RÉVOLUTION FRANÇAISE ET RESTAURATION
Le village de Clichy-la-Garenne se montra constamment animé d'un esprit de paix et de concorde pendant la tourmente révolutionnaire. Le fameux club contre-révolutionnaire de Clichy dont on fit tant de bruit en Tan v,
tenait ses séances à Paris, rue de Clichy, mais non point au village, comme Font cru plusieurs historiens de Paris et de la banlieue «. D'un autre côté, le comité révolutionnaire local, institué «en vertu des ordres de la Commune de Paris, ne manifesta aucunes tendances persécutrices ; rien n'est plus paisible que le registre de ses délibérations. Il semble que les bons paysans regrettaient le temps qu'ils passaient à ces réunions ; d'ailleurs ils savaient mieux travailler qu'écrire 9 et délibérer.
1 V. Moniteur univ. y an v, n°- 154, 325, 326, 353.
2 Voici comment un président de ce môme club écrivait à un membre du tribunal révolutionnaire :
Ce vingt-cinq germinal Lan 2" de Lare publique francoise
une E indvisible.
Citoyen
tût rottvâs ra Cigofnte Lè pros Cest VerbaNe Cous semant les nommée De St lYiest son E pousse E leurs Anfanl. Salue fraternitec
Si?né N.... Presidans.
L'esprit public manquait d*une direction énergique dans le sens de la révolution. Les registres civils présentent, il est vrai, des prénoms singulièrement révolutionnaires; tels que ceux-ci : Branche-d' Amour , Messidor- Franciade, Jean-Jacques-Marat, Bnitus, Franklin-Lepelletier, Liberté-Vainqueur, Victoire- Lamontagne, Achille-Fleur-d'Epine, Chèvrefeuille-Sophie, Messidor-Jeudi; mais ce sont des écarts plutôt que le résultat d'un concert
Le respectable abbé Charles participait à toutes les délibérations populaires ; il resta à son poste jusqu'à ce qu'il fût devenu impossible. Mais enfin, lorsque la loi du 26 décembre eut fait une injonction spéciale aux ecclésiastiques en fonction de prêter serment de fidélité à la constitution civile du clergé, il n'osa s'engager plus avant. Il demanda à mettre des réserves, qui ne furent point acceptées, et se retira devant un intrus^ nommé Marie-
Barthélenii Lemagnen , premier vicaire de Boulogne, envoyé par la Commune de Paris, lequel prit possession le 3 avril 1791. Avant son départ, il appura, en présence de l'assemblée de la Commune, les comptes desa gestion, qui remontait à plus de trente années, reçut un vote unanime de remercîments, et déposa une offrande patriotique de six cents livres. Condamné bientôt à la déportation, comme prêtre réfractaire, il crut pouvoir se faire pardonner son refus de serment, au moyen d'une seconde offrande patriotique de cinq cents livres, mais la Convention ne voulut pas l'accepter ! . Il traversa la Révolution au sein de sa famille à Paris.
Les choses seraient allées au mieux, si le clergé catholique avait pu concilier ses devoirs avec les exigences révolutionnaires. L'esprit
1 V. Moniteur univ., an I, n* 5(i.
religieux était puissant; personne, parmi le peuple, ne pensait au schisme, personne ne l'entrevoyait ; ajoutons que personne ne comprenait les scrupules du clergé, et ne soupçonnait les périls de la voie dans laquelle on s'en- ! gageait.
Le 29 octobre 1790, une plantation de croix . avait eu lieu sur la place publique de Monceaux, avec une grande solennité civile et religieuse,, en vertu d'un arrêté du conseil municipal de la commune, et en remplacement d'une ancienne croix, renversée par accident il y avait plus de vingt ans. Le 3 février suivant, un autre arrêté, également délibéré en conseil municipal, prescrivait les mesures les plus rigoureuses contre tous ceux qui manqueraient à la sanctification du dimanche, soit en travaillant, soit en vendant des boissons ou des aliments pendant les heures des offices. Il portait défenses et inhibitions très expresses
de causer ou de badiner dans l'église, de donner à manger en gras les jours maigres* de tenir jeux de cartes ou de hasard, et de donner à danser sans une permission spéciale du procureur de la commune. Dans le même temps, les paroissiens réclamaient à l'unanimité la fondation d'un titre viearial, afin d'avoir une messe de plus le dimanche.
Déjà cependant le frein était brisé ; les désirs du peuple étaient devenus des requêtes impérieuses, auxquelles il était dangereux de résister. On en vit un exemple le 27 mars 1791. Un Te Deum avec salut solennel du Saint-Sacrement avait été ordonné par les vicaires généraux, en l'absence de l'archevêque ; le curé l'avait annoncé au prône pour trois heures. La garde nationale et la municipalité se rendirent à l'église, mais tout étant terminé à leur arrivée ellesdemandèrent la répétition de la cérémonie, et lecurés'y prêta de bonne grâce. Les habitants
de Monceaux eltfeèréùt que pareil officê fût célébré dans ïebr chapellé ; rassemblée tout en-" tière s*y transporta, mais le vicaire reflisa son ministère, sous prétexte tjpi'il lui fàudraïtpour cela de noûteauxoiWes. Il faillit lui eh èôûter la vite, car le peuple voulut le lapider, et n'en fut fctiàpêchè que par U contenance de Pàutorité. La foûîesè 'dédommagea du moins en chantant elle-même lé Te Ûeim dans la chapelle, et ensuite Domine, Salvum foc legetn; Domine, Salvum fac gentem; Domine, Sâlvum foc re#em.
Le 1$ août 1792, la commune, après deux délibérations solennelles, rëftisàit itérativement de laisse^ transporter les cloches et l'argenterie de l'église à l'hôtel des Monnaies, et arrêtait à l'unanimité que chaque chose resterait à sa pièce, en tel état qti'elle s'y trouvait. Elle céda le 7 octobre 1793, et donna même cent deûx francs à un ouvrier nommé Fallot, pour descendre les cloches, et trente-
cinq francs à des individus qui s'étaient attribué la mission de gratter les fleurs de lis et les armoiries peintes dans l'église. On avait fait alors bien du chemin.
Le citoyen Lemagnen ne montra ni beaucoup de zèle, ni un esprit conciliant. 11 se brouilla de bonne heure avec la municipalité. Son vicaire, choisi et muni de pouvoirs par lui, était un sieur Dufy, prêtre habitué à Passy, partisan plus ardent encore, s'il était possible, que son curé, de la Constitution civile, et qui prêta serment quatre fois, sur sa propre demande. Enfin le 1 er frimaire an II, l'abbé Lemagnen jeta définitivement le masque dont il avait jusque là couvert son hypocrisie, en renonçant à ses fonctions, à son titre et à son caractère, par la remise de ses lettres de prêtrise. Apostasie qui prouva une fois de plus que ceux qui avaient été assez téméraires pour s'engager par des ser-
ments réprouvés de l'Église, n'étaient plus, ou n'avaient jamais été dignes d'être ses ministres.
Le 18 mai 1790, les habitants s'étaient portés en foule vers les remises du roi, pour couper les arbres et arracher les taillis. Le maire, averti sur-le-champ, arrêta de s'y transporter le lendemain, heure de midi. Il y trouva encore quelques retardataires, occupés à terminer la besogne; il en fit saisir trois ou quatre, les emmena à la mairie, leur adressa une semonce, les remit en liberté pour cette fois, et leur fit rendre leurs outils. A part les intérêts de l'ordre et de la justice, qu'il devait protéger comme magistrat, il avait bien compris comme administrateur ceux de ses administrés.
On appelait du nom de remises du roi, de petits carrés de bois servant de refuge au gibier, dans lesquels les gardes des plaisirs de
Sa Majesté avaient soin de le nourrir pendant l'hiver, et de \e faire propager, Cenewises dépendaient de la capitainerie de la Varemae;. il y en avait dix-sept dans, la parowse, .contenant ensemble di^huit arpents et cinquantedeux perches et, demie de terrain,
11 est facile de concevoir combien de haine», de dépit et de mauvaise humeur devaient être amassés dans le cœur des. villageqi^ contre les hôtes de ces bois, qui leur causaient e* été des dégâts auxquels il était défendu de mettre obstacle, et qui lew attiraient 4 L'w* tomne des chasses destructives, des dex.nie«» produits de la saison. Les droits dp chasse, des seigneurs et des rois, respectable* pénètre dans leur origine,, alors, purement his*ori<Hie» étaient ce qu'il y avait de plus intolérable pour le peuple des campagnes. . , .,
La Bastille avait été démode, te 14 m* let 1789, par les. mains, de, ceu*-!* mm
qu'elle ne menaçait aucunement, puisqu'elle ne s'ouvrait guère que pour les grands seigneurs; mais ses débris, comme autant de lambeaux d'un étendard conquis sur l'ennemi, devaient servir de stimulant au patriotisme des citoyens qui s'attiédissaient dans la sainte cause de la liberté. Un sieur Palloy, entrepreneur de maçonnerie, profitant de cette circonstance pour faire une réclame, et divulguer son adresse, imagina d'envoyer dans les chefs-lieux des quatre-vingt-trois départements un relief en plâtre représentant la forteresse démolie, et un plan gravé du même édifice, incrusté dans une pierre provenant de ses débris : il prit à cette occasion le titre de patriote par excellence, et se donna pour apôtres ses propres ouvriers. La commune de Clichy reçut un pareil envoi ; la patriotique relique fut posée en grande cérémonie te 13 juin 1791, en présence des autorités
locales, et scellée dans le mur de l'église, à l'intérieur, en face de la porte latérale, à huit pieds de hauteur, sous la direction de trois des apôtres du citoyen Palloy. Le discours prononcé dans cette circonstance par le chef de la mission apostolique est plein d'énergie et de phrases ronflantes, comme on en faisait alors.
« Citoyens et Messieurs, dit l'apôtre, nommé Vallée, la liberté a répandu son influence sur toutes les parties de l'empire français. La Bastille et ses ténébreux cachots ont disparu sous les efforts du patriotisme, et je viens, au nom du patriote Palloy, en déposer les débris au milieu de vous, pour entretenir et perpétuer votre haine pour les tyrans et les despotes.
« Vous vous rappelez encore avec une sainte indignation les attentats de ces hommes pervers, de ces êtres vils qui, engraissés du sang des peuples, avaient fondé leur bonheur sur la
misère de leurs semblables ; ils étaient les sacrificateurs, nous étions leurs victimes ; dans le plus beau pays de l'Europe, sous le climat le plus heureux, l'homme, né libre, vivait dans les fers. Le fléau des impôts accumulés pesait sur le peuple, et le peuple économisait les deniers de la misère pour assouvir des profusions révoltantes, qui avaient tari les trésors de l'Etat. La superstition avec son ignorance, l'intolérance avec ses fureurs, l'ambition avec son audace, l'orgueil avec ses mépris, l'or avec son insolence, le despotisme avec ses bastilles, ses verrous , ses chaînes et ses satellites , avaient fait de la France une vallée de larmes, de contrainte et d'esclavage. Aujourd'hui le citoyen a recouvré ses droits, la barbarie de la féodalité a disparu , la loi est devenue souveraine , les impôts sont répartis avec une juste proportion, les barrières qui entravaient nos
relations commerciales sont renversées, des
parlements qui vendaient la justice au poids de l'or sont remplacés par des tribunaux assis sur l'empire de la loi, des prélats orgueilleux sont remplacés par des hommes vertueux, qui font bénir la religion et l'humanité, une milice citoyenne , guidée par l'honneur et le patriotisme, est la sanction des lois , la garde du trône et la sûreté de l'Etat; voilà ce que nous avons fait, voilà l'ouvrage des Français.
« Vos enfants rediront ces faits et béniront notre mémoire ; emparons-nous de la génération qui nait^ qui court à la buberté; qu'à peine échappé de ses langes, l'enfant, sur le sein de sa mère, dans les bras de son père, apprenne à balbutier ces mots de la Nation, la Loi, le Roi. Qu'à ces noms révérés son œil étincelle, son cœur palpite, son âme s'embrase, et qu'il augmente déjà le nombre des citoyens toujours prêts à défendre la raison et la patrie.
« Pour vous , sages magistrats d'un peuple
qui a décoré votre civisme de l'écharpe citoyenne, faites fleurir, faites circuler les lois, et vous, garde nationale citoyenne, l'honneur de votre pays, protégez-les, défendez-les.; que tous vos efforts déjouent les projets des traîtres et des fanatiques : propagez vos lumières, vos sentiments civiques dans tout le canton dont votre pays est le chef-lieu, et dites à tous les citoyens qu'un ami de la liberté, que le patriote Palloy, a arraché la dernière pierre de la Bastille, qu'il la leur offre ; mais qu'ils auront fait plus que lui encore, si, esclaves de la raison, ils font fleurir la liberté à côté de la loi. »
Mis en demeure de déclarer à l'Etat lès biens nationaux compris dans l'étendue de la commune, le conseil municipal, qui] désirait sans doute en soustraire une portion au bénéfice de la localité, se contenta d'en dénoncer, par délibération du 18 juillet 4790, seulement
cinquante-sept arpents appartenant à l'abbaye de Montmartre, le fief de la Panneterie et une grange de dîme, d'une superficie de trois perches, à l'abbaye de Saint-Denis, cinq ou six arpents, aux Mathurins et dix-sept arpents des remises du roi. Mais l'œil des agents du domaine était trop clairvoyant pour se laisser tromper ; ils firent un relevé plus sérieux, sans parvenir cependant à le rendre complet. Dans le courant des années 1793 et 1794, il fut vendu au préjudice des Filles-Dieu de Paris pour /il, 030 livres de terrains, en dix-neuf lots ; au préjudice des religieuses de Montmartre, pour 120,830 livres, en vingt-quatre lots ; au préjudice des religieux de Saint- Denis , pour 16,500 livres, en sept lots, non compris la grange de dîme, vendue 1,825 livres; au préjudice des Mathurins de Paris, pour 20,625 IL vres, en quatre lots; au préjudice de la fabriquée Saint-Philippe-du-Roule, pour 68,625 li-
vres, en vingt-deux lots; au préjudice de la fabrique de Saint-Laurent, pour 2,145 livres, en deux lots; au préjudice de la fabrique de Saint-Ouen, pour 2,616 livres, en deux lots; au préjudice de la fabrique de Montmartre, pour 11,555 livres, en onze lots; au préjudice de la fabrique de Clichy, soixante-cinq arpents en quatre-vingt-neuf parties, pour le prix de 86,260 livres, non compris le presbytère, la maison vicariale, la chapelle de Monceaux, plusieurs parcelles demeurées inaperçues , et restées jusqu'à ce jour aux mains des détenteurs d'alors ou de leurs héritiers *. Le domaine royal fut vendu 10,650 livres. La maison vicariale et ses dépendances, d'une superlicie de deux cent vingt mètres carrés, fut vendue 6,300 francs le 26 vendémiaire an vu.
1 La fabrique de Clichy possédait en outre plus de quatre cents livres de rente sur divers particuliers.
Le presbytère fut vendu le 19 germinal, en la jnême année, la somme de 4387,000 francs, en assignats. Il contenait une superficie de neuf mnt douze mètres. Jusque là il avait servi de lieu de réunion aux séances du conseil municipal. La commune Ta racheté en 1824, au frix de 7,000 francs, pour le Tendre à sa première destination *. L'église avait été conservée pour les fêtes patriotiques ; elle fut soumissionnée avec la place qui est au devant pour le prix de 4.000 francs le 5 prairial an rv, par le citoyen Louis-Alexandre-Nicolas Deligny, joaais non aliénée. L'office public interrompu pendant quatre années, y recommença en 1797, ainsi que les registres en font foi. La chapelle de Monceaux, d'une superficie de
1 Cet édifice avait été construit en 1771, sur une adjudication de 8,?50 livres; mais la dépense totale s'éleva à plus de 42,000, tant à cause de consolidations imprévues de -terrain, que par suite de changements au plan primitif.
vingt-sk toises, avait été rendue au prix de 8,500 francs le 5 messidor an iv *.
Il ne fut vendu du superbe château des ducs d'Orléans, qu'une portion insignifiante de terrain, pour le prix de 9,416 livres ; c'est, avec le château de la Planchette et ses dépendances, adjugé en seize lots pour S2,â25 livres, et la propriété du fermier général Lavoisier, divisée en dix-neuf lots et vendue6i,390 livres, tout ce qu'il fut vendu de biens d'émigrés dans la commune. Ces diverses ventes produisirent une somme totale de 1,240,681 livres, susceptible d'être réduite à 560,000 francs, vu le prix exagéré du presbytère.
Les propriétés aliénées furent adjugées au
* Cet édifice, encore existant, fait partie de la propriété de M. de Guingand, ancien notaire, place Lévis.Sa cloche, nommée Etiennette, qui, dit-on, n'avait pas le droit de sonner en même temps que celle de Clichy, sonne maintenant en toute liberté iur le portail de l'église de Batignolles.
prix moyen de 1,250 francs l'arpent , somme élevée pour le temps. Il est vrai que les acquéreurs se libéraient en assignats, mais alors ils n'étaient pas encore dépréciés.
Le palais des ducs d'Orléans , resté dans le domaine national, fut donné par Napoléon à l'archichancelier Cambacérès, puis réuni de nouveau quelques années plus tard, et enfin, lors de la restauration, rendu à la famille d'Orléans.
Les audiences du bailliage deClichy s'étaient tenues au château seigneurial jusqu'au 24 janvier 1791 ; mais en ce jour la municipalité alla fermer la salle des séances, et apposer les scellés sur les armoires qui contenaient les minutes, en vertu d'une proclamation du roi datée du 19 octobre précédent. DéjàLouisXlV, par un édit de février 1674, avait essayé de détruire les justices féodales de la banlieue, et de les réunir au Châtelet, ainsi que toutes
celles de la ville, sans pouvoir y réussir, parce que les seigneurs ressaisissaient peu à peu leurs droits, à mesure qu'on les leur enlevait; mais, cette fois, la grande révolution fut plus puissante que le grand roi. La justice de Clichy ressortissait en appel au Châtelet. Le tribunal était composé d'un juge, d'un lieutenant, d'un greffier, d'un procureur fiscal, d'un substitut, de quatre procureurs, de deux huissiers et d'un voyer.
Le 1 er janvier 1789, Clichy perdit une portion considérable de son territoire et de sa population, par l'adjonction à la ville de Paris de toute la partie renfermée dans la nouvelle enceinte. Le chiffre de la population se trouva réduit à 2,02*5 habitants, suivant un état dressé le ili avril 1791. On lui voit subir ensuite une diminution considérable dans l'espace de dix-neuf années, sans cause apparente, mais certainement par suite du retrait
de la classe aisée, qui soldait une nombreuse domesticité, et se livrait à de grandes dépenses. En 1810, il ne restait plus que 1,691 habitants, desquels, 508 répartis entre les villages de la Planchette, de Monceaux et de Batignolles, dont le nom apparaît ici pour pour la première fois, 1
Malgré la faiblesse de ce chiffre, Glichy était plus populeux qu'aucune des communes environnantes, si on en excepte Neuilly, avec lequel il rivalisait. En 1791, Montmartre comptait 197 citoyens actifs; Neuilly, 305 ; La Chapelle, 292; SainuOuen, 157; Glichy, 315. Montmartre avait 225 hommes de garde nationale; Neuilly, 321; La Chapelle 292; Saint-Ouen, 157; Clichy, 305.
C'est à ce titre, sans doute, qu'il dut le pri-
1 U y avait un chantier dit des Batignolles, mais non encore un village.
vîlége de devenir chef-lieu de canton de ces quatre paroisses, auxquelles celle de Villiersla-Garenne semble adjointe seulement pour mémoire; mais Neuilly ne tarda pas à lui ravir l'honneur de la primauté.
Le comité révolutionnaire de Clichy-la-Garenne accueillit avec des transports de joie le fameux décret de Robespierre sur l'existence de T Etre-Suprême 4 . Cependant la révolution avait fait une blessure profonde aux croyances et aux pratiques religieuses. La publication du Concordat, en 1802, rendit bien au culte sa liberté, mais elle ne pouvait réparer un pareil
1 On ne savait pas alors que ce fameux décret avait été préparé dans les conciliabules de Catherine Théos, autrement dite la Mère de Dieu ; pauvre vieille folle habitant un galetas de la rue Contrescarpe, qui croyait être la mère de Dieu, expliquait l'Apocalypse, et guérissait les malades en les baisant au front Elle avait illuminé Robespierre, qu'elle appelait son cher flls, et qui était un de ses plus fidèles disciples. (V. Biogr. Nrttv., art. Théos , et les Mémoires de Senart.)
malheur, car il n'est pas donné à la loi, qui n'a qu'une action extérieure, de guérir les plaies de la conscience.
L'ouverture des églises constata l'état déplorable auquel la religion se trouvait réduite, en révélant l'apathie et l'indifférence qui avaient pris dans les âmes la place de cette foi vive, de ce zèle pieux, que nous avons remarqué précédemment. Les offices n'étaient plus fréquentés, le dimanche n'était plus observé ; le soin des intérêts matériels était devenu la loi suprême. Il y avait eu plus de mal fait en quelques années, qu'un demi-siècle n'en pourrait effacer.
Deux dames charitables, M ,,,C5 Récamier et Dizmer, donnèrent le linge et les ornements nécessaires pour le service divin. L'abbé Mireur, promu à la cure en 1804, érigea un autel de marbre à saiut Vincent de Paul, dans une chapelle précédemment dédiée à sainte
Geneviève », Mais l'église demeura dans un grand délabrement, dans un état d indigence pénible à voir, si Ton s'en rapporte au récit d'un écrivain qui la visita en 1815, avec un officier irlandais de l'armée d'invasion, appelé en ces lieux par sa piété et sa reconnaissance envers le généreux bienfaiteur de l'Irlande, l'illustre Vincent de Paul 4 .
En 1814, le 30 mars, un combat s'était donné au village de Batignoîles, entre l'armée russe commandée par le général Langeron, et les divisions des ducs de Raguse et de Trévise, secondés par huit à dix mille gardes nationaux et les élèves de l'école Polytechnique. L'auberge du père Latuille, située
1 Cet autel coûta 700 francs, produit d'une souscription à laquelle le cardinal Maury, qui gouvernait alors l'église de Paris, s'associa pour une somme de 100 francs.
2 De Reboul-Berville. (V. Vie de Saint Vincent de Paul, à la fin de l'ouvrage.)
près de la barrière, acquit à cette occasion une grande célébrité, parcequ'elle servit d'ambulance pour les blessés, et de lieu de raffraîchissement aux combattants. Il s'agissait pour Langeron de s'emparer de Montmartre, déjà cerné de l'autre côté par les détachements des généraux prussiens Kleist et Jorek; mais il fut repoussé avec une grande perte d'hommes, et obligé de renoncer à l'entreprise.
L'invasion de 1815 ruina presque de fond en comble le village de Clichy. Les habitants, beaucoup plus effrayés que la première fois, l'avaient abandonné; ceux-ci cherchant un refuge dans Paris même, ceux4à fuyant dans toutes les directions, sans autre but que de s'éloigner du théâtre de la guerre. Aussi lorsque, par suite de l'article VIII de la convention du 3 juillet, les Anglais et les Prussiens se présentèrent pour prendre leurs logements, et qu'ils trouvèrent le village désert,
ils s'irritèrent, saccagèrent les maisons, et gaspillèrent ce qu'ils ne purent consommer.
L'image de la guerre ne cessa de planer sur le village pendant ces deux années; car, à défaut de combats sérieux, lesducs d'Angoulème et de Berry simulèrent une bataille le 19 octobre 1814, dans la môme plaine où Labienus avait combattu dix-neuf siècles auparavant; seulement le résultat fut inverse : cette fois, les troupes appuyées au bois de Boulogne se trouvèrent subir la défaite.
Après 1815, la population prit de tels accroissements, qu'il devint nécessaire en 1830 de réunir les deux villages de Batignolles et de de Monceaux , pour former une nouvelle paroisse *. Depuis lors, cette paroisse a pris elle-même un si grand développement, qu'elle
i Elle fut érigée par ordonnance royale du 10 février. Le recensement de 1846 porte à 19,380 le nombre des habitante;
compte maintenant près de vingt-cinq mille âmes.
Son église, dédiée à la mère de Dieu, a remplacé une chapelle érigée en 1828 sous le même vocable, à cause d'une statuette de la Vierge trouvée dans les fondations par les ouvriers occupés à les creuser. Cette chapelle avait été élevée en grande partie aux frais de Charles X et de la duchesse d'Angoulême; l'archevêque, Hyacinthe de Quélen, et ses deux grands vicaires donnèrent une somme de 1,200 francs pour aider à l'acquisition du mobilier.
L'accroissement du village de Clichy, qui compte environ six mille habitants , a été beaucoup moins rapide, parcequ'il a trop né-
depuis loi-s H s'est encore accru d'une manière considérable. Cette commune a payé en 1847, 171,866 francs de contributions de toute nature ; ses revenus se sont élevés en 1845, à 194,695 francs.
gligé ses propres intérêts. 11 n'a réclamé ni contre la suppression du chemin de la Planchette dans la traversée du parc de Neuilly, pendant l'administration de Jean Paillé, maire depuis 1805 jusqu'en 1815, suppression qui le rend une impasse; ni rétablissement d'une station des chemins de fer de Rouen, de Versailles et de Saint-Germain ; ni le voisinage du pont d'Asnières, qu'aucune raison n'obligeait d'écarter des deux villages, séparés seulement par la Seine; ni la proximité du bassin creusé dans l'isolement, au bord de la plaine de Saint-Ouen.
11 lui faudrait, pour atteindre son entier développement, un pont qui le mît en rapport avec l'autre bord du fleuve, et un port de débarquement. A ces conditions, il pourrait devenir l'un des principaux entrepôts de la capitale. Jusqu'en 1789, la hanse de l'eau mettait
obstacle à tout embarquement et débarque-
li)
ment de marchandises depuis Mantes jusqu'à Paris ; maintenant rien ne gênerait plus son commerce. Le pont est en projet *, le port ne Test pas.
L'époque de la révolution de juillet marque d'une manière des plus notables dans les annales de la paroisse. Le curé, après avoir subi en 1830 une émeute menaçante, qu'il calma à force de bonnes paroles, fut enfin obligé de fuir en 1831 , à la suite du fameux service du duc de Berry, célébré à Saint-Germain-PAuxerrois le 14 février. 11 y assistait, et fut aperçu par quelques-uns de ses paroissiens, mêlés en curieux à la foule. Une émeute beaucoup plus formidable que la première
1 L'exécution de ce projet, d'une haute importance pour la localité, mettra le village en communication directe avec la plaine de Gennevilliers et la route royale de Saint-Denis à Rouen, par le moyen d'un deuxième pont jeté sur la Seine, à Epinay. Cn'cny cessera alors d'être une impasse.
l'accueillit à son retour, et le contraignit de s'éloigner définitivement.
Son départ fut suivi d'un schisme déplorable, occasionné par une réponse irritante de l'archevêque, encore mal renseigné sur la gravité de la situation, à une députation des habitants, qui réclamaient le remplacement immédiat. Ils s'adressèrent alors à l'abbé Chastel, qui ne tarda pas de venir prendre possession de la cure, et installer un certain abbé Àuzoux, son vicaire général à cette époque, et depuis son rival. Le premier acte du nouveau culte s'accomplit en plein air, sur un autel improvisé ; les portes de l'église ayant été fermées par ordre de l'autorité.
Rouvertes de force au bout de quelques jours, l'autorité civile les fit fermer une seconde fois, et l'abbé Auzoux se vit contraint de louer un local pour y remplir ses fonctions. Quoique appuyé par de nombreux adhérents, il ne
compta jamais qu'un petit nombre de fidèles et fut souvent exposé dans son église même à des scènes déplaisantes, car le schisme était moins une affaire de conscience qu'une affaire de parti : ce n'est pas à dire qu'il ait causé moins de mal, ni laissé des traces moins durables.
Enfin, par suite d'un compromis passé entre l'archevêque et le préfet, cet état de choses, aussi peu favorable à la religion qu'à la tranquillité publique, dut cesser. Le 5 avril 1833, un curé orthodoxe, Pierre Terrail, chanoine honoraire de Verdun, ancien aumônier des galères de France, reçut une institution canonique. L'influence du curé schismatique baissant rapidement, il finit par se retirer, lia depuis reconnu sa faute, et déploré son égarement.
L'église paroissiale se trouvait encore une fois sans linge et sans ornements* L'invasion
de 1815 avait coûté une niasse considérable d'archives municipales, brûlées sur la place publique par la main des étrangers; le schisme de 1851 coûta à l'église presque tout son mobilier. L'abbé ïerrail avait commencé à réparer cette perte, et à raviver les sentiments religieux; son successeur, Guillaume Lecot, promu a la cure au mois d'août 1841 , se dévoua tout entier à la même œuvre. Il s'imposa les plus grands sacrifices pour l'embellissement de l'église et la pompe des cérémonies religieuses. Les pauvres bénirent sa bienfaisance ; tout le monde rendit justice à son zèle ; mais, comme si chaque révolution devait emporter un curé de Clichy f , il fut forcé d'abandonner la pa-
Liste des curés promus depuis le Concordat :
Aussitôt que la paix eut été rendue à l'église, l'abbé Charles, qui s'était retiré a Drancy , chargea quelques-uns de ses confrères de la desserte de la paroisse.
N. Frison, nommé en vertu du concordat, exerça jusqu'au 23 septembre 180k
roisse le 5 mars 1848, en présence de manifestations hostiles que les circonstances poliques rendaient plus menaçantes.
La révolution de février émut profondément la population. Elle applaudit à la chute d'un trône; mais en même temps elle fit preuve
Jean-Baptiste-Marc Mireur, pourvu le 11 septembre 180û, fut appelé à d'autres fonctions le 3 octobre 1815.
JeaR-Baptiste de Lanne d'Aiguebelle, pourvu le 27 septembre 1815, mourut subitement le 1U décembre 1822.
Joseph Poulenc, installé le 5 janvier 1823, fut transféré à Ivry le 12 août 1829.
Louis-Mcolas-Eléonor Heuqueville, pourvu en son remplacement, cessa ses fonctions le iU février 1831, et fut nommé à la cure de Saint-Nicolas-du- Chardonnet
Pierre Terrail, installé le 1U février 1833, fut appelé à d'autres fonctions au mois d'août 1841, et remplacé par
Guillaume Lecot, ancien professeur de rhétorique, alors vicaire de chœur et trésorier de Saint-Germain-des-Prés. Il cessa ses fonctions le 6 mars 1848 , et fut remplacé le 10 du même mois par
Etienne-Henri-Marie Delaunay, précédemment professeur de rhétorique, supérieur du séminaire de Fontainebleau, sous-directeur du collège Stanislas, alors curé d'Arcueil.
d'un grand amour de l'ordre; et cette preuve, elle l'a renouvelée pendant les funestes journées de juin ; la garde nationale n'a cessé de se montrer animée du plus excellent esprit.