‹ Histoire de Christophe Colomb: suivie de sa correspondance, dChapitre 30 sur 39 · N^ ■ IV. / · texte numérisé non relu

N^ ■ IV. /

Copie de la lettre de Ûiristophe Colomb ^ viceroi d'Espagne et ^çui^emeur des iles des Indes, adressée à S. M.. Catholique le puissant roi d'Espagne y et a son épouse y ses augustes rnaitres y dans lôqueUe il lies informe de toutes les circonstances de son voyage y et où il raconte combien il a rencontré dé pays , de proi^inces y de fleuves y de villes dignes d' admiration y et de contrées où se^ troui^ent en abondance les mines d'or et autres objets de grande valeur.

Très augustes et très puis3aps prpcc; et princesse , nos maîtres :

De Cadix je passai aux îlçs de Canaries en quatre jours, et de Jii„ après un yoyage de seize jours, j'abordai a«x îles appelées des Indeis, d'où j'écrivis à vos majestés que mpp. intention était de poursuivre vivement mon voyage, puisque j'avais des navires tout neufs, bien munis de vivres et de matelots, et que j'étais d^ins le dessein de me

276 APPEWDICE.

diriger vers Tile nommée Jamaïque. Je vous ai écrit cela de la Dominique, île jusqu'à laquelle j'avais toujours eu un temps favorable. Ija même nuit que j'y abordai fut accompagnée d'une bourasque et d'une tempête qoi depuis me poursuivit toujours. Arrivé à l'île Espagnole, j'envoyai à vos majestés un' paquet de lettres, dans lesquelles je vous demandais le secours d'un vaisseau avec des fonds, le bâtiment qui m'avait transporté ici étant endommagé etne pouvant plus supporter les voiles, lettres que vous seuls pouvez me dire si vous les avez vues. Dans la réponse que je reçus de vos majestés, vous m'ordonnâtes de ne point demeurer dans les terres , disposition qui découragea l'esprit de tous ceux qui m'accompagnaient; ils craignaient que je ne voulusse les conduire trop avant dans les mers, me représentant que si nous rencontrions quelque péril ou quelqii'accident, ils ne pourraient espérer aucun secours, et que d^ailleurs Ton ferait peu de cas des danger^ qu'ils auraient essuyés; ils pi*étendaient même que quant aux' terres que je pourrais découvrir, vos majestés les feraient gouverner par d'autres que par moi. La tempêta qiii m'assaillit cette nuit fut violente; elle fracassa nies navires, et chacun de nous dispersé par les vagues n'entrevoyait que la mcrt pour

tout espoir. Quel est Vbomauf , et * ïjjsin^ i en excepter Job lui'iûéme, ^i fât plus msdheu-r reux que moi ! Ces méijttes' ports*, que ja;vsds.4iét» couverts au péril de inavie^ nae reftisèreht «làns ces triées circoii^tasices unaâileicontiK^ lé moift qui nous menaçait; moi>inoa jeune ifili, îrion frère et mes amis. - *•-:).:,/. î ,1 .♦,...

Mais je reviens à mes naviresv dout la tempêta m'avait séparé; Dieii mele8,reii4i*bi^ntètp^;fiy5fcis mis en mer* le vaisseau «eiMioiràiagé^ d^n^ le dessein de le ramener versil'îfeG^lliega,: il.pei^it!$a chaloupe et toutes ses provisions, i Le vaisseau <jue je montais. fut étraiçigemenl; assailli»; cepen-r dant la bonté divine voujut hi^X^ nie le conserver sans <]u il'éppouvât aueupe p^tç, Mon frère était sur celui^qui courut le phis djÇ: dangers, et ce fut lui qui, mdé d^ l'assistante (;éleste, le sauva du naufrage* Cètté.boujcasqyjç m^ porta subiten^eut vers l'île Jamaïque, et bientôt un grande calme et un rapide oourai^t si^ccéda £|la tempête, et- j^ paryinà j,i^qu]au.J|irdiîli d^.la jRçine sans rien apercei^oir^.JQrme dirigeai vers la terre, ferme, et (^as^.ma course je rencontrai des vents contraires et \m Courant teiirible; Je luttai contre eux pendantf soixante jours, durant lesquels je nfe pus faire. que 70 lieues^ qui font 35t> milles; car une: lieue par eau est composée de cinq milles^

578 jiiPF^irpicï.

tandis que par terre eiîe e$l; de quatre^ d^ manière que toutes les fois que j'indiquerai des lieue§^ vous saurez dor«iavant quelle est lewr valeur.

Pendant tout ce temp^, je nepou^ia entrer dans le port; la' tempête y la pluie ^ le tonnerre et: les éclairs^ qui semblaient annoncer la fin du monde , ne cessèrent de m'assaiUir ; cependant^ le ï a septembre, je commençai à avancer par le secours de Diéu^ à qui j'oéfris dés reoiercimens^ et qui m'envoya des vetrts et des courans favoi^bleà. Pendant quatre-vingts jours, les flots con-* tinuèrent leurs assauts^ et mes yeux ne virent ni le soleil , ni les étoiles , tii aucune planète ; mes vaisseaux étaient entr'ouverts, mm voiles rompues, les «Cordages, les ohaloupes^ leis agrès, tout était perdu; mes matplots, ma*' lades et consternés, "se livraient atrt pieux devoirs^ dé la' religion, aucun ne manqtiait de prom>ettTe des péleriliages^et tous s efnient <;onfessésmutuel'lement, craignant de moment'en m^ôiiâeiit de voii' finir leur existence. J'ai vu beaucoup d'autres tempêtes, nïais jamais je n'en ai vu de isi longues ed de si violentes. Beaucoup des miens, qui pas* saient pour les matelots les plus intrépides, per* dftient courage; mais ce qui navrait profonde^ ment mon âme, c*était la douleur de mon fils, dont la jeunesse augmentait mon désespoir, et

AlPPENDfCB. 279

que je voyais en proie à plus^de peines, plus df tourmens qu'aucun de nous. C'était Dieu, sans doute, et non pas un autre qui lui prétait une telle force; mon fils seul rallumait le courage, réveillait la patience des marins dans leurs durs travaux, enfin on eut cru voir en lui un navi^ gateur qui aurait vieilli au milieu des tempêtas, chose élonnante, difficile à croire, et qui venait mêler quelque joie aux peipes qui m'abreuvaient. J'étais malade , et plusieurs fois je vis l'approchç de mon dernier moment; j'avais fiait construire sur le pont du vaisseau une petite chambre, et c'était de là que je commandais la manoeuvre. Mon frère, comme je l'ai déjà dit, se trouvait iknsle navire le plus endommagé, et que mena^ cait le péril le plus pressant; c'était un grand si^et de douleur pour moi, douleur qui s'augmentait encore , lorsque je réfléchissais que c'était contre sa volonté que je l'avais emmené; enfin, pour mettre le comble à mon malheur, ^ngt années de service, de fatigues et de périls ne m'ont apporté aucun profit; car je me trouve aujourd'hui sans -avoir un abri en Espagne pour reposer ma tête, et l'auberge seule me présente Uti asile lorsque je veux prendre quelque reposV ou les repas les pltis simples ; encore m'arrive-t-il souvent dé ihe trouver dans l'impuissance de

â8o APPENDICE.

payer mon écot. Ce .n'est pas tout ( souyenir qui vient remplir mon cœur de désespoir)^ j'ai laissé en Espagne mon fil$ D. Diègue privé de tout moyen d'existence, privé de son père, espérant qu'il trouverait dpjas vos majestés des princes justes et reconnaissans qui lui rendraient avec u^ure ce dont votre, service le privait»

Je parvins à yne terre appelée Cariai, et j'y demeurai afin de réparer mes vaisseaux et de pourvoir à tout ce qui nous était nécessaire; mes gens, qu'une loogue £sitigue avait rendus incapables de tout service, et moi, nous prîmes €^ ce lieu un repos que nous attepdions depuis lojig-temps. Là, j'entendis parler des mines d'or de. la province de Ciamba, qui était l'objet de nçs recherches; je pris avec moi deux habitans de cette contré^, quimeconduis^irentàimeautre tprre. appelée Carambaru, où les indigènes vont toujours. nus, et qui portent à leur cou un miroir d'or, qu'ils ne veulent vendre ni" troquer pour quoi que ce soit; ils me nQnunèrent en leur lapgue plusieurs autres lieux situés sur la mer, pu ils m'assuraient qu'il existait beaucoup de mines d'or; le dernier de ces lieux était appelé Beragua, éloigné d'où nous étions de vingt-cinq lieues; aus^i je pâa*tis et je me mis avec ardeur à leur recherche^, et, lorsque je fus arrivé à

moitié chemin, j'appris que je trouverais une niioe d'or à deux journées de là; je résolus d'aller les voir, mais le soir du jour de Saint-Simon et Juda , qui était le moment fixé pour notre départ , il s'éleva une tempête si violente, que nous fômes conti'aints de nous laisser aller où le vent nous conduisait : cependant les deux hommes m'accompagnaient toujours afin de me montrer les mines.

Mon arrivée dans ces lieux vint me convaincre de la vérité de tout ce que j'en avais entendu dire, et de la réalité de tous les rapports que l'on m'a>ait Éaits sur la province de Ciguare, qui selon eux était détruite, et située vers le couchant, à neuf journées de chemin par terre. On m'afi&rma qu'il s'y trouvait de l'or à l'infini ; l'on me raconta que les habitans portaient des couronnes d'or sur la tête, de gros anneaux d'or aux pieds et aux bras, et qu'ils doublaient et ornaient leurs sièges, leurs armoires et leUrs tables avec de l'or, s'en servant de la même manière que nous nous servons du fer.

Les femmes, selon leur récit, portaient des colliers de même métal qui pendaient sur leurs épaules. Tous les habitans du pays dont je parle s'accordèrent à dire que telle était la vérité , et m'assurèrent qu'il y existait une telle richesse

que je me eooteotenîs de h dixifiae punie de celle doot ik m'ont £ût h descripCkm. NoasaTÎons apporté a^ec nous da poivre, et ils le reooDnorent aussitôt. Dans la province de Cif^pare on hit le même commerce, on Toît les mêmes foi* res que diez nous ; tons sont venus me rassurer j et ils m'ont même indiqué les règles et les usages qu'ils suivent dans leurs marcbés et dans leurs échanges; ils m'ont encore dit qu'ils na* viguaient comme nous , que leurs vaisseaux portaient des bombardes, et qu'ils étaient armés d'arcs, de flèdies,'d'épées, de cuirasses; ils vonV habillés comme nous; ils montent des chevaux, font la guerre et s'habillent avec de riches vétemens et demeurent dai» des maisons ccmmiodes, enfin, selon eux, la mer bout autour de la province de Ciguare, et, à l'espace de dix journées de chemin, on rencontre le fleuve du Gange : il parait que ces pays sont dans le même rapport que celui qui existe entre Tortose et Fontarabie, entre Pise et Venise. Etant parti de Carambaru, j'arrivai à ces lieux susdits, et je trouvai une nation qui avait les mêmes mœurs; cependant ils échangeaient les miroirs d'or qu'ils avaient pour trois grelots, quoiqu'ils pesassent chacun dix ou quinze ducats. Quant à leurs autres habitudes, ils ressemblent entièrement aux insulaires

de Saîiiit^Dotiit&gu^; mais ils recuéilleiit l'or d'une manière différente que ces derniers, quoique les procédés des uns et des autres soient différens de ceux que nous employons. Cest là tout ce que j'ai entendu dire touchant ces nations; quant à ce que j'ai vu et à ce que je sais, je vais vous le raconter.

L'année ï494 j^ parcourus, en neuf heures, vingt-qtfâtre degrés vers le couchant; ce dont il ne faut douter, partie qit il arriva dans le même moment une éclipse; le soleil était entré dans la balance, et la lune dans le bélier. Tout ce que j'appris de la bouche de ces peuples, je l'avais déjà longuement étudié dans les livres. Ptolémée crut avoir satisfait à Marinus, et n^intenant on trouve que son système est conforme à la vérité. Ptolémée place Catigara a 12 lignes loin de son occident, qui est selon moi deux degrés et un tiers au-dessous du oip Saint-*Vincent en Portugal. Marinus divise la terre par i5 lignes; ce dernier décrit l'Ethiopie plus de a 4 degrés audessus de l'équateur, les Portugais qui maintenant naviguent de ce coté, ont reconnu la vérité de tout ceci. Ptolémée dit que la terre la plus australe est le premier terme, et qu'elle ne va pas au-delà de 1 5 degrés et un tiers. Le mondo est petit; tout ce qui est sec, c'est-à-dire la terre ^

!l84 APPENDICE.

se divine en six parties;, la septième seulemetit est couverte d'eau, vérité que l'expérience a confirmée, et qui ^'appuie sur l'Écriture et sur k position du Paradis terrestre, telle que la sainte Église l'admet. Je dis que le monde n'est point aussi grand que le vulgaire le veut bien dire, et qu'un degré de la ligne équinoxiale est composé de 56 milles et deux tiers. Ceci est palpable, mais mon but n'est point d'entrer dans une pareille matière, et c'es^de mon laborieux mais noble et utile voyage que je veux entretenir vos majestés.

J'ai, dit que le vent m'avait entraîné sans pouvoir lui résiter dans un port où j'échappai à dix jours de tempête ; là je résolus de ne point retourner vers les mines; les regardant comme ime conquête assurée , je poursuivis naon yoyage au. milieu de la pluie; enfin, par la volonté de Dieu, j'arrivai à MU port appelé Bastimientos, où j'entrai malgré moi. La tempête et. le courant m'emprisonnèrent dans ce port pendant quatorze jours.; cependant j'en partis , mais non pas sous les auspices d'un temps/favorable. Après avoir parcouru l'espatce. de quinze. lieues, je fus assailli de Qouveau pai: des vçnts contraires et des courans furieux. Je retournai au port d'où j'étais parti, et je trouvai en chemin un autr^ port

nommé Rétraite y où je me retirûi au mikeu da trouble et du plus grand péril ; mes navires et mes gens étant dans le plus fâcheux état, contraint par ce temps déplorable, je restai plusieurs jours dans ce port, et lorsque je me flattais de voir finir mes tourmens, ils ne faisaient que commencer; je résolus de retourner aux mines et de faire quelque chose, jusqu'à ce qu'un temps favorable à mon voyage reparût; mais à pdne m*étais^je éloigné du port de quatre lieues, que la tempête, plus furieuse que jamais, vint m'accabler par tant d'assauts que je ne savais plus où j'en étais. Tous les maux que j'avais déjà soufferts se renouvelèrent , et je restai pendant neuf jours sans aucune espérance de salut. Jamais homme ne vit une mer plus violente et plus terrible; elle s'était couverte d'écume; le vent ne me permettait ni d'aller en avant , ni de me diriger vers quelque lieu ; il me retenait dans cette mer, dont les flots semblaient être de sang; son onde paraissait bouillir comme échauffée par le feu; jamais je ne vis au ciel un aspect aussi épouvantable; ardent pendant un jour et une nuit comme une fournaise, il lançait sans relâché la foudre et les flammes, et je craignais qu'à chaque moment elles nevinssent brûler les voiles. I^e tonnerre grondait avec un bruit si

!î86 APPUNDIGC.

horrible, qu'il semblait devoir anéantirnos vaii^ seaux, pendant tout ce temps la pluie tombait avec une telle violence, que Ton ne pouvait pas dire que c'était de la pluie, mais bien un nou* veau déluge* Mes matelots, accablés par tant de peines et de tourmens, appelaient la mort comme on terme à tant de maux; mes navires étaient ouverts de tous côtés, et les barques, les ancres,' les cordages, les voiles, tout était encore perdu. Enfin, Dieu me permit d'aborder à un port appelé Porto^Grosso y où je me munis le mieux qu'il me fut possible de toutes choses néces» saires , et je retournai de nouveau à Beragua par le même chemin. Lorsque j'étaisen état de naviguer, les vents et les courans me furent encore'con*^ traires ; je parvins comme j'y étais déjà parvenu d'abord. Les vents et les courans s'étant opposé à mon voyage une seconde fois, une secoue fois 'je retournai au port, car j'avais été tellement maltraité par cette bourasque, que je n'eus pas le courage d'attendre la fin de l'opposition de &iturne avec Mars, opposition pendant laquelle régnent la tempête et le mauvais temps; ce fut le jour de Noël que je me trouvai dans cette situar tion. Je retournai de nouveau et avec beaucoup de peine , à l'endroil d'où j'étais sorti. Etant entré dans la nouvelle année, je tentai de poursuivre

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i^on voyage; mais quand même le temps m'eût été £s^vorable, mes gens étaient morts ou malades , et nos vaisseaux ne pouvaient être mis en mer. Le jour de l'Epiphanie , j'arrivai à Beragua sans forces; la,*Dieu m'oûrit dans un fleuve une espèce de port; qùoiqu'à son embouchure ce fleuve n'eût pas plus que dix palmes de fond, ce ne fut pas sans peine que j'y entrai. Le jour suivant, la tempête recommença, et si je me fusse trouvé au bord du fleuve, je n'aurais pu y entrer; il plut sans relâche jusqu'au i4 de février, et pendant tout ce temp^ je ne pus aborder ni apporter de remède à aucune chose; et lorsque je me croyais en sûreté, le a4 janvier, soudain le fleuve se gonfle et s'irrite; il rompit mes cables^ et peu s'en Êdlut qu'il n'en^outît mes vaisseaux : je me vis alors dans un péril plus grand que jamais; mais le secours de Pieu ne m'abandonna pas. Je ne crois pas qu'un homme se soit jamais trouvé en butte à tant de dangers et à tant de tourmens. Le 6 de février , malgré la pluie, j'envoyai soixante hommes, qui s'avancèrent cinq lieues dans l'intérieur des terres. Us trouvèrent beaucoup de mines d'or; les deux Indiens qui m'avaient accompagné, les menèrent sur une montagne très élevée, et, en leur désignant toutes les terres que l'œil pou-

tî88 APPENDICE.

vait apercevoir, ils leur dirent que cte tous côtés l'or se ♦trouvait en abondance, que les mines se prolongeaient à vingt journées de là vers l'Occident, et ils leur nommèrent. les lieux où l'on en pourrait rencontrer. Par la suite, j'ai su que- le Quibian ( c'est ainsi qu'ils appellent leur chef) avait recommandé aux deux Indiens qu'il m'avait donnés de ne m'indiquer que les mines qui étaient les plus éloignées, et celles qui appartenaient à un autre chef son ennemi. Je sus encore que ce peuple recueillait autant d'or qu'il pouvait en désirer, au point qu'un homme seul pouvait en amasser un lingot en dis. jours (*). J'emmenai avec moi les Indiens ses esclaves, qui furent témoins de tout ceci chez ce peuple où nos barques peuvent atteindre. Mon frère revint avec ses gens, tous chargés de l'or qu'ils avaient recueilli dans l'espace de quatre heures , car ils n'y séjournèrent pas davantage. La quantité est considérable, si l'on fait attention qu'aucun d'eux n'avait jamais vu démines, et que la plupart n'avait jamais vu d'or, ayaift toujours parcouru la mer et. étant extrêmement pauvres. J'avais les moyens et les matériaux nécessaires

(*) Il y a dans l'italien mazzata , mot dont il serait difficile de déterminer la vraie signification et qui d'ailleurs ne se trouve plus dans aucun Dictionnaire. {Note du traducteur).

AVPÈSmGÉ. ^S^

pour bâtir,. et des vivres en abondaace. J'établis ma demeure et celle de mes gens; je constraisis plusieurs maifions de bois y et je £is préseat de plusieurs qbjets au Quibian. Je prévoyais et je jugoais bien que notre cpncoirde ne devait pa$ être de longue durée , car ces gens étaient forou^ ches, et nous devions leur être très incommodes, car nous avions usurpé leur teri*ein. Dès qu'ils eurent tu nos maisons finies, et notre Commerce devenu, aboetdant et général, ils résolurent de brûler nos b^itations et de nous metti'e tous à mort; mais le succès ne répondit pas à leur at-^ tente : je fis leur chef prisonnier, lui, sa femme, ses enfans et sa famille. Cependant mon malh^iir ne voulut pas qu'il restât long-temps en Hfion pouvoir. Le Quibian se réfugia auprès d'un certain homme auquel il s'était offert, avec une troupe qui lui servait de garde; ses fils trouvèrent un asyle auprès d'un patron de navire, qui 1^ o<mduisit en* lieu sur.

Dans le -mois de janvier, rembouchwe du fleuve était obstruée par la glace. Dan^ Le mois d'avril, les vaisseaux étaient pourris par la gelée; et le brouillard ; mais à c^tte époque, la glac^ s'étant rompue, le fleuve forma un can^, â la faveur duquel je retirai, noi)bsans peine, trois de mes navires après les avQ;ir déchargés. Les bai^

ques s'y engager eiït Çioirr dier chèrohet? du set^ de Feati et âuireà prcyvisions; maïs k tner étant dievénue grc^se et furieuse^ elle ne permît pa$ quelles efn sortissent. Leë Indiens s^éiantwssem* bl^s en grand liombre^ les coml]|attirent; npi^ ils trouvèrent tous la mort dans ce combat. Mdn frère et le reste de mes gens étaient sur rnivais^ seau qui était demeuré dans le fleuve; ]Boi>seul^ en butte à de si nombreuses tempêtes^ tonni|enté par la fièvre et accablé par tant de fs^gtxev f'étafe i^esté dehors, tout espôit de sahit s'étant é^rnt dans mon âme. Cependant je m'armaiî de tout mën courage, je montai ^ Fendroit le plus élevé du vaisseau, et j'appelai d'une voix qui témoignait toutes mes craintes et toutes les doiileurs que j'éprouvais, les capitaines de guerre de ¥otre Majesté ; enfin j*invoquai à mon secours les quatre venfts; mais je ne reçus aucune réponse. Épuisé, je. tombai et m^endormis. Dans mon sommeil j'entendis une voix compatissante ^iii m'adressa ces mots : « O insensé! pourquoi tant de retard « à Croire et à servir ton Dieu et le Dieu de l'u- « nivers? que fit-il de plus pour Moïse et pour ic David son serviteur? Depuis ta naissance, n'a* « t-il pas eu pour toi la plus tendre sollicitude; « et lorsqu'il te vit dans un âge ou t'attjéndbient « ses desseins, n'a-t-il pas fait glorieusement re-

oc tentir toii nom sur k teiTe? Les Indes^, cette « partie si riche du inbilde^ ne te les a-t-il pas « données?. Ne t'a-^-il pas rendu libre d'«i faire a l'hommage selon ta Volonté? Quel autre que lui a te. prêta ies moyens d'exécuter tes projets? Des « liens défendaient l'entrée de l'Océan; ils étaient a formés de chaînes qu'on ne pouvait briser. Il « t'en donna les clefs. Ton pouvoir fut reconnu a dans des terres éloignées, et ta gloire fut jpro- «. clamée par tous les chrétiens (67). Dieu se « montrart-il plus favorable au peuple d'Israël, * lorsqu'il le retira de l'Egypte; protégea-t-il plus « efficacement David, lorsque de pasteur il le fit a roi de Judée? Tourne-toi vers lui, et reconnais a toiiL 'erreur, car sa miséricorde est infinie. Ta « vieillesse ne sera pas un obstacle pour les gr;^ndes a choses qui t'attendent. Les royaumes les plus « grands dépendent de sa . puissance. Abraham « n'avait-il pas cent ans, et Sara n'avait-elle pas a <léjà passé sa première jeunesse,, lorsque Isaac a naquit? Tu appelles un secours incertain : rér « ponds-moi , qui t'a exposé si souvent à t^nt de « dangers? est-ce Dieu ou le monde? Les ayan- « tages, les promesses que Dieu accorde, il ne les « enfreint jamais envers ses serviteurs. Ce n'est a point hiiqûi, après avoir reçu un service, préa tend que Ton n'a point suivi ses intentions, et

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«jcpd doime à ses ordres une nouvelle interpré* «.tation; ce n'est point lui qui s'épuise pour « donner ime couleur aTantageuse à des actes te arbitraires. Ses discours ne sont pas détournés; « tout ce qu'il promet, il l'accorde avec usure ; c teUé est son habitude (^y Je t'ai dit tout ce que «c le Créateur a £adt pour tcH; en ce moment il me <c montre le prix et la récompense des périls et « des peines auxquels tu fus en butte pour le « service des autres* » Et moi, quoiqu^ficcablé de soufirances, j'entendis tout ce discours; mais je ne pus trouver assez de force pour répondre à des promesses si certaines. Je me ccmtentai de pleurer sur mes erreurs. Cette voix acheva en ces termes : « Espère, et ne crains pas; tes trace vatK ne seront pas sans raison gravés sur le c marbre. »

Dès que ma santé fut rétablie, je me levai ; après neuf jours nous eûmes un peu de calme, mais pas assez pour isdve sortir les navires du fleuve. Je rassemblai les gens que j'aVaîs à terre, et de tout ce qui me fîit possible, car le iiombre de mes vaisseaux ne me permettait pas de rester

(f) Çq faisant- parier lUM jroix clmne, C<4orab faijt fvses adroitement la leçon à son prmce. (Note du traducttw).

ai de m'iabbarquer.» Si'V^9B!R|Ësijestés en «avaient pn^tre intfMiîte^, etï më l'eussent permis ,30 serais resté avec ton» fesniien» pour soutënii" Ij^ peuple; mats^ je craignais' qu'il n'artivàt ties na«^ vires étràUget^V^ <^^^ cminte m'engagea à par^ ^;'la raisDvien estenoopetpiéiôrdqbWaut^Jil besoin de rebours , il serait facile de se les prô^ direr. Je bife â Isf voile , au ébm de la ^faaté-Trih mté, la nuit Ae Pâques /avec' des vaisseaux: pourris «t ouv«9rt9 id(e tous càtéB: O^eit laissai^ tiïi, lé plusendolmmagé; à Bdiserâ^^ha^gé de beaucoup de choses^ fèft 'laissaî tth auti^e à ^rtx:>-Belfe; U ne m'en t^ta plus qu^e dèwc,^ sans cMé^pês-ël ÈSktk» priWi^dÀs ) pour travei*6e# sept milk' milteë de mer, et m'exposer ainsi à mourir en. chemin, moi, n^qn^^^H;, mon ifr^re, et mon : équipage. Qu'ils r^p^^&i^t vi;iiàio^^p3ij:A çeujL qui ont l'ba* bit^de derépétçry f que n'a&^tu fait aimi? Pourquoi ne. VfiÎT^V^ 1^ conduit autrement? ^ J'aurais vaul?i les^ yf>ir<dans x^ette qçqusipn ; ■ mais , si n^M^s pouvons ^ crj^e notre reUgiosi, Une Journée^ 4'une aOjtriS espèce les attend (*).

ïje iS^ide miâ, j'arrivai ddns la province de Ifegir, quir^t partie de cdle de Gâtai, et de là

(*) Colomb faot ici allasion an j^iement uniTersel. (iVbii? da tra-

je m'en £bs à FEspa^ole. Pendant êexa jours j'eus un temps hwonîtie^ mais bientôt il se diangea. Mon bnt^ en suivant oNte ronle^ était île fpfrrir de^ba^Cmdsqpientoarent^ iks innomt brableade ces mers; n^ûs les yenls^etla grosse mer m'oUîgèrisnt.de .ic^HtMKser chooin, après aveîr perdu mes voiles. Je donnai contre nnè lie où pi. perdis trois sftcres, et au milieu de la nuit..je.crus voir la fin du monde. Les câbles de Taiitre vaisseau se rompirent ; et je regarde même comme étonnant qu'ils n'aient pasîété mis en pièces Ions les deux, car ils se heortèrant avea^ nn cboc terrible. J^eaayiBl k piotpe ^secours, et après lui je ne dos mon>alat qu'à la a^$ula ancre qui m'était resjbée (*). . . ......

Après six jours , la mer étant un peu calmée , nous reprinies lé chemin que nous avions été obligés d'abandonner avec des vaisseaux rongée par les vers, et troués de manière à offi*îrTâsJ>ect d\me ruche d'abeiHes; n'ayant avec nfoi que des matelots acÈablés par les Êitigues et' à moitié morts. Je n'avais pas été beaucoi^ plus loin qtré la première fois , lorsque la tempête vint encore me surprendre ;' aussi je me-rend^s^ dans |a même

(*) Les Masulmaiis dûent en proTerbe : Jttaeke étwàord. um âm et recommtmde^ê ensuite à lu garfle du prophète»

île , ti&iis êhù^'tm^pwt plus ^, et au bout de huit |ojy^' je têpHi ^nicbréi îrna< Toule. Ge ne fut iJU'à^to &i>*idë juin qué'^j^tf^t^ia iâ^lâttttiâcpiiei; t^Uj^rs 46sâ^ psf t«^ i^èd^ (^ntmires, el më

plëyiirf>ti[^tt'èqftipâgé avteè'lés cuves, lé4 ckau-^ dlêi*é^ et Wdtofcôrhb^^des qui 'éteîiettt àbowJ, pour i^èjcitie^' Te^û q^i • péi^ càtéis, seul

moyen de sortir de cet état. Je me mis cependant en éfa^îfr ptiui^ venii^ di^ctétneiËit en Es- ]mgtie, bbéffil^^qli^ jié t^ Vti^drài^pâis atoir tiokidp ttiènâé , iti^ é^ipPMbiftnt de '^Espagnole qm eët àf'Vingt4ifmt Kèûe^ lie la- Jamaïque, l'autre nfc ViW ftit dblîgé de chercher p^t à moitié sUbtt(»^é/QuaiÉtftmbi',. je voulus résister 1i la 0k*eur ^fBS'floI^ ) mon navire coula à fond, et cé tathà boâié divine qui mWràcha à la mort; je liis jet^ê'àftèrté* Qiii peut çrbîre ce que je rapportie? W^ cc^ndaut je pui$ assurer n*M*oir ë(Mtfdai]f^€«lie lettre qu'une petite partie de ce qui m^eSt ' arrivé, drconstancé dont pourront i*èndre têïiÉïdîgna^e ceux qui $e sont trouvés avec nàol. Si! >^ Majestés daignent' envoyer à moA sJëëotirs utt navire de soiiiante-quitre toiHCieauit; avec deiix cénftis quintaux -de biscuit, et queU '^Uésitoti^ës prévisions,' j*eil aurai asse5& pour me

▼p** matelots. J -a v;déjàri4U; quïl ft*jr ^ (ji^ vingts hwt; ]mu«i de L'ËAfiigiiQle^à k Jw^^Spiât «iaî$ jp

p)^e^^:^9^a3MaiwakiM:/été eit>bpn él^S^.çiV Yp% ]\fojestés m'oyaient 'piîew^rtl^e M p^^/^er h tiç^r*; pieu ^t ^iic^wdpe ft,,étj6)&>Kïp»l>le*à VQtK? $ervkîe,fe YWftj^oiç cfttbç<l^tre par Tei^ ft>Bi3ai?e 4ie$ ladi^o^^ j^aatibsuite qi^'^U^ tous part

Me^ compagnoas 4tai^t,au iww4>fç d^ cewt cmquani;^'^ , paim lesqviels U y . w .iWMlj -qui po»» 3édwRt 40$ c^)^i|S|i$giai|fi^ ; wfl S fta i g^ pour, ^r» pUot^ et devwi^^tffla^.^m^iWi^ cçpw,^ »H:

cup.ne ppurmit dépnrei la rwtfiqw WP§ prîittfi^ p0tur arriver, et çelJe p^ç ou, jnotts;rMQun3L^ffiiieç{ ?paî& 1m raison en^st toute -j^ifppl^,.:!^ ^rtis (jb| ppFtftOîPBfté Br&il daft* TE^pagliiafe. )Sa^i»P€*P i^ çe^ pas de v^^ pousser là ou elletYptila^t^.^ le caprice du veni seul dirigea m^ course. Dao^ ces tri^ts circonstances je tcHubâi i^^kla^^v^^l^Biw dea miens n'atait encore voyagé, daqs fîes flaen^ çependaQt le vent et la tempête .$'ap$iti/ï^Wt 9 «f à la bpurasque succédèrent le calme yeit 1*» ,çQUr rans rapides. J'allai frapper cQBitre une Ua ap^ pelée de las Pozzas^ et delà j'arrivai à la terre fenne* Personne ne pourrait rendre un> complie

ex^t 4^ totit œlâ, n'en ^àjpat4pe dcfs connais^ SMices insuffîftanDeS) puisc^e nqus eCimesa lutter pmMlâsit bMS§f-temp& contre les couraos , sonsrjïD'

et à Taide du compas, j'en tiirai ^ niesure a vec exaxi*' titeide; »i|i£{ pe^otme m^ pourrait dire à tjueilè parfié^ çêdL^k eorre^oisd. Lorsqfoe je partis de ià poiirmè raadbre àl'Espà^»ok, le^ pilotes peusafietit quHtsf allaient nifettre pîed à terre dans Fîteidte Slânf^Jéân, et nous mmi troiiykaieséank la terre de Mage, qui est plus avancée de; quatre CtfiàU lie^s v^rs U cpudsiaâ)^ qùHls n^ pensaient. Ikr seraient bien embàrr^ss^^^i on leur deman^ ^dt la position de Bemgua; ils ne pÀurrfiieiit rendre d*autrecompte, ni rapporter d'autrearécit, A^^te tt^êët qu'ils ■ furent dans des terref où; se trouvé h^S^^otip d-or,. et dont ilè cértifieraieikt i:1^s^f^l^> liais pour y nstour^er , il faiidrait la âlî0ott¥f iF "tta^ se<^onde £tiis;' car ée chemin lest illtidîii(hi;^li fendrait se gùidéf par 1^ iiàsomÊih lâ«Als de l^siètl!^nomie,*sèieiK;e certaine ei Vpii ne ipétH^duiti^eA erreur. Pour :<iu»luiqin lapo^d^ iii0n l^éit estasses el^r^ quoèqnef po¥ir un autre il réiâi^<inl>lèt'i^s62 à tme vision prophéé^^m 6e n'est pôintf par défaut de cionstpuction , eonxme quelques.- uns voudraient Knsinuer, ni parce qu'ils sont tP6p grands, que les navires indiens

!zg8 jcppEiimcE.

^'avancent que jlarsqiiHb ont le Tseitt en poupe, mtàs bien lorsque les couraos terrUiles , .de eonoert avec les vents qui soufflent dasa œs mers, fbntqu'aucum.yaâsseau aepeut voguer d'uneautre dianièrey attendu qu'ua seul JQUr ^iffirait pour 4è!ur. faire perdre le obeimoi qu'ils pourraient avoir' Eût, £tit-<^ même des caravelles, soit por- 4:ugaises, soit munies de voijb^ latines 9 qui 9 pv les 'mauvais t^Bps , sont oblige de rester dans le port, pendant /uittoujt/âr.mQÎSi^mqMi scHivent en Espagne. :

On a déjà parlée de la position e^ de^m^oeors delà natiqn sur laqueUe Pie II a éqritj^aî» <Hi n'a pas Eut mention des x^evauic^ ides haifnoiay des (reins d'or qu'owy voit; car,les; côtes de. la .mer^ qui sont les seuls lieux que nousiavons vus, demandent plutôt des pédîeurs ^pe des. chevaux: ; dlailleuns nous nîavions pas le ten>p3 d'aller 'à'jai.recherche dé pareils ob^c^ y. puisque noMS ^ons c^ligés de pre^ser^ ijijpUre * ^^ur^e. -Dans CatsuL et dans.les terres de s^trdép^d^^M^ on trottvei beaucoup de magiaens, qiiitip$pkreait ime grande terreur. l'aurais donné tout ce: que je possède pour n'y rerter qu'un!© Jbeure- A mon arrivée, on m'envoya aussitôt doux jeunes filles habillées de riches vétemens;'la.plua âgée n'aviait pas plus de > ons^e ans , l'auti^ , n'en avait

APFfilTDIGQ. 099

qcœ.s^ty mais toutes deiBc -dans leurs gestes ^^ Faissaien>t avoir une hàbiiiudé c^i sanblait an-^ noncer toute la pratique' d'une de nos.couiti^ sannes qi|i fournit vieilli .daw h^ métiei\ Elles poirr taienta^^ec. elles des p0]adres dWchaBttenienjt et autres. choses semblables.. Atissitôt (|u!eUes^arriyèrent^ je lesj j[Is parer d'ornemens européens ^ et je les renvoyiû à terrai- Je remarquai dans )Qe lieu un toiaheau aussi grand, qu'une, maison ^ creusé dans une montagne^, et construit aveei'aH: le plus di^Ka^t/ On y voyait ijpiÇQrps découvert^ qai semblait regarder dans rinfcèrieur.Jly a^dans cette Ue des animaux de to^te gmddeur^ et toiis différens de ceux qmVo^ toit dans nosi cli* ^siafs ; parnù les premiei^, je vis des porcs. d'iiiié forme elfrcgrable^ tels qu'un' chien d'Irlande n'aserait .pa^s lutter avec ei^. Je blessai un animai qujre^p^l^t beaucoup au singe, àl'eixceptioh qu'^ é<ai}},p][iis,gi^nd, et qu'il avait à peilprès la face c^mil^ le yisâg?- d^u^ b^^w^; :hu Mcht ijue je lui, a»vais laipioée l'avait percé d!outre,en outre; elle était entrée ^p^ la ^itrine , et elle siort^it à cot^ delà quetie^ [il. Semblait très féroce', aussi je lui coupai- un des pieds de devant, qui semblaient être plutôt des mains, et un de derrière. Les porcs voyant lé succès de ma chasse, se mirent à grogner, et , à .l'inspect du sang de

30O AI^^MBKM.

Cet anlknal, ils prireot la fuite aVec tmé grande fray eùi*. 'Alors je lui & 1 J^er de» ifégdres , certains animaux que l'on- ^pjjelle ^insi^ et, nà'ap-^ prochant de ceta^nimal, qui était = prêt de mourir , et qui avait toujoiiri la flèche dans le corps , je lui enveloppai \é mukéau avec sa queue j* je le itti sériai avec* beaudoup de force, et de Fautif main je le saisis par là nuque ,' comme sî j'avais été aus^ pti^k avec un eAndni; Cette diabse sinigulîèr^et làbii succès brillant Wèngageà a en ^rendre çomptiEf à voti*e Majesté ('^.'Les animaux sotit nombr^tÉx, màî^ Us mèui^èht tous dé diverses màkdies^ *V^Xi ai vu de toutes * sortes ; dès hons, des cerfs et d'âfutres qtri \ènr ressem* bhient V aii^si que dès oiseaux et (fek poules €rès grosses V dont les ^pluinë$ semblaient êtr^ dé k laiiiejljorsque je t^ncfontrai dans là liier tant d^dbftades et de tôurmens, plusîefur^ des mien^ se t;nirent en tête qtié' les habitahs de ce pays nous aviaient en^i^eéïé»^ ils en sont eiicore persuadés; !^'ai trouvé tiiite àuti*é nation qui màng^ lés homii^es èdii)nle iifOtis mangeons les animaux ^ ceci est certain ^ et là kMeur dé leur visage sèiH-

(*) Il est assez singulier de voir Colomb se vanter du # uccès de sa chasse avec plus de complaisance que de la ' découverte du Nëuveiîu4donde. (iVd#i&i irtfdbM»»<r).

APPJEnmcE* 3oi

ble. annoncer la cruauté de leur âmev On m'a rapporté qu^'on y voyait. beaucoup de mines de cuivre, et je reçus d'eux des flambeaux /et autres objets trs^yaUlés et foildus avec le même métal; ils paraissent user des mêmes procédés que nof orfèvres. Dans ce pays, ils sont vêtus, et j'y ai vu des draps de coton travaillés avec beaucoup d'industrie, dont plusieurs sont très habilement peints ; on m'a même dit que dans l'inténeuF des terres, vers le Cataï , les draps sont tissus eii or ; mais les renseignemens que l'on peut avoir sur ces contrées et sur tout ce qu'on y trouve, sont très dijGSciles à obtenir , faute de pouvoir parler avec eux; car tous .ces peuples, quoique très voisins, ont tous une langue différente, et tellement différente , qu'ils ne s'entendent pas plus eutr'eux, que nous n'entendons les Arabes ; selon moi, cette différence de langage n'existe que parmi les habitans des côtes de la mer qui sont fort sauvages, mais non pas parmi deux de l'intérieur des terres.

Quand je découvris les Indes , j'assurai vos Majestés que c'était le pltis riche pays qu'il y ^ût au moQide^ je parlai des pierres précieuses, de l'or et. des. épices, des foires, du commerce et d'autres choses semblables , n^is toutes les promesses que je vous avais faites , ne

ioit APpgsîfDici:.

s'étaot pas réalisées d'abord, j en éprouvai beaucoup de peine; pour œe punir, je^ne veux dono plus parler ni écrira , que d'aprèâ les rapports c(ui me seront faits par lès indigènes. Je puis cependant sans crainte avancer une circonstance, puisqr^ plusieurs- personnes peuvent rendre témoignage de la vérité de mon récit ; c'est que , quant aux mines d'or, j'ai rencontré dans les deux premières journées du séjour que je' fis à Béraguaplus d'indiceide leur existence, que je n'en ai aperçu pendant quatre ans de ma résidence à l'Espagnole. On peut encore ajouter que les provinces qui - se trouvent sous sa dépendance ne pourraient être plus fertiles et mieux cultivées qu'elles ne lé sont, et que cependant, nulle part, on ne peut trouver de peuples plus lâdies et plus paresseux que les habitans de ce pays ; que le port est très tîommode et sûr , et le fleuve le plus facile à défendre que l'on connaisse/Tout ce que je viens de dire promet aux chrétiens la conquête de ces contrées , et assure à notre religion de nouveaux triomphés. Jeptiis affirmer à vos Majestés que le chemin pour arrivera ce pays n'est pas plus long que te trajet pour aborder à l'Espagnole, pourvu toutefois que l'ou voyage à la^ faveur d'un autre vent. J'ajouterai encore que vous pouvez regarder votre pouvoir

APPfilTDICE. ^0%

SLUssi bien, établi dans ces terres comme il l'est dans l'Espagne et dans la Grenade , et lorsque yos vaisseaux se reiidront dans les ports du nouveau monde, vous pourrez les croire encx)i^e dans vos domaines. On tirera beaucoup d'or de ces provin<îes ; mais pour obt^iir ce pçéciçux métal ou même différentes productions dam les autres terres , il faut avoir recours à c^ sauva* ges, contre lesquels la force est souvent nécesr saire, ce qui peut nous exposer aux plus grands dangers.

Si je ne parle pas des autres production?, j'eï> ai déjà dit la cause; ainsi, sans perdre un temps précieux à répéter ce que je vous ai déjà écjrit, je me contenterai d'affirmer que je suis ici à, la source des richesses. Les Vénitiens, les Génois, et en général toutes lès nations qui ont des perles, des pierres précieuses et d'autres productions dç quelque valeur^ les transportent dans lès pays les plus lointains pour les vendre, les échanger, et enfin pour s'en promrer de l'or. L'or est le plus précieux des métaux ; c'est de l'or que naisr s^it les richesses , c'est par lui que tout se fait dans le monde , et son pouvoir suffit souvent pour envoyer lés âmes en paradis (*). Les grands du

(^) Colomb après avoir marché su!t ié» trace$ d'Homàrv et <!e

3o4 AnPBMBIGB.

territoire de B^'sigttà ont poiir coutinne de se Éûrè enterrer avec tout Tor c[u'ils possèdent. On portaàSalcnDpBsbLcent cînqi:eante*eixqi»iitaiix(^) de ce métal, sans compter celui cpie prirent SLvee eux les marchands et les matelots, et celui qn'ik donnèrent aux Arabes. Salomon em^doya cet or à faîre deux cents lances, trois c^fits boucliers, et un plancher orné de pieires précieuses; ilfit faire en outre de grands vases incrustés de pierreries, et plti$ieurs autres objets d'une grande valeur. Cette circonstance est rapportée dans l'ouvrage de l'historien Josèphe £^e jintiquCtatibus Judœo^ rum, dans les Papalipomènes^.-et dans les Livres des *Rois. Josèphe rapporte que cet or provenait d'une île appelée Aurecu S'il en est att»û, je suis certain que les mines de cette île sont les mêmes que celles de Beragua^pmsqu'elléièat situéeà vingt journées vers le cauchant, et qu'elle se trouve éloignée du pôle et de la ligue équinoxiaSie. Salomon acheta des marchands tout cet or ^ cet argent et eies pierres précieuses,: tandis qiie Yos Majestés peuvent les isiire recueiUia: sans eOupiir lé jfnoindre

Virgile dam la description d'une temple , ûnit^ maintenant Pindâre en faisant l'éloge de l'or. Cependant je doute <jue le dernier argument dont il se sert pour prouver l'omnipotence de ce métal , obtienne grâce auprès des prêtres. {Note du traducteur), (^) -Un quintal pèse 1 5o livres/

AfiPl^irDIGE. 3o5

danger, 'dès qu'il leur plaira. David laissa par son testament à S^lomon trois mille quintaux d'or des îles des Indes, pour l'employer à la construction du Temple, et, selon le rapport de Joséphe, David était né dans ces contrées. Il est écrit que le mont Sion et la ville de Jérusalem doivent être reconstruits par la main d'un chrétien : quel est-il?- Dieu le dit ainâ par la bouche du prophète, dans le il^ psaume. L'abbé Joachimo assura que cet élu devait être Espagnol , et saint Jérôme montra à éÊtXe sainte femme le chemin pour le £aire. L'empereur du Cataï , depuis quelque tanps, me demande avec beaucoup d'in^ance (ks hommes instruits, afin d'apprendre d'eux les dogmes de la religion chré^ tienne. Mais qui se chargera de fetire paiyenir jusqu'à lui ces hommes apostoliques? Si Dieu me permet de revenir en Espagne, je promets à vos l^eatés de les y conduire moi-màïie ^ avec l'aide du Seigneur.

Parmi les gens qui m'ont suivi dans mes voyages, ceux qui en sont revenus ont couru de grands dangers, et ont^beaucoup souffert. Je»prie donc vos Majestés de vouloir bien foire payer leurs bons services, car ils sont pauvres, et de leur accorder quelque indemnité selon leur rang, afin qu'ils leur soient toujours dévoués. Vous le ferez

Digitizèd by VjOOQIC

jrec pkmr

n'a porté ea E^HigDC de flompcBes pins que œDes doirt as sont dm^és. Je n'j devoir m^empamr psv ht Tulenoe de For qoe possède le chef de b prorinoe de Berageai, et de cdm qne possèdent ses sujets el les Infaitatts des pns l i m itr o p hes^ quoique, arien les n^MMts, il dot être en abondanee; je croîs <pM ce ^vel aurait été cmitraire aoux intérêts de T09 Majestiés. En nsamt de bons procédés, n — a fionoos aiaaer notre gotiremciiHn, et nens ferons entrer leurs trésors, quelque considéBables «qpi'ik soient, dans vos caisses. Un nuis de Jbeaa ten^ m'aorat suffi pour acheter menimya^; ledéÊmade bâtim^is m'a mis dans l'io^osabiliié de Tentrei^ pren4ret et je n'ai pasiam il propos de m' aii é tei pour attendre des renforts. C^endant^ dénmé entièrement à Totre service, j'espère que Dieu m'ac€€>rdera santé et bœdieur pour trourer des ch^nins et des pays inconnus qui puissent aug*-menter votre prosp^ifeéainsi que cdle desaittres états chrétiens. Vos'Majestésdœirent sansdcmte se rappeler que j'avais le projet de Êdre construire des navires d'une nouvdle ferme; je m'étais apwçuqoeles vents et les courans de cette partie du monde étant JàSérems de c^n: qui' dominentdans les ai^es mers, il âdlait égafemelt des

taîsseâtDt d'une autre forme ; mais le temps ne m'a pas permis d'exécuter ce projet. S'il plaît à Dieu^ nous le mettrons à exécution dès qtie je serai arrivé en Espagne; toutefois si cela entre dans vos vu».

Je fsÀs plus de cas de cette expédition dans ces ftnres que de tout ce que j ai fait dans les île# de l'Inde* Ces contrées ;ie sont pas semblables à un tnùaat que l'on doive abandonner à une marâtre. Je ne me souviens jamais de l'Espagnole, de File de Paria et des autres pays que j'ai antérieoremeiit découverts,.sans répandre dès larmes; car je croyais que le n^me boiiheur qui m'avait ac» compagne dans mes premiers voyages, ne devait pas me quitter dans ces nouvelles entreprises. Loin de 1&, le malheur n'a cessé de m'assaillir. Que celui qui m'a porté ces cruelles blessures viame maintenant en fermer la cicatrice. Pour détruire , chacun est habile ; mab pour construira quHls sont en petit nombre ceux qui en sont capables. Les grâces et leS honneurs doivent tou^ jours être accordés à celui qui s'est exposé au»^ dangers dans une ^otreprise , et il est injusté^^ que l'homme qui s'y est opposé , lui ou ses bé<^ ritiei^, profitent du succès. Cependant, ceux qui partirent des Indes pour s'épargner des &tigu6S et des périls, en faisant des rapports contre moi«

3o8 AFmiDfCE.

revinrent arec des emplois; et cet exemple ^lAdt se reproduire pour la province de Bemgiia; exemple qui deviendrait funeste à la réossîte de cette expédition. Là crainte qu'a du m^oispîrer cette conduite à mon égard, m'a engagé à demander qu'avant de venir à la découverte de ces 4e$ et de ces continens, vos Majestés voulussent ordcmnér que je les gouyemerais en vos noms.

Ma proposition fut agréée, et j'obtins un privilège muni du sceau royal, avec les titres de.viceroi , amiral et gouverneur général des régions comprises entre Ille des jiçores et celles du ca^ Verd, et de toutes les terres que je découvrirais, avec les pleins pouvoirs nécessaires pour les gouverner.

Sur quoi se fondent mes ennemisP'Ils os<^it me reprocher que je suis étranger. J'ai resté sept ans à votre cour , pendant lesquels tous ceux à qui on parlait de cette entreprise s'en moquaient, et la regardaient comme uae chimère; maintenant il n y a pas jusqu^iux tailleurs et aux cordonniers qui ne demandent à vos Majestés des commissions pour découvrir des terres. Si vous leur en accordez , il n'y a pas de doute qiie ce ne soit au détriment de cette entreprise, et au préjudice de ma gloire : il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu , et à César ce qui appartient à

César , axiome juste du plus juste des princes. Les provinces qui reconnaissent votre souveraineté > depuis qu'à Faide de Dieu je lésai soumises par les armes, sont plus étendues et plus riches que toutes celles des chrétiens réunies. Je dis qu'elles reconnaissent votre gouvernement , puis* que vous eii retirez des revenus considérables* — ^ Au moment même où j'attendais un navire pour me rendre auprès de vos Majestés, afin de leur annoncer des victoires et dés conquêtes qui leur assuraient des richesses immenses ; dans ce moment même, dis-je,-oii je me croyais le plus heureux des hommes, je me vis traîné sur un navire avec mes frères, chargé de chaînes,. sans avoir été ni condamné ni même appelé en justice. Qui croira jamais qu'un malheureux étranger, sans motif et sans le secours d'aucun prince„aurait songé à se révolter contre Iç gouvernement qu'il servait? Pouvais -je méditer un tel projet, moi qui étais entouré des serviteurs de vos Majestés, tous nés dans vos états ; moi qui avais tous mes enÊins à la cour. J'entrai à votre service à l'âge de vingt-huit ans; maintenant que mes cheveux ont blanchi et que je suis faible et malade, ce que possédaient mes frères, ce que j'avais, tout nous fut enlevé par nos ennemis ; ils me prirent jusqu'à mon manteau, sans vouloir ni me voir

3 1 o j^Krav j>ifii.

m m'entaadrc* 11 faut croire que Ux^Ji^i^i n'a €U Ueu que ctmtre vos ordreu^ Si cdi* esâ aixi^, comme je n'en doute pas, la monde «entier sera insiniit de mon inufloence^ lorsqu'il upprendim que TOUS m'avez réintégré dans mes honneurs, et que vous av« châtié mes ennemis. Cet exempt de justice retentira dans tous les pays, et Vt^ pagne conservera un souvenir refcomouua^nt en« vers des princes justes et chéris. Les intentions pleines de zèle dont j'ai toujours été animé pour le service de mes souverains, et les traxtemens injqstes que j'en ai reçus m'obligent malgré moi de Ifiisser échapper les douloureux sentimens qui remplissent mon cœur. J'en demande pardon à vos Majestés.

I C'est ainsi que j'ai traîné ma malheureuse existence, toujc :rG condamné aux pleurs par la méchanceté de mes ennemis; cepencknt, que Vos IHajestés aient pitié d'eux ! Que le ciel maintenant pleure pour moi, que la terre pleure aussi, qujB l'être sensible, juste et diaritable, pleure sur mouBort. Abandonné des miens, malade, entouré de sauvages cruels, ayant toujours la mort devant mes yonx, je languis dans ces ,iles éloignées de ma patrie, sans recevoir les consolations et le? sacrémens de- la Sainte-Église,, qui abandonnera mon âme si elle vient à quitter sa dépouille. Je

il'^pQint^»treprisç0 voyage dm^ Tintention de m'^^H^iI'9 »i po^r ol^teBir des hon^f^r^; cel espoir était déjà étoint pour moi; Je 9uis yepu ^ di^n^ ces contrées pour servir Vos Majestés , et pour le triomphe de notre religion. Je vous supplie donc, dans le cas PU /à l'aida de Dieu, je sortirais de ce pays, de me permettre de f^ire le pèlerinage de Rome et, d'autres lieux saints.

Que la Sainte-Trinité vous conserve la vie, et vous accorde une grande pro^)érité. Datée de la Jamafque, île des Indes, le 7 juillet i5o3 (58).

« Codicillus more militari Christophori Colombi.

« Cum SS, Alexander PP. VI me hoc devotis- «c simo praecura libello honorant, summum mihi « praebentesolatiumincaptivitatibus, praeliis, et <c adversitsrtibus meis -, volo ut post mortem meam a pro memoria tradatur amantissimae mese pâlriae « reipublicas Genuensi; et ob bénéficia in eadem « urbe recepta volo ex stabilibus in Italia reddi-

« tibas erigi ibideat Domm fao^iîtale, ac pro « panpemm in patria meliori sobstentatHMie , « d^cknteqoe linea meamascoliiia Ib admira- « latn meo Indiamm et annexis juxta privilegiis « dîcti régis in soccessorem cledaroet sulistîtiio « eamdon ren^Hiblicam S. GeorgîL

« Datnm VaDedoliti 4 maii 1 5o6. »

XPOFERENS.

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