour eussent trouvé un terme lorsqu'on eut reconnu la grandeur de ses conceptions; maià l'opposition qu'il eut à combattre pour l'admis^on de son projet devait se reproduire plus terrible encore au miîlîeti de l'Ôéîéan. Une troupe de gens sans expérience, habitué^ à naviguer le long des côtes, et qui étaient loin de concevoir les vastes desseins de leur chef, n'eurent pas plutôt perdu de vue la terre, qu'ils commencèrent à murmurer et à regretter leur patrie. L'intrépide Colomb console les tins , réprimande les autres, menace les plus ponitins, et, tout en s'efforçant de persuader et de convaincre, il observe les astres, la mer, les vents ^ les profondeurs, les courans, les poissons et les plantes : rien n'échappe à son génie observateur; et le
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premier peut-être il s'aperçut de la déclinaison de l'aiguille aimantée (i8). Cependant Fesprit de révolte, assoupi pour un mstant, se réveille plus redoutable que jamais : bientôt on forme des complots; la sédition s'empare de totis les esprits, et le plus grand homme de son siècle est sur le point d'être jeté à la nàer par une poignée de factieux. En -vain il leur montre les algues flottant sur les ondes et les oiseaux qui voltigent autour du navire , indices certains de l'approche de quelque continent; en vain il dépeint à leur imagination les trésors du Nouveau-Monde; en vain il s'efforce de les rassurer par une contenance intrépide, qu'il conserve encore malgré les périls qui le menacent: on ne veut l'écouter, l'équipage demande le retour. Eh bien ! s'écrie Colomb, comme présageant le succès qui l'attendait, si dans trois jours la terre ne se montre pas, nous reprendrons la route de l'Espagne.
Mais, ô bonheur! vers la nuit on aperçoit au loin des feux, et aussitôt les cris de terre! terre! se font entendre; et le lendemain, 12 octobre, le soleil vient dorer de ses rayons une île couverte de verdure, dont le sol paraît riche et fertile. « Voilà l'Amérique au nombre des terres conte nues, s'écrie l'auteur de l'éloge de Colomb; a voilà l'époque de tant de révolutions étonnantes
c dans les mœurs, les usages, les coutumes, les « plaisirs, les connaissances, les vices et les verci tus des hommes !»
Le nom de Saint-Sauveur est donné à cette île; des cris d'allégresse président au débarquement. Le premier soin de l'équipage fut de remercier l'Éternel, et l'on prêta serment d'obéissance à l'amiral, que l'on reconnut pour vice-roi. Cependant , malgré les principes du droit des gens, on déclara cette île propriété de l'Espagne. Les habitans , ne se doutant pas de cette usurpation et du joug qu'on leur préparait, accueillirent avec amitié ces étrangers arrivés d'un continent lointain pour détruire leur liberté; ils reçurent leurs présens funestes, et leur offrirent tous les secours dont ils pouvaient avoir besoin. Ces mêmes insulaires , devenus dès-lors par leur ignorance les instrumens de leur propre malheur, s'empressèrent de servir de guides aux perfides Espagnols dans les découvertes qu'ils entreprirent, et les aidèrent à reconnaître trois îles florissantes, la Conception, Ferdinand et Isabelle, îles qui attirèrent toutes, et surtout la seconde, l'attention des Européens, par la fertilité du sol, la richesse de la végétation , la beauté des sites , et le chant mélodieux et le riche plumage des oiseaux. Colomb , après un court séjour dans ces
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parages, se.rendit à Cuba, île importante par sa position et ses richesses. Les habitsms , effrayés à l'approche de ces étrangers , forent bientôt rassurés par la noble conduite de leur dief , qui finit même par former avec leur roi les nœuds de la plus étroite amitié. Cependant la cupidité, le plus dangereux des vices, vint troubler une entreprise commencée avec tant de succès. Guidés par les indigènes , Colomb et les siens font voile vers la partie septentrionale de l'île pour exploiter les mines d'or de ce pays. Pendant le voyage, un certain Alphonse Pinzone qui commandait le meilleur voilier des^ navires espagnols, songeant au moyen de s'emparer lui seul de ces trésors , s'éloigna de l'escadre et n'obéit plus aux signaux; son chef le perdit bientôt de vue. Cependant la flotte espagnole arriva à l'île d'Haïti, aujourd'hui Saint-Domingue , où Colomb sut se concilier par sa douceur et sa générosité l'amitié des habitans, et surtout la faveur d'une jeune insulaire, qui lui devint d'une grande utilité pour l'exécution de ses projets. Quelque temps après son arrivée sur les côtes de cette île, il obtint d'un cachique la permission de visiter ses États : il mit donc de nouveau à la voile pour se rendre à cette invitation ; mais le pilote s'étant aventuré dans ces mers pendant la nuit, et ayant confié son gou-
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vernail à des mains inhabiles, le vaisseau frappa contre un rocher; les matelots épouvantés prirent la ftiité et se réfugièrent sur . un autre navire. En vain Christophe tenta de les rappeler à leur devoir ; en vain en coupant les mats il voulut sauver le navire, le vaisseau se renverse et se brise, et il ne voit plus pour lui ^ et le petit nombre des siens qui avaient secondé ses efiorts, d'autre moyen de salut que de passer sur un autre bâtiment. Le prince indien in-?
formé de ce naufrage, fit tout ce qui était en son pouvoir pour sauver la cargaison du navire» Colomb lui en témoigna sa reconnaissance, et^ pour la première fois, les habitans des deux hémisphères se donnèrent des marques réciproques d'affection (19).
Mais Colomb ayant établi des relations amicales entre les Espagnols et ces bons insulaires , réunit une quantité considérable du métal prédeux qui formait la richesse du pays et rob|et des vœux des Espagnols, et il songea à porter lui-^méme en Espagne la nouvelle des succès de son entreprise. Comme il ne. lui restait qu'un navire pour la charge et Les équipages de deux vaisseaux , il laissa dans l'île une partie de ses compagnons, ce qui entrait d'ailleurs dans les vues sages de Colomb , puisque , par ce moyen^
il espérait affermir davantage l'amitié et les relations entre les Européens et les habitans du Nouveau-Monde. Dans l'intention de gagner leur affection et de les disposer en faveur des Espagnols, il offrit au cachique l'entremise de sa cour pour la défense de ses peuples et pour repousser les Caraïbes, barbares anthropophages, qui, par leurs continuelles incursions, remplissaient de terreur ces contrées. Des débris du navire qui avait échoué, il construisit, en quelques jours un petit fort qu'il confia à Diegue d'Arana, après l'avoir muni des pleins pouvoirs pour le représenter auprès du prince qui gouvernait cette île ; il laissa sous ses ordres 38 hommes qu'il engagea à se rendre dignes de sa confiance et de son estime, par leur fidélité, leur obéissance , leur union, et surtout par leur modération envers les insulaires qui les avaient reçus avec tant de générosité. « Il « partit , et avec lui partirent , dit l'auteur de « son éloge, l'humanité et la bonne foi. »
Colomb , en dirigeant sa route vers le nord , découvrit sur son passage plusieurs ports de cette île , auxquels il donna différens noms. Tout'à-coup il rencontre ce même Pinzone qui l'avait lâchement abandonné; ce capitaine cherche à s'excuser en attribuant aux vents sa
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ftiite dont il ne fallait accuser que sa cupidité ; et Colomb , soit par bonté , soit par politique, pardonna au coupable; exemple de modération qui n'eut que de Ainestes résultats. Déjà 5oo lieues avaient été parcourues ei^ pleine mer par le vaisseau de- Colomb, lorsqu'une furieuse tempête mit ce grand homme au mondent de perdre le fruit de ses glorieux travaux y travaux qui allaient assurer à lui-même une gloire impérissable, à l'Espagne des avantages, sans nomhire, et à sa famille le sort le , plus brillant qu'elle eût jamais pu espérer. Bon époux, Rendre père , il se retrace la douleur de cette famille éplorée , à la nouvelle de la mort de celui qui allait en assurer le bonheur , pensée fimeste faite pour accabler le cœiu* le plus inébranlable ! Malgré les efforts destructeurs de la tempête , malgré les gémissemens des matelots ^ Colomb , maîtrisant les sombres pensées qui assaillaient' son âme , plein de sang-froid au milieu de cette scène d'horreur , et s'armant d'une fermeté héroïque , décrit sur un parchemin la relation de ses découvertes, le recouvre de cire, l'enferme dans un tonneau et le confie à la mer, en y joignant la promesse d'une grande récompense à celui qui le présenterait au roi d'Espagne. Cependant on découvre la